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dimanche 18 août 2013

Le Maroc face à l’affaire Galván

Le Maroc face à l’affaire Galván

La grâce octroyée au pédophile Galván met à nu les défaillances des institutions du Maroc. Elle y a déclenché une dynamique nouvelle appelée à s’amplifier en symbiose avec les bouleversements que traversent le Maghreb et le Proche Orient.

 


La nouvelle du pardon royal accordé au prédateur pédophile Daniel Galván, s’est répandue comme une trainée de poudre. Celui-ci avait en effet été condamné à 30 ans de prison pour avoir violé 11 enfants à Kenitra. Il en avait purgé moins deux ans, à la suite de quoi une grâce royale l’a sorti de prison. Cette décision à frappé de stupeur le peuple marocain et envoyé une onde de choc dans tout le pays.
La colère populaire s’est immédiatement manifestée avec une force qui a surpris les pouvoirs publics. Ce qui s’en est suivi est à présent bien connu. Mais personne ne peut, pour l’instant, deviner la suite des évènements. Cependant ce qui est sûr, c’est que la répression sauvage de la première manifestation devant le Parlement n’a fait qu’aggraver la situation et augmenter le sentiment de révolte. C’est ainsi, qu’au lieu de céder à la répression, le mouvement s’est propagé pour réunir, aux coté des parents des victimes, des associations civiques et de larges secteurs du peuple indigné.
La réaction du système politique à ces évènements illustre bien son mode de fonctionnement, qui reste autoritaire « makhzenien », sur le fond, en dépit des quelques reformes parcimonieuses introduites sous la pression du mouvement du 20 Février.
Le gouvernement et le PJD, parti majoritaire, décrit comme islamiste, qui le dirige depuis les dernières élections, restent paralysés. Ils cherchent surtout à dégager leur responsabilité en mettant le malheureux pardon sur le compte des intérêts « supérieurs » de la nation et des bonnes relations avec l’Espagne. Leurs déclarations sont contradictoires et mal ficelées. Quant aux grands partis nationaux, ils brillent par leur mutisme. Et pour finir, notre Parlement agit comme d’habitude, c’est à dire comme s’il était absent. Ainsi tout indique que les principaux acteurs politiques ont retrouvé le reflexe traditionnel : attendre que l’initiative vienne du Palais Royal. Une attente qui montre bien que celui-ci concentre toujours l’essentiel des pouvoirs, malgré les derniers réaménagements de façade.

La procédure de la grâce est défectueuse
Le principe et la pratique du pardon font partie des prérogatives royales reconnues par la Constitution. Ce principe n’est pas en question, que le pardon concerne des citoyens marocains ou étrangers. Dans le cas présent le geste royal de bonne volonté s’inscrit bien dans ce cadre légitime
Dans ce contexte, chaque geste est d’une gravité exceptionnelle. C’est pourquoi le choix des individus graciés, la nature des crimes et des peines, ainsi que toutes les circonstances afférentes doivent être bien examinées au préalable, en suivant les procédures les plus rigoureuses aussi bien morales que juridiques. De ce point de vue la libération de Galván est apparue au Marocains pour ce qu’elle est : une violation impardonnable du droit et de la morale imputable à une procédure fautive.
Et ce n’est pas tout. Car il faut bien voir que cette procédure défectueuse et ses résultats désastreux eux découlent d’un fonctionnement déficient des institutions, de leur caractère inadéquat. Ces déficiences mettent en relief la concentration excessive des pouvoirs aux mains du palais ainsi que ses pratiques opaques quand il s’agit de gouverner. Ces maux sont maintenant clairs pour l’ensemble du peuple et cela explique la force de sa réaction et ses sentiments d’injustice qui vont continuer à s’exprimer.
Dans ce mouvement de colère, c’est bien l’énergie et le legs du 20 Février qui sont à l’œuvre. Mais il ne faut pas s’y tromper, la dynamique nouvelle dépasse les cercles qui se sont mobilisés avec le 20 Février. Elle est sans doute appelée à s’amplifier, en symbiose avec les bouleversements que connaît la région du Maghreb et du Proche Orient. Une scène politique nouvelle est en train d’émerger. Son développement rend de plus en plus caduques les pratiques de la scène traditionnelle dont les protagonistes étaient la monarchie et les partis. Cet ensemble paraît désormais incapable de répondre aux aspirations fortes des nouvelles générations.

Le fonctionnement de la grâce met en relief la concentration excessive de pouvoirs aux mains du palais
Ce qui caractérise aujourd’hui ce conglomérat c’est qu’il est sur la défensive. D’ou le recours à la violence contre les manifestations pacifiques dont la légitimité est pourtant reconnue par la Constitution. L’autre tendance consiste à réduire les aménagements parcimonieux des prérogatives royales consentis lors de l’élaboration de la Constitution. Ainsi en est-il de la fameuse sacralité du monarque. A défaut de l’abroger autrement qu’en parole elle a naturellement glissé vers la divinité. Comme on le voit après ce pardon royal, le mutisme et la prudence extrême des protagonistes montrent qu’on est plutôt passé de la sacralité du roi à sa divinisation. Personne n’a donc osé s’avancer. Personne ne s’est risqué à intervenir pour aider le souverain à s’informer correctement : ni quelque conseiller honnête et compétent (s’il s’en trouve), ni le gouvernement, ni le Parlement, ni les administrations n’ont pu jouer leur rôle d’intermédiation. Ceci sans parler de la presse aux ordres laquelle n’a pas manqué d’étaler ses flagorneries quand elle ne jugule pas les voix discordantes.
De sorte que les rouages qui semblent protéger le roi ont dans les faits plutôt abouti à l’isoler et à l’exposer dangereusement. Si bien qu’une liste et un geste de pardon qui auraient dû le grandir lui ont, au contraire, porté un préjudice qui laissera des traces durables. Sur ce point, il faut incriminer les manipulations de l’entourage royal. Au lieu de jouer auprès de lui le rôle de fusible, c’est au contraire ses manipulations qui transforment en fusible la fonction royale elle-même. Les révélations de la presse sur les tractations qui ont eu lieu pour établir la liste des prisonniers espagnols à gracier identifient clairement les responsables de ce forfait, et jettent la lumière sur leurs méthodes. Si les faits se confirment, le souverain devra bien se résoudre à se séparer de son plus proche conseiller et vizir des temps modernes coupable de forfaits aussi graves.
A propos de responsabilité certaines clarifications s’imposent. Les auteurs de la liste des prisonniers espagnols à gracier devront articuler la culpabilité et la responsabilité de leur action selon une procédure publique.

