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jeudi 3 mars 2011

Maroc: l'ex-officier supérieur Kaddour Terhzaz gracié par le roi

Par AFP, 2/3/2011
RABAT - L'ancien numéro deux de l'armée de l'air marocaine Kaddour Terhzaz, condamné en 2008 à 12 ans de prison pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat", a été gracié mercredi par le roi Mohammed VI, ont annoncé sa famille et une source gouvernementale.
L'ex-colonel, qui a également la nationalité française, avait été condamné pour avoir divulgué des informations confidentielles relatives à la guerre entre le Maroc et le Front Polisario à la fin des années 70. "Il vient d'être libéré, il s'agit d'une grâce royale", a déclaré à l'AFP sa fille Sonia.
L'information a été confirmée de source proche du gouvernement. "Il a été gracié par le roi suite à la demande de sa famille", a indiqué un responsable gouvernemental sous couvert d'anonymat.
Kaddour Terhzaz, âgé de 73 ans, a pu quitter mercredi après-midi la prison de Salé, près de Rabat, a précisé sa fille.
M. Terhzaz avait été condamné le 28 novembre 2008 à Rabat par le tribunal militaire permanent des Forces armées royales marocaines à 12 ans de réclusion pour "atteinte à la sûreté externe de l'Etat en divulguant un des secrets de la défense nationale" à une partie "non qualifiée".
Plus de 150 députés européens, de différents pays et de tous les groupes politiques, avaient adressé en novembre une lettre au roi Mohammed VI pour l'appeler à "gracier Kaddour Terhzaz".
Il lui était reproché d'avoir transmis en 2005 à un capitaine de l'armée de l'air, Ali Najab, une copie d'un courrier écrit à l'intention du roi, où il mentionnait l'absence de systèmes antimissiles à bord des avions utilisés par le Maroc dans le conflit avec les forces du Front Polisario, en lutte pour l'indépendance du Sahara occidental.
Ce conflit avait éclaté en 1975 après l'annexion par le Maroc de l'ancienne colonie espagnole.
En juin 2010, la famille du colonel Terhzaz avait "sollicité" la grâce du roi Mohammed VI", soulignant qu'il avait "toujours soutenu de manière inconditionnelle le Maroc et le roi".
Cette libération "lui a rendu justice et a mis fin aux conséquences du procès militaire exceptionnel qui a entaché l'image de la justice", a commenté mercredi Me Abderrahim Jamaï, l'un des avocats de Kaddour Terhzaz.
Des organisations de défense des droits de l'Homme, dont Human Rights Watch, avaient également pris la défense de l'ex-officier et demandé sa libération en estimant que son procès n'avait pas été équitable.

vendredi 17 décembre 2010

Maroc : Kaddour Terhzaz, le prisonnier de Sa Majesté Mohammed VI

Par Hassane Zerrouky, l'Humanité, 15/12/2010
Condamné à douze ans de prison pour avoir écrit une lettre au souverain marocain concernant des militaires ex-prisonniers du Polisario, l’ancien colonel-major est en danger de mort.
Jointe par téléphone, Sonia Terhzaz, vingt-sept ans, est inquiète. Son père, le colonel-major Kaddour Terhzaz, condamné en novembre 2008 à douze ans de prison pour divulgation de « secrets militaires », risque de dépérir dans la prison de Salé, à Rabat. Il a été placé à l’isolement, dormant à même le sol, sans repas chauds, sans douche. Son crime ? Avoir écrit une lettre au roi Mohammed VI, en 2005, exposant la situation d’anciens officiers-pilotes libérés par le Front Polisario après vingt ans de détention, et dans laquelle il demandait un ajustement de carrière compte tenu du fait que leur grade a été gelé durant cette période. Arrêté le 9 novembre 2008, l’officier est condamné, sans qu’il ait bénéficié d’un temps suffisant pour assurer sa défense.
En dépit d’une lettre adressée au souverain marocain et signée par 150 députés européens, dont Patrick Le Hyaric, d’une cinquantaine de demandes de grâce envoyées par la famille de l’ex-officier, d’interventions multiples d’ONG de défense des droits de l’homme – Amnesty International, Human Rights Watch, AMDH (Maroc) – et d’une pétition signée par de nombreuses personnalités, dont le journaliste et écrivain Gilles Perrault, les autorités marocaines continuent à faire la sourde oreille. 
Quant à la France – Kaddour Terhzaz étant franco-marocain –, elle a adopté la posture de l’autruche, qualifiant la situation de « délicate, compliquée », alors que, par ailleurs, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à s’investir personnellement pour la libération du… soldat israélien Shalit, prisonnier du Hamas !
Le cas du colonel Terhzaz, qui s’ajoute à de multiples violations des droits humains, comme ce journaliste condamné à plusieurs années de prison pour avoir évoqué la santé du roi, n’a pas empêché l’UE d’octroyer sans rechigner le « statut avancé » au Maroc !

lundi 29 novembre 2010

Tous ensemble pour réclamer la libération du colonel major Terhzaz

Ayad Ahram, ASDHOM, 26/11/2010
Le colonel major Kaddour Terhzaz est toujours incarcéré à la prison Zaki de Salé. Il purge une peine de douze ans après avoir été condamné pour « divulgation d’information relevant du secret défense ». Son procès expéditif était entaché de plusieurs irrégularités. L’ASDHOM réclame haut et fort sa libération.
Pour plus d’éléments sur cette affaire, je vous prie de visualiser la vidéo suivante qui retrace un peu toutes les actions menées par sa famille, soutenue par les associations des droits de l’Homme dont l’ASDHOM.

Cordialement,

vendredi 22 octobre 2010

Maroc-Affaire du colonel-major Kaddour Terhzaz : Les avocats reviennent à la charge

Par Khadidiatou Diop, Aufait Maroc, 21/10/2010
Le 28 novembre prochain, l'ancien colonel-major Kaddour Terhzaz aura passé deux ans derrière les murs de la prison de Salé pour avoir révélé “un secret de Polichinelle” de l'avis de ses avocats et “un secret défense” selon l'accusation. Aux côtés de sa famille, Me Jamai et Me Bourdon étaient mercredi à Rabat au siège de l'AMDH où ils se sont publiquement exprimés sur cette affaire.
Me. Abderrahim Jamai, avocat./DR

Avocat au barreau de Paris, Me Bourdon affichait une mine dépitée, visiblement contrarié de n'avoir pas pu rencontrer son client à son arrivée “malgré les assurances écrites et orales” qu'il dit avoir reçues.
“Je pense que c'est de la part de ceux qui ont pris la responsabilité de m'interdire de voir mon client une erreur. Il aurait été au contraire ingénieux et intelligent de me permettre de le voir pour témoigner peut-être du fait qu'il recevait les soins adaptés à un état de santé dont on sait qu'il se dégrade.”
Maître William Bourdon
De son côté, on pouvait noter de l'indignation et de la colère dans les propos et la gestuelle de Me Abderrahim Jamai qui n'a pas fait dans la dentelle pour exprimer son exaspération face à “l'acharnement” dont fait l'objet son client, le colonel Kaddour Terhzaz condamné à 12 ans de prison pour “violation du secret défense”.
Pointant le communiqué du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, daté du 16 mai dernier, qui reprochait, entre autres, à Terhzaz d'avoir “volontairement procédé à la destruction de biens publics avant de quitter le domicile de fonction que l'État avait mis à sa disposition (...). Arguant de la double nationalité de ce dernier, la famille a engagé une campagne indigne de dénaturation volontaire de la vérité”.
A propos de ce communiqué, Me Jamai s'indigne:
“Il fait l'objet d'attaques même des responsables du gouvernement. C'est honteux qu'un gouvernement puisse avancer des choses comme ça.”
Les avocats ont entamé en juin une procédure de rétractation “qui consiste à attaquer la décision de la Cour Suprême qui a confirmé le jugement du tribunal”.
Chacun de son côté et avec la famille du colonel, Me Jamai et Bourdon ont également entrepris des démarches au plus haut niveau des États marocain et français en vue de la libération du colonel âgé de 73 ans.
En France, Me Bourdon a “sollicité une rencontre avec le président Sarkozy” dans une lettre le 30 septembre dernier et attend une réponse. Me Jamai a pour sa part, avec la famille du détenu, soumis auprès du Roi une demande de grâce et ne désespère pas de la voir aboutir.
Eric Goldst
"Tous les éléments montrent que le procès du colonel Terhzaz n’était pas équitable. Les raisons de cet acharnement se trouvent en dehors du dossier d’accusation. Notre organisation demande sa libération pure et simple et l'annulation de sa condamnation.”
Sonia Terhzaz
Cependant, demander la grâce royale ne serait-il pas implicitement reconnaître la validité des charges retenues contre le Colonel-major? “Il y a des priorités” a répondu à cela Me Bourdon évoquant l'âge et l'état de santé du Colonel. Pour Me Jamai, il s'agit “heureusement” d'une institution distincte qui a le pouvoir de faire recouvrer la liberté à son client et sans délai.
Interpellée sur l'état de santé de son père, Sonia Terhzaz qui multiplie les actions en faveur de la libération de l'ancien officier, a souligné que l'état de santé de celui-ci s'était quelque peu amélioré après un été de “grosses frayeurs”.

