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Affichage des articles dont le libellé est Convention contre la torture. Afficher tous les articles
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mardi 16 septembre 2014

ACAT : Des victimes de torture harcelées par la justice






Le 22 septembre prochain, la Cour d’appel de Tanger décidera du sort de Wafaa Charaf, militante des droits de l’homme marocaine condamnée à un an d’emprisonnement et à une forte amende pour avoir porté plainte pour torture.
Le 15 / 09 / 2014 Le 22 septembre prochain, la Cour d’appel de Tanger décidera du sort de Wafaa Charaf, militante des droits de l’homme marocaine condamnée à un an d’emprisonnement et à une forte amende pour avoir porté plainte pour torture.
Âgée de 26 ans, Wafaa Charaf milite pour l’Association marocaine des droits humains (AMDH), le mouvement des jeunes du 20 février et le parti de la Voie démocratique. Le 27 avril 2014, elle a participé à Tanger à une manifestation de soutien à des syndicalistes licenciés. En rentrant chez elle, elle a été enlevée par deux hommes qui lui ont bandé les yeux et l’ont embarqué de force dans une voiture et conduite en dehors de la ville. Pendant plusieurs heures, ils l’ont frappée, insultée et menacée en évoquant ses engagements politiques. Puis ils l’ont abandonnée sur place.
Wafaa Charaf est allée faire constater ses blessures par un médecin et, le 30 avril, elle a porté plainte contre X pour torture et enlèvement auprès du procureur de Tanger.
Cela lui a valu d’être arrêtée le 8 juillet dernier, placée en détention provisoire et poursuivie pour dénonciation calomnieuse et outrage à agent sur le fondement des articles 445, 263 et 264 du Code pénal.
Le 12 août, elle a été condamnée à un an d’emprisonnement et 1 000 dirhams d’amende à l’issue d’un procès inéquitable.
Le 23 juillet, Oussama Hassan, autre militant de l’AMDH et du mouvement du 20 février, a été condamné à trois ans d’emprisonnement et 10 000 dirhams d’amende lui aussi pour dénonciation calomnieuse pour avoir dénoncé les tortures qui lui ont été infligées par des inconnus à l’issue d’une manifestation à laquelle il venait de participer, le 2 mai dernier.

Contexte

Face aux nombreuses allégations de torture au Maroc portées notamment par l’ACAT, le ministre de la Justice Moustafa Ramid a, ces derniers mois, reconnu l’existence de la torture dans le Royaume mais a toutefois assuré qu’il s’agissait de pratiques isolées dont l’État n’est pas responsable. Dans la même stratégie visant à soustraire l’État à ses responsabilités, il a, dans un communiqué publié le 10 juin 2014, certes promis des enquêtes concernant les allégations de torture, mais a aussi annoncé que les auteurs de dénonciation calomnieuse seraient poursuivis.
En pratique, seule la seconde partie de l’annonce a été mise en œuvre. D’après les informations dont dispose l’ACAT, aucune enquête sérieuse, indépendante et impartiale n’a été menée concernant des allégations de torture.
L’ACAT est aussi poursuivie devant la justice marocaine pour dénonciation calomnieuse alors que les plaintes pour torture qu’elle a déposées aux côtés de plusieurs victimes sont sérieuses et circonstanciées.
Le 4 mars 2014, le Maroc s’est joint au Chili, au Danemark, au Ghana et à l’Indonésie pour lancer l’initiative mondiale pour la ratification de la Convention contre la torture. Au même moment, le royaume chérifien multipliait les mesures de rétorsion à la suite de la convocation par la justice française du patron de la DST marocaine concernant des plaintes pour torture déposées par l’ACAT et plusieurs victimes.




 http://www.acatfrance.fr/actualite/des-victimes_de_torture_harcelee_par_la_justice

samedi 29 mars 2014

Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants


Adoptée et ouverte à la signature, à la ratification et à l'adhésion par l'Assemblée générale dans sa résolution 39/46 du 10 décembre 1984

Entrée en vigueur: le 26 juin 1987, conformément aux dispositions de l'article 27 (1)

Les Etats parties à la présente Convention,
Considérant que, conformément aux principes proclamés dans la Charte des Nations Unies, la reconnaissance des droits égaux et inaliénables de tous les membres de la famille humaine est le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde, Reconnaissant que ces droits procèdent de la dignité inhérente à la personne humaine,
Considérant que les États sont tenus, en vertu de la Charte, en particulier de l'Article 55, d'encourager le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
Tenant compte de l'article 5 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et de l'article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui prescrivent tous deux que nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
Tenant compte également de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée par l'Assemblée générale le 9 décembre 1975,
Désireux d'accroître l'efficacité de la lutte contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants dans le monde entier...

