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mercredi 2 janvier 2013

Le 1er janvier, expulsé "comme un chien"pendant les voeux de Hollande

-Par Marie Barbier, 1/1/2013

Exclusif: un jeune sans-papier expulsé "comme un chien" raconte

A 20 heures lundi, alors que le président François Hollande prononçait ses voeux aux Français pour la nouvelle année, Ahmed Sohail, 23 ans, en France depuis l’âge de 15 ans, était dans l’avion qui le ramenait de force vers le Pakistan. Il raconte.
Arrivé à 1h41 du matin à Karachi, le jeune homme a décrit son vol dans un message téléphonique que nous nous sommes procurés : «Ils m’ont renvoyé comme un chien, j’avais la bouche scotchée, les pieds attachés». Menotté dans le dos, Ahmed est escorté par quatre policiers. Visiblement déboussolé à son arrivée à Karachi - à plus de 1200 kms de son village natal près d’Islamabad - Ahmed ne cesse de répéter «Je ne sais pas quoi faire maintenant».
Le jeune homme est arrivé seul en France à 15 ans, via un passeur payé par ses parents. Pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance jusqu’à ses 21 ans, il obtient un CAP plomberie et bénéficie d’un titre de séjour étudiant. Un employeur veut l'engager, mais finit par se désister face à la longueur de l’examen du dossier en préfecture. La suite est un long acharnement pour le renvoyer au Pakistan où il n'a plus aucune attache. "Même sous Sarkozy, on n’est jamais arrivé jusqu’à ce stade là", soupire Malika Chemmah, militante au Réseau éducation sans frontières (RESF).
Retrouvez l'intégralité de l'article dans l'Humanité de ce mercredi


lundi 15 octobre 2012

Malala Yousufzai, une icône des droits des enfants et des femmes au Pakistan


par , Rédacteur en chef adjoint, membre de Tolerance.ca®, 14/10/2012
Malala Yousufzai est un symbole de la lutte contre l’extrémisme islamiste au Pakistan. Elle a également lutté pour les droits des enfants et le droit des filles à l'éducation. Pour faire taire cette adolescente, le mouvement des talibans pakistanais (TTP) a tenté de l’assassiner. Mais au lieu de s'attirer les faveurs de la population des zones tribales du Nord-Ouest du pays, il a suscité, à son corps défendant, la sympathie populaire à l'endroit de sa jeune victime.

À l’instar de ce qui se passe dans le reste du Pakistan, la situation dans les zones tribales est instable. La guerre en Afghanistan depuis 2001, l’installation de membres du réseau terroriste international Al-Qaïda dans des zones tribales difficiles d’accès et le programme d’assassinats ciblés, à l’aide de drones américain, de dirigeants jihadistes des deux côtés de la frontière, l'incurie du gouvernement d'Islamabad et la corruption endémique localement n’ont rien arrangé à cette situation. Les alliés d’Al-Qaïda au sein du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP, Mouvement des talibans du Pakistan) ont cherché à mettre à profit cette situation pour imposer par la force leur agenda ultraconservateur à des populations des zones tombées sous leur férule. Et à faire taire toute voix qui oserait leur résister.

Une rose lumineuse dans le désert taliban à Swat
Malala Yousufzai est une adolescente pakistanaise de la ville de Mingora (province de Swat). Elle est née en 1998.
Elle s’est fait connaître dans son pays et à travers le monde en 2009, alors qu’elle n’avait que 11 ans! À l’époque, elle publiait un blog, ''Le Journal d'une écolière pakistanaise'', hébergé sur le site en ourdou de la BBC, sous un pseudonyme: Gul Makai. Elle y décrivait les violences commises par le TTP dans la vallée de Swat pour faire taire leurs opposants et empêcher les petites filles d’aller à l’école. Également, elle y plaidait en faveur des droits des filles à l’éducation.
En guise de reconnaissance de son combat pacifique en faveur des droits de la personne dans sa région, le gouvernement pakistanais lui a décerné en 2011 la plus haute distinction civile du pays: le ''Prix national pour la paix''. Elle est son premier récipiendaire. L’aura de cette figure de proue du droit des enfants a traversé les frontières de son pays au point où on a proposé son nom à la fondation hollandaise Kids Rights pour figurer sur la liste des enfants candidats à son ''Prix international des enfants pour la paix''. Même si elle n’a pas remporté ce prix, le fait de figurer sur cette liste est en soi une reconnaissance internationale de l’importance de son combat pacifique en faveur des droits des enfants.

Tentative d’assassinat de la jeune icône nationale
Le 9 octobre, le TTP a mis ses menaces de mort à exécution. Des assaillants talibans ont essayé d’assassiner l’adolescente.
Pour justifier son geste terroriste, le TTP a tenté de dresser d’elle un portrait des plus négatifs dans un pays comme le Pakistan où le sentiment antiaméricain est très répandu. À en croire son porte-parole, Ehsanullah Ehsan, elle aurait «un esprit laïc, pro-Occident, anti-Talibans» et pour ne rien arranger à son affaire, toujours selon M. Ehsan, elle disait que le président américain «était son idole» (Cf. dépêche de l’AFP, 9 octobre 2012). Mais, depuis quand le fait d'exprimer une opinion n'allant pas dans le sens voulu, côté TTP, donnait à celui-ci le droit d'éliminer le ''fautif''?
Mais cette tentative grossière de communication a tourné court. Au lieu d’obtenir l’assentiment de la population à son geste extrême, le TTP s’est attiré la colère de larges secteurs de la population à Swat et ailleurs au Pakistan. C'est pourquoi plusieurs manifestations se sont déroulées spontanément dans plusieurs villes pour dénoncer le TTP et prier pour la survie de la victime. Aussi, plusieurs réseaux sociaux ont vu le jour en signe de solidarité avec la jeune bloggeuse, dont un a l'appui de 47 235 fans.
Le président Asif Ali Zardari ainsi que le chef d’état-major des forces armées, le général Ashfaq Parvez Kayani, ont eux aussi condamné la tentative d’assassinat. Aussi, une cinquantaine d’Oulémas (savants religieux) ont considéré le geste taliban comme non-islamique. Ce qui revient à lui retirer toute caution religieuse.
**
Qu’elle survive avec ou sans séquelles, la vie de Malala ne sera plus la même. Aussi, le quotidien de la famille Yousufzai sera irrémédiablement bouleversé. Dans un pays comme le Pakistan, l’adolescente ne sera en sécurité nulle part. En cas de rétablissement, le mieux qu’elle puisse faire à court terme est de se réfugier à l’étranger, loin du Pakistan, le temps de digérer le choc de l'agression et poursuivre ses études. Quitte à retourner plus tard dans son pays pour participer à son développement.