Les rouages qui semblent protéger le roi ont plutôt abouti à l’isoler et à l’exposer dangereusement
Ceci n’altère nullement la responsabilité du roi. Car, comme tout chef, un roi se doit d’assumer les conséquences de l’action de ses subalternes. Cette prise de responsabilité, qui est à distinguer de la culpabilité, devra sans doute être assumée pour répondre aux sentiments du peuple. Au regard de cette nécessite, la manipulation des déclarations émanant du cabinet royal et la sanction d’un haut responsable de l’administration pénitentiaire ne suffisent guère. Au contraire, elles risquent de laisser la blessure ouverte au lieu de la fermer.
Surtout les mesures prises révèlent une fois de plus les limites d’un système habitué à lâcher un peu de lest pour donner le change. La nouvelle donne, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, impose la nécessité d’une réforme d’ensemble de la monarchie comme des autres institutions de gouvernement. Cela passe par l’installation de contre-pouvoirs institutionnalisés, démocratiquement élus : cela passe aussi par la réorganisation des services du Palais et de ses prérogatives dans le cadre de la transparence ; cela passe, enfin, par l’attribution de pouvoirs réels de contrôle et de supervision à un Parlement digne de ce nom.
Une telle réforme devra mettre fin a l’asymétrie politique flagrante qui entache la cohabitation entre le gouvernement et le cabinet de la Maison Royale. Asymétrie dont le PJD fait les frais actuellement. Asymétrie dont le fonctionnement aboutit aux prises de décisions unilatérales qui engagent le peuple en son absence.
L’affaire Galván n’est que la dernière d’une série. On peut citer, entre autres, les grâces indues accordées à d’autres criminels, les honneurs octroyées à un vice-président de l’AIPAC [lobby pro israélien aux États-Unis], ainsi que la conduite illégale et immorale de l’appareil sécuritaire dans « la guerre contre le terrorisme ». Toutes ces décisions montrent que nous courbons l’échine devant des intérêts étrangers au nom d’une conception erronée de l’intérêt national. Cela met à nu nos défaillances criantes et montre que nous restons prisonniers de structures institutionnelles dépassées. Il est à prévoir que les mouvements de colère du peuple marocain seront plus forts et décisifs à l’encontre de ce système de faveurs qui porte atteinte à son intégrité, et fait bon marche de son honneur dans des transactions internationales. Elles l’humilient et le souillent.
Hicham Ben Abdallah el Alaoui est chercheur à l’Université de Stanford et cousin-germain du Roi du Maroc


 http://elpais.com/elpais/2013/08/12/opinion/1376326264_676609.html


samedi 10 août 2013

La rançon de la dictature




L'excès de tyrannie finit toujours par tuer la tyrannie ! Celle de Mohammed VI n'échappe pas à ce postulat implacable. Son refus d'amender le régime, son affairisme coupable, son accaparement de tous les pouvoirs, son obstination à s'entourer de prédateurs, de tortionnaires et d'incompétents, son refus de se séparer des corrompus qui l'entourent, lui font dire à qui veut bien y croire, qu'il exerce une monarchie exécutive, alors qu'il se trouve tout simplement à la tête d'une dictature.