Lire l'article entier sur :  http://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/CAT.aspx

samedi 21 décembre 2013

Maroc : La loi antiterrorisme et la torture pendant la garde à vue épinglées par une délégation de l’ONU

  Pendant neuf jours, une délégation du Groupe sur les détentions arbitraires a visité douze centres de détentions, rencontré des officiels marocains, d’anciens détenus salafistes et des représentants de la société civile. En attendant le rapport, prévu en septembre 2014, le GTDA recommande aux autorités marocaines de modifier la loi anti-terrorisme et de mettre un terme à la pratique de la torture pendant la période de gardes à vue.














Le Groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires termine, aujourd’hui, une visite de neuf jours au Maroc. 

Hier, les cinq experts indépendants formant la délégation, donnaient un point de presse et publiaient un communiqué  dans lequel les préoccupations l’emportent largement sur les satisfecits

Une fois de plus la torture pratiquée, en période de garde à vue, dans les centres de détentions pour arracher des aveux aux détenus est pointée du doigt. Des dérapages qui « constituent dans la plupart des cas le fondement des condamnations », lit-on dans le texte.

Les membres de la GTDA réitèrent que « les aveux faits sans la présence d’un avocat et en l’absence de toute garantie juridique ne peuvent être admissibles comme moyen de preuve dans une procédure pénale, surtout si les aveux ont été obtenus pendant la période de garde à vue ». Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux de Juan Mendez, le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture.

Le Groupe pour la modification de la loi antiterrorisme

Les griefs de la délégation du Groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires ont porté, également, sur la loi antiterrorisme, adoptée dans le sillage des attentats du 16 mai 2003 de Casablanca. Elle « est le cadre légal de nombreuses violations des droits de l’homme (…) cette loi doit être modifiée pour rendre les incriminations plus précises, réduire les délais de garde à vue (actuellement de 12 jours, ndlr) et instituer une procédure qui garantit un procès équitable ».
Ces observations sont le fruit de plusieurs rencontres entre les cinq experts de la GTDA et des représentants d’associations des droits de l’Homme ainsi que des proches de détenus salafistes.  

Sahara : le GTDA évite de politiser sa visite

Les cinq membres de la GTDA ont effectué, les 15 et 16 décembre, une visite à Laâyoune, au cours de laquelle ils ont pris langue avec des associations proches du Polisario, dont la CODESA présidée par Aminatou Haidar. La teneur du communiqué de la délégation traduit la ferme volonté du Groupe d’éviter toute politisation de ses observations ou ses rencontres. « En tant que titulaire de mandat indépendant et sa visite ne doit pas être interprétée comme l’expression d’une quelconque opinion politique concernant le statut actuel ou futur du territoire non autonome du Sahara occidental ».
Durant son séjour au Maroc, le Groupe a visité douze centres de détentions, des hôpitaux psychiatriques et s’est réuni avec des officiels marocains dont des membres du gouvernement

samedi 1 juin 2013

Deux franco-marocains portent plainte contre l’Etat marocain pour torture


 Un Franco-Marocain porte plainte pour tortures contre le Maroc



Par , publié le

Un producteur de cinéma franco-marocain vient de porter plainte à Paris contre le Royaume chérifien pour aveux extorqués sous la torture. Il a entamé une grève de la faim le 30 mai. 

Un Franco-Marocain porte plainte pour tortures contre le Maroc

Adil Lamtalsi, franco-marocain de 32 ans, a passé quatre ans et demi dans les geôles du Royaume, où il affirme avoir été torturé, pour un délit qu'il jure ne pas avoir commis.
afp.com/Jacques Demarthon
Adil Lamtalsi demande des comptes au Maroc. Ce Franco-Marocain de 32 ans a passé quatre ans et demi dans les geôles du Royaume, où il affirme avoir été torturé, pour un délit qu'il jure ne pas avoir commis. Voilà deux semaines, il a enfin obtenu son transfert à la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis) pour y purger le reste de sa peine. 
Ce producteur de cinéma a été arrêté à Tanger, le 2 octobre 2008, sous l'inculpation de trafic de drogue, à la suite d'une saisie de 1 600 kg de cannabis à Ksar el-Kébir, à 100 km au sud de Tanger. En novembre 2008, il a été condamné à 10 ans de prison. 


