Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

samedi 21 juin 2014

AMDH : Présentation du rapport annuel sur les violations des droits humains au Maroc en 2013



Rabat, le 18 juin 2014
Déclaration de presse
Mesdames et Messieurs les représentant(e)s des organismes de presse et des moyens de communication,
Mesdames et Messieurs les représentant(e)s du corps diplomatique,
Les ami(e)s représentant les organismes des droits humains, associatifs et syndicaux présent(e)s.
Au nom du Bureau central de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation à cette conférence de presse destinée à la présentation du rapport annuel sur les violations des droits humains telles que constatées par l’A.M.D.H. en 2013.
Conformément à ses objectifs, résidant essentiellement dans la diffusion et l’éducation aux droits humains, l’observation et le dévoilement des violations des droits humains et à son action pour y mettre un terme d’une part, et fidèle à son habitude depuis plus de dix-huit ans de l’autre, l’AMDH présente son rapport annuel sur la situation des droits humains en 2013.

La situation des droits humains au Maroc en 2013, telle qu’observée dans ce rapport, établi par l’AMDH, selon son observation de la situation des droits humains au Maroc en 2013 tant à travers les violations constatées par la centaine de sections de l’AMDH œuvrant dans les différentes villes et régions (91 sections locales, 03 commissions préparatoires pour la constitution de nouvelles sections, 10 sections régionales et 4 sections à l’étranger) qu’à travers les publications des médias en général, s’est caractérisée par la poursuite et l’intensification des violations visant les défenseurs des droits humains et particulièrement les militant(e)s de l’AMDH ; cette pratique reste monnaie courante jusqu’à la rédaction de ce rapport ; ce qui a poussé l’AMDH à tenir une conférence de presse le 20 mars 2014 afin d’informer l’opinion publique nationale et internationale des actes de vengeance, d’encerclement et des harcèlements commis de plus en plus à l’encontre de l’AMDH et ses activistes ; ces faits deviennent de plus en plus insupportables du fait qu’ils menacent les libertés de ces activistes dont toutes les activités sont contrôlées.

Ce rapport relève les différentes catégories de droits suivies par l’AMDH en 2013 dans un ensemble de domaines, sans prétendre couvrir toutes les pratiques contraires aux droits humains. Cependant, les violations relevées dans ce rapport sont suffisantes pour mettre en évidence l’orientation générale caractérisant la politique publique en la matière et donnent une image du non-respect de l’État des droits et des libertés en dépit de ses engagements nationaux et internationaux.  

I.     Au niveau législatif :

L’année 2013 s’est caractérisée par la réinvestiture du gouvernement après un vide de plus de deux mois. Cette investiture a créé une large polémique sur l’application des dispositions constitutionnelles « les dialogues nationaux » pour la réforme de certains domaines sans la large participation du mouvement des droits humains démocratique et des composantes effectives de la société civile. L’AMDH a relevé que le mouvement des droits humains a été écarté alors que les appareils de l’Etat ont été fortement représentés durant les phases des dialogues et dans les initiatives supervisées. Elle a noté, de même, le retard notable dans l’élaboration du plan législatif du gouvernement ainsi que dans l’élaboration et la mise en œuvre des nouvelles lois organiques et dans les exigences de l’harmonisation de la législation actuelle.

Elle a aussi relevé la domination de l’appareil exécutif quant à la présentation des projets de lois face aux propositions de lois qui n’ont eu que peu d’importance, ce qui montre que la fonction législative du Parlement se rétrograde eu égard aux initiatives du gouvernement et à la domination de l’appareil exécutif en matière de la législation. 

Comme d’habitude, le projet de la loi des finances de 2014 s’est accaparé une grande importance et particulièrement à l’ombre de la crise financière, des exonérations fiscales, de la crise sociale et des tergiversations ou de l’incapacité de lutter contre la corruption. L’AMDH a aussi noté que, dans ce domaine, le Parlement s’est suffi à des tâches formelles limitées à approuver ou rejeter les projets du gouvernement ; en outre, la seconde Chambre fonctionne toujours conformément à la Constitution de 1996 abrogée par celle de 2011 ; elle est alors inconstitutionnelle et donc illégale ce qui constitue l’un des aspects des violations de l’Etat de la Constitution qu’il a lui-même élaborée.

1)    La Constitution


En dépit de la mention dans la Constitution de certains droits et libertés tels l’incrimination de la torture, de la détention arbitraire et de la disparition forcée… Cependant, l’effet desdits droits et libertés reste en réalité très restreint eu égard à l’absence de garanties constitutionnelles et judiciaires concernant leur opérationnalisation, de la garantie de leur sauvegarde et à la non-impunité des auteurs de leur violation ; en outre, la Constitution actuelle ne consacre aucunement l’égalité effective entre la femme et l’homme du fait qu’elle est conditionné par le respect les spécificités illustrées dans « les dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume ».