lundi 29 novembre 2010

Pakistan. Sauver Asia Bibi de la peine de mort pour blasphème

Par Aziz Enhaili, Chroniqueur de Tolerance.ca, 29/11/2010


Asia Bibi est une Pakistanaise chrétienne. Suite à une plainte de voisines, elle a été condamnée à mort pour blasphème contre l'islam. En raison du caractère injuste de sa condamnation, Islamabad devrait la libérer. Tout en prenant sérieusement de nécessaires précautions.
Le Pakistan est un grand pays musulman. Sa minorité chrétienne représente 2,5% de près des 168 millions de ses habitants. Dans un pays polarisé et souffrant d’équilibres sociopolitiques fragiles, les membres de cette communauté abrahamique sont, de temps en temps, à la fois victimes de persécutions et une cible d’attentats meurtriers. Comme les membres d’autres minorités, ils vivent depuis des décennies sous la menace d’une loi anti-blasphème. Asia Bibi, une des leurs, est à ce jour la dernière victime de cette épée de Damoclès suspendue au-dessus notamment de leurs têtes.
Asia Bibi, une chrétienne victime d’une loi inique dans son propre pays
Asia Bibi est une mère âgée de 45 ans. À en croire la version répandue par ses sympathisants sur le net, elle s’était disputée avec des villageoises musulmanes relativement au partage d’un point d'eau. Ces voisines l’auraient accusé d’avoir tenu des propos blasphématoires à l’endroit du prophète Mohamed. Suite à une plainte pour blasphème enregistrée dans un commissariat de police, elle est arrêtée en juin 2009.
En raison de la gravité de cette accusation dans un pays comme le Pakistan, les proches d’Asia Bibi craignaient qu’elle soit condamnée à la prison, même à perpétuité. Mais ce que personne n’avait envisagé, c’est qu’elle soit condamnée, le 8 novembre dernier, à la peine capitale. C’est dans ce sens que s’est prononcé un juge ultraconservateur dépendant de Nankana Sahib, un district de la province centrale du Pendjab. Avec le risque d’être pendue.
Pour échapper à cette sentence, Asia Bibi a fait appel. Mais, même si la peine de mort est commuée, elle court quand même un autre risque. Tout fanatique pourrait, à tout moment, s’en prendre à elle, au nom d’une prétendue défense d’un islam qui serait outragé. Que Dieu l’en préserve! D’ailleurs, ce ne serait pas la première à qui cela pourrait arriver. À titre d’illustration, deux de ses compatriotes de confession chrétienne, jugés récemment pour le même motif et disculpés, ont été assassinés dès leur sortie du tribunal!
Son triste sort lui a attiré la sympathie de plusieurs aux quatre coins du monde. Même le pape Benoît XVI a joint sa voix au concert de tous ceux qui demandent sa grâce au président pakistanais Asif Ali Zardari.
C’est dire l’importance symbolique que ce cas revêt aujourd’hui.
À cause de cette pression internationale, on a entendu un responsable politique pakistanais comme M. Shahbaz Bhatti, le ministre fédéral en charge des minorités (un poste appelé à disparaître prochainement!), déclarer d’abord qu’elle était innocente, avant de souhaiter la voir libérée rapidement, conséquence d’une grâce présidentielle. Une manière, peut-être, de donner des gages de bonne volonté au généreux allié américain. Mais, semble-t-il, il ne fallait pas plus pour que des groupes islamistes radicaux, à l’affût du moindre prétexte susceptible de polariser le paysage social, exercent de fortes pressions sur le pouvoir civil en vue de l’intimider et de faire plier sa volonté à la leur. D’où leur accusation du ministre en personne, lui-même chrétien, de blasphème. Son tort? S’être porté à la défense de deux autres chrétiens (les frères Emmanuel et Sajid Rashid) accusés eux également de blasphème. Accusation niée par eux. Ils seront assassinés, le 19 juin 2010, dans l’enceinte même du tribunal de Faisalabad, dès le prononcé de leur acquittement. D’ailleurs, Allama Ahmed Mian Hammadi, un haut dignitaire religieux musulman, a déjà autorisé implicitement la décapitation du même ministre (voir sa déclaration publiée dans le quotidien pakistanais Daily Jasarat). Il lui a reproché sa déclaration voulant que la loi ait été violée dans le cas des deux frères chrétiens. Aux yeux du clerc ultraconservateur, les musulmans ne peuvent tolérer le blasphème contre le prophète Mohamed.
Pour vraiment sauver la vie d’Asia Bibi
En raison des graves menaces pesant sur la sécurité d’Asia Bibi, il faudrait, à court terme, éviter tout geste ou déclaration de quiconque qui pourraient être exploités par des islamistes radicaux pour jeter encore un peu de l’huile sur un feu qui couve déjà depuis de nombreuses années. Autrement dit, il faudrait éviter même la moindre apparence de provocation. C’est ce type de démarche qui pourrait faciliter un peu la tâche du président pakistanais dans cette affaire délicate. Autre mesure à prendre rapidement: assurer la protection d’Asia Bibi dans son lieu de détention. Il n’est pas exclu qu’une de ses codétenues prenne de son propre chef (ou sous influence) l’initiative d’exécuter celle qui se serait prise au bien aimé prophète de l’islam.
Entre-temps, il faudrait agir sur deux fronts. D’abord, le secteur judiciaire. Islamabad serait mieux inspirée d’ordonner, d’entrée de jeu, l’ouverture d’une nouvelle enquête policière et la tenue d’un nouveau procès judiciaire. Pour faciliter la tenue d’un procès juste, il vaudrait mieux le déplacer loin de la localité de Nankana, le lieu du jugement controversé initial. Ensuite, le front politique. Pour pouvoir absorber la colère d’une foule chauffée à blanc par de populistes (dont l’ultraconservateur Jamiat Ulma Islam (JUI), allié du Pakistan Peoples Party, parti du président) voulant ultimement provoquer la chute du pouvoir civil, il vaudrait mieux que l’appareil judiciaire pakistanais procède par étape avant d’établir de manière irréfutable l’innocence d’Asia Bibi. Dans ce cas de figure, elle n’aura plus besoin de la grâce du président Zardari,
**
Qu’Asia Bibi ait tenu ou non des propos blasphématoires, sa condamnation a été l’occasion pour plusieurs au Pakistan et à l’étranger de prendre conscience de l’état réel de la liberté d’expression et de la situation de la minorité chrétienne dans ce pays. Autre motif d’inquiétude: la facilité déconcertante avec laquelle certains acteurs extrémistes arrivent à manipuler les masses, à fragiliser le pouvoir civil et à déstabiliser tout un pays, n’augure rien de bon pour l’avenir du Pakistan dans son ensemble, y compris pour ceux qui aujourd’hui manipulent les ficelles derrière les rideaux fermés.