Une fois arrivé en France, Adil Lamtalsi n'a pas perdu de temps. Avec le soutien de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, il vient de déposer une plainte avec constitution de partie civile pour "torture et autres peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants" auprès du Tribunal de grande instance de Paris. Premiers visés : la gendarmerie royale de Ksar el-Kébir et la Direction générale de la surveillance du territoire, l'un des services de renseignements du Maroc, qui gère le centre de détention clandestin de Temara, fréquemment dénoncé par les organismes de défense des droits de l'homme. 
"A Temara, Adil Lamtalsi a subi pendant trois jours toutes sortes de sévices physiques et sexuels et d'humiliations, même s'il peine encore à tout raconter, précise son avocat parisien, Me Joseph Breham. Il a notamment été privé de sommeil, frappé et électrocuté et il a subi un simulacre de noyade."  

Grève de la faim

Transporté ensuite à la gendarmerie de Larache, il aurait été contraint d'apposer son empreinte digitale sur un procès-verbal rédigé en arabe - une langue qu'il ne lit, ni ne comprend. Lors de son procès, Adil Lamtalsi est revenu sur ses déclarations, assurant qu'elles avaient été obtenues sous la torture. Selon la Ligue des droits de l'Homme de Gironde, son département d'origine, ces aveux seraient le seul élément à charge du dossier en l'absence de toute preuve matérielle. En prime, ses co-accusés ont déclaré à la justice ne pas le connaître... 
Adil Lamtalsi vient d'entamer une grève de la faim à la prison de Villepinte où il demande à voir un médecin et un psychologue. En vain pour l'instant.  
 http://www.lexpress.fr/actualite/monde/un-franco-marocain-porte-plainte-pour-tortures-contre-le-maroc_1253598.html
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Deux franco-marocains portent plainte contre l’Etat marocain pour torture

29/5/2013 Deux franco-marocains portent plainte contre l'Etat marocain pour torture

Deux franco-marocains, transférés récemment du Maroc vers la France pour y terminer leur peine de prison, viennent de porter plainte contre l’Etat marocain. Ils accusent les services de sécurité du Royaume, notamment des agents de la gendarmerie royale, de les avoir torturés au centre de détention secret de Témara pour obtenir des aveux.

Adil Lamtalsi et Mostafa Naïm avaient été arrêtés au Maroc, respectivement en 2008 et 2010, et y purgeaient des peines de prison pour des crimes de droit commun. L’ACAT (Action chrétienne pour l’abolition de la torture), s’étant constituée partie civile dans cette affaire, dénonce dans un communiqué la condamnation par la justice marocaine des deux accusés.
Cette ONG rappelle que le Maroc et la France sont tous deux signataires de la Convention contre la torture et que l’obtention d’aveux sous la torture constitue une violation du droit marocain, et demande de ce fait aux autorités françaises de libérer les deux détenus immédiatement.
"À défaut de pouvoir briser la chape d’impunité au Maroc, nous le ferons en France, si tant est que l’amitié diplomatique entre la France et le Maroc ne vienne pas à nouveau primer le respect des droits de l’homme", a déclaré Hélène Legeay, responsable des programmes Maghreb/Moyen-Orient à l’ACAT.
Le centre de détention secret de Témara, dont les autorités marocaines ont toujours nié l’existence, a été souvent cité dans les rapports d’organisations marocaines et internationales de défense de droits de l’Homme telles que l’Organisation Marocaine des Droits de l’Homme (OMDH), Amnesty International ou encore Human Rights Watch.

 http://www.bladi.net/plainte-etat-marocain-torture.html

mardi 19 février 2013

TORTURE AU MAROC : le rapport Mendez bientôt rendu public



Le rapport final du Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Juan Mendez, sera dévoilé dans quelques jours à Genève lors de la 22e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

L'argentin Juan Mendez, Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, présentera son rapport final sur la torture au Maroc dans quelques jours, à l'occasion de la 22e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève.
 Ce rapport, le premier du genre, fait suite à sa visite au Maroc en septembre dernier. Juan Mendez avait passé une dizaine de jours dans le royaume pour rencontrer les autorités marocaines, des représentants de la justice, de la société civile, des groupes de défense des droits de l'homme, des agences de l'ONU, ainsi que des victimes de violences et leurs familles.

 Juan Mendez avait fait part de ses premières observations fin septembre lors d'une conférence de presse donnée à Rabat. Il affirmait alors que « le Maroc développe une culture de respect des droits de l'homme qui est un bon point de départ en vue de l'élimination de la torture dans un futur proche. Mais le pays est loin de pouvoir affirmer qu'il a éliminé la torture ».
Il expliquait notamment : "Chaque fois qu'il est question de sécurité nationale, il y a une tendance à utiliser la torture dans les interrogatoires. Il est difficile de dire si c'est très répandu ou si c'est systématique, mais cela arrive assez souvent pour que le gouvernement marocain ne puisse l'ignorer".