En dépit de la promulgation dans la Constitution, pour la première fois, de l’amazighe en tant que langue officielle, le processus de sa mise en œuvre est reporté puisqu’elle exige la promulgation d’une loi organique qui n’a toujours pas vu le jour après le retrait du projet de loi, que le gouvernement n’a depuis ni présenté un autre projet comme alternative ni fourni d’explications convaincantes à l’opinion publique.

Si la Constitution a souligné dans l’article 27 le droit d’accéder à l’information, elle a parallèlement limité ce droit par une loi organique sur la protection de tout ce qui a trait à « la Défense nationale », à « la sécurité de l’Etat » et à « la vie privée des individus » ; cette loi organique n’a toujours pas vu le jour sachant que les conditions posées par la Constitution limitent l’accès à l’information en toute liberté.

La Constitution a, de même, souligné la responsabilité pénale de tout un chacun à qui la loi confère le pouvoir de la prise des décisions (tout responsable est tenu de répondre de ses actes), cependant, l’AMDH relève que cette disposition n’est toujours pas mise en œuvre et note que l’Etat continue à exercer la politique d’impunité quant aux crimes politiques, économiques, sociaux et culturels.

De manière générale, l’AMDH relève que la Constitution actuelle ne reconnaît ni la souveraineté populaire et le droit du peuple marocain à s’autodéterminer, ni la séparation entre les pouvoirs et celle entre la religion et la politique ; il ne reconnaît pas non plus les principes essentielles nécessaires à l’harmonisation de la législation locale avec les chartes internationales des droits humains ; en somme, la Constitution de 2011 reste dans son essence loin des normes d’une constitution démocratique.

2)    Les instruments internationaux non ratifiés par le Maroc

Le Maroc a ratifié très tardivement la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées le 14 mai 2013 et le gouvernement a annoncé sa décision de ratifier le premier Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui se rapporte au contrôle des lieux de détention et de séquestration (adopté par la loi n° 124.12 du 04 juillet 2013 publié au Bulletin officiel n° 6/66) et le Protocole facultatif à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ; en outre, le Maroc a ratifié la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles et s’est engagé à adhérer à la Convention européenne sur la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels. Cependant, l’AMDH a noté, d’une part, la lenteur imprégnant le processus d’adoption et de mise en œuvre et de l’autre la réticence de l’Etat quant à l’adoption de nombreuses chartes et conventions internationales des droits humains et notamment la Convention de Rome créant la Cour pénale internationale, le deuxième Protocole se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

L’AMDH a relevé, en outre, que l’Etat n’a pas levé les réserves et les déclarations interprétatives des conventions ratifiées. Il n’a pas non plus ratifié un bon nombre de conventions de l’Organisation internationale du travail avec en tête la Convention n° 87 sur la liberté syndicale. Le Maroc continue toujours à refuser de voter en faveur de la résolution onusienne appelant à un moratoire sur la peine de mort, en vue de son abolition.

Le Maroc montre toujours peu d’intérêt quant à l’harmonisation de son arsenal juridique avec les conventions et pactes internationaux et à la mise en œuvre du principe de la suprématie des chartes internationales des droits humains sur la législation nationale.

3)    Le Conseil national des droits de l’homme

En dépit du fait que le Conseil national des droits de l’homme, créé en mars 2011, ne réponde pas totalement, du point de vue organisationnel, aux principes de Paris et ne fait en pratique ni le suivi ni l’observation des violations en cours touchant les droits civils et politiques et les droits des catégories et à plusieurs reprises il se trouve dans la même longueur d’ondes avec  le discours de l’Etat, cependant, les démarches, entreprises dans le cadre de l’émission de rapports thématiques, sont considérées comme positives et nécessitent leur renforcement par la mise en œuvre des recommandations jointes à ces rapports.

4)    Les recommandations de l’Instance équité et réconciliation

Huit ans après l’approbation, le 06 janvier 2006, du rapport final de l’Instance équité et réconciliation  par le Roi, la plupart des recommandations émises ne sont toujours pas mises en œuvre alors que certaines ne requièrent que la volonté politique en l’occurrence la présentation des excuses officielles et publiques de l’État, la non répétition des violations graves des droits de l'Homme, l’abolition de la peine de mort et la ratification de conventions et de protocoles.

