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jeudi 3 mars 2011

Maroc: l'ex-officier supérieur Kaddour Terhzaz gracié par le roi

Par AFP, 2/3/2011
RABAT - L'ancien numéro deux de l'armée de l'air marocaine Kaddour Terhzaz, condamné en 2008 à 12 ans de prison pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat", a été gracié mercredi par le roi Mohammed VI, ont annoncé sa famille et une source gouvernementale.
L'ex-colonel, qui a également la nationalité française, avait été condamné pour avoir divulgué des informations confidentielles relatives à la guerre entre le Maroc et le Front Polisario à la fin des années 70. "Il vient d'être libéré, il s'agit d'une grâce royale", a déclaré à l'AFP sa fille Sonia.
L'information a été confirmée de source proche du gouvernement. "Il a été gracié par le roi suite à la demande de sa famille", a indiqué un responsable gouvernemental sous couvert d'anonymat.
Kaddour Terhzaz, âgé de 73 ans, a pu quitter mercredi après-midi la prison de Salé, près de Rabat, a précisé sa fille.
M. Terhzaz avait été condamné le 28 novembre 2008 à Rabat par le tribunal militaire permanent des Forces armées royales marocaines à 12 ans de réclusion pour "atteinte à la sûreté externe de l'Etat en divulguant un des secrets de la défense nationale" à une partie "non qualifiée".
Plus de 150 députés européens, de différents pays et de tous les groupes politiques, avaient adressé en novembre une lettre au roi Mohammed VI pour l'appeler à "gracier Kaddour Terhzaz".
Il lui était reproché d'avoir transmis en 2005 à un capitaine de l'armée de l'air, Ali Najab, une copie d'un courrier écrit à l'intention du roi, où il mentionnait l'absence de systèmes antimissiles à bord des avions utilisés par le Maroc dans le conflit avec les forces du Front Polisario, en lutte pour l'indépendance du Sahara occidental.
Ce conflit avait éclaté en 1975 après l'annexion par le Maroc de l'ancienne colonie espagnole.
En juin 2010, la famille du colonel Terhzaz avait "sollicité" la grâce du roi Mohammed VI", soulignant qu'il avait "toujours soutenu de manière inconditionnelle le Maroc et le roi".
Cette libération "lui a rendu justice et a mis fin aux conséquences du procès militaire exceptionnel qui a entaché l'image de la justice", a commenté mercredi Me Abderrahim Jamaï, l'un des avocats de Kaddour Terhzaz.
Des organisations de défense des droits de l'Homme, dont Human Rights Watch, avaient également pris la défense de l'ex-officier et demandé sa libération en estimant que son procès n'avait pas été équitable.

L’édition du journal le Monde, datée du 1er mars, a été interdite au Maroc.

La révolution peut-elle s'exporter en Algérie et au Maroc ?
 Par Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde, 1/3/2011
Le vent de la révolution qui souffle sur le monde arabo-musulman va-t-il submerger l'Algérie et le Maroc ? Pour une partie de la presse, si révolte il doit y avoir elle touchera l'Algérie, le nouveau maillon faible du Maghreb. La monarchie marocaine, profondément ancrée dans l'histoire et incarnée par un roi "moderne", proche de ses sujets, serait moins vulnérable. Pour l'heure, dans les deux pays, la contestation est mesurée et les pouvoirs en place semblent indéboulonnables. En Algérie, les opposants au régime peinent à mobiliser les foules. Le dernier rassemblement dans le centre de la capitale n'a réuni que quelques centaines de personnes. Face à elles, les forces de sécurité étaient autrement plus nombreuses.

Le chef de l'Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, sûr de sa force, a fait publier un décret présidentiel, le 24 février, pour lever l'état d'urgence instauré, en 1992, lorsque le pays était à feu et à sang. Désormais, les manifestations seront autorisées - sauf à... Alger. Au Maroc, c'est la chute du président Ben Ali, en Tunisie, qui a mobilisé les jeunes, via les réseaux sociaux. Rejoint par des associations de défense des droits de l'homme, des formations de gauche et une frange de la mouvance islamo-conservatrice, le Mouvement du 20 février pour le changement a pourtant réussi son pari.
C'est par centaines de milliers (des dizaines, selon la police) que les Marocains ont défilé dans plus de cinquante villes du royaume pour réclamer une démocratisation du régime et l'instauration d'une monarchie constitutionnelle. Mais ni slogan ni pancarte pour réclamer le départ du roi Mohammed VI.
Entre les manifestants esseulés d'Alger et la foule bon enfant de Rabat se lisent deux histoires différentes. En Algérie, un seul parti politique s'est engagé dans le mouvement de contestation : le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) du docteur Saïd Sadi. Or ses effectifs sont maigres. La division qui règne parmi les responsables du mouvement de protestation n'arrange pas les choses. Ceux venus du syndicalisme et du monde associatif entendent s'appuyer sur la société civile et les forces sociales pour obtenir un changement de système. Avant de descendre dans la rue, ils veulent prendre le temps de construire une plate-forme de revendications. A l'inverse, ceux issus du monde politique sont pressés. Leur priorité est de s'inscrire dans le mouvement général de contestation qui secoue le monde arabe. Résultat, la Coordination qui les réunissait a volé en éclats.

Mais l'échec de la contestation en Algérie tient à une autre raison, plus profonde. Si les Algériens hésitent à braver l'interdiction de manifester contre un pouvoir qu'ils détestent dans leur majorité, c'est que le souvenir des violences des années 1990 demeure vivace. Quelque 200 000 Algériens - essentiellement des civils - ont péri durant la "sale guerre" entre forces de sécurité et "barbus". Rares sont les familles qui n'ont pas perdu un proche durant cette décennie. Mobiliser un peuple qui a enduré tant de souffrances n'est pas chose aisée.