Salah Elayoubi
L'affaire de la grâce le démontre clairement. A concentrer tous les pouvoirs, le despote finit par n'en maitriser aucun et n'est, dès lors, plus à l'abri du moindre faux-pas, de la moindre erreur ou peau de banane de son entourage. 
Déjà en 2000, Talsint
Personne n'a oublié l'image du roi, flanqué de tout ce que comptait le pays comme courtisanerie, accourant à Talsint, parce que quelques incompétents lui avaient fait miroiter le mirage d'un gisement de pétrole. Un rêve inassouvi d'accrocher enfin à côté de son titre de « Phosphato-monarque » celui tant convoité de « Pétro-monarque ».
« Jusqu'à deux (2) milliards de barils, l'équivalent de 35 ans de la consommation pétrolière du pays ! », péroraient les crieurs patentés, dans les colonnes des quotidiens et aux micros des radios et télévisions. En ce mois d'août 2000, Mohammed VI avait manqué une première occasion d'écouter autre chose que les voix des sirènes qui lui contaient fleurette, au lieu de se fier à celles des véritables patriotes, comme Abraham Serfaty. A voir le roi tomber ainsi dans le panneau, tous s'étaient mis à y croire, au point que le journal « Al Ittihad » « éditorialisait », bien que désabusé :
« La nouvelle de la découverte de pétrole et de gaz nous réjouit : elle va nous fournir l'énergie de l'espoir et de l'optimisme. Cependant, ne nous berçons pas d'illusions : les nombreuses richesses dont Dieu a gratifié ce peuple ont été accaparées par une meute de prédateurs. Les Marocains ont-ils jamais profité des carrières de sable, des ressources halieutiques, des terres arables, des vastes plages et des forêts ? »
Le misérable fin de partie, en forme de pschitt, n'aura pas dissuadé, loin s'en faut, le monarque de prêter l'oreille aux incompétents notoires qui l'entourent, puisque quelques mois plus tard, le 11 juillet 2002, il récidivait avec la misérable opération de l'îlot Persil.
Une déculottée pour un îlot battu des vents
Au mépris des conseils de prudence de quelques uns, le pays s'engageait dans une aventure qui aurait pu coûter au roi, rien moins que son trône. En cause, un îlot perdu en Méditerranée, battu de tous les vents et dont personne ne conteste la marocanité. Quelques troufions le prirent d'assaut, au mépris de la prudence la plus élémentaire, pour d'obscures raisons aventuristes, que seul le palais connaît. La réponse de l'Espagne ne s'est pas fait attendre.
Elle fut cinglante et eut lieu le 18 juillet, sous la forme d'une offensive militaire en bonne et due forme, avec intervention, de pas moins de vingt-huit (28) unités de commandos d'élites, héliportées par six (6) appareils, avec appui tactique de la marine de guerre et de l'aviation. Un joli prétexte à des manœuvres espagnoles, grandeur réelle, aux frais du Maroc.
Mais, c'est moins la déculottée humiliante, infligée au régime marocain, qui aura retenu l'attention du monde, que le silence assourdissant du roi, l'ignorance crasse et le mépris souverain en lesquels furent tenus le Premier Ministre marocain Abderrahmane Youssoufi et son gouvernement d'alors. Tout le temps que les entretiens ont duré, avant ce nouvel épisode de la « Reconquista » espagnole, notre pays a fait la démonstration de l'indigence de sa diplomatie et de l'amateurisme de ses dirigeants.
Les extraits de conversation entre les rares officiels marocains qui ont osé prendre au téléphone les représentants espagnols, sont accablants. C'est Ignacio Cembrero, qui nous les raconte, quelques mois, après les événements :
José María Aznar : « Ce que vous avez fait est un coup de force intolérable. J'exige une explication et le retrait de vos forces ! »
Abderrahmane Youssoufi : « J'ignore de quoi tu parles. Le gouvernement n'a rien ordonné. Le fait, je le connais au même titre que toi, mais je n'ai pas plus d'explications à te donner. »
José María Aznar : « L'affaire est grave, et elle l'est d'autant plus, que vous êtes incapables de réagir. J'exige, d'ici demain, une explication et une rectification. Si vous le faites, nous oublierons l'incident. »
Dans des déclarations ultérieures, Aznar, sarcastique, avouera à Cembrero, attendre, deux ans plus tard, le coup de téléphone promis par Youssoufi.
Et comme à chaque fois qu'une dictature est prise en défaut, ou la main dans le sac, ses thuriféraires ont recours au mensonge, comme lors de cet échange édifiant, entre Mohamed Benaïssa, Ministre des affaires étrangères et son homologue espagnol, Ana Palacio, lorsqu' après plusieurs tentatives infructueuses, celle-ci réussit enfin, à s'entretenir avec ce dernier :
Mohamed Benaissa: « Les autorités marocaines poursuivent des terroristes islamistes dans le détroit de Gibraltar, tout comme les Etats-Unis le font avec l'opération « Liberté Durable », en Afghanistan ! »
