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mardi 3 janvier 2012

Soutenons les prisonniers marocains de la Voie Démocratique Basiste MLM


Par coup pour coup 31, 12 /12/ 2011

Depuis 2008, des luttes intenses sont menées au Maroc pour obtenir la libération des prisonniers de la Voie Démocratique Basiste MLM (VDB MLM) et d’autres détenus politiques. Ils font partie avec des syndicalistes ouvriers, des chômeurs insurgés (Ifni) et des détenus sahraouis de tous ces « ennemis intérieurs » réprimés par le régime réactionnaire marocain. Leur courage et leur détermination au service des intérêts du peuple a permis à leur lutte de dépasser les frontières du Maroc malgré le blackout médiatique. Cette lutte résonne à travers le monde, elle sert d’exemple pour tous ceux qui se dressent contre l’ordre injuste des capitalistes, des féodaux, des tortionnaires.

La VDB MLM est un courant révolutionnaire né au sein de l’UNEM (Union Nationale des Étudiants du Maroc), c’est un héritier du « front uni des étudiants progressistes » qui existait dans les années 1970. Son idéologie se base sur le marxisme-léninisme-maoïsme. Les militants de VDB MLM ont été emprisonnés car ils mènent la lutte pour une éducation gratuite pour les fils et filles du peuple, contre la « charte nationale de l’éducation », contre la privatisation et la militarisation des universités ; ils défendent les droits des masses populaires dont les étudiants font majoritairement partie, ils défendent la solidarité internationaliste, notamment avec la Palestine occupée et avec les guerres populaires. Ils sont enfermés ou ont connu la prison car ils sont communistes.

D’autres ont été tués. Comment ne pas évoquer le martyr Abdelrrazak El Agadiri, membre de l’UNEM et de la VDB MLM, assassiné le 28 décembre 2008, lors d’une manifestation de soutien au peuple de Gaza ? Le régime avait d’ailleurs tenté de cacher sa dépouille en le sortant en catimini de l’hôpital Ibn Tufayl. Pourtant, son combat vit toujours.

Ilham
Zahra
La lutte pour la libération du groupe Zahra Boudkour (emprisonnée depuis la 15 mai 2008) puis pour la camarade Ilham Hasnouni (raptée à son domicile le 12 octobre 2010) n’a pas encore totalement aboutie malgré la libération de ces deux figures révolutionnaires et de certains de leurs camarades. Ilham Hasnouni a succédé à Zahra Boudkour comme plus jeune prisonnière politique du Maroc, c’est une étudiante de l’Université de Marrakech, âgée de 21 ans, militante communiste et syndicaliste de l’UNEM. Détenue durant plus de dix mois sans jugement, elle a été arrêtée sans mandat ni convocation préalable et torturée début octobre 2010 pour des faits qui remontent à des manifestations dans la cité universitaire en 2008. Des évènements similaires eurent lieu à Fès en mars 2009. Les affrontements des étudiants avec la police aboutirent alors à plusieurs vagues d’arrestations. Les militants sont poursuivis pour : destruction de biens de l’état, participation à un rassemblement non-autorisé, humiliation d’un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, utilisation de la force et même participation à un groupement armé.

En novembre 2011, il reste trois détenus révolutionnaires basistes qui croupissent en prison:
Mourad Achouini, arrêté le 15 mai 2008, condamné à 4 ans de prison
Youssef Elhamdiya, arrêté le 10 octobre 2010, condamné à un an et demi ferme
Abdelhak Talhaoui, arrêté le 23 février 2011, condamné à 4 ans de prison ferme en première instance, condamnation ramenée à 10 mois de prison ferme devant la cour d’appel en octobre 2011.

