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samedi 3 septembre 2011

Indécence

Par Aboubakr Jamaï, lakome, 11/8/2011

Hamid El Kanouni, marchand ambulant, s’est immolé par le feu. Selon ses proches, un policier l’a humilié, frappé et insulté parce qu’il a eu l’heur de se plaindre de la disparition de sa carriole. Son outil de travail qui lui permettait de subsister. L’histoire est familière. Bien sûr. L’histoire Bouazizi au détail près. El Kanouni est décédé de ses brûlures dans la nuit de mardi à mercredi.

Que croyez-vous que L’Economiste, ce quotidien économique porte voix d’au moins une partie de la classe des affaires, a choisi comme sujet pour son éditorial au lendemain du décès du jeune El Kanouni ? Le fléau de l’informel avec « la clochardisation de nos villes envahies par les marchands ambulants ». « Un bon marchand ambulant est un marchand ambulant mort », ose-t-on penser à la lecture de ce sommet de pharisaïsme. Le ton se veut sérieux, responsable. On ne s’apitoie pas chez L’Economiste, on gère. Le message est clair. En gros, vous, Lecteur au cœur tendre, ne vous laissez surtout pas émouvoir par ces histoires de pauvres hères qui se suicident. N’oubliez jamais que ce sont des hors la loi. Et en violant la loi, ils portent atteinte à l’intérêt de la communauté. Mais que fait l’Etat ? Où sont les forces publiques ?

Hamid El Kanouni
Sauf que Hamid El Kanouni commettait l’horrible crime de vouloir survivre, subvenir à ses besoins physiologiques les plus élémentaires. Manger. Par quelle incroyable inversion de valeurs condamne-t-on le pauvre hère qui cherche pitance et ferme-t-on les yeux sur les brigands en col blanc qui siphonnent le pays pour s’acheter une énième résidence à l’étranger, une dernière Porsche ? L’intégrité d’un système de loi est remise en cause lorsque les puissants n’y sont pas soumis en premier.

Où était la sainte colère de ces messieurs-dames de L’Economiste lorsqu’un Majidi s’accaparait à prix modique des terrains des Habous à Taroudant ? Où était leur soif de loi et d’ordre lorsqu’un Hercule C-130 était affrété pour transporter une Aston Martin appartenant au roi se faire réparer en Angleterre ? Où était leur bonne conscience lorsqu’un Sefrioui se bâtissait une fortune en milliards de dollars en empochant des marges de 40% sur de l’habitat social et grâce à la générosité « foncière » de l’Etat? Où était leur vigilante plume lorsqu’un Othmane Benjelloun s‘obtenait une réduction de dettes de presque 500 millions de dirhams en violant allégrement le droit des sociétés dans l’affaire Saida Star Auto ? Où étaient-ils lorsque le « généreux » Abdeslam Ahizoune rachetait à grand frais la moribonde GSM Al Maghrib de l’omniprésent Majidi avec l’argent de Maroc Telecom, donc du contribuable, pour faire plaisir et se rapprocher des nouveaux maîtres du pays ?

En plus d’être moralement corrompu, ce genre d’hypocrisie est politiquement suicidaire. Il faut faire attention, très attention. Il arrivera peut être un moment où la rage suscitée par tant de veules compromissions poussera nos concitoyens à recourir à autre chose que la contestation organisée et civilisée du Mouvement du 20 février.

mercredi 10 août 2011

Le corps de Hamid El Kanouni transporté à Fès, ses amis répondent à la MAP

Par lakome.com, 10/8/2011
 Cercueil de Hamid El Kanouni avant son départ vers la ville de Fès, où il sera enterré.

Le corps de Hamid El Kanouni, le vendeur ambulant qui s’est immolé par le feu dimanche dernier à Berkane, quitte la morgue de Casablanca aujourd’hui. La famille et les amis du défunt sont en train de régler les dernières formalités pour le transporter vers Fès, sa ville natale, où il sera enterré.

« On nous a demandé de payer 3500 dirhams pour payer le cercueil et l’ambulance qui le transportera », nous indique Fayçal, un de ses amis, présent à la morgue de Casablanca, ce mercredi 10 août 2011. « Si Hamid possédait une somme pareille (ndlr : 3500 Dhs), il n’aurait pas brûlé son corps », ajoute son ami.

Selon nos informations, cette somme a été payée par les jeunes du Mouvement du 20 février de Casablanca, qui ont organisé un sit-in devant la morgue en début d’après midi de ce mercredi.

La MAP défend la police...