Le Maroc n'a pas connu une telle tragédie et, depuis la disparition d'Hassan II, la peur de descendre dans la rue a disparu. Le pays offre-t-il pour autant l'image d'une "démocratie qui est en train de mûrir", comme l'a dit le porte-parole du gouvernement, Kalid Naciri, au lendemain des manifestations du 20 février ?
La réalité est moins flatteuse pour la monarchie. Les maux qui accablent la Tunisie, l'Egypte et les autres pays de la région sont aussi ceux du Maroc de Mohammed VI : une société de plus en plus inégalitaire, fermée aux jeunes en quête d'un emploi (fussent-ils diplômés de l'université), un pouvoir absolu concentré entre les mains du monarque et de son proche entourage, des partis politiques déconsidérés, des scrutins aux résultats dictés par le Palais royal, une justice aux ordres, une presse surveillée de près.
S'y ajoute la corruption qui gangrène le trône jusqu'à son sommet. Dans le télégramme d'un diplomate américain, révélé par le site WikiLeaks, un homme d'affaires confie que les "pratiques de corruption" se sont "institutionnalisées" avec l'avènement de Mohammed VI, en 1999 : "Dans quasiment tous les grands projets immobiliers du royaume", on retrouve "l'intérêt commercial du roi et d'une poignée de ses conseillers". Dans un autre "mémo " , un ancien ambassadeur américain, resté proche du Palais royal, déplore "l'effroyable rapacité de l'entourage du roi". Au lendemain de la marche du 20 février, le souverain, installant les nouveaux membres du Conseil économique et social, un organisme sans réel pouvoir, a vanté le "modèle singulier de démocratie et de développement" mis en place, par lui, au Maroc. "En installant le Conseil économique et social, a dit le souverain, nous donnons une forte impulsion à la dynamique réformatrice que nous avons enclenchée." Il y a fort à parier que les animateurs du Mouvement pour le changement ne l'entendent pas ainsi. Et pas seulement eux : déjà, deux formations politiques, dans la foulée des manifestations, ont commencé à plaider en faveur d'une réforme constitutionnelle. Pour Mohammed VI aussi, l'avenir s'annonce plein de dangers.
tuquoi@lemonde.fr
Jean-Pierre Tuquoi (Service International)

mercredi 2 mars 2011

Maroc : le pouvoir à la dérive...

 Par Mohamed Hifad, 2/3/2011
Modeste mise au point d'un observateur:
 Le Maroc de tous les scénarios !
Le Makhzen , pour assurer ses arrières, commence à distribuer des « dons » pour les chorfas et zaouia, des parcelles pour les habitants des bidonvilles, il commence à inscrire dans toutes les provinces les chômeurs diplômés, le conseiller du roi reçoit les représentants des syndicats passant outre le dialogue stérile entre ces derniers et le gouvernement, des membres de la famille royale prennent la parole sur France 24 chez ses fidèles alliés copropriétaires avec eux du Maroc, il injecte des millions de dollars dans la caisse de compensation et le nouvel organisme qu’il crée dans ce sens entame son travail à la va-vite , il a déjà augmenté la police juste avant le déclenchement de ces événements, etc . 
On défend l’exception du Maroc sur les médias mais sur le terrain , on passe à la vitesse supérieure pour atténuer la colère du peuple. La seule possibilité qui reste pour faire vivre au Maroc une Révolution blanche résidera dans le fait immédiat de réaliser pour les Marocains ce que revendiquent haut et fort leurs frères tunisiens, égyptiens et libyens et bien d’autres à leur suite. Mais le Makhzen figé est incapable d’un tel revirement de situation d’où il sortirait bien grandi et épargnerait au peuple marocain bien des sacrifices en vie humaine .Ce serait comme tenir un langage de raison à Khadafi en ce moment .
Même si Mohamed VI semble apte à le faire , son entourage, en particulier les fassis, les dits alliés traditionnels du Maroc, les généraux de son père , sa constitution et ses lois restées intactes , ses gros intérêts d’homme d’affaire (...) ne le laisseront pas faire ce geste salutaire pour le peuple marocain..

Le Roi n’acceptera pas de régner et ne pas gouverner et d’être jugé le premier pour abus de pouvoir, de richesses illégales et d’accepter une limitation des richesses au Maroc sinon ce n’est pas la peine de faire une Révolution et se trouver face à des caisses vides, et refaire une autre Révolution et ainsi de suite. Il faudra fixer un plafond pour tous à ne pas dépasser et récupérer le surplus chez tout le monde en commençant par la famille royale , la première fortune du pays accumulée par des moyens illégaux sous la dictature de Hassan II et de la même manière aujourd’hui et à sa suite toutes les grandes fortunes du pays .

C’est donc désormais l’impasse : il faut choisir entre la dictature et la Révolution. Aujourd’hui, Mohammed VI commet la même erreur que son père en croyant que les revendications des marocains sont uniquement d’ordre social et économique ou veut les réduire exprès à ce niveau là alors qu’elles sont essentiellement politiques. Même s’il donne un salaire mensuel pour chaque Marocain(ne) aujourd’hui , il n’arrêtera pas ces manifestations pour la dignité et la liberté. Personne ne peut plus supporter de lui baiser la main et de venir chaque année faire des courbettes devant lui en esclave comme au moyen âge. Les Marocains ne font plus confiance au régime qui leur a menti des milliers de fois et toute réforme, même sérieuse, arrive trop tard. Si le Maroc rate le changement en ce moment, il ne le fera jamais. Tous les scénarios sont possibles aujourd’hui pour la Maroc !

Comité marocain de suivi du 20 février : Appel au rassemblement du 6 mars 2011



Le mouvement du 20 février prolonge ses actions au Maroc pour réclamer des vrais changements démocratiques au Maroc.
Par le comité de soutien au Mouvement du 20 février, 3/3/2011
Il appelle à de nouvelles manifestations le dimanche 6 mars à travers tout le pays. Il estime que l’État marocain n’a pas répondu à ses revendications légitimes.
A l’instar du mouvement du 20 février au Maroc, nous ne pouvons que nous indigner de la réponse que l’État marocain a réservé aux demandes légitimes de ce mouvement. 
Nous condamnons sans réserve la répression qui s’est abattue sur les manifestations en lien avec le mouvement du 20 février. L’État a accompagné sa réponse répressive par une nouvelle gabegie. Une nouvelle coquille vide. Un énième conseil consultatif économique et social où il a nommé, après allégeance, des commis de l’Etat. 
Cette réponse n’est pas à la hauteur des aspirations du peuple marocain. Elle est inacceptable. Elle est condamnable. 
Des vrais changements démocratiques sont nécessaires et obligatoires. L’Etat marocain n’a plus le choix. Il doit réellement s’inscrire dans le changement démocratique.
Le vent de la liberté a soufflé sur la région nord-africaine et arabe. Nous saluons les révolutions en Tunisie, en Egypte, en Libye, ainsi que les mouvements populaires au Yémen, au Bahreïn, en Algérie, en Jordanie, en Iran et au sultanat d’Oman.
Au Maroc, nous ne lâcherons pas. Nous continuons à supporter et à soutenir le mouvement du 20 février dans toutes ses revendications légitimes. Nous les porterons avec lui jusqu’à ce que le peuple marocain arrache tous ses droits à la dignité, à la justice, à la liberté et à la démocratie.
Pour continuer et prolonger le mouvement, le comité marocain de suivi du 20 février appelle à un

Rassemblement
Parvis des droits de l’Homme/Ambassade du Maroc
Dimanche 6 mars à 15h
Paris 16ème Métro Trocadéro

Organisations du comité :
AMF, ASDHOM, ATMF, FMVJ-France, Amis AMDH-Paris, APADM, FSCME, RIAS, Voie Démocratique, PSU, PADS, 20 février-Désir de changement, Maroc Ecologie les Verts, CAPDEMA.
Organisations soutenant le comité :
PCOT, AFASPA, CFDA, Manifeste des Libertés, FTCR, ATF, ETTAJDID-France, ACHR, MRAP, CRLDHT, PCF, CISA, UJFP, UTIT, CLAD, RESPAIX, LDH, Parti de Gauche, Europe Ecologie les Verts, FASE, CORELSO, Association IDEAL-92, Association Espace Farabi, NPA, PIR, PCOF, Solidarité Maroc 05.

