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samedi 17 mai 2014

Prisonniers M20F du6 avril : Prochaine audience le 13 mai



Campagne pour la libération de tous les détenus politiques au Maroc: #FreeKoulchi 
 
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Le 6 Avril 2014 avait lieu une “marche nationale de protestation et de défense du pouvoir d'achat, de la dignité, de la liberté et de la justice sociale” à Casablanca, à l'appel des principales centrales syndicales (CDT, UMT, FDT) et à laquelle participèrent plus d'une dizaine de milliers de personnes. 
Ce jour là, 11 participants furent ciblés et battus de l'intérieur de la manifestation, avant d'être emprisonnés par les policiers. Ayoub Boudad, Hakkim Serroukh, Hamza Haddi, Mostafa Aarass, Mohamed Alharaq, Youssef Bouhlal, Amine Lekbabi et Fouad Elbaz, sont tous membres du mouvement du 20 février, de l'UECSE ou de l'UNEM. 
Ils rejoignent les centaines de détenus politiques et d'opinion marocains depuis le 20 Février 2011. Ils sont poursuivis pour “violence envers un agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions” et “participation et organisation d’une manifestation non déclarée”. Alors que neuf sont en état d'arrestation, deux sont en liberté provisoire. 5 policiers ont déclaré avoir été blessés par les manifestants et ont présenter des certificats médicaux à la justice. La manifestation, elle, était bien autorisée. Les centrales syndicales ont d'ailleurs réagi à l'arrestation des jeunes militants, allant jusqu'à menacer le gouvernement d'interrompre le dialogue social et ont transmis une lettre de protestation au juge en charge de l’affaire.

La mobilisation pour la libération de ces jeunes détenus politiques a connu une importante dynamique. Le mouvement du 20 février a organiser de nombreux sit in dont 3 devant le parlement à Rabat. L'UECSE a organisé 3 flashmobs à Rabat, Casablanca et Mohammedia. Les hashtags utilisés sont #FreeKoulchi (libérez les tous) et #FreeSimpson, surnom d’un des détenus politiques concernés, Ayoub Boudad, devenu un réel symbole de la détention politique au Maroc et dont les soutiens déferlent lors des manifestations organisées munis de masques et de symboles liés à Bart Simpson.

Vidéo Youtube du flashmob #FreeKoulchi à Casablanca


La cause des détenus politiques à été relayée avec vigueur par les réseaux sociaux.

Les audiences, ont été des moments forts de mobilisation. Elles ont eut lieu le 15, 22, 29 Avril ainsi que le 6 Mai.  La prochaine est prévue pour le 13 Mai au tribunal de Ain Sbaâ. La détention arbitraire, les chefs d'inculpation pré-fabriqués, la brutalité policière lors de l'arrestation puis les conditions de détention et le refus de leur accorder la liberté provisoire ont poussé les détenus politiques à entrer dans une grève de la faim.
Les soutiens des détenus politiques, dont l'AMDH, affirment que la vraie raison de l'arrestation de ces militants est leur appartenance au mouvement du 20 février, est le fait qu'ils aient scandé des slogans contre le régime. Ce procès n'est en réalité qu'une pièce d'une série de procès et détention politiques orchestrés par le régime en place pour mettre à genoux le mouvement du 20 février, le mouvement étudiant ainsi que tout individu ou organisation menaçant les intérêts du pouvoir en place.
Regardez la vidéo réalisée par l'UECSE et rencontrez la famille et les amis de Ayoub Boudad, Alias Simpson, un des détenus politiques de la manifestation du 6 Avril:
Vous pouvez signer ici la pétition pour la libération des détenus politiques au Maroc.  


Liberté prisonniers politiques du M20F

Maroc : condamné, en danger de mort, pour avoir offensé Mohammed VI














par Enoch El Fassi, 16/7/2013-revu 10/5/2014






                               Le Roi Mohammed VI et son frère le prince Moulay Rachid

Que devient Abdessamad Haydour, cet étudiant marocain condamné à trois ans de prison ferme pour « offense au Roi » ? Il a déjà purgé la moitié de sa peine. Human Rights Watch réclame sa libération.

Abdessamad Haydour
Abdessamad Haydour
Déjà un an et cinq mois qu’Abdessamad Haydour, étudiant marocain de 24 ans, fait les 200 pas dans sa cellule à la prison de Taza, au nord du Maroc. Sauf que depuis quelques temps, c’est entre la prison et l’hôpital de Taza que le prisonnier politique fait ses va et vient. Suite à la grève de la faim entamée il y a plusieurs mois, pour dénoncer sa condamnation pour « insulte » au Roi Mohammed VI, le jeune étudiant est, à l’instar de plusieurs autres prisonniers politiques, dans une situation critique que l’on pourrait assimiler à un couloir de la mort. Sa vie pourrait en effet être en danger. Human Rights Watch (HRW) a appelé ce mardi à la libération d’Abdessamad Haydour. « L’Association marocaine des Droits Humains (AMDH) sortira un nouveau rapport la semaine prochaine, sur la situation des Droits de l’Homme au Maroc et sur le nombre de détenus politiques », a précisé Khadija Ryadi, ex-présidente et membre de l’AMDH.

Taza l’énervée
Rappelez-vous, c’était en 2012, des manifestations d’une violence sans précédent s’étaient emparées de la ville de Taza, au nord du Maroc, pour dénoncer l’oppression, le chômage et la pauvreté. Ces évènements témoignaient d’un malaise social profond et d’un désespoir social des jeunes diplômés sans emploi.
Un soir, Abdessamad Haydour se met à converser dans la rue pour exposer son point de vue sur la situation politique et économique du Maroc. Il s’agissait d’une simple conversation entre jeunes, qui n’avait pas pour objectif d’être exportée sur internet, si l’un des jeunes qui filmait n’avait pas publié en ligne la vidéo.
Abdessamad Haydour paie aujourd’hui les pots cassés de son franc-parler. Jugé lundi 13 février 2012 par le tribunal de première instance de Taza pour « insultes à la personne du roi », Abdessamad Haydour a écopé de trois ans de prison ferme. Et il n’est pas le seul à avoir été réprimé pour ces mêmes motifs.