Torture, impunité, prisons secrètes : ce que dit l'ONU
 Pour rédiger son rapport final, Juan Mendez a pu s'appuyer sur les travaux du Comité de l'ONU sur la torture, qui a présenté son rapport périodique Maroc en juin 2012. Ce document fait en effet un point complet sur les sujets de préoccupation du Comité, la collaboration de l'Etat marocain et les recommandations de l'ONU.
 Voici ci-dessous les grands axes de ce rapport Maroc, qui n'a fait l'objet d'aucune publicité dans le royaume depuis sa publication.

Aspects positifs
 Le Comité de l'ONU sur la torture se félicite du « dialogue constructif » entre ses experts et l'Etat marocain. Il note également « avec satisfaction » la ratification par le Maroc d'un certain nombre de conventions internationales, de la mise en place du CNDH, du vote de la nouvelle constitution et du lancement de la réforme de la justice.

Définition et criminalisation de la torture
 Selon le Comité, le Maroc « devrait s’assurer que les projets de loi actuellement devant le Parlement étendent le champ de la définition de la torture, conformément à l’article premier de la Convention contre la torture. L’État partie, conformément à ses obligations internationales, devrait veiller à ce que quiconque se rend coupable ou complice d’actes de torture, tente de commettre de tels actes ou participe à leur commission fasse l’objet d’une enquête, et soit poursuivi et sanctionné sans pouvoir bénéficier d’un délai de prescription.

Utilisation de la torture dans les affaires de sécurité
Le Comité se dit « préoccupé par les nombreuses allégations d’actes de torture et de mauvais traitements commis par les officiers de police, les agents pénitentiaires et plus particulièrement les agents de la Direction de surveillance du territoire (DST) – désormais reconnus comme officiers de police judiciaire – lorsque les personnes, en particulier celles suspectées d’appartenir à des réseaux terroristes ou d’être des partisans de l’indépendance du Sahara occidental, sont privées de l’exercice des garanties juridiques fondamentales comme l’accès à un avocat ou durant les interrogatoires dans le but de soutirer des aveux aux personnes soupçonnées de terrorisme ».

Impunité des responsables de torture
Le Comité « est particulièrement préoccupé par le fait de n’avoir reçu à ce jour aucune information faisant état de la condamnation d’une personne pour actes de torture au titre de l’article 231.1 du Code pénal. Le Comité note avec préoccupation que les officiers de police sont dans le meilleur des cas poursuivis pour violences ou coups et blessures, et non pour le crime de torture, et que selon les données fournies par l’État partie, les sanctions administratives et disciplinaires prises à l’endroit des officiers concernés ne semblent pas proportionnées à la gravité des actes commis. Le Comité note avec préoccupation que les allégations de torture, pourtant nombreuses et fréquentes, font rarement l’objet d’enquêtes et de poursuites et qu’un climat d’impunité semble s’être instauré en raison de l’absence de véritables mesures disciplinaires et de poursuites pénales significatives contre les agents de l’État accusés des actes visés dans la Convention, y compris les auteurs des violations graves et massives des droits de l’homme commises entre 1956 et 1999 ».

« Transfèrements secrets » de la CIA
Le Comité « prend note des déclarations de l’État partie selon lesquelles il n’était pas impliqué dans les opérations de «transfèrements secrets» menées dans le contexte de la lutte internationale contre le terrorisme. Néanmoins, le Comité reste préoccupé par les allégations selon lesquelles le Maroc aurait servi de point de départ, de transit et de destination de «transfèrements secrets» opérés en dehors de tout cadre légal, notamment dans les cas de MM. Mohamed Binyam, Ramzi bin al-Shib et Mohamed Gatit. Il note que les informations lacunaires fournies par l’État partie sur les enquêtes qu’il a menées à ce sujet ne sont pas à même de dissiper ces allégations. Le Comité est gravement préoccupé par les allégations selon lesquelles tous ces «transfèrements secrets» se seraient accompagnés de détention au secret et/ou dans des lieux secrets, d’actes de torture et de mauvais traitements, notamment lors des interrogatoires des suspects, ainsi que de refoulements vers des pays dans lesquels les personnes auraient été également soumises à la torture ».

