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vendredi 12 février 2016

Trois membres de l'Association marocaine pour le journalisme d'investigation demandent l'asile politique en Europe


Accusés "d'attenter à la sécurité de l'Etat", deux journalistes et l'ex président de l'Association des Droits Numériques (ADN), viennent de quitter le Maroc pour se réfugier en Europe et demander l'asile politique, selon l’agence de presse espagnole EFE.

Il s'agit de Hicham Mansouri, Abdessamad Ayach, et Hisham Almiraat, membres de l'Association marocaine pour le journalisme d'investigation (AMJI). Selon l'agence de presse espagnole, les trois hommes ont quitté le Maroc et sont actuellement dans des pays scandinaves pour demander l'asile politique.
L'un d’eux vient à peine de sortir de prison après avoir accompli une peine de 10 mois. Hicham Mansouri avait été condamné pour « adultère avec une femme mariée et préparation d’un local pour la prostitution».
Pour rappel, les trois demandeurs d’asile, ainsi que quatre autres personnes dont l’historien et journaliste marocain Maâti Monjib, sont poursuivis pour « atteinte à la sécurité de l’Etat ». Il doivent comparaître devant le tribunal le 23 mars prochain. Tous les mis en cause dans cette affaire risquent jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et entre 1 000 et 10 000 dirhams d'amende.

Copyright Yabiladi.com

http://yabiladi.com/articles/details/42363/trois-membres-l-association-marocaine-pour.html

samedi 24 mai 2014

Amnesty au Makhzen : « Cessez d’utiliser le « terrorisme » comme prétexte pour emprisonner les journalistes »

Par Amnesty International, 23/5/2014


Le lundi 19 mai, les autorités ont reporté l’audition prévue le 20 mai du journaliste Ali Anouzla, qui risque jusqu’à 20 ans d’emprisonnement pour avoir réalisé un reportage sur une vidéo du groupe armé Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Pendant ce temps, un autre journaliste marocain, Mustapha El Hasnaoui, en est au cinquième jour d’une grève de la faim entamée pour protester contre les trois ans d’emprisonnement qu’il doit purger pour faits de terrorisme, ayant été condamné pour des contacts qu’il aurait eus avec des personnes engagées dans le combat contre les forces gouvernementales en Syrie.
« L’utilisation des lois antiterroristes comme prétexte pour sanctionner les journalistes en raison de leurs reportages porte un coup sérieux à la liberté d’expression au Maroc », a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord pour Amnesty International.
L’ajournement de l’audition d’Ali Anouzla, prévue le 20 mai, par le juge d’instruction de l’annexe de la Cour d’appel à Salé (à proximité de la capitale, Rabat) est venu s’ajouter à une série déjà longue de retards depuis que les autorités ont ouvert une information sur cet homme, l’année dernière.
« Les autorités marocaines doivent cesser cette caricature de procès à l’encontre d’Ali Anouzla et abandonner les chefs d’inculpation de terrorisme retenus contre lui. Dans le cas du journaliste Mustapha El Hasnaoui, nous les invitons à se conformer à la recommandation du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui a demandé sa libération inconditionnelle et sans délai, et qui a souhaité qu’il se voie accorder une indemnisation suffisante pour les 10 mois qu’il a déjà passés en détention », a déclaré Philip Luther.
Ali Anouzla a été traduit en justice en septembre 2013, après que le site d’information en ligne qu’il a fondé, Lakome.com, eut critiqué une vidéo d’AQMI en parlant de « propagande ». Amnesty International craint que les poursuites engagées contre lui ne viennent sanctionner son indépendance rédactionnelle et son esprit critique envers les autorités.
Pendant la période de plus d’un mois qu’il a passée en détention après son arrestation, en septembre 2013, l’organisation l’a considéré comme un prisonnier d’opinion. Depuis, il a été libéré sous caution, mais l’enquête le concernant se poursuit. Pendant ce temps, Lakome.com est toujours censuré par les autorités.
Par ailleurs, les autorités marocaines ont fait obstacle, récemment, à la reconnaissance officielle de Freedom Now, une nouvelle ONG également appelée Comité pour la protection de la liberté de la presse et d’expression, créée par des défenseurs des droits humains et journalistes marocains, parmi lesquels Ali Anouzla. Plusieurs autres groupes de défense des droits humains au Maroc et au Sahara occidental se sont heurtés eux aussi à des entraves de la part des autorités locales, en infraction à la législation nationale et aux obligations internationales du Maroc en matière de droits humains.

