
Dans son rapport officiel, « baromètre » annuel du racisme en France, la CNCDH s'inquiète en premier lieu d'un « revirement de tendance » enregistré en 2009. Alors que les manifestations racistes et xénophobes semblaient en recul ces dernières années, elles avaient déjà augmenté en 2008 (avec 467 actes recensés contre 321 en 2007), et elles ont connu une « flambée » en 2009 : 1.026 actes de racisme et de xénophobie ont été enregistrés par les services du ministère de l'Intérieur. Un deuxième constat fait apparaître également une augmentation des actes violents à l'égard des personnes. « La violence reste à un niveau très élevé de gravité, une triste caractéristique de la situation française », analyse Marc Leyengerger, rapporteur de la CNCDH.

Reste que, comme les année précédentes, « les membres de la communauté maghrébine sont les plus touchés » à la fois par les menaces et les actes de violence à caractère raciste, note le rapport. Et c'est surtout la religion musulmane, et ses pratiques, qui suscite une méfiance croissante en France.
Propos politiques « insupportables »
En plus de ce sombre constat, la CNCDH exprime une inquiétude : que la crise économique ait un impact sur le "vivre ensemble". Marc Leyengerger se fait l'écho de cette crainte : « les immigrés redeviennent le bouc émissaire, ou du moins le réceptacle du malaise social ». L'attitude générale des Français à l'égard du racisme reste paradoxale, remarque par ailleurs le rapport, qui outre les statistiques gouvernementales s'appuie sur un sondage annuel. Et si en 2009 la majorité des personnes interrogées (54%) se déclarent « pas racistes du tout », le même sondage fait apparaître une certaine acceptation des attitudes intolérantes. Ainsi, les deux tiers des sondés estiment que « certains comportements peuvent parfois expliquer des réactions racistes ».
Les auteurs du rapport n'occultent pas les dérives qu'ont impliqué les récents débats nationaux, sur le voile intégral ou sur l'identité nationale. Sans aller jusqu'à donner des noms, Marc Leyengerger dénonce des discours politiques et médiatiques « à l'origine de nouvelles haines ». Et pointe du doigt « des propos insupportables tenus par des responsables politiques, des dérives dans le langage ». Tout en soulignant que cette « montée des expressions racistes » se retrouve à l'échelle européenne.
Mener « une politique cohérente », et non « jouer les pompiers »
Pourtant, la CNCDH note que des efforts importants ont été accomplis en France, tant par les associations que par le pouvoir politique. Mais celui-ci a encore nombre de lacunes à combler, qui suscitent de la part de la CNCDH une vingtaine de recommandations au gouvernement et aux ministères. Plusieurs de ces derniers, d'ailleurs, n'ont pas répondu aux demandes d'information de la Commission.
En tout premier lieu, la CNCDH appelle à réactiver le Comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, instance mise en place sous le gouvernement Raffarin mais dont la dernière réunion remonte au 16 janvier 2009. Or, souligne Marc Leyengerger, « il ne s'agit pas de jouer les pompiers pour éteindre le feu quand il y a des actes graves, il s'agit de mettre en oeuvre une politique cohérente et globale ».
Pour cela, « la réponse pénale et son renforcement sont nécessaires », mais pas suffisants. D'autant que les victimes d'actes racistes hésitent encore à porter plainte, et que l'augmentation du nombre de condamnations ne semble pas avoir endigué celle des passages à l'acte. Pour lutter contre le racisme, « il faut travailler bien en amont », répète Marc Leyengerger. Et pour cela, « une stratégie politique spécifique et concertée » pour lutter contre les préjugés et les stéréotypes fait encore défaut, souligne la CNCDH qui appelle à un « plan national d'action ».
Ces appels seront-ils entendus ? La CNCDH a beau être un organisme officiel, il n'est - son nom même le rappelle - que « consultatif ». Et ses avis résonnent souvent dans le vide. On a déjà pu l'observer à deux reprises depuis le début de l'année 2010 : elle a rendu un avis défavorable à une loi générale contre le port du voile intégral, et un autre appelant à ne pas diluer dans le futur « Défenseur des droits » les autorités du Contrôleur général des lieux de détention et du Défenseur des enfants. Deux prises de position totalement ignorées.
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