5)     La promotion de la culture des droits humains et la démocratie


La plateforme citoyenne pour la promotion de la culture des droits de l'Homme annoncée officiellement par l’État en 2008 n’a toujours pas vu le jour ; par ailleurs, l’État n’a donné aucune suite au Plan d'action national en matière de démocratie et de droits de l'Homme (2011-2016) en dépit de ses défaillances ce qui est le cas pour un bon nombre de plans, projets et recommandations concernant l’évolution de la situation des droits humains.

II.   Les droits civils et politiques

 

1)    Le droit à la vie, à la protection contre la torture, à l'intégrité physique et à la sécurité personnelle

L’A.M.D.H. a enregistré de nombreuses violations commises directement ou indirectement par l’État portant atteinte au droit à la vie du fait de la violence infligée aux citoyen(ne)s dans les locaux de la police, dans les lieux publics, dans les centres hospitaliers à cause des négligences, dans les prisons à cause du surpeuplement, de l’absence des conditions d’hygiène et de la montée de la violence, suite à des événements de protestation, lors des manifestations et des sit-in, au cours de la garde à vue ou après arrestation par des patrouilles de police… Ces violations commises par les différentes forces des autorités publiques, usant de différents moyens, sont devenues monnaie courante et ce surtout après le mouvement populaire qui a vu le jour avec le Mouvement du 20 février ; en général les responsables jouissent d’une protection les plaçant au-dessus de toute poursuite sans répondre de leurs actes ce qui les encourage à persévérer dans leurs exactions.

2)    La détention politique


L’AMDH a relevé, suite au suivi et à l’observation des questions de détention politique et arbitraire, l’extension du champ des violations parmi les activistes du Mouvement du 20 février, les militant(e)s de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), les défenseurs des droits humains, les détenus de ladite Salafiyya Jihadiyya, les détenteurs de croyances religieuses différentes de la religion de l’Etat, les activistes des droits humains sahraouis, le Mouvement des diplômés enchomagés, les mouvements de protestation des citoyen(ne)s, les ouvriers et les fonctionnaires protestataires et en grève.

L’année 2013 a connu la libération de certains détenus politiques et détenus d’opinion ou la poursuite de certains détenus en liberté provisoire et ce grâce à la lutte du mouvement des droits humains et des forces démocratiques au sein du pays et à l’étranger.

Le nombre des détenus politiques dont les cas ont été suivis par l’AMDH en 2013 s’élève à 317 ce qui constitue un chiffre relatif en raison du flux et du reflux que connaît la détention politique et du fait que les peines sont relativement plus courtes par rapport aux étapes précédentes.

L’Etat a excellé en matière des fausses accusations de droit commun attribuées aux détenus pour camoufler la nature de la détention et poursuit donc de nombreux activistes en leur attribuant des accusations telles le trafic de la drogue, l’obstruction de la voie publique, l’agression ou l’humiliation de fonctionnaires publics dans l’exercice de leurs fonctions, la destruction d’édifices d’utilité publique, de la propriété d’autrui, la possession et le port d’armes blanches ; ces accusations sont rejetées par les détenus qui affirment qu’ils sont arrêtés en raison de leurs opinions ou de leurs positions par rapport aux politiques publiques ou de leurs revendications pour la reconnaissance de leurs droits tant politiques que sociaux, économiques, culturels et environnementaux.

3)    La disparition forcée au Maroc et les cas d’enlèvement


La vérité n’a pas été dévoilée concernant de nombreux dossiers de disparition forcée. Parmi les cas en suspens, nous citons ceux évoqués dans le rapport de l’Instance équité et réconciliation avec en tête les dossiers de Mehdi Ben Barka, Houcine El Manouzi, Abdelhak Rouissi, Abdellatif Zeroual, Ouazzane Belkacem, Omar El Ouassouli, Mohamed Islami … L’A.M.D.H. a relevé de nombreux nouveaux cas d’enlèvement en 2013.

Il est à signaler qu’est considérée comme enlèvement, toute arrestation de toute personne en dehors du domaine de la loi sans avertir sa famille qui le cherche du lieu de son incarcération. 

4)    La situation générale au sein des prisons


La réalité carcérale est toujours en dégradation et connaît des violations graves des droits des prisonniers soulignés dans les règles minima pour le traitement des détenus en raison de la primauté accordée à l’approche sécuritaire dans les prisons qui est une pratique systématique et ne concerne nullement des cas isolés. Cette approche est plutôt connue dans la quasi-totalité des établissements pénitentiaires en plus de l’étendue de la violence et de la pratique de la torture qui prend plusieurs formes en l’occurrence les insultes, les gifles, les coups de pied, la suspension ce qui cause dans certains cas des infirmités, des fractures, des hémorragies et des évanouissements qui ont nécessité parfois le transfert à l’hôpital et même des opérations chirurgicales.

