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dimanche 16 août 2009

Sans-papiers: à Notre-Dame, des portraits pas en odeur de sainteté

Par Willy le Devin, Libération, 15/8/2009
TEMOIGNAGES
A Paris, le Réseau Education sans frontières craint une interdiction par la préfecture de ses affichage de photos de familles séparées. Récits.


Lors d'un rassemblement le 9 août dernier sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame à Paris. (AFP)


Drôle de partie de cache-cache à laquelle se livrent le Réseau Education sans frontières (RESF) et la préfecture de police de Paris. Chaque dimanche matin depuis le début du mois d’août, les militants de RESF exposent sur le parvis de Notre-Dame des photos dédiées aux familles sans-papiers victimes d’un démembrement.

Selon l’association, les cas de séparation se multiplient après que l’un des parents en situation irrégulière a été expulsé par la police aux frontières. «Notre campagne recueille un certain écho, si bien que la préfecture de police de Paris envisage de nous interdire l’accès au parvis de Notre-Dame. Ils désirent dissimuler par la force une action qui met en lumière la politique nauséabonde de l’Etat français en matière d’immigration», dénonce un membre de RESF.
La préfecture de police a affirmé vendredi qu’«il n’y avait absolument aucun problème avec l’action menée par RESF»: «L’association nous a averti de son intention de procéder à cet affichage. Pour nous tout est en règle.»
Mais il semble que la version du service de presse ne soit pas exactement la même que celle signifiée à RESF. Une militante chargée de l’exposition des portraits a assuré à Libération que «Jean-François Desmarais, qui dirige la Direction de l’ordre public et de la circulation, a interdit à RESF l’accès au parvis de Notre-Dame à titre exceptionnel pour cause, dimanche 16 août, de célébrations religieuses. Mais à la question de savoir si nous pourrions y retourner les dimanches suivants, il nous a répondu également par la négative, et ce, sans arguments plausibles»…
Libération s’est procuré certains portraits que RESF projette d’exposer, dimanche, au public parisien.

Un compagnon chassé par l’Elysée
Jimia Sylla aurait préféré découvrir les dorures du palais de l’Elysée dans un contexte plus joyeux. Le 20 juillet, accompagnée d’une délégation de parlementaires verts et communistes, cette Ivoirienne titulaire d’une carte de séjour valable dix ans rencontrait un émissaire du président de la République afin qu’un visa soit délivré en urgence à son compagnon nigérian, Emmanuel Oladipo.
Décision personnelle. Celui-ci, père de l’une des deux filles de Jimia et beau-père de la seconde, a en effet été expulsé le 15 juillet sur décision personnelle de Nicolas Sarkozy. «Ce sont les conseillers de la présidence de la République qui ont informé eux-mêmes, le 14 juillet dans l’après-midi, madame Sylla, du choix de Nicolas Sarkozy de reconduire son compagnon à la frontière», affirme un militant de RESF.
Emmanuel Oladipo embarque donc avec une compatriote et six policiers français dans un appareil, direction… Amsterdam. Aux Pays-Bas, 33 autres Nigérians sont placés dans l’avion, qui prend cette fois la direction de Madrid où d’autres sans-papiers sont embarqués. Alors que le Nigeria approche, l’avion est victime en plein vol d’une grave avarie technique qui le contraint à faire demi-tour pour réatterrir en urgence à Madrid. Finalement, ce n’est que le lendemain, après plus de vingt-quatre heures de voyage, qu’Emmanuel pose le pied à Lagos. Depuis, celui qui vivait à Evreux, dans l’Eure, ne cesse d’appeler Jimia, qui, enceinte de plus de huit mois, doit accoucher de leur second enfant dans les jours qui viennent.
«Prier». Econduite par les services de l’Elysée, Jimia Sylla est entrée en contact, par l’intermédiaire du député vert Yves Cochet, avec Simone Veil. Celle-ci, touchée par la situation, a invitée Jimia Sylla a lui faire parvenir un dossier complet dans les meilleurs délais. «Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à prier pour que les autorités françaises entendent raison», confie un ami de la famille.
Mari et père expulsé en pleine nuit
Nadia, la quarantaine, Française d’origine marocaine, vit à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine. En 2006, elle tombe amoureuse de Mohamed, son aîné de quelques années, ex-boxeur professionnel tunisien qui a vécu près de quinze ans en Italie. A l’époque, cette mère célibataire élève son fils Naoufel avec le soutien de ses parents. La jeune femme, qui est malentendante et muette et ne communique qu’à l’aide de la langue des signes, travaille à mi-temps dans une maison de retraite grâce à un contrat adapté. Nadia et Mohamed se marient le 3 février 2007 à Clichy (Hauts-de-Seine). Mohamed prend la décision de reconnaître Naoufel, aujourd’hui âgé de 11 ans. Le couple obtient même un logement de la municipalité de Montrouge.
Enquête. Mohamed, qui a définitivement renoncé aux gants afin de fuir un milieu où les frontières entre médicaments, dopage et toxicomanie sont parfois poreuses (il a connu les cellules italiennes pour trafic de stupéfiants), trouve un emploi dans une pizzeria. Parent d’un enfant français, mari d’une Française, salarié, et soutien d’une femme handicapée, il remplit les conditions requises pour être régularisé. Mais les autorités ne l’entendent pas de cette oreille, et diligentent une enquête sur une union perçue comme douteuse. Procédure que RESF qualifie de bâclée - «pas d’audition du couple, enquête de voisinage limitée à un témoin, erreurs multiples sur les dates de naissance du couple au sein du dossier».
Rétention. Mohamed est interpellé dans le métro et se voit signifier par le préfet un arrêté de reconduite à la frontière. Le 6 mai 2009, RESF apprend que Mohamed doit être expulsé le lendemain à 8 h 40. Vers 5 heures du matin, une vingtaine de personnes, dont des élus de Montrouge et de la commune voisine de Malakoff, se retrouvent devant le centre de rétention de Palaiseau (Essonne) pour tenter d’arrêter la procédure. Mais Mohamed Allouche est déjà loin. La police l’a emmené à l’aéroport dès 3 h 30…
Les intenables allers-retours des Amedjar
«C’est l’histoire d’une forte tête qui refuse de voir ses enfants grandir loin de lui, et ce, même si les autorités d’un pays tout entier le lui refusent», raconte un militant de RESF. Et pour cause, Ammar Amedjar, 27 ans, a déjà foulé à quatre reprises le tarmac des aéroports français, flanqué de la police aux frontières qui l’expulsait vers le Maroc, son pays de naissance.
«Cavalcade». Par deux fois, Ammar a refusé d’embarquer, aidé par des passagers et des «membres de RESF, devenus des amis qui m’empêchent de craquer», ce qui lui a valu respectivement un et deux mois de prison ferme. Les deux autres fois, Ammar est parti. Mais, bravant la mer Méditerranée et les douanes espagnoles, il a toujours réussi à se frayer un chemin clandestin pour rejoindre sa famille établie en France. «Lorsque je rentre après plusieurs milliers de kilomètres de cavalcade, et que je découvre le visage de mes filles qui entre-temps ont toujours bien changé, je me dis que le jeu en valait la chandelle», confia-t-il à un militant de RESF.
Ammar a épousé Rahma au Maroc, en septembre 2005. De nationalité marocaine mais vivant depuis l’âge de 1 an en France, elle est en situation régulière. Pour son mari, Rahma tente plusieurs fois de s’installer au Maroc entre 2005 et 2007 mais, à chaque fois, elle rentre au bout de quelques mois, n’ayant jamais pu s’acclimater à la vie locale.
Fol espoir. Entre ces multiples allers-retours, Rahma donne naissance dans le Maine-et-Loire à Maria, leur premier enfant. Le couple vit alors avec le fol espoir d’obtenir une procédure de regroupement familial. Malheureusement, les ressources de Rahma sont alors jugées insuffisantes par les pouvoirs publics qui ne valident pas la requête. Ammar entre alors irrégulièrement sur le territoire. Le début d’un interminable jeu du chat et de la souris avec la police. Ammar est aujourd’hui au Maroc. Et vit avec une douleur intenable. «J’ai appris la naissance de ma seconde fille, Amina, au fin fond d’un centre de rétention.»

Assassinée par l'arrogante rigidité administrative du pays des droits de l'Homme : Aicha Mokhtari est morte

par smirnova, 15/8/2009
Vous vous en souvenez peut -être??
C’est cette dame de Oujda qui devait être soignée en France
et à qui on a refusé le visa !!!
elle s'est éteinte hier dans la maladie
avec un sentiment de HOGRA..
Pourtant on a frappé à toutes les portes pour essayer de la sauver
Son frère s'est démené comme il pouvait et comme il ne pouvait pas!!

Aicha est morte

Aicha a été assassinée!!! par l'arrogance de ce voisin du nord
par l'arrogance d'un consul qui
bien que son erreur fut prouvée n'a pas voulu revoir sa position!!
quelle position??

De quel droit empêche-t-on les gens de circuler??
empêche-t-on les gens d'être sauvés!!!!!
et rendez vous compte, malgré toutes les portes frappées, notre État, notre gouvernement n' pas bougé le petit doigt pour la sauver Aicha !

et je crie : faudra les poursuivre, les responsables, pour non-assistance à personne en danger !
les nôtres, les autres, ceux du nord, du pays des « droits de l’Homme »

***

SOLIDMAR publie un SOS lancé il y a plus d 'un an :

Besoin urgent de votre aide !

