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mardi 5 février 2013

Rapport. La DST torturait pour la CIA... à Témara




Un rapport récent vient d'accuser l'Etat marocain de complicité avec la CIA en accordant au service secret américain des espaces de détention et de torture sur son propre territoire, dont le fameux centre de détention de Témara.
 
Selon l’Open society justice initiative, le Maroc a permis à la CIA de procéder à des opérations sur son propre territoire, dans le cadre de ce qu’on appelle « la lutte contre le terrorisme ».
Le rapport explique que « le Maroc a détenu et torturé des personnes secrètement livrées, et a hébergé des opérations de détention secrète de la CIA. Il a également permis l'utilisation de son espace aérien et les aéroports pour les vols associés aux opérations de restitution extraordinaire de la CIA ».
Sur les 136 personnes enlevées et torturées, le Maroc en a accueilli plusieurs, selon le rapport qui précise que les agents de la CIA étaient souvent présents lors de ces opérations. «La CIA a secrètement gardé ses détenus en Afghanistan, en Lituanie, au Maroc, en Pologne, en Roumanie, en Thaïlande, et à Guantánamo Bay. Le président Bush a déclaré que près d’une centaine de personnes a été détenue dans le cadre du programme de détention secret de la CIA, dont un tiers ont été interrogés à l'aide ‘techniques personnalisées d'interrogatoire’ ».
Parmi ceux que liste le rapport, on retrouve, entre autres, Ali Abd al-Aziz Ali, détenu par la CIA à Rabat, en 2004, Abou Elkassim Britel, remis par la CIA aux agents marocains qui l’ont torturé pendant dix mois à Témara, durant l’année 2002 ou encore le fameux Binyam Mohammed, qui a été torturé pendant 2 ans en 2002 avant d’être expédié à Guantanamo.
Toujours selon le rapport, les opérations se déroulent dans deux endroits dans la région de Rabat. Le premier, très connu du public marocain, et dont l’existence a été officiellement niée par les autorités, est le centre de détention secret de Témara. Le second, pas loin, est celui de Ain Aouda.
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 Par Demainonline, 5/2/2013

Torture internationale : Le Maroc parmi les élèves méritants selon une ONG américaine

torture

Cinquante-quatre pays, dont le Maroc, ont collaboré avec la CIA, l’agence d’intelligence américaine, dans son programme de détention secrète et de tortures de suspects de terrorisme après les attentats du 11-Septembre.
C’est dans le dernier rapport de l’organisation Open Society Justice Initiative, qui vient d’être rendu public aujourd’hui mardi 5 février.
Tous les gouvernements cités dans le rapport, dont notre cher pays, toujours à l’avant-garde dans ce genre d’activités, étaient impliqués à diverses échelles dans l’acceuil sur leur sol des prisonniers envoyés par les Etats-Unis. Ces Etats ont ouvert leur espace aérien pour permettre le transfert illégal de personnes d’un pays à un autre et ont souvent autorisé la gégène sur leurs propres territoires. Parce que les Etats-Unis qui menaient tout ce beau monde à la baguette voulaient rester vierges…
« En participant à ces opérations, ces gouvernements ont violé aussi le droit intérieur et international et ont sapé les règles contre la torture », qui est « non seulement illégale et immorale mais aussi inefficace pour réunir des renseignements fiables », dénonce ce rapport intitulé « De la mondialisation de la torture ».
Point positif pour le Maroc, si on peut dire, cette fois-ci il ne va pas se sentir seul puisque 25 pays d’Europe sont concernés, comme l’Autriche, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Finlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Même la paisible (et très démocratique!) Australie y est allée de sa petite touche en arrachant sûrement quelques ongles à un pauvre suspect.
Généralement, les méthodes d’interrogatoire qui y étaient utilisées, et autorisées sous George W. Bush, incluaient notamment la simulation de noyade, assimilée à de la torture. Mais pour le Maroc (l’ONG nous donne une longue liste d’heureux bénéficiaires de l’hospitalité marocaine), d’autres méthodes sophistiquées ont été utilisées pour casser de l’islamiste, qu’il soit coupable ou innocent.
Le rapport évoque le site de la DST à Témara, de sinistre mémoire, mais aussi le nouveau site d’Aïd Aouda, que les Etats-Unis auraient aidé à construire, et où continue toujours de chatouiller les détenus.
Demain se fait un plaisir de publier la partie (en anglais) réservée au Maroc. Pour que les deux « grands droithommistes » du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), Driss El Yazami et Mohamed Sebbar, ne nous disent pas encore que la torture n’existe pas au Maroc parce qu’ils n’ont « rien vu ».