jeudi 10 juin 2010

Famille Terhzaz : Conférence de presse Rabat le 8 juin 2010


L’honneur intact de Kaddour Terhzaz

Par la famille Terhzaz, Rabat, 8/6/ 2010
La famille de Kaddour Terhzaz a décidé d’organiser cette conférence de presse pour démentir formellement toutes les allégations et insinuations contenues ces dernières semaines, dans le communiqué du ministre de la communication ainsi que dans quelques organes de presse marocains.
Cependant, la famille continue aujourd’hui, plus que jamais, à demander respectueusement la grâce de Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, pour Kaddour Terhzaz, un homme âgé de 73 ans et condamné à 12 ans de prison.
Nous avons été profondément choqués et indignés de voir à quel point on a cherché à salir l’honneur du Colonel Major Kaddour Terhzaz. Le communiqué, ainsi que de nombreux articles, ont délibérément tenté de nuire à la réputation de cet homme.
Nous, la famille de Kaddour Terhzaz, avançons à visage découvert, en citant nos sources et en déployant nos preuves, contrairement à nos détracteurs.
Il est clair que toutes ces dernières allégations se sont radicalement éloignées du premier motif de sa condamnation. On cherche à détourner l’attention des lecteurs, attention qui était focalisée sur le jugement, terriblement injuste, soit, pour accuser désormais le colonel de tous les maux. Ses détracteurs n’ont pas hésité à donner des informations inexactes, dont les sources, ne sont, bien entendues, pas citées.
On se demande pour quelle raison, ces allégations non justifiées ont été diffusées dans la presse. Pourquoi inventer tous ces mensonges suite au communiqué du gouvernement alors que, jusque là, ne paraissaient dans la presse que des articles de soutien au Colonel Major, ou bien que des analyses dans la presse qui cherchaient avant tout à faire la lumière sur cette affaire, en se basant strictement sur le jugement et sur les propos de nos avocats ?
- Le témoignage de Ali Najab :
Il est clair que le communiqué de Ali Najab repris par l’AFP, le mercredi 2 juin, est plus que surprenant. Cette dépêche nous a complètement ébranlés d’autant plus qu’Ali Najab nous avait toujours soutenus jusque là. Ali Najab est venu voir Kaddour Terhzaz, à sa libération en 2003 pour lui demander de l’aide. Les deux hommes s’appréciaient et s’estimaient beaucoup. Quelques mois avant l’arrestation de Kaddour Terhzaz, en 2008, Le capitaine avait même été invité au mariage de son fils Selim Terhzaz le 15 avril 2008. De même, quelques organes de presse avaient questionné Ali Najab sur l’affaire du colonel Major Terhzaz, au sujet de cette affaire, et il avait toujours, jusque là, témoigné en faveur du Colonel. La famille est en possession même de propos tenus par le capitaine suite à l’arrestation de Kaddour Terhzaz, propos où il nous promettait d’agir pour aider le Colonel Terhzaz, et où il nous assurait qu’il allait entreprendre des actions, mobiliser son association. Il avait même dit : « On fera de votre père un héros ».
Il est très important de rappeler que c’est suite à la sollicitation d’Ali Najab, que le colonel major Kaddour Terhzaz a pris la responsabilité d’écrire cette lettre, à but noble, au profit des anciens prisonniers marocains détenus à Tindouf. La famille possède d’ailleurs un document signé par les deux parties: signé par Mr Najab et Mr Kaddour Terhzaz, scellant leur accord. Dans ce document, Kaddour Terhzaz déclare donner "son appui nécessaire pour lui permettre de récupérer ses droits légitimes avec réparation des préjudices de carrière subis durant 25 années de captivité chez l'ennemi".
Comment Ali Najab aurait-t-il pu, de son propre gré, accuser le Colonel Major Terhzaz de divulgation de secrets militaires sachant qu’il avait lui même sollicité l'aide à l'envoi de cette missive et qu'il en connaissait bien entendu parfaitement son contenu? Le colonel Major Terhzaz, a décidé alors, bien qu'à la retraite depuis 15 ans, en sa qualité d’ancien chef hiérarchique, d’appuyer la requête d’Ali Najab ainsi que celle des nombreux autres officiers, anciens détenus du Polisario. Comment peut –on parler de divulgation d’informations militaires puisque la lettre était adressée à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef Suprême des Armées et chef d’Etat Major général ?  La copie de cette lettre avait été remise à Ali Najab, sachant que le capitaine Najab connaissait parfaitement le fameux secret que contenait la lettre, à savoir le sous équipement des avions, puisqu' il pilotait lui- même ces avions! Il ne s’agit pas du tout d’une affaire de violation de la réglementation militaire, par divulgation d’informations classées secret défense. Et il est très facile de le prouver: en effet, cette soi- disant divulgation d’informations militaires secrètes avait déjà été faite, justement par Ali Najab, un an avant l’envoi par Terhzaz de la lettre à Sa Majesté le Roi, par Ali Najab, dans le quotidien "Aujourd'hui le Maroc" daté du 7 mai 2004. Voici les termes exacts de cet article: « Ce qui a dû vraisemblablement se produire, c'est qu'un premier réacteur a pris feu accidentellement. Ensuite, un missile a été envoyé et il est venu droit sur l'avion, parce que le réacteur en feu constituait une source de chaleur très importante qui l'a aisément guidé jusqu'à l'avion. A l'époque, nos avions n'étaient pas équipés d'anti-missiles. Les deux réacteurs en feu: le F 5 n'étaient plus contrôlables. Il fallait que je m'éjecte ». D’ailleurs la lettre de Human Rights Watch démontre la nullité de cet acte d’accusation en se basant sur ce témoignage antérieur à l’envoi de la lettre par Kaddour Terhzaz datée, quant à elle, du 14 février 2005.
Le fondement même de toute cette affaire est donc complètement erroné, voire absurde.
Ainsi donc, qui a révélé le secret en premier ? Ali Najab reconnait lui même dans un entretien qu’il a eu avec la famille Terhzaz, juste après la condamnation du colonel Major en Novembre 2008, qu’il avait lui-même révélé cette information à plusieurs reprises.
Abordons maintenant la question du soi- disant "temps de guerre». Le capitaine n'est absolument pas habilité, ni lui ni quiconque, à décréter si le Maroc est officiellement en guerre contre le front Polisario. Selon le communiqué de Human Rights Watch " Le tribunal a jugé que le crime de M. Terhzaz avait eu lieu en temps de guerre, rejetant l'argument selon lequel le cessez-le-feu entre le Maroc et le Polisario en vigueur depuis 1991 signifiait que le pays n'est depuis plus en état de guerre. Ce n'est certainement pas au capitaine Najab de décréter si le Maroc est en guerre.
