Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est 20 février. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 20 février. Afficher tous les articles

mercredi 17 février 2016

Arsalane: «Les Marocains connaissent notre crédibilité»


Rabat, février 2016. Le Maroc cinq ans après son «printemps», qui prit le nom de «mouvement du 20-Février». Et auquel les islamistes de Justice et Spiritualité (Al Adl Wal Ihsane) prirent une part active. Fathallah Arsalane, vice-secrétaire général de l’organisation et son porte-parole, fait le point.

Comment votre mouvement a-t-il accueilli les événements dits du 20-Février?
Nous y avons participé dès le début car les revendications étaient les mêmes que les nôtres. A savoir principalement la lutte contre la corruption et contre le despotisme. Notre jeunesse s’est retrouvée en force et en première ligne dans le mouvement. Notre participation a imposé au régime de répondre aux revendications, mais cette réponse s’est révélée d’un niveau faible et nullement inspirée par la volonté de changement mais bien celle de maîtriser la crise. Nous avons mis fin à notre participation en décembre 2011 car nous avons acquis la conviction que le mouvement du 20-Février n’obtiendrait rien de plus du régime et qu’au contraire les risques de confrontations violentes s’aggravaient – et notre principe fondamental reste la non-violence, car la violence ne mène nulle part. Nous nous sommes alors tournés vers d’autres façons de protester.


Durant le 20-Février, vous avez eu des contacts avec les laïcs marocains, en avez-vous encore?
Bien sûr, ces contacts continuent et ils donnent des résultats fructueux sur le terrain. Par exemple, on les a récemment invités lors du troisième anniversaire de la mort de cheikh Yacine, fondateur du mouvement. Nous envisageons une plate-forme commune autour d’un consensus avec eux.


Le mouvement Justice et Spiritualité souhaite-t-il devenir un parti politique et participer aux élections?
Nous revendiquons le droit de nous transformer en parti politique depuis les années 80 pour défendre notre projet sociétal. C’est l’Etat qui refuse que nous devenions un parti indépendant, exigeant que les partis jouent dans un jeu dont le régime détermine seul les règles. Nous refusons ces diktats, bien entendu. Nous sommes patients, nous attendons le moment où tout le Maroc voudra le changement.


Quel est ce projet que vous portez?
Il se résume dans les deux mots : justice et spiritualité. Nous prônons la démocratie et l’alternance, la participation, le respect de la diversité. Par le mot spiritualité, dans une connotation musulmane, nous montrons notre intérêt pour l’homme, son bien-être, l’esprit de fraternité, la tolérance.


En quoi consiste votre action concrètement?
Nous fondons notre action sur l’éducation qui promeut nos principes et nous disposons d’un « cercle politique » au sein du mouvement, qui est comme une structure de parti politique; nous participons aussi aux manifestations qui expriment les revendications populaires. Nos militants appartiennent à des associations et à des syndicats. Nous avons pratiqué l’aide sociale mais l’Etat veut nous en empêcher et parfois même nous concurrence sur le terrain. Nous sommes présents dans toutes les couches de la population et dans toutes les régions ; les gens nous connaissent, connaissent notre crédibilité, nous les soutenons. D’autant qu’ils savent l’échec du régime et des partis politiques pour remédier à la situation socio-économique difficile qu’ils vivent, alors que le régime nous opprime.


Vos détracteurs vous accusent d’avoir un comportement de «secte» secrète…
C’est ce que le régime prétend depuis longtemps en nous maintenant dans l’ombre, alors que nous n’avons de cesse de chercher la lumière pour dire ce que nous sommes. Nos revues et journaux sont empêchés de sortir. Rien ne peut justifier le sort qui nous est réservé, nous n’avons rien à cacher, nous condamnons la violence et prônons l’Etat de droit, nos écrits le prouvent.


Combien de militants avez-vous?
Vu notre situation et pour des raisons de sécurité, on ne peut pas déclarer de chiffres. Quand nous organisons des manifestations, les gens viennent nombreux et dépassent ceux qui font partie de nos structures. Celles-ci existent juste au Maroc même si à l’étranger nous partageons nos idées avec d’autres.


Que pensez-vous du djihadisme qui tourne au terrorisme?
Un verset du Coran dit : « On ne t’a envoyé que pour être la tolérance face à l’Humanité ». Ces actes de barbarie doivent être condamnés, ils n’ont rien à voir avec l’islam. Leurs auteurs ne sont qu’une petite minorité dans la société musulmane. Les Occidentaux savent que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme. Au Maroc, notre mouvement est attaqué par les extrémistes qui nous trouvent trop modérés.