vendredi 11 septembre 2009

Les USA envahissent et occupent le Pakistan

Un point de vue pakistanais
par Talha MUJADDIDI, 30/8/2009

Nous le voyons se produire dans nos rues. Le cauchemar récurrent est aujourd'hui devenu une dure réalité pour le peuple du Pakistan. Après avoir suivi les horreurs des invasions et des occupations usaméricaines en Irak et chez notre voisin, l'Afghanistan pendant 8 ans, la « guerre contre le terrorisme » est finalement arrivée dans « Le Pays des Purs* ». Obama tient sa promesse de campagne au Pakistan. La brutale arrivée des marines US, des Hummers militaires US, des tueurs stipendiés de la société militaire privée Blackwater, les maisons barricadées pour le personnel US à Islamabad et la construction de la plus grande « ambassade » US du monde, terrorisent cette nation de 180 millions d'habitants. Le massacre et la destruction US de l'Irak et de l'Afghanistan voisin pendant les 8 dernières années leur ont donné un avant-goût ce qui peut arriver, à eux, à leurs familles et à leur pays.

Les marines usaméricains


Le 21 septembre 2008, une bombe a explosé à l'hôtel Marriott à Islamabad, tuant un grand nombre de personnes et en blessant des centaines. Avant l’attentat, des marines US ont déchargé des caisses métalliquesl d'un camion, ont franchi la sécurité et les ont transportées au 4ème étage du bâtiment. Les responsables US refusent de coopérer avec le gouvernement qui tente d'enquêter sur leurs activités. Un an plus tard, ce sont les mêmes marines US qui mènent l'occupation du Pakistan.

Jusqu'au débarquement des forces usaméricaines, le porte-parole US pour les Affaires étrangères a démenti que 1000 marines US étaient en route pour Islamabad. Les mille marines se trouvent désormais dans la capitale.. Certains d'entre eux doivent être en train de s’infiltrer tranquillement au Baloutchistan où la présence du Joint Special Operations Command (l'état-major conjoint des opérations spécial) a été signalée par des journalistes étrangers. Mais la majorité d'entre eux sont là pour défendre ce que sera la plus grande ambassade/forteresse usaméricaine du monde, pour l'instant en cours de construction, et pour servir de tête de pont à l'invasion et à l'occupation.

Le coût pour le contribuable usaméricain


L'ambassadrice usaméricaine au Pakistan, Anne W. Patterson


Le coût total pour l'hébergement et le soutien général sur place des seuls marines sera de 112.5 million $. L'ambassadrice Anne W. Patterson, a indiqué que l'argent est réparti de la façon suivante : « 5 millions $ pour les quartiers des marines, 53,5 millions $ pour les infrastructures d'hébergement, 18 millions $ pour l'amélioration de la zone de bureaux des services généraux et 36 millions $ pour les quartiers de temporaire et les équipements collectifs. »

Dans ses explications concernant l'expansion massive de l'ambassade usaméricaine, Patterson a mentionné le chiffre de 4 milliards de dollars :

« L'expansion de l'ambassade, a -t-elle déclaré, reflète l'engagement à long terme que les USA ont l'intention de prendre au Pakistan. De plus, a t'-elle indiqué, quadrupler l'aide sociale, économique et militaire qui engagera 4 milliards $ par an pendant les 18 prochains mois, nécessite un accroissement du personnel. »

L'ambassadrice Patterson n'a pas clarifié si les 4 milliards $ couvraient la construction qui fera de cette ambassade la plus grande du monde. Quand on replace cette construction dans le contexte et compte tenu du nouveau degré de l'occupation US au Pakistan, cela ressemble plus à une base militaire permanente, pas seulement pour le Pakistan mais aussi pour toute la région, qu'à une ambassade pour les opérations militaires courantes et secrètes.

