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samedi 8 août 2015

Une révolution pourrait se produire entre 2017 et 2020 au Maroc

Paris, 8 août 2015 (SPS) .- 

Une révolution pourrait se produire entre 2017 et 2020 au Maroc en raison des naissances qui ont atteint un sommet entre 1992 et 1995, a annoncé mercredi le professeur Laurent Chalard.
 
 
Dans une analyse publiée dans le site Orient XXI, le Docteur en géographie à l'Universite de Paris IV, Sorbonne, précise que la situation sociale au Maroc “pourrait conduire à une révolution, d’autant que sa démographie se présente comme une bombe à retardement”. La démographie étant “ce facteur caché” qui explique les événements qui ont eu lieu en 2011 connus sous le nom de “Printemps Arabe”.

Dans un un pays pauvre comme le Maroc, un nombre plus élevé de naissances “peut avoir plusieurs conséquences négatives lorsque les générations nombreuses arrivent à l’âge adulte, si le gouvernement gère mal l’économie et se caractérise par un autoritarisme certain”.

Selon M. Chalard, en termes de PIB, le Maroc se classe au niveau du Guyana ou du Guatemala, la misère est largement présente, avec de vastes bidonvilles autour des grandes villes, la corruption partout, et une économie classée la moins performante du Maghreb. Des raisons suffisantes qui peuvent provoquer au Maroc une autre révolution similaire à celle de Égypte et de la Tunisie. SPS
 

vendredi 4 avril 2014

Révolutions arabes: Le message d'Adonis

Pour comprendre et saisir fermement ce qui se passe dans les sociétés "arabes" (mot injuste envers les amazigh), je vous conseille de lire le nouveau livre d'Adonis. Très instructif, et révèle le débat qu'il faut engager honnêtement et sans détour!
 tv5monde
 http://youtu.be/66_p_8VJxTM
publiée le 16/2/ 2014

Entretien avec le poète et écrivain arabe Adonis.
"Printemps arabes, Religion et révolution", titre de son dernier livre, ancré dans la vie réelle et dans l'actualité du monde arabe ces 3 dernières années. Tunisie, Egypte, Syrie, religion, séparation du civil et du religieux, démocratie, droit à la différence... Un ensemble de réflexions inspirés par ces Printemps arabes...

 

dimanche 15 septembre 2013

L'Armée égyptienne ou la ruse de l'Histoire!

Ayant été absent, je n'ai pas pu partager mon point de vue au sujet des évènements en Égypte.

J'étais parmi celles et ceux qui comparaient l'action militaire égyptienne à celle de la Révolution des Œillets au Portugal. Je me suis trompé lamentablement. Car une armée qui ne délivre pas l'espace social de la violence, et qui, bien au contraire, contribue à semer la terreur et le massacre, ne peut avoir aucune légitimité.

Et c'est crapuleux de ruser pour accaparer le pouvoir au nom du peuple contestataire qui aspire à la dignité, à la démocratie, à l’État de Droit. On ne peut combattre un fascisme par un autre fascisme.

Le peuple égyptien et l'ensemble des peuples arabo-musulmans commencent déjà à réfuter l'aporie islamiste, le culte de la personnalité, les monarchies corrompues, la présidence à vie et la violence d’État.

La Révolution ne peut être que permanente ! C'est le réveil des peuples opprimés!

vendredi 30 août 2013

Abdallah Hamoudi : Le régime Marocain est fragile et vaincu , le M20F en a ébranlé les fondements

Selon l'anthropologue Marocain Abdallah Hamoudi, le régime autoritaire marocain, est devenu fragile et vaincu, car l'émergence du Mouvement du 20 Février a en profondément ébranlé les fondements. Du coup, il est conscient que ses arguments ne sont plus dignes de confiance et ne font plus peur.