Comment expliquez-vous que des Belges ou des Français se lancent dans le djihad violent?
Il est important de signaler que la majorité de ces jeunes ne connaissent pas l’arabe. Ni ne sont des musulmans pratiquants, ils ignorent leur religion et manquent de spiritualité. Leur comportement montre l’échec de l’éducation reçue en Occident. Pourquoi en arrivent-ils là ? Ils sont marginalisés, ils ont souvent versé dans la délinquance et vivent en marge de la société.


Que pensez-vous du salafisme wahhabite – un islam ultra conservateur – répandu à travers le monde grâce aux deniers saoudiens?
La mission des centres de culte dans le monde est de faciliter les rencontres et la prière des musulmans. Mais dans certains cas, en raison d’un manque de contrôle, certains extrémistes en ont profité pour faire de la propagande sur leur manière d’interpréter l’islam.


Et que pensez-vous du PJD, parti islamiste marocain au gouvernement?
Que peuvent-ils faire sur la scène politique marocaine ? La question n’est pas de savoir qui fait partie du gouvernement, mais bien qui gouverne. Ce n’est pas le gouvernement ! Islamistes modérés ou pas. C’est l’entourage royal qui gouverne. On l’a encore vu dernièrement dans les cas de grandes décisions en matière économique ou d’enseignement. Si nous participions au gouvernement dans les mêmes conditions, nous démontrerions la même impuissance.


Vous posez-vous en républicains?
Nous ne nous présentons pas en alternative unique, nous sommes convaincus que la situation critique que vit le Maroc nécessite la mobilisation et la collaboration de tous les partenaires. En Occident, royautés et républiques existent dans des contextes démocratiques, la forme importe peu, c’est le contenu qui compte. Nous souhaitons que la justice règne, que les responsables aient des compte à rendre, que le peuple élise ses représentants démocratiquement, que le régime garantisse l’égalité des droits.


Mais vous contestez cette monarchie?
A de rares exceptions près, on voit dans le monde musulman des régimes monarchiques héréditaires et despotiques, qui règnent par l’épée et la violence. Nous disons qu’un dirigeant doit être élu et doit rendre des comptes. Ce n’est pas propre à notre mouvement, c’est dans la conception musulmane de la chose publique.


Propos recueillis à Rabat le 10 février 2016 par BAUDOUIN LOOS

lundi 11 mai 2015

Avant-projet du code pénal : il faudra avoir les poches profondes





A droite, Mustapha Ramid, ministre de la Justice et des Libertés.
A droite, Mustapha Ramid, ministre de la Justice et des Libertés.

Imprécis, une méthodologie approximative et un texte moralisateur. Les mots durs de la société civile, des juristes et des réseaux sociaux ne manquent pas. Pourtant, pour beaucoup de citoyens “bien-pensants”, l’avant-projet de code pénal n’a rien de choquant et ne changera rien à la réalité marocaine. Quitte à ne pas respecter la loi. par Noréddine El Abbassi