De même lors du procès, les droits de la défense ont été bafoués à plusieurs reprises mais le plus significatif, le plus grave et le plus « étrange » c'est que le capitaine Najab, le témoin principal à décharge, n’a même pas été appelé à témoigner. Pourtant, le jugement indique bien que la divulgation du secret militaire concernait l’envoi de la copie de la lettre à Ali Najab. Pourquoi n’a-t-il pas été appelé à la barre malgré la demande formulée par les avocats de la défense ? Pourquoi cacher son témoignage ? De plus, si les faits énoncés par Ali Najab s’étaient avérés vrais, selon lui, pourquoi ne s’était-il pas manifesté auparavant pour clarifier sa position ? On se demande s’il y a un lien de cause à effet entre le communiqué du gouvernement et l’acharnement médiatique dont fait l’objet la famille du Colonel Major et enfin avec ce communiqué tardif du capitaine Najab. Qui y a-t-il derrière ce revirement soudain de position ? Quelle est la légitimité d’Ali Najab pour justifier la condamnation de Mr Terhzaz ?
L’affirmation selon laquelle «Un officier est tenu à l’obligation de réserve et au secret-défense qu’il soit en service ou à la retraite» s’applique donc en priorité à l’officier Najab qui a divulgué officiellement ces secrets dans la presse avant l’envoi de la lettre de Monsieur Terhzaz. Le Colonel Terhzaz, quant à lui n’a jamais divulgué le contenu de cette lettre dans la presse. D’ailleurs ce fait est très facile à démontrer. "
La campagne médiatique de la famille Terhzaz :
- Sachez qu’il n’y a nulle menace, nul chantage de la part du Colonel Major et de sa famille : Nous ne faisons que clamer la vérité. Nous condamnons l’injustice de ce jugement et c’est pour cette raison que nous avons demandé de l’aide à toutes les personnes, tous les organismes qui croient au respect de la dignité humaine.
Monsieur Terhzaz fait partie de ces hommes dont la dignité est injustement bafouée.
Pensez vous que nous allions accepter cette condamnation sans rien faire ? Nous avions déjà attendu un an. Un an, c’est déjà bien trop lorsqu’un homme est innocent. Kaddour Terhzaz a 73 ans , nous n’avons ainsi pas d’autre choix que de porter cette affaire à la connaissance de tous. Certaines personnes nous disent que notre campagne médiatique n’a fait que braquer les autorités marocaines et a donc été contre productive. Nous pensons que cette réaction de la part des autorités s’explique par l’ampleur de nos actions et le soutien qu’on nous a manifesté. Car que se serait-il passé si nous n’avions rien fait ? Nous aurions attendu une deuxième année, troisième année sans que Mr Terhzaz soit libéré ? Quoi de plus normal pour sa femme et ses enfants, de chercher du secours ?
Qui peut jeter la pierre à une famille aimante, bouleversée par ce qui arrive à son mari et père, d’aller à la rencontre de tous ceux qui pourraient , de près ou de loin, la conseiller, la réconforter et l’appuyer dans ses démarches ?
Il est vain, et honteux, d’essayer de ternir l’image que tant et tant de personnes ont de Kaddour Terhzaz : celle d’un homme droit, fidèle et courageux.
Cette médiatisation a été entreprise un an après la mise en détention de Kaddour Terhzaz. La famille a attendu un an durant. Une longue année à espérer être reçue ou entendue par quelqu'un du gouvernement. Mais nos efforts furent vain. Nous n'avons eu de cesse de réitérer ces démarches. On nous aurait répondu, on nous aurait demandé de patienter, il en aurait été autrement. Certaines personnes pensent qu'il faudrait se taire et attendre et nous comprenons leurs propos. Nous avons d'ailleurs attendu une année entière. Mais combien de temps devions nous encore attendre? Vous savez que Kaddour Terhzaz a 73 ans ! Vous savez qu'il y a des pays qui ne condamnent pas une personne à une peine de prison après 70 ans. Les jours nous sont comptés. Nous n'avons donc pas d'autre alternative.
- les allégations dans la presse :
Nous avons été particulièrement choqués par certains articles lesquels ont lancé de nombreuses polémiques complètement absurdes. Tout d’abord, la première rectification à faire dans ces articles : La fille du Colonel Major Kaddour Terhzaz n’a jamais rencontré Claude Guéant en encore moins Daniel Shapiro. Ces informations sont complètement fausses. Pourquoi donner de fausses informations ? Ces affirmations mensongères traduisent une volonté délibérée de détourner de la vérité pour calomnier une personne. A en croire le communiqué, le Colonel Major serait donc, depuis plus de trente ans, « à la solde de Paris, de Washington … et de Tel Aviv ». Quelle extravagance! Comment oser porter de telles accusations. Quelles sont les fondements de ces allégations ? Il n’y en a aucun. Ce ne sont que mensonges et dissimulations. Pourquoi, alors, Le Colonel major n’aurait-il été arrêté qu’en 2008 ? S’il avait trahi son pays, il aurait été condamné bien avant ou serait passé devant un conseil disciplinaire ? Certaines personnes ont pris l’incroyable liberté d’écrire que l’obtention par Mr Terhzaz de la Légion d’Honneur française et de la Légion of Merit américaine justifieraient la théorie selon laquelle le colonel major serait un espion pour les services français et américains!!! Or, tous les autres officiers supérieurs marocains ont aussi été décorés de ces deux distinctions: sont-ils donc eux-aussi de dangereux espions? D’ailleurs c’est Sa Majesté qui doit donner son accord pour qu’un officier marocain reçoive une décoration étrangère. C’est donc feu Sa Majesté Le Roi Hassan II qui avait accepté que Kaddour Terhzaz soit décoré de la légion d’honneur française, de la legion of merit et de la gran cruz espagnole. D’ailleurs l’article oublie bien évidemment qu’il avait été décoré en 1963 de la Croix de Guerre de la "Guerre des Sables" . Ainsi donc, la seule vraie raison est beaucoup plus simple : Monsieur Terhzaz, comme un journaliste l’a d’ailleurs écrit à plusieurs reprises, était un « brillant Colonel », reconnu pour ses compétences, sa clairvoyance et son efficacité. D’où ses médailles.
Feu sa Majesté Le Roi Hassan II ne s’y était d’ailleurs pas trompé puisqu’il lui faisait totalement confiance, lors du conflit en Zone Sud, et lui parlait régulièrement. Plus d’un haut militaire pourra le certifier. C’est là probablement l’origine de la jalousie et du désir de vengeance qui se manifestent aujourd’hui.
Pour cette raison, et par le souci permanent du Colonel Major d’œuvrer pour le bien de son pays, par intégrité et par désintéressement, il dérangeait certains hauts gradés toujours en place.
Nous savons tous que quelqu’un de brillant, et qui réussit, comme lui, suscite de l’envie : c’est parfois la rançon de la gloire.
