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mercredi 25 janvier 2017

COMMUNIQUE DE LA FAMILLE DE MEHDI BEN BARKA ET Me MAURICE BUTTIN SUITE AUX PLAINTES DE MILOUD TOUNZI (CHTOUKI)

[Ahurissant.]
Le mercredi 18 janvier 2017, Bachir Ben Barka et Me Maurice Buttin ont été mis en examen, suite aux plaintes pour « diffamation publique » déposées par l'ancien agent marocain, membre des services secrets marocains (CAB 1) Miloud Tounzi. Celui-ci prétend que lorsque nous affirmons qu’il est la même personne que le Chtouki mis en cause dans l’enlèvement et la disparition de Mehdi Ben Barka et condamné par contumace par la Cour d’Assises de la Seine en 1967, cela « porte atteinte à son honneur et sa considération ».
La plainte et les mises en examen concernent également Patrick Ramaël (avant-dernier juge d’instruction en charge du dossier), Joseph Tual (journaliste à France Télévision), Frédéric Ploquin (journaliste à Marianne) et Marc Baudriller (journaliste écrivain). Il faut souligner que, une fois encore, le plaignant n’a pas eu le courage de se déplacer lui-même, laissant le soin du dépôt des plaintes à son avocat français.

dimanche 22 janvier 2017

COMMUNIQUE DE LA FAMILLE DE MEHDI BEN BARKA ET Me MAURICE BUTTIN


COMMUNIQUE SUITE AUX PLAINTES DE MILOUD TOUNZI (CHTOUKI)

Le mercredi 18 janvier 2017, Bachir Ben Barka et Me Maurice Buttin ont été mis en examen, suite aux plaintes pour « diffamation publique » déposées par l'ancien agent marocain, membre des services secrets marocains (CAB 1) Miloud Tounzi. Celui-ci prétend que lorsque nous affirmons qu’il est la même personne que le Chtouki mis en cause dans l’enlèvement et la disparition de Mehdi Ben Barka et condamné  par contumace par la Cour d’Assises de la Seine en 1967, cela « porte atteinte à son honneur et sa considération ».
La plainte et les mises en examen concernent également Patrick Ramaël (avant-dernier juge d’instruction en charge du dossier), Joseph Tual (journaliste à France Télévisions), Frédéric Ploquin
(journaliste à Marianne) et Marc Baudriller (journaliste écrivain). Il faut souligner que, une fois encore,le plaignant n’a pas eu le courage de se déplacer lui-même, laissant le soin du dépôt des plaintes à son avocat français.

jeudi 17 avril 2014

TR: Rencontre-débat à Paris "Mehdi Ben Barka à l'heure des mouvements sociaux actuels"





Bonjour,
Vous trouvez ci-joint l'invitation à notre rencontre autour
du thème "Mehdi Ben Barka à l'heure des mouvements sociaux actuels". 
La rencontre est organisée par l'Association Autre Maroc et la médiathèque Cedidelp. Elle aura lieu samedi 19 avril à 15h au CICP-Salle verte, 21 ter, rue voltaire, Paris 75011 (métro Rue des boulets-Ligne 9).

Interviendront lors du débat:


- Bachir Ben Barka, Universitaire - Fils de Mehdi Ben Barka
- Maurice Buttin, avocat de la famille Ben Barka
- Ayad Ahram, Président de l'ASDHOM

Solidairement, Montassir Sakhi


Association Autre Maroc

jeudi 29 août 2013

Bachir Ben Barka. Mon père, le roi et les autres


Bachir Ben Barka. Mon père, le roi et les autres



Par Bachir Ben Barka (AFP)23/8/20
 Interviewé par Mohammed Boudarham, 23/8/2013
Bachir Ben Barka, fils du disparu et porte-parole de la famille, de passage récemment au Maroc, revient avec nous sur les blocages et les entraves dressées par la France et le Maroc. Et fait le point sur la relation pour le moins complexe qu’entretenait son père avec Hassan II… 
 Ce 29 octobre, la famille Ben Barka célèbre le 47ème anniversaire de la disparition du grand leader de gauche. Un demi-siècle d’attente et d’espoirs déçus. Le Maroc traîne des pieds pour faire la lumière sur l’un des plus célèbres crimes politiques du 20ème siècle. Et la France fait de même. Ni la mort de Hassan II en 1999, ni l’arrivée des socialistes en France, d’abord avec François Mitterrand et aujourd’hui avec François Hollande, n’ont changé quoi que ce soit. Les deux pays, chacun à sa manière, continuent de bloquer l’accès à la vérité, toute la vérité, sur l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka en octobre 1965. Parce que l’affaire implique les plus hautes autorités des deux pays ?
Y a-t-il du nouveau dans l’affaire Ben Barka ?
Depuis l’année dernière, rien. Nous sommes toujours confrontés à un double blocage du fait de la justice française et marocaine.
La mission du juge Patrick Ramaël, qui instruit le dossier, serait-elle terminée ?
Pas du tout. Le juge Ramaël poursuit son travail. Sa dernière démarche pour lever le secret défense sur les dossiers qu’il a pu récupérer à la DGSE (Direction générale de la sûreté extérieure, renseignements extérieurs, NDLR) s’est soldée non pas par un refus, mais par une sorte de manipulation de la part du ministère de la Défense. En France, c’est une commission consultative de la Défense nationale qui tranche quant à la recevabilité des requêtes d’un juge d’instruction. Sur les 120 pièces récupérées par Me Ramaël, cette commission a donné un avis favorable pour en déclassifier 119. Son avis n’étant pas contraignant, le ministre de la Défense a quand même décidé de se soumettre à l’avis de cette commission. C’était donc encourageant, sauf que notre surprise a été grande quand, avec Me Maurice Butin, notre avocat, nous sommes partis prendre connaissance du contenu de ces pièces. Le ministre Hervé Morin (ministre de la Défense de Sarkozy) nous a montré une succession de papiers… noircis. Les seuls éléments lisibles étaient des informations d’une grande banalité. Tout le reste était illisible, frappé du sceau (noir) de la confidentialité. Parfois, sur une phrase entière, il ne restait plus qu’un seul mot non noirci…