Un journaliste emprisonné mène une grève de la faim
Un autre journaliste, Mustapha El Hasnaoui, fait actuellement une grève de la faim dans la prison de Kenitra, à 50 km au nord de Rabat, où il purge une peine d’emprisonnement de trois ans en application de la loi marocaine contre le terrorisme.
Bien qu’il n’ait été accusé d’aucun acte de violence spécifique, il a été condamné en juillet 2013 pour ne pas avoir dénoncé des personnes soupçonnées d’avoir commis des actes terroristes en Syrie et pour avoir appartenu au même groupe terroriste que ces personnes. Cette peine a été prononcée à l’issue d’un procès inique où le seul élément retenu contre lui était un procès-verbal d’interrogatoire de police qu’il avait signé sans en prendre connaissance et qu’il a par la suite contesté devant le tribunal.
Mustapha El Hasnaoui affirme que son interaction avec des hommes qui combattaient en Syrie les forces gouvernementales n’a pas outrepassé son rôle de journaliste. Selon lui, les charges retenues contre lui ont été fabriquées de toutes pièces parce qu’il avait refusé des offres de recrutement qui lui avaient été faites à plusieurs reprises par les services de renseignement marocains. Dans ses écrits, il a critiqué avec vigueur les violations des droits humains commises dans le contexte de la lutte contre le terrorisme menée par les autorités, et il a demandé à plusieurs reprises que des enquêtes indépendantes soient effectuées sur les attentats à la bombe commis au Maroc depuis 2003.
« En 2011, les Marocains se sont vu promettre un nouveau Code de la presse qui éliminerait la possibilité de peines d’emprisonnement pour les journalistes – ils attendent encore. Et pendant ce temps, les voix dissidentes sont réduites au silence », a déclaré Philip Luther.
Les journalistes sont toujours exposés à des peines de prison en vertu de 20 articles distincts du Code de la presse actuellement en vigueur au Maroc, qui visent notamment les articles censés porter atteinte au régime monarchique, à l’intégrité territoriale du Maroc ou à la religion islamique. Les journalistes font face à des sanctions similaires en vertu du Code pénal marocain, pour toute critique à l’égard de fonctionnaires ou de symboles nationaux. De surcroît, la législation antiterroriste adoptée en 2003 viole la liberté d’information et d’expression, érigeant en infractions pénales des faits – définis en termes vagues – de soutien, d’assistance et d’incitation au terrorisme, même s’ils ne comportent aucun risque réel d’action violente.
« Ces lois doivent être réformées si les autorités marocaines souhaitent vraiment respecter les droits humains », a déclaré Philip Luther.
Amnesty International
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samedi 28 septembre 2013

A quoi sert un bon journaliste au Maroc ?


Ali Anouzla

La mise en examen du directeur du site d'information marocain, Lakome, Ali Anouzla, pour avoir relayé le lien menant, via un article paru dans El Pais, vers une vidéo signée du groupe terroriste AQMI, est annonciateur d'une relance de la harka judiciaire contre la presse, dorénavant largement plus influente en ligne.

L'affaire nous révèle, en elle-même, en comparaison avec des actes comparables dans le passé et au vu des discours et actes qui l'ont accompagnés, plusieurs manifestations d'un autoritarisme, teinté de nationalisme exacerbé, qui plane à nouveau et refaçonne l'air du temps.

