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vendredi 31 mai 2013

LES RICHESSES DU SAHARA OCCIDENTAL PILLÉES PAR LE COLONISATEUR MAROCAIN : PHOSPHATES, POISSONS...

  400 millions de $ tirés du phosphate sahraoui, par le colonisateur marocain

Par Katalie Clong, WSRW, 25/5/2013

MediaLe régime marocain pille les réserves de phosphate du Sahara Occidental pour son propre compte, contre la volonté des Sahraouis, et sans aucun bénéfice pour eux, qu'ils soient en territoire occupé, dans les campements de réfugiés ou ailleurs.
C'est une violation du droit international dont les textes sont accessible sur le site de l'ONU, notamment l'avis juridique de Hans Corell, rendu au conseil de sécurité en 2002. (voir conclusion ci-dessus à propos d'activité d'exploration pétrolière)

Le réseau international WSRW a fait une étude systématique de l'exploitation des phosphate de Boucraa au Sahara Occidental occupé, par son exportation, et a conclu que la valeur marchande estimée des exportations de phosphates du Sahara Occidental occupé pour l’année 2012 sera d'au moins 400 million de $.

Cette somme, comme tout ce qui est tiré de l'exploitation illégale des ressources naturelles du Sahara Occidental doivent être placée sous administration onusienne, jusqu'à la résolution démocratique et juste du conflit.

Pour les détails du rapport sur le phosphate, voir sur le site http://www.wsrw.org/a216x2374

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En grève les pêcheurs sahraouis ont fermé l'accès au port de Dakhla-Villa Cisneros

  By , 26/5/2013

Dajla -Villa CisnerosLe samedi 25 mai, près de 17 heures locales, des dizaines de pêcheurs sahraouis ont commencé une grève et ont fermé l’accès au port de Dakhla-Villa Cisneros, pour exiger de meilleures conditions socio-économiques, et protester  contre leur exclusion et marginalisation de la part du ministère marocain de l’agriculture et dela pêche maritime dans la prise de décision qui affecte cette activité avec une énorme importance économique pour la région.
Les pêcheurs sahraouis exigent de recevoir des garanties de la part du ministère marocain de l’agriculture et de la pêche maritime, Mr. Aziz Akhannouch, pour qu’ils soient inclus en tant que parti prenant dans toutes les décisions sur le sécteur.
Les Associations Sahrauies qui s’inscrivent à cette action revendicative sont:
- Association Nawra
- Association Al Kandil
- Association des pêcheurs sahrauis de Dakha-Villa Cisneros
- Association pour la protection des resources naturalles
Ces Associations Sahraouies, dénoncent aussi l’exploitation massive et exhaustive des ressources de pêche dans la région et le monopole du marché de poissons par les Marocains, en particulier par les généraux marocains.



  Ces puissants privilégiés marocains utilisent leur influence pour “trafiquer” de grandes quantités de poissons hors du port de Dakhla – Villa Cisneros et après ils le commercialisent au marché noir parallèle avec la complicité de l’Administration des ports (ODEP), grâce aux pots-de-vin que recoivent les cadres supérieurs de cette administration.
Il faut souligner que le contrôle de l’activité de pêche au Sahara Occidental reste dans les mains de grands groupes économiques, la plupart d’entre eux appartiennent à l’Union Européenne, la Russie et les généraux marocains, en plus le ministère marocain de l’agriculture et la pêche maritime a réduit le nombre de licences de pêche attribuées aux pêcheurs locaux et a favorisé ces intêrets des puissants de la pêche.
Actuellement le nombre de licences attribuées aux pêcheurs sahraouis de la pêche traditionnelle n’excède pas du 6,2%; près du 64% des produits de mer d’origine de cette ville du Sahara Occidental occupé est exportée vers le marché marocain.