Pour le régime, la détention sert à briser les volontés des syndicalistes et des militants politiques. Mais le mouvement de solidarité et l’accentuation des luttes de classe au Maroc ont transformé
les prisons en lieux de résistance et de luttes. Finalement la revendication de la libération des prisonniers s’est élargie à tout le mouvement populaire, elle est située sur la plateforme du « Mouvement du 20 février ». Le Maroc est, à l’instar de l’Amérique du Sud ou de l’entité sioniste, un centre historique de torture, de persécution et d’élimination des opposants. Il garde ce sinistre privilège. Marx disait que quand la bourgeoisie, fut-elle la plus démocratique, est menacée, elle foule aux pieds sa propre légalité. Kidnappings, exécutions extrajudiciaires, meurtres de militants maquillés sont aussi des armes de terreur utilisées dans tous les régimes qui garantissent l’ordre impérialiste. Les pays impérialistes sont les donneurs d’ordre quand ils ne sont pas directement les agents de la torture. La lutte pour la libération des prisonniers politiques est donc une question de classe, c’est une lutte internationaliste qui concerne tous ceux qui luttent pour l’émancipation des opprimés.

Nous appelons à développer des initiatives afin d’exiger leur libération immédiate tout en popularisant leur combat !

Vive la lutte du peuple marocain !
Liberté pour les prisonniers révolutionnaires !
A bas le régime réactionnaire marocain et l’impérialisme français !

Signataires : AGEN, Comité Anti-Impérialiste, Coup Pour Coup 31, Coup Pour Coup 87, FSE, La Cause du Peuple, Libertat, OCML Voie Prolétarienne, PCmF, PCmI (Italie), PCR Canada, Secours Rouge Arabe, SRI de Baiona Secours Rouge de Belgique

samedi 11 décembre 2010

On torture à Marrakech… sous la célèbre place Jemâa et Fna, patrimoine oral de l'Unesco...