Certains journaux ont cherché à lier l’affaire Ben Barka à celle de Kaddour Terhzaz. Si l’affaire n’était aussi grave, on pourrait qualifier ces accusations de risibles et de grotesques. La famille du Colonel Major ne se laissera pas déstabiliser, ni intimider par cette tentative de falsification totale de la vérité.
Oser écrire que « Le Colonel Terhzaz dispose d’informations très confidentielles et hautement sensibles qui peuvent mettre en difficulté d’un seul coup les français, les américains et les israéliens » !! est très grave. Monsieur Terhzaz serait donc l’Homme qui pourrait faire tomber ces trois puissances : c’est surréaliste. Si tel était le cas, que craindrait le Maroc ? Si tel était le cas, il n’aurait jamais reçu aucune décoration.
Nous démentons également les rumeurs selon lesquelles le colonel Major aurait mis sur écoute le général Kabbaj. Encore une fois, ce sont des rumeurs qui n’ont absolument aucun fondement. S’il avait commis un tel délit, il aurait immédiatement été sanctionné. Ces rumeurs ont été colportées par des personnes mal intentionnées. De toute façon, on sait bien à quel point les rumeurs vont bon train et sont, pour la plupart complètement erronées.
Enfin, quel amalgame irresponsable ! Il est question, au sujet du cas de Kaddour Terhzaz, pêle-mêle et sans discernement aucun, de Mitterand, Giscard d’Estaing, de Nixon, Ford et Carter, de Tel Aviv, de Ben Barka, de Tazmamart, de Guéant, Shapiro…
Il est même écrit, erreur énorme parmi tant d’autres, que le Colonel Major avait été prisonnier du Polisario!!!
Les multiples maladresses et contradictions de tous ces articles les rendent, heureusement, bien peu crédibles à toute personne avisée.
En guise de conclusion, le Colonel Major lui-même répond : « Pour moi, il n’y a qu’une fidélité, celle attachée à mon pays, Maroc bien aimé, et à son Roi Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste. J’ai toujours respecté la devise du Maroc, Dieu, la Patrie, le Roi, avec la rigueur et la droiture qui me sont coutumières. J’ai ma conscience pour moi. »
Au-delà de la justice des hommes, parfois fragile et toujours éphémère, il existe une Justice Immanente, Eternelle, et elle rendra son honneur, si tant est qu’il est écorné, et sa liberté, à Kaddour Terhzaz, envers et contre tous.
- Sur la question de la double nationalité :
En ce qui concerne sa double nationalité: Il a obtenu la nationalité française deux ans après sa mise à la retraite. C’est par amour pour sa femme, et pour ses enfants qu’il a fait cette demande. On peut avoir une double nationalité sans être pour autant un traître à son pays. Pourquoi faire des insinuations sur ce point, alors que cela n’a strictement rien à voir avec la condamnation de Kaddour Terhzaz ? Sa femme Annie Terhzaz, quant à elle, a bien pris la religion musulmane lorsqu’elle a épousé Kaddour Terhzaz. Alors pourquoi Kaddour Terhzaz, ne peut-il pas avoir la double nationalité ? Ils se sont mariés par amour, en 1961, lorsque Kaddour Terhzaz était en stage de navigation aérienne à Toulouse. Cela va faire bientôt 50 ans qu’ils sont mariés. Mme Terhzaz, qui vit au Maroc depuis 1961, n’a pas manqué un seul jour de visite depuis 19 mois! Elle vient tous les jeudi matin retrouver son mari, l'assister et le réconforter, lorsqu' elle a l'autorisation. Nous ne permettrons à quiconque d’oser utiliser le prétexte de la nationalité de son épouse pour ternir l’image de Kaddour Terhzaz. D’ailleurs, comme chacun le sait, d’autres officiers supérieurs ont la double nationalité.
- Sur la question du soutien étranger :
Nous n' aurions jamais sollicité de soutiens étrangers si Kaddour Terhzaz avait eu toutes les garanties d’un procès équitable. C’est un sujet qui concerne les droits de l’homme et qui par conséquent implique tout pays soucieux de faire respecter les droits de l’homme. La mobilisation peut se faire partout dans le monde, partout où il y a des personnes qui ont une éthique élevée.
L’allusion au « protectorat », contenue dans un article de journal, est insultante pour le Maroc lui- même, et complètement hors de propos.
Kaddour est notre père. Notre père à tous dans sa souffrance. Il a 73 ans. Il est en danger de mort! Lui qui a tant fait pour son pays se retrouve traité comme un paria. Jamais nous ne permettrons que quiconque salisse son honneur.
Faudrait-il juste qu’on laisse, en toute impunité une injustice et attendre 12 ans sans se manifester ?
Ses conditions de détention sont extrêmement difficiles. Après une année passée dans une cellule classique, il a été subitement placé, sans aucune raison, dans une cellule d’isolement. Depuis le 30 novembre 2009, donc, il a été soumis à diverses pressions psychologiques ainsi qu’à une grande détérioration de ses conditions matérielles: il dort sur une banquette en ciment au ras du sol, dans un semi couloir traversé par les courants d’air. Il est sans cesse surveillé, comme le pire des criminels.
De toute façon, il y aura toujours des détracteurs à notre cause. Chacun a le droit d’exprimer son opinion. Nous exprimons la nôtre tout simplement, sauf que beaucoup de gens, d’organisations, de personnalités la partagent. Voilà tout.
- Concernant la mise à la retraite :
Kaddour Terhzaz a été mis à la retraite de façon tout à fait normale à l’âge de 58 ans pour limite d’âge. C’est d’ailleurs la limite d’âge réglementaire. De nombreux officiers supérieurs sont partis à la retraite à cet âge. S’il avait commis la moindre faute professionnelle, il aurait été déféré devant des tribunaux ou serait passé devant un conseil disciplinaire. Le Roi a toujours accordé sa confiance au Colonel Major Terhzaz. Il est parti à la retraite pour honnêteté et compétence. Juste avant sa mise à la retraite, il a été reçu par Son Altesse Royale, le prince héritier Mohammed VI, que Dieu l’assiste, dans sa résidence des Sablons, pour lui affirmer sa confiance royale.
- Pour la vérité :
Toutes ces récentes insinuations cherchent à faire de l’ombre à ce grand homme qui se retrouve aujourd’hui victime d’un règlement de comptes. Par tous ces communiqués, on a cherché à se détourner de la vérité. La vérité, c’est qu’un homme innocent a été condamné à 12 ans de prison pour avoir écrit une lettre à Sa Majesté, Chef Suprême des Forces Armées Royales, que Dieu l’assiste, le 15 février 2005 et avoir remis la copie à Ali Najab.
Si on s’en tient strictement au jugement rendu Au Nom de Sa Majesté, le 28 Novembre 2008. Kaddour Terhzaz aurait été « Accusé d’avoir commis, depuis un temps non frappé de la prescription pénale, le crime d’atteinte à la sûreté externe de l’Etat en divulguant un des secrets de la défense nationale et ce conformément aux articles 187 et 192 du Code Pénal et de la loi 2.71 en date du 26/07/1971 » .