samedi 2 mars 2013

Le Maroc à la recherche d'une Révolution

Le Maroc à la recherche d’une révolution : première partie

. De nombreuses mobilisations sociales et démocratiques, y compris le M20F, ont traduit le besoin de changement, sans pour autant réussir à  imposer des réformes profondes ou un changement  radical du régime politique. Pour certains observateurs, le Maroc serait une exception en raison du multipartisme et des formes d’ouvertures politiques opérées depuis deux décennies, de l’épaisseur historique de l’état makhzen et de sa capacité à s’ajuster aux transformations sociales. En d’autres termes,  le pouvoir malgré la crise sociale, les inégalités sociales criantes, son despotisme institutionnel  aurait la capacité de réguler  les contradictions qui émergent, de neutraliser les oppositions et de canaliser les revendications.  Pourtant, il y a lieu  de se demander s’il s’agit d’une situation d’exception historique ou de sursis conjoncturel.
Au Maroc, un processus de délégitimation du pouvoir absolu est enclenché et les éléments  d’une rébellion sociale et démocratique sont en train de s’approfondir, de s’accumuler et se combiner,  au-delà des apparences immédiates. Sans que l’on puisse prédire les rythmes et les formes d’un soulèvement populaire. Une révolution nait quand « ceux d’en bas » n’acceptent plus  d’être gouvernés comme avant et  quand « ceux d’en haut « n’arrivent plus à imposer et légitimer leur pouvoir. Or plusieurs facteurs tendent  à faire émerger « ce possible ». Une série d’articles viendront étayer ce point de vue. Le premier concerne l’analyse de la crise économique en cours dans notre pays.
Une crise économique sans précèdent : le rapport social de l’ODT note  que  le « déficit du compte courant de la balance des paiements a atteint 62,8 milliards de DH soit 10% du PIB. Déficit très lourd et jamais inégalé, en plus d’un déficit commercial aux alentours de 22% du PIB, soit 183 Milliards de DH  et un taux de croissance  ne dépassant pas les  2,8% ; tandis que le taux d’endettement a atteint 65% du PIB soit 196 milliards de DH soit  6,8 milliards de plus que 2011 et l’endettement public continue sa progression en flèche, en hausse actuellement de  8,5%. La dette globale(  intérieure et extérieure) a atteint 583 milliards de DH dont celle de l’administration centrale qui  représente désormais 56,8 du PIB  au lieu de 53,7 à la fin de l’année  2011 . »  Sans parler de la contraction des activités dans une série de secteurs, le recul des investissements, la fragilité du système bancaire. Il faut cependant aller au-delà des chiffres ou d’autres indicateurs.
 Le propre des accords de libre-échange signés avec l’Union européenne et les USA est de mettre en concurrence directe des économies à productivité différente, des nains contre des géants dans un ring sans arbitre. L’année 2013 est d’abord la fin des accords intérimaires et progressifs,  laissant place aux mécanismes d’une concurrence généralisée dont le coût social va être majeur dans la décennie à venir. Les politiques d’ajustement structurel imposées dans les années 80, malgré leur violence sociale, ne sont rien en comparaison avec les « réformes » exigées et auxquels se combinent les exigences des institutions financières internationales en raison des prêts récemment accordées.  Cette contrainte structurelle va déterminer l’horizon économique dans un espace-temps court.  L’autre élément à prendre en compte  est la nature durable de la crise du capitalisme mondial et la manière dont elle affecte l’union européenne qui apparait comme le maillon faible des puissances dominantes.  L’économie locale fortement dépendante ne peut s’appuyer sur une croissance des exportations et une diversification des marchés et, sur le plan interne, sur une consolidation du secteur productif et du tissu économique fortement exposés à la concurrence internationale.
Un véritable nœud coulant est en train de se mettre en place accentué par les politiques «  de lutte contre les déficits publiques » qui ne sont,  en réalité,  que des politiques d’austérités généralisées dont l’effet majeur est de renforcer la récession A cette logique globale liée aux formes d’insertion dans l’économie mondiale se combinent les traits spécifiques  des classes dominantes  locales. Ces dernières années, la critique de l’économie de rente est montée en puissance dévoilant le lien intime, presque incestueux entre corruption institutionnalisée, logique de prédation et confusion des pouvoirs politiques et économiques. Il apparait assez clairement  que « l’économie de rente »  traduit une domination généralisée, directe ou indirecte, de quelques familles sur l’ensemble des secteurs. Certains notent l’impact économique de ce fonctionnement : manque de transparence, délits d’initiés, multiplication des paradis fiscaux, privilèges indus, possibilité de profits considérables  qui échappent aux impôts  et qui se traduisent par un manque de ressources considérables pour « le développement économique », dans une conjoncture difficile.
Au fond, l’idée sous-jacente est qu’avec une meilleure gouvernance, une justice plus indépendante, une plus grande déconnexion entre les cercles de décision politique et économique, un état de droit dans les affaires, on pourrait lever les blocages économiques et asseoir le pays dans les rails d’une croissance plus équilibrée. Or le problème est plus vaste que de constater que l’économie de rente  fait perdre quelques points au PIB. L’économie de rente makhzenienne  est au cœur de l’économie politique de la prédation capitaliste. (Voir à ce sujet : L’économie politique de la prédation : le cas du Maroc.). Si elle apparait peu rationnelle du point de vue d’un « développement économique », elle est très rationnelle du point de vue de la logique interne du système. D’abord le pouvoir central, à travers la corruption institutionnalisée, reproduit une partie de sa base sociale et politique ; la pratique des agréments qui n’est que le sommet de l’iceberg, vise à produire ou maintenir des alliés dans différentes couches sociales et corporations nécessaires à sa stabilité. Et d’autre part, il y a une corrélation très étroite  entre la poussée du néolibéralisme, la corruption institutionnalisée et la concentration de la propriété. La constitution de monopoles de fait ne relève pas seulement de l’intervention de la monarchie et de son entourage immédiat dans les affaires, elle a des racines plus profondes. Le propre du capitalisme néolibéral dépendant est qu’il a renforcé les bases économiques, matérielles du despotisme à la faveur des vagues successives de privatisation et de libéralisation. Et il l’a fait à partir de ce que certains auteurs nomment « l’accumulation par dépossession »  rendue possible par les politiques de déréglementation généralisée. Plus rien ne vient entraver la logique du profit maximum et l’accaparement maximale des ressources. La corruption n’est-elle pas, dans ses formes les plus développées, une capture de l’Etat pour maintenir ou conquérir des marchés et des propriétés ?
D’une certaine manière, la structure historique parasitaire du makhzen (et pas seulement l’existence de lobbies) qui a toujours privilégié les investissements improductifs et la captation des ressources,  y compris par le monopole de la violence organisée, a fusionné  avec  la logique de prédation spécifique du néo-libéralisme généralisée. Il y a un lien très étroit entre despotisme, situation de dépendance, prédation et politiques de paupérisation. Prenons un seul exemple au milieu de milliers d’autres : Imider où le pompage effréné de la nappe phréatique  et des ressources d’eau,  par une compagnie bien connue, spécialisée dans l’extraction des mines d’argent de fer , fortement connectée au marché mondial, ramène un village entier à l’âge des cavernes,  tout en le soumettant  à une répression incessante.
 Les dynamiques économiques  imbriquent  néo-libéralisme généralisée et logique de prédation rentière, donnant un caractère quasi mafieux à la bourgeoisie locale. C’est d’abord pour cette raison que l’économie locale, aussi bien dans les villes que les campagnes,  va subir en profondeur l’impact de la crise du capitalisme mondial  et que les politiques en place vont aggraver la récession et s’avèrent  incapables de lutter contre la corruption et la rente.