Sahara Occidental : 36 ans de souffrances et de tension


Par Le Post , 28/2/2011
post non vérifié par la rédaction
Le conflit du Sahara Occidental est une question de décolonisation non-conclue à cause de l'attitude obstructionniste du Maroc, avec la permissivité de la Communauté Internationale (ONU et UE), le soutien explicite de la France et le refus de l'Espagne à assumer sa responsabilité en tant qu'ancienne puissance coloniale. 
Par conséquent, ce conflit doit culminer avec l'organisation d'un référendum avec toutes les garanties démocratiques et de transparence.
Le droit à l'autodétermination du peuple est reconnu par les multiples résolutions de l'ONU, l'UE et l'UA. Le cadre pour résoudre ce conflit a été fixé par l'ONU dans sa résolution 1495 de juillet 2003, connue sous le nom de Plan Baker, approuvée à l'unanimité au Conseil de Sécurité et accepté par le Front Polisario. Cependant, le Maroc empêche son application en violant la légalité internationale et favorisant, ainsi, une situation d'instabilité et insécurité dans la région.

Aujourd'hui, le conflit se trouve dans une situation de stagnation et blocage qui est vue par le Maroc comme favorable et un moyen de décourager les Sahraouis.De ce fait, le statut quo est devenu le seul moyen de garder le contrôle du territoire. Par conséquent, toute proposition qui s'éloigne de l'exigence du référendum d'autodétermination est vouée à l'échec et positionne le conflit dans l'impasse. Il convient de rappeler que le Maroc est la force d'occupation et n'est pas en position légitime pour présenter des propositions. Sa position se doit de tenir aux résolutions de la Communauté Internationale.
Le déblocage ne peut se faire qu'en exigeant, avec fermeté, du Maroc de se tenir à la légalité et au respect du droit inaliénable du peuple sahraoui à l'autodétermination.
La situation d'occupation illégale pendant plus de 35 ans par le Maroc des territoires du Sahara Occidental n'a été possible que par une action permanente de répression sur le peuple sahraoui en violant les droits de l'homme de manière continuelle : détention arbitraires, emprisonnements, disparitions, tortures, jugements sans garanties, interdiction de manifestation ou d'association, assassinats, qui a créé une situation explosive dans le territoire. Cette répression n'a jamais réussi à vaincre la résistance des Sahraouis le long de ces 35 ans.
A cela s'ajoute, de plus, le pillage des richesses naturelles du Sahara Occidental contre tous les rapports juridiques des Nations Unies, comme celui de l'assesseur légal Hans Corell (2002)
Durant tout ce temps de l'occupation et en particulier depuis mai 2005, la population sahraouie des territoires occupés a organisé des manifestations dans les principales villes du Sahara Occidental pour exiger ses droits les plus fondamentaux. Des manifestations qui n'ont eu aucun écho au sein de l'ONU et de l'UE. Des manifestations dans la rue, concentrations devant les prisons et centres de torture, dénonciation des jugements injustes, pose de drapeaux, graffitis sur les murs, affrontements contre le police, etc, sont quelques-unes des actions qui configurent une résistance civile d'une population pacifique et qui a transmis au monde la nécessité d'une solution urgente avant l'arrivée d'un bain de sang que personne ne désire mais qui est favorisé par le silence de la communauté internationale.
La protestation du Camp de Gdeym Izik est d'une importance extrême. Des milliers de Sahraouis ont défié la répression la plus féroce et ont osé, dans la plus grande manifestation pacifique réalisée dans les territoires occupés, mettre en échec et questionner l'autorité marocaine. 
Il n'est pas faux de dire que cette protestation organisée à El Aaiun en octobre 2009, a été l'embryon des révoltes postérieures que le monde arabe a connues.
Après cette protestation, le gouvernement marocain a interdit l'accès au territoire aux journalistes pour éloigner tout témoignage de la presse internationale. Dorénavant, tout ce qui arrivera aura lieu à huis clos malgré la présence sur place de la force onusienne, MINURSO

Face à cette situation, il convient de rappeler que l'ONU :
- N'a pas réagi malgré les appels constants lancés par le président Mohamed Abdelaziz aux Secrétaire Générale Ban Ki-moon à cause des violations constantes par le Maroc des droits de l'homme.
- S'abstient de se prononcer contre l'exploitation illégale des richesses sahraouies
-  Situe l'agresseur et l'agressé dans la même balance face aux plaintes exprimées par les deux parties et face à leurs versions différentes sur les évènements.
- Se tait face aux travaux de fortification du mur de défense marocain
- Se défend de prendre des mesures contre les violations du cessez-le feu perpétrées par le Maroc
- S'abstient de publier le rapport du Conseil des droits de l'homme de l'ONU élaborée après une visite aux territoires occupés et aux camps de réfugiés en Algérie au mois de mai 2006.
L'ensemble de ces constatations et le blocage du processus de paix est un facteur d'instabilité dans la région qui s'ajoute à la configuration que la révolte arabe actuelle est en train de transformer.

Dans ce contexte aura lieu, au mois de mars 2011, l'énième rencontre entre le Front Polisario et le Maroc. Une rencontre toujours caractérisé par l'intransigeance du Maroc et son refus de négocier sans conditions préalables malgré l'important rôle de médiation de l'Envoyé Personnel de l'ONU, Chritstopher Ross.
Le peuple sahraoui supporte depuis 1975, d'un côté la dureté de l'exile dans les camps de réfugiés, et de l'autre, les persécutions, tortures et violations des droits de l'homme dans les territoires sous contrôle marocain.
Malgré cela, il a su garder intacte son aspiration à la liberté et à vivre pacifiquement dans sa terre. La brutale répression n'a jamais pu vaincre sa volonté et sa résistance. Une réalité qui ceux qui se prononcent pour le statu quo ne veulent pas regarder en face.
http://www.lepost.fr/article/2011/02/28/2420474_sahara-occidental-36-ans-de-souffrances-et-tension.html

mardi 1 mars 2011

La coordination de Mohammedia pour le changement appelle au sit-in dimanche 6 mars

La coordination de Mohammedia pour le changement
(liberté, dignité, démocratie)
appelle les citoyen-nes à participer massivement au sit in 
 dimanche 6 mars à partir de 16h30, 
place AL KARAMA, face au théatral municipal, Mohammedia Al Alia, 
et cela dans le cadre de la lutte du peuple marocain pour le changement...