Le changement : une affaire de temps seulement.
Le penseur marocain, auteur du livre « Le Cheikh et le Mourid », qui s'exprimait le samedi 24 août à Fès à l'Université d'été de la jeunesse du «PSU», a ajouté que le changement au Maroc exigera des sacrifices et demandera du temps, mais son processus est irréversible. Malgré le reflux actuel du Mouvement du 20 Février, il n'exclut pas qu'à l'avenir des secousses viennent raviver l'espoir du changement. Ce Mouvement est le fruit d'une modification importante dans la composition démographique du Maroc, qui a apporté avec elle un changement profond dans les mentalités.
Hamoudi revient à l'époque de Hassan II, qui, lors des tensions sociales, prononçait des discours autoritaires et menaçants et ne faisait jamais de concessions immédiates, puis consultait ses conseillers et prenait à froid les décisions en réponse aux protestations, alors qu'aujourd'hui, le roi Mohammed VI, immédiatement après le séisme du 20 Février, a réagi pour répondre directement à la grogne du peuple, et a répété la même attitude lorsque les gens sont sortis dans la rue pour protester contre la grâce royale. Pour Hamoudi, ces concessions du système sont le résultat de la secousse créée par le Mouvement du 20 Février.

L'Ecole de la Révolution
D'autre part, Hamoudi a déclaré que la révolution apprend aux gens jusqu'à quel plafond peuvent aller leurs revendications, en rappelant que les Français ne s'attendaient pas au début qu'ils finiraient par décapiter leur roi. Il a expliqué que grâce à la dynamique créée par la révolution, avec le temps, les gens commencent à se rendre compte de leur force, comme cela s'est produit avec le 20 Février au Maroc.
Néanmoins, Hamoudi a insisté sur la nécessité de renouer les relations sociales qui sont encore régies par la peur et la méfiance, et la nécessité du dialogue entre adversaires, pour reconstituer le tissu social qui a été déchiqueté au cours des 50 dernières années.


mercredi 17 avril 2013

FSM : Déclaration sur la révolution syrienne des forces de gauche

16/4/2013
syrie-fsm                          participants au Forum social mondial réunis à Tunis du 26 au 30 mars 2013.

Le monde s'est intéressé aux révolutions, déclenchées dans la région arabe à partir de la Tunisie. Mais la situation est devenue plus confuse après que la révolution ait atteint la Syrie. Cela a révélé une forte incompréhension, s'appuyant sur une ancienne doctrine issue de la guerre froide et de la division du monde en deux "camps".

Pour cette raison, nous les signataires ci-dessous, affirmons :

Premièrement, ce qui se déroule en Syrie est une révolution dans tous les sens du terme. Elle résulte de l'effondrement économique en Syrie au cours de la dernière décennie, du à la crise structurelle qui a appauvri et précarisé de larges couches de la population, et qui a concentré la richesse entre les mains d'une minorité familiale maffieuse, reposant sur la dictature. L'objectif de la révolution est donc la promotion des libertés et de la démocratie; il est aussi de changer le système économique dans l'intérêt des classes populaires, et d'édifier un Etat démocratique laïc qui rend égaux tous les enfants du peuple syrien, inclus les kurdes et toutes les autres composantes.

Deuxièmement, nous déclarons donc notre soutien à la révolution. Nous estimons qu'elle doit être soutenue pour que sa victoire ouvre des perspectives de transformations sociales et politiques majeures, la voie de la poursuite de la révolution à d'autres pays -du Maghreb à l'Arabie Saoudite-, dans un contexte mondial de crise du capitalisme qui laisse prévoir de larges mouvements dans de nombreux pays, à travers le monde.

Troisièmement, il faut rejeter toute logique appelant à l'intervention militaire étrangère -américano-européenne- et également refuser l'intervention de la Russie de l'Iran et de la Chine. Il faut aussi refuser toute logique confessionnelle, ou voulant imposer à la révolution un caractère religieux; en effet, c'est la révolution d'un peuple, et ce n'est, ni ne deviendra, un soulèvement confessionnel ou religieux. Il faut dénoncer la politique de l'opposition qui réduit la révolution à ses propres revendications libérales, qui ne résolvent pas les problèmes du peuple, mais seulement ceux d'individus en quête de pouvoir.

Quatrièmement, nous affirmons que le pouvoir syrien s'est développé sur une base néo-libérale et maffieuse, et non contre l'impérialisme. Il s'est toujours soumis à l'Etat sioniste, en menant des guerres contre la révolution et le peuple palestiniens, et a longtemps rendu ses frontières sûres, en ne cherchant pas à récupérer le Golan.

Cinquièmement, il faut condamner la répression brutale du pouvoir contre le peuple, qui atteint des crimes contre l'humanité. Il faut aussi dénoncer le dévoiement  de la révolution, saoudien, qatari et des autres pays du Golfe, visant, pour l'Arabie saoudite, à la faire échouer, et pour le Qatar, à l'hégémonie des Frères musulmans. Il faut également dénoncer l'exportation de "Jihadistes" en Syrie, comme étant un élément d'un processus contre-révolutionnaire.

