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jeudi 17 mars 2016

[Video] Des divergences entre le Maroc et les Etats-Unis en toile de fond de la crise avec Ban Ki-moon ?


Les déclarations de Ban Ki-moon dans les camps de Tindouf et à Alger hostiles aux intérêts marocains, indiqueraient une grave divergence de vues entre le Maroc et les Etats-Unis, soutenus par la Grande-Bretagne, sur la question du Sahara. Les deux pays seraient favorables à une autre voie qui dépasserait la proposition d'autonomie proposée par le Maroc.

Et si l’actuelle crise avec Ban Ki-moon n'était que la face émergée de l’iceberg ? Un bras de fer qui cacherait de graves divergences entre le Maroc et deux membres influents au Conseil de sécurité, à savoir les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Le refus catégorique du secrétaire général d’assouplir ses postions hostiles au royaume ne serait pas anodin et ne résulterait pas d’un simple entêtement de la part du Sud-coréen.
D’autant plus que depuis qu’il a succédé, en 2006 à Kofi Annan, Ban Ki-moon n’a pas fait montre d’une grande autorité sur la scène internationale. En témoigne, ses faibles positions sur les dossiers irakien, syrien, libyen, malien. Et même sur le conflit du Burundi -moins important que celui du Sahara occidental- il n’a éprouvé aucune gêne à composer avec le président Pierre Nkurunziza lors de sa visite du 22 février.

Une nouvelle crise avec les Etats-Unis en perspective ?
Sur la question du Sahara, c’est Washington qui tire les ficelles. C’est elle qui donne en effet le tempo politique à ce différend territorial, vieux de quatre décennies. Le rôle de l'ONU et des secrétaires généraux qui se sont succédés depuis, se limitent à accompagner la vision des responsables américains qui manœuvrent sur le terrain du Sahara grâce aux leviers des « Envoyés personnels ».
Étrange coïncidence, sur les trois diplomates nommés à ce poste deux sont américains : James Baker et Christopher Ross. Et même lorsque le Maroc avait retiré sa confiance en Ross en 2012, c’est le nom de Colin Powell qui était pressenti pour le remplacer. C’est dire l’importance stratégique pour les Etats-Unis de rester le seul et unique acteur majeur sur le dossier du Sahara occidental. Face à une Union européenne affaiblie par son manque de cohésion, Washington a su imposer sa politique, soutenue en cela par Londres.

Un nouveau projet pour le Sahara ?
Les deux capitales préparaient d'ailleurs un projet, une sorte de troisième voie qui serait plus que l’autonomie, moins que l’indépendance. Une solution portant la signature de Christopher Ross qui pourrait prendre la forme d'un fédéralisme plus ambitieux. Seulement le Maroc refuse catégoriquement cette option.
Autre coïncidence inquiétante pour le Maroc, les déclarations de Ban Ki-moon interviennent seulement un mois après le voyage de l’ambassadrice des Etats-Unis à Alger, dans les camps de Tindouf. La diplomate était accompagnée par Margarette Mckelvey, responsable Afrique auprès du Département d’Etat. 
Après l'épisode d'avril 2013, sommes-nous face à une nouvelle crise avec les Etats-Unis ? A l’époque, les services de John Kerry avaient soumis au Conseil de sécurité un projet de résolution proposant d’élargir le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme au Sahara. Une manœuvre que le Maroc avait réussi à déjouer grâce aux concours de ses relais au Pentagone, le lobby juif aux Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, l’Espagne et la Russie.
Copyright Yabiladi.com

http://yabiladi.com/articles/details/43233/divergences-entre-maroc-etats-unis-toile.htm
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samedi 22 août 2015