Ana Palacio qui a d'ores et déjà perdu tout respect pour son interlocuteur : « Ne me répétez plus jamais, ce que vous venez de me dire. Dites-moi des choses sérieuses. Si quelque chose de grave se passe à Perejil, dites-le nous, nous nous en chargerons ! »
Encore une affaire qui se dégonfle et qui éclabousse le Chef de l'Etat, d'un camouflet supplémentaire et le pays, d'une humiliation dont il se serait bien passé.
Aminatou Haidar, cette héroïne malgré elle
Je ne résiste pas, non plus, à l'envie de rappeler ce que fut l'affaire Aminatou Haidar, cette activiste sahraouie, décorée du « Prix du Courage civique » par la Train Fundation et que les sécuritaires ont poursuivi de leur assiduités, au point d'en faire l'héroïne des indépendantistes sahraouis.
Le 13 novembre 2009, alors qu'elle revient de New York, après y avoir reçu son prix, l'intéressée déclare sur sa fiche de police, résider au Sahara occidental et évite d'indiquer sa nationalité, dans la case réservée à cet effet. Interpellation, brutalités policières, garde à vue, audition par un procureur et expulsion du territoire vers Lanzarote, aux Îles Canaries, au motif que l'activiste aurait déchiré son passeport marocain et renoncé de son propre chef à sa nationalité. Purs mensonges. Hassan II avait eu recours au même subterfuge, pour se débarrasser d'Abraham Serfaty. Libéré sous la pression internationale, après dix-sept ans passés dans les geôles du régime, le Mandela marocain avait été expulsé du Maroc, au prétexte qu'il était de nationalité brésilienne.
A l'aéroport de Lanzarote, où elle entame une grève de la faim, Aminatou Haidar s'est glissée bien malgré elle, dans la carrure d'héroïne que lui ont confectionnée, les persécutions imbéciles des sécuritaires. Un mois plus tard, le 18 décembre 2009, sous la pression internationale et le lâchage de ses plus inconditionnels alliés, dont les Etats-Unis et la France, le Maroc fait une pitoyable marche arrière, après avoir épuisé son catalogue d'affabulations et de manœuvres dilatoires. Et la militante sahraouie de regagner le plus simplement du monde, son domicile de Laâyoune, auréolée d'une bravoure bien involontaire.
On aurait également pu évoquer, ici et maintenant, tant d'affaires qui ont jeté l'opprobre et la honte sur le pays, comme la torture à compte d'auteur, pratiquée à l'encontre de nos semblables, acheminés par les avions cargo, depuis l'Afghanistan, tel du bétail livré, pieds et poings liés, aux soins criminels de bouchers qui ne partagent plus rien avec le genre humain. Le roi pouvait-il ignorer les abominations que ces janissaires commettaient impunément, sur notre sol, au nom de la lutte contre le terrorisme ?
La comptine éculée du bon roi
« Les peuples qui ignorent leur histoire se condamnent à la revivre ! », disait Churchill. Autant se l'avouer, notre pays se trouve bien dans la situation de celui qui s'obstine à ignorer son histoire et qui la visite encore et encore, au gré d'insupportables recommencements. L'espace d'un instant fugace, nous avions espéré la fin de nos tourments, à la mort d'Hassan II. On se prendrait presque à regretter le défunt tyran, tant le Maroc semble naviguer à vue, d'improvisations en errements, de mensonges en travestissements de la réalité et d'exactions en forfaitures.
La prédation économique s'est accélérée, les prédateurs se sont multipliés. La corruption s'est généralisée à toutes les couches sociales et à toutes les professions. La magouille politique a atteint des sommets et le Maroc visite le fonds du classement de tous les indices. Autant de crimes et point de châtiments, parce que nous continuons de nous taire, d'un silence complice. Nous persistons à nous voiler la face, et à nous bercer de vieilles comptines éculées où il est question du bon roi et du vilain entourage.
Comme dans cette malheureuse affaire de grâce, l'Etat marocain a fait la démonstration de ses limites, et n'a désormais, plus rien d'autre à offrir que des coups de matraques, à ses détracteurs et des boucs émissaires, à la colère populaire légitime.
A de rares exceptions près, la classe politique, toutes tendances confondues, s'est claquemurée dans le silence du lâche quand elle n'a pas tout simplement, pris fait et cause, pour la grâce, sans aucune considération pour les victimes et leur famille. Des comportements indignes qui confortent le tyran dans sa tyrannie et l'incitent à persévérer dans son aveuglement.
Pourtant, hormis la répression policière, le limogeage des seconds couteaux ou encore l'emprisonnement des démocrates et la prédation économique, il y aurait tant à faire et qui, à défaut d'être entrepris, éloigne d'autant le Maroc du concert des véritables démocraties.
Il y aurait également tant de ces gestes à accomplir qui grandissent toujours, ceux qui les accomplissent. A commencer par le premier d'entre eux, celui de demander pardon, pour toutes les exactions, les crimes ou les erreurs du passé !