http://badiltawri.wordpress.com/2013/02/27/le-maroc-a-la-recherche-dune-revolution-premiere-partie/

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Deuxième partie

Une crise sociale généralisée  
- Trois décennies de politiques d’ajustements structurels ont abouti à une dégradation sensible des conditions de travail et de vie, non seulement des majorités populaires, mais aussi de secteurs de classes moyennes. La crise actuelle du capitalisme fait que l’économie informelle ne joue plus le rôle d’un filet social, même relatif et dérisoire,  et n’arrive plus à absorber  un  chômage de masse  en expansion , ni à assurer  le minimum vital face à l’explosion des prix.  Elle développe la  concentration inégalitaire des richesses. 
La violence sociale est palpable à tous les niveaux. Les indicateurs de la pauvreté ont connu une percée sur cette décennie.  La précarité dans le travail s’étend bien au-delà du secteur privé.  Des millions de personnes ne peuvent ni se soigner, ni bénéficier d’une protection sociale, une grande majorité n’a pas droit à une retraite, si ce n’est des pensions misérables, près de 9 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté. 
 Une fraction majoritaire de la jeunesse se retrouve sans qualification et/ou sans emploi, les salaires gelés sont dérisoires en comparaison du coût de la vie. Il est de plus en plus difficile et carrément impossible d’accéder à un logement décent, de se soigner, d’étudier. La malnutrition et certaines épidémies regagnent du terrain. Il n’est pas nécessaire de décrire ici ce que tout le monde connait.   Ce qui marque profondément les politiques en cours, bien avant même le gouvernement Benkirane,  c’est un mécanisme particulier de reproduction élargie des inégalités sociales.  Les politiques de l’Etat, au nom de la lutte contre les déficits publics,  ne s’attaquent pas seulement aux salaires et conditions de travail mais touchent  d’emblée les conditions de vie et de reproduction sociale.  L’objectif non déclaré est, à travers l’austérité budgétaire et le  démantèlement des services publics,  de réduire le coût global de la force de travail,  la part des richesses  produites qui bénéficiaient même mal et d’une manière très partielle et inégale aux classes populaires. 

Surexploitation, dépossession, paupérisation  sont des mécanismes sociaux de transfert des richesses qui bénéficient à une minorité de plus en plus riche. A moins d’oublier que derrière l’économie de marché  des rapports sociaux existent. Car il faut bien expliquer pourquoi ou comment la production de richesses globales qui a augmenté ces dernières décennies  aboutit, non pas à une réduction des inégalités, mais à son expansion.  Ou si l’on veut aborder le problème différemment, nous pouvons dire que la marginalisation de territoires entiers (et des populations qui y vivent), la casse sociale, le chômage de masse ne sont pas des phénomènes naturels ou la conséquence  d’une mauvaise gouvernance, mais le résultat d’un fonctionnement global, construit  et maintenu politiquement, et qui renvoie au talon de fer de la dictature du (sur) profit sur les besoins, des prédateurs sur la population.  Il n’y a pas de fatalité économique mais un ordre social et politique, où la logique de profits, dans le cadre d’une concurrence généralisée et maffieuse,  produit en permanence la guerre sociale contre les pauvres, avec son lot d’exclusion, de misère et de précarité