Une femme, Aicha Mokhtari, gravement malade, est privée de visa par le consul de Fès. Pourtant l'hôpital, les médecins, tout le monde l'attend…

Réagissez ! écrivez ! frappez à toutes les portes ! C
'est sa vie qu'elle risque…


Solidarité Maroc 05 avait alors écrit :


Solidarité Maroc 05
05000 GAP
France


A Monsieur le Consul de France à Fès

L’association Solidarité Maroc 05 a été informée de la dramatique situation dans laquelle se trouve Madame Aïcha Mokhtari, née en 1957, femme au foyer à Oujda..
Malade depuis deux ans, elle ne comprend pas pourquoi le sort s’acharne sur elle. Malgré ses souffrances, et en dépit de toutes les pièces administratives dont elle s’est armée, elle n’a toujours pas l’autorisation d’aller se faire soigner en France.
Atteinte d’un cancer, elle nourrissait, tout comme les membres de sa famille, un grand espoir de guérison, après que l’institut de cancérologie Gustave Roussy - situé à Villejuif dans le Val-de-Marne - ait accepté de l’admettre dans ses services. En vain.
Malgré deux opérations chirurgicales et plusieurs séances de chimiothérapie, son cancer a continué de se développer. Son frère, Abdelaziz Mokhtari, cadre à la BMCI Oujda, a produit toutes les garanties demandées pour appuyer son dossier auprès du consulat de France à Fès. Le paiement des frais de l’hôpital a été effectué par Abdelhadi, un autre membre de la famille Mokhtari, vivant en France.
Malheureusement, à Fès, tout semble verrouillé. Le refus est catégorique de la part des services consulaires. Aucune explication n’a été donnée à l’intéressée.
Après des semaines de recherches, Abdelaziz est parvenu à un début de réponse, une malencontreuse homonymie : D’après lui, «il existe deux Aïcha Mokhtari, l’une née le 27 avril 1942 est algérienne; et l’autre, née le 1er novembre 1957, est marocaine. La première ayant eu des problèmes de visa pour visite familiale déposé au consulat de France à Oran, la seconde en a payé les frais à Fès». Plusieurs ministres français ont été saisis ( Bernard Kouchner, Brice Hortefeu, Fadela Amara ). En vain…
Face à ces refus injustifiés, la sénatrice française, Alima Boumediene Thiery, a écrit au même Brice Hortefeux, une réponse où elle a notamment écrit: “Certes, vous avez le droit de refuser sa demande de visa, mais nous regrettons que le pays des droits de l’Homme utilise de faux prétextes pour justifier son refus...”
De son côté M. Mokhtari a contacté des députés de la région et le cabinet du ministre de la Santé. En vain également.
Nous ne comprenons pas cet acharnement injustifié et injuste envers cette personne qui meurt à petit feu alors qu’elle pourrait être soignée
tant qu’il n’est pas trop tard.
Aussi vous demandons-nous de faire d’urgence tout ce qui est en votre pouvoir , dans un esprit humanitaire, pour régulariser la situation de Madame Mokhtari et lui permettre d’aller se faire soigner en France .
Pour Solidarité Maroc 05
La Présidente

samedi 15 août 2009

Ida, Atika : une mère, une fille

Par Ali Fkir,15/8/2009

Chaque jour le réveil sonne à cinq heures et demi. C’est tôt, très tôt. Mais chaque fois Ida était déjà debout. C’est le cas de la plupart des femmes des travailleurs. Elles se réveillent avant la sonnerie du réveil. Elles sont comme ça. Des millénaires ont conditionné ces braves femmes. Elles se lèvent avant tout le monde, pour préparer à manger, traire, moudre les céréales, chercher du bois…Tout ce travail qui dure de cinq heure du matin à dix heures du soir n’est pas reconnu comme labeur. Aujourd’hui encore, au Maroc, dans la case réservée à la profession de la personne concernée dans la carte nationale d’identité, on indique pour ces femmes : néant ( c'est-à-dire qu’elles ne font rien. Des oisives quoi !!).



Atika et Mouhcine

Ida prépare le petit déjeuner de son mari qui se réveille à cinq heure trente minutes.
A six heures, Si B. quittait la maison. Le plus souvent, il rejoint la mawkif ; place publique où les patrons viennent s’approvisionner en force de travail. Contrairement aux autres marchés, dans le « marché de travail », les prix de la marchandise/la force de travail n’existent pas. A la fin de la journée le patron vous paie selon son humeur. Vous n’êtes pas contentE ? demain, montrez vos gueules ailleurs! Les MarocainEs, dépouillés de leurs sources de vie, se voient obligéEs aujourd’hui d’accepter de travailler dans des conditions précapitalistes qui caractérisaient le passage entre deux modes de production : des rapports du féodal avec « ses » serfs aux rapport du capitaliste avec « ses » ouvriers. La législation de travail ? Elle moisit dans les tiroirs des diverses administrations. On n’en connaît que l’article 188 qui permet à l’Etat de mettre en prison les ouvriers pour entrave au travail !
C’est un véritable marché des bêtes de somme. Les acheteurs passent et repassent, scrutent, peuvent même tâter la marchandise…On prend souvent B pour sa robustesse, surtout lorsqu’il s’agit de pénibles travaux.
Mais il arrive que B travaille régulièrement pour quelques mois ou années chez le même patron. Bien sûr, pas de SMAG (salaire minimum agricole), ni couverture sociale, ni assurance-maladie…
Les seize dernières années, B les a passées dans les fermes d’un grand propriétaire terrien. Aujourd’hui, il est cloué au sol par la maladie, sans revenu aucun. Il n’a été jamais déclaré aux organismes sociaux.

Sa fille Atika a bossé dur pour réussir ses études universitaires, essentiellement pour venir en aide à sa famille. Atika croyait au miracle des diplômes. Le diplôme, c’est la clé du travail. Du moins c’est ce qu’on dit. Travail bien rémunéré, travail à CDI, avantages légaux garantis…le véritable miroir aux alouettes !
Son diplôme dans son sac à main, sans attendre, Atika, prit le sentier du travail. La famille voyait déjà sa situation améliorée.
Atika découvrit très vite qu’au Maroc, pour « fructifier » son diplôme, il faut avoir des connaissances, payer des pots, supporter des comportements dégradants…en un mot, laisser de côté sa dignité.

Ida, la mère de Atika, qui n’a quitté la maison de ses parents que pour rejoindre celle de son mari, dont elle ne sortira, selon le rétrograde adage que pour rejoindre, l’au-delà au cimetière, donc Ida « retroussa ses manches », met de côté le soucis des racontars, et plongea dans le monde de travail rémunéré, dans le monde du capitalisme sauvage. Elle se lève à cinq heure du matin, prépare à manger pour toute la famille, s’acquitte de toutes les autres besognes domestique, et prend quotidiennement le sentier du mawkif tenter sa chance.
Elle bosse dure, sérieuse. Elle fait partie de la main d’œuvre tant recherchée par les patrons. A haute voix, ceux-ci ne reconnaissent jamais les mérites de ce type de travailleuses et de travailleurs. Les patrons préfèrent n’utiliser que « les bras-cassés » pour parler des prolétaires.