Des armes et des Hummers

Des témoins et des journalistes informés ont signalé avoir observé depuis quelques semaines, du personnel usaméricain à Islamabad mais il se déplace maintenant librement à travers la capitale. La loi (section 144) stipule que des Pakistanais en possession d'armes à feu ne sont pas autorisés à les porter sur eux, dans Islamabad. Mais le personnel usaméricain montre aux Pakistanais qu'il est au-dessus de la loi en brandissant ouvertement ses armes. Il a également été confirmé que 3 000 Hummers militaires, verrouillés et chargés, attendent d’ être débarqués et déployés, à Port Qasim (Karachi). Pour des millions de Pakistanais l’évocation de ces Hummers rappelle des images de troupes usaméricaines, armées jusqu'aux dents, chargeant dans les rues des villes irakiennes, terrifiant et tuant souvent des civils sans défense.


Le 23 février 2009, le Pentagone a révélé que plus de 70 conseillers militaires usaméricains travaillaient secrètement au Pakistan.


Blackwater et la CIA

Les Pakistanais étaient au courant qu'environ 300 "conseillers" militaires US logeaient à Tarbela. Mais la nouvelle de l'arrivée des célèbres mercenaires de Blackwater, en plus des mille marines US, concentre toute leur attention. Au Pakistan, la société Blackwater a remplacé son nom entaché par un nom plus parlant, "Xe Worldwide", nom derrière lequel ces tueurs à gage se cachent

La semaine dernière également, Creative Associates International Inc (CAII), une couverture de la CIA, opérait à Peshawar. Ils ont maintenant bouclé une route et ouvert boutique près des maisons de hauts responsables pakistanais à Islamabad, juste en face d'une école.


Le Dr. Shireen Mazari

Le Dr. Shireen M. Mazari est une chercheuse et commentatrice en Études Stratégiques et Sciences Politiques du Pakistan. Elle possède un doctorat de l'Université Colombia et était Directrice Générale de l'Institut d'Etudes Stratégiques à Islamabad, au Pakistan et est ancienne présidente du Département de la Défense et des Etudes Stratégiques à l'Université Quaid-i-Azam, à Islamabad. Elle est critique des relations que le gouvernement du Pakistan entretient avec les USA et l'Inde. Intervenant pour un parti politique de l'opposition (Tehreek-e-Insaaf), le Dr. Shireen Mazari parle de la récente arrivée des forces US au Pakistan :

"Vont-ils se joindre aux brigades d'assassins du Pentagone, qui pourraient élire domicile dans les maisons barricadées d'Islamabad et avec lesquels le présent commandant US en Afghanistan était directement associé ? Des employés des aéroports pakistanais ont parlé de leurs inquiétudes au sujet de vols charters qui transportent des Américains et dont l'entrée dans le pays n'est pas enregistrée, ni même les visas des membres de l'équipage des vols qui ne sont pas non plus vérifiés, ainsi il n'existe aucun registre du nombre exact d'Usaméricains qui entrent ou sortent du Pakistan. D'ailleurs, Craig Davis du CAII (CIA/Blackwater) qui a été expulsé, est maintenant revenu à Peshawar ! Et ne nous laissons pas avoir par l'argument comme quoi le nombre est le reflet de l'amitié car nous savons ce que le nombre signifiait pour les satellites soviétiques."


Le Pearl Continental, un hôtel de luxe à Peshawar a été soufflé par une bombe le 9 juin 2009. Les USA attribuent d'habitude ce genre d’attentats aux terroristes musulmans. Les USA ont aussi, comme d'habitude, saboté les accords de paix entre le gouvernement pakistanais et divers groupes de résistance au Pakistan. Des attentats comme celui-ci permettent de justifier l'invasion et l'occupation actuelles par les USA.

L'hôtel Pearl Continental à Peshawar a été bombardé le 9 juin 2009, ce qui n'a attiré que très peu d'attention de la part des médias dominants. Au moment de l'attentat, les médias pakistanais ont déclaré officiellement que l'hôtel était occupé par du personnel U.S. mais ils n'ont pas mentionné Blackwater. Cependant, le nom de Blackwater a commencé à apparaître suite à des rumeurs et des rapports officieux, après l’attentat à Peshawar.


Ahmed Quraishi


Le 5 août 2009, Ahmed Quraishi, analyste politique, chroniqueur et propriétaire indépendant d'un site Internet d'actualités, a rendu compte de l'introduction des marines U.S., de Blackwater, de la CIA et d'équipement militaire au Pakistan :

“Les Pakistanais se demandent : « Qui gouverne nos rues, le gouvernement pakistanais ou les Américains ? Et qui les a autorisés à venir ? »

« Il y a trois semaines, un groupe de citoyens pakistanais de Peshawar, inquiets, a écrit au ministère fédéral de l’Intérieur au sujet des activités suspectes d'un groupe d'Américains fantomatiques dans une maison louée dans leur voisinage, le quartier chic de l'University Town à Peshawar. Une ONG se désignant sous le nom de Creative Associates International Inc. louait la maison”. Selon son site Internet, la CAII se décrit comme « une organisation privée non gouvernementale qui s'occupe des défis urgents auxquels se trouvent confrontées les sociétés d'aujourd'hui … Les objectifs de Creative sont d'offrir l'opportunité d'améliorer, de transformer et de renouveler… » La description n'a aucun sens. C'est plus ou moins une parfaite couverture pour le véritable travail de cette « ONG » US : l'espionnage…

