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vendredi 12 avril 2013

Association Al Manar Briser le silence du viol


Au fait Maroc, Mathieu Catinaud 

Le film d'Hind Bensari sera au coeur de cette matinée contre l'exclusion des filles marocaines violées. /DR
Le film d'Hind Bensari sera au coeur de cette matinée contre l'exclusion des filles marocaines violées. /DR Agrandir

L'association socio-culturelle Al Manar organise, ce samedi à partir de 9 heures au Complexe culturel Sidi Belyout de Casablanca, une matinée sur le sujet délicat du viol au Maroc et de l'exclusion de ces jeunes par la société. Pour ce faire, l'association emmenée par Othmane Douiri, son président, tiendra samedi matin une table ronde afin de briser le silence. Me Zahia Ammoumou, avocate au barreau de Casablanca, Souad Taoussi, Soumya Naâmane Guessous, sociologue, et Hind Bensari, réalisatrice, participeront à ce débat.

Mais l'évènement de cette matinée sera la projection du documentaire d' Hind Bensari : 475, Trêve de silence. Marocaine basée à Londres, la réalisatrice a été particulièrement touchée par l'histoire d'Amina Filali, l'an dernier. Elle a ainsi décidé de réaliser un documentaire sur le traitement des victimes de viol au Maroc. Diffusé gratuitement sur la toile, 475, Trêve de silence est disponible en 3 langues (arabe,français et anglais) pour faciliter son accessibilité.


À propos de l'association Al Manar
Cette association apporte son soutien aux jeunes Marocains à travers diverses activités : une bibliothèque, des ateliers de travail, l’organisation de conférences et de séminaires, la sensibilisation au patrimoine national, et l’organisation d’excursions. Des travaux sont également organisés au sein d’ateliers d’expression et création tout au long de l'année.
Mathieu Catinaud

jeudi 28 mars 2013

Affaire Amina :475 le film qui dénonce la condition féminine au Maroc

Il y a un an, le monde entier découvrait avec horreur le tragique destin d’Amina El-Filali. Cette jeune femme de 16 ans venait de se suicider, le 10 mars 2012, avec de la mort au rat dans son petit village près de Larache, dans le nord du Maroc. Un geste de désespoir pour échapper à une triste condition. Amina avait été contrainte de se marier quelques semaines plus tôt avec son violeur pour qu'il échappe aux poursuites.
"Lorsqu'une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte des personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée", stipule ainsi l'article 475 du code pénal marocain.

L’engagement d’un jeune cinéaste
Ce drame a profondément choqué la société marocaine. Le réalisateur marocain Nadir Bouhmouch, étudiant en cinéma dans une université américaine, a lui aussi été bouleversé par cette histoire. Après avoir réalisé en 2011 un premier film sur les manifestations du Mouvement du 20-Février ("My Makhzen and Me"), il a choisi de revenir sur l’affaire Amina dans un nouveau documentaire intitulé "475 : Quand le mariage devient châtiment". "Je ne savais pas qu’une telle loi existait au Maroc. Malgré tous mes engagements en matière de démocratie et de droits de l’Homme, je n’avais jamais pensé aux droits des femmes au Maroc. Amina El-Filali a été comme un électrochoc", raconte le jeune cinéaste de 22 ans à FRANCE 24.
Sans aucune autorisation de tournage et armé de sa seule caméra, Nadir Bouhmouch est retourné pendant quelques semaines dans son pays natal pour comprendre les racines de cette tragédie : "En tournant notre film, nous avons réalisé que cette histoire était différente de celle montrée par les médias occidentaux. Nous avons voulu montrer que le Maroc n’est pas seulement constitué de femmes victimes et d’hommes violeurs".
Un système patriarcal
Là où les grandes chaînes de télévision comme Al-Jazeera, TF1 ou CNN se sont focalisées sur le code pénal et ses conséquences désastreuses, le jeune réalisateur dresse un tableau plus profond de la société marocaine. "La loi 475 n’est pas la source du problème, il s’agit plutôt du système patriarcal. Les médias ont eu une approche simpliste. Ils ont semblé occulter plusieurs éléments, notamment le fait qu’Amina n’a pas été forcée de l’épouser, mais qu’elle l’a choisi de le faire à cause du système patriarcal", souligne Nadir Bouhmouch.
En se rendant dans le village de la victime, l’équipe du film a ainsi compris que la jeune femme avait tout simplement suivi l’avis de ses parents. "Ils voulaient la marier pour sauver leur propre honneur alors que les médias les ont présentés comme des victimes qui pleuraient leur fille et qui critiquaient la loi. C’est totalement faux." Plus grave encore, le cinéaste a découvert que le père d’Amina avait lui-même abusé de Chouâa, sa seconde épouse. Un viol également déguisé en mariage.
"Il est important de montrer que, dans une seule famille, il y a deux cas de viols. Quand Benkirane [le Premier ministre marocain,NDLR] parle de seulement 550 cas dans tout le pays, on est très loin de vérité", constate amèrement le réalisateur qui, après le tournage, a aidé Chouâa à quitter le domicile conjugal et demandé de l'aide auprès de l'Association marocaine des droits de l'Homme.