« Mohammed VI, le dictateur, l’assassin... »
Ce qu’a dit Abdessamad :
« Pourquoi nous vivons dans la pauvreté ? Parce que le colonisateur dont le représentant à Rabat est Mohammed VI, le dictateur, l’assassin et le tueur, et que chacun le traite comme il le veut… tout qualificatif conviendrait à ce chien et aux chiens qui l’entourent.
On n’installe pas à la tête de l’Etat un sioniste de Tel Aviv, on en choisit un de chez nous. Il est installé dans ses palais, il organise des fêtes et il fait ce qu’il veut.
Quant à ce chien de peuple, il peut crever de faim. Comme le dit le dicton de chez nous : “Si tu affames ton chien, il te suivra toujours !” Mais, il ne faut pas que le pouvoir oublie que tant que le chien n’aura pas mangé, il ne lâchera pas prise. C’est aussi simple que ça. Et, inch’Allah, qu’il le veuille ou non, le chien aura sa pitance un jour. »

Le roi sacré
L’affaire pose la question fondamentale de la « la sacralité du roi ». Elle est la revendication essentielle du Mouvement du 20 février (M20F), l’abrogation de l’article 19 qui octroie les pleins pouvoirs au souverain. La condamnation d’Abdessamad Haydour, et de dizaines d’autres Marocains arrêtés pour les mêmes motifs, rappelle les années de plomb d’Hassan II, lorsque ses opposants étaient emprisonnés sans procès, la plupart du temps dans des prisons secrètes.
Deux ans après l'adoption de  la nouvelle Constitution marocaine censée consacrer la liberté d’expression, « le Maroc devrait abolir les lois répressives qui ont permis de mettre cet étudiant en prison », estime HRW dans un communiqué. « L’attaque de Haydour contre le roi peut paraître grossière et irrespectueuse à certaines personnes, mais tant qu’il est en prison pour s’être exprimé ainsi, aucun Marocain ne jouit vraiment du droit de parler librement du roi », ajoute le communiqué. Les amis du M20F à l’étranger rappellent que « Nul n’est sacré, si ce n’est l’intérêt général du peuple ».

De nouvelles manifestations ?
Au plus fort de la contestation dans les pays arabo-berbères-musulmans, le Maroc a vu des millions de personnes descendre dans les rues. Un moment historique qui a donné suite à des élections anticipées et à l’adoption d’une nouvelle Constitution qui, visiblement ne semble toujours pas respecter la démocratie et la liberté d’expression comme le prouve l’arrestation de jeunes militants. Ce n’est pas une Constitution, mais « de la poudre aux yeux », pour le M20F.
Un message qui sonne comme une double piqûre de rappel : « Le Maroc n’est pas à l’abri d’une nouvelle vague de contestation comme en témoignent les évènements en Egypte, affirme Hamid, membre du M20F. Les Marocains sont au bord de descendre de nouveau dans la rue, étant donné la situation qui ne change pas, mais qui empire. Et cette fois, la population ne sera pas aussi calme et patiente que la première fois », prévient le jeune militant, sûr de lui. A suivre…

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Le Maroc ne respecte pas la liberté de manifester

  • Par : Louis Witter, 13/5/2014
Le Maroc ne respecte pas la liberté de manifester
Crédit photo : Rachid Tniouni pour TelQuel
Dans un rapport sur la liberté de rassemblement et de manifestation, le Maroc a été fustigé par le Réseau Euro Méditerranéen des Droits de l’Homme pour son non respect des droits. 
Bien que la nouvelle constitution garantisse la liberté de rassemblement, ces droits tardent à se concrétiser et les manifestations restent durement réprimées par les autorités. C’est la conclusion du rapport du Réseau Euro Méditerranéen des Droits de l’Homme (REMDH).  Le document affirme que 300 personnes environ sont détenues dans les prisons marocaines pour avoir pris part à des manifestations.
Présenté samedi 10 mai à Casablanca par le REMDH, réseau de plus de 80 organisations des droits de l’homme créé en 1997, ce rapport souligne les atteintes aux libertés de réunion dans plusieurs pays de la Méditerranée comme l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, mais également Israël ou l’Espagne.

Les lignes rouges du Maroc
L’ONG pointe du doigt au Maroc les « nombreuses manifestations réprimées, comme celle du 20 Février » , alors que 11 militants de ce mouvement né durant le Printemps Arabe sont actuellement jugés après avoir été arrêtés le 6 avril lors d’un mouvement syndical.
Les autorités affirment souvent pour se justifier qu’elles ont affaire à des « manifestations non autorisées » ou encore à des cas « d’entraves à la circulation », voire même à des « violences à l’encontre des dépositaires de l’autorité ».
Mais le rapport conclut : « les libertés d’expression et plus particulièrement de rassemblement restent liées aux lignes rouges que sont la critique de la monarchie, l’Islam, et la question du Sahara occidental. »

"L'Album" : Raouf OUFKIR, historien et écrivain


"l'Album" : Raouf OUFKIR, historien et écrivain (diffusé le 10/02/2014)


20140209190339sdsd.png Raouf Oufkir a passé près de 20 ans dans les geôles du roi du Maroc, Hassan II, dont 10 dans l'isolement le plus total. Francophone et francophile, il est né musulman mais se déclare laïc, libéral et démocrate. 