Sixièmement, il faut soutenir politiquement, médiatiquement et par tous les moyens, la gauche syrienne participant à la révolution. Ce soutien doit être une des politiques visant à coordonner l'activité de toutes les forces de gauche, agissant pour la participation aux révolutions, afin de favoriser leur développement,  et les transformer en révolutions populaires victorieuses.

Septièmement, il faut nous coordonner sur le plan médiatique pour casser l'hégémonie des médias impérialistes du Golfe, qui déforment la révolution et transmettent une fausse image. Nous réaliserons cela en échangeant les  informations, et en publiant les analyses de la gauche syrienne sur la révolution.

Huitièmement, il faut clarifier la nature de la révolution syrienne auprès de chaque militant de gauche dans le monde. Il faut tenter de changer les positions de la gauche qui, au prétexte de l'anti-impérialisme, soutient le pouvoir maffieux et criminel. Il faut que la gauche adopte une position réellement révolutionnaire de soutien à la révolution syrienne. Elle doit la considérer comme partie intégrante des révolutions arabes, et comme l'étincelle qui peut encourager la lutte des classes dans le monde et déclencher des révolutions, en Europe en Asie et probablement dans le reste du monde, sous l'effet de la crise de l'impérialisme et en l'accentuant.
En conséquence, nous devons œuvrer pour une campagne de soutien à la révolution syrienne; nous devons agir pour clarifier ses conditions, ses difficultés, et son caractère essentiellement révolutionnaire, contre le capitalisme, pour son dépassement, et contre les régimes maffieux.
Nous pouvons commencer, par un jour de solidarité pour soutenir la révolution, organisé par les forces de gauche dans chacun de nos pays, au cours de la première semaine de mai 2013.

Un comité de préparation organisera en Tunisie un congrès de soutien à la révolution syrienne par la gauche internationale, probablement en juin 2013. Un comité de suivi permanent, issu du congrès, oeuvrera pour poursuivre le soutien à la révolution et à la gauche syriennes, et pour approfondir la compréhension de la révolution par la gauche mondiale. Tunisie, le 31 mars 2013.


LISTE DES PREMIÈRES SIGNATURES EN FRANÇAIS
Coalition de la Gauche Syrienne
Organisation des Communistes en Syrie
Parti Démocratique Kurde Syrien (PYD)
Courant de la Gauche Révolutionnaire Syrienne
Ligue de Gauche Ouvrière (Tunisie)
Parti des Travailleurs (Tunisie)
Lutte Internationaliste -LI (Espagne)
Front Ouvrière (Turquie)
Unité Internationale des Travailleurs-IV Internationale (UIT-CI)
solidaritéS (Suisse)
Mouvement Pour le Socialisme (MPS, Suisse)
Forum Socialiste (Muntada Ishtaraki), Liban
Comité pour la cause arabe (Espagne)
Nouveau Parti Anticapitaliste- NPA (France)
Marea Socialista (Venezuela)
Gauche Anticapitaliste -IA (E.Espagnol)
Parti Socialisme et Liberté- PSL (Venezuela)
Gauche Socialiste-IS (Argentine),
Mouvement Socialiste des Travailleurs-MST (Chile),
La Protesta (Bolivia),
Unis dans la Lutte (Peru),
Courant Socialiste des Travailleurs-CST du PSOL (Brésil),
Proposition Socialiste (Panama)
pour signer la déclaration et le contact avec le comité de suivi congres.gauche@gmail.com