En 2013, trois cas de décès ont été enregistrés dans les prisons ; à ce propos, les thèses sont contradictoires même si quelques témoignages attestent qu’ils sont survenus par négligence médicale.

5)    Les libertés publiques


La situation des libertés publiques au Maroc a été caractérisée, en 2013, par une régression notable du fait de la répression croissante exercée lors des manifestations pacifiques, l’agression et l’arrestation des défenseurs des droits humains. Les violations touchent aussi le droit de créer des associations, la liberté de la presse, la liberté syndicale, la liberté de circulation et les droits des individus à l’expression et le droit d’organisation des instances politiques. 

En dépit du fait qu’un article de la Constitution de 2011a été réservé aux droits et libertés, considéré positivement par le mouvement des droits humains, les dispositions de cet article ne se sont pas reflétées sur la réalité des libertés et des droits dans notre pays ;

Le droit d’organisation : en dépit de la décision du tribunal administratif à Agadir en 2008 selon laquelle « les autorités locales n’ont pas le droit de refuser l’octroi du récépissé de dépôt de dossier de création des associations … », les autorités marocaines tant locales que provinciales ou régionales privent encore un nombre d’instances de leur droit d’organisation et spécialement par le refus de leur octroyer les récépissés de dépôts de dossiers juridiques avec en tête les sections de l’AMDH à Smara, Taounate, Bernoussi et Fès-Saïss. De nombreuses organisations sont toujours privées du récépissé de dépôt et notamment : l’Association nationale des diplômés enchômagés au Maroc, l’Union nationale des administrateurs, al-Badil al-Hadari, le parti al-Oumma, l’association ATTAC et de nombreux bureaux syndicaux et d’associations locales. De même, la procédure de dépôts de dossiers juridiques des associations et des syndicats est toujours caractérisée par l’absurdité bureaucratique et les tergiversations pour l’octroi des récépissés de dépôt et quelques contenus de la loi sur les associations y contribuent comme c’est le cas de leurs négatives interprétations pour restreindre le droit d’organisation.

La liberté de presse et la démocratisation des médias publics : l’AMDH a relevé la régression du classement du Maroc dans l’échelle de la liberté de presse de l’organisation Reporters sans frontières qui classe le Maroc 136e parmi 180 pays dans son rapport annuel sur la situation de la liberté de presse dans le monde en 2013.

Cette année a connu un nombre de cas d’agressions physiques de journalistes, pendant l’exercice de leurs fonctions et notamment pendant les manifestations contre la grâce du pédophile « Galvàn ». Les deux affaires ayant affleuré en 2013, relatives à l’état d’arrestation et de poursuites avec comme chef d’inculpation le terrorisme : l’affaire d’Ali Anouzla, considérée comme l’affaire ayant dominé le paysage médiatique au Maroc en 2013 et l’arrestation du journaliste Mustapha Hasnaoui poursuivi sous deux accusations « la constitution d’une bande terroriste pour perpétrer des actes destructeurs touchant la sécurité publique du pays et la non dénonciation d’un crime terroriste » et il a été condamné à trois ans de prison ferme. En outre, certains journalistes ont été privés de leurs droits aux cartes d’accréditation qui ont été arbitrairement retirées à d’autres journalistes et de nombreux journaux ont été interdits d’entrer au Maroc par décision du Ministère de la communication.

Le droit de rassemblement et de manifestation : de nombreuses manifestations ont été interdites durant cette année et de nombreux sit-in ont été réprimés par le recours à la violence brutale parfois et particulièrement contre les participants aux marches et sit-in du Mouvement du 20 février et contre les manifestations des syndicalistes, des défenseurs des droits humains et des groupes des cadres supérieurs en chômage. Nous avons enregistré l’approche sécuritaire pour faire face aux luttes sociales dans les différentes régions. En dépit de la reconnaissance des transgressions des lois par les forces publiques lors de leurs interventions contre les citoyens dans la voie publique par le Ministre de la justice et des libertés, ce dernier n’a pas pris d’initiative pour l’ouverture d’enquête sur ces faits.

Pour ce qui est des libertés syndicales, elles sont continuellement et plus que jamais violées au niveau de l’entreprise ce qui a conduit à terroriser les ouvrier(e)s du secteur privé qui se sont éloignés de l’exercice de leur droit à l’action syndicale.