Dans les milieux d’affaires casablancais, on dit souvent qu’“Au Maroc, nous sommes tous des prisonniers en sursis”. L’avant-projet de code pénal présenté par le ministre de la Justice, Mustapha Ramid, conforte cette idée. La Loi, qui datait de 1962, devait être revue pour “cadrer avec une série de conventions internationales que le Maroc a signées. Le monde change, et il est normal que la loi évolue et fait face à de nouveaux défis. Cela étant, le crime est transnational et il faut lutter contre”, explique Me Brahim Rachidi, avocat au Barreau de Casablanca .
Un nouveau code pénal donc, pour un nouveau Maroc. Mais des projets de lois qui sont loin de faire l’unanimité dans la société civile, et qui ont provoqué un véritable tollé sur les réseaux sociaux, rapporté par la presse nationale. “La nouvelle loi n’a tenu compte d’aucune des recommandations de l’instance “Equité et Réconciliation”. On sent un réel conservatisme dans les propos”, analyse Mbarek Afekouh, représentant de l’International Human Rights Commission. D’autres observateurs qualifient cela comme une campagne électorale, avant l’heure. Depuis son arrivée au pouvoir, le parti PJD a multiplié les “ballons sondes”, et fait un dernier coup d’éclat, surfant sur le thème religieux, pour donner un coup de vis à la société marocaine. Ce qui, du point de vue juridique, pose nombre de problèmes: “il y a d’abord un problème de méthodologie et d’adéquation à la Constitution de 2011. Les termes ne sont pas précis. Si deux Marocains s’insultent dans la rue, est-ce un acte d’apostasie? Quand commence le harcèlement dans la rue?”, s’interroge Me Rachidi.
Lors de son point de presse du 20 avril, le ministre de la Justice persiste et signe: “les relations sexuelles hors mariage, l’homosexualité et le non-respect du jeûne de Ramadan en public, sont passibles de peines conformément aux prescriptions de l’islam.” Le sociologue, spécialiste des mouvements islamistes, Abdelhakim Aboullouz, avait déjà précédemment expliqué: “la plume qui se cache derrière le discours religieux a le dernier mot”. “Défenseurs des libertés individuelles” et “piétistes” ne luttent pas avec les mêmes armes. Dans le cas présent, cela a tout l’air du pot de terre contre le pot de fer, dont le résultat est connu d’avance. Au cas où on l’aurait oublié, le PJD est un parti islamiste, et le Chef du Gouvernement, Abdelilah Benkirane, avait annoncé la couleur lors de son investiture: “la démocratie n’est pas ma priorité”.

On a les lois qu’on mérite

Mais dans les faits, l’avant-projet du code pénal n’est qu’un maillon d’un corpus judiciaire qui, s’il était appliqué, changerait le visage de la justice du pays. En effet, la récente loi d’amendement de lois 14-44 mentionne qu’une pétition de la société civile, réunissant au minimum 25.000 signatures, légalisées, pourrait initier une procédure d’abrogation ou de changement d’une loi. Au regard des récents évènements, lors de l’Affaire Amina Filali, la loi 475 du “mariage de mineures à leur violeur” n’aurait jamais été abrogée. Après la mise à terre des derniers bastions de libertés, la société civile serait-elle alors la cible suivante ? Nombreux sont les observateurs qui manifestent une telle crainte et considèrent que certaines initiatives prises ou envisagées par le ministère de la Justice ne sont guère rassurantes; Le cas de la loi 10-64 et son devenir, inquiète ces mêmes observateurs. Dès lors, se pose un nouveau problème : peut-on encore discuter des “thèmes chauds” au Maroc? “C’est comme si l’on voulait se venger des libres penseurs et leur rendre la monnaie de leur pièce pour les manifestations du 20 février”, supputent en chœur, quelques militants associatifs. Il faut le dire, quelque chose est en marche dans le Royaume et la répression de la sexualité des Marocains est bien le moindre de ses soucis.
“Réellement, je ne vois pas ce que cela change,” s’interroge un agent d’autorité. Pour lui, rapports sexuels hors mariage, homosexualité et consommation d’alcool sont des faits avérés dans le quotidien, mais pas pour autant non punissables. Certes, les amendes ont été revues à la hausse, mais selon lui, “vous connaissez la société marocaine mieux que moi. Depuis quand le vote d’une loi a changé la réalité? Les gens font ce qu’ils font et même si la vente d’alcool a toujours été interdite aux Musulmans, je n’ai vu aucun commerce d’alcool faire faillite”, remarque-t-il. Ceux qui entendent vivre leur vie comme bon leur semble, sans que la loi ne leur impose sa morale, se trouvent donc acculés à vivre en quelque sorte dans “l’illégalité”. Et s’ils se font prendre, ils risquent la prison pour des motifs pour le moins saugrenus… sous d’autres cieux. Mais cette opinion trouve écho dans les cercles de “gens de qualité”, homophobes assumés et militants pour un ordre social. Une manière de se dire que l’on a les lois que l’on mérite et que la démocratie est une épée à double tranchant, qui ne coupe pas que dans le sens que les modernistes voudraient. Mais qui cadre plutôt avec les idées rétrogrades de la majorité exprimée au suffrage…