samedi 2 mars 2013

Le Maroc à la recherche d'une Révolution

Le Maroc à la recherche d’une révolution : première partie

. De nombreuses mobilisations sociales et démocratiques, y compris le M20F, ont traduit le besoin de changement, sans pour autant réussir à  imposer des réformes profondes ou un changement  radical du régime politique. Pour certains observateurs, le Maroc serait une exception en raison du multipartisme et des formes d’ouvertures politiques opérées depuis deux décennies, de l’épaisseur historique de l’état makhzen et de sa capacité à s’ajuster aux transformations sociales. En d’autres termes,  le pouvoir malgré la crise sociale, les inégalités sociales criantes, son despotisme institutionnel  aurait la capacité de réguler  les contradictions qui émergent, de neutraliser les oppositions et de canaliser les revendications.  Pourtant, il y a lieu  de se demander s’il s’agit d’une situation d’exception historique ou de sursis conjoncturel.
Au Maroc, un processus de délégitimation du pouvoir absolu est enclenché et les éléments  d’une rébellion sociale et démocratique sont en train de s’approfondir, de s’accumuler et se combiner,  au-delà des apparences immédiates. Sans que l’on puisse prédire les rythmes et les formes d’un soulèvement populaire. Une révolution nait quand « ceux d’en bas » n’acceptent plus  d’être gouvernés comme avant et  quand « ceux d’en haut « n’arrivent plus à imposer et légitimer leur pouvoir. Or plusieurs facteurs tendent  à faire émerger « ce possible ». Une série d’articles viendront étayer ce point de vue. Le premier concerne l’analyse de la crise économique en cours dans notre pays.
Une crise économique sans précèdent : le rapport social de l’ODT note  que  le « déficit du compte courant de la balance des paiements a atteint 62,8 milliards de DH soit 10% du PIB. Déficit très lourd et jamais inégalé, en plus d’un déficit commercial aux alentours de 22% du PIB, soit 183 Milliards de DH  et un taux de croissance  ne dépassant pas les  2,8% ; tandis que le taux d’endettement a atteint 65% du PIB soit 196 milliards de DH soit  6,8 milliards de plus que 2011 et l’endettement public continue sa progression en flèche, en hausse actuellement de  8,5%. La dette globale(  intérieure et extérieure) a atteint 583 milliards de DH dont celle de l’administration centrale qui  représente désormais 56,8 du PIB  au lieu de 53,7 à la fin de l’année  2011 . »  Sans parler de la contraction des activités dans une série de secteurs, le recul des investissements, la fragilité du système bancaire. Il faut cependant aller au-delà des chiffres ou d’autres indicateurs.
 Le propre des accords de libre-échange signés avec l’Union européenne et les USA est de mettre en concurrence directe des économies à productivité différente, des nains contre des géants dans un ring sans arbitre. L’année 2013 est d’abord la fin des accords intérimaires et progressifs,  laissant place aux mécanismes d’une concurrence généralisée dont le coût social va être majeur dans la décennie à venir. Les politiques d’ajustement structurel imposées dans les années 80, malgré leur violence sociale, ne sont rien en comparaison avec les « réformes » exigées et auxquels se combinent les exigences des institutions financières internationales en raison des prêts récemment accordées.  Cette contrainte structurelle va déterminer l’horizon économique dans un espace-temps court.  L’autre élément à prendre en compte  est la nature durable de la crise du capitalisme mondial et la manière dont elle affecte l’union européenne qui apparait comme le maillon faible des puissances dominantes.  L’économie locale fortement dépendante ne peut s’appuyer sur une croissance des exportations et une diversification des marchés et, sur le plan interne, sur une consolidation du secteur productif et du tissu économique fortement exposés à la concurrence internationale.
Un véritable nœud coulant est en train de se mettre en place accentué par les politiques «  de lutte contre les déficits publiques » qui ne sont,  en réalité,  que des politiques d’austérités généralisées dont l’effet majeur est de renforcer la récession A cette logique globale liée aux formes d’insertion dans l’économie mondiale se combinent les traits spécifiques  des classes dominantes  locales. Ces dernières années, la critique de l’économie de rente est montée en puissance dévoilant le lien intime, presque incestueux entre corruption institutionnalisée, logique de prédation et confusion des pouvoirs politiques et économiques. Il apparait assez clairement  que « l’économie de rente »  traduit une domination généralisée, directe ou indirecte, de quelques familles sur l’ensemble des secteurs. Certains notent l’impact économique de ce fonctionnement : manque de transparence, délits d’initiés, multiplication des paradis fiscaux, privilèges indus, possibilité de profits considérables  qui échappent aux impôts  et qui se traduisent par un manque de ressources considérables pour « le développement économique », dans une conjoncture difficile.
Au fond, l’idée sous-jacente est qu’avec une meilleure gouvernance, une justice plus indépendante, une plus grande déconnexion entre les cercles de décision politique et économique, un état de droit dans les affaires, on pourrait lever les blocages économiques et asseoir le pays dans les rails d’une croissance plus équilibrée. Or le problème est plus vaste que de constater que l’économie de rente  fait perdre quelques points au PIB. L’économie de rente makhzenienne  est au cœur de l’économie politique de la prédation capitaliste. (Voir à ce sujet : L’économie politique de la prédation : le cas du Maroc.). Si elle apparait peu rationnelle du point de vue d’un « développement économique », elle est très rationnelle du point de vue de la logique interne du système. D’abord le pouvoir central, à travers la corruption institutionnalisée, reproduit une partie de sa base sociale et politique ; la pratique des agréments qui n’est que le sommet de l’iceberg, vise à produire ou maintenir des alliés dans différentes couches sociales et corporations nécessaires à sa stabilité. Et d’autre part, il y a une corrélation très étroite  entre la poussée du néolibéralisme, la corruption institutionnalisée et la concentration de la propriété. La constitution de monopoles de fait ne relève pas seulement de l’intervention de la monarchie et de son entourage immédiat dans les affaires, elle a des racines plus profondes. Le propre du capitalisme néolibéral dépendant est qu’il a renforcé les bases économiques, matérielles du despotisme à la faveur des vagues successives de privatisation et de libéralisation. Et il l’a fait à partir de ce que certains auteurs nomment « l’accumulation par dépossession »  rendue possible par les politiques de déréglementation généralisée. Plus rien ne vient entraver la logique du profit maximum et l’accaparement maximale des ressources. La corruption n’est-elle pas, dans ses formes les plus développées, une capture de l’Etat pour maintenir ou conquérir des marchés et des propriétés ?
D’une certaine manière, la structure historique parasitaire du makhzen (et pas seulement l’existence de lobbies) qui a toujours privilégié les investissements improductifs et la captation des ressources,  y compris par le monopole de la violence organisée, a fusionné  avec  la logique de prédation spécifique du néo-libéralisme généralisée. Il y a un lien très étroit entre despotisme, situation de dépendance, prédation et politiques de paupérisation. Prenons un seul exemple au milieu de milliers d’autres : Imider où le pompage effréné de la nappe phréatique  et des ressources d’eau,  par une compagnie bien connue, spécialisée dans l’extraction des mines d’argent de fer , fortement connectée au marché mondial, ramène un village entier à l’âge des cavernes,  tout en le soumettant  à une répression incessante.
 Les dynamiques économiques  imbriquent  néo-libéralisme généralisée et logique de prédation rentière, donnant un caractère quasi mafieux à la bourgeoisie locale. C’est d’abord pour cette raison que l’économie locale, aussi bien dans les villes que les campagnes,  va subir en profondeur l’impact de la crise du capitalisme mondial  et que les politiques en place vont aggraver la récession et s’avèrent  incapables de lutter contre la corruption et la rente.