Qu’en est-il des mandats d’arrêt lancés contre des personnalités comme Housni Benslimane, Abdelhak Kadiri, en plus de Miloud Tounzi (Chtouki) et l’infirmier Boubker Hassouni ?
Ils sont restés lettre morte. Jusqu’à présent, ces mandats n’ont été exécutés ni par la France, ni par Interpol. La preuve, on l’a eue encore une fois cet été quand le général Benslimane se trouvait à Londres lors des Jeux Olympiques. Le juge Ramaël a demandé aux autorités britanniques si elles pouvaient donner suite à sa demande d’exécuter son mandat d’arrêt. Le gouvernement anglais lui a répondu… que les autorités françaises n’ont pas fait le nécessaire pour lancer ce mandat d’arrêt au niveau international. Par précaution, le général Benslimane avait trouvé refuge à l’ambassade du Maroc avant de regagner le pays. Et ce n’est pas la première fois. L’an dernier, Housni Benslimane s’était rendu à une réunion à Madrid de hauts responsables sécuritaires de la Méditerranée et les autorités espagnoles n’ont également rien pu faire. Dans la pratique, quand un juge lance un mandat d’arrêt, le gouvernement transmet ce mandat à Interpol. C’est encore la preuve du traitement de l’affaire d’un point de vue politique. Chaque fois, la raison d’Etat prend le dessus pour bloquer tout le dossier.

Peut-on dire que vous êtes toujours mu par la volonté de traquer les responsables, côté marocain ?
Il n’est pas question de traquer qui que ce soit. Le sort de ces gens m’importe peu et je me moque de ce qui pourrait leur arriver ! Ce qui m’intéresse, c’est qu’ils détiennent une part, sinon toute la vérité. Qu’ils nous disent ce qu’ils savent ! Nous ne sommes pas dans une logique de vengeance. La personnalité de la victime n’est pas banale. Ben Barka a joué un rôle dans l’histoire du Maroc, dans la tentative d’édification d’un pays indépendant et démocratique ainsi que dans la lutte des peuples. La moindre des choses, pour n’importe quel gouvernement digne de ce nom, est de tout faire pour établir la vérité par rapport à une famille, mais aussi par rapport à tout un pays. 