jeudi 8 août 2013

La véritable histoire d’une grâce qui a failli provoquer une crise avec le Maroc

Par Ignacio Cembrero, El País, 6 /8/2013 23:58
Daniel Galván Viña, 63 ans, a été surpris quand, le mardi 30 juillet, le directeur de la prison de Kenitra (Maroc) lui a annoncé qu’il avait été gracié par le roi Mohamed VI et qu’il était désormais libre. C’est ce qu’il a dit, quelques heures après, à son avocat, Mohamed Benjedou. Mais ce lundi 5 août, la police espagnole l’a arrêté dans un petit hôtel de Murcie, après avoir reçu un mandat d’arrêt international du Maroc. Galván sera mis ce mardi à la disposition de l’Audience Nationale pour examiner l’éventualité de son extradition, mais les 29 autres prisonniers espagnols, graciés aussi par erreur, sont en liberté et ils ne passeront devant aucun juge, eux.
 Galván avait des raisons d’être étonné. Cela faisait moins de trois ans qu’il avait été condamné à 30 ans de prison par la cour d’appel de Kenitra, pour avoir abusé de 11 enfants, dont certains âgés de moins de trois ans, dans cette ville située à 40 kilomètres au nord de Rabat. C’était le verdict le plus sévère pour pédophilie dans l’histoire du Maroc. Le cas avait fait tant de bruit que la chaîne de télévision 2M lui avait consacré un long reportage.
Galván avait demandé à être transféré en Espagne pour y purger le reste de sa peine. « Les prisons espagnoles sont des hôtels cinq étoiles, comparées à celles du Maroc », disent d’anciens détenus ayant des expériences carcérales dans les deux pays. Tous les prisonniers espagnols au Maroc et marocains en Espagne, ont le droit de demander leur transfèrement dans leur pays d’origine, en vertu de la convention bilatérale d’entraide judiciaire et d’extradition signée en 1997. L’examen de chaque cas peut durer jusqu’à 18 mois.
 Mais le transfèrement en Espagne qu’avaient sollicités le pédophile et d’autres prisonniers espagnols s’est converti en grâce royale à l’occasion de la Fête du Trône, la plus importante des fêtes nationales au Maroc, qui commémore l’intronisation en 1999 de Mohammed VI.
Quelqu’un au sein du palais royal à Rabat a fusionné la liste des prisonniers espagnols qui avaient demandé le transfèrement avec celle de détenus pouvant bénéficier d’une grâce royale. Ce quelqu’un l’a fait, semble-t-il, avec l’intention de plaire au Roi d’Espagne, qui achevait sa visite à Rabat, déclenchant ainsi la plus grave crise interne au Maroc depuis l’avènement de Mohammed VI.
Le souverain a entrepris de la désamorcer en publiant des communiqués séparés, samedi et dimanche, affirmant dans le premier qu’il ignorait  » la gravité des crimes abjects » commis par Galván et annulant, dans le second, sa grâce. C’est la première fois dans l’histoire du Maroc qu’un Roi fournit des explications pour une décision controversée, et qu’il la corrige ensuite. L’énorme indignation de la société civile explique ce geste royal.
Le souverain a encore pris lundi une nouvelle initiative en limogeant Hafid Benhachem, directeur de l’Administration Pénitentiaire, qui relève administrativement du chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. Benhachem aurait transmis des « informations erronées » au palais.
Plusieurs discussions avec des sources diplomatiques espagnoles et d’autres responsables proches du dossier permettent aujourd’hui de reconstituer le fil des évènements qui ont ébranlé la relation entre l’Espagne et le Maroc
Don Juan Carlos a achevé le 18 juillet sa visite de quatre jours au Maroc. Il avait demandé au chef du gouvernement, l’islamiste Abdelilah Benkirane, d’accélérer le transfèrement en Espagne d’un détenu à la prison de Tanger, le camionneur retraité Antonio García Vidriel, 58 ans, pour cause de maladie.
Deux jours après Fouad Ali el Himma, le conseiller royal considéré comme le vice-roi du Maroc, a appelé au téléphone l’ambassadeur d’Espagne à Rabat, Alberto Navarro. Il était fâché parce que Don Juan Carlos avait demandé à Benkirane le transfèrement du camionneur, au lieu de s’être adressé au Roi alaouite. Navarro lui a répondu que l’Administration Pénitentiaire était de la compétence du chef du gouvernement. « Sa Majesté peut aussi résoudre ces questions », a répliqué el Himma.
L’appel d’el Himma à l’ambassadeur illustre les efforts du palais royal d’écorner certaines des attributions que la nouvelle Constitution marocaine octroie au gouvernement que dirige Benkirane, qui est aussi leader du Parti de la Justice et du Développement (islamiste modéré).
Cette invitation du conseiller royal appelant l’ambassade à saisir Mohammed VI et non Benkirane ouvrait, aux yeux de la diplomatie espagnole, une occasion en or afin d’accélérer les transfèrements des prisonniers espagnols, qui tardent parfois jusqu’à deux ans. De petits trafiquants de drogue obtiennent leur transfèrement en Espagne quand ils ont presqu’achevé de purger leur courtes condamnations. Les Espagnols pensaient que la solution proposée par le conseiller allait considérablement raccourcir les délais.
En collaboration avec les sept consulats de l’Espagne au Maroc, qui suivent les dossiers des prisonniers, Navarro a établi une liste de 30 condamnés transférables dans les prisons espagnoles. Le nom de Galván Viñas figurait sur cette liste, en même temps que celui d’Antonio Garcia Ancio, fils du camionneur retraité, qui était condamné à 10 ans après avoir été pris à Tanger avec presque neuf tonnes de hachisch dans son véhicule.
L’Ambassade d’Espagne a envoyé, pour la première fois, deux listes de prisonniers au palais royal : celle des 30 prisonniers transférables aux prisons espagnoles – qui d’habitude est adressée à l’Administration Pénitentiaire-, et une autre comportant les noms de 18 autres détenus susceptibles d’être graciés. Pour être éligible dans cette dernière catégorie, le condamné ne peut être d’origine marocaine et doit avoir purgé une bonne partie de sa peine.
Au palais royal, quelqu’un a fusionné les deux listes en une seule. Les prisonniers transférables dans les prisons espagnoles ont disparu. Ainsi, il ne restait plus qu’une liste de prisonniers à grâcier et Galvan y était le dernier, le numéro 48, en dépit des 28 années qu’il devait encore purger. « Bien que cela ait été fait avec la meilleure intention du monde, nous nous sommes arrachés les cheveux quand nous avons vu qu’ils avaient libéré le pédophile et le camionneur pris avec neuf tonnes de hachisch », reconnaît un diplomate espagnol.
Les autorités marocaines ont pris conscience de la bévue le 1er août. À mesure que le scandale grossissait au Maroc, elles ont commencé à manœuvrer pour sortir de cette situation inconfortable. Les Espagnols ont aussi œuvré pour ne pas être éclaboussés par le scandale. Ils ont intoxiqué la presse, mentant même parfois pour se mettre à l’abri. Ainsi, le ministère des Affaires étrangères a nié vendredi à la presse toute implication dans l’élaboration de la liste des graciés, comme si l’ambassade avait agi sans consulter son gouvernement
Pour la partie marocaine, des canulars ont été montés de toutes pièces pour tenter de disculper Mohammed VI. L’une de ces versions, transmise à El Pais et à quelques médias marocains par des personnes proches du palais, disait que la grâce était le résultat d’un arrangement entre les services marocains (la DGED) et leurs homologues espagnols (CNI), et que le Roi n’avait plus qu’à entériner en raison des intérêts supérieurs de la nation.
Le ministre de la Justice marocain a appuyé cette hypothèse par la publication, vendredi, d’un communiqué niant sa responsabilité dans l’élaboration de la liste controversée mais donnant un certain crédit à l’hypothèse d’une transaction entre services d’espionnage. Le roi a accordé sa grâce pour des raisons d’ « intérêt national », selon le texte du communiqué.
Le deuxième communiqué du palais a été, en revanche, discuté entre les Marocains et les Espagnols pour que, implicitement, la révocation de la grâce ouvre la possibilité à ce que Galván puisse passer 28 ans derrière les barreaux en Espagne. L’ambassadeur Navarro a assuré le dimanche à El Pais que « cette perspective est désormais ouverte en application de la convention de collaboration pénale signée en 1997 entre Rabat et Madrid ». Les diplomates étaient contents. Ils avaient évité un nouveau conflit comme celui de l’îlot de Persil.
Lire l’article, en espagnol, sur elpais.com
Note de Panoramaroc (8/8/13) : L’ambassadeur d’Espagne a entre temps catégoriquement nié la conversation téléphonique avec Fouad Ali al Himma (voir démenti).