BFMTV : Crise de migrants



Des centaines de migrants débordent la police et pénètrent en Macédoine



jeudi 8 août 2013

La véritable histoire d’une grâce qui a failli provoquer une crise avec le Maroc

Par Ignacio Cembrero, El País, 6 /8/2013 23:58
Daniel Galván Viña, 63 ans, a été surpris quand, le mardi 30 juillet, le directeur de la prison de Kenitra (Maroc) lui a annoncé qu’il avait été gracié par le roi Mohamed VI et qu’il était désormais libre. C’est ce qu’il a dit, quelques heures après, à son avocat, Mohamed Benjedou. Mais ce lundi 5 août, la police espagnole l’a arrêté dans un petit hôtel de Murcie, après avoir reçu un mandat d’arrêt international du Maroc. Galván sera mis ce mardi à la disposition de l’Audience Nationale pour examiner l’éventualité de son extradition, mais les 29 autres prisonniers espagnols, graciés aussi par erreur, sont en liberté et ils ne passeront devant aucun juge, eux.
 Galván avait des raisons d’être étonné. Cela faisait moins de trois ans qu’il avait été condamné à 30 ans de prison par la cour d’appel de Kenitra, pour avoir abusé de 11 enfants, dont certains âgés de moins de trois ans, dans cette ville située à 40 kilomètres au nord de Rabat. C’était le verdict le plus sévère pour pédophilie dans l’histoire du Maroc. Le cas avait fait tant de bruit que la chaîne de télévision 2M lui avait consacré un long reportage.
Galván avait demandé à être transféré en Espagne pour y purger le reste de sa peine. « Les prisons espagnoles sont des hôtels cinq étoiles, comparées à celles du Maroc », disent d’anciens détenus ayant des expériences carcérales dans les deux pays. Tous les prisonniers espagnols au Maroc et marocains en Espagne, ont le droit de demander leur transfèrement dans leur pays d’origine, en vertu de la convention bilatérale d’entraide judiciaire et d’extradition signée en 1997. L’examen de chaque cas peut durer jusqu’à 18 mois.
 Mais le transfèrement en Espagne qu’avaient sollicités le pédophile et d’autres prisonniers espagnols s’est converti en grâce royale à l’occasion de la Fête du Trône, la plus importante des fêtes nationales au Maroc, qui commémore l’intronisation en 1999 de Mohammed VI.
Quelqu’un au sein du palais royal à Rabat a fusionné la liste des prisonniers espagnols qui avaient demandé le transfèrement avec celle de détenus pouvant bénéficier d’une grâce royale. Ce quelqu’un l’a fait, semble-t-il, avec l’intention de plaire au Roi d’Espagne, qui achevait sa visite à Rabat, déclenchant ainsi la plus grave crise interne au Maroc depuis l’avènement de Mohammed VI.
Le souverain a entrepris de la désamorcer en publiant des communiqués séparés, samedi et dimanche, affirmant dans le premier qu’il ignorait  » la gravité des crimes abjects » commis par Galván et annulant, dans le second, sa grâce. C’est la première fois dans l’histoire du Maroc qu’un Roi fournit des explications pour une décision controversée, et qu’il la corrige ensuite. L’énorme indignation de la société civile explique ce geste royal.
Le souverain a encore pris lundi une nouvelle initiative en limogeant Hafid Benhachem, directeur de l’Administration Pénitentiaire, qui relève administrativement du chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. Benhachem aurait transmis des « informations erronées » au palais.
Plusieurs discussions avec des sources diplomatiques espagnoles et d’autres responsables proches du dossier permettent aujourd’hui de reconstituer le fil des évènements qui ont ébranlé la relation entre l’Espagne et le Maroc
Don Juan Carlos a achevé le 18 juillet sa visite de quatre jours au Maroc. Il avait demandé au chef du gouvernement, l’islamiste Abdelilah Benkirane, d’accélérer le transfèrement en Espagne d’un détenu à la prison de Tanger, le camionneur retraité Antonio García Vidriel, 58 ans, pour cause de maladie.
Deux jours après Fouad Ali el Himma, le conseiller royal considéré comme le vice-roi du Maroc, a appelé au téléphone l’ambassadeur d’Espagne à Rabat, Alberto Navarro. Il était fâché parce que Don Juan Carlos avait demandé à Benkirane le transfèrement du camionneur, au lieu de s’être adressé au Roi alaouite. Navarro lui a répondu que l’Administration Pénitentiaire était de la compétence du chef du gouvernement. « Sa Majesté peut aussi résoudre ces questions », a répliqué el Himma.