Dans une récente interview, Mohamed Lahbabi, compagnon de votre père, affirme que le corps de Mehdi Ben Barka serait enterré sous l’ambassade marocaine à Paris et que sa tête aurait été présentée à Hassan II avant de finir au PF3. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Le professeur Lahbabi est quelqu’un de très estimable et respectable. Mais je regrette qu’il ait attendu tout ce temps pour dire ce qu’il a dit. Il aurait dû s’exprimer il y a quarante ans déjà. Et, même aujourd’hui, je ne comprends pas son refus de venir témoigner devant un magistrat pour que ses déclarations aient un caractère officiel. Il est attaché à Mehdi, il a un devoir de mémoire et de vérité, mais je ne comprends pas qu’il ne puisse pas aller jusqu’au bout de cette démarche. Peut-être qu’à partir de ses déclarations, on pourrait aller plus loin. Il a dit des choses intéressantes, mais qui demandent à être approfondies. On ne peut rien tenter sans que ses déclarations soient enregistrées de manière officielle.
 à votre avis, à quand remonte la détérioration des relations entre votre père et Hassan II ?
Moi, je refuse de personnaliser le problème. Je ne crois pas que ce soit un problème d’inimitié personnelle entre les deux hommes. C’est un problème de fond. Il y a des choix politiques qui ont été faits par le régime marocain depuis la fin des années 1950 avec, précisément, le renvoi du gouvernement Abdellah Ibrahim et une nouvelle orientation politique, économique et sociale. En face, il y avait une alternative populaire, progressiste. Le problème vient de là. Le Palais a fait son choix et il l’a accompagné de méthodes et de pratiques anti-populaires, anti-démocratiques, confinant au tout sécuritaire. L’assassinat de Mehdi apparaît comme une conséquence logique de ce choix. Il n’y avait pas d’autre dialogue que la répression, voire la liquidation physique. Les milliers de personnes qui sont passées par les centres de détention ou qui ont été assassinées témoignent aussi de ce choix.
 Avez-vous rencontré Hassan II ?
Non, jamais. Ni lui, ni les personnes de son entourage.
 Et Mohammed VI ?
Non plus, il n’y a jamais eu de contact de quelque nature que ce soit.
 Pourtant, dans l’une de ses premières interviews, au Figaro, il avait exprimé la volonté de clore le dossier de Mehdi Ben Barka.
Avant cette interview, nous avions eu des messages qui laissaient croire que notre démarche de recherche de la vérité ne posait aucun problème. Il y a même eu des témoignages de Driss Benzekri, président de l’IER, puis d’Ahmed Herzenni, ancien président du CCDH, attestant que pour le roi il n’y avait aucune ligne rouge… Nous sommes donc surpris que, sur le terrain, il y ait toujours autant de blocages. Le dossier n’avance pas.
 Où en sont les commissions rogatoires demandées par le juge d’instruction français ?
Les commissions rogatoires internationales (ndlr : dans le cas de l’affaire Ben Barka, ces  “commissions” sont des demandes de recherche et d’audition de témoins ou suspects, pour la plupart des gradés et de hauts responsables marocains) n’ont pas été exécutées au Maroc. Plusieurs ministres de la Justice se sont succédé, mais aucune commission n’a été exécutée. Rien n’a jamais été fait, sous le prétexte que les commissions du juge ne sont pas complètes, qu’il manque telle ou telle autre information, les adresses, les états civils complets, etc. Les autorités marocaines n’ont fourni aucun effort pour faire avancer les choses. Les personnes demandées par le juge sont connues au Maroc, pourtant la justice marocaine prétend ne pas connaître leur adresse, ou ne pas les connaître tout court !
Certains personnages impliqués dans la disparition de Ben Barka ont même eu droit à des grimate, si l’on se réfère à la fameuse liste des bénéficiaires d’agréments, publiée il y a quelques mois par le ministre Aziz Rabbah. Un commentaire ?
C’est scandaleux. Je crois que Boubker Hassouni, Abdelkader Saka et Mohamed Achaâchi font partie du lot. Si les autorités marocaines ont choisi de récompenser ces personnes, il y a lieu de se demander pour quels actions ou services rendus…
 Avez-vous des souvenirs de la première tentative d’assassinat de Ben Barka en 1962 ?
à l’époque, j’avais 12 ans et nous habitions la rue Témara à Diour Jamaâ à Rabat. Je me rappelle que, quand mon père était à la maison, il y avait toujours en face, près du marchand de beignets, une Volvo noire. Quand mon père sortait, la voiture le suivait... Et puis, un jour de novembre 1962, sur la route de Casablanca, près de Bouznika, cette filature s’est transformée en tentative d’assassinat. Sur un virage, une voiture conduite par des policiers heurte la voiture de Mehdi et la fait tomber dans un ravin. Les occupants de la première voiture descendent avec la volonté de finir le boulot. Heureusement, des paysans, qui ont reconnu Mehdi, sont venus s’interposer, ce qui a provoqué la fuite des policiers.
 Et en 1964 à Genève ?
Là, c’est tout un commando qui attendait Ben Barka à l’étage, près de son appartement. Mehdi s’en est rendu compte à temps et a pu s’enfuir avec les militants qui assuraient sa protection. Il a été poursuivi dans les rues de Genève, mais il a réussi à semer le commando. On ne connaît pas ces gens-là car ils circulaient avec de faux papiers, mais il s’agissait bien de membres du CAB1, la police politique de Hassan II.
 À un certain moment, on avait l’impression qu’un pays comme la France était devenu une zone de non-droit pour la police de Hassan II. Qu’en pensez-vous ?
Mais c’est sûr, et cela a duré jusqu’en 1981 ! Jusqu’à l’avènement de François Mitterrand, on avait l’impression que la police marocaine pouvait agir sans aucun problème sur le territoire français. Que ce soit pour surveiller la communauté marocaine installée en France, harceler les militants, les leaders en exil,
etc. Le phénomène s’est quelque peu atténué à partir de 1981, mais c’était une réalité que vivaient des centaines de milliers de Marocains installés en France. Il y avait en permanence cette crainte des agents marocains.
 L’arrivée de François Hollande peut-elle donner un nouveau départ à l’affaire Ben Barka ?
Chaque fois qu’il y a un nouveau président de la république, nous effectuons les démarches auprès de toutes les autorités compétentes pour faire avancer le dossier. Nous l’avons donc fait avec Hollande. Pour l’instant, nous attendons des réponses. Nous avons de nouveau approché les autorités françaises pour la levée du secret défense. Nous attendons, nous espérons…