Deux pistes d'interprétation

Driss Ksikes
Regardons ce qui s'est passé depuis plus d'une décennie. A chaque fois qu'un jugement est commandité par l'Etat contre la presse créée par des "journalistes-entrepreneurs" (Le Journal, Assahifa, Al Ayyam de l'époque, Telquel, Nichane, AlJarida Al Oula, Akhbar Al Yaoum, etc.), sur lesquels l'establishment, politique, économique et sécuritaire, n'avait pas ou plus de prise, ni directe ni par serviteurs interposés, la même antienne semble être reproduite à l'identique : "On savait qu'un jour il irait trop loin". Où ? Là où un jour les chiens de garde considèrent arbitrairement, à la tête du client, que la limite de l'indicible a été franchie. C'est comme si pendait au-dessus de la tête de certains journalistes irrévérencieux, refusant la laisse de l'autocensure, une épée de Damoclès qui finirait fatalement par s'abattre sur eux. Les prétextes varient (Sahara, islam, monarchie, stabilité, sécurité, etc.) mais le but n'a jamais changé : faire taire, par la dissuasion policière et judiciaire, les voix les plus crédibles et les plus audibles, qui s'autorisent d'eux-mêmes et ne se soumettent pas au diktat du consensus voulu d'en haut. 
Al Anouzla est le premier professionnel marocain, reconnu pour son intransigeance sur le devoir d'informer, directeur de site d'information en ligne, non simple bloggueur ou journaliste amateur publiant des avis sur réseaux sociaux, à être mis en cause. Mais alors pourquoi lui, maintenant ? Faut-il croire que c'est réellement pour le renvoi au lien de l'AQMI qu'il est attaqué ou, comme souvent nous l'avons appris, en off, dans chaque poursuite tonitruante, pour "torts accumulés" ? La règle, nous apprennent les architectes de la machine antijournalistique marocaine, est que lorsqu'un journaliste dérange, il faut attendre la "grossière bévue", celle qui aurait le moins de coût aux yeux du public, pour assommer le joueur "indésirable". Difficile de trancher en faveur d'une des deux interprétations. Alors, suivons les deux pistes pour épuiser toutes les éventualités.

Deux logiques à superposer
Si l'on considère qu'Anouzla est malmené et maintenu en interrogatoire pendant plus de 96 heures, tel un terroriste présumé, pour le délit ostensiblement déclaré par le procureur du roi, il y a lieu de se demander s'il n'y a pas anachronisme et manipulation des faits. En effet, poursuivre un directeur de journal électronique qui n'a même pas posté une vidéo, juste indiqué son existence en soulignant sa nature propagandiste, c'est nier sa bonne foi manifeste et ignorer la règle clairement établie par l'ONG faisant autorité dans le domaine "Article XXI", qui estime le renvoi à un lien dans l'espace cybernétique comme un devoir neutre d'information n'engageant aucune responsabilité éditoriale.
Sur ce point précis, les pourfendeurs de cet acte, principalement des acteurs politiques, mettent en avant le caractère belliqueux et hostile au régime de la vidéo relayée.Ils n'ont certainement pas tort mais leur logique, tout aussi cohérente soit-elle, ne saurait se substituer ni s'imposer à celle d'un journaliste qui prend le parti de souligner l'existence du document sans pour autant l'adopter. Lui en vouloir de le signaler à ses visiteurs part du principe qu'il pourrait créer par cet acte "irresponsable" des adeptes du discours menaçant qu'elle diffuse. Mais cela présupposerait que les visiteurs du site Lakome sont manipulables à souhait, incapables de discerner les choses par eux-mêmes.
En somme, la logique sécuritaire, préventive, de rétention, que défend une partie de l'élite dirigeante et ses obligés, part du principe qu'il faut protéger le système semi-autocratique en place, qui peut être à tout moment fragilisé. Or, la logique d'un journaliste qui opte pour l'accès aux informations les plus dérangeantes est celle d'un libertaire qui s'interdit d'infantiliser ses lecteurs et croient en leur émancipation, voire leur supposée indignation ou mise en alerte, face à une telle publication.

Faux débat et obsessions
Il est possible que, sur cette option éditoriale, il y ait débat ou controverse. Mais, contrairement à ce que prétend le Syndicat de la presse marocaine, plutôt partisan et assez peu représentatif des professionnels affranchis de toute tutelle politique, le moment est mal choisi. S'il y a dérive éthique, aux yeux de quelques-uns, elle ne peut avoir lieu dans un tribunal ni dans un climat de persécution, mais sereinement entre professionnels ayant suffisamment de probité et d'autonomie. Catégorie qui ne court pas les rues, d'ailleurs. En tout cas, brandir la dérive éthique pour justifier une répression judiciaire ne fait que pervertir les rôles pour justifier une politique liberticide.
Par ailleurs, il convient de souligner que la poursuite d'Ali Anouzla est le point culminant d'une obsession qui est allée crescendo depuis trois ans au moins. Que ce soit dans les arcanes du pouvoir central, dans les services de sécurité de l'Etat profond, au sein du gouvernement, dans des associations satellites, ou dans le projet de révision du code de la presse, le leitmotiv est le même : contrôler et enrayer la machine médiatique qui grandit de jour en jour en ligne. Les demandes de halte prennent plusieurs formes : "régulation du journalisme en ligne","création de bases de données centralisées et contrôlées", "intégration des e-journalistes dans le circuit institutionnel", et mieux encore "la soumission des documents audiovisuels à l'avis de l'autorité compétente".