DanielGate. L'étrange «démenti marocain» de l'ambassadeur d'Espagne, Lakome maintient sa version des faits

par Lakome,9/8/2013


Le communiqué d'Alberto Navarro n'a pas été envoyé aux agences de presse étrangères ni aux médias espagnols, notamment à El Pais qui avait pourtant publié en Espagne les détails de cette conversation entre les deux hommes. Lakome maintient sa version des faits.
L'ambassadeur d'Espagne à Rabat, Alberto Navarro, a envoyé un communiqué à l'agence de presse officielle MAP, repris jeudi dans certains supports marocains et selon lequel «Il n'y a rien de vrai sur les informations concernant les supposées conversations téléphoniques avec le conseiller Royal, Fouad Ali El Himma».
Ce communiqué d'Alberto Navarro soulève plusieurs questions tant sur la forme que sur le fond, sachant que l'ambassadeur espagnol a pris soin de ne l'envoyer qu'à la MAP : ni les agences de presse étrangères ni aucun média espagnol ne l'ont reçu et/ou diffusé jusqu'à présent. Un démenti qui semble destiné uniquement à l'opinion publique marocaine.
Si Alberto Navarro affirme que sa conversation téléphonique avec El Himma, à l'origine du DanielGate, n'a pas eu lieu, il est en effet pour le moins étrange qu'il n'ait pas envoyé de démenti au premier quotidien de son pays, El Pais, qui a pourtant relaté les détails de sa conversation tenue avec le conseiller du roi.
Sur le fond, les termes du communiqué sont volontairement vagues («divers moyens de communication», «les supposées conversations téléphoniques»), alors que les informations relayées par El Pais et Lakome sont précises : il s'agit d'un seul coup de fil passé par Fouad Ali El Himma à Alberto Navarro le 20 juillet dernier.
Lakome maintient sa version des faits.

Nouvelle révélation dans le DanielGate : l’Espagne avait demandé l’extradition et non la grâce



L’ambassade d’Espagne à Rabat aurait donné deux listes aux autorités marocaines lors de la visite de Juan Carlos. Ainsi, 18 détenus devaient être graciés et 30 autres extradés. Le Maroc a décidé de libérer la totalité des 48 prisonniers alors que Galvàn était dans le lot des extradés.

C’est le site El Mundo qui livre cette révélation embarrassante pour le Maroc. Lors de la venue de Juan Carlos, une première liste de 18 détenus espagnols qui devaient bénéficier de la grâce royale a été donnée aux autorités marocaines. Une autre de 30 ressortissants espagnols devant être extradés a également été livrée.

Seulement, le Maroc a été beaucoup plus généreux que prévu en accordant la grâce aux 48 prisonniers espagnols. Problème, Daniel Galvàn, le pédophile ayant violé 11 enfants, figurait sur la seconde liste et aurait donc dû être extradé et non gracié.Selon le même site, le roi Juan Carlos n’avait pas donné de liste de prisonniers aux autorités marocaines. Il aurait simplement demandé la situation des détenus espagnols au Maroc comme le lui avait suggéré certaines associations espagnoles.

Le seul nom mentionné par Juan Carlos en prison

Le seul nom qui aurait été mentionné par le roi Juan Carlos durant son séjour est celui du prisonnier Antonio Vidriel Garcia, chauffeur de camion condamné pour trafic de drogue avec son fils Antonio Garcia Antium. Vidriel Garcia doit purger sa peine jusqu’au 13 avril 2016.

Cependant, le chef du gouvernement marocain, Abdelillah Benkirane, aurait laissé entendre que la situation de ce détenu était sur le point d’être résolue. Son transfert en Espagne pourrait même intervenir durant ce mois selon des sources proches du ministère de la Justice espagnole.
Le fils du chauffeur, Antonio Garcia Antium, qui devait être derrière les barreaux pour 10 ans, a quant à lui bénéficié de la grâce royale. Il se trouve désormais sur le territoire espagnol.

 http://www.yabiladi.com/articles/details/18858/nouvelle-revelation-dans-danielgate-l-espagne.html

jeudi 9 mai 2013

Affaire Islam Khoualed : la justice s'est pronocée lundi . Un ado victime du conflit saharien ?.

Affaire Islam Khoualed : la justice se prononcera lundi

El Watan, 5/5/2013 

Le procès d’Islam Khoualed, initialement prévu le 29 avril dernier, a été reporté au lundi 6 mai à la demande de son avocat. Détenu depuis le 11 février dernier à Agadir, ce jeune algérien avait été condamné à un an de prison ferme et 400.000 dirhams de dommages et intérêts pour l’agression sexuelle d’un Marocain de 12 ans.

En Algérie, le procès d’Islam a provoqué des réactions parfois très virulentes. Certains médias algériens accusent le Royaume de vouloir faire pression en se vengeant du soutien apporté par l’Algérie au Front Polisario, dans l’affaire du Sahara.
Officiellement pourtant, les responsables algériens nient toute intention de politiser l’affaire, tout en espérant un verdict clément de la part de la justice marocaine. Selon le père d’Islam, il ne s’agissait que d’un jeu d’enfants ayant mal tourné. "Les avocats ont prouvé que les faits reprochés à mon fils sont infondés", a t-il déclaré à El Watan.
Ces accusations ont été rapidement démenties par le Maroc. D’après des responsables marocains, il s’agit d’une affaire purement judiciaire et c’est donc à la justice de se prononcer et ce, sans aucune intervention extérieure.
Les relations déjà tendues entre Rabat et Alger, pourraient s’envenimer davantage si la justice marocaine maintient le verdict prononcé en mars dernier contre le jeune Islam.
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Abou Walid
La condamnation à une année de prison ferme du jeune Islam, âgé de 14 ans, par le tribunal d'Agadir, au Maroc, en a surpris plus d'un. Provoqué ou non, un incident au centre de détention d'Agadir a été utilisé pour réduire à néant toutes les chances de voir Islam retrouver les siens et les bancs de son école. Ses avocats ont interjeté appel.