GLOBALIZING TORTURE (Morocco)

Morocco detained and tortured extraordinarily rendered individuals, and hosted secret CIA detention. It also permitted use of its airspace and airports for flights associated with CIA extraordinary rendition operations.
Individuals that the CIA extraordinarily rendered to Morocco include Abou Elkassim Britel, Noor al-Deen, and Binyam Mohamed. The CIA transferred Abu Britel to Morocco on May 23, 2002, where he was tortured for eight and half months in the custody of Moroccan agents at T.mara prison.1294 On July 22, 2002, the CIA transferred Mohamed to Morocco where his interrogators broke his bones while beating him, sliced his genitals, poured hot liquid onto his penis while cutting it, and threatened him with rape, electrocution, and death.1295 See the detainee list in Section IV.
Saleh Hadiyah Abu Abdullah Di’iki was transferred from Mauritania, where he was held reportedly at the behest of the United States, to Morocco in November 2003.1296
After a month of detention in Morocco, a team of U.S. officials in military uniforms and masks flew Di’iki, diapered and hooded, to Afghanistan, where he was held by U.S.
authorities, including by the CIA, at two different facilities, before being transferred to Libya.1297 Mustafa Salim Ali el-Madaghi was flown, after being diapered and hooded by Americans in accordance with “standard CIA rendition transportation procedures,” to Morocco, and held in a facility that appeared to be “run by Americans” for around two months before being extraordinarily rendered to Libya.1298 Additionally, Hassan Ghul reportedly believed that he was detained in Morocco at some point while the CIA held him in secret detention.1299 See the detainee list in Section IV.
In addition, Ali Abd al-Aziz Ali (Ammar al-Baluchi), Gouled Hassan Dourad (Haned Hassan Ahmad Guleed), Riduan Isamuddin (Hambali), Abd al Rahim al Nashiri Ramzi bin al-Shibh, and Abu Zubaydah were secretly detained by the CIA in Morocco. 1300 See the detainee list in Section IV.
There are two detention facilities in Morocco associated with CIA secret detention and extraordinary rendition operations. First, there is the T.mara Detention Center south of Rabat, which is run by the Moroccan Internal Security Service.1301
According to a 2010 U.N. report, at least three extraordinary rendition victims— including Binyam Mohammed, Abou Britel, and Noor al-Deen—were held in the T.mara prison.1302 Second, the United States reportedly helped Morocco build an additional facility in Ain Aouda, near Rabat, specifically for Al Qaeda suspects.1303 Jeppesen Dataplan was involved in landing extraordinary rendition flights in Rabat, Morocco.1304 Additionally, court documents show that at least seven flights operated by Richmor Aviation (a company whose flights transported CIA extraordinary rendition victims)1305 landed in Morocco in 2004.1306 These include flight N85VM, which landed in Rabat at some point between March 27 and 30, 2004; N85VM, which landed in Rabat between April 11 and 13, 2004; N85VM, which landed in Rabat between May 3 and 7, 2004; N85VM, which landed in Rabat between May 20 and 22, 2004; N85VM, which landed in Rabat between July 23 and 25, 2004; N85VM, which landed in Rabat between July 30 and August 3, 2004; and N227SV, which landed in Rabat between September 29 and October 2, 2004.
There have been no known judicial cases or investigations in Morocco relating to its participation in CIA secret detention and extraordinary rendition operations.

 http://www.demainonline.com/?p=25067
 

jeudi 31 décembre 2009

Des prisonniers meurent à petit feu dans l’indifférence générale : 38ème jour de grève de la faim à Oukacha