Le réalisateur Nadir Bouhmouch lors du tournage du documentaire
Une œuvre militante et pédagogique

Pour dénoncer la condition féminine au Maroc, Nadir Bouhmouch a choisi de diffuser gratuitement son film sur Internet. Des projections et des débats sont également organisés un peu partout dans le monde grâce au relais de plusieurs associations. Pour le jeune homme, le cinéma est une action militante et une forme de "désobéissance civile".
Son documentaire n’a pas pour objectif de faire changer l'article 475 (son abrogation est d'ailleurs soutenue par le gouvernement marocain). Il préfère contribuer à faire évoluer les mentalités : "Le premier pas pour nous libérer de ce système patriarcal, c’est de le reconnaître et d’enseigner aux futures générations combien il est mauvais. Il est difficile pour les autorités et pour la plupart des Marocains de s’en débarrasser car, très souvent, il nous a été transmis par notre famille".

 http://www.france24.com/fr/20130327-affaire-amina-el-filali-mariage-force-viol-violences-femmes-chatiment-nadir-bouhmouch
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Drame. Une nouvelle Amina Filali meurt sous les coups de son mari-violeur. 
 Le 2 MINUTES, 1/4/2013
 
Une jeune fille de 17 ans est morte sous les coups de son mari, à Meknès, rapporte vendredi 29 mars, l’association Touche pas à mon enfant, selon EFE. Comme Amina Filali, dont l’histoire avait ému tout le Maroc et la communauté internationale, il y a un an exactement, la jeune femme avait été mariée à l’homme qui l’avait violée. Elle était la mère d’une petite fille. 

Des histoires comme celles-ci le Maroc en compte beaucoup. En mai l’an dernier, la même association dénonçait la situation dans laquelle était contrainte de vivre Safae violée, mariée à son violeur, mère d’une petite fille et abandonnée par son mari. L’histoire d’Amina Filali a mené le gouvernement marocain à décidé de la suppression du fameux article 475 du Code pénal qui autorise le mariage de la victime à son violeur. Pour l’heure cette suppression n’a pas encore été actée au niveau du parlement.

lundi 25 février 2013

"475 Quand le mariage devient un châtiment"

 
 





  • Je viens de finir le film "475" réalisé par une équipe de jeunes activistes passionnés de cinéma. J'ai envie de dire Bravo à Nadir Bouhmouch Montasser Drissi Youness Belghazi @Houda lemqadem et à tous ceux qui ont participé au projet Mamfakinch Association Marocaine ds Droits Humains @Omar Benjelloun etc.
  • A VOIR ABSOLUMENT : ce film réalisé par Nadir Bouhmouch. Un hommage à Amina Filali, Fadwa Laaroui, et toutes les femmes au Maroc. Amina Filali est cette jeune femme obligée de se marier avec son violeur. Suite à cela et au laxisme et l'hypocrise des poiticiens et des lois qu'ils refusent de changer pour que change la condition des femmes, Amina s'est suicidée.

mercredi 6 février 2013

Human Rights Watch critique le soutien de l’Occident à la monarchie marocaine

Human Rights Watch critique le soutien de l'Occident à la monarchie marocaine

Dans son rapport pour l’année 2012, l’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch estime que la situation des droits humains au Maroc présente un bilan mitigé.

Dès le début du rapport, l’ONG critique le soutien de l’Occident au Maroc et à sa monarchie : "On parle beaucoup des modestes réformes adoptées par le Maroc au lieu de pousser sa monarchie à aller plus loin. Le message envoyé est que l’Occident est disposé à tolérer les autocrates arabes qui appuient les intérêts occidentaux et qu’il ne suivra le train des réformes que lorsque celui-ci sera sur le point d’arriver à destination".
 
Ensuite, l’ONG internationale revient sur la répression policière de manifestations et les "procès injustes" de leurs instigateurs, la liberté de la presse et la liberté d’expression souvent bafouées. En exemple, HRW cite les procès politiques du journaliste Rachid Nini, du responsable de l’AMDH Seddik Kebbouri, et du rappeur Mouad Belghouat allias Lhaqed.
Les abus policiers contre les subsahariens, l’agression du député Abdessamad Idrissi, le suicide d’Amina Filali, le retrait de l’accréditation du journaliste AFP Omar Brousky et le travail d’enfants sont également pointés du doigt.
Plus positif, HRW note que les autorités marocaines ont autorisé la visite en septembre dernier, du rapporteur spécial de l’ONU sur la torture au Maroc et au Sahara.
Human Rights Watch relate dans son 23e rapport, plusieurs autres évènements survenus au Maroc en 2012, avec un peu plus de négatif que de positif...

 http://www.bladi.net/hrw-critique-monarchie-marocaine.html
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En illustration du rapport : 
Par Greta Alegre, 6/2/2013
Vous ne trouvez pas cela bizarre vous ? Ces métallos venant de Belgique et de France en bus, sont arrêtés et fouillés un par un 1 heure avant d'arriver à Strasbourg. Ca commençait bien. Arrivés à Strasbourg où ils venaient, non pour manifester violemment, mais pour faire savoir au Parlement qui siégeait à ce moment leurs propositions et revendications concernant les pôles industriels en Europe. LEGITIME NON ? Eh bien on les reçoit avec des lacrymos, des matraques etc... Il y a vraiment quelque chose qui ne va plus dans nos pays "soi-disant démocratiques ".
Aujourd'hui à Strasbourg : par terre, Greg, métallo d' ArcelorMittal à Florange.
Aujourd'hui à Strasbourg : par terre, Greg, métallo d' ArcelorMittal à Florange.

mardi 22 janvier 2013

Le gouvernement marocain fait un pas vers l'abrogation d'une loi décriée sur le viol




Le Monde.fr avec AFP 21/1/2013

Manifestation le 17 mars 2012 à Rabat pour dénoncer la mort d'Amina Filali. La jeune femme s'était suicidée après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée

Le gouvernement islamiste du Maroc a apporté lundi son soutien à une proposition de loi visant à abroger un article du code pénal permettant à un homme coupable de viol sur mineure d'échapper à la prison s'il épouse sa victime, une mesure très attendue au sein de la société civile. Selon l'article 475 du code pénal, le viol est puni de plusieurs années de prison, à moins que la victime et son agresseur se marient. Le suicide, en mars 2012, d'Amina Filali, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, avait toutefois fait l'effet d'un électrochoc et les appels à l'abrogation de cet article s'étaient multipliés.

Lundi, le ministère de la justice a annoncé dans un communiqué qu'il soutenait une proposition de loi de membres de la chambre des conseillers (chambre haute) prévoyant la suppression de l'alinéa qui accorde au violeur la possibilité d'épouser sa victime en vue d'éviter sa condamnation. A ce stade, il faut encore que la proposition soit notamment adoptée par les deux chambres, des conseillers et des représentants (députés).
Dans son texte, le ministère de la justice se dit également prêt à aller plus loin que la seule suppression de l'alinéa décrié, en durcissant notamment les peines encourues (jusqu'à 30 ans de prison, contre cinq ans actuellement).
"NOUS NE POUVONS PAS IGNORER CE DRAME"
A l'époque du suicide d'Amina Filali, adolescente âgée de 16 ans, la ministre de la solidarité, de la femme et de la famille, Bassima Hakkaoui, unique femme membre du gouvernement de l'islamiste Abdelilah Benkirane, avait reconnu un "vrai problème" et préconisé un "débat pour réformer cette loi". "Nous ne pouvons ignorer ce drame. Il faut étudier la situation de manière approfondie avec la possibilité d'aggraver les peines dans le cadre d'une réforme de l'article" 475 du code pénal, avait de son côté déclaré le porte-parole du gouvernement, Mustapha El-Khalfi.
Cette affaire avait été révélatrice des contradictions de la société marocaine, alors que la Constitution adoptée en juillet 2011 dans le contexte du Printemps arabe prévoit l'égalité des sexes et bannit "toute discrimination".


samedi 12 janvier 2013

Scandale ! Le PJD rejette une proposition de loi criminalisant tout rapport sexuel avec les mineures

 

Le PJD a eu le dernier mot au parlement. Mardi soir, il a fait montre de son autorité en rejetant un amendement présenté par l’USFP visant à protéger les filles mineures de viol ou d’actes sexuels.
Au Maroc, les violeurs de filles mineures sont, et jusqu’à nouvel ordre, protégés par la loi à condition de se marier avec leurs victimes. Les députés en ont, ainsi, décidé. Les « élus de la nation » ont fait la sourde oreille aux demandes exprimées par la société civile, au lendemain du suicide d’Amina Filali, mars dernier, d’abroger l’article 475 du code pénal.
Mardi soir à la commission de la Justice à la Chambre des représentants, une forte coalition conduite par les islamistes du PJD, dont le nombre est de 15 sur 30, a rejeté à une majorité écrasante, 12 contre, 3 pour et une seule abstention, une proposition d’amendement présentée par le groupe de l’USFP tendant à criminaliser tout rapport sexuel avec une mineure même si elle est consentante. Les socialistes souhaitaient le mettre au même rang que le viol.

 L’USFP compte actualiser sa proposition
Dans des déclarations à Yabiladi.com, la députée USFPiste Rachida Benmesaoud assure que l’initiative de son groupe parlementaire « est parfaitement en phase avec la dynamique créée par l’adoption de la constitution du 1er juillet 2011, accordant, d’une part, à l’opposition un rôle très important et d’autre part en insistant sur la présentation chaque mois d’une proposition de loi par les députés ». Et d’ajouter que l’amendement des socialistes « vise essentiellement à protéger les filles mineures contre toute atteinte à leur dignité. Malheureusement, les parlementaires avaient une autre opinion ».

A notre question de savoir si l’USFP compterait soumettre, de nouveau, sa proposition au vote, Mme Rachida Benmesaoud n’écarte pas cette possibilité à condition de « l’actualiser ». Outre, l’article 475 du code pénal, les socialistes ont dans le viseur le Code de la famille. Ils veulent introduire des amendements sur la Moudawana de 2004, annonce la députée.