 L’exemple même de la réforme de la caisse de compensation est significatif. La proposition d’aide directe supposer bénéficier à 2 millions de personnes (alors que selon les chiffres officiels, il y aurait 8,5 millions en dessous de la pauvreté) restent dérisoires : qu’est-ce que 500dh dans la conjoncture sociale actuelle ? Alors qu’un démantèlement de la caisse de compensation signifierait une inflation quasi automatique  des prix de denrées de base. On enlève d’une main ce qu’on donne de l’autre, sans toucher aux mécanismes de subvention directe ou indirecte des grandes entreprises et sans tenir compte de la hausse structurelle de la facture énergétique et alimentaire.  Et que deviendraient les soi-disant 24 milliards de dirhams économisés ? Le seul résultat est le risque d’une explosion sociale et c’est la seule raison pour laquelle cette décision politique a été reportée jusqu’ici.  On pourrait multiplier les exemples de «  cette politique de classe ». Or une analyse même sommaire des raisons du creusement des déficits,  montrerait  non pas que les caisses sont vides (sauf pour la population) mais qu’elles vont ailleurs. Faut-il rappeler que  la réduction des impôts sur les grandes entreprises et hauts revenus  a entrainé depuis 2007 un manque à gagner de 30 milliards ? Faut-il rappeler que le code actuel des investissements autorise le rapatriement des bénéfices nets des multinationales, ce  qui équivaut à plusieurs milliards annuels ? Sans compter ceux dissimulés qui apparaissent comme des échanges comptables entre filiales d’un même groupe ? Faut-il rappeler que les accords de libre-échange ont laminé les taxes de douanes ? Faut-il rappeler les vagues d’exonération et d’amnistie fiscales qui touchent tant les entreprises publiques que privées et en particulier dans le foncier et l’immobilier ? Assurant une perte sèche de recettes de plus de 36 milliards.  Faut-il rappeler que plus de 220 milliards de dirhams ont été  placés dans des banques étrangères par les  prédateurs locaux pour la seule année 2011 ?  Faut-il rappeler, ce qui n’apparait jamais dans les comptes, les sommes faramineuses extorquées sur le budget public par les voies royales de la corruption, du délit d’initiés, du maquillage des comptes ? . Sans compter la part omnivore du budget royal…
 Le déficit public n’est rien d’autre que le résultat  de politiques décidées en haut lieu pour les intérêts d’une minorité qui sait que sa fortune repose sur le racket généralisé, la baisse continue du coût de travail et un système fiscal des plus injustes du monde. Au nom des « équilibres macro-économiques », on allonge l’âge de départ de la retraite, on casse la gratuité de l’enseignement, on impose le gel des salaires, on augmente le prix du gazoil et des denrées alimentaires, on détruit l’hôpital public  et on casse le droit de grève ?

Les logiques économiques en place sont contradictoires avec la satisfaction des droits et besoins élémentaires de fractions de plus en plus larges de la population. C’est pourquoi la crise sociale va s’approfondir. Qui peut raisonnablement penser que cette situation ne va pas produire des contestations encore plus profondes alors que la jeunesse voit son horizon bouché et que de larges fractions populaires sont à la limite de la logique de survie ?.

La farce démocratique  et la crise politique
Un pouvoir qui ne peut assurer ni progrès social, ni l’extension des droits et des libertés, suscite un antagonisme fondamental avec les forces sociales qui vivent la précarité, l’exploitation  et la hogra d’une manière quotidienne. Cet antagonisme peut être atténué et masqué pendant un temps  lorsqu’il arrive à produire  des formes de légitimation qui masque sa nature régressive et despotique. Or aujourd’hui au Maroc, ces formes de légitimation sont en crise. La légitimation  octroyée  par le mouvement national  au sultanat au moment des luttes pour l’indépendance fait partie de la préhistoire. La question du Sahara occidental comme moteur d’un « consensus national »  et de « la paix sociale »  s’est effritée devant l’enlisement d’un conflit  et la réalité des urgences sociales. La légitimité religieuse du commandeur des croyants est contestée par des mouvements islamistes solidement enracinés,  et par des transformations sociales et culturelles qui font émerger une conception démocratique du pouvoir,  où même le représentant de dieu sur terre doit rendre des comptes et ne pas être  au-dessus des lois.  La centralité arabo-islamique dans sa version « jacobine » se heurte à la montée des mouvements culturels amazighs qui croisent revendications culturelles et politiques. Les légitimités sociales enracinées dans l’univers rural,  qui ont permis historiquement   au makhzen d’assurer sa domination sur les villes et de  reconstruire  ses assises « féodales »   derrière des apparences de « modernité », sont déstructurées par l’extension  de l’urbanisation, les transformations capitalistes dans les  campagnes  et le développement  ascendant de contestations sociales  dans les régions marginalisées.

 Que reste-t-il ? La fameuse transition démocratique ?…. qui n’a transité que vers un pouvoir encore plus absolu sur le plan économique et politique. Il est très difficile de contester que les institutions politiques  apparaissent radicalement étrangères aux citoyens, corrompus, arbitraires et  au service des puissants et des affairistes. Que l’ensemble de la classe politique institutionnelle a l’échine courbe devant celui qui la nourrit à coup de prébendes et privilèges, en échange de sa servilité volontaire.  Et la fameuse entourloupe, selon laquelle « le palais veut » mais est entouré d’incapables, a fait long feu, parce qu’une chose a été acquise ces dernières années, que ces incapables sont là où ils sont, du seul fait du prince, et que derrière un corrompu il y a toujours un corrupteur

 Mais aussi pour une raison plus profonde,   dans la constitution makhzeniene non écrite, la monarchie gouverne à travers des partis qui n’ont pas d’autre légitimité que d’être des extensions périphériques de l’appareil d’état. On l’a vu avec la domestication de l’opposition historique. On le voit aujourd’hui avec le PJD.  Le pouvoir est devant une équation impossible : plus il utilise les partis et acteurs de la façade démocratique, pour voiler sa nature despotique, plus ils perdent en substance sociale et crédit politique.  On peut maquiller les acteurs,  gagner du temps en jouant sur le renouvellement électoral  de « la façade démocratique » et par l’instauration d’un pseudo « dialogue social,  la scène reste la même  et la pièce jouée,  un remake d’un  mauvais film de série B  avec des bouffons sans talents. Et cela pose un problème pour le pouvoir : les partis, les bureaucraties syndicales, la société civile officielle,  sont usés jusqu’à la corde et ne constituent plus des garde-fous crédibles où peut se déverser la colère sociale et populaire ( en épargnant la monarchie ). Ils n’ont plus les moyens de canaliser les luttes concrètes vers des garages institutionnels, ni de noyer les aspirations sociales et démocratiques dans un tour de passe-passe électoral ou une énième réforme constitutionnelle. 