Enjeux mondiaux et nationalisme anachronique
Le Maroc officiel donne parfois l'impression d'être hors temps, comme un îlot, à part. Or, que nous dit le dernier rapport de la CIA sur 2030 ? Il nous prévient que l'une des premières menaces des États, du Nord comme du Sud, dorénavant, est la montée de plus en plus exponentielle d'acteurs non étatiques qui maîtrisent les outils de la violence. Et l'une des plus grandes tendances est la montée de plus en plus marquante de sociétés sur-informées, vigilantes, intelligentes par l'accès à l'information. Nous sommes face à ce dilemme. Croire que les services secret et de sécurité d'un État aux moyens limités comme le Maroc peut veiller sur une population maintenue dans l'ignorance ou co-construire la société de demain avec de l'intelligence partagée ?
Visiblement, cette option respectueuse de notre modernité naissante est écartée. Du coup, ce qui dérange davantage dans l'affaire Anouzla, c'est le discours haineux, inquisitorial qui l'accompagne, le désignant tantôt de "cinquième colonne", tantôt de "traître de la nation". Il est évident que les partis politiques qui le traitent ainsi, même ceux issus du Mouvement national, n'ont pas toujours été de vrais défenseurs de la liberté de la presse. Ce slogan, ils l'ont brandi à un moment comme arme de négociation politique avec le régime de Hassan II, jamais comme un sacerdoce ou acte de foi pour développer la profession, loin de leur contrôle et leurs intérêts. Donc, ce n'est pas tant l'origine des calomnies qui mérite qu'on s'y attarde que ce dont elles sont révélatrices.

Conformisme en privé et étouffement de l'espace public
C'est cela précisément qui nous met sur la deuxième piste. Car à lire les différentes déclarations vénéneuses proférées à l'encontre d'un simple journaliste accusé par le mastodonte de l’État, on est en droit de se demander, sans qu'il y ait de preuve tangible là-dessus, s'il n'est pas attaqué pour tous ces "antécédents". La liste serait ainsi longue et les supputations infinies. Serait-il poursuivi pour être un défenseur acharné d'une autonomie réelle, non de façade, au Sahara occidental ? Serait-il attaqué pour avoir plusieurs fois osé critiquer les vacances prolongées du roi qui tient à rester maître à bord ? Serait-il mal aimé pour avoir révélé, le premier, la grossière erreur royale concernant la grâce de Daniel Galvan [pédophile espagnol qui a bénéficié d'une grâce royale cet été avant que Mohammed VI ne revienne sur sa décision]. Aurait-il subi, par ricochet, l'effet de la colère de l'Arabie saoudite, objet d'un édito lumineux – son dernier – où il démontre que le régime wahhabite est le financier en chef des contre-révolutions dans le monde arabe ?
Rien ne permet officiellement de confirmer ou d'infirmer ces hypothèses, sauf le fait qu'elles alimentent les discussions de salon et sont reprises par plusieurs journaux suite à des discussions en off avec les protagonistes de l'affaire. Et c'est là où le bât blesse. Que ceux qui croient à l'une de ces hypothèses la défendent publiquement et ouvrent le débat, et non alimentent, grâce à une simple opinion ou un jugement hâtif, des positions politiques qui se traduisent par de la diabolisation et de l'invective. C'est en cela que nous vivons une deuxième dérive au Maroc, celle de l'affaiblissement de la sphère publique comme lieu de construction du vivre ensemble, au profit de sphères privées ou se fabriquent les bases du consensus, du conformisme et du discours dominant, qui se transforment subrepticement en armes de dissuasion massive.