L’appel d’el Himma à l’ambassadeur illustre les efforts du palais royal d’écorner certaines des attributions que la nouvelle Constitution marocaine octroie au gouvernement que dirige Benkirane, qui est aussi leader du Parti de la Justice et du Développement (islamiste modéré).
Cette invitation du conseiller royal appelant l’ambassade à saisir Mohammed VI et non Benkirane ouvrait, aux yeux de la diplomatie espagnole, une occasion en or afin d’accélérer les transfèrements des prisonniers espagnols, qui tardent parfois jusqu’à deux ans. De petits trafiquants de drogue obtiennent leur transfèrement en Espagne quand ils ont presqu’achevé de purger leur courtes condamnations. Les Espagnols pensaient que la solution proposée par le conseiller allait considérablement raccourcir les délais.
En collaboration avec les sept consulats de l’Espagne au Maroc, qui suivent les dossiers des prisonniers, Navarro a établi une liste de 30 condamnés transférables dans les prisons espagnoles. Le nom de Galván Viñas figurait sur cette liste, en même temps que celui d’Antonio Garcia Ancio, fils du camionneur retraité, qui était condamné à 10 ans après avoir été pris à Tanger avec presque neuf tonnes de hachisch dans son véhicule.
L’Ambassade d’Espagne a envoyé, pour la première fois, deux listes de prisonniers au palais royal : celle des 30 prisonniers transférables aux prisons espagnoles – qui d’habitude est adressée à l’Administration Pénitentiaire-, et une autre comportant les noms de 18 autres détenus susceptibles d’être graciés. Pour être éligible dans cette dernière catégorie, le condamné ne peut être d’origine marocaine et doit avoir purgé une bonne partie de sa peine.
Au palais royal, quelqu’un a fusionné les deux listes en une seule. Les prisonniers transférables dans les prisons espagnoles ont disparu. Ainsi, il ne restait plus qu’une liste de prisonniers à grâcier et Galvan y était le dernier, le numéro 48, en dépit des 28 années qu’il devait encore purger. « Bien que cela ait été fait avec la meilleure intention du monde, nous nous sommes arrachés les cheveux quand nous avons vu qu’ils avaient libéré le pédophile et le camionneur pris avec neuf tonnes de hachisch », reconnaît un diplomate espagnol.
Les autorités marocaines ont pris conscience de la bévue le 1er août. À mesure que le scandale grossissait au Maroc, elles ont commencé à manœuvrer pour sortir de cette situation inconfortable. Les Espagnols ont aussi œuvré pour ne pas être éclaboussés par le scandale. Ils ont intoxiqué la presse, mentant même parfois pour se mettre à l’abri. Ainsi, le ministère des Affaires étrangères a nié vendredi à la presse toute implication dans l’élaboration de la liste des graciés, comme si l’ambassade avait agi sans consulter son gouvernement
Pour la partie marocaine, des canulars ont été montés de toutes pièces pour tenter de disculper Mohammed VI. L’une de ces versions, transmise à El Pais et à quelques médias marocains par des personnes proches du palais, disait que la grâce était le résultat d’un arrangement entre les services marocains (la DGED) et leurs homologues espagnols (CNI), et que le Roi n’avait plus qu’à entériner en raison des intérêts supérieurs de la nation.
Le ministre de la Justice marocain a appuyé cette hypothèse par la publication, vendredi, d’un communiqué niant sa responsabilité dans l’élaboration de la liste controversée mais donnant un certain crédit à l’hypothèse d’une transaction entre services d’espionnage. Le roi a accordé sa grâce pour des raisons d’ « intérêt national », selon le texte du communiqué.
Le deuxième communiqué du palais a été, en revanche, discuté entre les Marocains et les Espagnols pour que, implicitement, la révocation de la grâce ouvre la possibilité à ce que Galván puisse passer 28 ans derrière les barreaux en Espagne. L’ambassadeur Navarro a assuré le dimanche à El Pais que « cette perspective est désormais ouverte en application de la convention de collaboration pénale signée en 1997 entre Rabat et Madrid ». Les diplomates étaient contents. Ils avaient évité un nouveau conflit comme celui de l’îlot de Persil.
Lire l’article, en espagnol, sur elpais.com
Note de Panoramaroc (8/8/13) : L’ambassadeur d’Espagne a entre temps catégoriquement nié la conversation téléphonique avec Fouad Ali al Himma (voir démenti).