 Il vit depuis 1996 en France et s'est penché de près sur les mouvances islamistes dans le monde. Ce jeudi 20 février, il donnera une conférence "Le prix de la haine, la force du pardon" au Cinépointcom à Verviers dans le cadre du cycle "Connaissance et vie d'aujourd'hui".

Le Maroc construit une barrière anti-immigration





Par: rédaction , 10/5/2014  © 
 
Le Maroc a débuté la construction d'une barrière à proximité de Melilla, enclave espagnole qui dispose déjà de sa propre frontière grillagée, dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine, ont affirmé samedi des responsables d'ONG locales.


"Les travaux pour la construction d'une barrière a commencé il y a une vingtaine de jours", a déclaré à l'AFP le président de l'Association Rif des droits de l'homme (ARDH), Chakib Khyari, confirmant une information de presse.

"Selon les éléments que notre association a pu recueillir, ces barrières seront hautes de cinq mètres (...) et seront surmontées de lames", a avancé ce responsable associatif, basé à Nador, près de Melilla. Contactées par l'AFP, les autorités marocaines n'ont pas voulu commenter.

Un responsable local de l'Association marocaine des droits humains (AMDH, indépendant), Adil Akid, a pour sa part confirmé "la construction de tranchées" côté marocain. "Nous avons reçu des informations selon lesquelles des barrières équipées de lames y seront érigées mais nous ne pouvons confirmer pour l'instant", a-t-il ajouté.

Melilla et l'autre enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord du Maroc, constituent les seules frontières terrestres entre le continent africain et l'Europe.

La pression migratoire y a redoublé depuis le début de l'année, notamment à Melilla, qui compte déjà un triple grillage haut de sept mètres. Cette barrière a récemment été rehaussée, démarche dénoncée par des ONG, des migrants subissant parfois de profondes blessures en tentant de l'escalader.

D'après des chiffres officiels espagnols, le nombre d'immigrés clandestins parvenus à entrer dans les deux enclaves a augmenté de près de 50% en 2013.

Le mois dernier, le centre d'accueil gouvernemental de Melilla hébergeait ainsi quelque 1.800 personnes, pour seulement 480 places. L'Espagne, tout comme les autorités des deux enclaves, ont lancé de récents appels à l'Union européenne pour obtenir une aide renforcée dans sa lutte contre l'immigration clandestine.

  Source: Belga

A propos du « Colloque International : Abdelkrim de la Tribu à la République »

Par Mohammed Belmaïzi, 11/5/2014

Ce Colloque a été tenu ce 10 mai. L’information n’a été donnée qu’à partir du 6 mai, sur un mur ou l’autre de mes amis militants amazigh, sans largement partager l’événement. Une page d’invitation n’a été élaborée que le 9 mai, un  jour avant.

C’est pourquoi nous pouvons dire, sans trop nous tromper que l’information sur ce colloque est tristement passée en catimini. Moi-même, je n’étais informé que par l’affiche diffusée par mon ami Ahmed Benani qui a formulé son désir de me voir parmi d’autres, et m’a donc identifié. Sans cette identification, je n’aurais jamais pu assister à cette conférence, pourtant réunissant « quelques » sommités, spécialistes sur la question de la République du Rif, et son chef historique Abdelkrim. Évidemment j’ai des critiques sur certaines interventions, obéissant à la propagande électorale…

Qu’avaient-ils donc à cacher, nos amis les organisateurs de ce colloque, où la majorité des présents sont des amazigh (parmi eux d’aucuns détestent entendre le mot « Arabe »), venus même de la Hollande ? avaient-ils le dessein de monopoliser le chef historique Abdelkrim El Khattabi, et de l’instrumentaliser pour leur cause amazigh, alors que lui-même n’a jamais manifesté ce sectarisme ? Chacun aura la liberté de répondre ou de ne pas répondre, à ces questions…

Le plus nodal à retenir, pour moi, c’est que ce colloque est organisé à l’occasion des élections du 25 mai prochain en Belgique. Et que selon les pages sur le Facebook de notre ami Mohamed El Battiui, président de l’Assemblée Mondiale Amazigh, la propagande du parti socialiste crève les yeux, j’allais dire sans trop de pudeur vis-à-vis de Abdelkrim El Khattabi, qui transcende, et de loin les contingences électorales en Belgique ou ailleurs. Destin étrange où l’on jette une figure universelle pour les seuls besoins de faire monter l’audience, les voix pour un parti ou un candidat!

Le plus nodal à retenir pour moi, c’est aussi, l’action en direction du Maroc. Nous savons que le parti socialiste au pouvoir a toujours été « pragmatique » pour ne pas agacer le régime marocain, même s’il a choisi de promouvoir matériellement et financièrement le colloque sur un personnage historique, mort mais qui menace encore le Maroc des caciques et des prédateurs.  

Et dès lors, nous pouvons décliner une question légitime. L’espace de la contestation en Belgique (en Europe) contre le régime féodal marocain que le noble Abdelkrim El Khattabi avait tourné en bourrique, a-t-il cessé de produire des positions franches, jamais frelatée, vis-à-vis du despotisme et de la tyrannie de droit divin, tout en se soumettant obligatoirement à la ligne directrice d’un clan, d’un parti, d’une idéologie, d’un Etat?

Autant de constats pour réaffirmer que l’espace de l'expression contestataire ne peut être monopolisé et ainsi déforcé, sans que les acteurs concernés ne rendent des comptes à la collectivité!

A vos plumes, mes amis, et débattons dans la franchise, le respect et la loyauté à l’esprit démocratique… Et pardonnez mon impertinence de recourir à la critique. C'est le devoir et ma passion de dire !

Mohammed Belmaïzi

11 ans après, le dossier du 16 mai n’est toujours pas classé

    • Par : Zakaria Choukrallah, TelQuel, 16/5/2014
    11 ans après, le dossier du 16 mai n’est toujours pas classé
    MEHDI FEDOUACH / AFP
    La plaie des attentats du 16 mai 2003 ne s’est toujours pas refermée. Le sort des islamistes détenus dans les prisons marocaines est désormais otage de la crise syrienne. 