Par Zineb El Rhazoui, 11/12/2010
Quelques mois à peine après la sortie de prison de Zahra Boudkour, la plus jeune détenue politique du Maroc, une de ses camarades la remplace pour ce sinistre record.
Ilham
Mardi 12 octobre 2010 vers 16h, un jeune homme élégant, la vingtaine, sonne à la porte de la maison familiale d’Ilham Hasnouni à Essaouira. “Ilham, il y a un mec qui demande après toi“, lui lance son petit frère, pensant qu’il s’agit d’un copain de fac. A peine arrivée sur seuil de la porte, cinq hommes baraqués saisissent l’étudiante de 21 ans, jettent son petit frère à terre et la tirent par les cheveux, sous les cris de sa mère, vers le véhicule noir qui l’attend pour la mener vers une destination inconnue. “Pas de doute, j’ai compris qu’il s’agissait des molosses du makhzen. La voiture noire a été la dernière chose que j’ai pu voir avant qu’ils ne me bandent les yeux. Les coups et les insultes pleuvaient pendant tout le trajet“, raconte Ilham dans son témoignage écrit depuis la prison Boulmharez de Marrakech.
L’arrestation de l’étudiante, sans mandat ni convocation préalable, intervient suite à une série d’interpellations semblables dans le milieu estudiantin de l’Université Qadi Ayad de Marrakech, après les événements du 14 mai 2008, lorsque les forces de l’ordre ont investi la cité universitaire. L’Union Nationale des Etudiants Marocains (Unem) avait appelé à une grève après des dizaines de cas d’intoxication alimentaire dans le restaurant universitaire. L’administration de l’Université avait alors refusé de prendre en charge les frais médicaux des étudiants hospitalisés. La police a procédé à de violentes rafles dans les rangs des étudiants appartenant au groupe la Voie Démocratique Basiste*, les accusant entre autres de soutenir les séparatistes sahraouis.
“Oui Monsieur, soyez tranquille“, disait l’un des bourreaux d’Ilham au téléphone. Le mince filet de lumière qu’elle apercevait à travers son bandeau ne lui permettait ni de reconnaître les lieux, ni les visages. “Je me suis retrouvée menottée dans une pièce sombre, probablement dans l’une des villas réservées par le régime à ce genre de besognes“, suppose-t-elle. Aux cinq agents qui l’ont arrêtée se sont joints d’autres. “Traitresse! Fille de (…)! Dès que vous vous remplissez la panse, vous vous révoltez!“. La rhétorique est familière à ceux qui ont eu à subir les affres du makhzen. Dépourvu de citoyenneté, le sujet marocain est réduit à sa portion congrue : un tube digestif. La militante dit avoir été interpellée par le sens de cette phrase, “De quoi est-ce que nous nous sommes rempli la panse? De répressions? D’arrestations? Ou bien est-ce qu’ils parlent des richesses de ce pays dont nous ne voyons que les miettes?“.
Torture au rythme des tambours
Jemâa et Fna
“Ceux de Marrakech nous font savoir qu’ils la veulent cette nuit“, a pu entendre Ilham dans une conversation entre deux agents. “Lorsqu’ils sont venus m’embarquer, j’ai reçu un coup de pied qui m’a fait perdre mon équilibre… Lève-toi espèce de (…)!, m’ont-ils intimé. Au moment de monter en voiture, j’avais le tournis tellement j’avais reçu de coups sur la tête“. Un cortège de deux voitures l’emmène vers la ville ocre où les événements avaient eu lieu deux ans auparavant. “J’étais consciente que ce qui m’attendait n’allait pas être facile“. Les témoignages qui filtraient depuis la prison de Boulmhrarez au long des deux années écoulées étaient en effet terrifiants. Après la sanglante descente dans la cité universitaire Qadi Ayad, les longues journées de torture et les parodies de procès, les détenus de la Voie Démocratique Basiste ont dû faire face à des conditions de détention particulièrement difficiles.
Zahra à sa sortie de prison
“Après un trajet qui m’a semblé interminable, ils m’ont fait descendre un escalier, puis je me suis retrouvée de nouveau menottée sur une chaise“. Les interrogatoires commencent : identité, études, opinions politiques, fréquentations, complicités, etc. Les questions pleuvent, ponctuées de coups de poings lorsque les réponses ne sont pas au goût des enquêteurs. “Après une durée que je suis incapable d’estimer, j’ai été emmenée dans une autre pièce à l’étage supérieur. Les visages ont changé mais pas les questions, ni les réponses, jusqu’à ce qu’une sonnerie de téléphone vienne annoncer la fin de la première séance, et le début de la deuxième“. Ilham est de nouveau embarquée dans un véhicule, un fourgon cette fois-ci. Le trajet assez court indique que la destination se trouve en ville. “On m’a fait descendre un long escalier. Je me suis retrouvée dans un sous-sol humide et sombre où j’allais passer la nuit“.