DanielGate. L'étrange «démenti marocain» de l'ambassadeur d'Espagne, Lakome maintient sa version des faits

par Lakome,9/8/2013


Le communiqué d'Alberto Navarro n'a pas été envoyé aux agences de presse étrangères ni aux médias espagnols, notamment à El Pais qui avait pourtant publié en Espagne les détails de cette conversation entre les deux hommes. Lakome maintient sa version des faits.
L'ambassadeur d'Espagne à Rabat, Alberto Navarro, a envoyé un communiqué à l'agence de presse officielle MAP, repris jeudi dans certains supports marocains et selon lequel «Il n'y a rien de vrai sur les informations concernant les supposées conversations téléphoniques avec le conseiller Royal, Fouad Ali El Himma».
Ce communiqué d'Alberto Navarro soulève plusieurs questions tant sur la forme que sur le fond, sachant que l'ambassadeur espagnol a pris soin de ne l'envoyer qu'à la MAP : ni les agences de presse étrangères ni aucun média espagnol ne l'ont reçu et/ou diffusé jusqu'à présent. Un démenti qui semble destiné uniquement à l'opinion publique marocaine.
Si Alberto Navarro affirme que sa conversation téléphonique avec El Himma, à l'origine du DanielGate, n'a pas eu lieu, il est en effet pour le moins étrange qu'il n'ait pas envoyé de démenti au premier quotidien de son pays, El Pais, qui a pourtant relaté les détails de sa conversation tenue avec le conseiller du roi.
Sur le fond, les termes du communiqué sont volontairement vagues («divers moyens de communication», «les supposées conversations téléphoniques»), alors que les informations relayées par El Pais et Lakome sont précises : il s'agit d'un seul coup de fil passé par Fouad Ali El Himma à Alberto Navarro le 20 juillet dernier.
Lakome maintient sa version des faits.

samedi 25 mai 2013

Assemblée mondiale du Réseau CADTM 20-21-22 mai : La situation politique au Maroc


  par Attac/Cadtm Maroc, 18/5/2013
 
Assemblée mondiale du Réseau CADTM
Rabat, 20-21-22 mai 2013

Le dilemme des choix néolibéraux dans un contexte de crise mondiale du capitalisme

Le contexte politique actuel se caractérise par l’aggravation de la crise du capitalisme à l’échelle mondiale et l’offensive généralisée du capital pour faire supporter le fardeau de sa crise aux masses populaires.
Au Maroc, cette crise accentue l’impasse des choix néolibéraux imposés par les institutions financières et commerciales internationales. En effet, Le Maroc était colonisé pendant 43 ans (de 1912 à 1955) par la France et l’Espagne qui ont pillé ses ressources, empêché son industrialisation et entravé son développement. Le processus de lutte pour l’indépendance n’a pas permis une rupture avec la domination coloniale qui s’est poursuivie sous de nouvelles formes. La dette qui était le principal outil de financement dès le début des années soixante, a explosé au début des années quatre-vingt et a entrainé les programmes d’ajustement structurel. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international imposaient alors leurs politiques de tout pour l’export, le démantèlement des barrières douanières, la libre circulation des capitaux étrangers et des marchandises, la privatisation des entités publiques rentables et des services publics, les accords du libre-échange, etc. Ces choix néolibéraux ont accentué le transfert des richesses, la dépendance structurelle de notre pays à tous les niveaux (financier, technologique, industriel, commercial et alimentaire), et ont condamné la majorité des citoyens à vivre dans la pauvreté et l’analphabétisme. 