 Nous ne sommes plus dans la phase où la dialectique palais/mouvement national pouvait cultiver l’illusion qu’existait une opposition capable d’incarner plus ou moins  un changement. Nous ne sommes plus non plus dans la phase du début du nouveau règne où le régime cherchait à cultiver une image de rupture avec Hassan II.  Après l’échec du PAM et le discrédit du PJD que restera t-il comme atout pour le pouvoir ?  . La monarchie peut de moins en moins masquer sa responsabilité centrale dans la dilapidation de richesses publiques, dans la corruption institutionnalisée, dans la mainmise des ressources par une minorité. 
Le pouvoir absolu ne se partage pas. Mais un pouvoir absolu qui ne peut s’appuyer sur des relais politiques et sociaux crédibles dans la société (relais qui par le passé ont pu jusqu’à un certain point canaliser le mécontentement), tend à créer les conditions d’un vide politique et les possibilités d’un choc frontal avec les majorités populaires.
URL Source : http://badiltawri.wordpress.com/2013/02/28/le-maroc-a-la-recherche-dune-revolution-deuxieme-partie/

dimanche 8 avril 2012

Lettre ouverte des amis du 20 février aux candidats à la Présidence de la République en France

Par les amis du 20 février
Pour ne pas déroger à la règle, la campagne électorale pour les élections présidentielles 2012 en France s’est essentiellement axée, jusqu’à la rédaction de cet article, sur le thème de « l’immigration & co ». Un thème porté, comme seul fond politique, par l’extrême droite structurée et assumée ou cachée dans les rangs de la droite républicaine. La seule différence entre différentes campagnes, au moins depuis 1995, est la variation de l’exploitation de ce thème selon les besoins de l’époque.

En effet, en 1995 Jacques Chirac et sa famille politique, avaient joué sur « la fracture sociale » en ciblant les problématiques sociales vécues par la banlieue, aussi appelée « cité » lieu de concentration d’une large majorité issue de l’immigration. L’élection fût gagnée. En 2002, la droite a remis le couvert en attaquant cette même population dite" «défavorisée » en la stigmatisant selon le thème global et démagogique de « l’insécurité ». L’élection fut aussi emportée avec un score à la Ben Ali & co.

En 2007, l’actuel président a remis le couvert en variant sur la gravité du discours et en utilisant la même stratégie : l’insécurité, en ciblant comme source les cités et donc l’immigration.

 A chaque élection nationale, l’immigration devient un thème porteur validant dans l’inconscient collectif la culture de l’extrême droite. La gauche, fidèle à une ligne humaniste, n’a pas su gérer. Plus grave, Lionel Jospin en 2002, avoue publiquement qu’il a péché par naïveté en ne prenant pas au sérieux les craintes des Français face à ce qu’il a reconnu pour la première fois comme « insécurité » et non « sentiment d’insécurité » comme avait l’habitude de nuancer le discours de la gauche toutes tendances et organisations de la société civile confondues.

Adoptant une telle stratégie électorale et programmatique, la droite républicaine drague les 18% de du FN. Ce faisant, les idées de l’extrême droite sont validées et s’ancrent dans l’inconscient collectif. Une stratégie basée sur le populisme, la stigmatisation et joue sur les peurs faute de réelles propositions innovantes pour sortir de la crise structurelle que connaît la France et qui s’aggrave de plus en plus depuis la fin de la récréation économique des « des années de la gloire industrielle, les trente glorieuses ».

Pour 2012, le thème reste le même, la cible clairement identifiée et l’extrême droite gagne sur le terrain des idées même si elle ne gouvernera pas dans les faits mais par procuration. Cette année l’entrée fut trouvée par une stratégie carte postale : « le HALAL »! Un thème qui cible, stigmatise et place une surenchère évidente pour remettre le thème de l’immigration au centre du débat. La droite républicaine, en perte de vitesse et selon une stratégie probablement gagnante, a choisi de placer le début de la campagne en adoptant le discours de l’extrême-droite. Le candidat Sarkozy a clairement orienté son discours vers une droitisation sans complexe épaulée par un ministre de l’intérieur, conseiller proche, Claude Guéant qui enfonce le clou par cette déclaration on ne peut plus ambigüe : « les civilisations ne se valent pas ».

L’immigration, parlons-en sans complexe! Je ne fais pas partie de celles et ceux, humanistes et tiers-mondistes, qui croient, avec raison dans l’absolu, à la possibilité de la liberté de circulation et d’installation telles que garanties par la déclaration universelle des droits humains (DUDH). Dans les faits, je ne crois pas qu’on soit arrivés à une telle maturité économique et politique pour concrétiser cet article de la DUDH. L’ouverture des frontières n’est pas pour demain, c’est plutôt le contraire qui se dessine au sommet de l’État à gauche comme à droite sous la pression de l’électorat à qui on a servi largement les valeurs de l’extrême droite ( FN & co).