http://badiltawri.wordpress.com/2013/02/27/le-maroc-a-la-recherche-dune-revolution-premiere-partie/

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Deuxième partie

Une crise sociale généralisée  
- Trois décennies de politiques d’ajustements structurels ont abouti à une dégradation sensible des conditions de travail et de vie, non seulement des majorités populaires, mais aussi de secteurs de classes moyennes. La crise actuelle du capitalisme fait que l’économie informelle ne joue plus le rôle d’un filet social, même relatif et dérisoire,  et n’arrive plus à absorber  un  chômage de masse  en expansion , ni à assurer  le minimum vital face à l’explosion des prix.  Elle développe la  concentration inégalitaire des richesses. 
La violence sociale est palpable à tous les niveaux. Les indicateurs de la pauvreté ont connu une percée sur cette décennie.  La précarité dans le travail s’étend bien au-delà du secteur privé.  Des millions de personnes ne peuvent ni se soigner, ni bénéficier d’une protection sociale, une grande majorité n’a pas droit à une retraite, si ce n’est des pensions misérables, près de 9 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté. 
 Une fraction majoritaire de la jeunesse se retrouve sans qualification et/ou sans emploi, les salaires gelés sont dérisoires en comparaison du coût de la vie. Il est de plus en plus difficile et carrément impossible d’accéder à un logement décent, de se soigner, d’étudier. La malnutrition et certaines épidémies regagnent du terrain. Il n’est pas nécessaire de décrire ici ce que tout le monde connait.   Ce qui marque profondément les politiques en cours, bien avant même le gouvernement Benkirane,  c’est un mécanisme particulier de reproduction élargie des inégalités sociales.  Les politiques de l’Etat, au nom de la lutte contre les déficits publics,  ne s’attaquent pas seulement aux salaires et conditions de travail mais touchent  d’emblée les conditions de vie et de reproduction sociale.  L’objectif non déclaré est, à travers l’austérité budgétaire et le  démantèlement des services publics,  de réduire le coût global de la force de travail,  la part des richesses  produites qui bénéficiaient même mal et d’une manière très partielle et inégale aux classes populaires. 