L’agence Maghreb arab press (MAP) a fini par publier une dépêche dans la soirée du mardi 9 août, où elle nie la responsabilité de la police dans ce drame.

Selon la MAP, les services de police ont été informés, dimanche, d’un échange d’injures suivi d’une réconciliation entre une femme propriétaire d’un four public, sis avenue Mohammed V et un marchand de pain ambulant, à cause d’un litige à caractère civil. « Cette affaire a été consignée dans les registres de ces services après la réconciliation entre les deux parties » précise la MAP qui cite une source policière.

«Après le départ des intéressés du commissariat de police, Hamid Kanouni, a été surpris de constater que sa marchandise a été détruite par un inconnu, ce qui l’a incité à asperger ses vêtements d’essence et d’y mettre le feu sur l’avenue Achouhada », ajoute la dépêche.

« C’est faux », réplique Fayçal, qui a accompagné Hamid dans l’ambulance de Berkane à Casablanca. « Quand Hamid a trouvé sa marchandise détruite, il est revenu au commissariat pour se plaindre. Sauf qu’il a été insulté et giflé par un policier. Il est parti acheter cinq litres d’essence, en a aspergé son corps et mis le feu », explique-t-il. « D’ailleurs, il s’est immolé devant le commissariat et non pas sur le boulevard Mohammed V où il travaille », argumente-t-il.

Derniers mots de Hamid El Kanouni : « Ils m’ont méprisé. Mon gagne-pain est perdu »

Par  lakome.com, 9/8/2011

« C’est la hogra. Ils m’ont méprisé. Mon gagne-pain est perdu ». C’est la dernière phrase qu’a prononcée Hamid El Kanouni, le vendeur ambulant, qui s’est immolé dimanche soir dans la ville de Berkane. Ces propos ont été rapportés par un de ses amis l’ayant accompagné dans l’ambulance, lors de son dernier voyage à Casablanca.
« Hamid a perdu connaissance après qu’on lui ait administré un calmant dans l’ambulance. Quand on s’est approché de Casablanca, il a retrouvé ses esprits. Mais il a prononcé des mots inaudibles. Mais j’ai pu comprendre qu’il disait : « Ils m’ont méprisé », « je suis brûlé » « il est où Hicham» », nous informe son compagnon dans une déclaration à Lakome.com.

Par la suite, Hamid a perdu connaissance une deuxième fois, avant de succomber à ses brûlures le lendemain, mardi 9 août 2011, à 7 heures du matin.

Selon son ami, Hamid vendait du pain sur une carriole depuis le début du mois de ramadan, sur le boulevard Mohamed V à Berkane. Le dimanche 7 août, en fin de journée, il a été surpris par une voiture de police, arrivée à la demande de la propriétaire de la boulangerie située sur le même boulevard.

« La police a soutenu la boulangère, et un des policiers lui a saisi sa carriole. Il a aussi été giflé et insulté. Il s’est senti humilié, donc il est parti devant le commissariat de la ville, s’est aspergé d’essence et a mis le feu à son corps », raconte son ami d’une voix tremblante.

Mustapha El Kanouni, frère du défunt Hamid El Kanouni, a affirmé dans une déclaration à Lakome.com, que les autorités locales ont proposé à la famille d’enterrer le corps à Casablanca au lieu de le faire à Fès, où vit sa famille. « Les autorités veulent éviter toute forme de protestation lors des funérailles», ajoute Mustapha El Kanouni, depuis le Centre hospitalier Ibn Roshd de Casablanca, ce mardi 9 août 2011.

Des militants associatifs et politiques ont organisé une manifestation devant le siège régional de la Sûreté nationale pour exiger l’ouverture d’une enquête par le Procureur du roi. La ville a vu l’arrivée massive de forces de maintien de l’ordre en prévision de mouvements de protestation plus importants. " Dès l'annonce de la mort de ce jeune, le Mouvement du 20 février a appelé à une manifestation populaire à Berkane le soir du 9 août 2011", explique Abderrahim Seddiqi, président de la section locale de l’AMDH (Association marocaine des droits de l’Homme).

Contacté par Lakome.com, un autre militant des droits de l’Homme de Berkane a affirmé que le Procureur avait entamé un dialogue avec le groupe de militants qui organisait la manifestation. Il aurait promis d’ouvrir une enquête.

http://fr.lakome.com/politique/42-actualites-politique/635-dernier-mots-de-hamid-el-kanouni-l-ils-mont-meprise-mon-gagne-pain-est-perdu-r.html#comments