L’impasse de ces choix est retentissante dans le contexte actuel de crise

L’année 2012 a connu un taux de croissance de 2,4% contre 4,9% en 2011. Elle s’est terminée par un déficit commercial de 197 milliards de DH qui représente 23,8% du PIB (1 euro = 11 dirhams –DH-), et la valeur de nos exportations ne couvre que 48% de nos importations (36% pour la balance alimentaire). La crise en Europe affecte aussi les autres principales sources de devises (les résidents marocains à l’étranger, le tourisme et les investissements directs étrangers) qui manifestent une tendance à la baisse. Ce qui a conduit à un déficit historique du compte courant de la balance des paiements qui a atteint près de 83 milliards de DH à fin 2012, soit 10% du PIB (le plus haut niveau de déficit depuis les années 1980). Les avoirs extérieurs nets ne permettent de couvrir que 3 mois et 27 jours d’importations de biens et services en février 2013. C’est alors qu’on tombe à nouveau dans la spirale infernale de l’endettement.
La dette publique totale (interne et externe) du Maroc a atteint 583 milliards de DH (environ 71% du PIB) en fin 2012. Son service est de 108 milliards de DH. Si l’on compare le poids annuel de la dette avec le budget de l’Éducation en 2012 (51 milliards de DH), de la Santé (12 milliards de DH) ou des investissements publics (59 milliards de DH), on se rend à l’évidence qu’aucun développement économique ou social n’est possible sans l’annulation de la dette.
Mais l’État continue sa quête de devises en empruntant directement sur les marchés financiers internationaux : 1 milliard d’euros en 2010 et 1,5 milliards de dollars en décembre 2012. Pendant ce temps, le FMI, par le biais de sa nouvelle Ligne de précaution et de liquidité (LPL) dotée de 6,2 milliards de dollars, nous a fixés les termes du plan d’austérité à suivre. Au menu : gel des salaires (les principales dispositions de la loi des Finances 2013 portent sur un quasi-blocage de la masse salariale publique, qui ne croîtrait que de 1,3% après avoir progressé de 9,2% en 2012), démantèlement du système de subventions des produits de première nécessité et du système des retraites par répartition, baisse de la dépense publique dans les secteurs sociaux et privatisation de l’enseignement et de la santé. Le gouvernement marocain vient déjà de prendre la décision de réduire le budget d’investissements publics de 15 milliards de dirhams sur les 59 milliards de dirhams fixés dans la loi des finances 2013, ce qui aura un impact négatif sur le taux de croissance déjà faible, l’emploi et le niveau de vie. Les impôts représentent plus de 63% des recettes de l’État dans la Loi des finances de 2013 mais seront supportés essentiellement par les consommateurs et les salariés, tandis que la participation des entreprises privées et des ménages riches restera faible, car elles bénéficient d’exonérations fiscales, de subventions et d’un accès au foncier à des prix dérisoires.
Ce sont donc les masses populaires qui payeront la crise par un accroissement de la précarité et le chômage. Selon le rapport 2013 sur le développement humain réalisé par le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), le Maroc est toujours classé 130e sur 187 pays sur la base de trois dimensions : l’éducation, la santé et le revenu. En effet, le taux d’analphabétisme officiel en 2012 est de près de 30% pour les hommes (population âgée de 10 ans et plus) et 50% pour les femmes qui représentent plus de 50% de la population. Les dépenses de la santé représentent 5% du budget général de l’État et 1,4% du PIB. Le nombre de médecins est 5,4 médecins pour 10.000 habitants contre 12 en Tunisie, 13 en Algérie et 34 dans les pays d’Europe. Le PIB par tête d’habitant au Maroc s’élève à 2 100 DH par mois (25 200 DH par an) et le salaire médian dans le secteur privé est de 2 377 DH par mois contre 6 400 DH dans la fonction publique, tandis que le coût des besoins pour une vie décente est estimé à plus de 5 000 DH. Le taux de chômage avoisine 10% et le Maroc compte plus de 9 millions de pauvres (28% de la population) par application de l’indice multidimensionnel de pauvreté (9% selon l’approche monétaire officielle, c’est-à-dire moins de 2,15 dollars par personne et par jour).

La répression pour faire supporter le fardeau de la crise aux masses populaires
La gravité de la crise rétrécit la marge de concession du régime qui essaye d’anticiper sur les résistances populaires et ouvrières qui se développent sur tous les fronts par la répression et un acharnement contre toutes les formes de protestations sociales. Ceci se manifeste par des interventions sauvages contre les manifestations et sit-in, l’incarcération et les poursuites judiciaires contre des militants actifs, des intimidations de toutes sortes à leur encontre. L’Etat essaye d’instaurer un climat de peur et de criminaliser les résistances. Parmi elles, celles du Mouvement du 20 février (M20F) qui connaît certes un essoufflement, mais ses principales revendications (démocratie et justice sociale) continuent à être portées dans toutes sortes de mobilisations. La répression frappe aussi les luttes syndicales pour la défense des acquis dans le secteur public (enseignement, santé, justice, …) et privé (mines, textile, hôtellerie, agriculture,…), les diplômés chômeurs en lutte pour leur droit au travail (leurs actions quotidiennes se poursuivent à Rabat malgré la répression féroce). Les contestations pour défendre les services publics, le droit au logement et contre la cherté de la vie dans les villes subissent le même sort. Dans les zones rurales, les populations réclament des infrastructures de base qui manquent terriblement dans les régions enclavées. Les femmes victimes des effets désastreux du système du micro-crédit et les migrants subsahariens subissent également la répression, le racisme, les incarcérations et les procès iniques.
L’ensemble de ces mobilisations reflète la forte opposition politique aux politiques néolibérales et à l’État qui fait supporter le fardeau de la crise aux masses populaires et bafouer la liberté d’expression et d’opinion et les droits humains.