« le Tribunal Militaire Permanent des Forces Armées Royales a jugé publiquement et définitivement à la majorité des voix prévue par l’article 100 du Code de Justice Militaire en condamnant l’accusé pour les faits qu’ils lui sont reprochés à douze ans (12) de réclusion ferme et de lui faire supporter les frais sans obligation et a demandé la destruction de la copie de la lettre »
Le jugement parle bien d’une lettre. Or le communiqué du gouvernement estime qu’il « Il n'a pas été condamné pour le motif avancé d'une soi-disant lettre qu'il aurait soumise à la Très Haute Attention de Sa Majesté le Roi sur les conditions de détention en Algérie des prisonniers de guerre marocains dans le contexte du conflit sur le Sahara marocain. Il s'agit là d'une totale aberration ». 
Or dans le jugement, il est marqué
2) « Est-il exact qu’au cours de l’année 2007 le prévenu a-t-il remis au capitaine Najab une lettre écrite par lui et dont l’original a été adressé au Chef Suprême et Chef des Forces Armées Royales ? »
OUI
Il est donc bien question d’une lettre. Kaddour Terhzaz a bien reconnu la lettre qu’il avait lui-même écrite.
3) « Est-ce que la lettre précitée contient des informations selon lesquelles les avions de guerre des Forces Armées Royales (Forces Royales Air) n’étaient pas équipés d’anti-missiles ? »
OUI
Voici donc, selon le jugement, le fameux secret divulgué par le colonel Terhzaz à Ali Najab. Pourtant Ali Najab était un pilote. Il savait bien que les avions qu’il pilotait n’étaient pas pourvus de système de protection anti missiles. C’est une évidence. De plus il avait déjà révélé ce secret un an avant dans la presse dans : Aujourd’hui le Maroc le 7 Mai 2004, alors que la lettre de Kaddour Terhzaz datait du 14 février 2005.
6) « Le prévenu a-t-il divulgué ce secret, si la cour le considère comme tel, au nommé Najab ? »
OUI
7) « Le nommé Najab a-t-il le droit de connaître ce secret ? »
NON
Ainsi donc, Ali Najab n’était pas supposé connaître ce secret alors qu’il l’avait déjà rendu public dans la presse un an avant. Ou est la logique ?
8) « Sa qualité d’ancien militaire lui donne-t-elle le droit de connaître ce secret ? »
NON
Le dénommé Ali Najab, n’était plus habilité à connaître ce secret parce qu’il avait été mis à la retraite en 2003 et devenait de ce fait un civil. Dans ce cas, Kaddour Terhzaz, qui avait été mis à la retraite en 1995, n’aurait pas du être condamné par un tribunal militaire. Il aurait, lui aussi, du être considéré comme un civil. D’ailleurs lorsque la famille Terhzaz, le 2 août 2009, est allée voir le général Bennani pour lui demander des explications concernant cette condamnation, le général Bennani a répondu que cette affaire ne relevait pas de sa juridiction parce que Kaddour Terhzaz avait été jugé comme un civil. Tout cela est complètement absurde. Pourtant c’est bien le général Bennani, Inspecteur Général des Forces Armées Royales qui a déposé la plainte à l’encontre de Kaddour Terhzaz.
11) « Y a-t-il des circonstances aggravantes ? »
OUI
12) « Est-ce que ces circonstances consistent au fait que le Royaume est en guerre ? »
OUI
Apparemment, le Maroc serait officiellement en guerre avec le Polisario. Il y a pourtant eu un cessez le feu officiel sous l’égide de l’ONU en 1991 mais, cette résolution ne s’est pas appliquée dans le cas de Kaddour Terhzaz qui a ainsi été condamné à une peine maximale : 12 ans de prison. Comme le soulignait notre avocat, Maître Abderrahim Jamai : « Seul le roi à le pouvoir exclusif de le faire en tant que chef suprême des forces armées royales ; il est le seul investi constitutionnellement de ce pouvoir de décréter l’état de guerre et de dire si le Maroc est menacé dans ses institutions. Tout le monde, sait y compris les juges du tribunal militaire que les autorités suprêmes n’ont déclaré aucune guerre contre un quelconque Etat et que le Maroc dans l’affaire du Polisario partait à la chasse des rebelles et des malfaiteurs et il n’était pas en guerre contre une armée officielle d’un quelconque Etat des Nations Unis, aucun Etat n’a déclaré une guerre contre lui »
Ainsi, que ceux qui estiment, après avoir lu le jugement, que Kaddour Terhzaz est encore coupable d’un quelconque crime, se prononcent et s’expliquent. Nous nous basons sur les faits, sur le jugement et certainement pas sur de fausses rumeurs, de faux témoignages. Les faits sont ceux que nous avons énoncés. Sur cette base, Human Rights Watch, Amnesty International, et l’AMDH ont décidé d’adresser des communiqués estimant que Kaddour Terhzaz avait été jugé de façon inéquitable et qu’il n’avait pas divulgué de secrets militaires. Comme l’affirme Amnesty International : « Mr Terhzaz a été condamné pour avoir divulgué un secret qui n’en était pas un. »
Le gouvernement, dans son communiqué, a cherché à nier ces faits qui pourtant sont reconnus par les plus grandes organisations de défense de droits de l’homme.
Maintenant, à vous de faire votre propre avis sur cette affaire. Nous ne sommes pas là pour vous convaincre, mais encore une fois, pour citer les faits, en s’appuyant sur le jugement, sur tout ce qui est indubitable dans cette affaire. Nous nous sommes exprimés et nous continuerons jusqu’au bout car nous estimons que Kaddour Terhzaz a été injustement emprisonné. Nous n’aurons de cesse de nous battre pour rétablir la vérité et nous continuerons à envoyer des demandes de grâce au Roi.
Il faut savoir que tous les moyens juridiques ont tous été épuisés : le jugement a été confirmé par la cour de cassation, Maitre Jamai vient d’apprendre que le recours en rétractation avait lui aussi été refusé, sans qu’il soit même averti de cette procédure. Il s’agit d’une violation manifeste des droits de la justice. L’affaire n’a de cesse de connaître des rebondissements et ne s’étouffera pas. La famille se battra jusqu’à la libération.
Nous affirmons avec une conviction profonde et sincère notre neutralité et notre soutien inconditionnel au Maroc et à Son Roi. Nous n’avons aucune revendication politique, nous demandons simplement que justice soit faîte pour un homme de 73 ans condamné à 12 ans de prison. Kaddour Terhzaz n’a rien d’un opposant politique. Il a tout mis en œuvre pour aider son pays dans sa lutte contre le Polisario.
Et c’est pour cette raison, qu’aujourd’hui, et plus que jamais, nous implorons Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, de bien vouloir nous accorder la grâce pour Kaddour Terhzaz.