Surexploitation, dépossession, paupérisation  sont des mécanismes sociaux de transfert des richesses qui bénéficient à une minorité de plus en plus riche. A moins d’oublier que derrière l’économie de marché  des rapports sociaux existent. Car il faut bien expliquer pourquoi ou comment la production de richesses globales qui a augmenté ces dernières décennies  aboutit, non pas à une réduction des inégalités, mais à son expansion.  Ou si l’on veut aborder le problème différemment, nous pouvons dire que la marginalisation de territoires entiers (et des populations qui y vivent), la casse sociale, le chômage de masse ne sont pas des phénomènes naturels ou la conséquence  d’une mauvaise gouvernance, mais le résultat d’un fonctionnement global, construit  et maintenu politiquement, et qui renvoie au talon de fer de la dictature du (sur) profit sur les besoins, des prédateurs sur la population.  Il n’y a pas de fatalité économique mais un ordre social et politique, où la logique de profits, dans le cadre d’une concurrence généralisée et maffieuse,  produit en permanence la guerre sociale contre les pauvres, avec son lot d’exclusion, de misère et de précarité

 L’exemple même de la réforme de la caisse de compensation est significatif. La proposition d’aide directe supposer bénéficier à 2 millions de personnes (alors que selon les chiffres officiels, il y aurait 8,5 millions en dessous de la pauvreté) restent dérisoires : qu’est-ce que 500dh dans la conjoncture sociale actuelle ? Alors qu’un démantèlement de la caisse de compensation signifierait une inflation quasi automatique  des prix de denrées de base. On enlève d’une main ce qu’on donne de l’autre, sans toucher aux mécanismes de subvention directe ou indirecte des grandes entreprises et sans tenir compte de la hausse structurelle de la facture énergétique et alimentaire.  Et que deviendraient les soi-disant 24 milliards de dirhams économisés ? Le seul résultat est le risque d’une explosion sociale et c’est la seule raison pour laquelle cette décision politique a été reportée jusqu’ici.  On pourrait multiplier les exemples de «  cette politique de classe ». Or une analyse même sommaire des raisons du creusement des déficits,  montrerait  non pas que les caisses sont vides (sauf pour la population) mais qu’elles vont ailleurs. Faut-il rappeler que  la réduction des impôts sur les grandes entreprises et hauts revenus  a entrainé depuis 2007 un manque à gagner de 30 milliards ? Faut-il rappeler que le code actuel des investissements autorise le rapatriement des bénéfices nets des multinationales, ce  qui équivaut à plusieurs milliards annuels ? Sans compter ceux dissimulés qui apparaissent comme des échanges comptables entre filiales d’un même groupe ? Faut-il rappeler que les accords de libre-échange ont laminé les taxes de douanes ? Faut-il rappeler les vagues d’exonération et d’amnistie fiscales qui touchent tant les entreprises publiques que privées et en particulier dans le foncier et l’immobilier ? Assurant une perte sèche de recettes de plus de 36 milliards.  Faut-il rappeler que plus de 220 milliards de dirhams ont été  placés dans des banques étrangères par les  prédateurs locaux pour la seule année 2011 ?  Faut-il rappeler, ce qui n’apparait jamais dans les comptes, les sommes faramineuses extorquées sur le budget public par les voies royales de la corruption, du délit d’initiés, du maquillage des comptes ? . Sans compter la part omnivore du budget royal…
 Le déficit public n’est rien d’autre que le résultat  de politiques décidées en haut lieu pour les intérêts d’une minorité qui sait que sa fortune repose sur le racket généralisé, la baisse continue du coût de travail et un système fiscal des plus injustes du monde. Au nom des « équilibres macro-économiques », on allonge l’âge de départ de la retraite, on casse la gratuité de l’enseignement, on impose le gel des salaires, on augmente le prix du gazoil et des denrées alimentaires, on détruit l’hôpital public  et on casse le droit de grève ?