“A Peshawar, la CAII a ouvert un bureau pour travailler sur des projets dans les zones tribales proches. Il est intéressant de voir que tous ces projets sont liés au gouvernement US. Les autres projets de la CAII, à l'extérieur du Pakistan, sont aussi liés au gouvernement US. En résumé, cette ONG n'en est pas une. Elle est étroitement liée au gouvernement usaméricain. »

Entre-temps, lorsqu'on l'a interrogée sur l'agrandissement de l'ambassade, l'ambassadrice U.S., Anne W. Patterson, a été « manifestement secouée » et a répondu : “Je suis sans voix. Pour espionner le Pakistan, nous n'avons pas besoin d'une grande ambassade.” Puis se ressaisissant rapidement, elle a ajouté :“ Et nous n'avons pas non plus besoin d'espionner.” Patterson a continué en disant que le Pakistan pourrait devenir une “station familiale” – on se demande ce que ça veut dire pour un bureaucrate colonial US.

Au sujet de la couverture de la CIA pour les mercenaires de Blackwater, Ahmed précise :

« À Peshawar, la CAII a indiqué aux autorités pakistanaise qu'elle avait besoin d'engager des gardes pour sa protection. Il s'est avéré que les gardes n'étaient autres que des tueurs à gage professionnels de Blackwater. Ils utilisaient la couverture de la CAII pour mener une série d'activités secrètes dans la province de la Frontière nord-ouest du Pakistan. La tristement célèbre société de sécurité privée Blackwater opère en tant que branche de l'armée US et de la CIA, s'occupant, dans des zones stratégiques éloignées, du sale boulot auquel le gouvernement US ne peut pas ouvertement s'associer. Blackwater n'est rien d'autre qu'une société de sécurité. C'est une armée mercenaire de plusieurs milliers de soldats.

« Les responsables de la sécurité pakistanaise ont été alertés par des rapports qui indiquaient que Blackwater opérait depuis le bureau de la CAII sur Chinar Road, dans le quartier de l'University Town à Peshawar. La personne responsable du bureau, un Américain du nom de Craig Davis selon un article du journal Jang, un des plus grands quotidiens en langue urdu du Pakistan, a été arrêté et accusé d'établir des contacts avec « les ennemis du Pakistan » dans des régions attenantes à l'Afghanistan. Son visa a été annulé, le bureau fermé et d'après certaines informations, M. Davis aurait été expulsé aux USA.

« On ne sait pas exactement quand M. Davis aurait été expulsé ni s'il y a eu d'autres membres du personnel expulsés en même temps que lui. Quand j'ai contacté l'ambassade US durant le week-end, la première réaction du porte-parole, Richard Snelsire a été la suivante : « Aucun employé de l'ambassade n'a été expulsé. »

Souvenez-vous que Dr. Shireen Mazari qui est en position de savoir, a indiqué catégoriquement : « Craig Davis de la CAII qui a été expulsé, est maintenant revenu à Peshawar. »


Offres d'emploi pour le Pakistan de l'ONG qui n'est pas une ONG


Mais Ahmed Quraishi explique ainsi ce démenti de l’ambassade US :

« Cette réponse défensive est similaire aux réactions causées par la culpabilité des employés de l'ambassade US à Bagdad et à Kaboul face à la présence de mercenaires travaillant pour l'armée US et la CIA. J'ai dit à M. Snelsire que ma question ne concernait pas un employé de l'ambassade ayant été expulsé. Il a déclaré qu'il avait entendu ces rapports et qu'il avait « vérifié »de son côté avec les employés de l'ambassade mais personne n'en avait entendu parler. « C'est sans fondement » (a-t-il dit). Alors je lui ai demandé : « Est-ce que Blackwater opère au Pakistan, à Peshawar ? » réponse : « Pas à ma connaissance ».

« Admettons. Les ambassades US à Bagdad et à Kaboul n'ont jamais reconnu, non plus, aucune des opérations de Blackwater en Irak et en Afghanistan. Cela fait partie des conflits de bas niveau entre les diplomates du Département d'Etat des USA et ceux du Pentagone et de la CIA. Les gens des Affaires étrangères ont, selon certaines informations, indiqué clairement qu'ils ne reconnaîtraient pas, ni n'accepteraient des responsabilités pour les activités d’ opérations spéciales des agents opérant dans des pays amis, à l'insu de ces pays et en violation de leur souveraineté. Des rapports ont suggéré que parfois, même l'ambassadeur US n'était pas au courant des actions des mercenaires de son gouvernement dans un pays cible. »

Finalement, Ahmed parle d'un diplomate US qui a rencontré secrètement un diplomate indien à l'intérieur du Pakistan, en sachant parfaitement que l'Inde est considérée comme un État ennemi du Pakistan :

« En mai, une femme diplomate US fut surprise en train d'arranger une réunion discrète (lire « secrète») entre un diplomate indien de bas niveau et plusieurs responsables de haut niveau du gouvernement pakistanais. Une adresse à Islamabad (152 Margalla Road) fut identifiée comme le lieu où la réunion secrète aurait lieu. La diplomate usaméricaine en question savait qu'il n'y avait aucune chance pour que l'Indien rencontre les Pakistanais dans des circonstances habituelles. Il n'était pas non plus possible de le faire durant un événement de grande visibilité. Après l'incident, le ministère des Affaires étrangères du Pakistan publia un court communiqué avertissant tous les officiels du gouvernement de s'abstenir de tels contacts directs avec des diplomates étrangers dans des cadres officieux, sans en référer auparavant à leurs départements. »

Des ONG qui ne sont pas des ONG

De plus, de nombreuses ONG sponsorisées par les USA œuvrent à la production de bulletins d'information dans les médias dominants qui sont pro-Usaméricain. Pour ce faire, beaucoup d'analystes, de généraux à la retraite, d'hommes d'affaires, de journalistes et d'universitaires pakistanais sont recrutés. Comme Ahmed Quraishi l'a dit : « cette ONG n'est pas une ONG » ; par exemple des organisations non gouvernementales fonctionnent sous le contrôle et la direction des gouvernements qui les utilisent pour des opérations de couverture dans des pays étrangers et les financent discrètement.