samedi 29 mai 2010

Entrevue avec Sonia, fille de Kaddour Terhzaz : il faut libérer mon père !


 Sauvons Kaddour Terhzaz
Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Solidarité Maroc, 28/5/2010
Sonia Terhzaz est la fille de l’ancien colonel-major Kaddour Terhzaz. La justice militaire marocaine a condamné son père à douze ans de réclusion pour le chef d’accusation d’«atteinte à la sécurité extérieure de l'État» («Maroc: Pourquoi sauver Kaddour Terhzaz»). Cette doctorante en Arts plastiques est la cheville-ouvrière du «comité sauvez Kaddour Terhzaz» qui remue ciel et terre pour qu’enfin son père soit rendu à la liberté et aux siens. Nous l’avons interviewé à ce propos. Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Solidarité Maroc.

Aziz Enhaili: D’entrée de jeu, pouvez-vous nous présenter M. Kaddour Terhzaz? Qui est-il en fait?
Sonia Terhzaz: Mon père, Kaddour Terhzaz, est né le 11 avril 1937 à Tahala au Maroc. Tout a commencé au village berbère de Sméa, à 4 km du centre de Tahala, dans le Moyen Atlas, entre Fez et Taza. Ses parents, agriculteurs et éleveurs, vivaient sous le protectorat. Il vient d'un milieu très modeste et s'est battu durant toute son enfance pour suivre une scolarité normale. Il est ensuite entré au Collège Berbère d’Azrou.
En 1956 (date de l’indépendance du pays), il a décroché un Baccalauréat Math Elem au lycée de Meknès et rejoint l’École de l’Air de Salon de Provence, en France. Il a fait partie de la «promotion Mohamed V», la 1ère promotion des Élèves Officiers de l’Aviation des Forces Armées Royales (FAR). Il a été nommé au poste de Commandant de la première base aérienne de l'Armée de l'Air, à Rabat Salé, à l’âge de 24 ans seulement!
Entre tous, il a été choisi pour porter sur son épaule le cercueil du défunt roi Mohammed V, et, autre insigne honneur, de superviser la garde de son catafalque.
Il a gravi les échelons un à un, à force d'honnêteté, de travail, de sérieux et de persévérance. Son efficacité, dans les différentes missions qui lui ont été attribuées, lui ont valu de recevoir les plus hautes distinctions militaires: la Croix de Guerre de la guerre des sables, la Médaille Militaire du Sahara, La Gran Cruz de Espana, la Légion d'Honneur française et la Legion of Merit américaine.
Il a parfait son instruction militaire dans les plus prestigieuses écoles militaires du monde: dans différentes écoles d’État Major américaines (1967 et 1968) et à l’École de Guerre de Paris (1970-1972).
Commandant en second des FAR de 1972 à 1973, il a été désigné par le roi Hassan II pour diriger l’aviation militaire, aux côtés du général Kabbaj. Après avoir été attaché militaire à Washington, D.C. de 1973 à 1976, il a été ensuite nommé Inspecteur en Second de l’armée de l’Air marocaine, charge qu’il a assumé brillamment de 1977 à 1988.
Sa biographie montre un parcours sans faute. C'était une personnalité militaire reconnue et appréciée de tous, pour ses compétences et sa probité.
Il a été mis à la retraite, à l’âge de 58 ans, c’est-à-dire un âge légal, et vivait une retraite heureuse et sans histoires, à Rabat, avec ma mère.
Et subitement, sans que rien ne le laisse présager, en un sombre jour de novembre 2008, le 9 très exactement, des gendarmes vinrent l’arrêter devant chez lui, alors qu’il sortait pour acheter ses journaux. Ma mère l’a attendu, sans comprendre, toute la journée…
Tout s’est enchaîné très, trop vite: arrestation, interrogatoire succinct au commissariat, incarcération à la prison de Salé, et, 19 jours plus tard seulement (malgré sa demande de repousser la date du procès pour préparer convenablement sa défense), condamnation à 12 ans de prison ferme par le tribunal permanent des Forces Armées Royales!
Le procès s’est déroulé en deux heures, et mon père n’a pas eu le droit de présenter des témoins à décharge!
Pourquoi cette condamnation? Parce qu’il avait, disait-on, «divulgué», dans une lettre adressée en 2005 au roi Mohammed VI, et destinée à attirer son attention sur les conditions de retour faîtes aux anciens pilotes prisonniers du Polisario à Tindouf pendant 25 ans, et rentrés sans honneur, des informations militaires qui portaient soi-disant «atteinte à la sécurité extérieure de l’État». En fait, il s’agissait d’une simple lettre de solidarité, qui sollicitait une amélioration de ces conditions de retour. Mon père n’avait fait que son devoir d’ancien chef hiérarchique solidaire de ses officiers, en répondant à leur demande d’aide: en effet, menée par Ali Najab, une délégation de ces anciens pilotes prisonniers était venue le solliciter, pour qu’il intervienne auprès de Sa Majesté. Ali Najab avait été capturé le 10 septembre 1978 par le Front Polisario, alors qu’il effectuait un vol de reconnaissance à vue, à bord d’un avion F-5, et n’avait été libéré qu’en 2003. Et mon père lui avait remis une copie de cette lettre.
Quel est le fameux «secret» divulgué? C’était l’«absence de protection anti-missiles» des avions de combat pendant le conflit au Sahara, leur sous-équipement. Or «divulguer» une telle information à un pilote qui était lui-même aux commandes de ces avions ne peut évidemment pas être une divulgation de secret! Quant à l’unique destinataire de cette lettre, il n’est autre que Sa Majesté le roi Mohammed VI lui- même: il ne peut bien sûr y avoir aucun secret dans son cas puisque c’est lui qui est à la fois Chef suprême et Chef d’état-major des forces armées! Sachant, en outre, que ce fameux «secret» avait déjà été révélé dans la presse un an avant l’envoi de cette lettre par mon père…
Tout cela ne tient pas debout. C’est complètement kafkaïen. Comme le vieux diction le dit si bien: «Qui veut noyer son chien l’accuse de rage»! Avant même le procès, et dès le lendemain de son arrestation, un communiqué de la MAP, l’agence officielle, l’avait accusé de tous les maux… Qu’y a-t-il derrière cette condamnation?
Aziz Enhaili: Pourquoi se trouve-t-il depuis plusieurs mois, selon vous, en prison?
Sonia Terhzaz: Nous donnons plusieurs interprétations à cette condamnation:
-La question de ces anciens officiers prisonniers du Polisario, les plus anciens prisonniers de guerre au monde, est devenue taboue. La libération de ces héros de la nation, de retour dans la Mère Patrie et mis à la retraite d’office sans décoration aucune, ni médaille, ni ajustement de carrière, a pour eux un goût amer. Mon père a donc pointé du doigt un sujet sensible au Maroc. On parle souvent du conflit avec le Polisario, mais on parle moins de ces prisonniers de guerre marocains qui ont servi le Maroc fidèlement, et qui sont retournés, après 25 ans de détention, dans leur pays, sans les honneurs qu’ils méritaient.
-Il semblerait que mon père soit victime d’un règlement de compte de la part de personnes très influentes dans l’armée. Cette condamnation aberrante (12 ans de prison pour une simple lettre, à l’âge de 72 ans!) ne peut se justifier autrement. Mon père est connu pour son intégrité et sa grande moralité: mais malheureusement, en contrepartie, cela lui a, semble-t-il, attiré d’injustes inimitiés. Sa devise constante au sein de l'armée de l'Air a toujours été: «Servir, et non s’en servir». Il suffit de questionner le monde militaire: chacun saura dire l’honnêteté et la droiture de mon père, et son indéfectible attachement à son pays. C’est pour toutes ces raisons que nous avons un tel soutien.
-Qui aurait pu s’attendre ou même imaginer que mon père, ancien numéro deux de l’armée de l’Air, puisse tomber en disgrâce de la sorte? Cette condamnation ne sert-elle pas à décourager d’éventuelles velléités de rétablissement de vérité, dans l’armée marocaine? Elle se veut de dissuader quiconque oserait s’exprimer sur les affaires militaires du royaume, que ce soit dans la presse ou au travers d’une lettre destinée à Sa Majesté le roi. Mon père, quant à lui, n’a jamais contacté le moindre journaliste. Il n’a jamais enfreint la loi de la «Grande muette». La lettre était uniquement destinée à Sa Majesté le roi, Chef Suprême et Chef d’État Major des Forces Armées Royales, et la copie a été remise à un militaire qui était directement concerné par le contenu de ladite lettre.
Aziz Enhaili: Comment qualifieriez-vous les conditions actuelles de sa détention?
Sonia Terhzaz: Ses conditions de détention sont extrêmement difficiles. Après une année passée dans une cellule classique, il a été subitement placé, sans aucune raison, dans une cellule d’isolement. Depuis le 30 novembre 2009, donc, il a été soumis à diverses pressions psychologiques ainsi qu’à une grande détérioration de ses conditions matérielles: il dort sur une banquette en ciment au ras du sol, dans un semi couloir traversé par les courants d’air. Ses fenêtres sont cassées, et il est sans cesse surveillé, comme le pire des criminels. Les visites hebdomadaires que ma mère a légalement le droit de lui rendre ont été parfois interdites, toujours sans aucune raison, souvent très réduites. Et il vient d’avoir 73 ans! Pourquoi lui faire subir un tel traitement? De plus, ni ses avocats ni le Consul de France à Rabat n’ont l’autorisation de lui rendre visite, contrairement à la lettre de la loi.