Armée de son bagage intellectuel, se débattant dans les méandres de la dure et amère réalité, Atika appréhende petit à petit sa naïveté, la naïveté des millions de ses semblables. Au début il y a eu le doute, puis le questionnement, puis la remise en question, et enfin l’engagement conscient pour changer ce monde pourri.
La région de Beni Mellal est l’une des régions agricoles les plus fertiles au Maroc. Avant la colonisation française, ces riches terres appartenaient à la communauté. La propriété privée faisait l’exception.
Le colonisateur a exproprié (dans le sang), sans indemnité aucune, les paysans et les pasteurs de la région. Des fermes modernes fleurirent dans toute la région. Les paysans jadis organisés en jemaâ, devinrent ouvriers, trimaient toute la journée pour un salaire de misère... Des Hommes libres qu’ils étaient, ils devinrent esclaves du capitalisme.
Au lendemain de « l’indépendance de 1956 », les fermes passèrent « miraculeusement » aux mains des nouveaux maîtres du pays. Les années soixante et soixante-dix ont constitué l’épopée de la ruée vers la terre fertile. On se servait librement mais selon la logique du plus fort d’abord : les proches du palais, les généraux, les hauts dignitaires de l’Etat, les notables (anciens collaborateurs du colonialisme)…
Atika se posait la question (elle n’était pas la seule à se la poser, puisque la question s’était posée au lendemain de « l’indépendance »). Pourquoi la terre ne revint pas à ses véritables propriétaires d’avant le colonialisme ?. Quel contenu peut-on donner à « l’indépendance » à « la libération nationale », si elles se limitent à changer des individus portants des noms chrétiens par des individus de même nature portant des noms musulmans ?.
La question est toujours d’actualité.
Atika arrive à des conclusions bouleversantes. La question ne relève plus de la nationalité, ni de la religion, mais de l’appartenance de classe sociale.
Il y a des millions d’exploités et une poignée d’exploiteurs. Il y a des millions qui triment toute leur vie tout en vivant dans le besoin, et la minorité qui amasse de colossales fortunes. La plus-value créée par l’énergie des millions, par leur travail, se mue en richesse chez la minorité qui s’est appropriée les moyens et conditions de production. En remontant un peu le temps, Atika va découvrir avec stupéfaction, que la plupart des malheurs de l’Humanité sont apparus et se sont développés avec la propriété privée. On ne voit dans l’autre que le moyen de devenir plus riche. « L’humanisme » disparaît petit à petit. Les relations interhumaines sont réduites aux relations de domination et de dépendance, aux relations d’intérêts égoïstes. Les lois étatiques ne font qu’officialiser cette réalité.
Atika constate avec colère que les travailleurs de Souk Sebt trouvent des difficultés à s’approvisionner en sucre, denrée de base pour les humbles gens (rappelons que le thé sucré est « le passe pain » de la majorité des marocains) ; et pourtant beaucoup de ces travailleurs triment dans les sucreries de la région. Les dites sucreries, étatiques dans le passé, sont raflées aujourd’hui par le gigantesque groupe ONA dont la famille royale constitue, et de très loin, le premier actionnaire. L’ONA a le quasi-monopole de la production du sucre, de l’huile, du lait, classé deuxième après l’OCP dans les activités minières, 1er dans la distribution (à grandes surfaces), 1er dans le secteur bancaire, constitue un tiers de la capitalisation boursière, et leader dans d’autres secteurs vitaux tels l’immobilier, l’agriculture, la pêche maritime…On peut sans exagération dire que le Maroc appartient à l’ONA.
Scandalisée, honteuse de sa naïveté, Atika va se redresser. Elle choisit le chemin de la lutte, le chemin de la fierté. Atika devint communiste avant de lire Marx, Engels, Lénine…
En réponse à des jeunes militants d’ANNAHJ, j’avais déjà dit : au fond d’eux mêmes les gens sont communistes, mais les rapports de production basés sur l’exploitation des uns par d’autres détruisent chez ces derniers tout ce qu’ils ont d’humain. Atika ne pouvait qu’être communiste.
Pour Atika et ses semblables, la terre avec tout ce qu’elle porte en elle comme richesses, doit revenir à toute l’Humanité. L’Humanité doit se réorganiser démocratiquement pour mieux gérer ces richesses au profit de toutes les femmes et de tous les hommes, tout en sauvegardant la faune et la flore. L’être humain doit vivre heureux dans une nature heureuse, dont il n’est qu’une partie ; peut-être la partie consciente, même si certains se comportent en fils ingrats envers leur génitrice.
Les lycéens marxistes-léninistes d’Azrou, incarcérés à la prison de Ghbila de Casablanca en 1972, chantaient déjà :
Notre mère, la terre chérie, pleure ses richesses pillées,
et les révolutionnaires sont prêts à tous les sacrifices
pour que l’Humanité reconquière le sourire printanier de notre mère
.
(Je m’excuse pour la traduction si elle laisse à désirer)
L’essence du communisme, c’est la réorganisation de la vie sur la terre de telle façon que les humains, tous les humains vivent dans le bonheur, vivent avec toutes les autres composantes de la nature dans une parfaite symbiose.
Désormais, pour Atika, dans une société de classe les droits s’arrachent. Elle va s’engager dans l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs (ANDCM), association qui couvre aujourd’hui toutes les régions du Maroc. L’Etat refuse de reconnaître l’ANDCM. Rappelons que l’ANDCM et l’AMDH (Association Marocaine des Droits humains) sont constamment dans le collimateur des appareils répressifs de l’Etat.
Atika observa une grève de la faim qui a duré 45 jours. Elle obtint un boulot à Souk Sebt ; mais à quel prix !
Atika rejoint les rangs d’ANNAHJ ADDIMOCRATI. Elle décida ainsi d’associer ses efforts à ceux des autres communistes et lutter ensemble pour une autre société. Sans conscience révolutionnaire, sans lutte, sans organisation, sans détermination, sans sacrifice, rien ne changera. C’est ce qui l’a attiré chez ANNAHJ qui constitue la continuité de l’organisation « ILA AL AMAM » (EN AVANT) marxiste-léniniste marocaine qui a perdu dans le brasier de la lutte de classes nombreux de martyrEs dont Abdellatif Zeroual, Saïda Mnebhi, Amine Tahani… Pour Atika la communiste, ANNAHJ incarne les valeurs communistes, les valeurs humaines.
En juillet 2009, Atika est présente (mandatée des militants de Souk Sebt) au deuxième congrès national d’ANNAHJ ADDIMOCRATI qui s’est tenu à Casablanca.
A la veille de la clôture du congrès, tard dans la nuit en quittant la salle des travaux, j’ai vu un groupe de militants et militantes assisEs à côté d’une jeune camarade allongée sur le gazon. Je me suis approché et appris que la camarade (c’était Atika) souffrait, et que des camarades de Casa sont allés en ville chercher des médicaments.
Le lendemain, en se dirigeant vers l’amphithéâtre où se déroula la séance de clôture du congrès, je remarquai une camarade qui se dirigeait avec effort vers la salle. C’était Atika. C’était ma première et dernière rencontre avec cette militante. « Tu sais depuis la grève de 45 jours, et des conditions de chômages d’avant, je suis, physiquement parlant « bousillée ». Je ne survis que par le moral, que par mes convictions, que par la camaraderie des centaines de militantEs ».
Pendant une heure, la jeune militante, déballe devant son camarade retraité, ce qu’elle a enfoui/refoulé dans ses profondeurs. Atika comme tant de millions de jeunes, filles et garçons, délaisséEs, excluEs, pourchasséEs, portent en elles, en eux, toutes les misères, toutes les souffrances, toutes les privations, toute LA HOUGRA…engendrées par la société de classes, par le système makhzanien, l’un des pires systèmes qu’a connus l’histoire de l’Humanité.
Dans la salle, sur l’estrade avec la présidence du congrès dont j'étais membre, je voyais Atika et non loin d’elle un remarquable jeune camarade, qui scandaient des slogans révolutionnaires, devant des marxistes venus de la Palestine, de la Tunisie, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie…tout ce monde chantait le radieux lendemain, la liberté future, l’Humanité émancipée, la nature radieuse, la terre-notre mère généreuse…
Trois heures après, sur la route de Souk Sebt, Atika et le jeune camarade qui n’est autre que Mouhcine Elbichri (congressiste de Guercif) perdirent leurs vies dans un accident de circulation. ANNAHJ ADDIMOCRATI, venait de perdre deux de ses meilleurs combattants, la jeunesse marocaine venait de perdre deux de ses meilleurs militantEs.
Une année après, la jeunesse communiste d’ANNAHJ ADDIMOCRATI, organisa à Larach sa colonie de vacance sous un thème relatif à la commémoration du 1er anniversaire du décès de ses deux membres Atika et Mouhcine.
Arrivés à Larach quelques heures avant la séance d’ouverture, et après avoir repéré le nouveau local de l’UMT (le plus ancien et important syndicat ouvrier) où devrait se dérouler cette séance, nous rejoignîmes, Zhor et moi, le centre de la ville, où nous retrouvâmes le camarade Lahnaoui, membre du secrétariat national d’ANNAHJ, et le camarade Hamdouchi responsable local et membre du comité national d’ANNAHJ, et avec eux IDA, la mère de Atika.
Ida a fait plus de 500 km pour participer à cette commémoration.
IDA resta avec nous deux. Les deux autres camarades sont allés contribuer aux préparations matérielles de l’événement.
Nous prîmes place dans une terrasse de café.
IDA est venue de Souk Sebt où la température descend rarement au dessous de 40 degrés en été. Peut-être qu’elle voit pour la première fois la mer.
Le mari immobilisé par la maladie à la maison après des décennies de travail, sans ressource aucune pour subvenir au minima des besoins de la famille, IDA, et sans hésitation, se jette dans le monde de travail rémunéré.
C’est le calvaire de l’exploitation : elle se lève à cinq heure, prépare le petit déjeuner, le déjeuner, fait la vaisselle, fait la lessive…puis rejoint le mawkif
Après 10 heures de travail sur les terres qui, jadis, étaient des terres collectives, aujourd’hui propriétés privées d’individus sans scrupule aucun. La majorité de ces rapaces portent des noms étrangers à la région, elle rentre chez elle. Avant de se coucher, IDA doit préparer le dîner, faire la vaisselle, arranger « la maison »…Mao, et avec raison, a déjà parlé de la triple exploitation de la femme, de la triple exploitation de cette moitié de ciel.
IDA est venue à Larache pour une seule nuit : arrivée l’après-midi du 22 juillet 2009, elle reprit la route à minuit. Les diverses besognes et corvées ne savent pas attendre !
A 19 heures, IDA, la mère de Atika et Azzouz le père de Mouhcine qui a fait plus de 600 km pour assister à cette commémoration, furent accueillis par les camarades de leurs enfants avec des slogans et chants révolutionnaires. Ce fut un moment émouvant ; ça vous prend à la gorge, aux tripes, même à 60 ans vous ne pouvez pas empêcher vos larmes de couler.
La commémoration a débuté par une minute de silence à la mémoire de Atika et de Mouhcine. Lorsque la prolétaire IDA, Oummi IDA (ma mère Ida) pour les jeunes communistes d’ANNAHJ, prit la parole, elle remercia tout d’abord ANNAHJ ADDIMOCRATI en général et sa jeunesse en particulier d’avoir organisé cette commémoration. « J’ai perdu Atika ma fille, mais j’ai gagné des dizaines de filles et de garçons. Je suis votre mère, vous êtes mes enfants. Je suis fière de ce que faisait Atika, je suis heureuse de ce que vous faites. Je souhaite de tout mon cœur la victoire d’ ANNAHJ ADDIMOCRATI dans son combat »…
L’intervention du camarade Azzouz était aussi émouvante que celle d’Oummi IDA. Azzouz a perdu un fils et un camarade de combat. Azzouz et Mouhcine faisaient partie de la même section d’ANNAHJ ADDIMOCRATI (Guercif).
A minuit, Azzouz reprit le chemin de Guercif, Ida celui de Souk Sebt, les jeunes rejoignirent leur lieu de campement à l’autre bout de la ville.
ANNAHJ ADDIMOCRATI, ne peut qu'être fier de ses jeunes communistes qui ne ratent jamais les rendez-vous avec l’Histoire. Il ne doit jamais oublier les combattants qui tombent dans le champ de la lutte. Il doit continuer à incarner (en idée et pratique) les valeurs communistes, les valeurs léguées par ILA AL AMAM marxiste-léniniste.

Ida

Pardon pour ce film

par Slimane Hadjar, 10/8/2009



J'ai participé à un film qui traite d'islam, de guerre et de politique, je tiens donc à m'excuser auprès des spectateurs, des croyants et des musulmans en particulier qui se sont sentis mal à l'aise à l'issue de ce film pour différentes raisons. Je m'explique.