Les prisons secrètes du Maroc
 Le Comité « prend note des déclarations faites par l’État partie durant le dialogue selon lesquelles il n’existait aucun centre de détention secret au siège de la DST à Témara, comme l’attestaient les résultats des trois visites effectuées par le Procureur général du Roi en 2004, mais aussi par les représentants de la Commission nationale des droits de l’homme et par plusieurs parlementaires en 2011. Toutefois, le Comité regrette le manque d’informations relatives à l’organisation et à la méthodologie de ces visites, qui au vu de la situation et des allégations nombreuses et persistantes de l’existence d’un tel centre de détention secret ne permettent pas de lever le doute sur ce point. Cette question reste donc un objet de préoccupation pour le Comité. Ce dernier est également préoccupé par les allégations selon lesquelles des lieux de détention secrets existeraient également au sein même de certains établissements de détention officiels. D’après les allégations reçues par le Comité, ces centres de détention secrets ne feraient l’objet d’aucune surveillance ni inspection de la part d’organes indépendants. Pour finir, le Comité est préoccupé par les allégations selon lesquelles une nouvelle prison secrète aurait été construite dans les environs d’Ain Aouda, près de la capitale de Rabat, pour y détenir les personnes soupçonnées d’être liées à des mouvements terroristes ».

Torture au Sahara
Le Comité « est préoccupé par les allégations faisant état d’arrestations et de détentions arbitraires, de détentions au secret et dans des lieux secrets, d’actes de torture et de mauvais traitements, de l’extorsion d’aveux sous la torture et d’un usage excessif de la force par les forces de sécurité et par les forces de l’ordre marocaines au Sahara occidental. »

Traitement des migrants et des étrangers
Le Comité « prend note » des informations fournies par le Maroc mais « reste toutefois préoccupé par les informations reçues selon lesquelles, dans la pratique, des migrants illégaux ont été reconduits à la frontière ou expulsés en violation des lois marocaines, sans avoir eu la possibilité de faire valoir leurs droits. Suivant plusieurs allégations, des centaines d’entre eux auraient été abandonnés dans le désert sans eau ni nourriture. Le Comité déplore le manque d’information sur ces événements de la part de l’État partie, ainsi que sur les lieux et les régimes de détention des étrangers en attente d’expulsion qui ne relèvent pas de l’administration pénitentiaire. Le Comité déplore enfin le manque d’information au sujet des enquêtes éventuellement menées sur les violences commises par les forces de l’ordre à l’encontre de migrants clandestins dans les régions de Ceuta et Melilla en 2005 ». 

Coopération avec les mécanismes de l’ONU
Le Comité recommande au Maroc « d’intensifier sa coopération avec les mécanismes des droits de l’homme de l’ONU, notamment en autorisant les visites, entre autres, du Groupe de travail sur la détention arbitraire, de la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants, et du Rapporteur spécial sur le droit de réunion et d’association pacifiques ».
Il invite aussi le Maroc « à envisager d’adhérer aux principaux instruments relatifs aux droits de l’homme auxquels il n’est pas encore partie, notamment au Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et au Statut de Rome de la Cour pénale internationale ». (un projet de loi a été validé en décembre dernier par le gouvernement pour ratifier ce protocole facultatif à la Convention contre la torture).
Enfin, le Comité de l'ONU exhorte le Maroc « à diffuser largement les rapports qu’il a soumis au Comité, ainsi que les conclusions et recommandations de celui-ci, par le biais des sites Internet officiels, des médias et des organisations non gouvernementales ».

lundi 24 septembre 2012

Rapport ONU de Juan Mendez sur les droits de l'Homme au Maroc



Entête OHCHR


Une culture des droits de l’homme se développe 
au Maroc, 
mais il en faut plus pour éradiquer la torture 
                              et les mauvais traitements

RABAT (22 septembre 2012) - A l'issue de sa visite au Maroc*du 15 au 22 septembre 2012, Juan E. Méndez, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants fait la déclaration suivante:


Tout d'abord, je tiens à exprimer ma gratitude pour la coopération pleine et entière dont j’ai bénéficié pendant ma visite, en particulier en ce qui concerne l'accès sans restriction à tous les lieux de détention ainsi que l'accès sans entrave aux détenus afin de m'entretenir avec ceux-ci en toute confidentialité. Le personnel pénitentiaire était manifestement disposé et préparé à m’accueillir dans les prisons, postes de police et centres pour mineurs à Rabat-Salé, Kenitra, Skirat-Témara et Casablanca. Bien que ceci ait pu avoir une influence sur ma capacité à voir ces endroits plus spontanément, je salue les efforts impressionnants déployés par le Gouvernement pour investir dans la modernisation et la rénovation de ces installations.