تنسيقية المحمدية من أجل التغيير
( حرية - كرامة – ديمقراطية )
دعوة
في إطار دعم الدينامية النضالية لحركة 20 فبراير، وتأكيدا على مطالب الشعب المغربي ونضاله من أجل التغيير والحرية والكرامة والديمقراطية، ندعوكم للمشاركة المكثفة في الوقفة التي سيتم تنظيمها يوم الأحد 6 مارس 2011 ابتداء من الساعة الرابعة والنصف بعد الزوال بساحة الكرامة أمام المسرح البلدي– العالية المحمدية، تحت شعار : « جميعا ... من أجل التغيير »

Fadoua est morte, le Makhzen est bien vivant

Par aboulahab, C.D.J.M., 1/3/2011

Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée.
[V. Hugo]
Fadoua n’était pas une héroïne, elle n’a rien fait dans sa vie qui mérite d’être rapporté. Car Fadoua a mené ce genre de vie banalement misérable, qui aurait pu se prolonger pour ressembler à celles de millions d'autres, pour s'éteindre un jour, victime du manque de lits ou de personnel médical dans un hôpital public.
Fadoua avait sûrement une télé dans cette sorte de construction moyenâgeuse qu’elle devait appeler maison. Elle regardait sûrement ces chaînes nationales, où l’on y évoque à longueur de journée les avancées en matière de développement économique et social, des avancées non chiffrées, pour lesquelles personne n’a été consulté. Faut-il rappeler les irrégularités, connues par tous, inhérentes à ce genre de projets dans le plus beau pays du monde ?
Pendant que le Makhzen était occupé à s'enrichir, à tabasser les Marocains libres, à orchestrer sa propagande médiatique que plus personne ne croit, Fadoua devait attendre patiemment son tour, une charité qui viendra, un jour, au hasard du bon vouloir d’un je ne sais quel responsable, ou je ne sais quelle autre visite royale.
Je n’ai jamais connu la misère. A peine l’ai-je vue. Cet état persistant de faim, du futur incertain, de crainte de cette maladie ou cette calamité qui raflerait le peu d’économies familiales. Et encore, avez-vous déjà essayé de vous faire soigner dans un hôpital public ? Avez-vous déjà eu affaire à un avocat commis d’office pour vous défendre d’une injustice devant une cour de justice aux abois ? Même avec l’argent qu’il faut, même avec les connexions qu’il faut, le marocain peine à trouver une école correcte pour ses enfants, une clinique avec des médecins compétents pour se soigner, et le travail de la justice se réduit souvent à un combat de pots-de-vin et de pistons. Triste réalité.
Fadoua voulait un toit décent. Peut-être une première étape pour se sentir un tant soit peu en sécurité, peut-être avait-elle des projets, un petit commerce, un petit boulot pour que ses enfants échappent au sort terrible que la vie lui a réservé, à elle. Mais un responsable quelque part en a décidé autrement. Sous prétexte que c’est une mère célibataire, donc ne pouvant être chef de famille, elle n’aura pas accès à son logement social, et la destruction de son taudis a été décidée. Elle se retrouve donc à la rue. Avec ses enfants. Elle n’a pas pu le supporter.
Peu avant son geste tragique et spectaculaire, elle fit un discours, une sorte de dernière volonté, “sarqouli berrakti” répétait-elle, avant de s’immoler - On m’a volé mon gourbi. Fadoua aurait pu mettre un terme à ses souffrance plus discrètement, mais ce n’était pas là son objectif. Si elle voulait simplement fuir l’âpre vie, elle aurait mis fin à ses jours d’une manière moins douloureuse. Car c’est bien ce qu’elle voulait : attirer l’attention, fût-elle posthume, de la société sur sa situation. Peut-être espérait-elle que l’affaire soit médiatisée, et que ses enfants bénéficient d’une certaine charité qui les sauverait de la précarité à laquelle sont destinés la plupart de nos compatriotes*. Elle n’a même pas eu, à la fin, droit à une dépêche MAP. Indigne Etat.

“On m’a volé mon gourbi ! ”. Elle n’a pas nommé un responsable. A-t-elle réussi à en identifier un ? Probablement pas. Dans un pays qui respecte ses citoyens, une enquête aurait été diligentée pour donner des noms, punir ceux qui le méritent, pallier à l’incohérence juridique s’il y en a une. Ce n’est pas le cas chez nous, car le responsable est tout un système, celui-même auquel les jeunes du 20 février voulaient mettre un terme. Cet espèce de monstre sans âme porte un nom : le Makhzen.
Un jour viendra, où ça sera au tour du Makhzen se consumer dans les flammes de notre volonté de changement. La situation des Fadoua n’en sera pas améliorée du jour au lendemain, je le concède. Mais la responsabilité ne sera plus celle d’un corps politique abstrait et ubique qui n’oeuvre que pour sa propre survie, mais celle de toute la société, de tous les individus, de tous les sujets désormais citoyens. Et je crois sincèrement qu'une fois leur destinée entre leurs propres mains, les Hommes en font le meilleur usage possible.
* La pauvreté- au sens du PNUD - touche 8.9 millions de marocains. Autant de Fadoua Laroui.
Fadoua Laroui dans la presse internationale :
- Fadoua Laroui: The Moroccan Mohamed Bouazizi - Laila Lalami, The Nation
- One Moroccan Woman's Fiery Protest - The HuffPo
- Dépêche AFP
- RIP Fadoua Laroui : Blog d'AbMoul