Les libertés individuelles : plusieurs lois violent les libertés individuelles et les restreignent avec en tête la liberté de croyance et de conscience.

6)    La Justice marocaine


Le dialogue sur la réforme de la justice, boycotté et duquel se sont retirées de nombreuses associations des droits humains et professionnelles, n’a pas abouti à des résultats concrets. Nous avons noté que l’on se sert toujours du système judiciaire pour lui faire prononcer des jugements injustes dans des procès ne respectant pas les normes des procès équitables en l’occurrence ceux lors desquels ont été poursuivies les victimes de la répression de la liberté d’opinion et d’expression, de la liberté de la presse, des syndicalistes, des activistes et des opposants politiques, des participants aux protestations sociales, des activistes des droits humains dont de nombreux membres de l’A.M.D.H. et des détenus dans les dossiers de la lutte anti-terroriste.   

Cette année a aussi connu la poursuite de la revendication par des magistrats de l’indépendance du système judiciaire, de sa compétence et de son intégrité ; à cette revendication ont été  opposées des restrictions comme c’est le cas du Club des magistrats.

7)    La peine de mort :


En 2013, de nouvelles peines ont été prononcées, alors que son abolition à l’échelle internationale s’étend une année après l’autre. L’AMDH a relevé, avec grande inquiétude, à ce propos la position négative de l’Etat et du gouvernement marocain envers la résolution onusienne appelant à un moratoire sur la peine de mort, en vue de son abolition. Cette position, inacceptable ni du point de vue des droits humains puisqu’elle est contraire aux engagements du Maroc et à ses déclarations à plusieurs reprises, ni en réalité puisque le Maroc n’exécute pas la peine de mort depuis 1993.

8)     Les défenseurs des droits humains :


L’année 2013 a connu une agression intensive perpétrée par l’Etat à l’encontre des défenseurs des droits humains violant ainsi la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations-Unies le 9 décembre 1998, et ce en harcelant, violentant, jugeant et arrêtant de nombreux activistes des droits humains dont les militants de l’AMDH. L’AMDH a suivi plus de 70 cas de poursuites judiciaires et d’arrestations à l’encontre des défenseurs des droits humains.

III.                       Les droits économiques, sociaux et culturels


A l’instar des années précédentes, l’année 2013 a enregistré la continuité de la même situation au niveau économique, social et culturel puisque les indicateurs importants n’ont connu aucune amélioration sensible ; ils ont plutôt enregistrés un recul retentissant.

Sans doute, le poids de la crise économique dans laquelle baigne notre pays, l’incapacité des politiques suivies actuellement fondées sur la baisse des dépenses publiques, la suppression de services sociaux, l’augmentation des prix à travers le renoncement progressif du soutien des matériaux de base dont les matières énergétiques, l’adoption du système d’indexation, le recours à l’emprunt extérieur et la réalisation des équilibres macro-économiques aux dépens des équilibres sociaux ce qui a conduit à l’augmentation du rythme des mouvements de protestation et à son extension ; suite au dynamisme déclenché par le Mouvement du 20 février et à la détérioration que connaissent les droits économiques et sociaux à cause de l’effondrement du pouvoir d’achat pour de larges catégories de citoyen(ne)s, de l’augmentation des prix et de la dégradation des services sociaux.

  •  Le droit au travail et les droits des travailleurs

-        Le droit au travail

L’AMDH relève le problème persistant du chômage qui ne fait que s’aggraver ; en effet, le taux de chômage annoncé continue d’augmenter ; en 2013, ce taux est de 9,2% (9,6% parmi les femmes) et le nombre global des chômeurs selon le Haut commissariat au plan est de 1 081 000 soit 43 000 chômeurs de plus par rapport à 2012. En réalité, le taux officiel du chômage cache d’autres vérités se rapportant au chômage déguisé (les marchands ambulants …), la précarité au travail (contrat à courte terme, le travail quelques heures par semaine …) et les activités marginales non productrices de revenu. En outre, les politiques publiques en cours se répercutent négativement sur l’état d’embauche ; à titre d’exemple, la décision du gouvernement en février 2013 de retirer 15 milliards de dirhams du budget alloué aux investissements. C’est pourquoi, 2013 n’a pas connu l’apaisement du rythme des mouvements immenses de protestation et successifs des différents groupes et coordinations des différentes catégories des chômeurs dont les groupes des handicapés et des non voyants chômeurs.

-        Les droits des travailleurs

A l’instar des années précédentes, l’année 2013 a connu une intensification des grèves de travail  dans de nombreux secteurs publics et semi-publics contre la politique d’inattention et des tergiversations pratiquée par le gouvernement pour contrer les revendications des grévistes et l’adoption des prélèvements comme seule réponse aux revendications en violation flagrante des droits et libertés syndicales et en bafouant franchement un droit acquis préservé par les gouvernements précédents.