Ilham n’avait pas la moindre idée d’où elle pouvait se trouver, mais elle n’allait pas tarder à le deviner. Dans le silence de son cachot, elle commence à distinguer des sons de fête, percussions et pas de danse. L’Histoire se répète, comme Zahra Boudkour, Ilham fait escale dans le tristement célèbre commissariat de Jemâa El Fna. Sous la place emblématique du tourisme Marocain, classée patrimoine oral de l’Unesco, des dizaines, qui sait, peut-être des centaines de détenus croupissent dans le noir et l’humidité. Les chants des Gnaoua et les flutes des charmeurs de serpents couvrent les cris de ceux que l’on torture quelques mètres plus bas. La foule de touristes ignore que sous ses pieds se trouve le lieu où Zahra Boudkour a subi des coups de barre de fer sur le crâne et les parties génitales, où elle a été déshabillée devant ses camarades mâles et gardée nue pendant trois jours alors qu’elle avait ses règles. La superbe image de carte postale qu’offre la place Jemâa et Fna cache les ténèbres où échouent les damnés du régime.
“Quelques heures plus tard, la porte s’ouvre, de nouveaux visages font leur apparition. La série de questions reprend, mais cette fois-ci, les bourreaux
n’attendent même plus les réponses, ils m’ont tabassée à coups de pieds 
Abderrazak Gadiri
jusqu’à l’évanouissement“. Ilham a ainsi perdu connaissance à plusieurs reprises, à chaque fois elle est tirée de son coma pour être de nouveau passée à tabac. “Durant toutes ces séances, je n’ai jamais réellement pu distinguer les visages, mais je savais que j’avais affaire aux assassins d’Abderrazak Gadiri dont la mémoire ne m’a pas quittée un instant“. L’étudiant avait succombé à une blessure à la tête le 31 décembre 2008 suite à une autre invasion de la cité universitaire Qadi Ayad par les forces de police. De nombreux témoignages avaient alors pointé la responsabilité d’un agent de police surnommé “Lâaroubi”* qui se trouvait en compagnie du Vice-préfet de police de Marrakech Mohammed Toual et du chef de la police touristique de la ville Moulay El Hassan El Hafa. A ce jour, aucun coupable n’a été jugé pour le meurtre de Gadiri.
“De retour au cachot, j’avais tellement envie de dormir, mais l’humidité et le grondement des tambours de la place Jemâa el Fna m’en ont empêché“, poursuit Ilham. La trêve a été de courte durée, ses tortionnaires sont revenus la chercher pour un énième interrogatoire. “Qui vous finance?“, lui lance l’enquêteur. Là où il ne faut voir qu’une organisation étudiante qui milite pour la gratuité de l’enseignement, l’augmentation des bourses ou l’accès aux moyens de transport, le régime peut voir une conspiration contre sa pérennité, probablement financée par des “ennemis du Maroc”. Les questions s’enchaînent, sur les complicités, les autres camarades, etc. Fin de l’interrogatoire, Ilham est de nouveau embarquée dans un fourgon, direction le Tribunal pour comparaître devant le procureur du roi. “Une horloge accrochée au mur indiquait 9h du matin. J’ai donc passé deux jours sans manger au commissariat de Jemâa el Fna“.
Menottée à une chaise, Ilham commence à succomber à la faim, la soif, la douleur et l’épuisement. Ce n’est qu’à 18h qu’un policier la conduit devant le juge d’instruction. “Qui a brûlé la cité universitaire? Combien êtes-vous?… Je n’étais pas étonnée par ses questions. Pour ma part, j’avais envie de lui dire: qui interdit aux étudiants l’accès à la cité? Qui a tué Gadiri?… Il a fini par me lire une longue liste d’accusations : responsabilité d’incendie, destruction de biens de l’Etat, rassemblement armé…“. Aussitôt sortie du cauchemar de l’enquête, Ilham se retrouve de nouveau dans un fourgon qui l’emmène à la prison de Boulmharez, “Abou Ghraib Marrakech”, comme la surnomment ceux qui y ont effectué un séjour. C’est de son dortoir surpeuplé qu’elle a sorti son témoignage et qu’elle continue à se battre pour ses droits fondamentaux en attendant d’être jugée.
* Voie Démocratique Basiste, Annahj Addimocrati al Qaïdi, à ne pas confondre avec le baasisme.
* Lâaroubi, le gueux en dialecte marocain

vendredi 28 mai 2010

Zahra sur la route de la liberté

Par Jules Crétois,envoyé spécial de TelQuel   à Zagora

La jeune militante à sa sortie de prison, le 15 mai. (DR)
Zahra Boudkour, la plus jeune détenue politique du royaume, a retrouvé sa liberté en même temps que huit de ses camarades. TelQuel a suivi la caravane qui l’a conduite de la prison de Ben Guerir à Zagora, sa ville natale. Reportage.
Ben Guerir, sa base militaire, sa prison et sa détenue politique, la plus jeune et certainement la plus célèbre du pays. Ce samedi 15 mai à 8h30 du matin, Zahra Boudkour, 23 ans, sort sous les applaudissements et les chants révolutionnaires après deux années de réclusion. Arrêtée
le 14 mai 2008 à Marrakech, suite à un mouvement de protestation universitaire, Zahra avait longtemps attendu son procès avant d’être définitivement condamnée pour port d’armes, insultes à magistrat et constitution de groupe armé. Un périple judiciaire accompagné d’une grève de la faim, qui avait suscité des inquiétudes jusqu’au sein des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Aux quelques militants et à ses amies de la faculté se sont joint la présidente de l’AMDH, Khadija Ryadi, et l’humoriste Bziz pour accueillir la jeune femme qui se jette dès sa sortie dans les bras de sa sœur Ghalia. Devant les portes de la prison, Zahra, émue, prend la parole : “Les mots me manquent… Ils m’ont arrêtée pour mes convictions et ce n’était sûrement pas la dernière fois. La prison ne m’a rien pris. La lutte continue”. Sa santé en a pris un coup mais l’idéal demeure. Quand on l’interroge, Zahra insiste sur le sort de ses camarades : “Je n’étais pas seule. Nous sommes onze à avoir été emprisonnés. C’est important”.
Le groupe se disperse ensuite dans différentes voitures et prend la route du sud, en direction de Zagora. Le convoi fait halte à Marrakech pour récupérer Mohammed Jamili et Alaa Derbali, deux des onze prisonniers du “groupe Boudkour” libérés dans la matinée eux aussi. De jeunes étudiants “basistes” attendent dans des stations services de la ville pour monter en voiture. Pour l’un d’entre eux, il était “hors de question de rater la libération de Zahra qui est un symbole à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech”. C’est là qu’elle avait été arrêtée, avant d’être maltraitée dans le commissariat de la place Jammaâ el Fna : frappée, menacée de viol, laissée nue pendant des heures. Mais aujourd’hui, Zahra est emmenée chez le coiffeur pour préparer un retour en beauté à Zagora. Le long de la route, des membres de Annahj Addimoqrati rejoignent en marche la caravane qui s’étoffe peu à peu. Au coucher du soleil, le convoi s’arrête à Agdz, ville tristement célèbre pour son ancien bagne. Les militants forment une ronde et entonnent durant une petite demi-heure des slogans révolutionnaires dans ce qu’il reste des murs d’enceinte. Dans la voiture, la sœur de Zahra reçoit des appels : à Zagora, le comité d’accueil est prêt.
Une ville accueille sa fille
L’arrivée est fracassante. A quelques kilomètres de l’entrée de Zagora, des dizaines de voitures bondées attendent le convoi. Des femmes se ruent sur la voiture de Zahra pour la saluer. Drapeaux palestiniens et soviétiques au vent forment une haie d’honneur à l’énorme file automobile qui s’enfonce lentement dans la ville, sous un concert de klaxons, avant de s’arrêter devant une estrade montée pour l’occasion. Chauffés par l’immense foule, les intervenants ne mâchent pas leurs mots, certains se laissant aller à des discours d’une durée toute castriste. Tout y passe : des frais de scolarité trop élevés à la violence policière. La foule brandit des portraits de Guevara, Lénine et Abderrazak Al Gadiri, l’étudiant mort en 2008 pendant des manifestations, et laisse exploser sa joie lorsque Zahra monte sur l’estrade, drapeau rouge en main. Scandés par des militants chevronnés, les slogans ne s’arrêtent plus et sont repris par les enfants et les femmes de la ville : “Les années de plomb sont de retour !”, “Nouvelle ère, nouvelles tortures !”. La ville s’est politisée au fil des épisodes du feuilleton Boudkour. Ceux qui l’ont suivi tiennent à rappeler que le dossier n'est pas clos : si neuf des membres du “groupe Boudkour” ont été libérés ce week-end, deux autres, Mourad Chouiri et Khalid Miftah, sont encore retenus dans les prisons d'Essaouira et de Kalaat Sraghna, respectivement pour un et deux ans.
Autour de la place, les policiers se font discrets : seuls quelques officiers veillent de loin, bien que le rassemblement n’ait pas été autorisé. Peu avant minuit, la foule se disperse calmement au son d’un oud. L’effusion fait alors place à des retrouvailles plus intimes : les proches se rassemblent sous une grande tente près de la maison de Moulouda Boudkour, la grande sœur que Zahra, orpheline de mère, appelle “maman”. Tenue régionale traditionnelle de rigueur pour honorer le repas, sous le regard posé du père de famille, Khalifa, ancien résistant et militaire qui apprenait deux ans plus tôt l’arrestation de sa fille sur les ondes de la radio du Front Polisario. Un peu plus loin, les femmes en haïk chantent autour de Zahra qui savoure ses premiers instants en famille. Enfin libre.
Et après ? La faucille et le stylo
En prison, Zahra n’a pas chômé. Elle a rapidement obtenu, après quelques tracas administratifs, le droit de poursuivre ses études de droit français depuis sa cellule. Etudiante “comme les autres” avant son arrestation, elle prépare ses examens de fin mai, à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. Mais pas question pour Zahra, qui se dit aujourd’hui renforcée dans ses convictions, de mettre de côté ses activités militantes. Pendant sa détention, malgré le bruit - elle partageait sa cellule avec six autres femmes - Zahra a beaucoup lu. Des romans russes, français et palestiniens, bien sûr, sans oublier quelques ouvrages marxistes