L'aveuglement dont fait preuve la majorité des comédiens qui débutent et qui veulent à tous prix entrer dans le cercle très fermé des acteurs « qui travaillent » ne leur permet pas à priori de s'interroger sur le contenu d'un scénario, et c'est d'autant plus vrai lorsque l'on vous propose un premier rôle et de surcroît très bien payé.
Décrocher le rôle de Chérif dans Djihad de Félix Olivier (Canal Plus) m'avait rempli de joie. C’était mon premier rôle principal. J'étais trop content ! Après de longues années d’auditions, de doutes, d’incertitudes, enfin ! Incroyable ! Ajoutez à cela le fait d’avoir coiffé au poteau une centaine de comédiens aux auditions et de jouer avec des acteurs connus et les conditions sont réunies pour que l'aspect politique du film et ses intentions ne fassent plus partie de vos préoccupations. Enfin, un petit peu mais le train était déjà en marche.
Nous avons tourné une bonne partie du film au Moyen-Orient dans les villes arabes comme Jaffa ou Akka et Allah l'Unique m'a permis de visiter Jérusalem le « berceau des religions », une ville magnifique et tout particulièrement l’Esplanade des mosquées (Haram al-Sharif) où j’ai eu le privilège de prier la prière du vendredi à la mosquée sacrée d'Al- Aqsa (Masjid Al-Aqsa), troisième lieu saint de l’islam après Médine et La Mecque. Je souhaite à tout croyant de visiter un jour ce lieu sacré qui laisse un souvenir impérissable. C’est pour moi le seul souvenir positif de cette expérience, outre le fait d’avoir goûté à ce que je voulais faire depuis des années, maintenant que c’est fait je peux passer à autre chose.
J’ai découvert de cette manière ce qu'on ne vous enseigne pas en fac de cinéma ou dans les conservatoires de théâtre ; le code de bonne conduite : l'hypocrisie, l'orgueil, l'immodestie, les faux semblants, le pathétisme etc. La course à la reconnaissance et aux richesses finit forcément par vous déconnecter du monde réel et vous plonge dans les bas-fonds de quelque chose que vous ne soupçonniez pas. Un autre « délire » quoi, la simplicité et la sincérité en moins.
C'est aussi la période de ma vie où paradoxalement j'ai été le plus triste, allant même jusqu'à regretter la période ou j'étais vendeur de chaussures à Usine Center pour environ 450 euros le mois et à plus de d'une heure trente de trajet de chez moi. Comment expliquer ce sentiment ? En Islam, on parle de « baraka », de bénédiction. Ce peu d'argent aussi minime soit-il me contentait. Je m'en rends compte aujourd'hui. Depuis, j'ai enchaîné avec d'autres films mais ce n'était plus du tout comme avant. C'est toujours comme ça, les meilleurs moments sont toujours ceux où l’on désire les choses puis quand on les obtient...
Et il y a surtout le sujet du film et l'objet même de mon mea culpa. L'Islam.L'Islam dans le double téléfilm Djihad est encore associé au terrorisme où les musulmans sont des êtres manipulables et violents. Si ces personnages montrés à l'écran existent ou ont existé, est-il nécessaire de représenter une infime minorité pour convaincre une majorité que l'islam c'est « ça », une religion venue d'ailleurs qu'on associe aux armes à feu, aux explosions et aux kamikazes?
Le film montre aussi le fantasme de l'endoctrinement des jeunes de banlieue totalement écervelés en proie à l'éclatement de la cellule familiale et au deal de la cité qui vont combattre pour « l'amour de Dieu ». Pourquoi ne montre t-on pas les musulmans qui combattent pour la paix, l’amour, la tolérance dans leur quotidien ?
Dans un passage du film, j'avais demandé à la production qu’il serait judicieux que mon personnage, qui va combattre en Irak, ne tue personne et se retrouve embarqué à Guantanamo par accident, pour être en accord avec la réalité où la plupart des prisonniers détenus sur la base américaine étaient innocents. Ce changement n'a pu être possible. L’incarcération de Chérif à Guantanamo Bay devait être en quelque sorte justifiée. Sauf que la réalité dépasse la fiction, la justice française a relaxé les cinq Français présents là-bas, ces mêmes Français présumés coupables.
Je regrette sincèrement et profondément d'avoir participé à une œuvre qui ne reflète pas la vraie nature de l'Islam mais plutôt son fantasme et ses peurs. Je n'ai pas le pouvoir de revenir en arrière, bien que ce film ait changé ma vie (...), je m'excuse donc et demande pardon auprès des spectateurs en général et des musulmans en particulier que j'ai pu offenser. Pour s’intéresser à l'Islam il faut se pencher directement sur le Saint Coran et sa science, pas sur l'amas d'idées reçues véhiculées ici et là.
Je ne crache sur personne, je m'excuse juste en mon nom propre pour ma participation à quelque chose qui même si fondamentalement n'atteint pas l'Islam, ne lui fait pas du bien.Idem pour mes participations précédentes, je m'excuse si cela a atteint des personnes car ce n'était pas mon intention. Je ne veux pas me retrouver parmi ceux qui ont vendu leur religion à vil prix car c'est aujourd'hui la chose la plus importante à mes yeux. Une des conditions du repentir sincère en islam c'est de demander pardon aux personnes à qui l'on a fait du mal ou du tort et Allah m'en est témoin via cette lettre.
A tout ceux qui ne comprennent pas ma soudaine envie d'arrêter le cinéma et mon intérêt pour l'Islam alors je répondrai que l'important c'est que je me comprenne moi-même. Ce film a été diffusé dans plusieurs pays du monde, notamment dans les pays du Maghreb, en espérant que mes excuses atteignent les personnes qui se sont senties mal à l’aise ou offensées, au-delà des frontières. Merci d'avance de véhiculer ce message, insignifiant pour les gens mais très important pour moi.
Faites des du'aas, (invocations) pour moi dans vos prières.Merci d’avance.
Qu'Allah l'Unique me pardonne. Amin.
Salam Aleykoum (Paix sur vous).
Slimane Hadjar
Contact :
slimanehadjar@hotmail.fr

vendredi 14 août 2009

L'école des arts visuels à Marrakech


Par Leïla Slimani, envoyée spéciale, 13/8/2009



Marrakech à bonne école
L'école est désormais ouverte aux étudiants subsahariens et moyen-orientaux. Alors que les tournages se multiplient au Maroc, l’école des arts visuels de la Ville ocre forme aux métiers du septième art. Et s’inscrit dans une dynamique nationale.



Pour les heureux candidats qui ont réussi le concours d’admission à l’École supérieure des arts visuels de Marrakech (Esav), la rentrée de septembre risque de réserver de belles surprises. Ils l’ignorent encore mais, dans quelques mois, à la faveur du climat clément de la Ville ocre, ils s’installeront sur les pelouses, autour de leurs professeurs, pour assister à des cours d’histoire du cinéma ou d’écriture de scénario. Comme les étudiants des promotions précédentes, ils s’agiteront dans les couloirs, caméra au poing et scénario sous le bras, dans la perspective d’un tournage. La vision peut sembler idyllique, mais il suffit d’avoir passé une journée entre les murs de cette école pour pouvoir affirmer que les étudiants y sont heureux et plein d’entrain. Véronique Bruez, membre de la direction, le reconnaît, « Ici, c’est un peu bohème, vous savez. » « Mais c’est aussi très professionnel », s’empresse-t-elle d’ajouter. Car l’Esav n’a rien à envier aux plus grandes écoles de cinéma d’Europe. Une salle de projection de 200 places, un cinéma en plein air, un matériel de haute technologie, deux plateaux de tournage de 200 m2 chacun… « On est très gâtés, explique Yacout, une étudiante marocaine. J’ai même été surprise par la qualité du cadre et de l’enseignement. »


Architectes suisses
Unique en son genre au sud de la Méditerranée, cette école est née du rêve de Susanna Biedermann et Max Alioth, un couple d’architectes suisses installés au Maroc. Déjà fondateurs de Dar Bellarj, une fondation qui soutient la culture à Marrakech, ils décident à la fin des années 1990 de lancer un projet qui leur survivra et qui témoignera de leur amour pour le royaume. C’est Vincent Melilli, directeur de l’Institut français de Marrakech entre 1998 et 2002, qui leur souffle l’idée d’une école de cinéma. Il part d’un constat. Le Maroc accueille de plus en plus de tournages mais les réalisateurs étrangers ne peuvent malheureusement pas engager de techniciens sur place puisque aucun centre n’existe pour les former. Par ailleurs, le paysage audiovisuel national est à cette époque en plein bouleversement. L’abrogation du monopole d’État, l’augmentation du fonds d’aide au septième art marocain et le dynamisme de la production nationale laissent présager que les besoins en ressources humaines ne vont cesser d’augmenter.
La fondation Susanna-Biedermann investit 6 millions d’euros pour créer l’Esav en 2006. Bien que ce soit un établissement privé, la fondation n’attend aucun retour sur investissement. L’université Cadi-Ayyad de Marrakech lui permet d’acquérir pour quarante ans le droit au bail d’un terrain domanial dont elle avait l’usage. Au terme de ce bail, les locaux et l’équipement de l’école reviendront à l’État marocain.
Des enseignants et des professionnels de toutes nationalités dispensent une formation en réalisation, montage, image et son. « Plus qu’un simple bagage technique, nos professeurs apportent aux étudiants une véritable culture cinématographique afin d’affûter leur regard sur le monde », explique Véronique Bruez. Et le cadre de l’école y est propice. Ouverte sur l’extérieur, elle organise des rencontres et des projections où sont conviés les étudiants des facultés environnantes. Des artistes aussi célèbres que le réalisateur Elia Suleiman ou l’actrice Sigourney Weaver sont venus à la rencontre des élèves. Des chorégraphes ou des plasticiens viennent également en résidence. « Nous avons eu des professeurs cubains, iraniens, algériens. C’est très enrichissant », raconte Ludovic, un élève malgache.
En 2008-2009, l’Esav a accueilli sa troisième promotion et, plus que jamais, ses directeurs ont été animés par un souci de mixité sociale et culturelle. Les droits de scolarité sont élevés (4 500 euros par an) mais près de 60 % des étudiants sont boursiers. La recherche de fonds se fait par le biais d’une association, Les Amis de l’Esav, qui collecte l’argent auprès de différentes fondations.
« Marrakech était le lieu rêvé pour cette école », juge Samba Félix Ndiaye, un réalisateur sénégalais de 64 ans qui enseigne à l’Esav. Ville de cinéma, elle accueille depuis 2000 un festival international du film et se situe à proximité des plateaux de tournage de Ouarzazate. Mais c’est surtout une ville cosmopolite, au carrefour des civilisations maghrébine et subsaharienne. « Nous avions terriblement besoin d’une école de cinéma sur le continent, se réjouit Samba Félix Ndiaye. Les réalisateurs africains de ma génération étudiaient en France, aux États-Unis ou dans l’ex-Union soviétique. Nous étions malgré nous influencés par un cinéma occidental. » Les conditions d’obtention de visas en Europe s’étant durcies, l’Esav ambitionne d’accueillir en son sein des talents de tout le continent et de former des cinéastes africains, dont l’œuvre serait ancrée dans une histoire et dans un territoire. Raison pour laquelle, depuis 2008, il est possible de passer le concours d’entrée en Afrique subsaharienne et, depuis 2009, au Moyen-Orient.