 Revenons à l’histoire : en 1965, quelques jours après la disparition de Ben Barka, Mohamed Oufkir et Ahmed Dlimi, qui figurent parmi les principaux accusés, assistent à une réception officielle en France. Ils arrivent à Paris et en repartent sans être inquiétés. Etonnant, le laxisme des autorités françaises, non ?
Les deux hommes sont venus pour assister à une cérémonie en l’honneur des gouverneurs en stage d’observation en France. A cette réception, organisée à l’ambassade du Maroc à Paris, avaient aussi été conviés les agents du CAB1, eux aussi impliqués dans l’affaire Ben Barka... Roger Frey, ministre français de l’Intérieur, s’était excusé. Mais, à cette époque, le préfet de police de Paris et lui savaient à peu près ce qui venait de se passer. Ils savaient que mon père a été interpellé et par qui. Ils savaient surtout le rôle des services marocains dans cette affaire et pourquoi ils étaient présents en France. Ce qui veut dire que si les autorités françaises avaient fait leur travail comme dans n’importe quelle enquête criminelle, Oufkir, Dlimi et les agents marocains auraient pu être interpellés ou, au moins, interrogés. Il n’en a rien été. Mais quelque chose a du se passer, dans la nuit du 3 au 4 novembre, parce que Oufkir et Dlimi sont repartis de manière précipitée. Ils ont fait des mains et des pieds pour trouver un avion et sont partis à 2 h du matin. Les autres ont suivi. Ce n’est qu’après le départ de tout le monde que les autorités françaises ont bloqué les frontières. Je ne sais pas si en agissant à temps, les autorités françaises auraient sauvé mon père. Ce qui est sûr, c’est qu’elles ont laissé s’enfuir les responsables d’un acte criminel commis sur le territoire français. 
 En voulez-vous toujours à Hassan II ? Pourquoi parlez-vous toujours de lui en l’appelant Hassan tout court ?
Tout le monde, même au sein de la classe politique, l’appelait El Hassan ! Et puis, la question n’est pas de lui en vouloir ou non. Il n’y a pas d’esprit de vengeance ou de ressentiment. Je ne peux pas en vouloir à une personne. Mais j’en veux à ce système qui a mis à mal le Maroc pendant des décennies et qui a abouti à des crimes non seulement contre des personnes, mais contre la société marocaine. 
 Quelles étaient, par ailleurs, les relations entre Ben Barka et Mohammed V ?
Ils avaient des relations de confiance. Le fait que Mehdi ait été désigné président de la commission nationale consultative était d’ailleurs très significatif de cette confiance. Cette commission devait préparer la première Constitution du pays et l’embryon des institutions démocratiques du Maroc. En plus, les projets que Mehdi présentait étaient toujours acceptés, que ce soit, par exemple, pour la Route de l’Unité ou pour la lutte contre l’analphabétisme.
 Votre père parlait-il des deux rois en votre présence ?
Il ne mélangeait jamais les affaires politiques et sa vie privée. Mais on savait qu’il y avait beaucoup de respect mutuel avec Mohammed V. Et surtout des relations naturelles, avec très peu de protocole. Mehdi avait pour Mohammed V le respect dû au roi, et il avait, en retour, l’estime pour quelqu’un qui faisait avancer le pays.
Et avec Hassan II ?
Leurs relations étaient différentes par nature. Cependant, elles ont commencé à se détériorer vers fin 1958 quand Hassan poussait son père à certains choix politiques, comme le renvoi du gouvernement Abdellah Ibrahim.
 Juste avant son enlèvement, Mehdi Ben Barka était en négociations avec Hassan II par le biais de Moulay Ali, cousin du roi et ambassadeur à Paris. Hassan II souhaitait-il vraiment le retour de votre père au Maroc ou était-ce simplement une manœuvre pour “endormir” la vigilance de Ben Barka ?
Il y a eu un terrible constat d’échec après les sanglantes manifestations de mars 1965 à Casablanca. Face à cette impasse, Hassan a pensé alors faire appel à la gauche. Entre-temps, des milliers de cadres de l’UNFP ont été arrêtés, torturés ou condamnés à de très lourdes peines de prison. C’est dans ce climat que Hassan avait envoyé son cousin demander à Mehdi de rentrer pour trouver une solution politique. Mehdi, en accord avec ses amis de l’UNFP, n’a pas dit non. Il a toutefois émis des conditions : une amnistie personnelle et totale, un gouvernement homogène conduit par l’UNFP et sur la base d’un programme politique de deux ans. Les négociations se sont poursuivies sur cette base jusqu’au début de l’été quand tout a été arrêté.
 Pourquoi ? à qui la faute ?
Mehdi et Hassan devaient se voir au début de l’été de 1965 mais le rendez-vous a été annulé sur initiative du roi. Il a dit à Mehdi et à l’UNFP que “c’était trop tard”. Hassan a décrété l’état d’exception juste après. Il insistait pour que Mehdi rentre au Maroc tout de suite alors que mon père avait d’autres engagements et d’abord la tenue de la Tricontinentale. Mais, parallèlement aux négociations, les services secrets marocains se donnaient les moyens pour attirer Mehdi dans un guet-apens. Ils montaient le coup du film Basta ! avec Chtouki et Figon qui se présente comme producteur et qui se déplace même à Genève et au Caire pour voir Mehdi... Le reste de l’histoire, tout le monde le connaît.
Comment expliquer que Ben Barka, avec son intelligence légendaire, n’ait pas vu le coup venir ?
Il était toujours sur ses gardes, c’est sûr. Mais là où le piège a fonctionné, c’est que son interpellation a eu lieu à Paris, en plein jour, et par des policiers français. Par de vrais policiers. Donc, cela n’avait pas l’apparence d’une tentative d’enlèvement ou d’assassinat. Il faut aussi savoir qu’à l’époque, Mehdi avait un rendez-vous avec les conseillers de Charles De Gaulle au sujet, justement, de la Tricontinentale. Il savait aussi que les agents secrets marocains pouvaient faire ce qu’ils voulaient en France, mais il avait une relative confiance dans les autorités françaises, surtout qu’il avait rendez-vous avec le chef de l’Etat. C’est là où le piège a pu fonctionner. Mehdi a insisté pour voir les papiers des policiers français et ils se sont exécutés. Cependant, ces mêmes policiers ne nous ont jamais révélé ce qu’ils avaient exactement dit à Mehdi pour qu’il les suive. Il avait un rendez-vous à 20 mètres de là, à la Brasserie Lipp, avec le réalisateur et le producteur du film. Il n’a rien fait pour demander à aller s’excuser. Logiquement, il aurait demandé aux policiers de lui laisser le temps d’aller annuler son rendez-vous. Mehdi n’était pas du genre à se faire attendre ou à se défaire d’un engagement.
 Vous rappelez-vous, au sein de la famille,  ce jour-là ?
C’était un vendredi et on était à la maison au Caire, mais les moyens de communication n’étaient pas aussi développés pour qu’on nous mette tout de suite au courant de ce qui venait de se passer…