Des problèmes de société volontairement ignorés
“Pour ce qui est des rapports sexuels hors mariage, l’ancienne loi était amplement suffisante”, pointe Me Rachidi. La fondatrice de l’association d’aide aux mères célibataires, Aïcha Ech-Chenna, avait récemment fait une sortie pour appeler à l’éducation sexuelle des jeunes. Le Consulat britannique a pris récemment, l’initiative d’organiser une journée d’étude sur la prévention des maladies sexuellement transmissibles. Des observateurs avisés “se hasardent” à se poser carrément la question des pulsions sexuelles adolescentes. Répression ou liberté sans “cadrage”, ni éducation? Pour d’autres, l’éducation sexuelle et la promotion des moyens de contraception, seraient une incitation à la débauche. Il y a fort à parier que le code projeté provoquera plus de problèmes sociaux qu’il n’en résoudra…
Autre problème que soulève le nouveau Code pénal mais qui, en même temps risque de provoquer des drames sociaux: la complicité pour proxénétisme et les crimes d’honneur. “C’est une incitation au meurtre”, tranche sans compromis Brahim Rachidi, lorsque Mbarek Afekouh explique: “si vous vivez avec quelqu’un soupçonné de s’adonner à la prostitution et que vous ne pouvez justifier votre richesse, vous êtes présumé coupable. On est présumé coupable jusqu’à preuve du contraire et on laisse place au “délit de faciès” et à l’arbitraire, et c’est cela le grand problème”.
Autant de questions qui sont loin d’être exhaustives. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il serait plus sage de ne pas ouvrir la boîte de Pandore. Souvent, il vaut mieux un mauvais compromis, qu’un bon procès, mais avec ce que réserve le nouveau Code pénal, on sera de plus en plus enclin à “acheter” sa liberté. Et au vu des amendes encourues, il faudra avoir les poches profondes…

http://www.challenge.ma/

jeudi 26 septembre 2013

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ?


 Home  >  Politique  >  Current Article

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

23 septembre 2013  /   No Comments
Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.








Source : yabiladi.com
Share     Print    
- See more at: http://www.wibme.com/?p=31519__&?utm_source=wibme.ma&utm_medium=NLWibme.ma&utm

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.
SUIVRE YABILADI
  
Dans le même thème

_campaign=Wibme.ma#sthash.LUSZ2ypB.dpuf

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.
SUIVRE YABILADI
  

Maroc : Qu’est ce qui a manqué au Mouvement du 20 février ? [Analyse]

