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mardi 19 janvier 2016

Alkarama appelle l'ONU à inviter les autorités marocaines à libérer Abdelkader Belliraj, condamné à vie sur la seule base d'aveux obtenus sous la torture



  par

  SOURCE 
Abdelkader Belliraj dhnet.be
18 janvier 2016
Le 4 janvier 2016, Alkarama a saisi le Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire (GTDA) des Nations Unies du cas d'Abdelkader Belliraj, un citoyen belgo-marocain de 59 ans condamné par les autorités marocaines à la prison à perpétuité en 2009 sur la seule base de ses confessions obtenues sous la torture − raison pour laquelle il avait bénéficié d'un non-lieu en Belgique en Octobre 2013. En saisissant le GTDA pour une seconde fois, Alkarama espère que ce mécanisme onusien de protection des droits de l'homme constate le caractère arbitraire de la privation de liberté de la victime qui dure depuis huit ans, et invite les autorités marocaines à prendre les mesures nécessaires pour le libérer.


Arrestation arbitraire, détention secrète et torture
Arrêté à Marrakech le 18 janvier 2008 par des agents en civil sans mandat de justice qui ont refusé de lui notifier les raisons de son arrestation, Belliraj a été détenu au secret pendant 28 jours, période durant laquelle il a non seulement été soustrait à la protection de la loi, mais aussi été soumis à de graves tortures dont il porte encore les séquelles aujourd'hui. Entre autres, comme il a témoigné au cours de son procès, Belliraj a été violemment battu sur toutes les parties de son corps, suspendu durant de longues périodes, privé de nourriture et placé en isolement dans une cellule minuscule. Ce n'est qu'au terme de ce mois de supplice qu'il a accepté de signer, sans même être autorisé à en prendre connaissance, des procès verbaux de police contenant ses « aveux ». D'autres accusés dans le cadre de cette affaire, tels qu'Abderrahim Abourkha et Ali Aarrass ont témoigné avoir été victimes du même mode opératoire.

Accusé d'être à la tête d'un réseau terroriste composé d'opposants politiques et de journalistes

Selon la version officielle des autorités, ce n'est pourtant que le 16 février 2008 − soit après avoir signé ses « confessions » − que Belliraj aurait été arrêtée à l'aéroport de Casablanca et transférée dans les locaux de la police judiciaire, alors que son épouse et ses proches avaient signalé sa disparition à la police dès le 18 janvier et le recherchaient depuis dans tous les hôpitaux de la région. Quatre jours plus tard, le 20 février 2008, le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa annonçait dans une conférence de presse le démantèlement d'un réseau terroriste d'une trentaine de personne, désignant Belliraj comme le chef de ce prétendu réseau composé aussi bien d'islamistes que de militants du parti socialiste ou même de journalistes connus, tous sans liens particuliers entre eux ou avec Belliraj.

De graves irrégularités de procédure

À l'issue d'un procès particulièrement médiatisé qui s'est ouvert à Rabat le 16 octobre 2008, les membres dudit « réseau Belliraj » ont tous été condamnés le 29 juillet 2009 à des peines allant d'une année de prison à la perpétuité pour le principal accusé, détenu aujourd'hui à la prison de Toulal près de Meknès. De graves irrégularités de procédure avaient été dénoncées par la défense et constatées par les nombreux observateurs sans qu'elles ne soient prises en considération par le tribunal.

Parmi ces graves irrégularités, outre le fait qu'aucune enquête n'ait été ouverte sur les allégations de torture, le tribunal n'a pas pris en compte non plus les manquements entourant les arrestations, la détention, et la production des dépositions de police. Entre autres, les dates d'arrestations avaient été modifiées pour les personnes qui, comme Belliraj, ont été arrêtées bien avant la date figurant dans le procès verbal de police; et certains prévenus ont également affirmé au cours du procès que le contenu des procès verbaux présentés ne correspondait pas à leurs déclarations initiales.

Non-lieu en Belgique sur la base de preuves irrecevables


Après sa condamnation au Maroc, Belliraj a également fait l'objet de poursuites pénales en Belgique où il vivait avec sa famille, sur la base des aveux par lesquels il reconnaissait des crimes commis en Belgique. Cependant, ayant ordonné une enquête sur les conditions d'obtention de ces aveux au Maroc, le Parquet fédéral belge a requis un non-lieu le 25 octobre 2013 au motif qu'ils avaient été obtenus sous la torture et qu'ils étaient par conséquent inutilisables devant une juridiction belge.