Que faire alors d'un bon journaliste ?
C'est à se demander, dans ce climat-là, à quoi sert un bon journaliste au Maroc. Enquêter sur le business florissant des courtisans ? Trop risqué. Faire découvrir les voix alternatives au Sahara ? Téméraire. Mettre à nu le discours des islamistes radicaux ? Dangereux. Faire parler la mémoire des proches du sultan ? Irrespectueux. Sonder les avis des gouvernés sur le roi qui gouverne ? Sacrilège. A chaque fois qu'une de ces pistes, professionnellement plausibles, a été abordée, le couperet est tombé. Le chemin est à chaque fois le même : des bruissements, des experts de l'appareil sécuritaire les corroborent, des gardiens du temple se mobilisent, le bon journaliste, intenable, est attaqué. Et, in fine, il atterrit en prison, s'exile, se tait ou quitte le métier.
Maintenant que le régime a franchi le Rubicon sur Internet, la tendance se confirme. Ce bon journaliste, qui dérange, tant qu'il ne marche pas dans les tactiques de connivence ou refuse de jouer au faux diplomate, doit savoir que son rêve de contribuer à l'émergence d'une cité plurielle, adulte et responsable, dérange en haut lieu. Mais ceux qui lui en veulent autant refusent d'admettre, de leur côté, qu'un bon journaliste peut faire mal, sans être mal intentionné. C'est visiblement le cas d'Ali Anouzla, et pour cela, il ne mérite pas le traitement infâme dont il est l'objet.
En tout cas, l'acharnement contre lui, par une horde déchaînée, est symptomatique d'un phénomène incroyable, qui se répète à chaque fois qu'un bon journaliste, loué pour sa maîtrise et craint pour sa liberté de ton, est mis en cause publiquement. C'est toujours les mêmes réflexes qui reviennent : la peur de la désintégration, de la perte de l'union, d'une divergence d'opinion contagieuse. Comme si un bon journaliste menaçait, par sa manie de pointer des coins sombres, un consensus fragile que les privilégiés et protégés du système s'ingénient à maintenir sous couvert.
Si par malheur...
Aujourd'hui, si, par malheur, Ali Anouzla n'est pas libéré, il y a lieu de se demander si le Maroc officiel, que gère une poignée de rentiers du système, ne cherche pas à le pousser à la sortie, comme cela a déjà été le cas avec ses prédécesseurs, qui ont vainement tenté le coup du libre exercice de leur métier, avec ce que cela suppose comme aléas. Si, par malheur, Ali Anouzla devient l'énième bon journaliste à être contraint au mutisme ou à l'exil, alors l'entre-soi rassurant, aseptisé, que plusieurs politiques et dirigeants s'ingénient à préserver de l'ingérence journalistique, deviendra grossier, intenable, étouffant à la longue. Il va falloir le répéter, inlassablement : sans bons journalistes, une société ressent plus fortement l'arrogance des puissants et le dédain des dirigeants. Nos dirigeants auront-ils l'humilité de le comprendre, un jour ?
Driss Ksikes

Texte original (ici) publié sur le blog de la journaliste du Monde Isabelle Mandraud : "Le Maghreb dans tous ses Etats"

vendredi 20 septembre 2013

Maroc : Ali Anouzla, un journaliste qui dérange



Ali Anouzla, directeur de la version arabophone de Lakome.  
Ali Anouzla, directeur de la version arabophone de Lakome. © DR
 
Ali Anouzla, le directeur de la version arabophone du site d'information Lakome, est en garde à vue depuis le 17 septembre pour avoir diffusé une vidéo d'Aqmi. Ce journaliste, qui a révélé plusieurs affaires sensibles par le passé, a déjà eu maille à partir avec les autorités marocaines.
Mardi 17 septembre, au petit matin, Ali Anouzla est à son domicile de Rabat. Une vingtaine de policiers en civil débarquent, saisissent ordinateur, livres et documents et emmènent le directeur de la version arabophone de Lakome dans les locaux du site d'information. Sur place, les forces de l'ordre confisquent les disques durs des autres journalistes. Ali Anouzla, lui, est conduit au siège de la police judiciaire à Casablanca. Il y est placé en garde en vue, sur ordre du procureur général du roi qui avait auparavant annoncé, dans un communiqué, qu'un mandat d'arrêt avait été lancé à l'encontre du "responsable" de Lakome "suite à la diffusion par le journal électronique d'une vidéo attribuée à Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR), comprenant un appel clair et une incitation directe à commettre des actes terroristes" au Maroc.
Intitulée "Maroc : le royaume de la corruption et du despotisme", cette vidéo de 41 minutes avait été relayée le week-end précédent par Lakome. À travers un lien dans un article sur la version arabophone, et directement sur le site pour la version francophone. Dans les deux cas, la rédaction avait pris soin de mentionner qu'il s'agissait d'un document de propagande jihadiste.
Poursuivi dans le cadre de la loi antiterroriste, Ali Anouzla a été placé en garde en vue pour 96 heures, reconductible deux fois. Son avocate, Me Naïma Elgallaf, nous a indiqué que le procureur l’avait autorisée à rencontrer son client vendredi matin, "pour une durée maximale de trente minutes".