Vingt-neuf prisonniers marocains victimes de la folie de l’après 11 septembre, livrés aux tortionnaires parce que musulmans - dont l’italo marocain Elkassim Britel, kidnappé par la CIA, victime des transferts illégaux - sont en grève de la faim depuis 27 jours au Maroc. Leurs vies sont en danger.
Par Silvia Cattori, 21 décembre 2009 | Thèmes : Guerre globale au "terrorisme"
Ils ont cessé de s’alimenter depuis le 24 novembre, en signe de protestation, après avoir été soumis à toutes sortes de traitements dégradants dans la prison d’Oukacha [1]. Ce n’est pas leur première grève de la faim. Six d’entre eux sont dans un état de santé alarmant.
Dans son communiqué l’association des droits de l’homme marocaine An-Nassir indique que "L’état de santé des grévistes de la faim à la prison Oukacha est alarmant. Six détenus islamistes, parmi les 29 en grève depuis le 24/11/2009, sont en danger. Hassan Kettani est soumis à un isolement total. Nous demandons une intervention rapide des gens dans le monde afin de sauver la vie de ces détenus".
Aucune ONG n’a daigné répondre à cet appel ni aux cris de douleur des familles en détresse, qui sont impuissantes à faire bouger les choses.
Nous avons contacté diverses ONG à Genève pour savoir si elles comptaient intervenir auprès des autorités marocaines. Nous avons été assez surpris de découvrir l’absence de réaction, voir l’indifférence, de la part de ces prétendus défenseurs des droits humains, quand il y a des vies en jeu.
L’épouse d’Elkassim Britel, [2] nous a confié être choquée par l’indifférence qui entoure ces prisonniers musulmans, victimes de détentions arbitraires et de violences. L’Italie, son pays, ne fait rien pour exiger du Maroc la libération de son époux.

Post-Scriptum
Aujourd’hui, 30 décembre 2009, les prisonniers d’Oukacha sont toujours en grève de la faim. Depuis le 24 novembre, ils en sont au trente-septième jour de leur grève de la faim. Toutes les autres prisons marocaines se sont mises en grève de la faim depuis ce jour ; les familles des détenus, désespérées, sont postées en permanence devant la prison d’Oukacha en espérant que ce régime répressif fasse un geste de clémence à l’égard des prisonniers qui sont en danger de mort.


[1] Huit mille personnes sont détenues à la prison d’Oukacha, à Casablanca
[2] Elkassim Britel est le seul citoyen européen encore détenu suite à une « extraordinary rendition ». Il n’avait aucun problème avec la justice en Italie ; il ne vivait plus au Maroc depuis 13 ans quand, en 2002, il a été kidnappé et transporté par la CIA, par avion au Maroc, remis aux tortionnaires du Royaume, pour y être torturé.

jeudi 2 juillet 2009

Une victime italienne de « transfert extraordinaire» toujours détenue au Maroc, après des aveux obtenus sous la torture

Des ONG de droits humains demandent aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies d'enquêter et d’agir sur l’affaire Abou Elkassim Britel
par
ACLU, 25/6/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala


NEW YORK – Des groupes de droits humains ont demandé aujourd'hui aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies d'enquêter sur l'affaire d'Abou Elkassim Britel, un citoyen italien et une victime du programme illégal de « transferts extraordinaires » (« extraordinary rendition») de la CIA, qui est actuellement détenu dans une prison marocaine sur la base d'aveux qui lui ont été extorqués sous la contrainte physique. L'ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) et l'ONG Alkarama for Human Rights ont exigé que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la Promotion et la protection des droits humains dans la lutte contre le terrorisme, enquêtent sur les circonstances de la disparition forcée, de l'enlèvement, de la détention et de la torture de Britel, et soulève son cas après des gouvernements des USA, du Maroc, du Pakistan et d'Italie.
« Des victimes du programme d’« extraordinary rendition », détenues à Guantánamo et dans d'autres prisons du monde, sont ignorées par le gouvernement Usaméricain, dont le programme illégal a causé leur situation, » a indiqué Steven Watt, avocat pour le programme des droits humains de l'ACLU. « Les USA ont refusé de prendre leur responsabilité envers des actions manifestement nuisibles, ne laissant d'autres choix à M. Britel et à d'autres innombrables victimes que de se retourner vers la communauté internationale pour obtenir justice. »
Britel, qui est également un plaignant dans l'affaire judiciaire opposant l'ACLU à une filiale de Boeing, Jeppesen DataPlan, pour son rôle dans le programme de’« extraordinary rendition », fait partie des quelques victimes dont l'identité est connue et qui est toujours détenu à l'extérieur de Guantánamo Bay.
Initialement, Britel a été appréhendé et détenu au Pakistan par les autorités pakistanaises pour des présumés violations des lois sur l'immigration, en février 2002. Après une période de détention et d'interrogatoires là-bas, il a été livré aux autorités Usaméricaines.
En mai 2002, des fonctionnaires usaméricains ont déshabillé et battu Britel avant de lui mettre une couche et une salopette, de l'entraver comme un animal, de lui bander les yeux et de l'envoyer au Maroc pour y être détenu et interrogé. Une fois au Maroc, les responsables US l'ont livré aux services de renseignement marocains qui l'ont emprisonné, sans contact avec l'extérieur, dans le centre de détention de Témara, où il a été interrogé, battu, privé de sommeil et de nourriture et menacé de sévices sexuels.
« Sur la foi du récit de M. Britel lui-même sur le traitement qu'il a subi et la longue histoire très documentée sur la torture et les abus commis dans les centres de détention dirigés par le gouvernement marocain, nous avons des raisons solides de croire que M. Britel a subi et subit toujours des tortures », a déclaré Rachid Mesli, Directeur du service juridique d’Alkarama. « M. Britel et les autres victimes de « l'extraordinary rendition » méritent un procès équitable devant un tribunal, non entaché par des preuves obtenues sous la torture. Nous espérons que les rapporteurs spéciaux vont prendre acte immédiatement de notre demande pour apporter une attention rapide et nécessaire à l'affaire de M. Britel, avant que les conditions dans lesquelles il est détenu ne causent encore plus de dégâts à sa santé physique et mentale. »
Selon la requête auprès des rapporteurs spéciaux, après avoir été libéré par les autorités marocaines en février 2003, Britel a été à nouveau arrêté et remis en détention en mai 2003 alors qu'il tentait de quitter le Maroc pour rentrer chez lui, en Italie. Alors qu'il était détenu sans contact avec l'extérieur dans le même centre de détention où il avait été brutalement torturé à peine quelques mois plus tôt, Britel a fait de faux aveux, sous la torture, sur son implication dans le terrorisme. Britel a été jugé et reconnu coupable d'accusations liées au terrorisme et purge une peine de neuf ans dans une prison marocaine.
En 2006, un juge d’instruction italien a prononcé un non-lieu sur une enquête qui avait duré de six ans sur l'implication alléguée de Britel dans le terrorisme, après avoir constaté un manque total de preuves l'associant à une activité liée au terrorisme ou d'ordre criminel.
Tous les dossiers remis aux rapporteurs spéciaux sont disponibles en ligne sur :
www.aclu.org/intlhumanrights/nationalsecurity/relatedinformation_resources.html
Plus d'information sur le procès de l'ACLU contre Jeppesen DataPlan en ligne sur :
www.aclu.org/jeppesen

Pour mettre fin à l'injustice : la femme d'une victime de
"transfert extraordinaire" s'exprime sur l’obligation de rendre des comptes et la torture