    Ce vendredi, la traditionnelle cérémonie commémorative en hommage aux 33 victimes des attentats se tiendra comme à l’accoutumée à Casablanca. Parallèlement, à Rabat, une manifestation à l’appel du «Comité mixte pour la défense des détenus islamistes» est prévue pour réclamer la libération de détenus islamistes.
    On s’en souvient, au lendemain des attentats sanglants de Casablnca, une vague d’arrestation s’était abattue sur les milieux salafistes. Des figures de proue de cette mouvance, comme Abou Hafs ou Fizazi, sont sortis de prison suite à une grâce royale accordée en 2011 à près de 200 détenus islamistes. D’autres détenus purgent, eux, toujours leur peine de prison.
    Yaura-t-il de nouveau une grâce royale cette année? L’hypothèse reste de mise, mais ce qui est sûr, c’est qu’aucune avancée majeure dans le dossier n’a été enregistrée depuis l’éclaircie de 2011, à la faveur de la pression des manifestations du 20-février.

    Une IER bis nécessaire ?
    « Le contexte de pression du 20-février n’est plus de mise. De plus, certaines figures de la mouvance, comme le cheikh Fizazi, sont devenus des alliés du régime. Enfin, des leaders pjdistes qui réclamaient la réouverture du dossier, comme l’actuel ministre de la Justice Mustapha Ramid, n’ont plus intérêt à la faire à cause de leur position gouvernementale », nous résume le politologue spécialiste des mouvements islamistes Youssef Blal.
    Au delà d’une relaxe de ces détenus et du problème que posera indubitablement leur réinsertion dans la société, le politologue estime qu’il faudra tôt ou tard «un processus de réconciliation similaire à celui de l’instance Equité et réconciliation» pour solder les comptes de cette période.

    L’équation syrienne
    Une telle perspective paraît toutefois encore lointaine, à cause de la nouvelle donne géopolitique notamment en Syrie, où près de 2.000 Marocains se sont enrôlés dans le Jihad, si on inclut les combattants d’origine marocaine venant d’Europe.
    "On nous a demandé de garantir que les détenus libérés n'iront pas combattre en Syrie", explique à l’AFP Khadija Merwazi, directrice du Médiateur pour la démocratie et les droits de l'Homme (MDDH).
    Youssef Blal pense que cette réalité peut poser problème au gouvernement marocain. «Les sécuritaires peuvent se dire qu’une libération massive risque d’être mal interprétée par la communauté internationale», analyse-t-il.
    Faut-il en déduire que le statu quo est toujours de mise? Fort probable, même si l’on est jamais à l’abri d’une surprise, comme l’annonce d’une grâce en faveur de certains détenus de la mouvance salafiste. 

    Abdellatif et Jocelyne Laâbi. Parlons d’amour...


    • Par : Kenza Sefrioui, TelQuel, 26/11/2013
    Abdellatif et Jocelyne Laâbi. Parlons d’amour... 

    Lui est volubile, heureux de dire ses sentiments, ses souvenirs. Elle est secrète, mais ce qu’elle confie sont des pépites de sincérité. Les écrivains Abdellatif et Jocelyne Laâbi discutent du demi-siècle qu’ils ont traversé ensemble.

    Abdellatif Laâbi : Sans te faire une déclaration fracassante, Jocelyne, je pense que j’ai eu deux grandes œuvres dans ma vie : mon œuvre littéraire, et notre histoire d’amour, qui s’est construite comme une œuvre d’art, avec les inquiétudes propres à celle-ci, ses interrogations, ses déchirements, ses passages à vide, ses retournements de situation, ses illuminations… Notre histoire est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Une rencontre foudroyante, puis il a fallu nous apprivoiser, ensuite il y a eu l’épreuve commune qu’on a traversée et où s’est forgée l’essence de notre relation telle qu’elle existe aujourd’hui. Chacun est arrivé avec son éducation, ce que la société, sa culture d’origine avaient mis en lui – moi, avec mes tendances machistes…

    Jocelyne Laâbi : Milieux, origines, cultures différentes… Tempéraments différents aussi… Ton machisme, je l’acceptais en grande partie. Sans être soumise, j’étais du genre accommodant.

    AL Notre relation était au départ pratiquement impossible.

    JL J’avais 21 ans quand je t’ai rencontré. Dans le milieu français de Meknès, personne ne comprenait que je puisse épouser “un Arabe”. Mais la rupture avec mon père, qui était extrêmement raciste, avait déjà eu lieu, et tu as été très bien accueilli par ma mère et mon frère.

    AL Tu as été accueillie de même par ma famille, les bras ouverts. Cela dit, nous avions  déjà décroché par rapport à nos milieux d’origine. Nous voulions nous construire par nous-mêmes, dans l’espace de liberté que nous nous étions créé. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si nous nous sommes rencontrés en faisant du théâtre ensemble…

    JL A la fac, à Rabat.

    AL Nous ne nous sommes même pas posé de questions à cette époque-là : on est bien ensemble, donc on vit ensemble. Il a bien fallu passer chez les adouls, et nous nous sommes débarrassés du problème. Nous n’avons même pas fait de fête. J’ai paraît-il versé à ton frère 5000 dirhams de dot…

    JL …que j’ai reconnu hypocritement avoir touchée !

    AL Et ton frère a fait mieux : il a imité la signature de ton père pour permettre l’acte de mariage !

    JL Qu’est-ce qu’il a fallu présenter comme papiers, c’était l’horreur !

    AL Nous sommes quand même un couple particulier… Même s’il y avait déjà à l’époque ce qu’on appelait des couples mixtes.

    JL Driss Chraïbi dit que tous les couples sont mixtes ! Et, à 24 ans, nous nous sommes retrouvés avec deux gosses. C’est quand même un peu jeune !

    AL Nous avons appris sur le tas. Nous étions suffisamment détachés des traditions pour vivre notre vie comme nous l’entendions.

    JL Au début, j’étais dans un rôle traditionnel. J’avais la charge des enfants.

    AL J’avais quand même une relation très forte avec les enfants. Je ne t’imposais rien et tu as commencé à travailler.

    JL À cette époque-là, je n’avais pas encore réfléchi sur la répartition des rôles. Je les acceptais sans me poser de question. C’est beaucoup plus tard, quand tu as été en prison, que j’ai commencé à lire la littérature féministe.

    AL J’ai le sentiment que ce pan de notre vie s’est déroulé à la vitesse de l’éclair. Ces années ont été incroyablement intenses, fulgurantes : nous avons fait énormément de choses en commençant par le théâtre, puis la revue Souffles, j’enseignais, tu travaillais… Nous n’avions pas le temps de nous retourner. A l’époque, nous étions incapables de nous arrêter un moment pour réfléchir un peu, faire le bilan.

    JL Nous n’avions pas le temps.

    AL La grande leçon que j’en retire, c’est que notre relation m’a permis d’accéder à ma propre humanité et de découvrir la nature du lien que je voulais construire avec mes semblables.

    JL Ce que tu m’as apporté, c’est la richesse de cette relation, cet amour, l’attention que tu sais donner à chaque chose, que je ne sais pas toujours apporter, cette exigence qui te pousse toujours à te remettre en question et m’y pousse aussi. Et puis, jamais je n’aurais découvert toute la culture arabe si je n’avais pas été avec toi. Quand nous nous sommes mariés, je connaissais cinq mots d’arabe. C’est après que j’ai eu le désir d’apprendre la langue.

    AL Je trouve ton cheminement passionnant. C’est un bonheur pour moi que, même tardivement, tu te sois mise à l’écriture. Mon souhait le plus profond a toujours été que ce que j’écris parvienne à déclencher chez d’autres la même envie de s’exprimer et révèle aux lecteurs ce potentiel créateur qui existe en chacun de nous. Cette belle “contamination” est pour moi l’un des fondements essentiels de la littérature et de la création en général. Que la personne la plus proche de moi ait contracté cette envie, c’est une petite victoire.

    JL A l’époque de Souffles, j’étais entourée d’écrivains et j’ai eu envie d’essayer d’écrire. Mais ce que j’ai fait ne m’a pas plu du tout. Je me suis dit que ce n’était pas la peine d’insister. 

    AL Pourtant tu es une grande lectrice. Ta maman lisait énormément. Tu as la passion de la lecture et de la musique. 

    JL C’est vrai, j’ai été élevée dans les livres. Mais j’ai complètement écarté l’écriture jusqu’au jour où tu t’es intéressé aux contes et as enregistré ta sœur qui en disait. Je me suis mis en tête de les traduire et les récrire. Ce sont les contes que j’ai faits pour les enfants. Ça, ça m’a plu.

    AL Le conte, chez moi, a été une préoccupation de jeunesse. J’avais eu l’idée de recueillir dans tout le pays ce qu’il restait de la tradition orale, de créer une collection de contes. Le premier, nous l’avons fait avec Fatima Mernissi.

    JL C’était Kid en-nsa, kid er-rjal. 

    AL Toi, tu t’es engouffrée dans la brèche et tu y as pris goût. C’est parti comme ça.

    JL Ensuite, c’est la mort de mes parents, en fait surtout celle de ma mère, dans des circonstances dramatiques, qui m’a poussée à écrire pour faire une sorte de bilan de ma vie. C’est La Liqueur d’aloès. Je voulais écrire juste sur mon enfance et mon adolescence à Meknès, avec ce problème de mon père, du racisme, de la société coloniale dans laquelle je vivais, raconter comment une petite fille vivant dans ce milieu-là, avec un père comme celui-là, prend conscience petit à petit de ces réalités et se révolte. Au départ, je ne voulais pas parler des années de prison, je voulais en faire un deuxième livre. J’avais l’impression que c’était encore trop frais, que je n’y arriverais pas. Mais les enfants et toi m’avez dit : “C’est dommage. Ecris la suite”.

    AL Le travail que tu as accompli, sans t’en rendre compte, c’est de vaincre ton silence. Auparavant, ta parole était  dans tes actes, tes gestes, tes attentions, dans plein de choses mais pas dans la parole articulée. Depuis que tu as commencé à travailler sur les contes, jusqu’au premier récit, et au deuxième, Hérétiques, tu as traversé le mur de ton silence. Tu es un être nouveau.

    JL Il n’y a aucune commune mesure entre ce que tu as fait et ce que j’ai pu faire.

    AL Il y a déjà le fait que tu m’aies supporté !

    JL Supporté dans le sens anglais ? Chez toi, le besoin d’écrire est fondamental. Tu l’as toujours eu et ne peux pas vivre sans. Quand tu es entre deux livres, tu as peur de ne pas pouvoir écrire le suivant.

    AL Tu es ma première lectrice depuis toujours.

    JL Lectrice et auditrice.

    AL Oui, parce que je te lis à haute voix. Quand je sens qu’un texte est au point, j’ai hâte de le partager, et la seule victime que je trouve, c’est toi ! Tu fais des remarques, j’en tiens compte ou pas, mais souvent elles sont pertinentes.

    JL Moi je les demande, tes remarques, et j’en tiens compte. Puis-je révéler ici notre envie d’écrire un livre commun ? Tu te souviens, nous l’avons eue un petit peu après ta sortie de prison. Mais je n’étais pas dans l’écriture et ça m’avait paru insurmontable. Et puis, l’envie nous a repris récemment. Et là nous nous heurtons à un problème pratique. Tu écris très vite et moi très lentement. Si nous faisons un livre ensemble, tu auras fini bien avant moi… Mais ce n’est pas dit que nous ne le ferons pas.

    AL Pour le moment, tu as davantage avancé dans ce projet que moi, qui suis dans une phase de remise en question. Ça serait une belle expérience, surtout que le sujet tourne autour  d’une période de l’histoire qui nous touche particulièrement. Maintenant, puisque tu as lâché le mot de prison, il faut que je te dise que ce que toi, avec d’autres femmes, mères, grand-mères, sœurs de prisonniers avez fait pendant toute cette période, est quelque chose d’inoubliable pour moi. Je ne peux pas m’empêcher de sentir que j’ai une dette envers toi. Je ne sais pas comment je me serais comporté si c’était toi qui avais été emprisonnée. J’aurais pu tourner la page, par exemple. Toi, tu ne l’as pas fait. Tu t’es occupée des enfants, dans des conditions incroyables. Cette expérience m’a ouvert les yeux sur la capacité que peut avoir un être humain de mettre entre parenthèses sa vie pour la personne qu’il aime.

    JL Je ne parlerais pas de dette. Pour moi, c’était normal. J’étais d’accord avec ce que tu avais fait. Je ne pouvais pas envisager les choses d’une autre façon. Souvent, on m’a demandé : “Pourquoi tu n’es pas repartie en France ?” Mais qu’est-ce que j’y aurais fait ? Ma vraie vie était au Maroc, et le Maroc mon vrai pays. Je suis sûre que tu aurais fait la même chose pour moi. Bien sûr que non, tu n’aurais pas tourné la page.

    AL Tu n’en sais rien ! Les hommes sont beaucoup plus fragiles. Ils n’ont pas la même capacité d’endurance que les femmes. Je te dois d’avoir traversé cette expérience en restant la tête haute.

    JL N’oublie pas toutes les lettres que je t’écrivais, où je me plaignais, ou quand j’allais en visite, ça n’allait pas. Tu m’as beaucoup soutenue, tu m’as encouragée. Parce que ce n’était pas facile : il y avait les gosses, le boulot, j’avais repris mes études, j’avais des journées de 24 heures qui auraient dû en contenir 40 tellement il y avait de choses à faire. J’ai beaucoup lu aussi, moins que toi parce que j’avais moins de temps, mais je me suis formée, j’ai beaucoup discuté avec les filles qui vivaient les mêmes épreuves. Pour moi, ça a été une période très riche, très dure et très belle. 

    AL Parfois, en rigolant, nous disons que ce sont les plus belles années de notre vie ! En matière amoureuse, dans une vie normale, ce n’est pas tous les jours qu’on exprime ses sentiments. C’est très rare qu’on dise à l’autre, non les formules consacrées, mais des choses beaucoup plus sensibles, profondes, où chacun va au fond de lui-même. Au cours des années de prison, nous nous sommes énormément exprimés sur cette relation, presque quotidiennement, par lettres interposées. Nous avons eu cette chance, et pourquoi ne pas le dire, ce privilège. Aujourd’hui, nous traversons une autre étape. Nous la vivons dans la sérénité, malgré tout, par rapport à ce que nous avons donné, aux idées pour lesquelles nous nous sommes battus. Et puisque c’est la dernière, tout ce que je désire c’est de pouvoir reposer en terre auprès de toi, le moment venu. C’est un vœu très simple, mais qui semble irréalisable dans notre pays.

    JL C’est notre vœu à tous les deux d’être ensemble. Ici ou ailleurs.

    AL C’est dit ! Tout ce dont on a parlé tourne autour de l’amour. Le statut de l’amour dans notre société est une question qui me hante. Notre littérature moderne n’aborde que rarement le sujet. Finalement, si on ne devait garder qu’un seul message de notre relation avec tout ce qu’elle a comporté, c’est qu’elle réintroduit l’amour dans notre imaginaire, notre sensibilité, notre quête de l’humain.


    Couple. Ensemble, c’est tout 
    Si c’est souvent lui qui est sous les feux des projecteurs, Abdellatif Laâbi est pleinement lui-même avec son épouse et complice dans la vie et l’écriture depuis près de cinquante ans. Abdellatif et Jocelyne Laâbi ont tout fait ensemble. Ils se sont connus sur les planches du Théâtre universitaire marocain en 1963, en répétant Arrabal et Brecht. Ils ne se sont plus quittés. Séparés pendant huit ans par l’incarcération de Abdellatif Laâbi de 1972 à 1980, ils n’ont cessé de s’écrire, de se confier l’un à l’autre. “J’ai écrit L’œil et la Nuit pour toi et pour toi seule”, lui avoue-t-il dans une lettre parue dans Chroniques de la Citadelle d’exil. “La preuve en est que personne n’a saisi en profondeur ce livre comme tu l’as fait, pas même mes anciens amis poètes”. “Il condensait le monde”, écrit-elle de lui dans La Liqueur d’aloès. Elle accueille la première version de ses textes, il lui a communiqué le goût d’écrire et met toute son énergie à promouvoir ses livres à elle. Ils partagent aujourd’hui leur vie entre Créteil et Rabat. Difficile de leur demander une photo où ils ne font pas tous les deux face à l’objectif, tant ils ont pris le pli de regarder dans la même direction.

    Journée mondiale contre l'Homophobie :Quand le Parlement aborde l'homosexualité

    AuFait :


    Pour Amina Maa Elaïnïne, députée PJDiste, aborder l'homosexualité et l'égalité homme-femme dans l'héritage, relève de transgressions aux fondements religieux du Royaume, "qui menacent la stabilité de la société". /DR Pour Amina Maa Elaïnïne, députée PJDiste, aborder l'homosexualité et l'égalité homme-femme dans l'héritage, relève de transgressions aux fondements religieux du Royaume, "qui menacent la stabilité de la société". /DR Agrandir

      Le parti de la Justice et du développement (PJD) s'attaque encore une fois aux médias. Et pour cause, la médiatisation de la dernière sortie de l'association Aswat et sa vidéo sur Youtube en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité au Maroc qui n'a visiblement pas plu aux élus du parti au pouvoir.
      Mardi, lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, Amina Maa Elaïnïne, députée PJDiste, a critiqué l'information relayée par la presse marocaine s'agissant de ce tabou. “Cela ne touche pas seulement au référentiel musulman, mais il s'agit d'une infraction de la loi”, s'est-elle insurgée.
      “Aujourd'hui, on ne peut nier qu'il y une transgression des fondements religieux du Royaume, bien que la Constitution pour laquelle les Marocains ont voté, considère le Maroc comme pays musulman, que l'Islam est religion de l'Etat et que la commanderie des croyants protège cette religion. Cette transgression menace la stabilité de la société marocaine.”
      Amina Maa Elaïnïne, députée PJDiste.
      Afin d'interpeller toutes les formations politiques, la députée n'a pas hésité à rapprocher cet appel à défendre les droits des homosexuels, du débat sur l'égalité homme-femme dans l'héritage, des thèmes considérés comme des lignes rouges par le PJD.
      Adoptant de son côté un discours modéré, le ministre des Habous et des affaires islamiques, Ahmed Taoufiq, a estimé que la gestion de ces dossiers “nécessite un dialogue, une sagesse et de bons conseils”. Et de citer le verset de la sourate Annahl (“Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle (les gens) au sentier de ton seigneur, et discute avec eux de la meilleure façon”, verset 125, Sourate Annahl).
      Ahmed Taoufiq n'a pas manqué de souligner que c'est la commanderie des croyants qui “protège la religion musulmane”.
      Rappelons que début mai, et à l'approche de la journée internationale contre l'homophobie célébrée ce samedi, l'association Aswat avait publié sur Youtube, une vidéo donnant la parole à des personnalités de la société civile. Toutes s'y prononcent en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité au Maroc.
      Parmi ces intervenants, Ahmed Assid, fervent défenseur de la cause amazighe et des libertés individuelles, qui est également un “épouvantail” pour le PJD.

      L'autre message fort des autorités
      En plein débat sur les libertés individuelles suite à la dernière sortie de l'Association Aswat, les autorités ont envoyé un message fort à la société civile. À la veille de la journée mondiale contre l'homophobie, le tribunal de première instance de Fqih Bensaleh a condamné, lundi, six personnes accusées de “pratiques homosexuelles”.
      Deux d'entre elles purgeront une peine d'un an, trois sont condamnés à deux ans de prisons ferme alors que la sixième personne va écoper de trois ans.
      Les six était poursuivies pour “homosexualité, ivresse publique, conduite en état d'ébriété et incitation à la prostitution”, à l'issue d'une plainte déposée par le père de l'un des accusés, contre trois de ses amis.

      Casablanca. Traitée de « bent l'karyane », Myriam, 15 ans, se suicide

      • Par : Wadii Charrad, 16/5/2014

      Crédit photo : capture d'écran
      Une jeune fille a mis fin à sa vie au début de cette semaine. Elle se serait suicidée à cause des agressions verbales que lui faisaient endurer ses camarades de classe qui la traitaient de « bent l'karyane » (fille de bidonville).

      Casablanca. Traitée de « bent l'karyane », Myriam, 15 ans, se suicide
      Crédit photo : capture d'écran
      Myriam Hassek habitait dans un bidonville situé au quartier Al Fida à 
       Casablanca. 
      Cette adolescente âgée de 15 ans se serait donnée la mort car elle ne supportait plus les brimades de ses camarades de classe qui la traitaient de « fille des bidonvilles ».
      « Depuis qu’on habite dans ce bidonville, tout le monde m’insulte à l’école et je ne peux plus supporter ce genre d’injures », avait-elle raconté à son père, qui s’est confié à 2M. « Avant qu’elle ne se suicide, elle était devenue très nerveuse et irritée et ce, depuis plusieurs mois », a-t-il poursuivi.  Selon la mère de la victime, Myriam se demandait «pourquoi (ses parents l’ont) mis au monde alors (qu’ils n’ont) pas les moyens de subvenir à (ses) besoins ?». Depuis son enfance, la jeune fille vivait recluse et ne trouvait sa délivrance que dans le dessin et l’écriture.
      Dans une lettre écrite avant son suicide, l’on peut lire tout le malaise de Myriam : « Rien n’est aussi grand qu’un mal profond (…) Une chute ne signifie pas la fin ; seules les gouttes de pluie ont la plus merveilleuse des chutes ».



      Pour le gouvernement Benkirane, l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas une priorité




      Libération

      Narjis Rerhaye, 15/5/2014
      L’Instance pour la parité et la  loi contre la violence fondée sur le genre dans les tiroirs
      L’anecdote fait grincer des dents. Cela s’est passé à la dernière rencontre de la majorité réunie en grande pompe pour adopter sa nouvelle charte. A la tribune, il n’y a que des hommes. Entre les leaders et les présidents de groupes parlementaires appartenant à la coalition au pouvoir, il n’y a pas l’ombre d’une femme. 
      Ce jour-là, les femmes de la majorité, qu’elles soient ministres ou parlementaires, sont en retrait, placées en simples spectatrices d’un événement dont elles ne sont probablement pas actrices. Parmi les présentes à cette grand-messe de la majorité nouvelle version, l’ancienne ministre  du Développement social, de la Famille et de la Solidarité sous le gouvernement d’Abbas El Fassi  Nouzha Skalli. La députée PPS s’empresse d’en faire la remarque au chef du gouvernement lui enjoignant d’appeler au moins les femmes à ses côtés pour la signature de la charte de la coalition.  « Qu’une femme nous rejoigne à la tribune pour faire des youyous », répond alors le chef du gouvernement et chef de file de la majorité Abdelilah Benkirane dans un énorme mépris à la moitié de la société. 
      Rire gras dans la salle. La gêne est perceptible sur certains visages.
       C’est exactement ce jour-là et après avoir entendu M. Benkirane réduisant l’action des Marocaines aux youyous que Nouzha Skalli a pris sa décision de faire acte de sa candidature pour le poste de secrétaire général du PPS, sa famille politique. «C’est  la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », confie-t-elle. Et de poursuivre : « Il est urgent que les Marocaines soient au cœur du pouvoir politique. C’est à ce niveau que leur avenir se décide. C’est l’une des principales raisons pour laquelle je me suis portée candidate. Mon objectif est de remettre au premier plan  la question des femmes et de l’égalité. Il faut bien le dire, cette question ne semble plus être une priorité pour ce gouvernement».
      Cette petite phrase prononcée par Benkirane –«qu’une femme vienne nous rejoindre pour faire des youyous»- en dit long sur la gouvernance de la question féminine en terre marocaine.
      Pas de politique publique portant sur l’égalité
       Plus que jamais, les acquis des Marocaines, arrachés de haute lutte, sont menacés. Le mariage des mineures, les violences à l’encontre des femmes, l’impunité pour les délits fondés sur le genre, l’inégalité dans l’accès aux postes de responsabilité et dans les salaires, etc ; sont autant de points noirs dans la vie quotidienne de la moitié de notre société. 
      En avril dernier, plusieurs dizaines d’associations féminines et de défense des droits humains ont organisé  une marche de l’égalité à Rabat. L’objectif est clairement brandi : la nécessaire application de l’article 19 de la Constitution et la mise en œuvre d’une politique assurant l’égalité entre les femmes et les hommes.
      « L'article 19 stipule que les hommes et les femmes sont égaux dans leurs droits politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux et que l’on doit mettre fin à toutes les formes d'inégalité : la violence domestique, le mariage de mineures, l'inégalité des salaires, la polygamie et l'analphabétisme », rappelle cette activiste du mouvement féminin.
      Après 3 années aux commandes du pouvoir, le gouvernement Benkirane n’a pas encore réussi à produire la moindre mesure en faveur des Marocaines. « Mais où est donc passé le projet de loi relatif à la lutte contre la violence à l’encontre des femmes? » s’interroge cette membre fondatrice de l’Association marocaine des femmes du Maroc (ADFM). On s’en souvient, un projet de loi  avait  été présenté en Conseil de gouvernement, il y a quelques mois,  par Bassima Haqqaoui, la ministre islamiste de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social. Le texte   avait provoqué la colère du mouvement féminin qui n’avait pas été consulté.  Les activistes des droits des femmes n’ont pas été les seules à rejeter le projet de loi de B. Haqqaoui. Les alliés de la majorité n’ont pas été convaincus par les propositions de la ministre voilée. Résultat, le projet de loi sur la lutte contre la violence à l’encontre des femmes  a été renvoyé devant une commission ministérielle, présidée par le chef du gouvernement himself.  Copie à revoir ou projet enterré ? La question s’est posé avec insistance au sein de la société. Le Conseil national des droits de l’Homme s’est fort heureusement saisi du dossier. Le 8 mars dernier, l’instance que préside Driss El Yazami a rendu publiques leurs recommandations pour que la lutte contre la violence faite aux femmes soit efficiente. « Le projet de loi sur la lutte contre la violence à l’encontre des femmes ne doit surtout pas faire l’objet de surenchères politiciennes. Une telle loi doit être au contraire au cœur d’un consensus et d’une mobilisation nationaux»,  a prévenu le président du CNDH lors d’une conférence de presse présentant les principales recommandations du conseil relatives à la lutte contre la violence faite aux femmes.
      Les rendez-vous manqués du gouvernement Benkirane
      Sur le chemin de l’égalité entre les femmes et les hommes, l’Exécutif multiplie les ratages et les rendez-vous manqués. Ainsi en est-il pour l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination, (APALD). Une autre instance prévue par la Constitution et qui n’a toujours pas vu le jour. Les conclusions du comité scientifique chargé «d’étudier les propositions relatives à l’Instance de la parité et contre la discrimination contre les femmes» n’ont pas été rendues publiques d’autant que dès sa mise en place, ce comité a suscité la colère du mouvement féminin. Les défenseures des droits des femmes ont en son temps fortement réagi à « la mainmise du ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social que dirige l’islamiste Bassima Hakkaoui sur une autorité qui doit être d’abord et avant tout indépendante du pouvoir exécutif ». « Nous avons tiré la sonnette d’alarme à l’installation de ce comité par Mme Hakkaoui car nous craignions que l’APALD ne soit soumise à la pression idéologique d’un gouvernement conservateur à tendance islamiste », rappelle cette militante du Printemps  féminin pour la démocratie et l’égalité, ne cachant pas sa crainte de voir une telle autorité « s’islamiser».
      Le gouvernement Benkirane II va-t-il inverser la tendance et faire enfin du principe constitutionnel de l’égalité une priorité ? « Tout semble indiquer exactement le contraire. Au-delà du fait que la femme ne soit qu’une anecdote pour le chef du gouvernement, l’agenda de l’égalité est loin d’être une priorité pour cet Exécutif. A l’évidence, le gouvernement  fait la sourde oreille concernant les revendications du mouvement des femmes relatives à la protection des femmes contre la violence et la discrimination et ignore complètement les droits humains des femmes, en particulier ceux  énoncés dans l’article 19 de la Constitution », conclut avec amertume cette parlementaire de l’opposition.