Daniel Gate
À 49 ans, ce journaliste n'en est pas à son premier accroc avec les autorités marocaines. Au fil des ans et des rédactions par lesquelles il est passé – bureau marocain d'Al Sharq al Awsat, Al Massar, Al Jarida al Oula… -, il a révélé plusieurs informations sensibles. Certains articles, notamment sur le Conseil consultatif des droits de l'homme (CCDH) en 2008 ou la santé du roi Mohammed VI en 2009, lui ont valu des procès ou des auditions policières.
"Il a des sources très bien informées au sommet de l'État, dans l'entourage du roi", décrit Ahmed Najim, rédacteur en chef du site d'information Goud.ma, qui a longtemps travaillé avec lui. Décrit par ses proches comme un homme calme, Anouzla est originaire de Guelmim, au Sahara. Un profil qui lui vaut d'être régulièrement taxé de porte-parole du Front Polisario par ses adversaires.
Fin 2010, le journaliste lance Lakome. En plein Printemps arabe, son ambition est de créer un site d'informations indépendant et engagé au Maroc. D'abord arabophone, Lakome se double un an plus tard d'une version francophone, aujourd'hui dirigée par Aboubakr Jamaï, un ancien du Journal Hebdomadaire
"Ali a commis une erreur avec cette histoire d'Aqmi, parce que la loi antiterroriste est très claire dans ce genre de cas, analyse Ahmed Najim. Mais s'il a été interpellé, ce n'est pas uniquement à cause de cette vidéo..." Début août, Lakome s'était notamment distingué en révélant le "Daniel Gate", l'affaire du pédophile espagnol Daniel Galván, gracié par erreur par le roi Mohammed VI. Un scoop signé Ali Anouzla, qui avait suscité une telle polémique autour du palais royal que la grâce avait été annulée et le pédophile à nouveau arrêté.
 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130919165724/maroc-medias-terrorisme-aqmimaroc-ali-anouzla-un-journaliste-qui-derange.html
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Au lieu de le défendre, le syndicat de la presse s’en prend au journaliste Ali Anouzla

Par Badr Soundouss, 18/9/2013
 

Younes Mjahed (Photo DR)Younes Mjahed (Photo DR)

L’un des rares syndicats de journalistes au monde à s’en prendre à ceux qu’il devrait pourtant défendre est le marocain SNPM (Syndicat national de la presse marocaine).
Ce drôle de syndicat a été créé par les partis politiques marocains qui y ont placé à sa tête, et en alternance, leurs militants (quand c’est un membre de l’Istiqlal qui doit le diriger, son second doit être obligatoirement un militant de l’Union socialiste des forces populaires, USFP, et vice-versa).
Ce syndicat est actuellement dirigé par Younes Mjahed, un militant de l’USFP, ancien prisonnier politique membre d’un groupuscule marxiste qui a demandé et obtenu la grace de Hassan II après avoir viré sa cuti et abandonné ses anciens camarades. Mjahed a été dénoncé par la presse tunisienne pour avoir participé à « un putsch contre le congrès du syndicat des journalistes Tunisiens (SNJT), en août «  2009, selon Radio Kalima.
Le second de Mjahed est, comme par hasard, Abdellah Bakkali, un député de l’Istiqlal qui ne dit jamais non à la castagne et à la bagarre de rue.
C’est tout dire sur l’indépendance de ce machin et l’exemple qu’il devrait donner aux journalistes en matière d’éthique et de bonne tenue face à l’adversité.
Le SNPM a été à l’avant-garde des campagnes du Makhzen contre les journalistes qui dérangent. Voir le cas récent du correspondant de l’AFP à Rabat, Omar Brouksi, malmené par ce syndicat pour uniquement faire son travail d’information…
C’est donc tout à fait dans l’ordre des choses que ce syndicat partisan vient d’enfoncer le journaliste Ali Anouzla, se faisant ainsi l’écho du Makhzen. Dans un communiqué tout à fait déplace, le SNPM  a fait savoir qu’il désavouait Anouzla, arrêté et incarcéré suite à la diffusion par son site Lakome d’une vidéo d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
« La liberté de la presse doit être exercée dans le respect de la déontologie de la profession », et doit s’abstenir de publier « tout contenu incitant à la violence, au terrorisme ou au crime », affirme le SNPM.
Depuis qu’on sait, grâce à l’ancien dirigeant des jeunesses de l’USFP, Mohammed Hafid, que le secrétaire général du SNPM, Younes Mjahed, publie sous un nom d’emprunt des articles injurieux et diffamatoires contre les journalistes indépendants dans Al Ittihad Al Ichtiraki, l’organe officiel de l’USFP, on peut comprendre les éructations de ce syndicat.