 Honnêtement, comment ne pas voir que le crime a profité à Hassan II, qui voulait avoir les coudées franches pour asseoir sa domination sur le pays ?
L’action de Mehdi Ben Barka pour organiser la solidarité des peuples du Tiers-Monde représentait un danger pour les forces réactionnaires, néocoloniales et impérialistes, et en particulier pour le régime de Hassan II. Ces forces avaient intérêt à neutraliser le danger Ben Barka. Hassan II a bien entendu profité du crime. Et, au-delà, il ne faut pas oublier que, après la disparition de mon père, le mouvement tricontinental n’a pas atteint ses objectifs et le mouvement progressiste marocain s’est retrouvé très affaibli.
Sur la base des éléments en votre possession, n’avez-vous jamais conclu à une implication directe de Hassan II ?
Bien évidemment, Hassan II n’était pas présent à Paris, ni à Fontenay-le-Vicomte (ndlr : le lieu vers lequel Ben Barka a été conduit après son enlèvement à Paris) le 29 octobre 1965. Cependant, une décision politique a été prise au printemps 1965 : mettre fin aux activités de Mehdi Ben Barka par “des méthodes non orthodoxes”. Les milliers de victimes des années de plomb au Maroc savent ce que signifient ces méthodes. Durant son règne - Hassan II l’a souvent répété - toutes les décisions importantes étaient prises à son niveau, et uniquement à son niveau. C’est pour cela que, même en l’absence de preuves matérielles concluant à son implication personnelle, il n’y a aucun doute quant à sa responsabilité politique dans la décision qui a abouti à l’enlèvement de mon père.
 Une dernière question. Que pensez-vous des dernières déclarations de Mustafa Ramid, le ministre de la Justice, affirmant que le sort des disparus n’était pas une priorité pour son département ?
J’étais très surpris. Les fondations d’une justice indépendante ne peuvent pas se faire sur les oublis du passé, sur des injustices. Le fait de minimiser l’affaire des disparus au Maroc et les attentes des familles ne peut que fragiliser cette construction. On ne peut pas solder le passé de cette manière. On ne peut pas, d’un revers de main, dire qu’on va oublier les disparus. Il s’agit de la mémoire de tout un pays.
 Rétro. Traque tous azimuts
Avant de disparaître, le 29 octobre 1965, Ben Barka a été victime de plusieurs tentatives d’assassinat perpétrées par les services marocains. Celles de 1962 (accident de voiture près de Bouznika) et de 1964 (course-poursuite et coups de feu en Suisse) sont les plus connues. Elles ne sont pas les seules… Que ce soit au Maroc ou dans ses nombreuses terres d’exil, en France, en Suisse, en Algérie ou en Egypte, “on” a longtemps et systématiquement cherché à éliminer Ben Barka. En employant tous les moyens imaginables : en Algérie, par exemple, on a tenté… de l’empoisonner. à 45 ans à peine, au moment de sa disparition, l’homme ressemblait déjà à un vieux rescapé. Traqué dans le monde entier, filé par les services marocains et suivi par tous les espions du monde, Ben Barka avait aussi, cerise sur le gâteau, écopé d’une condamnation (à mort, évidemment) prononcée par la justice marocaine en 1963 pour “complot et tentative d’assassinat contre Hassan II”. Sa disparition définitive en 1965 n’est donc que l’aboutissement logique d’une persécution ininterrompue et reportée de pays en pays.
 De rabat à paris. Les services vous saluent bien
Ami de Nasser, du président algérien Ahmed Ben Bella, de Fidel Castro, autant d’ennemis personnels de Hassan II, Ben Barka avait aussi le don d’irriter les Etats-Unis en se positionnant rapidement, durant son exil, comme leader tiers-mondiste. Ce qui laisse croire que l’enlèvement du leader marocain a pu bénéficier, au moins, de la bienveillance des services américains. La CIA détient d’ailleurs une part de la vérité concernant le sort de Ben Barka : une part qui est toujours consignée dans des documents jamais déclassifiés par l’agence américaine.
De leur côté, les services français n’ont jamais daigné déclassifier les documents les plus sensibles du dossier Ben Barka. Les quelques documents “lâchés” ont été, au préalable, et comme nous l’explique le fils du célèbre disparu, dûment “noircis”, en d’autres termes, leur contenu a été effacé. Et le Maroc ? Non seulement les autorités marocaines n’ont jamais ouvert la moindre enquête sur la disparition d’un ressortissant marocain (alors qu’une plainte contre X a bien été déposée), mais elles ont constamment “snobé” les commissions rogatoires diligentées par les juges français chargés d’instruire l’affaire. Comment ? En répondant officiellement ne pas connaître l’identité des personnes recherchées, ou ne pas être en possession de leurs adresses. Etonnant quand on sait que ces personnes sont de hauts responsables de l’appareil sécuritaire, connues de tous...
Autre détail plaidant clairement pour l’implication directe des autorités marocaines dans la disparition de Ben Barka : les truands français qui ont servi d’intermédiaires à divers niveaux, à leur tête le célèbre George Boucheseiche, ont choisi, après l’éclatement du scandale, de se réfugier… dans le plus beau pays du monde, le royaume de Hassan II. Sans oublier que les policiers impliqués ont bénéficié, de leur côté, de nombreux privilèges : promotions, agréments de transport routier, etc.
Lignes rouges. Benzekri avait promis…
On oublie souvent de le préciser, la famille de Ben Barka, déjà en exil au moment de sa disparition, n’a plus remis les pieds au Maroc tant que Hassan II était vivant. Ce n’est qu’en 1999 que Bachir, le porte-parole de la famille, a choisi de mettre fin à cet exil volontaire, peu de temps après le décès de Hassan II. Pour l’anecdote, on rappelle aussi que, dans les premières années suivant la disparition de Ben Barka, la police de Hassan II avait pour consigne de piétiner systématiquement toutes les gerbes de fleurs déposées devant le domicile du disparu, à Diour Jamaâ à Rabat, et de disperser toute manifestation dédiée au célèbre opposant. Ce n’est que vers la fin du règne de Hassan II et, plus encore, dans les premières années du règne de Mohammed VI, qu’un léger retour à la normale a été entamé.
Enfin, au tout début de la création de l’Instance équité et réconciliation, le défunt Driss Benzekri assurait à qui voulait l’entendre “avoir des garanties personnelles de Mohammed VI”. Quelles garanties ? Celles de pouvoir tout révéler, tout dire, sur les responsabilités marocaines dans la disparition de Ben Barka et de remonter tout en haut, jusqu’à Hassan II s’il le fallait. Il n’en a finalement rien été…