D’autre part, la grande part des violations étaient dans le secteur privé qui ne respecte même pas les droits des travailleurs les plus élémentaires (la carte de travail, la fiche de paie, le SMIG, l’adhésion à la Caisse nationale de sécurité sociale, la détermination des heures de travail, les congés hebdomadaires et annuels …) ; les licenciements arbitraires des ouvriers et collectifs et les fermetures illégales des établissements de production continuent et l’exercice des droits et des libertés syndicales est incriminé ; en outre, les décès à cause de l’absence des conditions de santé et de la sécurité au travail et sans aucune assurance des accidents de travail ; la moyenne des salaires est très maigre et ne répondent nullement à la cherté de la vie ; l’écart est flagrant entre les bas et les hauts salaires.

  • Le droit au logement

La politique dudit logement social à travers laquelle l’État essaie d’alléger la crise de logement est restée vaine puisque elle n’est pas parvenue au niveau requis pour laisser le champ libre aux spéculateurs et aux mafias de l’immobilier. Par ailleurs, des lobbys encouragent l’habitat insalubre et la multiplication de bidonvilles sans l’intervention de l’État qui par contre recourt à l’évacuation des résidents et démolit leurs constructions sans leur offrir d’alternatives dans la plupart des cas.

En outre, le tissu traditionnel des habitats au Maroc s’érode continuellement puisque la plupart des constructions sont dans un mauvais état et menacées d’effondrement.

L’année 2013 a connu des incidents violents suite à l’intervention des forces publiques pour réprimer les manifestations pacifiques des habitants revendiquant le droit à un logement décent (Cas de la ville de Salé et de sa périphérie). L’année 2013 a connu des cas de démolition et d’évacuation forcée des domiciles sans recherche d’alternatives en contradiction avec « les principes fondamentaux et les principes directeurs régissant les opérations d’évacuation et de déplacement pour cause de développement ».

  • Le droit à la santé

La situation de santé au Maroc est toujours inquiétante et est considérée parmi les indicateurs qui placent le Maroc dans les derniers rangs quant à l’indice de développement humain. L’Etat est directement responsable de cette situation catastrophique. Puisque chaque jour les journaux nous apprennent des cas de décès ou de négligence entrainant la mort et ce à cause du faible financement public de la santé, l’échec du régime d’assistance médicale pour les personnes à revenu limité, la régression des services de santé préventive et la dégradation des conditions au sein des hôpitaux publics du fait de plusieurs facteurs financiers, humains, logistiques et la cherté des médicaments.

  • Le droit à l’éducation

La situation dans le secteur de l’éducation ne s’est guère améliorée au fond de façon notable, et l’école publique n’a guère significativement évoluée en dépit des fonds énormes versés, dans le cadre du plan d’urgence, qui ont atteint 33 milliards de dirhams. Cependant, ses maigres résultats sont très décevants même pour les responsables du secteur à cause de l’absence de contrôle et de la détermination des responsabilités et en l’absence de relation étroite dans la réalisation entre la planification et l’exécution.

Les établissements scolaires ne sont pas en nombre suffisants pour accueillir les enfants en âge de scolarisation puisque les statistiques indiquent qu’environ 50% des constructions scolaires programmés n’ont pas été réalisées et que les taux de surnombre, plus de 40 élèves par classe, selon les déclarations officielles ont enregistré dans l’enseignement primaire un taux de 7,9% alors qu’il est de 14,4% au collège et il a dépassé 31,4% au lycée, sachant que les taux de surnombre selon l’UNESCO concernent les classes de plus de 25 élèves.

En outre, une bonne partie des établissements scolaires sont sans services d’hygiène pour les deux sexes, ne disposent pas de bibliothèque, ne sont pas raccordés à l’eau potable, ni rattachés au réseau électrique.

Et ce alors que l’on parle de gaspillage et de détournement de dizaines de milliards des caisses de la mutuelle par les responsables. Ces corrompus trouvent un encouragement et parfois une complicité directe de l’Etat à cause de l’absence du contrôle permanent des autorités de tutelle qui camouflent les déséquilibres financiers et administratifs trouvés et la reconnaissance de leur existence.

  • Les droits culturels

Les droits culturels souffrent de marginalisation et d’exclusion comme si son faible classement parmi les droits mentionnés dans le système des droits humains la rend sans importance pour l’être humain ; c’est pourquoi l’on ne prête pas souvent attention à leur violation ce qui ne permet d’en jouir dans leur totalité.

