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lundi 29 novembre 2010

Pakistan. Sauver Asia Bibi de la peine de mort pour blasphème

Par Aziz Enhaili, Chroniqueur de Tolerance.ca, 29/11/2010


Asia Bibi est une Pakistanaise chrétienne. Suite à une plainte de voisines, elle a été condamnée à mort pour blasphème contre l'islam. En raison du caractère injuste de sa condamnation, Islamabad devrait la libérer. Tout en prenant sérieusement de nécessaires précautions.
Le Pakistan est un grand pays musulman. Sa minorité chrétienne représente 2,5% de près des 168 millions de ses habitants. Dans un pays polarisé et souffrant d’équilibres sociopolitiques fragiles, les membres de cette communauté abrahamique sont, de temps en temps, à la fois victimes de persécutions et une cible d’attentats meurtriers. Comme les membres d’autres minorités, ils vivent depuis des décennies sous la menace d’une loi anti-blasphème. Asia Bibi, une des leurs, est à ce jour la dernière victime de cette épée de Damoclès suspendue au-dessus notamment de leurs têtes.
Asia Bibi, une chrétienne victime d’une loi inique dans son propre pays
Asia Bibi est une mère âgée de 45 ans. À en croire la version répandue par ses sympathisants sur le net, elle s’était disputée avec des villageoises musulmanes relativement au partage d’un point d'eau. Ces voisines l’auraient accusé d’avoir tenu des propos blasphématoires à l’endroit du prophète Mohamed. Suite à une plainte pour blasphème enregistrée dans un commissariat de police, elle est arrêtée en juin 2009.
En raison de la gravité de cette accusation dans un pays comme le Pakistan, les proches d’Asia Bibi craignaient qu’elle soit condamnée à la prison, même à perpétuité. Mais ce que personne n’avait envisagé, c’est qu’elle soit condamnée, le 8 novembre dernier, à la peine capitale. C’est dans ce sens que s’est prononcé un juge ultraconservateur dépendant de Nankana Sahib, un district de la province centrale du Pendjab. Avec le risque d’être pendue.
Pour échapper à cette sentence, Asia Bibi a fait appel. Mais, même si la peine de mort est commuée, elle court quand même un autre risque. Tout fanatique pourrait, à tout moment, s’en prendre à elle, au nom d’une prétendue défense d’un islam qui serait outragé. Que Dieu l’en préserve! D’ailleurs, ce ne serait pas la première à qui cela pourrait arriver. À titre d’illustration, deux de ses compatriotes de confession chrétienne, jugés récemment pour le même motif et disculpés, ont été assassinés dès leur sortie du tribunal!
Son triste sort lui a attiré la sympathie de plusieurs aux quatre coins du monde. Même le pape Benoît XVI a joint sa voix au concert de tous ceux qui demandent sa grâce au président pakistanais Asif Ali Zardari.
C’est dire l’importance symbolique que ce cas revêt aujourd’hui.
À cause de cette pression internationale, on a entendu un responsable politique pakistanais comme M. Shahbaz Bhatti, le ministre fédéral en charge des minorités (un poste appelé à disparaître prochainement!), déclarer d’abord qu’elle était innocente, avant de souhaiter la voir libérée rapidement, conséquence d’une grâce présidentielle. Une manière, peut-être, de donner des gages de bonne volonté au généreux allié américain. Mais, semble-t-il, il ne fallait pas plus pour que des groupes islamistes radicaux, à l’affût du moindre prétexte susceptible de polariser le paysage social, exercent de fortes pressions sur le pouvoir civil en vue de l’intimider et de faire plier sa volonté à la leur. D’où leur accusation du ministre en personne, lui-même chrétien, de blasphème. Son tort? S’être porté à la défense de deux autres chrétiens (les frères Emmanuel et Sajid Rashid) accusés eux également de blasphème. Accusation niée par eux. Ils seront assassinés, le 19 juin 2010, dans l’enceinte même du tribunal de Faisalabad, dès le prononcé de leur acquittement. D’ailleurs, Allama Ahmed Mian Hammadi, un haut dignitaire religieux musulman, a déjà autorisé implicitement la décapitation du même ministre (voir sa déclaration publiée dans le quotidien pakistanais Daily Jasarat). Il lui a reproché sa déclaration voulant que la loi ait été violée dans le cas des deux frères chrétiens. Aux yeux du clerc ultraconservateur, les musulmans ne peuvent tolérer le blasphème contre le prophète Mohamed.
Pour vraiment sauver la vie d’Asia Bibi
En raison des graves menaces pesant sur la sécurité d’Asia Bibi, il faudrait, à court terme, éviter tout geste ou déclaration de quiconque qui pourraient être exploités par des islamistes radicaux pour jeter encore un peu de l’huile sur un feu qui couve déjà depuis de nombreuses années. Autrement dit, il faudrait éviter même la moindre apparence de provocation. C’est ce type de démarche qui pourrait faciliter un peu la tâche du président pakistanais dans cette affaire délicate. Autre mesure à prendre rapidement: assurer la protection d’Asia Bibi dans son lieu de détention. Il n’est pas exclu qu’une de ses codétenues prenne de son propre chef (ou sous influence) l’initiative d’exécuter celle qui se serait prise au bien aimé prophète de l’islam.
Entre-temps, il faudrait agir sur deux fronts. D’abord, le secteur judiciaire. Islamabad serait mieux inspirée d’ordonner, d’entrée de jeu, l’ouverture d’une nouvelle enquête policière et la tenue d’un nouveau procès judiciaire. Pour faciliter la tenue d’un procès juste, il vaudrait mieux le déplacer loin de la localité de Nankana, le lieu du jugement controversé initial. Ensuite, le front politique. Pour pouvoir absorber la colère d’une foule chauffée à blanc par de populistes (dont l’ultraconservateur Jamiat Ulma Islam (JUI), allié du Pakistan Peoples Party, parti du président) voulant ultimement provoquer la chute du pouvoir civil, il vaudrait mieux que l’appareil judiciaire pakistanais procède par étape avant d’établir de manière irréfutable l’innocence d’Asia Bibi. Dans ce cas de figure, elle n’aura plus besoin de la grâce du président Zardari,
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Qu’Asia Bibi ait tenu ou non des propos blasphématoires, sa condamnation a été l’occasion pour plusieurs au Pakistan et à l’étranger de prendre conscience de l’état réel de la liberté d’expression et de la situation de la minorité chrétienne dans ce pays. Autre motif d’inquiétude: la facilité déconcertante avec laquelle certains acteurs extrémistes arrivent à manipuler les masses, à fragiliser le pouvoir civil et à déstabiliser tout un pays, n’augure rien de bon pour l’avenir du Pakistan dans son ensemble, y compris pour ceux qui aujourd’hui manipulent les ficelles derrière les rideaux fermés.

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