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mardi 22 janvier 2013

Le gouvernement marocain fait un pas vers l'abrogation d'une loi décriée sur le viol




Le Monde.fr avec AFP 21/1/2013

Manifestation le 17 mars 2012 à Rabat pour dénoncer la mort d'Amina Filali. La jeune femme s'était suicidée après avoir été contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée

Le gouvernement islamiste du Maroc a apporté lundi son soutien à une proposition de loi visant à abroger un article du code pénal permettant à un homme coupable de viol sur mineure d'échapper à la prison s'il épouse sa victime, une mesure très attendue au sein de la société civile. Selon l'article 475 du code pénal, le viol est puni de plusieurs années de prison, à moins que la victime et son agresseur se marient. Le suicide, en mars 2012, d'Amina Filali, contrainte d'épouser l'homme qui l'avait violée, avait toutefois fait l'effet d'un électrochoc et les appels à l'abrogation de cet article s'étaient multipliés.

Lundi, le ministère de la justice a annoncé dans un communiqué qu'il soutenait une proposition de loi de membres de la chambre des conseillers (chambre haute) prévoyant la suppression de l'alinéa qui accorde au violeur la possibilité d'épouser sa victime en vue d'éviter sa condamnation. A ce stade, il faut encore que la proposition soit notamment adoptée par les deux chambres, des conseillers et des représentants (députés).
Dans son texte, le ministère de la justice se dit également prêt à aller plus loin que la seule suppression de l'alinéa décrié, en durcissant notamment les peines encourues (jusqu'à 30 ans de prison, contre cinq ans actuellement).
"NOUS NE POUVONS PAS IGNORER CE DRAME"
A l'époque du suicide d'Amina Filali, adolescente âgée de 16 ans, la ministre de la solidarité, de la femme et de la famille, Bassima Hakkaoui, unique femme membre du gouvernement de l'islamiste Abdelilah Benkirane, avait reconnu un "vrai problème" et préconisé un "débat pour réformer cette loi". "Nous ne pouvons ignorer ce drame. Il faut étudier la situation de manière approfondie avec la possibilité d'aggraver les peines dans le cadre d'une réforme de l'article" 475 du code pénal, avait de son côté déclaré le porte-parole du gouvernement, Mustapha El-Khalfi.
Cette affaire avait été révélatrice des contradictions de la société marocaine, alors que la Constitution adoptée en juillet 2011 dans le contexte du Printemps arabe prévoit l'égalité des sexes et bannit "toute discrimination".


samedi 31 mars 2012

Asmaa Kastit, histoire d'une nouvelle victime de viol et de mariage forcé


Par Houda Belabd, Yabiladi, 30/3/2012
Au Maroc, le triste scénario des mineures violées ne s’est pas encore achevé. Suite à l’affaire Amina Filali qui a ému le Maroc mais aussi la société civile internationale, une autre adolescente vient de se suicider. Motif : elle ne supportait plus « la honte » causée par son violeur et pour ne pas avoir à l’épouser, sous la pression de sa famille. 
/DR. Un suicide risque d'en cacher un autre...

A l’instar d’Amina Filali, Asmaa Kastit est une jeune adolescente marocaine qui vient de se donner la mort après avoir été violée. Originaire de la commune rurale de Béni Ammar (Chaouen), la mineure de 16 ans n’a pas pu supporter la pression que sa famille lui a mise, pour l’obliger à épouser son violeur. Marocain résident en Espagne, l’auteur du viol, âgé de 39 ans est le beau-frère de la sœur d’Asmaa. Celui-ci, après avoir assouvi ses désirs sexuels a disparu de la circulation.

Cette fois-ci, la société civile marocaine tire littéralement la sonnette d’alarme face à l’archaïsme des lois marocaines en matière de viol et violences féminines. « Nous sommes devant une réalité amère. Au Maroc, les lois en vigueur ne protègent pas réellement les mineures violées », lance d’emblée Najia Adib, présidente de l’association de lutte contre le viol de mineurs et la pédophilie, Ne touche pas à mes enfants. « L’amendement de l’article 475 du code pénal et les articles 20 et 21 du code de la Famille s’avère être une urgence de premier ordre », ajoute la militante.

Selon ses mots, la commune rurale de Béni Ammar reste une zone conservatrice où les habitants taxent d’indécence les familles des filles violées. De ce fait, les mentalités ultraconservatrices n’aident pas le gouvernement à abroger les lois mises à l’index. « Je ne crois pas que le gouvernement compte, dans un avenir proche, mettre un terme aux lois archaïques marocaines. Il faudra que la société civile internationale nous aide dans ce sens, car les mentalités des régions conservatrices du Maroc profond ne changeront pas la situation des violées d’un iota. Néanmoins, il a fallu que ces zones soient les premières victimes du fléau. L’affaire d’Asmaa n’est pas moins importante que celle d’Amina, ni moins sensible que les cas non-déclarés de viols et mariages forcés pratiqués sur des mineures marocaines », développe Najia Adib.

Bassima Hakkaoui sur la défensive
Lors de son dernier point de presse relatif à ce dossier, Bassima Hakkaoui, ministre marocaine de la Femme, la famille, la solidarité et du développement social a déclaré que l’amendement des lois incriminées ne se fera pas du jour au lendemain. « Les mariages des mineures ne sont pas toujours forcés. Parfois les juges se soumettent à la volonté des familles des mariés. Surtout s’il s’agit d’une affaire de viol », entrevoit-elle, avant d’ajouter : « Le suicide des mineures violées est certainement une affaire alarmante ». Aussi, mentionne-t-elle que le contexte culturel marocain nécessite la réflexion de toute la société marocaine, avant de réclamer l’abrogation des textes de lois qui en gênent plus d’un.