dimanche 30 octobre 2011

Intervention de la famille de Mehdi Ben Barka au rassemblement du 29 octobre 2011 à Paris

Intervention de Bachir BEN BARKA au rassemblement du 29 octobre 2011 à Paris:

Je vous remercie d’être comme chaque année fidèle à ce rendez-vous pour la vérité, la justice et la mémoire.

Mehdi Ben Barka
Je remercie toutes les associations, tous les partis politiques, toutes les personnalités et vous tous militants et simples citoyens qui êtes, année après année, partie prenante de cette manifestation. Au-delà du nécessaire hommage à la mémoire de Mehdi Ben Barka, ce rassemblement nous réunit pour marquer notre volonté commune :
- à poursuivre le combat pour la vérité et la justice ;
- pour exiger avec force que toute la lumière soit faite sur l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka, ses assassins identifiés, sa sépulture localisée et toutes les responsabilités, qu’elles soient étatiques ou individuelles, établies ;
- pour dénoncer la complicité des deux états marocain et français à continuer à protéger les auteurs et les complices de ce crime odieux, à empêcher des témoins-clé de s’exprimer devant la justice, usant et abusant de la raison d’Etats pour faire obstacle à l’action de la justice et pour bafouer le droit de ma famille à toute la vérité.
Ce combat pour la vérité fait partie de celui des familles de victimes de la disparition forcée au Maroc dont le sort est aujourd’hui encore inconnu.
Depuis des décennies, ce combat s’est toujours inscrit dans le combat plus large de nos sociétés pour la démocratie, la dignité et la justice.
Cette année, notre rassemblement prend donc une signification particulière à la suite de ce qui a été appelé le printemps arabe, qui est en fait la révolte des peuples arabes face au despotisme de leurs dirigeants, face à l’injustice et au mépris dont ils sont victimes.
Ces soulèvements ont été marqués, sont encore marqués par le dépassement de la peur et la conviction profonde qu’une mobilisation populaire résolue peut venir à bout des régimes les plus répressifs. Le bilan humain est très lourd, preuve supplémentaire de l’étendue du cynisme et du mépris de ces dirigeants, n’hésitant pas à massacrer leur propre population et à réprimer avec violence les manifestations pacifiques.
Je voudrais saluer ici la mémoire de tous ceux qui ont montré par leur sacrifice que le changement était possible, tous ceux qui n’ont pas hésité à s’immoler, poussés au désespoir, tous ceux qui ont succombé au matraquage policier.
Aujourd’hui, au Maroc, le combat des familles des victimes des années de plomb pour la vérité et contre l’impunité accompagne celui des familles des victimes de la répression du système sécuritaire pour que justice soit rendue.
Les soulèvements populaires dans le monde arabe ont eu des parcours différents, en fonction des spécificités de chaque pays et de son histoire.
Après avoir balayé la dictature de Ben Ali, le peuple tunisien vient d’élire son Assemblée constituante. Quelle que soit l’appréciation que l’on peut porter sur les résultats de ce vote, quelles que soient les éventuelles craintes qu’il peut susciter, une chose est certaine : le peuple tunisien a pris son destin en mains, et il a démontré sa capacité à surmonter toutes les difficultés pour assoir une réelle démocratie dans son pays.
Au Maroc, le mouvement des jeunes du 20 février, dans sa diversité sociale, politiques et culturelle a joué un rôle fédérateur dans la revendication d’une véritable démocratie et dans l’exigence de la mise en place d’un processus de souveraineté populaire à travers des institutions démocratiques s’appuyant sur une constitution qui mette fin au système absolutiste actuel, reprenant le mot d’ordre de la revendication de l’élection d’une Assemblée constituante qui date du lendemain de l’Indépendance.
La réponse apportée par la dernière réforme constitutionnelle préparée en vase clos est loin de répondre aux exigences institutionnelles, politiques économiques et sociales de la situation. D’autant plus que ce qui est proposé comme une avancée démocratique s’accompagne d’une répression féroce de tous ceux qui continuent à revendiquer plus de citoyenneté, plus de justice, plus de dignité, plus de droit.
Les prochaines élections législatives ne pourront en aucune façon occulter la gravité de la situation économique et sociale.
Pour sa part, l’IMBB-MV poursuit sa contribution au débat démocratique pour une meilleure connaissance de notre histoire contemporaine en mettant à la disposition du public marocain les écrits politiques fondamentaux de MBB. Le dernier en date est la version en arabe de « l’option révolutionnaire au Maroc ».

Chers amis,
En hommage à Mehdi Ben Barka, le plus emblématique des disparus, le 29 octobre a été décrété « journée du disparu » au Maroc par le mouvement des droits humains. Des rassemblements similaires au notre y sont tenus aujourd’hui. D’autres manifestations sont organisées les prochains jours.
Notre rassemblement permet d’exprimer notre solidarité pleine et entière avec le combat incessant du mouvement des droits humains, avec les victimes des années de plomb au Maroc et leurs familles, plus particulièrement avec les familles de disparus, pour connaître la vérité sur le sort de leurs proches, qu’ils soient morts ou encore vivants.
Les manquements aux promesses faites par l’IER ont accompagné la fin des activités du CCDH. C’est pour cela que nous espérons que les nouvelles prérogatives du CNDH mis en place en mars dernier vont lui permettre de répondre enfin à l’attente des familles des victimes et de l’ensemble de la société pour clore par la vérité et la justice tous les dossiers en suspens.