Maroc : regards croisés sur une révolution en marche

Par Hind AISSAOUI BENNANI, 25/2/2011
Pour mieux comprendre les revendications de la jeunesse marocaine et le Maroc de Mohammed VI, j’ai réuni Omar Radi, Aziz El Yaakoubi, Souad Guennoun et Hind Dadssi, journalistes pour les uns et militants altermondialistes pour les autres. Discussion croisée à Casablanca, mercredi 16 février dernier.
Lorsque je suis arrivée à Casablanca, le 20 janvier 2011, Ben Ali venait de tomber sous la pression populaire. Le monde entier venait de prendre une leçon de refus de l’oppression et d’organisation collective. Simple, chirurgical et inespéré, cet événement allait en inspirer d’autres. Le 11 février, Moubarak tombait après 33 ans de pouvoir. Aujourd’hui même, alors qu’à Bahrein, en Lybie et en Jordanie, malgré la répression furieuse de l’archaïsme, les gens se battent pour arracher leurs droits les plus élémentaires, de jeunes Marocains préparent une journée de protestation. Le « mouvement du 20 février » est en marche pour exiger le changement. Le Maroc a une image plutôt positive en France. Il est, dans l’imaginaire de nombre d’entre nous, un pays où il fait bon vivre, où le pouvoir est certes ferme, mais bienveillant avec ses sujets.
Omar et Aziz, je vous ai vus intervenir lors d’une table ronde sur les violences politiques au Maghreb dans la toute nouvelle école de gouvernance à Rabat. Vous étiez bien remontés. Pourtant, à lire la presse marocaine, le Maroc est une référence dans la région en matière de démocratie et à lire la presse française, ici on pratique un islam modéré. Alors, pourquoi vous crachez dans la soupe comme ça ?
Omar Radi : Au Maroc, non seulement la situation sociale est catastrophique, mais il y a une absence totale de règles démocratiques, aussi bien au niveau de l’État que dans le secteur privé. Et la presse n’y échappe pas. Je ne peux pas parler pour la presse française, mais je peux affirmer que la presse marocaine ne peut en aucun cas traduire ou refléter ce qui se passe réellement ici. Et ce qui se passe ici, ça ressemble tout à fait à ce que les révolutions ont révélé des sociétés tunisienne et égyptienne.
Aziz El Yaakoubi : J’ajouterais que le problème c’est le système politique marocain qui repose sur une sacralité complètement absurde. Il tire sa légitimité première de la religion puisque le roi est le Commandeur des croyants et représente dieu sur terre. Ce qui permet de faire diversion sur la responsabilité du pouvoir, dont la légitimité ne peut être remise en cause.

Mais je croyais que Mohammed VI était mieux que son père... Il a apporté des améliorations, non ?
O. R. : Ce qui est fondamentalement différent entre le père et le fils, c’est la méthode. Sous Hassan II, les méthodes étaient directes et frontales. Mohammed VI a plutôt misé sur des facteurs psychologiques, notamment sur le marketing en se donnant la fameuse image du « Roi des pauvres » dès le début de son règne. Il s’est tout de suite fait passer pour un roi de bonne volonté, et entretient l’idée d’un système pourri qui serait la cause des problèmes du Maroc. Mais la réalité, c’est que la prédation du business royal est énorme et qu’on est en train de revenir carrément aux méthodes de Hassan II en matière de répression, de censure, etc. Au début du règne de M6, il y a eu une tentative de retour sur le passé et les années de plomb. Mais là encore on était dans le marketing. Pour preuve, la non-application des recommandations de l’Instance Équité et Réconciliation. La seule et unique recommandation de ce processus qui a été appliquée est une indemnisation pécuniaire des familles des victimes. Aucune des autres promesses du régime n’a été tenue, alors qu’elles étaient minimes. Il n’y a eu aucune remise en cause fondamentale ni de punition des crimes commis, tout particulièrement en matière financière, et de monopole sur le foncier et l’immobilier. Il y a eu des holdups énormes au Maroc ! Et il continue d’y en avoir, sous le contrôle direct de Mohammed VI. Mais personne ne parle de ça. On ne peut pas parler de démocratisation sans rentrer précisément dans ces détails.
A E Y : L’ouverture qui s’est opérée au Maroc a été initiée sous le règne de Hassan II. A la fin des années 80, tous les pays du tiers monde qui bénéficiaient de la dualité Est-Ouest ont été obligés de mener des réformes. Ça a commencé au Maroc par la libération de détenus politiques. Mais cette justice transitionnelle était de façade, comme tout ce qui touche à la démocratie dans ce pays. Au même moment, on a assisté à la mise en place des agences de régulation, qui ont activement contribué à libéraliser l’économie. La main-mise du pouvoir sur l’économie du pays n’en a été que renforcée. Et c’est exactement la même logique qui perdure. Il n’y a pas de différence entre le père et le fils. D’ailleurs, et c’est ce qui est le plus important ; les textes n’ont pas changé. La constitution est toujours la même que sous Hassan II, la peine de mort est toujours en vigueur...
Souad Guennoun : Pour bien comprendre la situation, notamment de l’étranger, il faut préciser deux ou trois choses. Le Maroc a subi une colonisation « douce », qu’on a appelé protectorat. Lyautey, monarchiste convaincu, a gardé le pouvoir en place mais tirait les ficelles. De tout temps, la France a légitimé le pouvoir au Maroc en lui fabriquant une image. Je me rappelle qu’à l’enterrement de Hassan II, Frédéric Mitterrand faisait l’éloge de la beauté du protocole. Cette espèce de fascination pour la monarchie marocaine lui donne une dimension traditionnelle et culturelle profonde dans notre histoire, alors que cette monarchie était au plus mal au moment de la colonisation. Et cette méthode a été efficace. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Américains se sont inspirés de Lyautey pour ce qu’ils font en Irak...
L’autre chose très importante, c’est que Mohammed VI est arrivé à un tournant de la mondialisation. En 1999, il a remplacé son père avec de nouveaux outils. Il a intégré les élites, encore plus que son père ne l’avait fait. Et cette élite a profité des privatisations et s’en est foutu plein les poches. Le régime est non seulement despotique, mais il a aussi surfé sur la vague de la mondialisation.
D’un point de vue géostratégique, il faut aussi comprendre que les Américains se reposent aussi sur le pouvoir marocain. Avec sa politique du « Grand Moyen Orient » et la guerre en Irak, les États Unis considèrent le Maroc comme l’un de leurs bastions, notamment d’un point de vue militaire et en terme de sous-traitance de la torture.