Une situation politique très incertaine
Les résistances se maintiennent contre l’offensive libérale mais ne sont pas encore à la hauteur d’une contre-attaque globale pour stopper l’hémorragie et imposer une alternative populaire. De même, elles n’incluent pas directement une dimension politique en termes de revendications démocratiques et une mise en cause de ceux qui gouvernent qui étaient justement portées par le mouvement de 20 février (M20). En effet, l’émergence du M20, en février 2011, dans le contexte des révoltes populaires dans les pays du Maghreb et de la région arabe, a augmenté l’ampleur des mobilisations sociales, surtout pour le droit au travail et les services publics, qui ont atteint toutes les couches du peuple marocain dans toutes les régions du pays. Il a également porté des revendications politiques directes dans la rue telles que la lutte contre la corruption incarnée dans certains fonctionnaires de l’État, des parlementaires, et des membres des conseils locaux et en réclamant la destitution du gouvernement, la dissolution du parlement et la libération des prisonniers politiques, etc. Il a mis en évidence la perte de crédibilité de la nouvelle Constitution boycottée par la moitié des Marocains, et des institutions représentatives par la non-participation très faible aux élections législatives dont le taux réel n’était que de 25 %. Mais pour l’instant la monarchie a réussi à reprendre l’initiative dans la gestion de la politique générale du pays en concertation avec les institutions financières et commerciales internationales et les pôles de l’impérialisme.
Le rapport de force est actuellement en défaveur des classes populaires qui souffrent d’un épuisement de leurs outils de lutte. Les partis politiques de la gauche institutionnelle qui parlaient au nom des forces populaires s’accordaient avec la monarchie pour un nouveau consensus qui permettra une stabilité politique et une continuité des politiques néolibérales. Ils légitiment le despotisme en place en participant aux gouvernements de façade et les pseudos institutions représentatives. Ils sont suivis par les syndicats, émiettés, bureaucratisés, atomisés qui collaboraient eux aussi avec l’Etat et les employeurs pour maintenir la paix sociale et détruire les acquis historiques de la classe ouvrière. Le dogme libéral domine également au sein des dirigeants de nombreuses organisations de femmes, de jeunes, des droits de l’homme et organisations de « la société civile », ainsi que parmi un large éventail des intellectuels et des enseignants universitaires qui considèrent que le temps de la résistance et la confrontation est révolu, et qu’il faut juste travailler à humaniser la mondialisation néo - libérale et s’accrocher au régime existant en tant que garant de la stabilité politique, surtout avec la montée de l’épouvantail de l’islam politique. Et avec l’ampleur de la machine médiatique qui défend le nouveau règne et l’absence de traditions nécessaires de solidarité, les expériences combatives des luttes ouvrières et des mobilisations populaires restent fragmentées et isolées et vulnérables à des campagnes de répression, les combats des diplômés chômeurs subissent une répression journalière farouche et systématique, et toutes les voix dissidentes subissent également des harcèlements de toutes sortes. En effet, pour faire passer les plans d’austérité et la restructuration globale de l’économie et de la société tel que requis par les Institutions Financières Internationales et les multinationales le régime n’avait d’autres moyens que le renforcement de la répression contre les mouvements de protestation en croissance et la réduction des libertés publiques par un système politique qui est dépourvu de toute légitimité populaire. La gauche radicale est trop faible pour peser et influencer largement. Le champ reste alors ouvert aux courants islamistes radicaux qui exploitent cette absence de perspective progressiste claire pour orienter les aspirations surtout des jeunes vers des horizons obscurantistes.