Chers amis,
L’an dernier je vous avais fait part d’une petite lueur d’espoir de progresser dans notre combat pour la recherche de la vérité.
Nous avions appris que le ministre français de la défense venait de décider de lever le secret-défense sur une grande partie des documents saisis par le président de la Commission Consultative du Secret de Défense Nationale (CCSDN) au siège des services secrets français (la D.G.S.E.) après que le juge d’instruction Patrick Ramaël ait décidé d’y perquisitionner fin juillet 2010.
La CCSDN avait donné un avis favorable de levée du secret-défense sur des dizaines de documents.
Au moment où je vous en avais fait état il y a un an, aucun élément ne permettait de savoir si les documents dont allait disposer le juge Ramaël permettront une avancée significative dans l’éclaircissement des circonstances de la disparition de mon père. Nous le souhaitions bien entendu.
Quelques semaines plus tard, nous étions dans le bureau du juge Ramaël (Me Buttin et moi-même) pour prendre connaissance officiellement du contenu de ces documents.
A notre grande indignation, nous avions appris que le Ministre de la défense, dans un grand élan de courage politique, n’avait même pas osé entériner la proposition du CCSDN, ce qui était la règle convenue dans ces affaires. Il n’avait en fait levé le secret-défense que sur la partie la plus insignifiante des documents, refusant de le faire pour la plus grande part.
Voilà où nous en sommes dans la République française en 2011.
Excusez cette trivialité, mais il n’y a pas d’autres mots : 46 ans après les faits, l’état se couche devant la raison d’Etat.
Les mêmes blocages au nom de la raison d’Etat empêchent la progression de la recherche de la vérité au Maroc et continuent de protéger ceux qui seraient impliqués dans l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka. Les Commissions rogatoires internationales du juge Ramaël ne sont pas exécutées depuis 2003. Malgré toutes les réponses apportées aux demandes formulées par la justice marocaine pour retarder l’exécution des CRI, rien n’a été fait pour entendre les témoins importants, membres du système sécuritaire ni de faire les fouilles nécessaires au PF3 pour y trouver d’éventuelles dépouilles.
Tout laisse à penser que le régime attend que la vieillesse vienne à bout de ces témoins pour faire constater son impuissance à répondre à nos légitimes interrogations.
Là aussi, voilà une belle preuve de courage politique
Voilà toutes les raisons qui font que nos inquiétudes persistent quant à la réalité de la volonté politique des deux États marocain et français à aider à la manifestation de la vérité dans une affaire d’une haute signification symbolique des relations entre la France et le Maroc.
Malgré tous ces obstacles, le combat pour la vérité, la justice et la mémoire continue. Nous le menons avec ma famille, notre avocat Me Maurice Buttin et avec vous, associations, syndicats, partis et aussi citoyens dont le soutien est aussi précieux pour nous qu’il est dérangeant pour ceux qui voudraient bien enterrer définitivement ce dossier.
Les prochains scrutins de 2012 semblent être porteurs d’espoirs.
Comme lors de précédentes échéances, nous sommes convaincus de la volonté de la gauche à s’engager à mettre fin au scandale de la raison d’Etat qui entrave l’action de la justice pour qu’enfin la vérité puisse éclater.
Contrairement à de précédentes échéances électorales, nous espérons que la raison d’Etat ne fera pas reculer une fois de plus la vérité et la justice.
Il y a quelques jours, a été commémoré le 50ème anniversaire du massacre des algériens du 17 octobre 1961. Pendant longtemps la raison d’Etat a essayé, mais en vain, d’occulter la réalité des faits et de minimiser sinon de nier les vraies responsabilités. Aussi bien pour faire avancer le nécessaire travail de mémoire que pour rendre justice aux victimes, il est aujourd’hui indispensable de qualifier ces massacres de crime d’états.
Il y a quelques mois, Didar Fawzy nous a quittés. Aussi bien dans le cadre des activités de l’association « Mémoire, vérité et justice sur les assassinats politiques en France » que dans la préparation du colloque « de la tricontinentale à l’altermondialisme », elle a toujours personnifié la combativité et la rigueur militante, toujours vigilante pour aller à l’essentiel. La militante progressiste et anti-impérialiste infatigable du groupe « Solidarité » et surtout l’amie va beaucoup nous manquer.
Une autre perte à déplorer fut celle de M’hammed Aouad. Proche collaborateur de Mehdi Ben Barka dans les années 50 pour la mise en place de la presse et des archives du mouvement national, il fut l’ami indéfectible de tous les instants. Avec lui, nous perdons un proche et l’histoire du mouvement national perd un peu de sa mémoire.
Pour finir, comme chaque année, je vous donne rendez-vous au 29 octobre prochain pour un autre rassemblement consacré, je l’espère, uniquement à la mémoire.
D’ici là, maintenons notre mobilisation toujours plus forte pour répondre à toutes les attaques portées au nom de la raison des Etats à la vérité, à la justice et à la mémoire.
Paris, le 29 octobre 2011
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«Ce mort aura la vie dure, ce mort aura le dernier mot»
 Daniel Guérin , in «Ben Barka ses assassins: seize ans d’enquête»
 Par Mamfakinch, 30/10/2011