L’opposition en rangs dispersés
Ce rejet atteste, encore une fois, de la division des partis de l’opposition au sein de la Chambre des représentants. Même si la constitution, dans son article 10, lui garantit « un statut lui conférant des droits à même de lui permettre de s’acquitter convenablement de ses missions afférentes au travail parlementaire et à la vie politique » et lui assure "la présidence de la commission de la justice", elle n’est pas parvenue à imposer un amendement, et non l’abrogation comme le réclame les associations féminines, d’un article si décrié comme l’est le 475 du Code pénal.

http://www.yabiladi.com/articles/details/14857/maroc-rejette-proposition-criminalisant-tout.html

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Najat Aadil: «Nous ne lâcherons pas l'affaire jusqu’à l’abrogation de la loi marocaine sur le viol des mineures»

Entrevue par , Rédacteur en chef adjoint, membre de Tolerance.ca®, 26/3/2012
L’enseignante Najat Aadil est membre notamment du mouvement international Soroptimist qui œuvre à l’intégration professionnelle et sociale des femmes. Le suicide de l’adolescente Amina Al Filali en mois de mars a eu l’effet d’un électrochoc sur la société marocaine. 
 

Pour pousser à l’abrogation de l’article 475 du Code pénal qui avait permis à son violeur de la marier pour échapper à la réclusion ferme, un groupe, ''La marche des femmes libres'', s’est constitué sur Facebook, autour de la féministe Najiba Berrada, et a organisé, le 25 mars, un sit-in à Casablanca. Mme Aadil est son porte-parole. C’est à ce titre que nous nous sommes entretenu avec elle à ce propos. Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca ®.

Tolérance.ca: Quelle est la raison qui vous a poussée à lancer ''La marche des femmes libres''?
Najat Aadil: C'est devant ce drame choquant du suicide de la jeune Amina Al Filali qui a eu lieu le 10 mars 2012 qu'on a eu l'idée de protester contre cette loi indigne.
Cette mineure issue d'une famille modeste à Larache a été violée et mariée de force à son prédateur. Ce mariage qui a été approuvé par un tribunal conformément à l'article 475 du Code pénal qui stipule que «Quiconque, sans violences, menaces ou fraude, enlève ou détourne, ou tente d’enlever ou de détourner un mineur de moins de 18 ans, est puni de l’emprisonnement d’un à 5 ans et d’une amende de 120 à 500 dirhams (Alinéa 1). Lorsqu’une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi qu’à la suite de la plainte des personnes ayant qualité pour demander l’annulation du mariage et ne peut être condamné qu’après que cette annulation du mariage a été prononcée (Alinéa 2)».
Si Amina est décédée aujourd'hui, c'est parce que la loi marocaine en vigueur a autorisé la cessation de toute poursuite contre son violeur qui l’a épousé (Art. 475). Sans oublier une disposition du Code de la famille (article 20) qui autorise le juge à marier les mineurs sous certaines conditions.

Tolérance.ca: En quoi consiste votre démarche de protestation contre cette loi autorisant le mariage d’une mineure avec son violeur?
Najat Aadil: Le décès d'Amina a provoqué une grande émotion au sein de la population et une indignation de la part des associations qui demandent l'abrogation de ces lois qui continuent à dénier toute humanité aux femmes; et poussent beaucoup d'entre elles au désespoir et par conséquent au suicide comme l'illustre le cas d’Amina.
Si nous avons appelé à un sit-in dimanche dernier, c'était pour exprimer notre colère envers une loi qui ne concorde pas avec les revendications féminines. C’est aussi notre manière de dire non à la fois à l'article 475 du Code pénal marocain et à l'article 20 du Code de la famille. Sans oublier le fait de manifester notre indignation envers ces pratiques législatives qui ne respectent nullement les droits de la femme marocaine.