Jeunet, Scorsese, Wenders...
Une chance pour l’Afrique d’inscrire sa marque dans le cinéma mondial et de rattraper son retard. « Tous les grands mouvements de cinéma, comme l’expressionnisme allemand ou le néoréalisme italien, sont nés d’une école », rappelle le réalisateur sénégalais. Archie, un étudiant camerounais, comme son camarade malgache Ludovic ont d’ailleurs l’intention de rentrer dans leur pays une fois leur cursus terminé. « Hollywood ne nous intéresse pas, s’amuse Ludovic. Nous avons beaucoup de choses à dire sur nos origines et notre culture. »
Après seulement trois ans de fonctionnement, il est trop tôt pour faire un bilan de cette école. Mais, déjà, quelques élèves ont retenu l’attention avec des œuvres originales et sensibles. Lors du 56e festival de San Sebastian, en Espagne, c’est un élève de troisième année, Mehdi Azzam, qui a remporté le premier prix dans la catégorie « écoles » avec Le Bal des suspendus. Avec des parrains tels que Abbas Kiarostami, Jean-Pierre Jeunet, Martin Scorsese ou Wim Wenders, l’Esav semble placée sous de bons auspices.
Source : Jeune Afrique

تقرير موريتانيا ورئاسيات 2009


Rapport de Violette Daguerre (Commission arabe des droits humains) sur les élections en Mauritanie
5/8/2009


فيوليت داغر
اللجنة العربية لحقوق الإنسا

2009/08/05

تقديم
تم اليوم تنصيب الجنرال محمد ولد عبد العزيز رئيساً لموريتانيا بعد انتخابات فاز بها من الدورة الأولى بأكثر من نصف أصوات المقترعين، وذلك وسط مقاطعة أقطاب المعارضة للحفل وحضور عربي وافريقي وأوروبي. فهل أن الجمهورية الاسلامية الموريتانية التي تبدو وكأنها على مفترق طرق ستتجه نحو تحول ديمقراطي فعلي وسيرورة جديرة بالاهتمام والمتابعة والتقليد، أم أنها بعد العزلة الدولية ستدخل مرحلة تأزم واحتمال انقلابات جديدة؟

في الواقع إن الاحتقان الذي امتد لمدة طويلة قبل الانتخابات الرئاسية لم يهدأ منسوبه بعد إعلان نتائجها وفوز محمد ولد عبد العزيز أمام الثمانية الآخرين، الذين بأكثر من نصفهم دخلوا حلبة السباق للمرة الأولى وتوزعوا بين مكونات الطيف السياسي والعرقي والجهوي والأيديولوجي. الخاسرون اعترضوا على النتائج وما اسموه تزويراً في سير العملية الانتخابية وخلال التحضير لها، وقالوا أن رقم 52% الذي حصل عليه الجنرال عبد العزيز كان يجري تداوله خلال الحملة الانتخابية. وأكدوا بأن الغش والتلاعب وقع ولو أن المجلس الدستوري رفض كما كان متوقعاً الطعون التي قدمت خلال مدة 48 ساعة فقط من إعلان وزارة الداخلية النتائج. وفي حين قالت أطراف منها أنها قدمت أدلة دامغة لا يجوز تجاوزها، كانت أخرى قد أشارت إلى أنها لن تتوجه للمجلس كونها لا تعتبره حكماً نزيهاً بعد اتخاذه مواقف دللت على عدم حياديته عندما رفض تأجيل الانتخابات لما بعد 18 يوليو/ تموز. من هذه الطعون التي قدمت طلباً بإعادة فرز الأصوات وبفحص الأوراق التي أعدتها شركة لندنية وتم التصويت بها، حيث تبين أن الشركة تعرض خدمات "إنتاج أوراق حساسة وقابلة للتكيف والذوبان".


محمد ولد عبد العزيز


كانت الحملة الانتخابية قد جرت في ظل نوع من التوافق الذي كرسته اتفاقية داكار التي تم التوقيع عليها إثر التدخلات الخارجية، والتي كانت إطاراً لتسوية بين تيارات وقوى كبرى شهدت انقسامات وتوترات شديدة على مدى عشرة أشهر إثر خلع ولد عبد العزيز لسلفه. هذه الاتفاقية جرت رعايتها من مجموعة دولية ممثلة أساساً بالرئيس عبد الله واد والاتحاد الإفريقي والجامعة العربية والمجموعة الأوروبية والأمم المتحدة. وبمعزل عن اهتمام ودعم الدول الجارة وبنوع خاص ليبيا والمغرب والجزائر والسنغال، فالبترول الذي اكتشف قبل سنوات، علاوة على ملفات الهجرة والإرهاب، هي أكثر ما شغل الدول الغربية، وخصوصاً فرنسا الحريصة على استتباب وضع يضمن لها مصالحها وعدم ترك الساحة للاعبين آخرين قد يشكلوا تهديداً لها. وهناك من يربط بين مجموعة الانقلابات التي حصلت منذ 2000 والاهتمام الدولي بهذا البلد حديث العهد وبين ظهور البترول بكميات كبيرة داخل حدوده.


فرنسا كانت في الكواليس ولا تنكر ذلك، بل تُجاهر بفضلها في ترتيب الوضع. فالسيدين بلقاني وبرجي المقربين من الرئيس الفرنسي ساركوزي كانا بنوع خاص ينشطان لتجنب عزل محمد ولد عبد العزيز دولياً، واستقباله في باريس، والضغط على المعارضة للمشاركة في الانتخابات رغم السرعة في توليب القضية وما كان لذلك من تأثير على النتيجة، وباختصار لشرعنة الانقلاب على القصر. لكن الاتحاد الأوروبي اتخذ موقفاً آخر بالتشديد على تفحص ما شيع أنه تزوير، وضرورة اقرار ذلك من السلطات الموريتانية بالتوافق مع القوانين المحلية والأعراف الدولية.

أما اللجنة الانتخابية المستقلة، التي تمثل بها أطراف ثلاثة توزعوا بشكل متوازٍ بين موالاة ومعارضة والتي شهدت تجربتها الأولى في عملية انتخابية، فقد استقال رئيسها بعد اعلان النتائج والحديث عن التزوير. لقد شهدت هذه الانتخابات تنافساً حاداًَ بين مرشحين غابت في الواقع برامجهم الانتخابية عن المشهد، مع غياب المرجعيات الايديوليوجية والسياسية وعدم تآلف المعارضة حتى على المستوي الفكري والأيديولوجي ودور بعض أطرافها في تزريرها لقاء التقاء المصالح على أشخاص بعينهم. فالساحة السياسية تتحرك في موريتانيا كرمال الصحراء وتتسم هي أيضاً بالترحال، على خلفية بنية قبلية مرنة نسبياً ولا تفرض نفسها كفاعل سياسي. وذلك رغم الاصطفاف القبلي الحاد في القوى الداعمة للمرشحين هذه المرة بين قبيلة أولاد بالسباع من جهة وقبيلتي السماسيد وإدواعلي من جهة أخرى. وعلى الرغم من الأزمة السياسية التي عصفت بالبلاد منذ انقلاب محمد ولد عبد العزيز على سيدي ولد الشيخ عبد الله، يبدو المجتمع الموريتاني متسامحاً عموماً. بما قد يفسر عدم الاصطدام الدموي الذي شهده النموذج الإيراني على سبيل المثال إثر انتخابات مطعون أيضاً في نزاهتها.

هل سيقبل هذا المجتمع رغم كل شئ بالنتيجة، لاسيما وأن الاعتراض عليها سبق إعلانها وأن الفوز من الدورة الأولى شكل مفاجأة للكثيرين وترك علامات استفهام لن تنجلي بسهولة ؟ أم أن إغراءات السلطة والمناصب والامتيازات فيما لو عرضت يمكن أن تذرر التكتلات وتضعف المعارضات في مجتمع 64% من شعبه أميين وثلثيه من الفقراء ؟


تحت عنوان : "هل أصبح الإنقلاب السادس عشر على الأبواب؟" نقرأ في يومية السراج بتاريخ 14 يوليو 2009، أنه من الأسباب غير المطمئنة بالاستقرار هو أن "نجاح ولد عبد العزيز مشكلة وخسارته للانتخابات مشكلة أخرى، وبين المشكلتين مشاكل أخرى عديدة.."



كانت موريتانيا لسنوات قصيرة خلت قد قدمت صورة عن بلد ديمقراطي يتم فيه التداول على السلطة بشكل سلمي، لدرجة جعلت الكثيرين من المثقفين العرب يتغنون بمزايا بلد الشعراء. لكن صورتها في الخارج لا تعكس بالضرورة الواقع المعاش للكثير من أبنائها المهتمين بالحقل العام وبمستقبل أبنائهم. فالرغبات والاسقاطات تدخل في تكوين الصورة كما أحلام القابعين في بلدان تعيش أزمات متتالية في جو من الاحتقان السياسي والأنظمة التسلطية وحالات الطوارئ والقوانين الاستثنائية وهلم جراً. وإلا كيف يمكن أن نفسر أنه من الدورة الأولى يأتي الرئيس السابق، اعلي ولد محمد فال، الذي رأى فيه الكثيرون نموذجاً يحتذى في امكانية التداول السلمي على السلطة في بلدان عالم ثالث، في مرتبة متأخرة جداً (3%) بعد محمد ولد عبد العزيز الذي لم يكن من مؤشرات على بلوغه هذه الشعبية الكاسحة في هذه الفترة القصيرة من عمر توليه الرئاسة- ولو أنه كان في الصورة الخلفية وكما يقال هو من صنع الرؤساء- أو حتى بعد مسعود ولد بلخير (16%) وأحمد ولد داده (13%)؟


لمحة سريعة


لتوضيح بعض ملامح الصورة التي تبدو ضبابية لحد ما عند غالبية المهتمين، لا بد من تقديم لمحة سريعة عن تشكيل هذا البلد (بالاعتماد مشكوراً على الاستاذ محمد ولد الكتاب). فنواكشوط العاصمة، والتي تزدحم فيها اليوم المباني والسيارات في أكثر من مكان، لم تكن قبل نصف قرن من الزمن سوى كناية عن بضع بيوت متناثرة على الطريق العام رقم واحد العابر لافريقيا والممتد بين داكار والجزائر. المحطة الأبرز حينئذ كانت كاراجاً لتصليح كميونات شحن البضائع التي تعبر الخط. إلى أن اتخذ في 1959 قرار نقل عاصمة موريتانيا من سان لويس في السنغال نحو هذه القرية التي باتت نواكشوط التي نعرفها اليوم. فكان الإسراع في تشييد بضع مباني تناثرت هنا وهناك لتكون مقرات لرئاسة الجمهورية والبرلمان وبعض الوزارات، ثم أعلن ميلاد جمهورية موريتانيا الاسلامية في 28 نوفمبر/تشرين الثاني 1960. وقد عقدت الجلسات الوزارية في البداية تحت قبة خيمة منصوبة بانتظار إقامة المبنى المخصص لذلك، كما وبني مطار صغير لوصل هذه الجمهورية بالعالم.