Il est toutefois regrettable que les rencontres avec la société civile aient été surveillées par les autorités et les médias, et que mon arrivée ait été scrutée par les caméras à chaque endroit. Cela a créé un climat d'intimidation ressenti par un certain nombre de personnes que j'ai rencontrées lors de la visite. J'ai demandé et obtenu l'assurance des autorités que des instructions claires seront communiquées à tous les niveaux du pouvoir, que ni intimidation, ni aucune sorte de représailles ne sera tolérée.

Je peux affirmer qu’une culture des droits de l'homme se développe. Les différentes autorités que j'ai rencontrées ont fait preuve de volonté politique, et en particulier le ministère des Affaires étrangères et de la Délégation interministérielle des droits de l'homme, pour construire une culture institutionnelle qui interdise et prévienne la torture et les mauvais traitements. La création du Conseil national des droits de l'homme (CNDH) est l'aspect institutionnel le plus important de cette culture émergente. Les efforts entrepris par la CNDH et ses divers bureaux régionaux afin de continuer à sensibiliser les autorités et la société civile et à promouvoir la protection des droits de l'homme portent déjà leurs fruits. La CNDH est un organe indépendant et hautement crédible et ses rapports revêtent un grand poids moral. Il peut devenir un mécanisme de suivi effectif et de médiation entre l'État et ses citoyens si ses recommandations sont mises en œuvre de bonne foi. J'encourage toutes les parties à s'engager pleinement à renforcer cette institution.
Cette nouvelle culture a pu surgir grâce essentiellement aux efforts énormes déployés par le Maroc pour affronter son passé marqué par les abus et que les Marocains qualifient « d’années de plomb ». Des efforts exemplaires ont été consacrés à faire apparaître et faire connaître la vérité, ainsi qu’à offrir indemnisation aux victimes, y compris divers types de services de réadaptation. On voit également apparaître une certaine tendance à la réforme des institutions, même si l’engagement indispensable de faire enquête, de poursuivre et de punir les auteurs des atrocités massives, dont la torture, n’a pas encore été rempli.

Des efforts sont encore nécessaires pour accroître la confiance et la coopération entre l'État et la société civile, afin que toutes les organisations non-gouvernementales soient en mesure de travailler plus efficacement avec les mécanismes nationaux et internationaux et de mener des activités de plaidoyer sur la base de cas bien documentés.
La nouvelle Constitution de juillet 2011 a introduit quelques changements encourageants dans le cadre normatif. Il est difficile, à ce stade, d'évaluer leur impact réel, mais il semble y avoir un engagement des plus hautes autorités et j'espère qu’il continuera à y avoir un effort soutenu et nécessaire. La Constitution interdit en toutes circonstances les actes de torture ou des actes qui sont « cruels, inhumains, dégradants ou portant atteinte à la dignité ». Bien que le Code pénal et le Code de procédure pénale incriminaient déjà la torture avant 2011, je salue l'introduction de ces principes dans la nouvelle Constitution et la volonté manifeste des autorités de leur accorder la primauté. Je vais évaluer si d'autres modifications à la définition de la torture sont nécessaires afin de mettre cette infraction en conformité avec le droit international.

J'encourage les autorités à ratifier le Protocole facultatif à la Convention contre la torture aussitôt que possible, et souligne que la ratification n'est pas une fin en soi mais un processus, sa mise en œuvre étant le véritable défi.
La situation sur le terrain en ce qui concerne la pratique de la torture s'est généralement améliorée depuis les dernières décennies au cours desquelles les disparitions, les détentions secrètes ainsi que la torture étaient répandues. J'ai toutefois reçu des témoignages crédibles faisant état de pressions physiques et mentales excessives sur des détenus au cours d’interrogatoires. Ces faits arrivent assez fréquemment pour mériter une attention et des efforts particuliers pour les éradiquer. Bien que la pratique des traitements cruels persiste dans les affaires criminelles ordinaires, il ne devrait pas être surprenant que des actes équivalant à la torture soient commis à l’occasion d’événements particulièrement intenses, tels que des grandes manifestations, perçues comme une menace à la sécurité nationale ou des actes de terrorisme. Dans ces moments-là, l’on peut remarquer une augmentation des actes de torture et de mauvais traitements pendant la détention et l'arrestation.