"Un dossier politique par excellence"


Selon la femme de Belliraj, la raison derrière l'arrestation de son mari est essentiellement politique. Belliraj aurait ainsi été arrêté ainsi que d'autres membres du Parti Al Badil Al Hadari − ou Parti de l'alternative civilisationnelle, un ancien parti politique marocain d'idéologie islamiste créé en 2002 et dissous par les autorités le 20 février 2008 à la suite de l'affaire Belliraj − qu'il aurait rencontré dans les années 2000.

« Ce dossier aurait du porter le nom de 'L'Affaire du Parti Al Badil al Hadari" vu son aspect politique par essence. Les principaux dirigeants du parti condamnés dans ce même dossier en première instance et en appel à de lourdes peines (15-28 années de prison ferme) se sont retrouvés libérés au bout de deux ans de détention. Mon mari et 17 autres y sont toujours », explique-t-elle avant de continuer:

« Ajoutez à ça les innombrables exactions et vices de procédures qui ont accompagné ce dossier depuis le début, à commencer par l'enlèvement en rue, la séquestration et la torture qui a duré un mois, les procès verbaux signés cagoulés et sous la contrainte, et leur diffusion aux médias avant même qu'il ne soit transmis devant un juge... Même l'instruction belge, qui a duré plus de cinq ans, a abouti sur un non-lieu, en tenant aussi compte du fait que l'avocat belge de mon mari n'a jamais pu avoir accès à lui durant ces huit ans de détention, malgré maintes tentatives et plusieurs déplacements au Maroc. Voilà pourquoi je dis que c'est un dossier politique par excellence et que la solution ne peut être que politique ».

Et derrière ce procès politique se cache la souffrance des familles des détenus de ce dossier. « Toute cette mascarade et tout ce gâchis masque une misère humaine effroyable des familles des détenus de ce dossier, dont les épouses et enfants se sont retrouvés dans un désarroi total du jour au lendemain, et ce depuis huit longues années dans une attente interminable ».

Au vu des violations évidentes des articles 9 et 14 du Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP) − qui garantissent respectivement le droit de ne être arrêté ou détenu arbitrairement ainsi que le droit à un procès équitable − Alkarama a de nouveau sollicité le Groupe de travail sur la détention arbitraire (GTDA) pour qu'il appelle le Maroc à prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier à cette situation en libérant Abdelkader Belliraj et en lui accordant une réparation adéquate.

Pour plus d'informations ou une interview, veuillez contacter l'équipe média à media@alkarama.org (Dir: +41 22 734 10 08).

mardi 1 novembre 2011

Maroc : Alkarama présente son rapport alternatif au Comité contre la torture


Alkarama, 26/10/2011

Alkarama a soumis un rapport alternatif au Comité contre la torture en vue de l’examen du Royaume du Maroc les 1er et 2 novembre prochains par l’organe onusien. Ce rapport intitulé Le Maroc devant de nouveaux défis a été préparé en collaboration avec nos partenaires de la société civile marocaine, en particulier le Forum Mountada Alkarama basé à Casablanca.

Le 31 octobre prochain, la veille de l’examen du Maroc par le Comité, Alkarama pourra s’entretenir avec les experts du Comité pour soulever ses principaux sujets de préoccupation.

L’examen de l’Etat-partie sera pour le Comité l’occasion d’engager un dialogue avec l’Etat-partie sur les moyens de mettre un terme à la pratique de la torture, aux autres atteintes de la dignité humaine ainsi qu’aux dysfonctionnements de la justice. Dans son projet de sensibilisation de la société civile aux mécanismes onusiens des droits de l’homme, Alkarama prévoit de filmer les sessions qui seront retransmises en direct afin de rendre publiques les questions soulevées lors de l’examen ainsi que les observations finales du Comité.
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Maroc : Examen de l'Etat par le CAT: une opportunité pour la société civile de soulever toute question relative au problème de la torture
Alkarama, 02 Septembre 2011

Etat partie à la Convention contre la torture, le Maroc sera examiné par le Comité contre la Torture (CAT) au début du mois de novembre prochain, l'occasion pour la société civile de soulever toute question relative au problème de la torture dans le pays et de fournir des informations au CAT relatives à l'application de la Convention par l'Etat partie.