Je crois qu’au contraire, il faut céder aux détracteurs de l’immigration quelques raisons. L’immigration est une mutation des populations qui ne se fait pas sans créer à la fois des tensions et des problématiques sociales et économiques majeures pour le pays d’accueil comme pour le pays d’origine. La diversité des richesses humaines est une hémorragie pour n’importe quelle société et une richesse considérable pour un État qui sait gérer ses ressources. L’Europe vieillissante en est consciente et sélectionne à souhait selon une politique de quota sélective non avouée ici en France mais assumée en Allemagne par exemple. L’effet à court terme se ressent dès que le pays « producteur » de migrants et en voie de développement commence à ressentir le besoin de retrouver les cerveaux en fuite à l’étranger pour combler le vide. Qualifier un citoyen, un cadre, un ouvrier a un coût. Le perdre revient à faire porter aux contribuables les frais d’encadrement et de formation sans qu’il profite du fruit de cette qualification.

Oui, l’immigration est une problématique dont il faut débattre mais sereinement sans tomber dans les options extrémistes, le tout ou rien, le migrant jetable, la vache à lait, la source de devise…
Il est aussi souvent utilisé comme un atout de négociation pour empocher le maximum d’aides au développement comme est le cas avec le Maroc, une porte idéale pour l’immigration dite illégale. Un atout majeur pour l’oligarchie marocaine afin de négocier au mieux les budgets de lutte contre cette immigration illégale, servir de sous-traitant des centres de détention comme front avancé dans cette stratégie de lutte contre l’immigration. S’ajoutent à cela des programmes de coopération que finance le contribuable européen en général, le français en particulier. Des budgets alloués à l’État marocain pour développer les régions appauvries et source de vague d’immigration économique.

Cependant, il est quasiment acquis et prouvé que tous les régimes corrompus détournent les fonds internationaux pour enrichir l’oligarchie régnante. Souvenez-vous de la caverne d’Ali Baba trouvé dans les palais de en Ali ! les comptes en Suisse des autres. Lisons le livre de Catherine Graciet et son co-auteur dont le titre est plus que révélateur :« le Roi prédateur », analysons les chiffres et le classement des êtres les plus riches au monde. La conclusion n’est pas difficile à formuler : l’oligarchie marocaine, à sa tête le roi, est riche, très riche et présentée par les opposants, notamment le mouvement du 20 Février comme une pieuvre mafieuse.

En tant que contribuables françaises et français, nous sommes en droit de demander : où va l’argent des programmes de coopération, de lutte contre l’immigration, de lutte contre la production du cannabis dans le nord qui connaît en ce moment même, à Beni Bouayach dans le Rif marocain destinataire des fonds de coopération pour le développement des régions du nord, un soulèvement populaire violent. Où va notre argent ? que font les décideurs pour assurer la transparence sur les fonds alloués au Maroc connaissant la nature corrompue du régime ?

Les valeurs de la république nous ont enseigné l’essentiel : il ne peut y avoir de développement sans démocratie. L'immigration, dont apparemment souffre la France en temps de crise, ne peut cesser sans un développement soutenable au Maroc. Mathématiquement on arrive à une équation simple : pas de développement favorise l’immigration, et pas de démocratie ( transparence, lutte contre la corruption et détournement de fond…) il ne peut y avoir de développement soutenable. Par conséquent l’immigration clandestine d’origine marocaine, et c’est valable aussi pour d’autres pays à quelques nuances près, continuera et le problème persistera. On ne peut arrêter une population entière qui n’a pas peur de mettre sa vie en danger, mourir à Gibraltar pour se retrouver en Europe, et généralement en France pour un tas de raisons.

 Il est navrant que dans leur analyse les décideurs, à gauche comme à droite, n’ont pas le courage de poser publiquement la problématique de cette manière. Le contraire s’est produit. Le régime marocain, tout le monde le sait, est corrompu de la tête au pieds, malade de décennies de détournements de fonds, de spoliation des biens publics et privés, d’enrichissement personnel…et pourtant la diplomatie française applaudit les réformette royales octroyées aux sujets toujours dans la même situation de pauvreté, en manque et en quête de dignité et de liberté.

Continuer à soutenir  politiquement la monarchie  marocaine face aux manifestants, depuis le 20 février, revient à favoriser l’option répressive au lieu de travailler la coopération responsable et transparente. Face à la population qui demande justice et justesse, équité et éthique, démocratie et développement soutenable, le tout contribuant à l’épanouissement du citoyen marocain dans son pays, il n’y a qu’une seule et unique option : soutenir le peuple et mettre la pression sur la monarchie pour déconstruire l’économie de rente, installer une transparence financière durable et une lutte efficace contre les délinquants en col blanc. La coopération pour un développement local dans les pays d’origine d' immigration massive est une ligne politique efficace mais à condition que les régimes sur place soient contrôlés sans ingérence mais en mettant des conditions de transparence drastique et d'exigences politiques importantes pour que cesse la prédation économique et pour que les richesses locales et aides extérieures profitent réellement au peuple et non à l’oligarchie régnante.

De nombreuses familles pleurent les leurs partis sans retour par Gibraltar, ce n’est pas facile ni évident de risquer la mort en cherchant un emploi, des conditions sociales et d’autonomie financière meilleures. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si depuis un an, 20 février 2011, un mouvement populaire de contestation scande chaque dimanche : dignité, liberté et partage équitable de la richesse, c’est que le peuple et jeunesse ont compris que la problématique essentielle vient de la nature corrompue du régime. Un roi prédateur verrouillant l’essentiel de l’économie. Un holding royal qui monopolise l’essentiel de l’activité économique partageant quelques parts avec l’oligarchie qui l’entoure. Un roi richissime, parmi les plus grandes richesse du monde face à un peuple sans emploi, sans qualification, sans avenir, un roi sans réelle volonté politique pour instaurer à la fois un État de droit et des institutions et les bases d’une économie porteuse de développement soutenable, d’emploi assurant un minimum de dignité pour le peuple et sa force vive : une jeunesse bardée de diplômes sans aucune possibilité d’emploi. Cette même jeunesse qui, pessimiste et fataliste quant à son avenir préfère prendre les barques de la mort pour rejoindre l’autre rive.