Par Nahal Zamani, programme des droits humains, ACLU


Aujourd'hui, le Programme des droits humains de l'ACLU et l'ONG Alkarama for Human Rights ont envoyé une demande à deux rapporteurs spéciaux des Nations Unies (experts en droits de l'homme) pour qu'ils enquêtent sur la détention et la torture au terme d’une "extraordinary rendition" d'Abou Elkassim Britel, un citoyen italien.
L'ACLU représente Britel ainsi que quatre autres hommes dans un procès au civil dans le système judiciaire des USA. Dans cette affaire – Mohamed et al. contre Jeppesen – Jeppesen, une filiale de Boeing, est accusée d'avoir participé, en connaissance de cause, au programme illégal d’ « extraordinary rendition » des USA, en fournissant un vol et des services de soutien logistique à l'avion utilisé par la CIA pour transporter Britel, du Pakistan au Maroc, en mai 2002.
La requête aux deux experts des droits de l'homme des Nations Unies est une demande d’enuqêtes sur les circonstances entourant l'arrestation de Britel, son enlèvement, sa détention et son interrogatoire au Pakistan ainsi que son transfert clandestin de ce pays jusqu'au Maroc. Britel fait partie des quelques victimes du programme « extraordinary rendition » des USA dont les identités sont connues et il est le seul citoyen européen, à notre connaissance, à être toujours en détention. À ce jour, Britel demeure incarcéré dans une prison marocaine.
J'ai récemment parlé avec la femme de Britel, Khadija Anna Lucia Pighizzini, citoyenne italienne, et je lui ai demandé de nous raconter leur histoire. Ce qui suit est extrait et traduit de notre conversation.
Khadija Anna Lucia Pighizzini : le 10 mars 2002 est le dernier jour où j'ai parlé à mon mari et je me souviens que la communication téléphonique était horrible et grésillante. Nous avons pensé que nous continuerions notre conversation le lendemain. Mais ensuite je n'ai plus eu aucune nouvelle – il avait disparu. Pendant 11 mois, je n'ai eu aucune nouvelle. Je ne savais pas s'il était vivant ou mort.
ACLU : Le 10 mars 2002, Britel qui était en voyage d'affaires au Pakistan a été arrêté et détenu au Pakistan pour des questions d'immigration. Après plusieurs mois en détention au Pakistan, durant lesquels il a été interrogé autant par des fonctionnaires pakistanais qu’usaméricains, Britel fut finalement transféré sous la garde exclusive des Usaméricains. Les responsables usaméricains l'ont vêtu d'une couche et d'une salopette puis l'ont entravé comme une bête, lui ont bandé les yeux avant de l'envoyer, en avion, au Maroc pour y être détenu et subir d'autres interrogatoires. Britel a été détenu, sans contact avec l'extérieur, par les services de sécurité marocains, dans le centre de détention de Témara, et a subi des violences physiques, la privation de sommeil et de nourriture, et a été menacé de sévices sexuels, y compris sodomie avec une bouteille et castration. La famille de Britel n'a eu connaissance de son sort qu'une fois Britel libéré, presque une année après sa première disparition, sans inculpation, en février 2003.
Tragiquement, alors qu'il rentrait chez lui en Italie en mai 2003, Britel a été à nouveau arrêté par les autorités marocaines, qui l'ont placé en détention et l'ont forcé, sous la contrainte physique, à signer un aveu comme quoi il était impliqué dans des actions terroristes au Maroc. Britel fut finalement déclaré coupable d'actes en relation avec le terrorisme et condamné à neuf ans. À ce jour, il est toujours emprisonné au Maroc.
Khadija Anna : le soir où Kassim était censé enfin quitter le Maroc, le 16 mai 2003, il y a eu des attaques terroristes à Casablanca. Cet événement tragique a coûté 45 vies et a provoqué une enquête policière de grande envergure. Kassim fut repris par l'administration marocaine alors qu'il était en train de quitter le pays. Son arrestation faisait partie d'une vague d'arrestations qui ont eu lieu immédiatement après ces attaques. Encore une fois, Kassim disparut et je n'avais aucune idée de l’endroit où il se trouvait, j'ai cherché dans tout le Maroc pour le retrouver. J'ai interrogé à son sujet l'ambassade italienne et les autorités marocaines, mais les deux nièrent savoir quelque chose. Je craignais le pire car il y avait eu un accroissement des disparitions causées par le gouvernement marocain ; des milliers de gens étaient emprisonnés, et d'autres sont même morts durant des interrogatoires, entre les mains de la police marocaine.