Alors que tous s'attendaient à une fin heureuse pour le jeune Khoualed Islam, le tribunal d'Agadir, devant lequel il a été déféré pour «attentat à la pudeur», a créé la surprise, en rendant, mardi en fin de journée, son verdict. Une peine d'un an de prison ferme a été retenue contre Islam, qui vient de fêter son quatorzième anniversaire au centre de détention d'Agadir où il séjourne depuis le 11 février dernier. Le jeune adolescent fait les frais d'un malheureux jeu d'enfants qui s'est transformé en tragédie. En effet, un des athlètes marocains avait déposé une plainte contre lui, «pour agression sexuelle», à la suite d'un jeu de main.

Le plaignant, après avoir baissé le pantalon à Islam, s'est vu rattraper par ce dernier qui lui a fait la même chose. Les deux faisaient partie des équipes en lice pour un tournoi de voile. L'affaire aurait pu être classée, puisque tout s'est passé devant les athlètes ayant pris part à cette compétition officielle, mais aussi devant certains membres des deux délégations. Quelques heures plus tard, le père du Marocain, un ancien officier de l'armée royale, dépose plainte contre Islam. Ses déclarations à la presse en «se présentant en tant qu'ancien militaire ayant passé plus de deux ans dans le désert à combattre le Polisario, une organisation terroriste soutenue par l'armée algérienne», laissaient entrevoir le tournant inquiétant qu'allait prendre l'affaire. Islam est tout de suite placé sous mandat de dépôt puis incarcéré dans un centre de détention pour mineurs, alors que l'examen du médecin légiste ne fait mention d'aucune violence sexuelle sur la présumée victime. Après plus d'un mois de détention et de nombreuses campagnes de solidarité pour Islam, ce dernier est déféré au tribunal criminel d'Agadir.

Après les différentes tractations entreprises par la Fédération algérienne de la voile, le Comité olympique algérien et l'ambassade d'Algérie à Rabat, «tout le monde était confiant quant à l'issue rassurante du procès», nous explique un membre de la Fédération. Un grand avocat marocain est constitué pour prendre le train en marche et défendre l'athlète. Contre toute attente, mardi dernier, une altercation verbale éclate entre Islam et des codétenus de son âge. Les enfants en arrivent aux mains. Une bagarre générale s'en suit et les gardiens s'en mêlent. Dans leur rapport transmis au juge, ces derniers incriminent Islam. La réaction du ministère public ne se fait pas attendre. Son lourd réquisitoire contrastait totalement avec la plaidoirie de la défense, axée essentiellement sur «la bonne conduite et le bon comportement» d'Islam. Après avoir longuement insisté sur l'incident de la matinée, le procureur demande la peine maximale de 20 ans de prison ferme contre cet enfant de 14 ans. C'est le choc dans la salle d'audience.

Quelques heures plus tard, le juge prononce sa sentence : un an de prison ferme. Islam devra encore patienter dans les geôles. Ses avocats décident de faire appel. Et le nouveau procès devra se tenir dans un peu plus d'un mois. En attendant, les réactions vont de l'amertume à l'inquiétude. «Nous nous attendions au pire, à une peine avec sursis. Mais la sentence nous a surpris. Nous aurions aimé que cette affaire soit close et que le jeune Islam rentre chez lui», a déclaré Me Farouk Ksentini, président de la Commission consultative de promotion et de défense des droits de l'homme, que la famille Khoualed avait sollicité dès l'arrestation du jeune Islam. Contacté, il s'est déclaré déçu, mais espère que l'appel «pourra ramener tout le monde à la raison».

Par Abou Walid
La condamnation à une année de prison ferme du jeune Islam, âgé de 14 ans, par le tribunal d'Agadir, au Maroc, en a surpris plus d'un. Provoqué ou non, un incident au centre de détention d'Agadir a été utilisé pour réduire à néant toutes les chances de voir Islam retrouver les siens et les bancs de son école. Ses avocats ont interjeté appel.

Alors que tous s'attendaient à une fin heureuse pour le jeune Khoualed Islam, le tribunal d'Agadir, devant lequel il a été déféré pour «attentat à la pudeur», a créé la surprise, en rendant, mardi en fin de journée, son verdict. Une peine d'un an de prison ferme a été retenue contre Islam, qui vient de fêter son quatorzième anniversaire au centre de détention d'Agadir où il séjourne depuis le 11 février dernier. Le jeune adolescent fait les frais d'un malheureux jeu d'enfants qui s'est transformé en tragédie. En effet, un des athlètes marocains avait déposé une plainte contre lui, «pour agression sexuelle», à la suite d'un jeu de main.

Le plaignant, après avoir baissé le pantalon à Islam, s'est vu rattraper par ce dernier qui lui a fait la même chose. Les deux faisaient partie des équipes en lice pour un tournoi de voile. L'affaire aurait pu être classée, puisque tout s'est passé devant les athlètes ayant pris part à cette compétition officielle, mais aussi devant certains membres des deux délégations. 

Quelques heures plus tard, le père du Marocain, un ancien officier de l'armée royale, dépose plainte contre Islam. Ses déclarations à la presse en «se présentant en tant qu'ancien militaire ayant passé plus de deux ans dans le désert à combattre le Polisario, une organisation terroriste soutenue par l'armée algérienne», laissaient entrevoir le tournant inquiétant qu'allait prendre l'affaire. Islam est tout de suite placé sous mandat de dépôt puis incarcéré dans un centre de détention pour mineurs, alors que l'examen du médecin légiste ne fait mention d'aucune violence sexuelle sur la présumée victime. Après plus d'un mois de détention et de nombreuses campagnes de solidarité pour Islam, ce dernier est déféré au tribunal criminel d'Agadir.