On dit que le peuple marocain n’est pas mûr pour la démocratie, qu’il est moins « éduqué » que le peuple tunisien...
A. E. Y. : La démocratie, tout le monde la mérite, même les analphabètes. Ce discours sur la maturité ne devrait même pas exister. L’éducation, elle, favorise la capacité à s’insurger. Alors que la démocratie, elle, est méritée par tout le monde.
Hind Dadssi : Sur la question de l’éducation, il faut quand même préciser qu’il y a eu une dégradation de l’enseignement public. Jusque dans les années 80, l’enseignement public était de qualité. Nos parents avaient un très bon niveau quand ils sortaient du bac. La dégradation de l’enseignement public est à mettre en relation directe avec les premiers plans d’ajustement structurel du FMI.
S. G. : Personnellement, j’ai filmé beaucoup de mouvements sociaux dont aucun média ne parlait. J’ai filmé des mineurs, des ouvrières dans le textile, dans l’agriculture, la lutte de Sidni Ifini en 2008, etc. Je suis allée dans des régions où il n’y a rien, pas d’infrastructure, pas de logement, pas de cinéma. Rien ! Il y a des jeunes avec rien devant eux. Donc, leur temps ils le passent devant internet. Je suis sûre que c’est dans ces petits patelins que le potentiel de la révolution internet est le plus fort. La télé est merdique, la radio n’existe pas, la presse ne parle pas. C’est comme ça que du fin fond de ces petits patelins, les jeunes se sont faits euxmêmes, par défiance vis à vis de la société qui ne les représente absolument pas. Pour la comparaison, on pourrait les comparer aux No Vox européens.
O. R. : En fait, depuis les évènements tunisien et égyptien, nous sommes passés de l’exception arabe à l’exception marocaine (Rires). Avant, dans ce qu’ils appellent le monde arabe, on disait que ce qui est arrivé ne pouvait pas arriver pour des considérations géopolitiques. Maintenant, le mythe a été cassé. Tant que ça n’avait touché que des républiques, on a développé le mythe de l’exception marocaine en disant que le Maroc, c’est une monarchie qui date de 4 siècles, que c’est le pays le plus stable de la région, etc. Tout ça c’est de la foutaise !
S. G. : D’ailleurs, maintenant ça bouge à Bahrein, qui est une monarchie ! Preuve que ce sont les mêmes effets qui produisent les mêmes causes.
O. R. : Tout à fait. Par contre, si on doit parler d’exception marocaine, appelons la par son vrai nom : l’économie de la rente. Au Maroc, quand le roi passe quelque part, on ramène des gens qui crient l’expression suivante : « que Dieu donne la baraka à notre seigneur » (« llah i berk fi amr sidna »). Et cette expression n’a rien de gratuit, il y a une contrepartie ! Le Maroc est le seul pays où on distribue des agréments d’activités génératrices de revenu pour des secteurs entiers de l’économie : les taxis, les parkings, le transport, la pêche, ... Je crois aussi que la plupart des artistes marocains en profitent. Alors que ces activités devraient faire l’objet d’appels d’offres, elles sont distribuées sous forme d’agréments par l’entourage du roi. On a donc toute une catégorie socio- économique, dont on achète le silence et qui ne répond même pas à ce principe de méritocratie, aussi discutable qu’il soit. Toute l’économie naît grâce au roi. Celui qui ose prétendre le contraire peut voir son activité anéantie du jour au lendemain. Le problème, c’est que ces gens là sont censés former une petite bourgeoisie, ou une classe moyenne, pour reprendre la terminologie libérale, et donc représenter une opinion. Alors que la plupart du temps, la voix du changement vient de cette classe moyenne, toute tentative de représentation de ses intérêts est réduite à zéro. La société marocaine ; c’est donc une classe moyenne achetée, beaucoup de riches et encore plus de pauvres. Et ces pauvres n’ont pas d’autre choix que la lutte pour la survie.
S. G. : J’aimerais ajouter quelque chose d’important sur cette notion d’exception marocaine. Le Maroc est un des pays où la société civile a été la plus testée. A propos des femmes, des jeunes, des associations de quartier, etc. Au détriment des partis politiques qui étaient en perte de vitesse. Il y a eu beaucoup de fric injecté dans la société civile.
L’exemple le plus flagrant est celui du féminisme. C’est un des secteurs qui a été vraiment le plus financé, au point que ce ne sont plus des gens, des militants, qui posent le débat. C’est un féminisme inventé, tenu par l’argent, par des dames patronnesses avec leurs secrétariats, leurs bureaux, etc. Et c’est elles qui sont invitées à l’international pour parler au nom des femmes, alors qu’elles ne les connaissent même pas. On peut se poser des questions sur ce féminisme là ! Et ça ce sont des trucs qui ont participent au fait qu’en France, le Maroc a l’image du pays le plus avancé de la région sur la question des femmes.
Tu vas voir que si on appelle à des contre manifestations, ces associations féministes descendront dans la rue pour soutenir le gouvernement.
Alors, qu’est ce que vous proposez ? Par quoi doit commencer le changement ? Quelles sont les priorités ?
S. G. : Pour moi, en dehors du problème marocain, l’urgence se situe au niveau régional. Depuis 1975, on a un gros problème avec cette histoire de Sahara et de frontières. En ce moment, le peuple algérien est en train de bouger aussi. Alors on devrait en profiter pour faire converger nos luttes, notamment pour collaborer.
Pendant des années on a financé une guerre pour tuer des gens qui demandaient une autodétermination, au lieu de collaborer, de construire une économie complémentaire. Et il est temps aujourd’hui, qu’on pose la question des frontières. C’est une région qui doit être unifiée, solidaire, socialiste, républicaine, avec des jeunes qui sont à l’avant garde des luttes. En priorité, on doit arrêter le chauvinisme. Autrement, on va tous être broyés. Aujourd’hui, on n’a rien à perdre. C’est l’occasion où jamais. Il faut qu’on fasse des ponts, et pas qu’au niveau maghrébin. Les peuples ont les mêmes aspirations au Maroc, en Algérie, qu’en Amérique Latine.
L’émancipation des peuples, la souveraineté alimentaire, la reconnaissance des identités locales : nos revendications sont les mêmes. Et nos problèmes sont aussi les mêmes ! Notre agriculture est pillée, nos eaux sont mises en bouteille par les mêmes multinationales, nos terres sont achetées les unes après les autres,... Il est urgent de créer des ponts. D’ailleurs, les questions que la lutte de Sidi Ifni posait dépassaient largement le cadre d’un petit village de pêcheurs. Elle posait des questions mondiales. Sidi Ifni aurait pu être le Sidi Bouzid marocain. Il s’agissait d’une lutte pour un autre monde. C’est pas un slogan fait par des intellectuels, ce sont des revendications formulées par ceux qui n’ont pas droit à la parole.
Mais tu fais quoi de la propagande que l’on subit depuis des années et de l’idée que le roi du Maroc est victime, tout autant que le peuple, du système pourri ?
O. R. : Quand on est dans un régime de terreur, on dit « vive le régime ». Quand on enlève cette terreur, les gens finissent par s’exprimer. Et on le sent en ce moment dans la rue. Une anecdote, pour illustrer tout ça.
Hier, un chauffeur de taxi me disait que si c’était uniquement le système qui était pourri, le roi aurait pu l’éradiquer, ce système. Ces choses là ne se disaient pas aussi directement avant.
A. E. Y. : On ne peut pas nier qu’il y a une ignorance ambiante, nourrie par la propagande. Mais est ce que les marocains savent que la plus grande banque africaine (Attijari Wafabank) appartient au roi ? Personne ne sait que c’est le roi qui tire toutes les ficelles de l’économie marocaine. Personne ne sait que le roi c’est une des plus grandes fortunes royales au monde. Il faut mener un travail d’information, parce que les gens changent d’avis lorsqu’ils apprennent que des pans entiers de l’économie lui appartiennent. On commence d’ailleurs à parler de la fortune royale sur Facebook.