Les logiques économiques en place sont contradictoires avec la satisfaction des droits et besoins élémentaires de fractions de plus en plus larges de la population. C’est pourquoi la crise sociale va s’approfondir. Qui peut raisonnablement penser que cette situation ne va pas produire des contestations encore plus profondes alors que la jeunesse voit son horizon bouché et que de larges fractions populaires sont à la limite de la logique de survie ?.

La farce démocratique  et la crise politique
Un pouvoir qui ne peut assurer ni progrès social, ni l’extension des droits et des libertés, suscite un antagonisme fondamental avec les forces sociales qui vivent la précarité, l’exploitation  et la hogra d’une manière quotidienne. Cet antagonisme peut être atténué et masqué pendant un temps  lorsqu’il arrive à produire  des formes de légitimation qui masque sa nature régressive et despotique. Or aujourd’hui au Maroc, ces formes de légitimation sont en crise. La légitimation  octroyée  par le mouvement national  au sultanat au moment des luttes pour l’indépendance fait partie de la préhistoire. La question du Sahara occidental comme moteur d’un « consensus national »  et de « la paix sociale »  s’est effritée devant l’enlisement d’un conflit  et la réalité des urgences sociales. La légitimité religieuse du commandeur des croyants est contestée par des mouvements islamistes solidement enracinés,  et par des transformations sociales et culturelles qui font émerger une conception démocratique du pouvoir,  où même le représentant de dieu sur terre doit rendre des comptes et ne pas être  au-dessus des lois.  La centralité arabo-islamique dans sa version « jacobine » se heurte à la montée des mouvements culturels amazighs qui croisent revendications culturelles et politiques. Les légitimités sociales enracinées dans l’univers rural,  qui ont permis historiquement   au makhzen d’assurer sa domination sur les villes et de  reconstruire  ses assises « féodales »   derrière des apparences de « modernité », sont déstructurées par l’extension  de l’urbanisation, les transformations capitalistes dans les  campagnes  et le développement  ascendant de contestations sociales  dans les régions marginalisées.

 Que reste-t-il ? La fameuse transition démocratique ?…. qui n’a transité que vers un pouvoir encore plus absolu sur le plan économique et politique. Il est très difficile de contester que les institutions politiques  apparaissent radicalement étrangères aux citoyens, corrompus, arbitraires et  au service des puissants et des affairistes. Que l’ensemble de la classe politique institutionnelle a l’échine courbe devant celui qui la nourrit à coup de prébendes et privilèges, en échange de sa servilité volontaire.  Et la fameuse entourloupe, selon laquelle « le palais veut » mais est entouré d’incapables, a fait long feu, parce qu’une chose a été acquise ces dernières années, que ces incapables sont là où ils sont, du seul fait du prince, et que derrière un corrompu il y a toujours un corrupteur

 Mais aussi pour une raison plus profonde,   dans la constitution makhzeniene non écrite, la monarchie gouverne à travers des partis qui n’ont pas d’autre légitimité que d’être des extensions périphériques de l’appareil d’état. On l’a vu avec la domestication de l’opposition historique. On le voit aujourd’hui avec le PJD.  Le pouvoir est devant une équation impossible : plus il utilise les partis et acteurs de la façade démocratique, pour voiler sa nature despotique, plus ils perdent en substance sociale et crédit politique.  On peut maquiller les acteurs,  gagner du temps en jouant sur le renouvellement électoral  de « la façade démocratique » et par l’instauration d’un pseudo « dialogue social,  la scène reste la même  et la pièce jouée,  un remake d’un  mauvais film de série B  avec des bouffons sans talents. Et cela pose un problème pour le pouvoir : les partis, les bureaucraties syndicales, la société civile officielle,  sont usés jusqu’à la corde et ne constituent plus des garde-fous crédibles où peut se déverser la colère sociale et populaire ( en épargnant la monarchie ). Ils n’ont plus les moyens de canaliser les luttes concrètes vers des garages institutionnels, ni de noyer les aspirations sociales et démocratiques dans un tour de passe-passe électoral ou une énième réforme constitutionnelle. 