Cette marginalisation se reflète dans le budget alloué à la culture par l’Etat et les collectivités locales et dans le peu de structures et d’équipements créés pour accueillir les activités et les productions qu’elle génère ; l’on peut noter ceci à travers le manque de musées, d’expositions, de théâtres, de complexes culturels, de bibliothèques et autres ; plutôt l’existant parmi ces structures est exposé à la négligence et à la détérioration. En plus de la marginalisation touchant le champ culturel et les intellectuels dans les programmes des médias publics, l’élimination du nombre infime de programmes sérieux en la matière et la considération du patrimoine littéraire, artistique et populaire comme du folklore auquel l’on ne recourt qu’en cas de besoin et spécialement au service du capital touristique.

  • Les droits culturels et linguistiques amazighs

En dépit de la satisfaction de la revendication d’officialisation de la langue amazighe dans la Constitution de 2011, cette officialisation est restée en panne du fait qu’elle est conditionnée par la loi organique. Il y a un grand écart entre le discours annoncé et la mise en œuvre et l’application tant au niveau de l’arrêt de quelques comportements discriminatoires toujours en vigueur, telle l’interdiction des noms amazighs au niveau des services de l’état civil dans les différentes communes ou au niveau des consulats marocains à l’étranger (au moins 27 noms).

Quant au niveau des médias publics, visuels et auditifs, sachant que le Maroc a fait de ce secteur un modèle d’intérêt pour la langue amazighe après la création de la huitième chaîne, il est devenu le symbole des politiques publiques qui portent atteinte à la justice et à l’égalité entre les deux langues.

Pour ce qui est de l’enseignement, l’enseignement de la langue amazighe - malgré les défaillances dans les contenus et l’enseignement de la langue sans l’utiliser dans l’apprentissage – s’est arrêté dans de nombreux établissements et la formation du personnel éducatif a régressé, sans évoquer la poursuite de la politique de discrimination entre les langues puisque la langue amazighe n’est toujours pas obligatoire et non généralisée ; en outre, elle est quasiment absente dans les établissements privés.

IV. Les droits de la femme


La situation de la femme n’a pas connu d’avancée significative par rapport à l’année précédente malgré le discours officiel qui continue à commercialiser ce qui est considéré comme réalisation en matière des droits de la femme. Nous relevons :

- que la polygamie est toujours en vigueur ; en dépit des obstacles placés par le législateur pour la limiter, les études dans sept wilayas marocaines montrent que le taux d’approbation des demandes de polygamie a dépassé dans les tribunaux de Marrakech, Rabat et Fès 85% des demandes déposées.

- La discrimination dans les procédures de divorce.

- L’inégalité entre la mère et le père pour la conservation du droit de garde après le mariage et la tutelle légale des enfants.

- l’inégalité dans l’héritage ; l’injustice que connaissent les femmes et les filles dans la question de l’héritage s’exacerbe plus en cas d’absence d’enfants males dans la famille ou lorsque le mari décède alors que la femme est sans enfants.

- La femme marocaine n’est pas autorisée à se marier à un non-musulman.

- La non reconnaissance du droit d’un mari étranger époux d’une Marocaine à s’octroyer la nationalité de sa femme.

- La parité n’est pas réalisée pour les hautes fonctions administratives en application des articles 6, 19 et 30 de la Constitution.

Parallèlement à la privation des femmes de l’héritage ou de l’appropriation des terres communautaires (soulaliyates), les femmes et les filles sont victimes de la violence sous toutes ses formes telles le viol et le mariage forcé. Cette violation s’aggrave lorsque les victimes sont forcées de se marier avec le violeur pour essuyer le déshonneur car la loi annule la poursuite en cas de mariage avec la victime selon le deuxième alinéa de l’article 475 du code pénal. (Cet alinéa a été amendé en 2014)

V.     Les droits des jeunes


Concernant le volet des jeunes, nous avons relevé l’absence d’engagements de l’Etat tels que déterminés par la communauté mondiale et particulièrement dans les domaines de la famine, la pauvreté, la santé, la mauvaise utilisation des drogues, l’environnement, les filles et les jeunes, la participation complète et efficace des jeunes dans la vie sociale et dans la prise de décisions. Le manque énorme dans le corps enseignant et administratif, la faiblesse des structures d’équipement, l’improvisation dans la gestion du système éducatif telle la suppression de certaines disciplines pour la couverture du manque dans d’autres matières ; la propagation de la drogue devant les lycées et les instituts supérieurs alors que l’Etat ferme les yeux ce qui a un effet négatif sur l’avenir des jeunes. C’est ce qui a fait que l’année  2013 était caractérisée par de nombreuses protestations d’étudiants pour l’amélioration de leur situation économique et sociale ; de nombreuses protestations ont été réprimées et des étudiants ont été renvoyés et des cités universitaires fermées.