تعيش موريتانيا، المكونة من 2.8 مليون نسمة والممتدة على مساحة 1.030.700 كلم² مع شواطئ يبلغ طولها 750 كيلومتراً والغنية بالنفط المكتشف حديثاً وببعض المعادن كالحديد والفوسفات ومنها الثمينة كالذهب والماس وغيره التي تنقب عنها شركات أجنبية، من زراعة الحبوب والخضار والفواكه. كما ومن تربية المواشي وصيد الأسماك النهري والبحري، حيث تباع وتصدَر منها مئات آلاف الأطنان سنوياً. تشتهر ولاية نواذيبو بنوع خاص بثروتها السمكية التي يخشى عليها من التراجع الكبير بسبب الصيد المكثف وطرائقه المؤذية للاسماك. كذلك بجمال شطآنها التي تستدعي فلول السياح للتمتع بمناظرها الطبيعية وروعة جزرها ومعالمها الأثرية. لكنها تشكو في نفس الوقت من ندرة ماء الشرب وارتفاع متواتر في كلفة العيش، مثلما تشهد مناطق أخرى في هذا البلد الممتد الأرجاء ظاهرة الجفاف وغزو الجراد واتساع رقعة التصحر بشكل سريع ومخيف.


وبمعزل عن إرسال المهاجرين لتحويلات مالية لأهاليهم ولتشييد الطرقات والمدارس والجوامع والمستوصفات، ووجود بعض التعاونيات الزراعية والصناعة الحرفية، كما ومشاريع لمحسنين ودول اجنبية ومنظمات خيرية تعمل على حفر الآبار الارتوازية ومد الكهرباء للمدن وانشاء مشاريع اجتماعية وتنموية ومحو أمية لتحسين ظروف عيش السكان، ما زال الكثير ينتظر أهل هذا البلد شديد الفقر. فموريتانيا تفتقر للكثير من مقومات العيش الكريم، رغم وجود أقلية غنية جداً تستأثر بالثروة وأحياناً بالسلطة معاً وتبدد أموالها الطائلة نسبياً في العطل بالخارج بدل استثمارها في تنمية بلدها. ورغم الاصلاحات الاقتصادية الكبيرة التي أجريت منذ 1986 والتخلص من المديونية، فالكثير ما زال مطلوباً من أجل نهضة بلد لا يصل دخل الفرد السنوي فيه لمعدل 500 دولار أمريكي. يلزمه المزيد من الجهد والعمل والمثابرة والاتكال على النفس لمحاربة الفقر والأمية وتشييد البنية التحتية وتطليق حياة البداوة والترحال وتثبيت أقدام الساكنة في الأرض. خاصة في القرى التي تشهد نزوحاً قوياً نحو المدن هرباً من شظف الحياة وبحثاً عن العمل ولقمة العيش. فالبطالة تجاوزت 22% حسب الأرقام الرسمية، يضاف لها مخاطر الهجرة السرية، في ظل ضعف الرقابة على الحدود وهشاشة نظام الهجرة والجنسية، والتي يخشى البعض تهديدها التوازن الديمغرافي لموريتانيا.


اليوم ورغم قوانين منعها ما زالت أشكال من العبودية تتواجد في هذا البلد، كما ما زلنا نجد الزواج المبكر للفتيات وتعدد الزوجات وختان البنات واطعامهن بالقوة ليصبحن أكثر اكتنازاً واستعداداً لانتظار العريس المرتقب. وذلك على حساب تعليمهن مع تعريض أمومتهن للخطر وحياتهن الزوجية للتصدع والطلاق، علماً أن هذا المجتمع يبدو أمومي أكثر منه أبوي حيث نرى للمرأة فيه وزن وسلطة وتأثير يمتد لأبعد من حدود منزلها.


الانتخابات الرئاسية


في حين تحدثت غالبية المراقبين عن نزاهة وشفافية الانتخابات، سجل بعض المراقبين مجموعة من الخروقات التي رافقت عملية الاقتراع، من مثل عدم حيادية بعض الموظفين الرسميين في العملية الانتخابية، وعدم السماح لبعض الناخبين المسجلين على القوائم الانتخابية بعد اتفاقية داكار بالتصويت وضعف الجهاز الإداري المناط إليه تسيير العملية الانتخابية، ووجود "شوائب بقوائم الانتخاب" وعدم اطلاع الكثير من رؤساء المكاتب بشكل كاف على القانون الانتخابي الموريتاني وعلى الإجراءات المتبعة عند الانتخاب والفرز، إلا أنهم اعتبروا أن هذه الشوائب لا ترقى للطعن بها. كما وأنها أكثر شفافية على سبيل المثال، من الانتخابات اللبنانية التي سبقتها إذا ما قورنت بها. ربما لسبب أن المال الانتخابي لم يكن واضحاً وفاضحاً بنفس القدر أو لأن تواتر المؤشرات التقنية لم يكن بالقدر الكبير أو لأن الأطراف الموالية والمعارضة جميعها كانت مشاركة في تسيير العملية الانتخابية.


بالمقابل، خرجت أصوات معارضة من داخل موريتانيا تتحدث عن "وأد آمال الشعب وتطلعاته وخرق روح التشاور والوئام التي سادت بعد اتفاق دكار"، وعن "تزوير الإرادات وشراء الذمم واستغلال السلطة وإنفاق المال السياسي والتلاعب بالنتائج"، كما وعن "منع الناخبين من التصويت وعدم وجود أسماء لبعض الناخبين في مراكز الاقتراع"، وعن "ظروف مراجعة اللائحة الانتخابية الضيقة جداً بحيث لم يظهر من المسجلين على اللائحة الانتخابية بعد اتفاق دكار إلا أقل من النصف"، أو عن "النتائج المتساوية تقريباً في كل المقاطعات التي حصل عليها ولد عبد العزيز"، وبأن "حرف الباء الذي يضعه الناخب أمام من يريد التصويت له كان مكتوباً بنفس الخط وبشكل متشابه بما يؤكد أنه معد سلفاً وخارج مكاتب التصويت"، وعن "اعلان أرقام كبيرة في بعض المقاطعات والمكاتب لصالح عبد العزيز رغم أنه لم يجن فيها أي صوت"، وغير ذلك من اعتراضات.


كان شريط فيديو بثه الموقع الالكتروني لرئيس تكتل القوى الديمقراطية أحمد ولد داداه قد أظهر أن أعوان محمد ولد عبد العزيز قد قاموا بعملية تزوير واسعة النطاق لبطاقات الهوية وتلاعبوا بالقوائم الانتخابية. في حين وردنا من مصوتين خارج المراكز الانتخابية في الضاحية الموريتانية شكاوى من خروقات من مثل تصويت أشخاص بإسم آخرين قبل أن يحضر المعنيون للتصويت.


لقد سجلنا وجوداً مكثفاً للمؤسسة العسكرية حتى داخل مكاتب الاقتراع يوم 18-07-09، وبحجة حفظ الأمن كان تدخّل رجال الأمن احياناً تعسفياً ووجود بعضهم لصيقاً ليس فقط مع الناخبين وإنما أيضاً المراقبين. ومن الناخبين من اقترع بلباس عسكري دون حيازة بطاقة انتخابية، في حين أن هذه البطاقة كان مطلوب تقديمها من غالبية المدنيين الذين اقترعوا أمامنا، لحد طلب عودتهم مجدداً بعد استخراجهم لها من الانترنت كي يتم مطابقة رقمي البطاقة والهوية. وحيث كان التشدد سيد الموقف حيناً، جرى أحياناً أخرى التغاضي عن بعض الأساسيات من مثل عدم التوقيع على المحضر أو عدم تطابق الأرقام. ارتبط ذلك برؤساء المكاتب وبشخصياتهم وانتماءاتهم، وتلوينات الأحياء التي تضم مراكز الاقتراع، وأوقات النهار وغيره من اعتبارات.


إذا كان صحيحاً أن هذه العينة لا تسمح بالتعميم على 2400 مكتب اقتراع في أرجاء البلاد توازع فيما بينها 60% من ال 1.183.447 المسجلين على اللوائح الانتخابية، فصحيح أيضاً أن مكوث المراقب عدة دقائق في كل مكتب اقتراع زاره ليس كافياً لتشكيل صورة وافية عن العملية برمتها ومباركة ما آلت إليه نتيجتها أو الطعن بها. إنها صورة فوتوغرافية عن اللحظة وعن جزء من المشهد ينقصه ليكتمل كل ما جرى في الشارع وفي الكواليس وما يرقى لأسابيع طويلة وربما أشهر من التحضير. كذلك يجب أن لا يغيب عن الذهن أن سلوكات البشر تأخذ بعين الاعتبار وجود عيون ترقبها، وأن خلفيات المراقب الشخصية من ثقافية وسياسية وغيره تلعب دوراً أساسياً في قراءته لما يدور حوله، علاوة على أنه لا يستطيع أن يتوقف عموماً إلا على بعض المؤشرات الشكلية منها إجمالاً وعلى تكرار حدوثها.


لنقر بأن اللعبة الانتخابية "الديمقراطية" هي ليست دوماً كذلك حتى في البلدان المتقدمة والتي تتمتع بتعددية سياسية وحزبية وسيادة واستقلال وبرامج انتخابية وغيره من مؤشرات ومتطلبات ديمقراطية التداول على السلطة. وذلك بالنظر لدور المال السياسي الموظف في العملية الانتخابية وتحضير الأرضية للذي يمتلك موازين القوة من تأثير اعلامي وترتيب الأحجار ومنها الأمنية في المواقع الأبرز بانتظار يوم الحسم. لاسيما وأن خبراء كثر يوظفون طاقاتهم في التخطيط لكسب الأصوات والتأثير النفسي على المقترع ليزج في أتون معركة قد يكون هو نفسه الخاسر الأكبر من نتائجها على المدى الأبعد. ألا نشهد في هذه البلدان تحولات الرأي العام وانخفاض نسبة المتعاطفين مع الغالب بعد فترة من الزمن غالباً غير طويلة من اعلان نتائج بدت للبعض للوهلة الأولى وكأنها انتصار مؤزر على الخصم؟


طبعاً، ليس مآلنا هنا الإشادة أو الطعن بشخص أحد الذين ترشحوا للرئاسة. ما جرى في موريتانيا يعطي المراقب صورة عن انتخابات تم تحضيرها وتمريرها على طريقة "الوجبات السريعة" وفرض نوع من الأمر الواقع. وقد دللت الحقبة الماضية على ضعف فكرة شرعية المؤسسات التشريعية والانتخابية في ذهن أصحاب القرار الفعليين. كذلك على أن العديد من الأحزاب السياسية ومن النخب كانت ذاتية الموقف وقصيرة النظر في تقييمها للأثر العميق لإبعاد الرئيس ولد الشيخ عبد الله عن السلطة باحتلال القصر. لعل في ذلك ما ترك أثره على الشعب الذي شهد صمت شخصيات سياسية كبيرة عن عمل غير شرعي بكل التفسيرات الدستورية. الأمر الذي نجم عنه دخول الأحزاب السياسية المعركة من موقع مشتت وضعيف وبدون مرشح جامع وقادر على الاستقطاب والتصدي لإعلام موظف لتمجيد الجنرال المرشح منذ لحظة استلامه السلطة حتى حملته الانتخابية.