Voilà donc 46 ans que Mehdi Ben Barka a disparu à Paris le 29 octobre 1965, enlevé par deux policiers français et remis à un ramassis de truands français et de responsables marocains, pour subir un sort funeste mais encore non déterminé. Il aurait eu 91 ans aujourd’hui si son chemin n’avait croisé celui de Hassan II, Oufkir et Dlimi (et leurs complices étrangers, français, étatsuniens et israéliens). Mehdi Ben Barka a laissé un héritage politique mais aussi judiciaire, confirmant les mots immortels de Daniel Guérin cités en exergue.
Sur le plan politique, Mehdi Ben Barka fut tout d’abord un résistant face à l’occupation et à la colonisation franco-espagnoles, avant d’accéder à de hauts postes politiques et parlementaires. Fondateur de l’UNFP (devenu en 1972 l’USFP), il était le leader incontesté de l’opposition progressiste à ce makhzen autoritaire et acoquiné aux puissances étrangères. Élu triomphalement dans sa circonscription de Rabat en 1963, son aura politique, devenue internationale, amena le makhzen à vouloir l’éliminer – par un accident de voiture planifié mais raté en 1962 et une condamnation à mort par contumace en 1963 pour avoir pris le parti de l’Algérie lors de la «guerre des sables» de 1963. En exil depuis lors, il était devenu une figure de proue du tiers-mondisme triomphant de ce début des années 60, rejoignant et représentant la Tricontinentale, gênant par là, outre un pouvoir marocain ayant rompu avec le neutralisme tiers-mondiste de Mohammed V, les puissances occidentales.
Homme d’ambitions radicales et de réformes pragmatiques, de principes affirmés et de compromis réalistes, d’opposition et de pouvoir, Mehdi Ben Barka était à la fois un homme comme un autre, avec ses faiblesses – sa naïveté aura facilité son enlèvement – et un homme hors du commun, dont seule la disparition avait semblé devoir assurer la continuité du régime. Il ne saurait être question d’en faire une icône, mais il faut reconnaître qu’avec une poignée d’autres Marocains du XXe siècle – Abdelkrim el Khattabi, Mohamed Zerktouni et Mohamed Bougrine entre autres – il symbolise le refus de l’oppression et de l’injustice, refus qu’il a payé de sa vie, alors que tant d’autres se sont compromis.
De cette voix-là, les Marocains et Marocaines du 20 février sont orphelins et héritiers. Orphelins, car si d’innombrables citoyen-ne-s ont relevé le flambeau du refus de l’oppression, de l’injustice et de l’asservissement, c’est en l’absence de relais partisan de poids, capable de porter les revendications populaires au niveau institutionnel. Héritiers, car même s’ils n’en sont pas toujours conscients, c’est dans la lignée de l’émancipation des citoyens marocains de l’asservissement interne et externe, économique et politique, social et culturel.
Si sa disparition a manqué au Maroc, elle a également planté sur la scène politique le rappel constant des crimes de l’Etat marocain, crimes que celui ne peut ni ne veut élucider. Disparu sans laisser de trace ce 29 octobre 1965 à Paris – même si les dernières certitudes quant à son sort s’arrêtent à Fontenay-le-Vicomte, domicile d’un truand français contracté par l’Etat marocain où il fut amené par les deux policiers français l’ayant enlevé devant la Brasserie Lipp – son sort est depuis formellement inconnu. Donné pour mort, les détails de celle-ci ne sont pas définitivement déterminés – car ni la justice française ni la justice marocaine n’ont voulu ou pu se donner les moyens de la recherche de la vérité.
C’est cependant en France où la justice est restée le moins en retrait – la disparition étant une infraction continue, la prescription ne trouve pas à s’appliquer. La disparition de Mehdi Ben Barka est donc toujours soumise à l’instruction, un juge particulièrement actif ayant émis en 2009 des mandats d’arrêt visant quatre personnalités sécuritaires marocaines recherchées en tant que témoins, mandats depuis diffusés par Interpol. Une demande de commission rogatoire a été adressée en ces sens aux autorités judiciaires marocaines – il va sans dire que celles-ci ont déployé un paroxysme d’efforts pour paralyser, dans les faits, cette enquête judiciaire.
Car c’est peu de dire que le Maroc, où plutôt ceux qui le dirigent, n’entendent aucunement que vérité soit faite et justice rendue dans l’affaire Ben Barka. S’il s’est par la suite avéré exagérément naïf de croire que l’alternance de 1998, avec l’arrivée à la tête du gouvernement d’un premier ministre issu de l’USFP, allait permettre de faire la vérité sur cette affaire, c’est à la presse marocaine et française que l’on doit des révélation qui l’ont, une nouvelle fois propulsée dans l’actualité politique, plus de quarante ans après les faits. Le refus opposé par les autorités marocaines – et au Maroc, la justice n’est qu’un démembrement du pouvoir exécutif – confirme une continuité de l’Etat marocain dans le crime, l’injustice et l’impunité.
C’est pourquoi Mamfakinch.com, partie prenante du mouvement du 20 février demande ouvertement:
  • au peuple marocain de ne pas oublier l’exemple du martyr Mehdi Ben Barka, et de continuer de réclamer la vérité et la justice, pour lui comme pour toutes les autres victimes, lointaines ou récentes, de la violence d’Etat;
  • au gouvernement marocain: de lever tous les obstacles de fait et de droit à la manifestation de la vérité dans l’affaire Mehdi Ben Barka, notamment en prenant toutes les mesures nécessaires pour que les quatre témoins recherchés par la justice française soit entendus sans entrave aucune;
  • au gouvernement français: de faire définitivement lever un «secret-défense» bien usurpé sur les derniers éléments factuels en sa possession de ce qui est une affaire criminelle – ce gouvernement doit comprendre que de bonnes relations avec le peuple marocain seront plus durables que celles avec une élite dirigeante dont l’actualité étrangère donne récemment des exemples de fragilité.