Les révolutions tunisienne et égyptienne font elles peur au régime marocain ?
O. R. : Pour dire les choses clairement, la contagion est un fait, et le régime marocain a peur. Dès qu’il y a eu cet appel pour le 20 février, une cellule de crise s’est formée entre les ministères de l’intérieur, des affaires étrangères et les services secrets marocains. Sur sa page Facebook, le ministre de la jeunesse et des sports a mené une campagne de diffamation à l’encontre des jeunes du mouvement du 20 février en les traitant de traîtres de la nation et de membres du Polisario.
Hier, il s’est passé un truc extraordinaire. Le gouvernement marocain a pris deux grosses mesures. Il a injecté 15 milliards de dirhams dans la caisse de compensation. Cette caisse permet à l’Etat de financer le maintien des prix des produits de première nécessité à un prix relativement bas à la vente. Ce qui est marrant, c’est qu’en juin 2010, le pouvoir avait refusé d’injecter 10 milliards de dirhams dans cette caisse en expliquant que de toute façon, il fallait la réformer parce qu’elle bouffait trop de fric. La deuxième mesure prise hier, c’est 10 % du budget de l’Etat qui vont être déployés pour recruter du monde dans la fonction publique, notamment au sein des diplômés chômeurs. C’est une mesure historique !
On sait aussi que depuis 3 jours, les moqqaddem, qui sont les représentants du pouvoir distribuent des terres aux bidonvillois de Casablanca. Le pouvoir et ses serviteurs ne parlent plus d’exception marocaine, là, il agissent ! Ils prennent des initiatives pour répondre à des revendications restées lettres mortes depuis une dizaine d’années, sous la pression d’un appel formulé par des jeunes dans les réseaux sociaux.
Le régime marocain est devant une impasse. Il n’est pas mieux loti que Moubarak ou Ben Ali. Il est même moins bien loti que Moubarak face aux grandes puissances. Si cette protestation a un long souffle, je crois qu’on franchira le seuil de la peur du régime et que la conscience de la nécessité de la lutte sera d’autant plus forte.

Vous me parlez du mouvement du 20 février ?
A. E. Y. : Le « 20 février », c’est une initiative qui a été lancée sur internet par des jeunes apolitisés qui ont entre 20 et 24 ans. Ils ont commencé par diffuser des vidéos sur internet, pour demander le changement de la constitution et l’instauration d’une démocratie au Maroc. Plusieurs centrales syndicales ont annoncé leur participation, mais aussi l’écrasante majorité des organisations des droits de l’homme (dont l’AMDH, la plus grosse association de ce type en Afrique) et l’Adl oua l’Ihsan, le mouvement islamiste le plus important. Et ce qu’il y a de très intéressant, c’est que la Confédération Démocratique du Travail, la deuxième centrale syndicale du pays, parle d’une grève générale les 21 et le 22. février.
O. R. : Bien qu’on ne puisse pas vraiment prévoir, je pense que la surprise pourrait venir des petites villes et de Rabat. Maintenant ce que je sais, c’est que le ministère de l’éducation nationale a donné quelques jours aux lycéens et collégiens pour éviter qu’ils se mobilisent. Mais ce qu’ils n’ont pas encore compris, c’est que si les lycéens ne sont pas au lycée, ils seront sur Facebook. Les syndicats d’enseignants disent que tous les élèves, même ceux qui ne sont pas sur Facebook, parlent du 20 février. C’est énorme ! S’il y a sortie de casseurs pro gouvernementaux le 20 février, et s’il y a affrontement, si une seule personne est blessée parmi nous, ça sera la mobilisation permanente.
Merci à vous, les amis. Bonne lutte !
S. G. : Je voudrais ajouter un message tout particulier à la France. Ce mouvement est un mouvement de fond, il ne s’arrêtera pas demain. Ceux qui nous exploitent sont les mêmes partout et ils ne vont pas lâcher aussi facilement. Nous devons appeler à la solidarité et tout le monde doit nous soutenir. Si ça ne réussit pas, le retour de manivelle, on va tous se le prendre en pleine figure, et même en France ! Si en France vous ne nous soutenez pas, ça sera grave, et pour nous, et pour vous.
http://www.legrandsoir.info
Source : INVESTIG'ACTION - michelcollon.info

Le syndrome MAM, tradition marocaine

Par Ali Amar, 28/2/2011
La « diplomatie Mamounia », atout maître du Maroc pour séduire les politiques français.

Les révélations en cascade du Canard Enchainé sur les relations entre Michèle Alliot-Marie (MAM) et le clan déchu de Ben Ali-Trabelsi en Tunisie n’étonnent pas au Maroc. Ici, la pratique est érigée en politique d’Etat. On l’appelle la « diplomatie Mamounia », du nom du célèbre palace de Marrakech, propriété de l’Etat marocain, qui accueille depuis toujours les plus grandes célébrités de la planète.
Depuis qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé avaient lancé la mode des riyads, ces riches demeures nichées au cœur des médinas marocaines, c’est une véritable déferlante gauloise qu’a connue le Maroc.