خلاصة


نخلص للقول أنه لا بد من التأكيد على أن الاقتراع لم يجر بظروف عادية وشفافية ونزاهة مشهود لها رغم كل ما قيل وما يمكن أن يقال، وأن صناديق الاقتراع لا تستهل حكم الشعب. قد يؤخذ على هذا الكلام أنه يصب الزيت على النار ويفتح جروحاً يفترض أن تلتئم لبناء المستقبل. لكنها وجهة نظر تساوي غيرها في فضاء من التعددية الفكرية والنقاش الديمقراطي الهادئ والبناء المتسم بالطابع النقدي. كما لا يمكن الاكتفاء بلعب دور "شاهد ما شافش حاجة"، أو طمر الجمر في الرمل وإدارة الظهر لما قد يكون خميرة لضغائن واحتقانات وتوتر قد ينطلق من عقاله، وقد يقمع بحد السيف وهدر الدماء.


طي الملفات قبل معالجة مضامينها ومواجهة صريحة مع ما سبق لا يجدي نفعاً لمن يطمح لبناء المستقبل على أسس سليمة وثابتة. إن الخوف من الاتجاه المعاكس للتيار أو الرغبة بتغليب المصالح الآنية الذاتية أو الجماعية يجب أن لا يقف عائقاً أمام تكوين رأي مناهض لما يعلن على رؤوس الأشهاد. فالحقيقة هي دوماً ثورية، ولا يجوز التعتيم على جزء من المشهد في عالم تتناهشه مصالح نظام دولي همجي وتكتلات اقتصادية عابرة للحدود تعمل أحياناً في الخفاء لتفتيت المجتمعات وتجزئة المجزأ ووضع اليد على مقدرات الشعوب ورهن ارادات البشر.


بغض النظر عن دوافع كل من أسهم بما جرى أو أدلى بدلوه، ما يخدم البناء الديمقراطي وارساء التعددية وحقوق الإنسان في موريتانيا هو إحقاق الحق. وإذا كانت الديمقراطية تقود للتنمية التي يحتاجها هذا البلد بشدة لينهض من حالة الفقر والجهل والتخلف التي هو عليها، لا يمكن أن يكون هناك من تنمية دون ديمقراطية في مجتمع ما زالت تسود فيه قيم ما قبل الدولة وضعف الوعي المدني رغم التيارات السياسية العديدة التي تتوازعه والأحزاب التي عرفت في السنوات الفائتة طفرة كبيرة.


وإن كنا نأمل بالتوصل لتشكيل حكومة وحدة وطنية وإيجاد أرضية لتوافق وطني عام يجنب البلد الصراعات والاهتزازات، فالخوف مشروع كون المعارضة تتوعد بأن لها شروطها للقبول بذلك ولن ترضى بمجرد محاصصة وزارية، والرئيس المعلن فوزه يرفض هو أيضاً هذا الطرح باعتبار أنه فاز بتفويض أغلبية الشعب الموريتاني. فهل سيتجدد مشهد الصدام مع الأمن والنزول للشارع والمطالبة بالتحقيق في نتائج الانتخابات وازدياد الاحتقان؟ أم أن الرئيس الفائز سيسعى للتهدئة وليس للحرب على خصومه والتركيز خلال الخمس سنوات القادمة على التنمية ومكافحة الفساد والإرهاب كما أكد، كما على تنفيذ برنامجه في صون المال العام وتحسين مستوى دخل الفقراء ومكافحة البطالة ومواجهة الكثير من التحديات في ظرف محلي ودولي شديد الصعوبة؟ كثيرة هي الوعود التي تتبدد بعد الجلوس في سدة الحكم، لكن سنحتفظ بالأمل ولن نلعب دور الغربان السود قبل الآوان.

jeudi 13 août 2009

Sit-in à Zaouite Cheikh


Par Ali Fkir,12/8/2009

Les militant-es de l'AMDH, section de Zaouite Cheikh, ont organisé (le 7 août 2009) avec succès un sit- in populaire pour protester contre la politique sanitaire de l'Etat dans la région...La population en général, et les femmes en particulier, ont répondu présentes, car elles sont les premières victimes du désengagement de l'Etat des secteurs sociaux (santé, enseignement, travail...).
Bravo les militant-es de Zaouite Cheikh!

--- En date de : Mer 12.8.09, Amdh Zaouiacheikh a écrit :

ارتباطا بالوقفة الاحتجاجية ليوم 7 غشت 2009
قبل تنفيذ الوقفة الاحتجاجية تمت الاستجابة لمطلبين
أ ـ تعيين ممرضتين مختصتين بدار الولادة
ب ـ تزويد المركز الصحي الحضري بزاوية الشيخ بسيارة إسعاف وكذلك الجماعة القروية أيت أم البخت
وفي يوم الاثنين 3 -8 -09 اتصلت مندوبية وزارة الصحة ببني ملال برئيس فرع الجمعية المغبية لحقوق الإنسان بزاوية الشيخ قصد الاجتماع ومناقشة المطالب وتم تحديد يوم الثلاثاء 4 -8 - 09 في الساعة الخامسة بعد الزوال بالمركز الصحي لكنها اعتذرت عن الحضور قبل موعد اللقاء بساعتين ولم تبلغنا بالأسباب وفي المقابل سجل الفرع موقفه من هذا السلوك خلال الوقفة وندد به

Lutte de l'ANDCM à Imzourne


Par Ali Fkir, 12/8/2009


Exprimons notre solidarité avec ces infatigables combattants de la dignité.
- Dénonçons les pratiques de "piston", de corruption, de ségrégation... qui prédominent dans le monde de travail
- Dénonçons la démission de l'Etat du "monde" social
- Dénonçons la répression dont sont victimes quotidiennement ces enfants du peuple qui ne font que revendiquer leurs droits de citoyenneté
http://andcm--alhoceima.blogspot.com/
مسيرة شعبية بإمزورن لفروع التنسيق الإقليمي بالحسيمة يوم 11 غشت 2009

استمرارا في أشكالها النضالية نفذت فروع التنسيق الإقليمي للجمعية الوطنية لحملة الشهادات المعطلين بالمغرب الشكل الثالث في البرنامج النضالي الذي سطره مجلس التنسيق الإقليمي المنعقد بمقر الفضاء النقابي الديمقراطي بالحسيمة يوم 28 يوليوز 2009 و الذي كان على شكل مسيرة شعبية جابت مختلف الشوارع الرئيسية بمدينة امزورن وقد ردد خلالها المعطلين شعارات تندد بسياسة التسويف والمماطلة التي ينهجها المسؤولين على المستوى الإقليمي و بالخصوص والي ولاية جهة تازة الحسيمة تاونات تجاه المطالب العادلة والمشروعة للجمعية كما رددوا شعارات تندد بالتهميش و التفقير الذي ينهجه النظام القائم في حق الشعب المغربي وأكدوا على مواصلتهم لنضالاتهم حتى تحقيق مطالبهم المتمثلة في الشغل و التنظيم وفي كلمة للكاتب العام لسكرتارية الإقليمية أشار هذا الأخير إلى الوعود الممنوحة للجمعية و التي لم يتم تنفيذها بعد كما توعد بأشكال نضالية أكثر تصعيدا ردا على اللامبالاة التي يواجه بها المسؤولين على المستوى الإقليمي مطالب المعطلين كما دعا المعطلين والجماهير الشعبية بالحضور المكثف في الشكل النضالي الذي سيخوضه فروع التنسيق الإقليمي يوم الخميس 13 غشت 2009 بالساحة الكبرى بمدينة الحسيمة على الساعة السادسة و النصف مساءا--

mercredi 12 août 2009

Censure…ingérence…nationalisme

Par Smirnova, 8/8/2009 (extraits)

…Des groupes se sont formés
des contre la censure
et des soit disant contre l'arrogance française !!
et bizarrement la fibre de" l'intérêt suprême de la nation" a été soulevée
par ceux et celles qui veulent justifier l'arbitraire..
Des "militantEs" nationalistes
arguant que la France par le biais de son ministre des affaires étrangères
a exprimé "son regret" de la censure du journal "le Monde"…
parlant de "nationalisme", d" ingérence des étrangers" dans les affaires intérieures du pays!!!comme si vraiment les décisions politiques dans ce pays étaient "nationales"!!!
Même le ministre de la communication est sorti de ses gonds
et a sorti un papier hallucinant
où il invective la société civile, les partis politiques
qui, selon lui, devraient être à l 'avant garde
pour défendre les valeurs "sacrées " du royaume...!!!
On sait tous et toutes que notre pays fonctionne selon le bon vouloir de la Banque Mondiale,
que nous sommes un état" qui suit scrupuleusement à l'œil et au doigt les directives de l'UE !Même qu'il est classé bon élève quant à l'application de leurs directives !!
et hop
par miracle on devient nationaliste et on refuse d'être jugé par l'extérieur !!
Où étaient ces "nationalistes" de la dernière heure
quand nos citoyens se faisaient et se font humilier quotidiennement pour un visa ???
Où étaient ces "nationalistes "

quand on nous imposait des traités,
des accords qui ne servent en rien notre pays ?????
Le régime est entrain de fabriquer sa nouvelle assise arrogante
prêt à tout pour intimider,
jouant sur la fibre d'un nationalisme... juste au service du régime !!!
essayant de légitimer un pouvoir qui a brûlé toutes ses cartes
qui appauvrit
qui marginalise
qui emprisonne
et qui n'est même plus capable de permettre les critiques
des néo libéraux comme Benchemsi et autres..
L'absence d'une gauche se ressent plus que jamais,
une gauche qui remettrait les pendules à l'heure
une gauche au cœur des luttes,
auprès de ces millions de marocainEs
qui luttent pour survivre
dans ce monde
que la démission de quelques uns
a rendu si cruel .. !

mardi 11 août 2009

Casablanca, le règne du faste et de la misère

Par Chafâa Bouaiche,La Tribune, Alger, 8/9/2008

Dessin de Waga, Le gri-gri international



Derrière le luxe affiché de ses beaux quartiers, la capitale économique du Maroc cache une terrible précarité. La ville de Casablanca est déchirée par ses contradictions. D'un côté, des
quartiers populaires où se côtoient débauche, vols, crimes et autres fléaux, de l'autre, des quartiers riches qui poussent comme des champignons, à l'ombre d'une monarchie autoritaire.