Tolérance.ca: Quel est l’objectif de ''La marche des femmes libres''?
Najat Aadil: Nous cherchons à court terme à pousser les législateurs du pays à abroger ces deux articles et, à moyen ou long termes, à mobiliser tous les organismes concernés par cette question pour arriver enfin à faire en sorte que la culture de l’institution judiciaire répudie la misogynie qui continue de l’imprégner à ce jour.
Nous dénonçons la loi sur le viol et nous lançons, à cette occasion, un appel aux autorités concernées pour qu’elles révisent le Code pénal et se penchent également sur les dispositions du code de la famille.
Nous voulons une justice équitable envers les femmes.
Tolérance.ca: Quel est l’état réel de la situation de la violence contre les femmes au Maroc?
Najat Aadil: La violence à l'égard des femmes et des filles imprègne l’ensemble du tissu social. En ville comme en campagne! Avec la particularité de croître significativement dans les grandes villes. Ces violences sont diverses: psychologique, physique, sexuelle et légale. À ce chapitre, les violences conjugales arrivent en tête.
La violence contre les femmes au Maroc représente le plus grand scandale de notre époque en matière de droits humains. De la naissance à la mort, en temps de paix comme en temps de guerre, les femmes sont confrontées à la discrimination et à la violence dont se rendent coupables l’État, la société ou la famille.
Chaque année, des centaines de femmes sont violées par leur compagnon, un proche, un ami ou un inconnu, par leur employeur ou un collègue. La violence au sein de la famille est un phénomène endémique. La très grande majorité des victimes sont des femmes et des filles.
Tolérance.ca: Pensez-vous qu’on va, à court terme, assister à l’abrogation de l’article 475 que les féministes marocaines décrivent (et décrient) comme étant à l’origine du suicide d’Amina Al Filali?
Najat Aadil: Absolument! Nous avons un grand espoir de voir cette loi abrogée. D’ailleurs, nous avons déjà eu la belle surprise de constater l'impact qu'a eu l’action de notre groupe au pays. Mais l’action de notre mouvement ne s’arrêtera pas là. C’est pourquoi nous envisageons dans le cadre de notre stratégie d’entreprendre d’autres démarches. Avec comme mot d'ordre ici: la sensibilisation à grande échelle.
Tolérance.ca: Comment s’est passé votre sit-in? Étiez-vous nombreux? Cela s’était déroulé comme vous l’espériez?


Najat Aadil: Le dimanche 25 mars 2012, à 15 heures, différents acteurs étaient présents à Place Mohammed-V. De nombreuses femmes, de nombreuses associations, ainsi que des citoyens de différents âges et catégories sociales. Ils étaient tous là en mémoire d'Amina Al Filali et en signe de soutien à toutes les autres victimes d'une loi inique qui facilite, de facto, la prédation sexuelle. Sans crainte ni limite!
Ont pris également part à ce sit-in de nombreux hommes. Cette participation très appréciée a montré que de nombreux hommes marocains veulent eux aussi que l’on abroge ces lois misogynes. Il fallait les voir, tous fiers, crier, de toutes leurs forces: ''on veut le changement de la loi'', ''on veut l'égalité'', ''on veut que la femme soit protégée,'' etc.
Ce sit-in a été un franc succès. On y est arrivés grâce à l’œuvre collective de l'équipe organisatrice et à la collaboration, bon enfant, des personnes participantes.
Cela dit, qu’on ne fasse pas l’erreur, en face, de croire que nous allons rentrer chez nous et passer à autre chose... Tant et aussi longtemps que cette loi inique reste en vigueur, nous ne lâcherons pas l'affaire. Nous le devons à la mémoire d’Amina Al Filali et à toutes les Amina passées et à venir. Le changement n’est pas une option parmi d’autres. C’est la seule option acceptable. D’ici là, nous continuerons notre travail d’éducation du peuple et de sa mobilisation. Notre pression sur le gouvernement et sur les instances politiques et législatives ira donc crescendo…
Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Tolerance.ca®.