Plus de 5.000 ressortissants français —la plupart retraités— y ont élu domicile, à la suite de la diffusion en 1999 sur M6 d’une émission de la série Capital vantant les charmes de Marrakech, Tanger, Essaouira, Fès ou Agadir.
Des hivers au soleil pour la « tribu Maroc »
Mais si le Maroc est devenu une destination privilégiée des Français, elle l’est surtout pour les « amis du royaume ». Certains y ont des liens généalogiques comme Elisabeth Guigou, Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn, Rachida Dati ou Eric Besson. Mais la « tribu Maroc » s’étend bien au-delà de ces attaches. Elle est pour ainsi dire tentaculaire. De Bernard-Henri Lévy à Thierry de Beaucé, nombre de dirigeants politiques, chefs d’entreprise, intellectuels médiatiques et célébrités du showbiz ont à Marrakech ou ailleurs au Maroc une résidence secondaire.
Le « plus beau pays du monde », comme l’affirme la publicité de l’Office marocain du tourisme, devient ainsi un lieu de rendez-vous culte pour la classe politique française, où la délocalisation d’un Conseil des ministres serait presque envisageable durant les fêtes de fin d’année, ironisait un élu.
En décembre 2010, les vacanciers anonymes n’étaient en effet pas les seuls à céder aux sirènes de la douceur marocaine de l’hiver : Ségolène Royal et son compagnon André Hadjez, par exemple, ont été aperçus à Ouarzazate. Au même moment, d’autres politiques profitaient, eux aussi, de l’hospitalité légendaire du royaume chérifien : Isabelle et Patrick Balkany, proches de Nicolas Sarkozy, DSK et Anne Sinclair, Hervé Morin (à l’hôtel Es-Saâdi de Marrakech avec 18 membres de sa famille !), Brice Hortefeux, Jean-Louis Borloo… La liste est longue.
Des happy few choyés par Mohammed VI
Dans bien des cas, le charme exotique du pays constitue aussi la botte secrète de l’influence marocaine dans les hautes sphères de l’Hexagone. Ces vacances, certes privées, sont bien trop souvent l’occasion de contacts plus ou moins informels avec les premiers cercles du roi. Des invitations « spéciales », des « prix d’amis » appliqués dans des lieux d’agrément gérés par des hommes proches du pouvoir, sont pratique courante.
Ces gâteries sont d’ailleurs systématiquement appliquées aux VIP de la République française.La Mamounia est la carte maîtresse de cette politique de séduction du Makhzen, le pouvoir féodal marocain.
Le palace, un des plus réputés au monde, accueille régulièrement bon nombre de politiciens français —de droite comme de gauche. Tous y sont reçus avec les attentions particulières que sait déployer le Maroc pour ses hôtes de marque.
En son temps, Philippe Séguin en était un habitué, tout comme Jack Lang ou encore Philippe Douste-Blazy, qui y fit scandale. Le Palais et la Chiraquie avaient alors rapidement étouffé cette affaire révélée à l‘époque par le même Canard enchaîné, et qui fait écho à celle de MAM avec son ami Aziz Miled.
La résidence royale de Jnane Lekbir est devenue également le haut-lieu des happy few français à la Cour de Mohammed VI, si l’on en croit sa gérante Elisabeth Bauchet-Bouhlal, qui selon ses propres mots a « l’habitude de voir débarquer la classe politique française ».
Discrétion oblige, les paparazzis scrutent de près les allers et venues dans les grands palaces de la cité, depuis que la ville ocre rivalise avec Ibiza ou Saint-Tropez. Comme en 2009, où ils y avaient passé quelques jours, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en ont fait leur lieu de villégiature hivernal, généreusement invités par le roi, qui perpétue en cela une vieille tradition de son père Hassan II.
En effet, celui-ci recevait en son royaume les Chirac (à La Gazelle d’Or de Taroudant), tout comme les Mitterrand à La Mamounia ; Mohammed VI continue d’ailleurs de renouveler son invitation à l’ancien président français.
Les turpitudes de MAM en Tunisie sonneront-elles le glas d’une tradition qui autrefois ne se refusait pas ?
publié par SaharaDoc

lundi 28 février 2011

Pétition contre le racisme et la politique d'immigration du gouvernement français

Extrait d'un message de Marguerite Rollinde :
Cela me semble très important (de signer cette pétition), en ce moment, de joindre nos efforts face à la politique menée par Sarko sur les questions migratoires, liées dans son discours et ses pratiques, à la question sécuritaire (terrorisme et protection des frontières face au "danger" que font courir les révolutions arabes). C'est pour cela que notre soutien à ce qui se passe au Maroc, en Tunisie, en Egypte, en Lybie etc passe par notre condamnation de la politique migratoire de la France et de l'Europe avec la fermeture des frontières et l'expulsion des sans papiers.
Il serait important que ce message soit signé non seulement par les associations de droits de l'homme basées en France mais aussi par celles qui sont dans les  autres pays. Donc si possible relayer ce message auprès de nos collègues de l'AMDH, du FMAS et de tous les contacts possibles.


Texte de la pétition
Appel pour une mobilisation nationale et unitaire contre le racisme, la politique d’immigration du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers
À diffuser largement !
Au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 était créé, pour la première fois dans l’histoire de la République, un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement. Depuis, des dizaines de milliers d’étrangers en situation irrégulière, hommes, femmes, enfants, sont traqués, arrêtés et expulsés, y compris dans un pays en guerre comme l’Afghanistan. Voulue par le chef de l’Etat, mise en œuvre par ses gouvernements successifs, le ministère de l'Intérieur aujourd'hui, et soutenue par l’UMP et ses alliés à l’Assemblée, cette politique est inacceptable car elle viole des principes humanitaires élémentaires et des dispositions internationales ratifiées par la France. A cela se sont ajoutés les effets désastreux du pseudo-débat sur l’identité nationale puis la chasse aux Rroms.
Pour que cesse cette situation qui porte atteinte à des droits fondamentaux, menace gravement le droit d’asile et ruine l’existence des personnes étrangères visées, nous appelons à une manifestation nationale et unitaire au mois de mai 2011, à la date anniversaire de la création du ministère de l’Immigration qui perdure aujourd'hui sous une autre forme.
Nous exigeons sa suppression, l’arrêt immédiat de cette politique et la régularisation des sans-papiers.
Mise à jour des signatures : 24 février 2011

Ne lâchons pas prise !

Par Ali Fkir, 28/2/2011
Le samedi 26 février et le dimanche 27 février 2011, les villes du Maroc (grandes, moyennes et petites) ont connu des manifestations pour "LE CHANGEMENT".  Dans la plupart des cas, la répression était au rendez-vous (Agadir, Meknès, Kénitra, Casablanca...).
Je me limite à "visualiser" par photos certains sit in., pour que tout les personnes intéressées comparent la réalité avec ce qui est véhiculé par les moyens audiovisuels "publics" et la presse des partis parlementaires, aveuglés par leur amour passionné et passionnel voué au  makhzen (des modernistes de l'USFP et PPS aux islamistes de PJD, sans parler des classiques du MP... ,ceux de DAR AL MKHZEN (PAM...) et les nouveaux parvenus qui ont renié leur passé de militant-e pour s'occuper aujourd'hui de basses besognes dans le sérail du makhzen.)
Ne desserrons pas l'étau, n'oublions pas les centaines de détenus, les centaines de blessés, n'oublions pas KARIM, FADWA, ELMENJLI, Boutaina...
N'oublions pas LE COMBAT CONTINU POUR LE CHANGEMENT: liberté, dignité, démocratie (LDD), le dénominateur commun à toutes les classes populaires, la synergie du mouvement politique progressiste pluriel en ce début de l'année 2011.

Casablanca le le 27 février 2011
                                     
 Khouribga le 27 février 2011
 
 
  
  
  
  
Photos de presse: Casablanca le 26 février 2011
 Photo publiée par "LE SOIR" du 28/02/2011
                  

Photos publiées par "ASSABAH" du 28/02/2011
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Le 20 février à Taourirt (Est du Maroc) : la vidéo montre la maturité et l’adhésion des manifestants aux changements démocratiques.


Cordialement,
Ayad Ahram