En vertu de la Convention contre la torture, traité international visant à combattre la torture à travers le monde, les États parties sont tenus de prendre des mesures pour mettre un terme à cette pratique dans leur pays et sont examinés par le CAT tous les quatre ans. L'examen a pour but d'évaluer la mise en œuvre du traité par l'Etat partie.

En vue de cet examen, les États préparent un rapport national faisant état de l'avancée de cette mise en œuvre du traité sur le terrain, rapport qu'ils soumettent au Secrétariat du Comité. Le CAT prépare alors une liste de questions sur les points qui nécessitent clarification ou complément d'informations. A cette occasion, les ONG peuvent soumettre des informations et suggérer des questions à poser aux autorités. (Voir la liste de questions envoyée par Alkarama). Peu avant la tenue de la session, les ONG peuvent préparer un rapport alternatif au rapport national qui résume l'état de la mise en œuvre du traité dans le pays du point de vue de la société civile. Alkarama présentera son rapport, préparé avec d'autres ONG marocaines, deux semaines avant l'examen. Une fois finalisé, ce rapport sera disponible sur les sites web du Comité et d'Alkarama.

Au cours de l'examen, qui aura vraisemblablement lieu début novembre, le Comité aura l'opportunité de s'entretenir avec les représentants des autorités marocaines sur les informations contenues dans le rapport national et de leur poser des questions relatives à la mise en œuvre du traité.
La veille de l'examen, les ONG qui ont soumis des informations au Comité auront l'opportunité de s'entretenir avec le Rapporteur du Comité pour le Maroc, à huis-clos. Alkarama invitera des défenseurs des droits de l'homme marocains à présenter des informations au Comité et prendra la parole au cours de cet entretien.

Ce dernier est d'autant plus important que, durant l'examen qui consiste en un dialogue entre la délégation du pays examiné et le CAT, les ONG ne sont pas autorisées à prendre la parole. L'examen est public; aussi, Alkarama aura l'occasion de filmer la session afin de rendre publiques les questions soulevées lors de l'examen.

La session se conclut par les observations finales du CAT qui définit les étapes à suivre pour que l'Etat se conforme à ses obligations. Dans ces observations, le CAT demandera aussi à l'Etat de lui fournir des informations dans un délai d'un an afin de pouvoir juger de l'avancée de la mise en œuvre des recommandations prioritaires.


Communiqués - 02/09/11
Maroc : Détention de Mohammed Hajib, accusé de terrorisme
Communiqués - 30/07/11
Maroc: Libération de M. Karim Khadir
Communiqués - 01/07/11
Maroc : M. Karim Khadir, arrêté le 24 juin 2011, risque d'être torturé
Communiqués - 29/06/11
Maroc : Le journaliste Rachid Niny condamné à un an de prison
Communiqués - 24/06/11
Maroc : Mme Doha Aboutabit victime de sévices à la prison de Salé
Communiqués - 23/05/11
...et suivants 2010-2011

jeudi 2 juillet 2009

Une victime italienne de « transfert extraordinaire» toujours détenue au Maroc, après des aveux obtenus sous la torture

Des ONG de droits humains demandent aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies d'enquêter et d’agir sur l’affaire Abou Elkassim Britel
par
ACLU, 25/6/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala


NEW YORK – Des groupes de droits humains ont demandé aujourd'hui aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies d'enquêter sur l'affaire d'Abou Elkassim Britel, un citoyen italien et une victime du programme illégal de « transferts extraordinaires » (« extraordinary rendition») de la CIA, qui est actuellement détenu dans une prison marocaine sur la base d'aveux qui lui ont été extorqués sous la contrainte physique. L'ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) et l'ONG Alkarama for Human Rights ont exigé que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la Promotion et la protection des droits humains dans la lutte contre le terrorisme, enquêtent sur les circonstances de la disparition forcée, de l'enlèvement, de la détention et de la torture de Britel, et soulève son cas après des gouvernements des USA, du Maroc, du Pakistan et d'Italie.
« Des victimes du programme d’« extraordinary rendition », détenues à Guantánamo et dans d'autres prisons du monde, sont ignorées par le gouvernement Usaméricain, dont le programme illégal a causé leur situation, » a indiqué Steven Watt, avocat pour le programme des droits humains de l'ACLU. « Les USA ont refusé de prendre leur responsabilité envers des actions manifestement nuisibles, ne laissant d'autres choix à M. Britel et à d'autres innombrables victimes que de se retourner vers la communauté internationale pour obtenir justice. »
Britel, qui est également un plaignant dans l'affaire judiciaire opposant l'ACLU à une filiale de Boeing, Jeppesen DataPlan, pour son rôle dans le programme de’« extraordinary rendition », fait partie des quelques victimes dont l'identité est connue et qui est toujours détenu à l'extérieur de Guantánamo Bay.
Initialement, Britel a été appréhendé et détenu au Pakistan par les autorités pakistanaises pour des présumés violations des lois sur l'immigration, en février 2002. Après une période de détention et d'interrogatoires là-bas, il a été livré aux autorités Usaméricaines.
En mai 2002, des fonctionnaires usaméricains ont déshabillé et battu Britel avant de lui mettre une couche et une salopette, de l'entraver comme un animal, de lui bander les yeux et de l'envoyer au Maroc pour y être détenu et interrogé. Une fois au Maroc, les responsables US l'ont livré aux services de renseignement marocains qui l'ont emprisonné, sans contact avec l'extérieur, dans le centre de détention de Témara, où il a été interrogé, battu, privé de sommeil et de nourriture et menacé de sévices sexuels.
« Sur la foi du récit de M. Britel lui-même sur le traitement qu'il a subi et la longue histoire très documentée sur la torture et les abus commis dans les centres de détention dirigés par le gouvernement marocain, nous avons des raisons solides de croire que M. Britel a subi et subit toujours des tortures », a déclaré Rachid Mesli, Directeur du service juridique d’Alkarama. « M. Britel et les autres victimes de « l'extraordinary rendition » méritent un procès équitable devant un tribunal, non entaché par des preuves obtenues sous la torture. Nous espérons que les rapporteurs spéciaux vont prendre acte immédiatement de notre demande pour apporter une attention rapide et nécessaire à l'affaire de M. Britel, avant que les conditions dans lesquelles il est détenu ne causent encore plus de dégâts à sa santé physique et mentale. »
Selon la requête auprès des rapporteurs spéciaux, après avoir été libéré par les autorités marocaines en février 2003, Britel a été à nouveau arrêté et remis en détention en mai 2003 alors qu'il tentait de quitter le Maroc pour rentrer chez lui, en Italie. Alors qu'il était détenu sans contact avec l'extérieur dans le même centre de détention où il avait été brutalement torturé à peine quelques mois plus tôt, Britel a fait de faux aveux, sous la torture, sur son implication dans le terrorisme. Britel a été jugé et reconnu coupable d'accusations liées au terrorisme et purge une peine de neuf ans dans une prison marocaine.
En 2006, un juge d’instruction italien a prononcé un non-lieu sur une enquête qui avait duré de six ans sur l'implication alléguée de Britel dans le terrorisme, après avoir constaté un manque total de preuves l'associant à une activité liée au terrorisme ou d'ordre criminel.
Tous les dossiers remis aux rapporteurs spéciaux sont disponibles en ligne sur :
www.aclu.org/intlhumanrights/nationalsecurity/relatedinformation_resources.html
Plus d'information sur le procès de l'ACLU contre Jeppesen DataPlan en ligne sur :
www.aclu.org/jeppesen

Pour mettre fin à l'injustice : la femme d'une victime de
"transfert extraordinaire" s'exprime sur l’obligation de rendre des comptes et la torture

Par Nahal Zamani, programme des droits humains, ACLU


Aujourd'hui, le Programme des droits humains de l'ACLU et l'ONG Alkarama for Human Rights ont envoyé une demande à deux rapporteurs spéciaux des Nations Unies (experts en droits de l'homme) pour qu'ils enquêtent sur la détention et la torture au terme d’une "extraordinary rendition" d'Abou Elkassim Britel, un citoyen italien.
L'ACLU représente Britel ainsi que quatre autres hommes dans un procès au civil dans le système judiciaire des USA. Dans cette affaire – Mohamed et al. contre Jeppesen – Jeppesen, une filiale de Boeing, est accusée d'avoir participé, en connaissance de cause, au programme illégal d’ « extraordinary rendition » des USA, en fournissant un vol et des services de soutien logistique à l'avion utilisé par la CIA pour transporter Britel, du Pakistan au Maroc, en mai 2002.
La requête aux deux experts des droits de l'homme des Nations Unies est une demande d’enuqêtes sur les circonstances entourant l'arrestation de Britel, son enlèvement, sa détention et son interrogatoire au Pakistan ainsi que son transfert clandestin de ce pays jusqu'au Maroc. Britel fait partie des quelques victimes du programme « extraordinary rendition » des USA dont les identités sont connues et il est le seul citoyen européen, à notre connaissance, à être toujours en détention. À ce jour, Britel demeure incarcéré dans une prison marocaine.
J'ai récemment parlé avec la femme de Britel, Khadija Anna Lucia Pighizzini, citoyenne italienne, et je lui ai demandé de nous raconter leur histoire. Ce qui suit est extrait et traduit de notre conversation.
Khadija Anna Lucia Pighizzini : le 10 mars 2002 est le dernier jour où j'ai parlé à mon mari et je me souviens que la communication téléphonique était horrible et grésillante. Nous avons pensé que nous continuerions notre conversation le lendemain. Mais ensuite je n'ai plus eu aucune nouvelle – il avait disparu. Pendant 11 mois, je n'ai eu aucune nouvelle. Je ne savais pas s'il était vivant ou mort.
ACLU : Le 10 mars 2002, Britel qui était en voyage d'affaires au Pakistan a été arrêté et détenu au Pakistan pour des questions d'immigration. Après plusieurs mois en détention au Pakistan, durant lesquels il a été interrogé autant par des fonctionnaires pakistanais qu’usaméricains, Britel fut finalement transféré sous la garde exclusive des Usaméricains. Les responsables usaméricains l'ont vêtu d'une couche et d'une salopette puis l'ont entravé comme une bête, lui ont bandé les yeux avant de l'envoyer, en avion, au Maroc pour y être détenu et subir d'autres interrogatoires. Britel a été détenu, sans contact avec l'extérieur, par les services de sécurité marocains, dans le centre de détention de Témara, et a subi des violences physiques, la privation de sommeil et de nourriture, et a été menacé de sévices sexuels, y compris sodomie avec une bouteille et castration. La famille de Britel n'a eu connaissance de son sort qu'une fois Britel libéré, presque une année après sa première disparition, sans inculpation, en février 2003.
Tragiquement, alors qu'il rentrait chez lui en Italie en mai 2003, Britel a été à nouveau arrêté par les autorités marocaines, qui l'ont placé en détention et l'ont forcé, sous la contrainte physique, à signer un aveu comme quoi il était impliqué dans des actions terroristes au Maroc. Britel fut finalement déclaré coupable d'actes en relation avec le terrorisme et condamné à neuf ans. À ce jour, il est toujours emprisonné au Maroc.
Khadija Anna : le soir où Kassim était censé enfin quitter le Maroc, le 16 mai 2003, il y a eu des attaques terroristes à Casablanca. Cet événement tragique a coûté 45 vies et a provoqué une enquête policière de grande envergure. Kassim fut repris par l'administration marocaine alors qu'il était en train de quitter le pays. Son arrestation faisait partie d'une vague d'arrestations qui ont eu lieu immédiatement après ces attaques. Encore une fois, Kassim disparut et je n'avais aucune idée de l’endroit où il se trouvait, j'ai cherché dans tout le Maroc pour le retrouver. J'ai interrogé à son sujet l'ambassade italienne et les autorités marocaines, mais les deux nièrent savoir quelque chose. Je craignais le pire car il y avait eu un accroissement des disparitions causées par le gouvernement marocain ; des milliers de gens étaient emprisonnés, et d'autres sont même morts durant des interrogatoires, entre les mains de la police marocaine.
Plus tard, j'ai appris que Kassim avait été secrètement détenu pendant quatre mois à Témara ; dans le même centre de détention où il avait été détenu et torturé quelques semaines plus tôt.
Après quatre mois de détention et d'interrogatoires, Kassim est passé devant un prétendu tribunal qui, selon son avocat, répondait à peine aux normes d'un procès équitable. Il a été condamné à 15 ans de prison, mais en appel, sa peine a été ramenée à neuf ans. Pendant ce temps, la presse italienne s'était emparée de son histoire et avait présenté Britel comme le cerveau des attentats de Casablanca – un mensonge dont même les autorités marocaines ne l'avaient pas accusé.
Kassim est maintenant incarcéré dans la prison Oukasha à Casablanca. Il est prévu qu'il ne soit pas relâché avant septembre 2012, pourtant il n'a rien fait de mal.
ACLU : En septembre 2006, après six années d'une longue enquête criminelle, en Italie, sur l'implication supposée de Britel dans des activités terroristes, le juge en charge débouta son affaire, pour manque total de preuve associant Britel à de quelconques activités criminelles ou terroristes. Depuis ce non-lieu, les membres du parlement italien et européen ont adressé une pétition au gouvernement du Maroc pour qu'il gracie et libère Britel immédiatement. A ce jour, les autorités marocaines ont omis de répondre à ces efforts diplomatiques et depuis janvier 2007, le gouvernement italien n'a toujours rien fait pour représenter les intérêts de Britel.
Khadija Anna : Des investigations officielles ont mis en cause quatre gouvernements dans l' "extraordinary rendition" et la torture de mon mari. Le gouvernement pakistanais l'a torturé si violemment qu'il a avoué être un terroriste. La CIA l'a enlevé et l'a maintenu en détention au Pakistan avant de le livrer illégalement à une torture certaine au Maroc ; le gouvernement marocain l'a emprisonné et l'a torturé ; et le gouvernement italien était complice dans toute l'affaire ; tous savaient parfaitement bien ce qui se passait et ont fait peu, voire rien, pour l'aider.
Le gouvernement usaméricain est influent, ils doivent intervenir pour assurer la libération de mon mari et le ramener à la maison, en Italie. Si le gouvernement usaméricain intervient, je pense que l'Italie exigera que Britel soit libéré et le Maroc s'exécutera. C'est le moins qu'ils puissent faire étant donné leur implication dans son « extraordinary rendition ». J'ai déjà demandé une rendez-vous à l'ambassade usaméricaine au Maroc ou une intervention pour libérer mon mari. Je me suis également rendue deux fois à l'ambassade et j'ai parlé aux employés là-bas. Pas besoin de vous dire qu'ils sont restés sourds à ma demande et je ne sais plus vers qui me retourner.
ACLU : Depuis mars 2002, Britel a subi des tortures physiques et psychologiques et un traitement cruel – comme des bastonnades sévères, l'isolation, la privation de sommeil et des menaces de mort. Les expériences de Britel font partie d'un large schéma de tortures et d'abus généralisés, commis par le gouvernement des USA sous l'administration Bush. Une sérieuse responsabilité pour des crimes commis au nom de la sécurité nationale doit comprendre la reconnaissance et des réparations pour les victimes de la torture.
Khadija Anna : Physiquement, Kassim est faible et a beaucoup de problèmes physiques dus à la torture et aux abus qu'il a subis. Il en garde des traces, pas seulement dans son âme mais aussi dans son coeur. Il se bat pour rester en vie. Il se bat également pour les droits des autres prisonniers détenus avec lui ; pour améliorer leurs conditions ainsi que les siennes. Il a fait plusieurs grèves de la faim, seul ou avec d'autres prisonniers – espérant attirer l'attention sur les conditions à l'intérieur de la prison et pour protester contre sa torture.
Quand à moi, je suis toujours fatiguée, et je suis toujours dans l'attente. Cela fait sept longues années que Kassim a disparu. Ces années ont été si douloureuses, mais je sais que l'injustice que j'ai vécu va bientôt se terminer. Je ne me suis pas laissée aller à la haine ; Kassim, non plus. Au contraire, nous attendons sa libération. Nous voulons vivre nos vies et retrouver nos droits pour vivre dans la dignité comme tout citoyen et être humain. Nous regardons vers l'avenir quand la vérité sera entendue, quand nos droits seront restaurés et quand la justice sera enfin rendue.
Pour en savoir plus : http://www.giustiziaperkassim.net/