VI. Les droits de l’enfant


En dépit du fait que le Maroc ait ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant et des deux protocoles s’y rapportant, les systèmes législatifs nationaux relatifs à l’enfant avec en tête la Constitution ne sont toujours pas en harmonie avec la législation internationale d’où l’enfant ne peut pas jouir de tous ses droits de protection et de promotion. C’est ce qui se reflète clairement dans sa vie quotidienne misérable, la faible protection juridique de l’enfant, l’inefficacité des procédures judiciaires et particulièrement face aux crimes d’exploitation sexuelle des enfants ; le phénomène d’agressions sexuelles des enfants a connu une grave escalade, il s’agit de viols individuels ou collectifs des enfants des deux sexes et qui sont suivis dans certains cas de leurs décès. Ce qui a caractérisé l’année 2013, c’est le scandale du criminel espagnol « Daniel Galvàn » condamné à 30 de prison ferme dans l’affaire du viol de 11 enfants à Kénitra suivi de la décision de la grâce royale.

VII.                     Les droits des personnes handicapées


Bien que le Maroc ait ratifié la Convention et le Protocole facultatif s’y rapportant le 14 avril 2009 et qu’il s’est engagé à appliquer leurs dispositions, le bilan montre que les droits des personnes handicapées, économiques et sociaux notamment restent loin de leur portée ; les lois en vigueur sont des lois antérieures à l’émission de la Convention et ne sont pas en harmonie avec elle ; les bases de données ne sont pas actualisées depuis 10 ans ; à cela s’ajoute la mise en place de plans d’action improvisés et sans cumul ni coordination ce qui conduit sans doute à de maigres réalisations et en-deçà des engagements internationaux.

VIII.                 Les droits des migrants et des demandeurs d’asile


Malgré l’annonce du Maroc qu’il a commencé l’exécution d’un plan pour la régularisation extraordinaire de la situation administrative des étrangers résidant en situation irrégulière au Maroc, l’Etat marocain adopte une approche sécuritaire dans le traitement du dossier de la migration irrégulière et le rôle de gendarme de l’Europe par excellence tout en se dérobant à ses engagements internationaux en matière des droits humains, tant quand il s’agit du respect, de la protection ou de la mise en œuvre des droits des migrants ; par exemple la violation du droit à l’intégrité physique et de la sécurité personnelle, la déportation massive interdite à l’échelle internationale et qui est précédée d’arrestations arbitraires dans des conditions inhumaines et sans procès ni procédures juridiques. Quant aux migrants marocains, ils sont dans une situation précaire puisqu’ils sont exposés à la discrimination raciale, à l’exploitation et au mauvais traitement ; ils sont souvent la cible du discours de la haine, de harcèlements et de violence et particulièrement suite à la crise économique et financière internationale et aux tentatives des pays d’accueil de leur faire assumer ses conséquences sans qu’ils aient aucun soutien de la part de certains consulats et des ambassades marocaines qui reçoivent les migrants marocains avec indifférence, humiliation, chantage et le harcèlement par certains fonctionnaires ; ce qui est confirmé dans le rapport de la section de l’AMDH en Belgique après la constatation sur le terrain faite suite à la réception d’une pétition signée par 300 migrants marocains.

IX. Le droit à un environnement sain


Concernant les droits environnementaux des citoyens, ils ont connu de nombreuses violations qu’il s’agisse de l’eau potable ou de la dégradation de l’état de l’air ou la destruction des terres agricoles ou des ressources forestières ; à cela s’ajoute la mauvaise gestion des ordures ménagères solides et l’absence d’une gestion réelle des déchets médicaux dangereux ; ce qui conduit à des violations graves affectant l’état des ressources environnementales d’une part et la vie des citoyens de l’autre tant par la diminution des opportunités des citoyens pour obtenir leur nourriture ou pour préserver leur santé même. Il est évident que ces dangers menacent essentiellement les pauvres, les marginaux parmi les hommes, les femmes et les enfants.

Le Bureau central



Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)
-Bureau Central -
Commission Centrale d'Information, Communication et d'Activités de Rayonnement (CoCICAR)
E-mail:      -    amdh1@mtds.com
                     -    amdh.info@yahoo.fr
 
Tel:    0537730961   /      Fax:   0537738851
__._,_.___

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire