Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Mouvement des Immolés حركة المهترقين. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mouvement des Immolés حركة المهترقين. Afficher tous les articles

samedi 13 août 2011

HOGRA – L’immolation qui dérange les autorités marocaines (« El Pais »)

Par Le Monde, 12/8/ 2011

Mi-décembre, dans la foulée du suicide de Mohammed Bouazizi en Tunisie, le monde découvrait la hogra, ce mot arabe qui désigne le mépris et l'arbitraire avec lesquels certaines tranches de la population du Maghreb se sentent traitées par les autorités, mais aussi la détresse, le mal-être et l'impression de n'avoir plus d'issue. Dans ce blog, nous consacrions fin janvier une note à la vague de suicides par le feu qui avait touché l'Algérie cet hiver.


Il y a quelques jours encore, le Maroc ne connaissait pas le phénomène des "immolés de la hogra". C'est le journal espagnol El Pais qui met en lumière, ce vendredi, l'histoire de Hamid Kanouni, déjà abordée par quelques sites consacrés à l'actualité marocaine.

Hamid Kanouni.
Hamid Kanouni.



Le 7 août, le jeune homme de 27 ans s'est aspergé d'essence et s'est fait brûler devant le commissariat de Berkane, dans le nord-est du Maroc. Transféré dans un hôpital de Casablanca, il est mort le lendemain. "C’est la hogra. Ils m’ont méprisé. Mon gagne-pain est perdu", auraient été ses derniers mots, selon un ami qui l'accompagnait dans l'ambulance.

Les versions divergent sur les raisons qui ont poussé Hamid Kanouni à s'immoler par le feu. Le jeune homme était un marchand ambulant de pain, son commerce se résumant à la charrette qu'il poussait dans les rues de Berkane. Il était en conflit avec une boulangère de la ville, qui l'avait employé un temps et n'appréciait pas de le voir stationner à proximité de sa boutique. "Les clients de l’établissement convoitaient davantage le pain fabriqué par Hamid", assure Info Maroc.net.

Après une énième dispute, la boulangère aurait demandé à la police d'intervenir. Selon le président de la branche locale de l'Association marocaine des droits de l'homme, cité par El Pais, "la police l'a battu, insulté et a saisi la voiture" avec le pain, qu'elle a détruit.

Une version confirmée par plusieurs témoignages mais que dément la police. Citées par l'agence de presse MAP, les autorités assurent que le vendeur ambulant s'était "réconcilié" avec la boulangère, que "sa marchandise a été détruite par un inconnu" pendant qu'il était au commissariat et qu'il s'est immolé "à proximité du commissariat". Il aurait attribué son geste, avant son transfert à l'hôpital, "à ses relations tendues avec la propriétaire du four qui l'employait dans son local avant de le renvoyer".

A Rabat, l'histoire semble déranger. Jusqu'au démenti de la police, aucune information n'avait été publiée sur le sujet par l'agence MAP. Surtout, assure El Pais, la police aurait essayé de convaincre la famille que Hamid Kanouni soit enterré à Casablanca plutôt qu'à Fès, sa ville natale, où habite sa famille. Finalement, son cercueil a été transféré à Fès. L'ambulance qui le transportait est tombée en panne, et l'autre véhicule envoyé n'est arrivé qu'à minuit. Dans le cimetière, raconte El Pais, il y avait beaucoup de monde, mais il n'y a pas eu de mouvement de protestation.
--------------------------------
NDLR SOLIDMAR : Une centaine de commentaires, à la suite de cette information, certains très préoccupants,  témoignent de l'émotion suscitée par cette affaire.

Commentaire de  Med | le 12 août 2011 à 17:36
L’information donnée par El País est fiable, elle émane de Ignacio Cembrero, le meilleur spécialiste du Maroc de la presse occidentale qui connait très bien le Maroc pour y avoir très longtemps vécu et travaillé mais qui avait du le quitter tant le régime lui faisait des « ennuis ». Ses connaissances des rouages du pouvoir à Rabat n’ont pas d’équivalent dans la presse française d’ordinaire si dévouée au régime.
L’agence de presse officielle du Maroc MAP n’est qu’une caisse de résonance d’une des pires dictatures qui soit au monde, ce que tout observateur un peu sérieux du Maroc ne peut que reconnaître. MAP est la championne de la manipulation de l’information et elle est coutumière des communiqués modifiés selon les désirs du pouvoir.
L’affaire de Berkane est assez révélatrice de l’ambiance d’un pays où le pouvoir de nuisance des forces de l’ordre est sans limite autre que les volontés du sommet de cette dictature. Il faut en outre savoir que le pouvoir de Rabat entretient une cellule d’intervention dans la blogosphère et le courrier des lecteurs des journaux, en particulier français, elle est composée de personnes qui se relaient en permanence pour contrer toute information qui risque de gêner le régime, ces intervenants ne sont que téléguidés par le ministère de l’intérieur, donc par le Palais de Rabat. Ce ne sont pas des « trolls » comme le pensent certains, mais d’authentiques agents rétribués par l’Etat pour créer des contre-feux aux informations qui déplaisent.
Il faut encore savoir que le Maroc entretient une cellule chargée de suivre tous les travaux de recherche universitaires qui en Europe, mettent leur nez au Maroc, qu’il existe encore une autre cellule chargée de « fliquer » les personnes marocaines qui travaillent en Europe et sont politiquement ou syndicalement actives, cette cellule travaille de conserve avec les consulats marocains qui leur fournissent la liste des ressortissants de leur circonscription. Cette cellule vérifie encore par exemple que les enfants de ces travailleurs émigrés ou simplement de ceux qui ont la double nationalité sont bien sous le contrôle d’associations culturelles ou religieuses « inspirées » par le pouvoir de Rabat. Les Marocains en Europe (France, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Italie essentiellement) sont l’objet d’un authentique « flicage » de tous leurs faits et gestes.
Tous ces « réseaux » de surveillance montrent à quel point la dictature marocaine craint comme la peste la circulation des idées, elle risquerait de véhiculer des idées de contestation du régime. C’est donc par la peur que les Marocains à l’étranger sont tenus par un système policier infiniment pire que l’ancien système du bloc soviétique défunt. Le système marocain ne peut être comparé qu’au système hitlérien chargé de poursuivre l’opposition qui avait du fuir hors d’Allemagne.
Sachant cela, on comprend vite comment fonctionne le système à l’intérieur même du Maroc. Quelque chose de bien pire que le système Ben Ali en Tunisie. Tout cela se fait bien entendu avec la complicité active ou tacite des pays européens, en particulier en France et en Espagne. Seuls, les Pays-Bas dénoncent régulièrement cet état des choses, eux connaissent en particulier la politique marocaine de surveillance des Berbères marocains qui s’organisent pour tenter de ne pas trop subir les pressions de la dictature de leur pays d’origine.
C’est dans un tel cadre qu’il faut considérer l’affaire de Berkane qui alarme bien sûr le pouvoir du Maroc « officiel »… Il existe heureusement un autre Maroc, malheureusement peu connu donc peu soutenu en Europe.
Souhaitons qu’une prise de conscience puisse avoir lieu chez nous dans des délais raisonnables… faute de quoi, certains pourraient avoir bientôt mauvaise conscience d’avoir laissé faire et surtout de n’avoir rien dit pour dénoncer l’infecte dictature alaouite (et son bras armé qui se nomme « le Makhzen » – le pouvoir régalien de la monarchie). Prenez donc garde à des informations tendant à faire croire que ce régime se « démocratise ». Il n’en est rien.

NDLR SOLIDMAR : Cette immolation par désespoir n’est cependant pas un phénomène nouveau ni unique au Maroc. En 2001 des diplômés chômeurs aveugles et handicapés moteurs ont décidé de s’immoler collectivement, après une très longue grève de la faim. Pour qu’ils abandonnent ce projet, le pouvoir, averti par des pétitions, leur a promis des emplois. Ces promesses n’ont pas été tenues, et depuis ces actes de désespoir se sont multipliés, mais la presse ne s’en est fait l’écho que rarement. La dernière immolation date de février : une jeune mère de famille, Fadoua Laroui qui n’a pas supporté d’être chassée de son gourbi par la police et mise à la rue avec ses enfants, a mis fin à ces jours en s'immolant par le feu.

L'article d'El País

El suicidio que conmueve a Marruecos

Rabat intenta impedir un estallido social después de que Hamid Kanuni se quemara a lo bonzo tras ser maltratado por la policía en Berkane

IGNACIO CEMBRERO | Madrid 11/08/2011
http://www.elpais.com/articulo/internacional/suicidio/conmueve/Marruecos/elpepuint/20110811elpepuint_14/Tes
"He padecido la hogra. (...) He perdido mi pequeño sustento". Estas fueron algunas de las últimas palabras que pronunció Hamid Kanuni, de 27 años, según su amigo Faisal, autorizado a subir a bordo de la ambulancia que le transportó de Berkane (noreste de Marruecos) hasta el hospital universitario de Casablanca, donde falleció el martes.
Su historia es casi idéntica a la de Mohamed Buazizi, el joven tunecino que se inmoló el pasado diciembre
La hogra es esa palabra con la que desde hace una década los jóvenes argelinos primero, y ahora el conjunto del Magreb, describen el desprecio y la arbitrariedad con los que son tratados por las autoridades. Kanuni, vendedor ambulante de pan, la sufrió el domingo y se rebeló prendiéndose fuego a lo bonzo ante la comisaría central de Berkane (80.000 habitantes).
Su historia es casi idéntica a la de Mohamed Buazizi, el joven tunecino que se inmoló el 17 de diciembre ante el Gobierno Civil en Sidi Buzid y falleció días después a consecuencia de las heridas. Su gesto fue el detonante de la revolución tunecina que cuatro semanas después expulsó al dictador, el presidente Zine el Abidine Ben Ali, del poder. En Marruecos no ha sucedido nada parecido.
"Kanuni vendía pan cerca de una panadería", cuenta Abderrahim Saddiqi, presidente de la sección local de la Asociación Marroquí de Derechos Humanos. "Al dueño de la panadería no le gustó y llamó a la policía tras enfrentarse al vendedor", prosigue. "La policía le golpeó, le insultó y se incautó del carro" con el pan, que destruyó.
Hamid reaccionó, según su amigo Faisal, "comprando cinco litros de gasolina y rociándose el cuerpo. (...) Se inmoló ante la comisaría". Entre policías y transeúntes apagaron las llamas y le condujeron al hospital Adrak de Berkane, pero ante la gravedad de su estado los médicos decidieron trasladarle en ambulancia al hospital universitario de Casablanca.
Las autoridades no ahorraron esfuerzos para evitar un estallido social. Enviaron unidades de Fuerzas Auxiliares (antidisturbios) a Berkane al tiempo que el fiscal de la ciudad prometió abrir una investigación. La agencia de prensa oficial, MAP, ignoró primero el suicidio, y solo rompió su silencio para difundir una versión policial que recoge una declaración del joven vendedor hecha en la ambulancia, pese a que, según Faisal, el joven estuvo casi todo el tiempo en coma. En ella atribuye su inmolación a la pelea con el panadero y exime a la policía.
Paralelamente, intentaron convencer a la familia del vendedor de que fuese enterrado en Casablanca y no en Fez, donde residen sus padres. "Los responsables quieren impedir así cualquier tipo de protesta", señaló Mustafá Kanuni, hermano del difunto, a la web informativa Lakome.
Los familiares no aceptaron, pero sí accedieron, en cambio, a que fuese inhumado nada más llegar el féretro a Fez. La ambulancia en la que viajaba el ataúd se averió el miércoles en el camino. Hubo que esperar a que estuviese disponible otro vehículo y, finalmente, el cuerpo de Kanuni llegó a su destino a última hora de la noche. Fue entonces, poco antes de medianoche, cuando se llevó a cabo el sepelio. Acudió mucha gente al cementerio, pero no hubo protestas.
Desde que Mohamed Buazizi se quemó a lo bonzo, decenas de magrebíes, incluida alguna madre de familia con hijos pequeños, se han inmolado. El pasado fin de semana cerca de Tipaza, a 70 kilómetros de Argel, se alcanzó el cénit del horror cuando un padre roció con gasolina su cuerpo y el de sus dos hijos, de cuatro y dos años, y les prendió fuego, al no haber conseguido una vivienda oficial. Todos están hospitalizados con graves quemaduras.

mercredi 10 août 2011

Le corps de Hamid El Kanouni transporté à Fès, ses amis répondent à la MAP

Par lakome.com, 10/8/2011
 Cercueil de Hamid El Kanouni avant son départ vers la ville de Fès, où il sera enterré.

Le corps de Hamid El Kanouni, le vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu dimanche dernier à Berkane, quitte la morgue de Casablanca aujourd’hui. La famille et les amis du défunt sont en train de régler les dernières formalités pour le transporter vers Fès, sa ville natale, où il sera enterré.

« On nous a demandé de payer 3500 dirhams pour payer le cercueil et l’ambulance qui le transportera », nous indique Fayçal, un de ses amis, présent à la morgue de Casablanca, ce mercredi 10 août 2011. « Si Hamid possédait une somme pareille (ndlr : 3500 Dhs), il n’aurait pas brûlé son corps », ajoute son ami.

Selon nos informations, cette somme a été payée par les jeunes du Mouvement du 20 février de Casablanca, qui ont organisé un sit-in devant la morgue en début d’après midi de ce mercredi.

La MAP défend la police...

L’agence Maghreb arab press (MAP) a fini par publier une dépêche dans la soirée du mardi 9 août, où elle nie la responsabilité de la police dans ce drame.

Selon la MAP, les services de police ont été informés, dimanche, d’un échange d’injures suivi d’une réconciliation entre une femme propriétaire d’un four public, sis avenue Mohammed V et un marchand de pain ambulant, à cause d’un litige à caractère civil. « Cette affaire a été consignée dans les registres de ces services après la réconciliation entre les deux parties » précise la MAP qui cite une source policière.

«Après le départ des intéressés du commissariat de police, Hamid Kanouni, a été surpris de constater que sa marchandise a été détruite par un inconnu, ce qui l’a incité à asperger ses vêtements d’essence et d’y mettre le feu sur l’avenue Achouhada », ajoute la dépêche.

« C’est faux », réplique Fayçal, qui a accompagné Hamid dans l’ambulance de Berkane à Casablanca. « Quand Hamid a trouvé sa marchandise détruite, il est revenu au commissariat pour se plaindre. Sauf qu’il a été insulté et giflé par un policier. Il est parti acheter cinq litres d’essence, en a aspergé son corps et mis le feu », explique-t-il. « D’ailleurs, il s’est immolé devant le commissariat et non pas sur le boulevard Mohammed V où il travaille », argumente-t-il.

Un autre martyr : méprisé, privé de son gagne-pain, le jeune Hamid s'immole par le feu ..

Par Ali Fkir, 9/8/2011
Pourquoi Hamid Kanouni a-t-il décidé de quitter tôt son "pays"?

 Hamid est né en 1984

- Marchand ambulant à Berkane (L'oriental du Maroc): il a une "charrette" de misère qu'il pousse toute la journée dans le but de "gagner" quelques dirhams

- Comme des millions de MarocainEs qui essaient de survivre par le "bricolage économique", Hamid Kanouni est quotidiennement victime des agissements dégradants des forces de "l'ordre" ( extorsion d'argent, insultes, bastonnade, confiscation de la "marchandise"...)

- Le dimanche 7 août 2011, poussant avec peine sa charrette (il ne peut ni manger ni boire, le ramadan et la loi obligent), il est attaqué par des éléments des forces de "l'ordre" ( la hantise du "petit " peuple qui essaie de survivre grâce à l'informel rudimentaire, l'économie "nationale" étant complètement en panne).

Malmené, insulté, Hamid voit sa marchandise confisquée avec la brutalité qui accompagne ce genre d'opérations.

- Hamid se dirige vers l'arrondissement de la police , pour faire valoir ses droits de citoyen agressé et pillé, pour réclamer justice.
- Traité comme un malpropre, entendant des paroles dégradantes, il constate que son bien est définitivement confisqué. Convaincu qu'il n'y a plus (pour lui ni ses humbles semblables) de justice dans "son propre pays", IL DÉCIDE DE QUITTER DÉFINITIVEMENT CE PAYS ( "son pays" censé lui garantir ses droits de citoyenneté les plus élémentaires). IL S'ARROSE D'ESSENCE ET ALLUME LE FEU. Perdant tout espoir dans la "justice de son pays", Hamid Kanouni s'immole, quitte définitivement sa "patrie" après avoir "rendu son âme " dans un hôpital de Casablanca le lundi soir, 8 août 2011.


« C'est la hogra. Ils m'ont méprisé. Mon gagne-pain est perdu ». C'était la dernière phrase qu'a prononcée Hamid El Kanouni, le vendeur ambulant, qui s'est immolé dimanche soir dans la ville de Berkane (supplément d'information envoyé par un lecteur)
Le cri des humbles nous interpelle!

mardi 1 mars 2011

Fadoua est morte, le Makhzen est bien vivant

Par aboulahab, C.D.J.M., 1/3/2011

Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée.
[V. Hugo]
Fadoua n’était pas une héroïne, elle n’a rien fait dans sa vie qui mérite d’être rapporté. Car Fadoua a mené ce genre de vie banalement misérable, qui aurait pu se prolonger pour ressembler à celles de millions d'autres, pour s'éteindre un jour, victime du manque de lits ou de personnel médical dans un hôpital public.
Fadoua avait sûrement une télé dans cette sorte de construction moyenâgeuse qu’elle devait appeler maison. Elle regardait sûrement ces chaînes nationales, où l’on y évoque à longueur de journée les avancées en matière de développement économique et social, des avancées non chiffrées, pour lesquelles personne n’a été consulté. Faut-il rappeler les irrégularités, connues par tous, inhérentes à ce genre de projets dans le plus beau pays du monde ?
Pendant que le Makhzen était occupé à s'enrichir, à tabasser les Marocains libres, à orchestrer sa propagande médiatique que plus personne ne croit, Fadoua devait attendre patiemment son tour, une charité qui viendra, un jour, au hasard du bon vouloir d’un je ne sais quel responsable, ou je ne sais quelle autre visite royale.
Je n’ai jamais connu la misère. A peine l’ai-je vue. Cet état persistant de faim, du futur incertain, de crainte de cette maladie ou cette calamité qui raflerait le peu d’économies familiales. Et encore, avez-vous déjà essayé de vous faire soigner dans un hôpital public ? Avez-vous déjà eu affaire à un avocat commis d’office pour vous défendre d’une injustice devant une cour de justice aux abois ? Même avec l’argent qu’il faut, même avec les connexions qu’il faut, le marocain peine à trouver une école correcte pour ses enfants, une clinique avec des médecins compétents pour se soigner, et le travail de la justice se réduit souvent à un combat de pots-de-vin et de pistons. Triste réalité.
Fadoua voulait un toit décent. Peut-être une première étape pour se sentir un tant soit peu en sécurité, peut-être avait-elle des projets, un petit commerce, un petit boulot pour que ses enfants échappent au sort terrible que la vie lui a réservé, à elle. Mais un responsable quelque part en a décidé autrement. Sous prétexte que c’est une mère célibataire, donc ne pouvant être chef de famille, elle n’aura pas accès à son logement social, et la destruction de son taudis a été décidée. Elle se retrouve donc à la rue. Avec ses enfants. Elle n’a pas pu le supporter.
Peu avant son geste tragique et spectaculaire, elle fit un discours, une sorte de dernière volonté, “sarqouli berrakti” répétait-elle, avant de s’immoler - On m’a volé mon gourbi. Fadoua aurait pu mettre un terme à ses souffrance plus discrètement, mais ce n’était pas là son objectif. Si elle voulait simplement fuir l’âpre vie, elle aurait mis fin à ses jours d’une manière moins douloureuse. Car c’est bien ce qu’elle voulait : attirer l’attention, fût-elle posthume, de la société sur sa situation. Peut-être espérait-elle que l’affaire soit médiatisée, et que ses enfants bénéficient d’une certaine charité qui les sauverait de la précarité à laquelle sont destinés la plupart de nos compatriotes*. Elle n’a même pas eu, à la fin, droit à une dépêche MAP. Indigne Etat.

“On m’a volé mon gourbi ! ”. Elle n’a pas nommé un responsable. A-t-elle réussi à en identifier un ? Probablement pas. Dans un pays qui respecte ses citoyens, une enquête aurait été diligentée pour donner des noms, punir ceux qui le méritent, pallier à l’incohérence juridique s’il y en a une. Ce n’est pas le cas chez nous, car le responsable est tout un système, celui-même auquel les jeunes du 20 février voulaient mettre un terme. Cet espèce de monstre sans âme porte un nom : le Makhzen.
Un jour viendra, où ça sera au tour du Makhzen se consumer dans les flammes de notre volonté de changement. La situation des Fadoua n’en sera pas améliorée du jour au lendemain, je le concède. Mais la responsabilité ne sera plus celle d’un corps politique abstrait et ubique qui n’oeuvre que pour sa propre survie, mais celle de toute la société, de tous les individus, de tous les sujets désormais citoyens. Et je crois sincèrement qu'une fois leur destinée entre leurs propres mains, les Hommes en font le meilleur usage possible.
* La pauvreté- au sens du PNUD - touche 8.9 millions de marocains. Autant de Fadoua Laroui.
Fadoua Laroui dans la presse internationale :
- Fadoua Laroui: The Moroccan Mohamed Bouazizi - Laila Lalami, The Nation
- One Moroccan Woman's Fiery Protest - The HuffPo
- Dépêche AFP
- RIP Fadoua Laroui : Blog d'AbMoul

samedi 26 février 2011

La vidéo de l'immolation de Fadoua Laroui à Souk Sebt لحظة هروب فدوى العروي وهي تحترق

Souk Sebt, lundi 21/2/2011
Chassée de son gourbi avec ses parents et ses enfants, Fadoua Laroui, 25 ans, s'est immolée devant la mairie de Souk Sebt suite au refus des autorités d'attribuer un logement social. Elle est morte de ses brûlures le mercredi 23 à Casblanca. Á part ça, TVBAM.

lundi 7 février 2011

Tentatives d'immolation en série en Algérie

Sit-in et tentative d’immolation devant le ministère de l’Emploi à Alger
Plusieurs dizaines de jeunes ont organisé dimanche un sit-in devant le ministère du Travail, de l’emploi et de la sécurité sociale pour dénoncer leurs conditions de vie et exiger un travail. Ils se sont rassemblés à l’appel de la coordination des chômeurs du sud du pays et d’un collectif de journalistes cachetiers licenciés de radio El Bahdja. Un député du RCD était également présent sur place pour apporter son soutien et celui de son parti aux manifestants.
Les jeunes, venus de plusieurs wilayas du pays (Ouargla, Laghouat, Chlef…) ont été durement malmenés par les forces de l’ordre venues en grand nombre encercler le bâtiment situé rue Belouizdad, à Belcourt.
Certains ont été tabassés et d’autres ont été interpellés avant d’être relâchés. Les protestataires ont délégué quatre représentants pour rencontrer des responsables du ministère. Ceux restés devant le portail du département de Tayeb Louh ont scandé plusieurs slogans comme « One, two, three où va l’Algérie ? », «Où sont les responsables du scandale Sonatrach ? » « Donnez-nous du travail ! ». Certains ont reproché à des entreprises pétrolières du Sud de ne pas recruter la main d’œuvre locale. « Nous revendiquons une allocation chômage de 50 % du SNMG », ont-ils lancé. Le Salaire national minimum garanti (SNMG) est actuellement fixé à 15.000 dinars.
Vers 13 heures, un jeune a tenté de s’immoler. Il a pris un bidon d’essence avant de lancer : « je vais m’immoler. Celui qui veut me rejoindre peut venir ! ». Mais les policiers et les autres manifestants ont réussi à l’empêcher de passer à l’acte.
Une délégation composée de quatre personnes a été reçue par un responsable du ministère. A leur sortie, vers 13 h 15, ils ont indiqué n’avoir reçu aucune promesse de la part du ministère. Il s’agissait en fait d’un premier contact. 
TSA, Merouane Mokdad et Samia Amine 

Tlemcen : Un agent communal tente de s’immoler par le feu
Nouveau cas de tentative d’immolation par le feu en Algérie. Ce dimanche 6 février, un agent communal, père de trois enfants, a tenté de s’immoler par le feu devant le siège de la wilaya de Tlemcen. O. Ouassini, 48 ans, s’était aspergé de carburant et s’apprêtait à allumer le briquet avant d'être maitrisé in extremis par l’agent de sécurité en poste devant le siège de la wilaya.
L’agent, qui travaillait à la commune de Maghnia, a été révoqué par décision de la direction de la fonction publique de Tlemcen. Par cet acte désespéré, il entendait réclamer sa réintégration à son poste. Il avait auparavant formulé des demandes en ce sens à tous les services concernés de la wilaya de Tlemcen ainsi qu’au directeur de la fonction publique au niveau local, mais en vain.
Ce cas porte à trois le nombre de tentatives d’immolation enregistrées ce dimanche à travers le territoire national. Les deux autres se sont produites à Alger, devant le ministère du Travail et à Boumerdès, à l’intérieur du siège de la wilaya. TSA
Boumerdès : Tentative d’immolation par le feu à l’intérieur du siège de la wilaya
Un jeune de 35 ans a tenté de s’immoler par le feu dimanche 6 février vers 14h30 au siège de la wilaya de Boumerdes pour protester contre le refus des autorités de lui attribuer un logement social. Le jeune s’était présenté à l’intérieur de la wilaya avec un bidon d’essence et a menacé de mettre le feu à son corps, si son problème de logement n’était pas réglé. Les services de sécurité qui sont intervenus rapidement ont empêché le jeune d'aller au bout de son acte. TSA, Feriel Driss

mercredi 2 février 2011

Maroc : Tentative d'immolation collective de 40 professeurs, à Rabat

Le Canard Libéré

Selon le journal digital espagnol ABC de mardi, deux professeurs ont été blessés suite à une immolation par le feu face au Ministère de l'Enseignement à Rabat pour protester contre leurs conditions de travail. "Deux hommes ont été transportés à l'Hôpital Ibn Sina, dans la capitale marocaine et l'un d'eux présente de blessures graves", a dit Hafid Libi, responsable de la Coordination Nationale des Professeurs Volontaires Non-Intégrés, entité qui a organisé la manifestation.
Libi ajoute qu'à peu près 40 manifestants appartenant à cette organisation ont arrosé leurs corps avec de l'essence et au moment où deux personnes ont commencé à brûler, la police est intervenue pour empêcher les autres de le faire", avortant ainsi la tentative d'immolation collective.
"Ces professeurs volontaires ont été renvoyés en 2008, l'État les avait engagés provisoirement en 2005 dans des postes du Ministère de l'Enseignement", souligna Libi, qui a participé à la manifestation. Il ajoute qu'"ils n'ont reçu aucune aide le long de ces trois années de travail, et l'État n'a pas honoré ses promesses de leur faciliter un travail permanent".
ABC ajoute qu'au mois de janvier dernier, deux Marocains ont essayé de se mettre le feu au Maroc, et un troisième cas a été enregistré dans la ville de Smara, au Sahara Occidental. Ce dernier a été enlevé par la police pour éviter la médiatisation de son cas. Il est marié, il a deux enfants et jusqu'à présent sa famille n'a pas de nouvelles de lui. Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc depuis le retrait espagnol en 1975.

samedi 22 janvier 2011

L’Algérie va importer 30 millions d’extincteurs

par Chawki Amari, Chronique Point Zéro, El Watan, 19/1/2011
[Avis aux lecteurs : ceci est une chronique satirique, à lire au second degré. NDLR SOLIDMAR]
Comme une traînée de feu, les immolations se poursuivent à un rythme stupéfiant, comme si les Algériens découvraient l’efficacité de cette spectaculaire forme de contestation et l’utilisaient naturellement, comme on utilise une barque pour partir. A tel point que les autorités ont ouvert des enquêtes et que même le président de la République aurait demandé un rapport détaillé sur ce phénomène. Hier, c’est une femme, la première, qui a tenté de s’immoler par le feu pour un logement, à Sidi Bel Abbès. Comment peut-on en arriver là ? En Tunisie, il y a eu un cas, en Mauritanie, un cas, deux cas en Égypte, et en Algérie, on en est déjà à 8 cas, individuels, 28 si l’on ajoute la tentative collective de ces harraga interceptés par les gardes-côtes à Annaba, qui ont préféré s’asperger de mazout et s’allumer plutôt que d’être attrapés.

Phénomène de mode médiatique ou parce que l’essence n’est pas chère, comme l’a cruellement souligné un farouche opposant aux sacrifices sans lendemain, il faut s’interroger sur cette extraordinaire vitesse de propagation de la méthode, comme si tout le monde s’était donné le mot. Si dans la majeure partie des cas, les tentatives ne se sont pas soldées par la mort, il faudra bien se pencher sur cet étrange peuple, ces Algériens et Algériennes, avec leur rapport avec la mort si particulier et ce sens du panache si déroutant, qui ont font toujours plus que les autres ; pour le nombre de morts dans une guerre d’indépendance, ils sont premiers. Pour le nombre de morts dus au terrorisme, ils sont premiers. Pour le nombre d’émeutes, ils sont premiers et pour le nombre d’immolations par le feu, ils sont d’ores et déjà premiers, avec une bonne longueur d’avance sur tous les autres. On imagine déjà la réponse du gouvernement. Après l’obligation d’avoir un extincteur dans sa voiture, il va obliger tous les piétons à en porter un sur le dos.

dimanche 16 janvier 2011

"Si tu as le courage de Bouazizi, vas-y" : Vague d'autoimmolations par le feu en Algérie حركة المهترقين

La scène se passe samedi matin à la mairie de Boukhadra, une ville minière de la région de Tébessa, dans l'Est de l'Algérie; 23 jeunes sont reçus sont par le maire, qui adopte une attitude hautaine et méprisante. Le dialogue suivant s'engage entre Mohsen Bouterfif, 27 ans, père de deux enfants et le maire :
- Si je n'ai pas de contrat d'embauche à la mine, je me brûle
- Si tu as le courage de Bouazizi, vas-y.
Mohsen sort alors de la mairie, va se procurer de l'essence et s'immole. Le soir même, il décède à l'hôpital d'Annaba. Le wali (préfet/gouverneur) se rend sur place et suspend le maire.
Cet acte s'inscrit dans une liste qui ne fait que s'allonger : cinq jeunes à la recherche de travail et/ou de logement se sont immolés publiquement par le feu en Algérie en moins d'une semaine.
On peut désormais parler de la naissance d'une حركة المهترقين Harakat Al Mouhattariquiine (Mouvement des Immolés) au Maghreb.