dimanche 21 juillet 2013

Maroc : Amnesty International demande à Juan Carlos de parler de des droits de l’homme lors de sa visite





Par Yabiladi 13/07/2013
Juan Carlos et Mohamed6
A l’occasion de la visite officielle de Juan Carlos le 15 et 17 juillet au Maroc, Amnesty International publie un communiqué où elle demande au roi d’aborder le sujet des droits de l’homme lors de sa visite au Maroc. Dans son communiqué, l’ONG soulève trois questions fondamentales concernant le Maroc, à savoir la question du Sahara et du non respect des droits de l’homme, la répression des journalistes ainsi que la violence à l’encontre des femmes. 

 Comme presque chaque année, AI dénonce les abus commis au Sahara et « l’opacité » qui règne dans les camps de Tindouf, « l'usage excessif de la force contre les Sahraouis, la torture et les restrictions sur les libertés d'expression, de réunion et d'association ». Une autre question préoccupe l’organisation. Il s’agit de « l'usage excessif de la force » de la police à l’encontre des manifestants pour disperser ou empêcher les manifestations. « L’intervention des forces de l’ordre dans les manifestations marocaines ne répond pas aux normes internationales », explique l’ONG.
Amnesty International exprime également ses préoccupations face au mauvais traitement que subissent les journalistes et autres détracteurs de la monarchie, déplore la situation des femmes et appelle à une « réforme du code pénal afin de changer la définition du mot « viol ». Elle appelle également à la « dépénalisation des relations sexuelles entre adultes consentants ».
Les droits de l'homme face aux intérêts commerciaux
En outre, l'organisation a « rappelé » au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, José Manuel García-Margallo que « la crise économique ne doit pas être une excuse pour que la politique étrangère espagnole soit exclusivement orientée vers la recherche d’accords commerciaux et de nouveaux investissements. Les droits de l’homme doivent être au centre de nos préoccupations à tous ».
Ce n’est pas la première fois que l’ONG met en garde contre le non respect des droits de l’homme au Maroc. Depuis plusieurs années, AI réclame un « suivi » des droits de l’homme au Maroc, particulièrement au Sahara et dans les camps de réfugiés de Tindouf.
En mai dernier déjà, AI avait publié son rapport annuel sur les droits de l’homme dans le monde où il était demandé au Maroc d’ouvrir une enquête sur des allégations de torture au Sahara. Le ministère de l’intérieur avait réagi. Il a jugé que le rapport de l’ONG manquait d’objectivité et qu’ « elle (l'organisation) aurait pu d'ailleurs obtenir les éléments d'information auprès des autorités marocaines, préalablement à toute prise de position ou publication d'un quelconque communiqué ».










Maroc : Amnesty International demande à Juan Carlos de parler des droits de l’homme lors de sa visite
(Yabiladi 13/07/2013 - 11:06)
Juan Carlos et Mohamed6
A l’occasion de la visite officielle de Juan Carlos le 15 et 17 juillet au Maroc, Amnesty International publie un communiqué où elle demande au roi d’aborder le sujet des droits de l’homme lors de sa visite au Maroc. Dans son communiqué, l’ONG soulève trois questions fondamentales concernant le Maroc, à savoir la question du Sahara et du non respect des droits de l’homme, la répression des journalistes ainsi que la violence à l’encontre des femmes. Comme presque chaque année, AI dénonce les abus commis au Sahara et « l’opacité » qui règne dans les camps de Tindouf, « l'usage excessif de la force contre les sahraouis, la torture et les restrictions sur les libertés d'expression, de réunion et d'association ». Une autre question préoccupe l’organisation. Il s’agit de « l'usage excessif de la force » de la police à l’encontre des manifestants pour disperser ou empêcher les manifestations. « L’intervention des forces de l’ordre dans les manifestations marocaines ne répond pas aux normes internationales », explique l’ONG.
Amnesty International exprime également ses préoccupations face au mauvais traitement que subissent les journalistes et autres détracteurs de la monarchie, déplore la situation des femmes et appelle à une « réforme du code pénal afin de changer la définition du mot « viol ». Elle appelle également à la « dépénalisation des relations sexuelles entre adultes consentants ».
Les droits de l'homme face aux intérêts commerciaux
En outre, l'organisation a « rappelé » au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, José Manuel García-Margallo que « la crise économique ne doit pas être une excuse pour que la politique étrangère espagnole soit exclusivement orientée vers la recherche d’accords commerciaux et de nouveaux investissements. Les droits de l’homme doivent être au centre de nos préoccupations à tous ».
Ce n’est pas la première fois que l’ONG met en garde contre le non respect des droits de l’homme au Maroc. Depuis plusieurs années, AI réclame un « suivi » des droits de l’homme au Maroc, particulièrement au Sahara et dans les camps de réfugiés de Tindouf.
En mai dernier déjà, AI avait publié son rapport annuel sur les droits de l’homme dans le monde où il était demandé au Maroc d’ouvrir une enquête sur des allégations de torture au Sahara. Le ministère de l’intérieur avait réagi. Il a jugé que le rapport de l’ONG manquait d’objectivité et qu’ « elle (l'organisation) aurait pu d'ailleurs obtenir les éléments d'information auprès des autorités marocaines, préalablement à toute prise de position ou publication d'un quelconque communiqué ».



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Maroc : Amnesty International demande à Juan Carlos de parler des droits de l’homme lors de sa visite
(Yabiladi 13/07/2013 - 11:06)
Juan Carlos et Mohamed6
A l’occasion de la visite officielle de Juan Carlos le 15 et 17 juillet au Maroc, Amnesty International publie un communiqué où elle demande au roi d’aborder le sujet des droits de l’homme lors de sa visite au Maroc. Dans son communiqué, l’ONG soulève trois questions fondamentales concernant le Maroc, à savoir la question du Sahara et du non respect des droits de l’homme, la répression des journalistes ainsi que la violence à l’encontre des femmes. Comme presque chaque année, AI dénonce les abus commis au Sahara et « l’opacité » qui règne dans les camps de Tindouf, « l'usage excessif de la force contre les sahraouis, la torture et les restrictions sur les libertés d'expression, de réunion et d'association ». Une autre question préoccupe l’organisation. Il s’agit de « l'usage excessif de la force » de la police à l’encontre des manifestants pour disperser ou empêcher les manifestations. « L’intervention des forces de l’ordre dans les manifestations marocaines ne répond pas aux normes internationales », explique l’ONG.
Amnesty International exprime également ses préoccupations face au mauvais traitement que subissent les journalistes et autres détracteurs de la monarchie, déplore la situation des femmes et appelle à une « réforme du code pénal afin de changer la définition du mot « viol ». Elle appelle également à la « dépénalisation des relations sexuelles entre adultes consentants ».
Les droits de l'homme face aux intérêts commerciaux
En outre, l'organisation a « rappelé » au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, José Manuel García-Margallo que « la crise économique ne doit pas être une excuse pour que la politique étrangère espagnole soit exclusivement orientée vers la recherche d’accords commerciaux et de nouveaux investissements. Les droits de l’homme doivent être au centre de nos préoccupations à tous ».
Ce n’est pas la première fois que l’ONG met en garde contre le non respect des droits de l’homme au Maroc. Depuis plusieurs années, AI réclame un « suivi » des droits de l’homme au Maroc, particulièrement au Sahara et dans les camps de réfugiés de Tindouf.
En mai dernier déjà, AI avait publié son rapport annuel sur les droits de l’homme dans le monde où il était demandé au Maroc d’ouvrir une enquête sur des allégations de torture au Sahara. Le ministère de l’intérieur avait réagi. Il a jugé que le rapport de l’ONG manquait d’objectivité et qu’ « elle (l'organisation) aurait pu d'ailleurs obtenir les éléments d'information auprès des autorités marocaines, préalablement à toute prise de position ou publication d'un quelconque communiqué ».



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