Après les différentes tractations entreprises par la Fédération algérienne de la voile, le Comité olympique algérien et l'ambassade d'Algérie à Rabat, «tout le monde était confiant quant à l'issue rassurante du procès», nous explique un membre de la Fédération. Un grand avocat marocain est constitué pour prendre le train en marche et défendre l'athlète. Contre toute attente, mardi dernier, une altercation verbale éclate entre Islam et des codétenus de son âge. Les enfants en arrivent aux mains. Une bagarre générale s'en suit et les gardiens s'en mêlent. Dans leur rapport transmis au juge, ces derniers incriminent Islam. La réaction du ministère public ne se fait pas attendre. Son lourd réquisitoire contrastait totalement avec la plaidoirie de la défense, axée essentiellement sur «la bonne conduite et le bon comportement» d'Islam. Après avoir longuement insisté sur l'incident de la matinée, le procureur demande la peine maximale de 20 ans de prison ferme contre cet enfant de 14 ans. C'est le choc dans la salle d'audience.

Quelques heures plus tard, le juge prononce sa sentence : un an de prison ferme. Islam devra encore patienter dans les geôles. Ses avocats décident de faire appel. Et le nouveau procès devra se tenir dans un peu plus d'un mois. En attendant, les réactions vont de l'amertume à l'inquiétude. «Nous nous attendions au pire, à une peine avec sursis. Mais la sentence nous a surpris. Nous aurions aimé que cette affaire soit close et que le jeune Islam rentre chez lui», a déclaré Me Farouk Ksentini, président de la Commission consultative de promotion et de défense des droits de l'homme, que la famille Khoualed avait sollicité dès l'arrestation du jeune Islam. Contacté, il s'est déclaré déçu, mais espère que l'appel «pourra ramener tout le monde à la raison».

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Islam Khoualed condamné en appel : 

Le ministre algérien des Affaires étrangères s’en mêle

Le jeune algérien, Islam Khoualed, condamné en première instance pour agression sexuelle sur un enfant marocain, à Agadir, a vu sa peine confirmée, hier, en appel. Le ministère algérien des Affaires étrangères dit « regretter cette décision » et sous entend qu’il s’agit d’une condamnation injuste.
Jusqu’ici le gouvernement algérien s’était tenu éloigné de l’affaire. Aujourd’hui, mardi 7 mai, le ministre algérien des Affaires étrangères dit « regretter profondément cette décision de la chambre criminelle de la cour d’appel d’Agadir confirmant une peine aussi lourde pour notre jeune compatriote, Khoualed Islam, alors que les éléments du dossier et l’absence de constitution et de caractérisation des faits allégués laissaient supposer une relaxe », dans un communiqué de presse officiel, parvenu à Algérie1.com. Hier, la chambre criminelle de la Cour d’appel d’Agadir a confirmé la condamnation du jeune Algérien Islam Khoualed à 1 an de prison ferme et 400 000dh d’amende.
L’affaire avait débuté le 11 février, avec la mise en détention de l’enfant de 13 ans. Depuis elle n’avait cessé de prendre de l’ampleur. Un enfant marocain, âgé de 12 ans, accuse Islam de l’avoir agressé sexuellement, alors qu’ils participaient tous les deux à un stage de planche à voile à Agadir. Il prévient son père, un ex-officier des Forces armées royales. Pour les défenseurs d’Islam, il s’agit d’une simple affaire de pantalon baissé, mais le tribunal des mineurs d’Agadir le condamne, le 19 mars, à un an de prison.
« politiser l'affaire »
« Je suis très content. En Algérie, les médias ont tout fait pour politiser l'affaire mais la justice marocaine a montré qu'on pouvait lui faire confiance », affirme, au moment du verdict, le père du jeune Marocain. Les avocats d’Islam vont immédiatement en appel. La décision du tribunal, hier, confirme la première condamnation d’Islam.
« Nous sommes en train d’étudier toutes les options, allant de la demande de libération anticipée en conformité avec les règles de bonne conduite à la possibilité d’un pourvoi en cassation. La décision finale sera prise en consultation étroite avec la défense », indique le ministère algérien des Affaires étrangères. Il veut également obtenir, en attendant, le transfèrement d’Islam vers Casablanca par l’entremise de l’ambassade algérienne à Rabat, « afin qu’il puisse être dans la proximité immédiate et sous la protection de notre Consulat général établi dans cette ville », indique encore le communiqué algérien.
Grâce royale ?
Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de défense des droits de l’homme, se déclare, une nouvelle fois, prêt à « introduire auprès du roi Mohammed VI une demande de grâce au profit d’Islam, et ce, au nom de la commission », selon El Watan.
Les déclarations du gouvernement algérien interviennent quelques jours après le retour de Mourad Medelci, le ministre algérien des Affaires étrangères, du Maroc où il était en déplacement, en fin de semaine dernière, à l’occasion de la 3e session du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb Arabe. A cette occasion il s’est montré à la fois optimiste déclarant, dimanche, que les relations entre l'Algérie et le Maroc « connaissent, mois après mois, un changement positif », et critique en reprochant très vivement à Hamid Chabat, secrétaire général de l’Istiqlal, ses propos tenus le 1er mai. Il avait assuré que « la récupération de Tindouf, Colomb Bechar, Hassi Baida et Elknassda est une exigence du peuple marocain. » Réchauffement précaire
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