Conclusion

Il est évident que le gouvernement actuel a donné tous les privilèges aux USA. Ils ne savent pas comment, ni ils ne veulent, contenir l’ingérence US dans les affaires pakistanaises. Pour le dire franchement, ils sont en train de céder la souveraineté du Pakistan à un pouvoir étranger. Dr. Shireen Mazari a déclaré : « Tout ce qui émane de l'ambassade US... est repris par la direction pakistanaise, terrifiée. » Les objectifs des USA sont clairs : une plus grande pénétration des USA entraînera la déstabilisation du Pakistan, qui mènera à la déstabilisation de toute la région. Ces installations militaires US renforcent également l’encerclement de Iran. Les partis d'opposition politique pakistanais gardent bouche close face à tous ces développements. La raison principale de leur silence est qu'ils sont aussi corrompus que le Parti du peuple Pakistanais (le PPP) au pouvoir. Aucun parti politique au Pakistan n'est d'humeur à résister à l'hégémonie des USA. L'armée pakistanaise ne montre plus aucun intérêt à s’ingérer directement dans les décisions politiques. Après les huit années désastreuses sous la dictature militaire de Musharraf, le peuple n'est lui non plus, pas prêt à ce que l'armée du Pakistan intervienne dans la vie politique du pays. Les terroristes du TTP (Tehreek-e-Taliban Pakistan), le Mouvement des talibans pakistanais, viennent, à peine, d'être maîtrisés. Aujourd'hui, des millions de Pakistanais sont terrifiés par leurs nouveaux et importuns invités venus d’Occident, les terroristes US. Il va maintenant nous falloir apprendre à supporter et survivre sous la colonisation croissante et de plus en plus dangereuse du Pakistan par les USA.

* L'inventeur du mot PAKISTAN, Chowdhry Rehmat Ali, l'a ainsi expliqué : " 'Pakistan' est à la fois un mot persan et urdu. Il est composé des lettres prises des noms de nos terres - "indiennes" et "asiatiques" - , c'est-à-dire : Punjab, Afghania (Province de la Frontière nord-oues), Kashmir, Iran, Sindh (y compris Kachch et Kathiawar), Tukharistan, Afghanistan et BaluchistaN. Cela veut dire le pays des Paks - les spirituellement purs et propres. Il symbolise les croyances religieuses et les souches ethniques de notre peuple; et il représente les composants territoriaux de notre Patrie originelle. Il n'a pas d'autre origine ni d'autre signification; et il n'admet aucune autre interprétation." (NdE Tlaxcala)

Source : Pak Alert Press-The U.S. Invades and Occupies Pakistan

Article original publié le 30/8/2009

Sur l’auteur

Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala,


jeudi 2 juillet 2009

Une victime italienne de « transfert extraordinaire» toujours détenue au Maroc, après des aveux obtenus sous la torture

Des ONG de droits humains demandent aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies d'enquêter et d’agir sur l’affaire Abou Elkassim Britel
par
ACLU, 25/6/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala


NEW YORK – Des groupes de droits humains ont demandé aujourd'hui aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies d'enquêter sur l'affaire d'Abou Elkassim Britel, un citoyen italien et une victime du programme illégal de « transferts extraordinaires » (« extraordinary rendition») de la CIA, qui est actuellement détenu dans une prison marocaine sur la base d'aveux qui lui ont été extorqués sous la contrainte physique. L'ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) et l'ONG Alkarama for Human Rights ont exigé que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la Promotion et la protection des droits humains dans la lutte contre le terrorisme, enquêtent sur les circonstances de la disparition forcée, de l'enlèvement, de la détention et de la torture de Britel, et soulève son cas après des gouvernements des USA, du Maroc, du Pakistan et d'Italie.
« Des victimes du programme d’« extraordinary rendition », détenues à Guantánamo et dans d'autres prisons du monde, sont ignorées par le gouvernement Usaméricain, dont le programme illégal a causé leur situation, » a indiqué Steven Watt, avocat pour le programme des droits humains de l'ACLU. « Les USA ont refusé de prendre leur responsabilité envers des actions manifestement nuisibles, ne laissant d'autres choix à M. Britel et à d'autres innombrables victimes que de se retourner vers la communauté internationale pour obtenir justice. »
Britel, qui est également un plaignant dans l'affaire judiciaire opposant l'ACLU à une filiale de Boeing, Jeppesen DataPlan, pour son rôle dans le programme de’« extraordinary rendition », fait partie des quelques victimes dont l'identité est connue et qui est toujours détenu à l'extérieur de Guantánamo Bay.
Initialement, Britel a été appréhendé et détenu au Pakistan par les autorités pakistanaises pour des présumés violations des lois sur l'immigration, en février 2002. Après une période de détention et d'interrogatoires là-bas, il a été livré aux autorités Usaméricaines.
En mai 2002, des fonctionnaires usaméricains ont déshabillé et battu Britel avant de lui mettre une couche et une salopette, de l'entraver comme un animal, de lui bander les yeux et de l'envoyer au Maroc pour y être détenu et interrogé. Une fois au Maroc, les responsables US l'ont livré aux services de renseignement marocains qui l'ont emprisonné, sans contact avec l'extérieur, dans le centre de détention de Témara, où il a été interrogé, battu, privé de sommeil et de nourriture et menacé de sévices sexuels.
« Sur la foi du récit de M. Britel lui-même sur le traitement qu'il a subi et la longue histoire très documentée sur la torture et les abus commis dans les centres de détention dirigés par le gouvernement marocain, nous avons des raisons solides de croire que M. Britel a subi et subit toujours des tortures », a déclaré Rachid Mesli, Directeur du service juridique d’Alkarama. « M. Britel et les autres victimes de « l'extraordinary rendition » méritent un procès équitable devant un tribunal, non entaché par des preuves obtenues sous la torture. Nous espérons que les rapporteurs spéciaux vont prendre acte immédiatement de notre demande pour apporter une attention rapide et nécessaire à l'affaire de M. Britel, avant que les conditions dans lesquelles il est détenu ne causent encore plus de dégâts à sa santé physique et mentale. »
Selon la requête auprès des rapporteurs spéciaux, après avoir été libéré par les autorités marocaines en février 2003, Britel a été à nouveau arrêté et remis en détention en mai 2003 alors qu'il tentait de quitter le Maroc pour rentrer chez lui, en Italie. Alors qu'il était détenu sans contact avec l'extérieur dans le même centre de détention où il avait été brutalement torturé à peine quelques mois plus tôt, Britel a fait de faux aveux, sous la torture, sur son implication dans le terrorisme. Britel a été jugé et reconnu coupable d'accusations liées au terrorisme et purge une peine de neuf ans dans une prison marocaine.
En 2006, un juge d’instruction italien a prononcé un non-lieu sur une enquête qui avait duré de six ans sur l'implication alléguée de Britel dans le terrorisme, après avoir constaté un manque total de preuves l'associant à une activité liée au terrorisme ou d'ordre criminel.
Tous les dossiers remis aux rapporteurs spéciaux sont disponibles en ligne sur :
www.aclu.org/intlhumanrights/nationalsecurity/relatedinformation_resources.html
Plus d'information sur le procès de l'ACLU contre Jeppesen DataPlan en ligne sur :
www.aclu.org/jeppesen

Pour mettre fin à l'injustice : la femme d'une victime de
"transfert extraordinaire" s'exprime sur l’obligation de rendre des comptes et la torture