Plus tard, j'ai appris que Kassim avait été secrètement détenu pendant quatre mois à Témara ; dans le même centre de détention où il avait été détenu et torturé quelques semaines plus tôt.
Après quatre mois de détention et d'interrogatoires, Kassim est passé devant un prétendu tribunal qui, selon son avocat, répondait à peine aux normes d'un procès équitable. Il a été condamné à 15 ans de prison, mais en appel, sa peine a été ramenée à neuf ans. Pendant ce temps, la presse italienne s'était emparée de son histoire et avait présenté Britel comme le cerveau des attentats de Casablanca – un mensonge dont même les autorités marocaines ne l'avaient pas accusé.
Kassim est maintenant incarcéré dans la prison Oukasha à Casablanca. Il est prévu qu'il ne soit pas relâché avant septembre 2012, pourtant il n'a rien fait de mal.
ACLU : En septembre 2006, après six années d'une longue enquête criminelle, en Italie, sur l'implication supposée de Britel dans des activités terroristes, le juge en charge débouta son affaire, pour manque total de preuve associant Britel à de quelconques activités criminelles ou terroristes. Depuis ce non-lieu, les membres du parlement italien et européen ont adressé une pétition au gouvernement du Maroc pour qu'il gracie et libère Britel immédiatement. A ce jour, les autorités marocaines ont omis de répondre à ces efforts diplomatiques et depuis janvier 2007, le gouvernement italien n'a toujours rien fait pour représenter les intérêts de Britel.
Khadija Anna : Des investigations officielles ont mis en cause quatre gouvernements dans l' "extraordinary rendition" et la torture de mon mari. Le gouvernement pakistanais l'a torturé si violemment qu'il a avoué être un terroriste. La CIA l'a enlevé et l'a maintenu en détention au Pakistan avant de le livrer illégalement à une torture certaine au Maroc ; le gouvernement marocain l'a emprisonné et l'a torturé ; et le gouvernement italien était complice dans toute l'affaire ; tous savaient parfaitement bien ce qui se passait et ont fait peu, voire rien, pour l'aider.
Le gouvernement usaméricain est influent, ils doivent intervenir pour assurer la libération de mon mari et le ramener à la maison, en Italie. Si le gouvernement usaméricain intervient, je pense que l'Italie exigera que Britel soit libéré et le Maroc s'exécutera. C'est le moins qu'ils puissent faire étant donné leur implication dans son « extraordinary rendition ». J'ai déjà demandé une rendez-vous à l'ambassade usaméricaine au Maroc ou une intervention pour libérer mon mari. Je me suis également rendue deux fois à l'ambassade et j'ai parlé aux employés là-bas. Pas besoin de vous dire qu'ils sont restés sourds à ma demande et je ne sais plus vers qui me retourner.
ACLU : Depuis mars 2002, Britel a subi des tortures physiques et psychologiques et un traitement cruel – comme des bastonnades sévères, l'isolation, la privation de sommeil et des menaces de mort. Les expériences de Britel font partie d'un large schéma de tortures et d'abus généralisés, commis par le gouvernement des USA sous l'administration Bush. Une sérieuse responsabilité pour des crimes commis au nom de la sécurité nationale doit comprendre la reconnaissance et des réparations pour les victimes de la torture.
Khadija Anna : Physiquement, Kassim est faible et a beaucoup de problèmes physiques dus à la torture et aux abus qu'il a subis. Il en garde des traces, pas seulement dans son âme mais aussi dans son coeur. Il se bat pour rester en vie. Il se bat également pour les droits des autres prisonniers détenus avec lui ; pour améliorer leurs conditions ainsi que les siennes. Il a fait plusieurs grèves de la faim, seul ou avec d'autres prisonniers – espérant attirer l'attention sur les conditions à l'intérieur de la prison et pour protester contre sa torture.
Quand à moi, je suis toujours fatiguée, et je suis toujours dans l'attente. Cela fait sept longues années que Kassim a disparu. Ces années ont été si douloureuses, mais je sais que l'injustice que j'ai vécu va bientôt se terminer. Je ne me suis pas laissée aller à la haine ; Kassim, non plus. Au contraire, nous attendons sa libération. Nous voulons vivre nos vies et retrouver nos droits pour vivre dans la dignité comme tout citoyen et être humain. Nous regardons vers l'avenir quand la vérité sera entendue, quand nos droits seront restaurés et quand la justice sera enfin rendue.
Pour en savoir plus : http://www.giustiziaperkassim.net/