Construire un front populaire large contre les plans néo – libéraux
Le défi central pour ATTAC/CADTM MAROC dans le contexte politique actuel, est de contribuer à la construction d’un front large contre les plans néo-libéraux. Le slogan qui oriente ATTAC Maroc reste « l’éducation populaire tournée vers l’action », qui signifie, réfuter la logique des IFI basée sur le marché et le profit privé, et développer des alternatives populaires basées sur les priorités sociales des citoyens. D’où ses campagnes de sensibilisation contre la dette, contre la privatisation des grands établissements publics et contre la marchandisation des services publics de santé, d’éducation, d’eau, électricité, des transports urbains, contre les accords de libre-échange, la fiscalité injuste, l’accaparement des terres, etc. Ce grand effort d’éducation populaire s’accompagne d’une pratique quotidienne pour unir les luttes et la coordination des expériences.
Malgré son rayonnement national, et malgré les efforts considérables déployés par les militants d’ATTAC Maroc pour renforcer sa présence dans les mobilisations, et en dépit des succès de ses positions et de ses analyses, son implantation populaire reste encore modeste. Le discours d’ATTAC/CADTM MAROC se distingue du consensus libéral et sonne comme une tendance radicale contre le courant général surtout que la machine des grands médias de l’État influence l’esprit des citoyens plus qu’une association limitée en ressources et en influence. L’État ne cesse de harceler notre association et refuse toujours de renouveler son récépissé de dépôt légal, malgré la reconnaissance dans la pratique. Ceci la prive des salles publiques pour ses activités et limite ses initiatives, des aides financière comme d’autres associations, et accentue son déficit budgétaire pour garantir ses propres locaux. Il faut ajouter à cela la caractéristique des adhérents d’ATTAC Maroc qui sont essentiellement des jeunes. Ces jeunes confèrent une très grande audace de lutte et d’initiatives, d’une part, mais d’autre part rendent difficile une continuité de son travail et la mise en œuvre des plans en raison de l’instabilité de la situation sociale de ces jeunes qui sont les premières victimes du chômage et de la précarité.
Malgré tous ces défis ATTAC Maroc continue à œuvrer pour la construction d’un mouvement social fort et profondément enraciné et pousser les mobilisations sociales vers la conquête de la démocratie et de la justice sociale.
Le 20 avril 2013

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jeudi 15 novembre 2012

Benkirane invite l’Europe à réduire son train de vie


''Après le speech du frère du roi, de la femme du roi voici le discours du fou du roi!
Le 1er ministre islamiste marocain conseille aux Européens de se serrer la ceinture! sans blagues! Le pire c'est qu'il se prend pour un leader du printemps arabe: "Vous avez été nos colonisateurs, vous avez accompagné nos colonisateurs, vous avez accueilli nos révolutionnaires et aujourd’hui, vous accueillez les leaders du printemps arabe".
 Ilham Iznassen

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Benkirane invite l'Europe à réduire son train de vie

Le Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane a conseillé aux pays européens en crise, de se montrer moins soucieux de leurs "intérêts économiques", lors du Forum mondial de la démocratie devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg.

Le chef du gouvernement a entamé son élocution sur un ton ironique : "Messieurs les Européens, nous vous admirons, nous vous trouvons à chaque fois en face de nous. Vous avez été nos colonisateurs, vous avez accompagné nos colonisateurs, vous avez accueilli nos révolutionnaires et aujourd’hui, vous accueillez les leaders du printemps arabe".
Abordant la crise économique, Benkirane a affirmé "Moi, je n’ai pas peur de votre crise économique", rappelant que dans le monde arabe 30 à 50% de la population ne possède presque rien, puis a conseillé aux Européens de se serrer la ceinture : "S’il faut diminuer un peu votre façon de vivre, faites-le. C’est tout et vous aurez réglé tous vos problèmes". Il a ensuite qualifié la répartition des richesses entre le nord et le sud d’inégale.
Abdelilah Benkirane qui veut amorcer un nouveau dialogue avec les pays européens, a expliqué à ses interlocuteurs qu’ils ne pourront plus délocaliser au Maroc quand ça les arrange, et relocaliser "parce qu’il y a un petit son de cloche de crise".
Lors du forum placé sous le thème "Les marchés ont-ils besoin de la démocratie et réciproquement ?" Benkirane a conclu en affirmant que le monde est contraint de revoir ses modèles économique et politique.