Par Nahal Zamani, programme des droits humains, ACLU


Aujourd'hui, le Programme des droits humains de l'ACLU et l'ONG Alkarama for Human Rights ont envoyé une demande à deux rapporteurs spéciaux des Nations Unies (experts en droits de l'homme) pour qu'ils enquêtent sur la détention et la torture au terme d’une "extraordinary rendition" d'Abou Elkassim Britel, un citoyen italien.
L'ACLU représente Britel ainsi que quatre autres hommes dans un procès au civil dans le système judiciaire des USA. Dans cette affaire – Mohamed et al. contre Jeppesen – Jeppesen, une filiale de Boeing, est accusée d'avoir participé, en connaissance de cause, au programme illégal d’ « extraordinary rendition » des USA, en fournissant un vol et des services de soutien logistique à l'avion utilisé par la CIA pour transporter Britel, du Pakistan au Maroc, en mai 2002.
La requête aux deux experts des droits de l'homme des Nations Unies est une demande d’enuqêtes sur les circonstances entourant l'arrestation de Britel, son enlèvement, sa détention et son interrogatoire au Pakistan ainsi que son transfert clandestin de ce pays jusqu'au Maroc. Britel fait partie des quelques victimes du programme « extraordinary rendition » des USA dont les identités sont connues et il est le seul citoyen européen, à notre connaissance, à être toujours en détention. À ce jour, Britel demeure incarcéré dans une prison marocaine.
J'ai récemment parlé avec la femme de Britel, Khadija Anna Lucia Pighizzini, citoyenne italienne, et je lui ai demandé de nous raconter leur histoire. Ce qui suit est extrait et traduit de notre conversation.
Khadija Anna Lucia Pighizzini : le 10 mars 2002 est le dernier jour où j'ai parlé à mon mari et je me souviens que la communication téléphonique était horrible et grésillante. Nous avons pensé que nous continuerions notre conversation le lendemain. Mais ensuite je n'ai plus eu aucune nouvelle – il avait disparu. Pendant 11 mois, je n'ai eu aucune nouvelle. Je ne savais pas s'il était vivant ou mort.
ACLU : Le 10 mars 2002, Britel qui était en voyage d'affaires au Pakistan a été arrêté et détenu au Pakistan pour des questions d'immigration. Après plusieurs mois en détention au Pakistan, durant lesquels il a été interrogé autant par des fonctionnaires pakistanais qu’usaméricains, Britel fut finalement transféré sous la garde exclusive des Usaméricains. Les responsables usaméricains l'ont vêtu d'une couche et d'une salopette puis l'ont entravé comme une bête, lui ont bandé les yeux avant de l'envoyer, en avion, au Maroc pour y être détenu et subir d'autres interrogatoires. Britel a été détenu, sans contact avec l'extérieur, par les services de sécurité marocains, dans le centre de détention de Témara, et a subi des violences physiques, la privation de sommeil et de nourriture, et a été menacé de sévices sexuels, y compris sodomie avec une bouteille et castration. La famille de Britel n'a eu connaissance de son sort qu'une fois Britel libéré, presque une année après sa première disparition, sans inculpation, en février 2003.
Tragiquement, alors qu'il rentrait chez lui en Italie en mai 2003, Britel a été à nouveau arrêté par les autorités marocaines, qui l'ont placé en détention et l'ont forcé, sous la contrainte physique, à signer un aveu comme quoi il était impliqué dans des actions terroristes au Maroc. Britel fut finalement déclaré coupable d'actes en relation avec le terrorisme et condamné à neuf ans. À ce jour, il est toujours emprisonné au Maroc.
Khadija Anna : le soir où Kassim était censé enfin quitter le Maroc, le 16 mai 2003, il y a eu des attaques terroristes à Casablanca. Cet événement tragique a coûté 45 vies et a provoqué une enquête policière de grande envergure. Kassim fut repris par l'administration marocaine alors qu'il était en train de quitter le pays. Son arrestation faisait partie d'une vague d'arrestations qui ont eu lieu immédiatement après ces attaques. Encore une fois, Kassim disparut et je n'avais aucune idée de l’endroit où il se trouvait, j'ai cherché dans tout le Maroc pour le retrouver. J'ai interrogé à son sujet l'ambassade italienne et les autorités marocaines, mais les deux nièrent savoir quelque chose. Je craignais le pire car il y avait eu un accroissement des disparitions causées par le gouvernement marocain ; des milliers de gens étaient emprisonnés, et d'autres sont même morts durant des interrogatoires, entre les mains de la police marocaine.
Plus tard, j'ai appris que Kassim avait été secrètement détenu pendant quatre mois à Témara ; dans le même centre de détention où il avait été détenu et torturé quelques semaines plus tôt.
Après quatre mois de détention et d'interrogatoires, Kassim est passé devant un prétendu tribunal qui, selon son avocat, répondait à peine aux normes d'un procès équitable. Il a été condamné à 15 ans de prison, mais en appel, sa peine a été ramenée à neuf ans. Pendant ce temps, la presse italienne s'était emparée de son histoire et avait présenté Britel comme le cerveau des attentats de Casablanca – un mensonge dont même les autorités marocaines ne l'avaient pas accusé.
Kassim est maintenant incarcéré dans la prison Oukasha à Casablanca. Il est prévu qu'il ne soit pas relâché avant septembre 2012, pourtant il n'a rien fait de mal.
ACLU : En septembre 2006, après six années d'une longue enquête criminelle, en Italie, sur l'implication supposée de Britel dans des activités terroristes, le juge en charge débouta son affaire, pour manque total de preuve associant Britel à de quelconques activités criminelles ou terroristes. Depuis ce non-lieu, les membres du parlement italien et européen ont adressé une pétition au gouvernement du Maroc pour qu'il gracie et libère Britel immédiatement. A ce jour, les autorités marocaines ont omis de répondre à ces efforts diplomatiques et depuis janvier 2007, le gouvernement italien n'a toujours rien fait pour représenter les intérêts de Britel.
Khadija Anna : Des investigations officielles ont mis en cause quatre gouvernements dans l' "extraordinary rendition" et la torture de mon mari. Le gouvernement pakistanais l'a torturé si violemment qu'il a avoué être un terroriste. La CIA l'a enlevé et l'a maintenu en détention au Pakistan avant de le livrer illégalement à une torture certaine au Maroc ; le gouvernement marocain l'a emprisonné et l'a torturé ; et le gouvernement italien était complice dans toute l'affaire ; tous savaient parfaitement bien ce qui se passait et ont fait peu, voire rien, pour l'aider.
Le gouvernement usaméricain est influent, ils doivent intervenir pour assurer la libération de mon mari et le ramener à la maison, en Italie. Si le gouvernement usaméricain intervient, je pense que l'Italie exigera que Britel soit libéré et le Maroc s'exécutera. C'est le moins qu'ils puissent faire étant donné leur implication dans son « extraordinary rendition ». J'ai déjà demandé une rendez-vous à l'ambassade usaméricaine au Maroc ou une intervention pour libérer mon mari. Je me suis également rendue deux fois à l'ambassade et j'ai parlé aux employés là-bas. Pas besoin de vous dire qu'ils sont restés sourds à ma demande et je ne sais plus vers qui me retourner.
ACLU : Depuis mars 2002, Britel a subi des tortures physiques et psychologiques et un traitement cruel – comme des bastonnades sévères, l'isolation, la privation de sommeil et des menaces de mort. Les expériences de Britel font partie d'un large schéma de tortures et d'abus généralisés, commis par le gouvernement des USA sous l'administration Bush. Une sérieuse responsabilité pour des crimes commis au nom de la sécurité nationale doit comprendre la reconnaissance et des réparations pour les victimes de la torture.
Khadija Anna : Physiquement, Kassim est faible et a beaucoup de problèmes physiques dus à la torture et aux abus qu'il a subis. Il en garde des traces, pas seulement dans son âme mais aussi dans son coeur. Il se bat pour rester en vie. Il se bat également pour les droits des autres prisonniers détenus avec lui ; pour améliorer leurs conditions ainsi que les siennes. Il a fait plusieurs grèves de la faim, seul ou avec d'autres prisonniers – espérant attirer l'attention sur les conditions à l'intérieur de la prison et pour protester contre sa torture.
Quand à moi, je suis toujours fatiguée, et je suis toujours dans l'attente. Cela fait sept longues années que Kassim a disparu. Ces années ont été si douloureuses, mais je sais que l'injustice que j'ai vécu va bientôt se terminer. Je ne me suis pas laissée aller à la haine ; Kassim, non plus. Au contraire, nous attendons sa libération. Nous voulons vivre nos vies et retrouver nos droits pour vivre dans la dignité comme tout citoyen et être humain. Nous regardons vers l'avenir quand la vérité sera entendue, quand nos droits seront restaurés et quand la justice sera enfin rendue.
Pour en savoir plus : http://www.giustiziaperkassim.net/