Un médecin légiste indépendant et réputé a accompagné mon équipe, examiné les rapports médicaux et mené un certain nombre d'examens médicaux. Ma conclusion préliminaire est que dans des cas récents, il y a des informations crédibles faisant état de coups violents infligés par coups de poings et bâtons, de l’utilisation de décharges électriques et de brûlures de cigarette. En outre, j'ai de bonnes raisons de penser qu'il y avait des allégations crédibles d’agression sexuelle et de menace de viol commis sur des victimes ou des membres de la famille de celles-ci et d'autres formes de mauvais traitements. Un certain nombre de cas a été porté à mon attention où les lésions montrent le traitement qui constitue des actes de torture.

A la date d'aujourd'hui, l'admission des aveux comme preuve devant les tribunaux est à la discrétion du juge. L’on m'a assuré que les aveux seuls ne constituent pas des preuves suffisantes pour une condamnation et que d’autres éléments de preuve sont nécessaires. Cette garantie est la bienvenue, mais je crains que cela ne suffise pas à dissuader les actes de torture dans la pratique. Le droit international exige d’exclure les aveux ou déclarations obtenues sous la contrainte de toute procédure et de tout dossier. L'article 293 du Code de procédure pénale interdit l'admission de toute confession ou déclaration faite sous la contrainte. Cependant, j'ai reçu de nombreuses plaintes au sujet de l'utilisation de la torture par des fonctionnaires pour obtenir des preuves ou des aveux au cours de la phase initiale des interrogatoires, en particulier dans des cas ayant trait à la sécurité nationale ou à la lutte contre le terrorisme, où le maintien des détentions est ordonné avant même l'accès à un avocat. 

Le Code de Procédure pénale garantit effectivement l’accès à un avocat, mais cette garantie n’est pas pleinement remplie ni en droit ni en pratique. Le détenu n’a accès à un avocat de son choix que 24 heures après l’arrestation, et ce pour un entretien de 30 minutes qui se déroule en présence d’un enquêteur. Le Décret 03-03 (pour affaires relatives à la sécurité de l’Etat et à la lutte contre le terrorisme) prévoit dans sa procédure que la garde à vue peut durer trois tranches de 96 heures consécutives sans avoir droit à un avocat. En outre, même ces conditions peuvent être violées en repoussant simplement la date d’enregistrement de l’arrestation. L’accès à un avocat devrait être accordé dès l’arrestation ou la mise en détention, sans exiger l’autorisation du Procureur comme le stipule la loi actuellement. Or ce droit devrait être octroyé en tant que principe de droit et tout agent de police qui refuse l’accès à l’avocat doit faire l’objet de mesures disciplinaires. En raison du grand nombre d’allégations reçues, il semblerait que les procureurs et juges d’instruction aient pour pratique de rejeter les plaintes de torture ou de ne pas ouvrir d’enquête.
À ma demande, j'ai reçu des exemples et des statistiques indiquant que des personnes ont été acquittées bien qu’elles aient avoué les crimes. Mais jusqu'à présent, je n'ai pas vu d’exemples concrets dans lesquels les tribunaux ont appliqué la règle d'exclusion tel que le prévoit le droit international en ce qui concerne la torture, c’est-à-dire des cas dans lesquels une confession est jugée irrecevable parce que le tribunal a déterminé qu'il a été obtenu sous la contrainte.
L'une des raisons pour la non-application de ce principe important peut être la piètre qualité des rapports médicaux et médico-légaux, qui fournissent actuellement une assistance limitée aux procureurs et aux juges dans leur prise de décision. Il y a là un besoin d'investissements importants dans les domaines de la psychiatrie et de la médecine légale, allant de pair avec une formation spécifique des médecins légistes sur l'évaluation des mauvais traitements et de la torture, en conformité avec les normes internationales, y compris le Protocole d'Istanbul. Dans la pratique, les garanties contre la torture ne fonctionnent pas de manière effective, car « il n'existe aucune preuve » que des actes torture ont été commis. Ainsi, la confession ou déclaration demeure au dossier et aucun effort sérieux n’est fait pour enquêter, poursuivre et punir les auteurs.
Le système de plaintes relatives aux allégations de torture et de mauvais traitements, à de rares exceptions près, ne semble fonctionnelle qu’en droit mais pas dans la pratique. Cela semble également être le cas pour les enquêtes, les poursuites et peines prononcées à l’égard des auteurs. Cette lacune doit disparaître. J’encourage les autorités de promouvoir les capacités médico-légales par le parquet et les magistrats. Également j’invite les autorités à mettre en œuvre le droit de présenter des plaintes et d’assurer que les accusés qui comparaissent en premier ont l’occasion de faire des allégations de torture ou de mauvais traitements qu’elles auraient subi par la police ou les services de renseignement.
Il me semble que nous assistons à une augmentation subite du nombre d’incidents d’utilisation de force excessive lors d’interventions de la part des autorités en réaction aux réunions et manifestations. Nonobstant le fait de savoir si la manifestation est ou non autorisée, cela ne donne pas le droit aux autorités de recourir à la force excessive. Le droit de réunion pacifique doit être respecté et lorsque les manifestations deviennent incontrôlables, la police a le devoir de maintenir l’ordre et prévenir la violence, tout en faisant cela en conformité avec les normes internationales. Celles-ci sont fondées sur les principes de la nécessité et de la proportionnalité avec le respect du droit à la vie et à l’intégrité physique. Les allégations de graves blessures lors des événements récents n’ont pas été confirmées par mes enquêtes préliminaires.
La Délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion a lancé un projet de grande envergure pour arrêter le fonctionnement de certaines prisons les plus anciennes, de construire de nouvelles prisons, d' agrandir et rénover d’autres afin d’améliorer les conditions de détention. Les institutions que j’ai visitées ont fait l’objet de travaux de rénovation importants, peinture fraîche, nouvelle literie et des couvertures, et des zones d'assainissement très propres. J'espère vivement que ces améliorations resteront en place et que des améliorations seront apportées à toutes les autres prisons que je n’ai pas pu visiter. L’intégration des services de santé des prisonniers relevant du Ministère de la santé pourrait aussi contribuer à un meilleur niveau de service médical. La NCHR publiera prochainement un rapport sur la situation des prisons et des prisonniers. Cela est opportun et nécessaire et je vais prendre ce rapport ainsi que leur récent rapport sur les hôpitaux psychiatriques en considération en préparation de mes recommandations.