Dès 2012, Yabiladi analysait les raisons de la quasi disparition du Mouvement du 20 février, à peine un an après sa création. Aujourd’hui, l’un de ces militants, Montassir Sakhi, livre sa propre analyse depuis l’intérieur du Mouvement.
« Le Mouvement [du 20 février] existe toujours comme le montre l’organisation mensuelle des journées militantes nationales (la 30e est prévue pour le 22 septembre) », indique l’AMDH, dans un communiqué rendu publique mercredi 18 septembre, pour la Journée Internationale de la Démocratie du 15 septembre, dimanche dernier. S’il n’est pas mort, le M20 a au moins disparu de la scène politique et médiatique. Dans un mémoire achevé il y a quelques jours Montassir Sakhi, étudiant en Sciences politiques à l’Université Vincennes-Saint-Denis, à Paris, intitulé « Le Mouvement du 20 février marocain : Conditions de naissance et évolution d’un mouvement protestataire », revient notamment sur les raisons de ce qu’il appelle « son essoufflement ».
« Un mouvement doit parler au nom d’un groupe, d’une nation, d’un peuple, d’une catégorie sociale partageant des intérêts, etc. afin de constituer son identité qu’on retrouve dans les revendications ou le discours de ses acteurs. Or, nous l’avons vu dans le cas du M20 (comme celui des mouvements de 2011 en général, les mouvements arabes en particulier) les acteurs ont maintenu une charte de revendication ouverte et vague. Dans le souci de convaincre le plus grand nombre d’adhérents ou encore pour éviter des divisions précoces, le M20 ne s’est pas identifié à un groupe social ou une classe donnée », explique Montassir Sakhi.
Le M20 héritier des opposants à Hassan II
Et pour cause, le mouvement ne s’est pas créé ex-nihilo via Facebook dans un soudain mouvement unificateur. Au contraire, il s’est fondé sur la pluralité des mouvements d’opposition qui existaient en 2011. La thèse majeure du mémoire de Montassir Sakhi est la suivante : le M20 puise ses origines dans l’histoire de l’opposition marocaine à Hassan II, de son effondrement et des nouvelles formes de contestations contemporaines.
Selon son analyse de l’histoire marocaine, l’opposition structurée de gauche au régime de Hassan II, sous les années de plombs, a perdu sa pertinence en 1998, quand l’USFP, arrivée au gouvernement, a échoué à réformer le pays. Elle n’a cependant pas définitivement disparue. « Ces dynamiques se sont accélérées depuis 2007, date qui a connu l’organisation des élections législatives déclarant la faillite du système électoral suite à un absentéisme record », estime Montassir Sakhi.
« Révoltes symboliques »
En 2008, la formation « Espace de Dialogue de la Gauche », est créée à Casablanca par des anciens militants de l’USFP et du PSU. L’étudiant d’aujourd’hui raconte également comment, au côté de plusieurs militants de gauche, notamment les jeunes du Parti Avant-gardiste Démocratique Socialiste (PADS), le Parti Socialiste Unifié (PSU), le Congrès National Ittihadi (CNI) et une tendance militante des jeunes de l’USFP et du Parti pour le Progrès et le Socialisme (PPS), il a participé à la création de l’association Mouvement Nouvel Horizon (MNH). Ces jeunes gens sont, comme l’auteur de l’étude lui-même, les enfants de familles d’anciens militants opposant à Hassan II à l’époque des années de plombs, leurs héritiers, en somme.
En parallèle de ces mouvements politiques en formation apparaissent ce que Montassir Sakhi appelle des « révoltes symboliques » face au pouvoir central. « [...] On cite la prolifération de l’économie informelle, de l’habitat insalubre, des bidonvilles, l’empiètement sur la propriété publique ayant transformé les villes en monstres explosifs. Les autorités sont restées incapables de faire face aux milliers de vendeurs ambulants et aux activités commerciales et aux marchés informels dans les grandes villes et les avenues centrales par exemple », rappelle-t-il. Le mouvement des diplômés chômeurs ont « transformé l’avenue Mohamed V de Rabat en un lieu de mobilisations permanentes. L’investissement de la rue va devenir depuis lors une pratique courante », explique-t-il.
Dénonciation désorganisée
« La peur des « années de plomb » a cédé la place à des formes de dénonciation inorganisée, un refus de la « hogra », du pouvoir, des représentants de l’Etat, notamment la police », conclut Montassir Sakhi. Sûr ce terrain historique et social naîtra le M20 dans le contexte des révolutions arabes, sans pour autant parvenir à former un groupe fort et unifié. Trop hétérogène, il reste également coupé de la plus grande partie de la population. « L’adhésion au mouvement ne peut être considérable tant que les organisations syndicales, les partis politiques et les associations qui composent et soutiennent le mouvement sont coupés des populations », explique l’auteur du mémoire.
Il lui manque un soutien essentiel pour prendre une véritable force : « les marginaux », selon le mot employé par Montassir Sakhi. « Le M20, en créant de nouveaux espaces (les assemblées générales, des grandes manifestations dans l’ensemble du territoire national, des groupes de débat sur internet), n’a pas réussi à intégrer tous les groupes sociaux dominés – les marginaux en particulier – [...] », reconnait Montassir Sakhi.
Coupé des marginaux
L’auteur du mémoire les définit ainsi : « Ces populations provenant de campagnes pauvres et victimes de sécheresse et de l’absence de services publics (notamment en matière de santé, d’enseignement, d’électricité et d’eau potable), viennent s’installer dans des bidonvilles contenants des milliers de familles ou encore construisent des villes entières insalubres (l’exemple de la ville de Salé ou encore Sidi Taybi – à proximité de Kénitra – est frappant). Ces populations sont généralement au chômage, sous-employées, ou vivent des emplois informels précaires. »
Alors que les jeunes du M20 sont issus de familles d’anciens militants et possèdent un capital culturel conséquent, les marginaux n’ont pas les « moyens de se constituer [...] en forces homogènes pour le changement », souligne-t-il. Incapables de former des organisations de luttes. « Combien de militants [du M20] s’étonnent quand leurs appels à manifester ne trouvent pas d’échos chez cette catégorie, se rappelle le jeune étudiant. L’étonnement est d’autant plus grand quand ils trouvent que les Baltagis sont recrutés en particulier de cette catégorie. »
« Seuls les organisations islamistes ont commencé à concurrencer le régime au sein des quartiers populaires qui constituent la base des marginaux », remarque Montassir Sakhi. L’organisation islamiste Al Adl Wal Ihssane a ainsi été la principale pourvoyeuse de manifestants tout au long de 2011. Quand elle décide de se retirer des manifestations du M20, début 2012, elle signe la fin progressive des manifestations.