mercredi 1 juillet 2009

L'ONU saisie pour enquêter sur le cas d'Abou Elkassim Britel, emprisonné à Casablanca

Dans une lettre adressée aujourd'hui au rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Manfred Nowak, l'Association américaine pour les libertés civiles (ACLU) demande d'urgence aux instances internationales de se pencher sur le cas d'Abou Elkassim Britel. Ce citoyen italien d'origine marocaine, victime du programme de "rendition" extraordinaire de la CIA, est toujours incarcéré à Casablanca. Il a été condamné en 2003 à 9 ans de prison pour terrorisme, grâce à des "aveux" obtenus sous la torture.

L'ACLU demande à Manfred Nowak de réunir les gouvernements américain, pakistanais et marocain sur ce dossier pour vérifier les allégations de torture et de détention illégale.

L'histoire d'Abou Elkassim Britel est effrayante. Originaire du Maroc, il s'installe en Italie en 1989. Six ans plus tard, il épouse une Italienne, Anna Lucia Pighizzini. En 1999, il obtient la nationalité italienne.

L'année suivante, lui et sa femme commencent à traduire des livres religieux en italien. Ils montent un site web, Islamiqra, sur lequel ils publient leurs traductions dans le but "d'encourager et de diffuser une meilleure compréhension de l'Islam".

Le 17 juin 2001, il quitte sa ville de Bergame pour l'Iran, afin de démarcher des sponsors pour son projet de traduction. De là, il se rend au Pakistan, pour les mêmes raisons. Le 10 mars 2002, il a arrêté à Lahore par la police pakistanaise. Après deux mois d'interrogation et de tortures, pendant lesquels il ne pourra contacter le consulat italien, il est remis à des agents de la CIA, qui le mettent dans un avion pour le Maroc.

Pris en charge dès son arrivée par les services secrets marocains, il est transféré à la sinistre prison de Témara. Pendant huit mois et demi, il sera coupé du monde. Aucun contact n'est autorisé avec sa famille, ses avocats ou les autorités consulaires italiennes.

Privé de sommeil, sous-alimenté, il subit chaque jour des interrogatoires intensifs. Il est fréquemment battu, menacé du "supplice de la bouteille", technique classique des services marocains consistant à introduire une bouteille dans l'anus du prisonnier.

Ce n'est qu'en janvier 2003 que sa famille apprend son incarcération au Maroc. Le mois suivant, il est libéré sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui. Sa femme le rejoint. Le couple se revoit pour la première fois en 18 mois. La fin du calvaire ? Malheureusement non.

En mai 2003, Abou Elkassim Britel s'apprête enfin à rentrer chez lui, en Italie. Mais le 16 mai, une série attentats frappent Casablanca. Le royaume est sous le choc. Le système répressif marocain se met en branle et arrête, sans faire de détails, des centaines de présumés islamistes. Abou Britel, sur le départ, est interpellé et une nouvelle fois incarcéré.

Retour à Témara. Quatre mois d'interrogatoires dans les mêmes conditions qu'auparavant. A bout de force, il signe une "confession" qu'il n'aura même pas le droit de relire. Sur la base de cette confession, il est condamné à 15 ans de prison. La peine sera réduite en appel à 9 ans de prison. Il est toujours emprisonné à la prison d'Oukacha, à Casablanca.

En septembre 2006, le juge italien en charge du dossier d'Abou Britel en Italie a pourtant abandonné toutes les charges retenues contre lui, faute d'éléments concrets.

En janvier 2007, 62 parlementaires italiens et 12 eurodéputés ont officiellement demandé au Maroc sa libération. Dans le même temps, l'Italie a demandé à Mohammed VI de grâcier le détenu, de le libérer et le laisser rentrer immédiatement en Italie.

Sans succès jusqu'à présent.
Source : Hassan H, marocinfos


Biographie d'Abou Elkassim Britel sur le site de l'ACLU-
Lire aussi :
Vols secrets de la CIA au Maroc : Obama maintient la pression sur la justice US pour étouffer l'affaire et le témoignage de la femme de Britel sur les condtions de détention de son époux

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