Et pourtant, la diplomatie française continue dans la logique du protectorat de la famille royale comme en 1912. Applaudit les réformettes de façade, ferme les yeux sur les exactions et les atteintes aux droits humains, valide la théorie fallacieuse de l’exception marocaine et par conséquent assure la continuité du statut quo. Ce faisant, il faut dire la vérité aux Français, dire ce qui alimente l’armée de l’immigration clandestine. La France se met en position de complice condamnable par toute cette jeunesse qui se noie chaque jour entre les deux rives ou s’immole par le feu en signe de détresse et en appel au secours. 
Nous, militants du mouvement du 20 février et leurEs amiEs partout dans le monde, sommes convaincus que la réponse à cette situation qui n’arrange ni le pays d’accueil ni le pays d’origine est entre les mains du régime. Une bonne gouvernance à commencer par instaurer les bases d’un État de droit, à juger les voleurs qui ont tant spolié les richesses du Maroc pour en récupérer une partie, à donner la parole au peuple sans crainte d’être jeté en prison pour atteinte à la soi-disant sacralité comme si les règles du moyen âge continuaient à perdurer dans le temps.

Sans langue de bois, vous ne souhaitez ou ne pouvez pas recevoir sur le sol français toute la misère du monde. Cette misère doit être éradiquée sur place dans son pays d’origine et les solutions existent. Faute de courage politique pour affronter la réalité du régime marocain : un régime corrompu et ne respecte aucune règle. Un régime qui concentre trois forces majeurs : le holding royal ( force économique sans limite), force religieuse ( commandeur des croyants) et force politique ( le palais décide de tout contrairement à ce que la communication démagogique laisse entendre pour redorer son image à l’étranger et présenter un roi jeune, démocrate et juste). Cerise sur le gâteau, une force médiatique exclusivement concentrée sur l’objectif royal.

Un siècle après la première intrusion française au Maroc avec la signature du protocole du protectorat à la demande du sultan Abdelhafid, la France n’a pas cessé de protéger les intérêts de la famille royale. Cette politique étrangère a un prix, l’immigration illégale et massive. Il est temps que cela change dans l’intérêt du peuple marocain et de la France. Le traitement populiste de l’immigration mènera inévitablement à des conséquences graves sur le long terme. Seule voie possible : la vérité face aux Français et le courage de dire au pouvoir sur place au Maroc, comme ailleurs dans les pays semblables : les réformes sont obligatoires, les richesses existent mais il manque la volonté de réformer et d’agir pour assurer les conditions d’une vie digne pour le peuple.

Certes il est difficile d’évoquer la possible mise en pratique de l’article de la déclaration universelle des droits humains stipulant la libre circulation et d’installation des citoyens ; néanmoins il reste toujours un droit comme d’autres : une vie digne, un emploi, un logement, le droit à l’éducation, à l’accès égalitaire et gratuit aux soins.

La France est un des piliers de l’Europe. Nos politiques doivent agir de l’intérieur de cette institution, faute d’harmonisation des politiques d’immigration, pour une rationalisation des politiques de coopération : la transparence. Où va l’argent des aides européennes et diverses formes et lignes budgétaires européennes censées profiter au peuple ?

Soutenir le processus de démocratisation pour chasser à jamais les corrompus et autres despotes et voleurs en col blanc est une condition essentielle pour un développement soutenable lui-même base d’une réelle politique de lutte contre les fuites des cerveaux alimentant les peurs et les craintes des peuples avec les dérapages que l’on connaît ou que l’on est en incapacité aujourd’hui de prévoir à long terme. L’avenir se construit aujourd’hui. Construisons-le sainement et ensemble.
Faire des migrants des boucs émissaires est une escroquerie intellectuelle dont les résultats seront inévitablement catastrophiques à moyen terme. Attaquons-nous à la racine du mal, sans ingérence mais par solidarité avec les peuples. Nous le devons à l’histoire et aux valeurs de la république.
Vive les peuples.

contact@lesamisdu20fevrier.eu

vendredi 16 mars 2012

Le printemps ne meurt jamais à Aît Bou Ayache

par Salah Elayoubi,  16/3/2012

La vie à Aït Bou Ayache ressemble à sa topographie.
Une cuvette étranglée entre les escarpements du Rif et un Oued au cours famélique et où viennent échouer et se télescoper des existences ravagées par la misère et mourir les eaux qui ruissellent des montagnes environnantes. Le contraire n’en est pas moins vrai, tant les vies des villageois s’y meurent aussi, de la pauvreté, du chômage, et des assiduités coupables de la monarchie alaoui.

La tragédie du Rif prend, ici, toute sa signification.

Toutes sortes de guerres sont passées par là. De celles infligées par le colonialisme à celles que continue de livrer le régime marocain à ces montagnards irréductibles.

Elles ont emporté les hommes.

Pour ceux qui ont survécu, l’ostracisme de l’administration centrale et le venin de l’anathème qu’elle persiste à distiller contre les populations locales, auront fait le reste et scellé le destin des centaines de milliers d'hommes et de femmes.

Elles ont aussi emporté jusqu’à la végétation.

Disparues, les splendides forêts de la "Maurétanie tingitane", chantées naguère par les poètes et les écrivains de la Rome impériale. Elles ont cédé la place à la désolation, aux argiles dénudées et aux cailloux épars.

Le ravinement des eaux de pluie emportant le terreau jusqu’à l’Oued, les sécheresses successives, les incendies et le prélèvement de l’homme, furent les précieux alliés du dictateur que la forêt a de tout temps effrayé, car susceptible d’abriter les rebellions.

Le régime marocain ne manque jamais une occasion de se rappeler au bon souvenir de la population. Jusqu’à ce barrage érigé en périphérie de la ville et sur les flancs duquel on a tracé en lettres géantes et en cinémascope, cette devise de sinistre mémoire, honnie de tous, ici: «Allah, Al watane, Al Malik ».

Comme un immense index menaçant. Ou pire, comme un monstrueux majeur, pointé en doigt d’honneur, à la face de ces fils d’Abdelkrim qui refusent obstinément, de courber l’échine, devant ce Pharaon qui règne depuis ces plaines lointaines, tout là-bas, « à l’intérieur », comme ils disent.

Rien du peu que possèdent, les habitants des vallées du Rif ne leur vient de l’Etat marocain, sinon la misère, l’exclusion, la répression et le saccage des existences.

C’était aussi à ceux d’Aït Bou Ayache, que s’adressait, déjà, un Hassan II, en chef d’Etat indigne qu’il fut, lorsqu’il parlait des « Aoubaches ». « Un voyou éructant », écrira de lui, Gilles Perrault, dans son célèbre brûlot contre le dictateur. Il ne s’est pas trouvé un seul juste, ni une seule âme charitable, ce soir-là, pour se lever, en plein discours et quitter cette salle du trône ou plutôt celle de l'ignominie, empestant la poudre fumante, le sang et les cadavres de nos frères, qu’ils furent des braves ou des innocents, happés par une impitoyable machine de guerre.

Il ne s’est pas trouvé un seul indigné, ni une seule âme empathique, non plus, trente ans plus tard, pour s’offusquer ou quitter cet autre tyran prédateur, s’acharnant sur des populations pacifiques qui manifestent pour leur dignité et l’avenir de leur descendance. Un dû en démocratie ! Un outrage aux sacralités, en dictature !

Il est une certitude, à présent: la monarchie marocaine n’a jamais rien toléré d’autre, que la proximité des lâches, le silence des corrompus, la honte bue des repentis, la stupidité des ignorants et la servilité des courtisans dociles. Ils sont le miroir de sa vanité et le reflet de la puissance et du pouvoir quelle impose, avec la brutalité qui sied aux sombres dictatures.

Même les plus lâches finissent, un jour, par se ressaisir, et s'indigner face à l'ampleur des injustices qui accablent leurs semblables. Sauf à la cour de Pharaon !

Célébration des quarante jours de deuil de Kamal Hassaini dans les rues d'Aït Bouayache

On dit des criminels qu’ils reviennent toujours sur les lieux où ils ont sévi. La preuve !

Le printemps aussi, revient, inlassablement, faire renaître, là où il les avait laissés, les cœurs et les consciences qui luttent pour leur dignité.

Jusqu'à ce que triomphent la justice et le droit !

lundi 26 décembre 2011

Destruction massive, le nouveau livre de Jean Ziegler

 Géopolitique de la faim
EditionsduSeuil
Toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim, tandis que des dizaines de millions d’autres, et leurs parents avec eux, souffrent de la sous-alimentation et de ses terribles séquelles physiques et psychologiques.

Et pourtant, les experts le savent bien, l’agriculture mondiale d’aujourd’hui serait en mesure de nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit près du double de la population mondiale. Nulle fatalité, donc, à cette destruction massive. Comment y mettre fin ?
En prenant d’abord conscience des dimensions exactes du désastre : un état des lieux documenté, mais vibrant de la connaissance acquise sur le terrain par celui qui fut si longtemps en charge du dossier à l’ONU, ouvre le livre. Il s’agit tout aussitôt de comprendre les raisons de l’échec des formidables moyens mis en œuvre depuis la Deuxième Guerre mondiale pour éradiquer la faim. Puis d’identifier les ennemis du droit à l’alimentation. Pour saisir enfin le ressort des deux grandes stratégies à travers lesquelles progresse à présent le fléau : la production des agrocarburants et la spéculation sur les biens agricoles.



Comme toujours avec Jean Ziegler, la souffrance a un visage, l’oppression un nom, et les mécanismes à l’œuvre sont saisis dans leur application concrète.

Mais l’espoir est là, qui s’incarne dans la résistance quotidienne de ceux qui, dans les régions dévastées, occupent les terres et opposent le droit à l’alimentation à la puissance des trusts agro-alimentaires. Ils attendent de nous un indéfectible soutien.
Au nom de la justice et de la dignité de l’Homme.

Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Professeur émérite de sociologie à l’Université de Genève, il a consacré l’essentiel de son œuvre à dénoncer les mécanismes d’assujettissement des peuples du monde.