Suite à sa mise à l’isolement, Amnesty International a d’ailleurs décidé d’engager une «Action Urgente» compte tenu de l’état préoccupant dans lequel il était maintenu. Elle vient d’envoyer une deuxième «Action Urgente», en voyant que sa situation carcérale n’a pas évolué. Comment peut-on traiter de la sorte une personne de cet âge? Dans certains pays, un homme qui a passé 70 ans ne peut plus faire l’objet de poursuites judiciaires. Que dire alors de cette condamnation?
Aziz Enhaili: À quand remonte votre dernière visite à sa prison? Quelles sont vos craintes à ce propos?
Sonia Terhzaz: Je retourne au Maroc au minimum une fois par mois pour rendre visite à mon père, à la prison de Salé. Je l’ai vu il y a deux semaines. Ma mère le voit chaque jeudi, lorsqu’elle a l’autorisation, en espérant à chaque fois une amélioration de ses conditions de détention. Chaque matin, nous caressons l’espoir que mon père nous sera rendu, et chaque soir, c’est la même cruelle déception. Mais ces vagues d’espoir nous aident à supporter cette situation, cette situation pourtant inacceptable.
Aziz Enhaili: Comment interprétez-vous la nouvelle campagne de titres marocains de presse contre M. Kaddour Terhzaz ?
Sonia Terhzaz: Vous voulez sans doute parler du communiqué du ministre de la Communication. Comment peut-on justifier un tel communiqué? Comment le gouvernement peut il prendre la responsabilité de riposter de la sorte? Le «bon» côté de ce communiqué, si tant est que l’on puisse en trouver un, est que, pour la première fois, nous avons enfin une réponse à nos si nombreuses lettres de demandes d’explication, adressées à différentes personnes du gouvernement. Mais quelle réponse!!! Donnée par l’intermédiaire de la MAP, elle est complètement manipulatrice, ne reposant que sur des contre-vérités et tente de salir mon père. Au début de son communiqué, le gouvernement tient à «rétablir la vérité» concernant certains propos tenus par «certains organes de presse français». Mais ce qu’il occulte délibérément, ce sont les dizaines et les dizaines d’articles sortis dans la presse marocaine. Les propos des journalistes en France ou au Maroc sont tous les mêmes. Ils racontent ce qui s’est réellement passé. Et «cette campagne indigne de dénaturation de la vérité» n’est autre qu’une campagne en vue du rétablissement de la vérité.
Nous n’avons eu d’autre choix que de nous défendre, puisqu’ on nous attaque de la sorte. Jamais mon père n’a voulu porter préjudice à son pays. Bien au contraire! Mais, voila que certains ont décidé de faire croire le contraire. Mon père n’a jamais été un militant ou un opposant! Et pourtant, le voici tombé en disgrâce, sans aucune justification. Une année entière, nous avons attendu, avant de médiatiser notre cause, parce que, dans notre grande naïveté, nous croyions qu’il allait être gracié. Pour nous, ce malentendu ne devait que cesser! Mais, au bout d’un an, las d’attendre, épuisés par tous ces espoirs déçus, nous avons décidé de rompre le silence. Répétons-le haut et fort: loin de nous l’idée de nuire à notre très cher pays! La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la mise en isolement de mon père. Là, nous nous sommes résolus à tirer la sonnette d’alarme.
Deux choix s’offraient alors à nous: le premier (qui aurait été de ne rien faire, d’«accepter» cette condamnation, en espérant la grâce), à attendre humblement, et le second qui aurait privilégié l’action, la réaction même, pour porter l’affaire à la connaissance de tous et réclamer publiquement sa libération. Nous avons choisi le second.
Nous avons décidé, envers et contre tout, de médiatiser et de porter à la connaissance de tous cette injustice. Les jours de mon père sont précieux: il a 73 ans! Nous ne pouvons nous résoudre à ce que cet homme innocent croupisse en prison! Il est inconcevable de penser qu’il purgera une peine de 12 ans de prison! Combien de temps va-t-il tenir, malgré son courage? C’est pour cette raison que nous n’avons plus d’autre choix que de médiatiser notre cause. Nous brandissons l’étendard de la vérité. Et nous nous battrons jusqu’au bout pour sa libération!
Aziz Enhaili: Quelles sont à ce jour les initiatives engagées par la famille ainsi que le comité de soutien de M. Terhzaz en vue de sa libération? Vous ont-elles permis d’enregistrer des avancées?
Sonia Terhzaz: Certaines personnes nous disent que ce dernier communiqué de la MAP, accablant, n’est que le résultat de notre campagne, laquelle n’a fait que braquer davantage les autorités. Certes, il est désagréable de voir toute une famille contester une décision de justice, manifester, s’entourer de personnalités ou d’organisations compétentes pour défendre leur cause, et leur réaction illustre parfaitement cet agacement. Mais la vérité, c’est qu’il ne nous reste que cette option! Nous resterons inflexibles et déterminés jusqu’au bout. Nous ne cherchons pas à causer du tort à notre pays. Bien au contraire, c’est rendre justice à notre pays que de défendre un homme qui a tant œuvré pour lui. Mon père aime profondément son pays. Le gouvernement du Maroc se trompe d’ennemis.
Les initiatives ont commencé au Maroc, avec l’aide de notre avocat Maître Abderrahim Jamai. Nous avons adressé des demandes de grâce, des courriers au ministre de la Justice. Nous avons bénéficié du soutien de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) qui a écrit à l’Inspecteur général des forces armées royales, le général Abdelaziz Bennani. Contrairement à ce que dit le communiqué de la MAP, ce n’est pas «une» seule demande de grâce qui a été envoyée «par son épouse française» à Sa Majesté le Roi, mais des dizaines, écrites par mon père à la prison, par moi-même, mes frères, la famille, des amis. Nous avons également eu le soutien de nombreuses personnalités en France qui ont manifesté leur vive préoccupation concernant l’affaire de mon père. Pour la France, mon père est un Français (il bénéficie également de la citoyenneté française), d’autant plus qu’il a été décoré de la Légion d’Honneur. L’intérêt qui lui est porté est tout à fait logique. De nombreuses lettres ont également été envoyées au ministre français des Affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, pour l’alerter sur cette situation.
Le Parlement Européen s’est également manifesté en évoquant le cas de Kaddour Terhzaz lors de la réunion de la commission mixte UE- Maroc à Bruxelles. Le Haut Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU a été lui aussi saisi. D’ailleurs, son groupe de travail sur les détentions arbitraires planche déjà sur ce dossier.
Toute cette mobilisation démontre tout simplement qu’il s’agit d’une terrible injustice. Comment aurions-nous eu tout ce soutien si nous avions «manipulé la vérité», comme le laisse entendre le communiqué de la MAP? Pense-t-on que les rapporteurs de l’AMDH, d’Amnesty ou de Human Rights Watch se seraient basés sur nos seuls témoignages? Ils se basent sur les faits, sur le jugement, sur tout ce qui leur permet d’affirmer de façon indubitable qu’il s’agit bien d’une détention arbitraire. Pour contester une décision de justice, nous devons le faire légitimement et fournir les preuves de ce que nous avançons. On ne peut crier à l’injustice sans justification! Ce travail a été fait par les plus grandes organisations de défense des droits de l’Homme. Donc, nous n’inventons rien. Par contre, le communiqué, lui, accable mon père de fautes qui n’avaient même pas été citées dans le jugement. Il faut avoir des preuves de ce qu’on avance lorsque l’on accuse publiquement quelqu’un.
Aziz Enhaili: Vous vous trouvez présentement à Washington pour sensibiliser le gouvernement américain à la situation précaire de votre père. Quelles sont les démarches menées et les personnalités rencontrées au cours de ce voyage? Pensez-vous pouvoir compter sur un appui ferme de la part de l’administration Obama à votre combat?
Sonia Terhzaz: Mon père était attaché militaire à Washington de 1973 à 1976. Il s’est assuré de sa mission de la meilleure façon qui soit, ce qui lui a valu les félicitations de nombreux généraux du Pentagone, de sénateurs et d’ambassadeurs. Nous avons d’ailleurs retrouvé quantité de lettres élogieuses à son égard, lettres qui émanent du gouvernement américain, et que nous pouvons produire. Il a eu aussi l’insigne honneur d’avoir été décoré de la Légion of Merit.
J’ai été reçue par des personnes au Département d’État du Moroccan Desk, ainsi qu’à celui des Affaires étrangères. J’ai également rencontré à la Maison Blanche le directeur des Droits de l'Homme, au Bureau des Affaires Multilatérales et des Droits de l’Homme. J’ai également eu une rencontre au bureau du sénateur John S. McCain, candidat à la dernière élection présidentielle américaine. Pour ceux qui ne le savent pas encore, le puissant sénateur de l'Arizona s'est beaucoup intéressé aux anciens prisonniers de guerre, étant lui-même un ancien prisonnier de guerre. D'ailleurs, il a été un soutien de poids dans la libération des anciens prisonniers du Polisario.
Aziz Enhaili: Qu’attendez-vous du roi Mohammed VI relativement au dossier de votre père et pourquoi?
Sonia Terhzaz: Nous demandons respectueusement la grâce et nous espérons que Sa Majesté le Roi rétablira toute la vérité sur cette affaire.
Entrevue réalisée par Aziz Enhaili pour Solidarité Maroc.

jeudi 27 mai 2010

Lettre adressée par le major-colonel Terhzaz au ministre de la Communication du Maroc


Prison de Salé le 20 Mai 2010
Monsieur le Ministre de la Communication,
J’ai pris connaissance de votre communiqué du 16 Mai 2010 ; Je tiens avec force et conviction à remettre la vérité sur les rails.
1. Condamnation par le tribunal militaire des FAR en Novembre 2008.
La lettre adressée à Sa Majesté Le Roi en 2005 a servi d’acte d’accusation. Cette lettre qui prenait la défense de nos anciens pilotes prisonniers à Tindouf, capturés avec un grade, libérés 25 ans après avec le même grade. Nos avions F5 de l’époque, vétustes, surtout non équipés de système anti-missiles furent la cause essentielle de leur tragédie. Le jugement a été prononcé après une ½ heure d’instruction, 2 heures de procès à huis clos, composition du Jury non légale avec refus de citer les témoins, en particulier le Capitaine Najab, unique détenteur de la copie de la lettre. Le code de Justice Militaire a retenu le « temps de guerre » alors que la guerre n’a jamais été déclarée en Zone Sud. J’ai été condamné à 12 ans de prison pour divulgation de secret militaire au Polisario : Polisario que j’avais combattu avec force et efficacité, en tant qu’Inspecteur en Second des FRA, jusqu’à l’obtention du grade de Colonel Major par feu Sa Majesté Hassan II. Dans le cas présent, par la loi du système (le Roi est Chef d’Etat Major et la Justice est rendue au nom du Roi), la condamnation du Tribunal Militaire est maintenue en cassation.
Monsieur le Ministre : il fallait s’appuyer sur le jugement du Tribunal Militaire avant d’affirmer les monstruosités de votre communiqué du 16 Mai.
2. Mise à la retraite pour faute professionnelle grave.
Pour la vérité pour le Pays, il fallait préciser, définir, développer ces accusations qui salissent l’honneur et les 40 ans de service d’un Colonel Major. Il faut dévoiler « les enquêtes et inspections d’usage » pour une affaire de cette gravité. Vous appliquez le proverbe : « qui veut tuer son chien, l’accuse de rage ». Vos hautes responsabilités de Ministre vous font obligation de connaître les grandes forces de ma carrière de 40 ans à la gloire de mon Pays et de la Monarchie. 
C’est avec plaisir et fierté que je vous livre ma bio express.
- Ingénieur Navigateur de l’Ecole de l’Air (France). 1ère promotion de l’Aviation marocaine en 1959.
- 1er Commandant de la 1ère Base Aérienne à Salé : j’ai contribué à la victoire des FAR en 1963 à Hassi Beida : Guerre des Sables. Décoré Croix de Guerre.
- 1964/1968 : j’ai organisé et mis sur pied les différents bureaux de l’Etat Major Air de la jeune Aviation Militaire à Rabat.
- 1972/1973 : Inspecteur en Second des FRA avec le Général Kabbaj : reconnaissance de ma fidélité exemplaire durant les évènements 1971/1972. J’ai contribué à la réorganisation des FRA après 1972 (le Général Kabbaj avait quitté l’Armée pendant douze ans pour la RAM).
- 1973/1976 : Attaché Militaire à Washington, chargé de la réalisation de l’armement en vue de récupérer nos Provinces du Sud.
- Inspecteur en Second des FRA à partir de 1977. J’ai participé à la victoire des FAR en Zone Sud. La nation toute entière était fière du rôle décisif de notre Aviation : une Aviation moderne, apte à relever les défis.
- Diplômé de l’Ecole d’Etat Major aux USA, de l’Ecole de Guerre à Paris, Officier de l’Ordre du Trône avec Croix de Guerre et Médaille Militaire, Chevalier de la Légion d’Honneur (France), titulaire de la Legion of Merit (USA), Grand Cordon Militaire espagnol.
« Colonel Major, j’ai été mis à la retraite pour honnêteté et compétence ».
3. Nature des fautes qui me sont reprochées.
Votre communiqué, Monsieur le Ministre, contient des accusations très graves. Vos responsabilités de porte parole de l’Etat vous font obligation de dévoiler pour l’opinion publique Nationale la nature et la réalité de ces « fautes graves » pour lesquelles j’ai eu « le grand pardon ».
4. De la maison de fonction.
En 1959, j’avais récupéré un chalet laissé vide, à l’abandon, par l’Armée française sur la Base de Rabat Ville. Durant des années (50 ans), je l’avais transformé souvent à mes frais. Après plusieurs promesses de vente, il a été décidé de livrer cette zone militaire à la spéculation. J’ai donc récupéré mes biens investis, le reste étant chapardé par des voleurs, la zone n’étant pas gardée. Je signale avec force que ces villas n’étaient plus « domaine militaire » par décret. Le Tribunal de 1ère Instance de Rabat devenant l’autorité judiciaire compétente avait ordonné l’évacuation de ces logements (de nombreuses évacuations non exécutées à ce jour).
5. De la Double Nationalité.
J’ai obtenu la Nationalité française après ma mise à la retraite. Cette Nationalité, je la désirais par amour pour ma famille et les grandes idées d’Humanisme, de Justice, de Droit de l’Homme, de Démocratie de la France.
Aujourd'hui j’ai la chance d’avoir deux pays que j’aime. Condamné à 12 ans de prison après 40 ans de carrière exemplaire, la machination montée par mon Pays d’origine m’oblige à faire appel à mon 2ème Pays pour obtenir ma libération.
6. De nos prisonniers à Tindouf.
L’Histoire Militaire de notre Pays semble vous échapper, Monsieur le Ministre. En réalité, nos anciens militaires prisonniers à Tindouf ont subi 2 préjudices énormes :
a. Notre Pays avait refusé à plusieurs reprises leur libération pour ne pas discuter avec le Polisario. C’est ainsi qu’ils ont battu des records de détention : 25 ans.
b. Enfin libérés, fiers de retrouver leur Pays, leur famille, la gratitude et l’estime de la Nation, ils sont mis à la retraite d’office, même les plus jeunes. Capturés avec un grade, ils se retrouvent dans le civil 25 après avec le même grade, d’où des préjudices énormes de carrière, des pertes de repère.
7. De la Vérité.
Aujourd’hui, je suis en prison, victime d’un règlement de compte de gens sans scrupules. Je suis l’objet d’une haine sans limite de la part d’anciens Généraux.
Notre Pays mène un combat pour la Démocratie et les Droits de l’Homme ; Il obtient le statut avancé dans un monde difficile. Son porte parole, par ses multiples déclarations : celles d’hier et celles d’aujourd’hui, l’éloignent de plus en plus de la cour des Grands.
Monsieur le Ministre, pendant 1 an, j’ai accepté de me taire et de subir pour éviter le scandale par amour pour mon Pays et mon Roi. Aujourd’hui, cet amour reste intact. Ma devise : « aie confiance dans ton courage, ton innocence, l’amour de ton Pays et de ton Roi ».
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.
Colonel Major Terhzaz Kaddour
Prison de Salé le 20 Mai 2010