Dans cette ville, les autorités ont confié presque tous les services à des entreprises étrangères. "On fait appel à des étrangers pour gérer les affaires de la collectivité, comme si nous étions incapables de le faire nous-mêmes", regrette un cadre marocain. Le service de propreté de la ville est dirigé depuis 2004 par trois entreprises espagnoles. Si les Espagnols occupent des postes clés dans ces entreprises, les Marocains assurent, quant à eux, la tâche d'éboueurs. Par ailleurs, tout comme à Alger, c'est une société française – la Lyonnaise des eaux – qui gère l'eau et l'électricité de la ville de Casablanca. "C'est vraiment malheureux de voir notre pays confier la gestion de son eau, donc de sa vie, à un pays qui nous a colonisés !" nous confie un journaliste marocain. "A Casablanca, même les autobus sont gérés par une société française", poursuit-il.
Casablanca n'arrive pas à cacher la misère de sa population. La pauvreté atteint des proportions alarmantes. A chaque coin de rue, nous rencontrons des enfants, des jeunes filles, des femmes âgées, des pères de famille qui tendent la main pour demander quelques pièces. A la tombée de la nuit, la ville se métamorphose. En dehors de quelques bars ouverts jusqu'à une heure tardive, on ne rencontre dans les rues que des SDF et autres marginaux. Les artères sont envahies par des prostitués, hommes et femmes. Une simple virée à la Corniche, une zone connue pour son animation et ses restaurants prisés, vous renseigne sur l'ampleur de la prostitution.
Autre visage de la ville : Anfa. C'est aujourd'hui le quartier le plus cher de Casablanca. Y louer un appartement coûte pas moins de 15 000 DH par mois [1 330 euros]. C'est d'ailleurs ce boulevard qu'a choisi Saadi Kadhafi, l'un des fils du dirigeant libyen, pour y construire deux immeubles : un hôtel et un centre commercial.
Le lieu le plus fréquenté par la jeunesse de Casa est Maarif. Ce quartier commerçant est apprécié pour ses tours jumelles baptisées Twin Center et ses grands magasins européens. Il est essentiellement peuplé de classes moyennes. Ici, pas d'école publique. "Les gens envoient leurs enfants dans des écoles privées. Elles sont de plus en plus nombreuses et les autorités ont finalement détruit les établissements publics puisque plus personne ne s'y inscrivait", nous explique Mohamed, un architecte de Maarif. Pour acquérir un bien immobilier ici, il faut un budget exorbitant. "Pour permettre l'achat des terrains, l'Etat a décidé d'accorder des crédits sans intérêt, remboursables sur vingt-cinq ans", souligne notre interlocuteur.
Les grosses légumes, les riches, les hommes d'affaires résident quant à eux sur le boulevard Panoramique. "Alors que des Marocains crèvent de faim, les gens du régime ont amassé des sommes colossales et érigé de luxueuses villas. Ce quartier est habité par des notables qui font la pluie et le beau temps. Ce sont eux qui détiennent le monopole des affaires et du business aujourd'hui chez nous", déclare un journaliste.
Nous avons quitté ces quartiers huppés pour nous rendre à Derb Sultan, où habitent des milliers de familles pauvres et marginalisées. En dépit des promesses faites par les autorités d'améliorer les conditions de vie des habitants, la situation n'a pas évolué. Elles ne semblent pas retenir les leçons de l'Histoire. En effet, c'est dans cette zone que se sont déroulées les émeutes urbaines de 1981. Les habitants s'étaient alors révoltés suite à l'appel du parti d'opposition, l'USFP [Union socialiste des forces populaires]. Les autorités avaient réprimé la manifestation dans le sang. Aujourd'hui, l'USFP participe à la gestion des affaires publiques, mais rien n'a changé à Derb Sultan.
Repères
- Casablanca englobe environ 70 % de l'activité économique du Maroc, réalisant 50 % du PIB. Avec ses 3 millions d'habitants, elle est aujourd'hui, après Alger, la ville la plus peuplée du Maghreb.

- La région du Grand Casablanca compte près de 480 bidonvilles, soit un tiers des abris de fortune du pays. En 2004, le roi Mohamed VI a annoncé un programme "villes sans bidonville", financé à hauteur de 700 millions d'euros, destiné à améliorer la situation d'ici à 2012.- Les avantages de la fiscalité marocaine poussent de nombreuses entreprises européennes à s'implanter dans le royaume. A titre d‘exemple, le quartier de Sidi Maarouf, à Casablanca, s'est transformé au cours des dernières années en un important centre d'affaires. Plusieurs entreprises étrangères y ont installé leur siège (Nokia, DHL, Meditel…). La société Dell y a créé plus de 4 000 emplois.

HAUTES-PYRÉNÉES : Il fait travailler ses compatriotes gratuitement : esclavage ou bénévolat ?


Par Hélène Dubarry, La Dépêche du Midi, 11/8/2009

Le chef d'équipe marocain qui recrutait des compatriotes pour travailler dans les vignobles du Madiran a profité de « leurs coups de main » pour construire sa maison. Esclavage ou bénévolat ? La justice doit trancher.

Dans la salle, une douzaine de couples de Marocains est présente et écoute sagement. Sans rien comprendre puisque ne parlant pas le français. À la barre, un de leurs compatriotes, Hassan : il est chef d'équipe et chargé du recrutement, au Maroc, d'ouvriers agricoles pour un vignoble du Madiran. Tous les six mois, l'équipe de 18 ouvriers est renouvelée. Mais en octobre, un des Marocains porte plainte à la gendarmerie. Et ce qu'il raconte va stupéfier les enquêteurs.

Au Maroc, Hassan recrute : chaque ouvrier doit payer les frais administratifs, et doit en outre, pour « service rendu », c'est-à-dire avoir eu la chance d'être recruté, payer 3.000 € à Hassan. Avec 144 contrats, l'administration a calculé que ça faisait la bagatelle de 432. 000 € pour Hassan. Une fois en France, l'ouvrier doit s'acquitter du versement en liquide de 50 € par semaine. Et surtout, il y a la maison qu'Hassan se fait construire sur un terrain qu'il a acheté. Cette maison, dont il ne manque que le crépi, n'a pas vu un seul professionnel du bâtiment : tous les travaux ont été effectués par les ouvriers marocains, sur leurs congés ou leurs temps de repos. Le tout, « bénévolement ». Les gendarmes, au cours de leur enquête, ne trouveront aucune facture de travaux et les matériaux sont payés en liquide. Et si on ne marche pas dans le plan d'Hassan, c'est la menace du contrat non renouvelé.
Les 3.000 € de « passage » ? Hassan semble tomber des nues et ouvre des yeux comme des billes. Les 50 € par semaine ? Là, il y a une réponse : « C'est une collecte pour aider quelqu'un s'il se blesse, ou pour payer les poussettes des enfants, aider les familles, les accompagner partout, ils ne savent pas le Français… ». Sauf que personne n'a jamais vu la couleur de cet argent. Et les travaux non payés de la maison ? : « Mais c'est juste des coups de main. Ils viennent quand ils veulent, je ne les force pas ; ils prennent le café à la maison. Comme ça, on reste entre compatriotes. Ils sont venus m'aider à titre d'amitié. » Pourtant, il n'y a aucun lien entre Hassan et ses ouvriers. Ni familial, ni d'amitié. La procureure Marie-Gabrielle Viché va lâcher le mot que tout le monde a en tête dans le prétoire : esclavage. « C'est l'illustration de l'exploitation incroyable de la misère humaine dans ce qu'elle a de plus pervers et de plus ignoble. »
Le jugement sera rendu le 18 août.


L'accusation : « C'est de l'exploitation, de l'esclavage. »
« Je suis sidérée devant ses explications et l'indécence de ses positions, déplore la procureure. Il est en position de force pour embaucher et il l'utilise à des fins de pur enrichissement. C'est absolument incroyable : il fait travailler et se fait rémunérer pour avoir embauché. Quant à la construction de la maison pour laquelle il n'a engagé aucun frais, il n'y a aucun bénévolat là-dedans : il n'a aucun lien familial ou amical avec ses ouvriers. Ils viennent travailler sur leurs repos ou leurs congés : c'est une fraude destinée à l'enrichir. C'est véritablement de l'exploitation, de l'esclavage. C'est intolérable. C'est l'illustration de l'exploitation incroyable de la misère humaine dans ce qu'elle a de plus pervers et de plus ignoble. Je réclame deux ans de prison. »

La défense : « Le bénévolat n'est pas interdit. La relaxe s'impose. »
Pour Me Fillastre, le défenseur d'Hassan, les propos de la procureure ne tiennent pas la route.
« C'est à l'accusation de prouver ce qu'elle avance. Or, elle ne démontre rien. Et parce qu'un ouvrier évincé du groupe porte plainte pour baver sur mon client, on déclenche tout ça ? Ces Marocains se retrouvent perdus au fin fond du Vic-Bilh, sans parler un mot de français, sans moyen de locomotion, sans connaître personne. Alors, ils se serrent les coudes, restent entre eux et s'entraident. Il ne leur demande rien. Il n'impose rien, ni horaires ni travail précis. Le bénévolat n'est pas interdit, que je sache. Mon client n'a commis aucune faute. La relaxe s'impose d'elle-même. Au lieu de venir pousser des cris d'orfraie maintenant, on aurait mieux fait d'établir de vrais faits avant.