La surpopulation est un problème à aborder et les autorités elles-mêmes ont reconnu cela ouvertement. La population carcérale se chiffre à environ 67.000 détenus (condamnés et prévenus). Des informations chiffrées contradictoires me sont parvenues concernant la capacité totale du système pénitentiaire. Le Délégué-Général nous a dit qu’elle se situe entre 48000 et 50000, tandis que le CNDH l’évalue à 37000. Selon ces chiffres, le taux de surpopulation serait d’environ 34% et de 80% respectivement. Ces chiffres risquent de sous-estimer le taux réel de la surpopulation car ils sont basés sur le nombre de lits disponibles par rapport à la population réelle. Dans certaines prisons que j'ai visitées, les lits étaient tellement proches les uns des autres que même à pleine capacité ou un peu au-dessous, les conditions de vie seraient toujours surpeuplées. On parviendrait peut-être à une indication plus précise de la surpopulation si l’on divisait la capacité habitable totale par la population carcérale de 67000. Dans ce cas, je crois comprendre que le taux se situerait entre 1,5 et 3 mètres cube par détenu.

Tout en reconnaissant la situation difficile pour les autorités en ce qui concerne le flux de migrants en situation irrégulière, surtout dans le nord du pays, je tiens à exprimer mes craintes concernant l’augmentation de la violence par des forces envers ce groupe particulièrement vulnérable. Les actes d’agression, les violences sexuelles et d'autres formes de mauvais traitements semblent augmenter. J’exhorte les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir de nouvelles violences et d'enquêter sur les informations faisant état de violence contre les migrants sub-sahariens. Dans ce contexte, j'ai visité les cellules de détention à l’aéroport Mohammed V à Casablanca où j’ai trouvé quatre personnes détenues en provenance de l'Angola, de la Guinée et du Libéria. Toutes les quatre étaient maintenues dans des conditions décentes en attente d'expulsion.

Lors de ma visite à Laâyoune, Sahara occidental, j'ai été débordé par le grand nombre de demandes à satisfaire et les centaines de cas reçus avant et pendant ma visite de deux jours. Malheureusement je n’ai pu rendre visite qu’à un nombre limité de victimes présumées et des représentants de la société civile, mais je vais examiner chaque demande dans le détail de sorte que toute information relevant de mon mandat soit prise en compte. J’ai effectué une visite dans la prison locale et l’hôpital Moulay El Hassan Bel Mehdi à Laâyoune, ainsi que le poste de Gendarmerie à Port Laâyoune. La section de la prison réservée aux femmes et le centre psychiatrique à l'hôpital, ayant fait l’objet de travaux récents, sont dans un très bon état.
Je remercie tous les interlocuteurs pour leur engagement. Je vais présenter mon rapport au Conseil des droits de l'homme à Genève en mars 2013.
* L’expert indépendant a également rendu visité à Laâyoune, Sahara occidental, les 17 et 18 septembre 2012.