 Nous ne sommes plus dans la phase où la dialectique palais/mouvement national pouvait cultiver l’illusion qu’existait une opposition capable d’incarner plus ou moins  un changement. Nous ne sommes plus non plus dans la phase du début du nouveau règne où le régime cherchait à cultiver une image de rupture avec Hassan II.  Après l’échec du PAM et le discrédit du PJD que restera t-il comme atout pour le pouvoir ?  . La monarchie peut de moins en moins masquer sa responsabilité centrale dans la dilapidation de richesses publiques, dans la corruption institutionnalisée, dans la mainmise des ressources par une minorité. 
Le pouvoir absolu ne se partage pas. Mais un pouvoir absolu qui ne peut s’appuyer sur des relais politiques et sociaux crédibles dans la société (relais qui par le passé ont pu jusqu’à un certain point canaliser le mécontentement), tend à créer les conditions d’un vide politique et les possibilités d’un choc frontal avec les majorités populaires.
URL Source : http://badiltawri.wordpress.com/2013/02/28/le-maroc-a-la-recherche-dune-revolution-deuxieme-partie/

dimanche 30 décembre 2012

A Marrakech, à Casa, la répression comme seule réponse aux problèmes, tojours la répression !

Par Souad G., Attac Maroc, 29/12/2012


A Casablanca,  les policiers en civil  pourchassent les manifestants un par un, jusque dans les cafés.

Le sit in appelé par le M20F à Casablanca ce dimanche 30 décembre 2012 a été interdit et réprimé. Dès 16h, alors qu'une cinquantaine de militants se rassemblaient devant la préfecture, des policiers en civil ont repoussé les manifestants et interdit le rassemblement. Les manifestants se sont alors dirigés vers le centre ville pour maintenir le sit-in. Un important dispositif de force de répression s'est déployé dans le centre ville pour cerner les manifestants. Puis la répression a commencé. Les militants ont été pourchassés jusqu'à l'intérieur des cafés.

Les révoltes dans le quartier populaire  Sidi Youssef Ben Ali, à Marrakech
Mercredi  26 décembre 2012 à Marrakech, alors que ville vitrine du tourisme international s’apprête à recevoir des personnalités politiques du show bisness pour les festivités de fin d’année, des soulèvements populaires ont éclaté.
Des milliers de manifestants  sont descendus dans la rue pour protester contre la cherté de la vie, notamment contre les tarifs élevés de l’eau et électricité appliqués par la RADEEMA (Régie Autonome de Distribution de l’eau et Electricité de Marrakech).
Pour avoir manifesté pacifiquement, les citoyens de ce quartier pauvre et populaire  ont  été cernés par un impressionnant déploiement répressif. Les forces de répression ont chargé avec violence les manifestants, interpelé, perquisitionné les maisons. Selon l’AMDH, plus de 160 personnes sont en détention. On parle de plusieurs blessés y compris dans les rangs des forces de répression débordées par la colère populaire.
Les manifestations de soutien se sont déroulées dans d’autres quartiers de Marrakech. Dans la nuit de vendredi 28 décembre, les émeutes ont éclaté,   les slogans se sont radicalisés pour réclamer la chute du régime.
Bientôt 2 années après le début du M20F
Aucune solution en dehors de la répression sauvage n’est proposée.
Les émeutes qui avaient éclaté au début du M20F, notamment à Tanger, contre les tarifs appliqués par Amendis, société chargée de la distribution de l’eau et électricité,  avaient été réprimées brutalement. D’autres émeutes avaient éclatées dans Safi, Agadir, Salé pour les mêmes raisons.
Les augmentations des prix des produits et denrées de base provoquent de plus en plus  de manifestations de révoltes dans les villes et quartiers populaires du nord au sud du Maroc.
Confronté à une crise économique, le pouvoir loin d’entendre les appels aux changements, poursuit dans des projets autant inutiles qu’onéreux, cependant que la dette du pays explose : fin 2011, la dette publique représente 72% du PIB.
Répression, arrestations, procès et fausses inculpations, jusqu’à quand ?
Sans aucune politique que la répression pour répondre aux besoins pressants des populations, aux revendications sociales et économiques, les révoltes annoncent les prochaines insurrections.
Le Mouvement du 20 Février , les organisations politiques, syndicales qui se réclament porteurs de changements, sauront-t-ils rassembler , unifier, soutenir et défendre  les luttes populaires  et répondre aux aspirations de changements profonds au service de toutes et tous ? Sommes-nous dans un Maroc qui s’inscrit définitivement dans la révolution  des peuples pour nos libertés ?