dimanche 16 mai 2010

ZAHRA : retrouvailles émouvantes...

Zahra quitte la prison de Benguerir
Par Ali Fkir, 16/5/2010

Le samedi 15 mai 2010 restera une journée de retrouvailles émouvantes entre, d'une part, la militante Zahra Boudkour, la prisonnière politique de la "nouvelle ère", et de l'autre côté sa petite famille, ses camarades de luttes, les militant-es de l'AMDH et tous les défenseurs (euses) des causes justes.
Le calvaire était inhumain: arrestation illégale, torture, emprisonnement, kidnapping, privations...la jeune rouge (elle est fière de l'être), Zahra vient de quitter, la tête haute, les geôles du régime.
Elles, ils sont là, ces infatigables combattant-es de la liberté, ces combattant-es de la libération, pour accueillir cette victime de la répression, cette combattante rouge, cette jeune résistante marocaine fière de continuer le combat entamé par Saïda Mnebhi, l'étandard du combat de la femme marxiste léniniste marocaine ne doit pas tomber...
Zahra! sois la bienvenue parmi les tien-nes, tous et toutes les tiens.

L'infatigable combattant des causes justes, Abelhamid Amine était là: Amine, ex-prisonnier de l'ancienne "ère",  accueille Zahra la prisonnière de la "nouvelle ère".
La continuité au niveau du combat, et la continuité au niveau de la répression. C'est la logique de la lutte des classes.

vendredi 8 janvier 2010

Zahra :" devenir le symbole de la libération " du Maroc



Par Ahmed BENANI, Lausanne, 9/1/2010

Ma pauvre Zahra, dans quel bourbier vous vous êtes mise: Vous êtes née sous le régime de la tyrannie absolue, celui que génère un pouvoir monarchique de droit divin. Et du fond de votre prison, vous étudiez le droit, parce que vous pensez que l'individu de droit peut donner corps au fonctionnement autonome de la communauté marocaine. 
Or ce pouvoir correspondant à cette liberté contractuelle des individus n'existe pas au Maroc. L'Etat, les partis, les syndicats, les élites et même les masses vous laissent pourrir dans votre geôle infâme parce que vous n'existez pas, vous n'êtes pas citoyenne, la citoyenneté politique n'existe pas dans le royaume de M6. Vous avez droit à ma compassion, à ma solidarité,tâchez de rester en vie, c'est l'essentiel. Du royaume des lâches, finiront bien par émerger quelques personnes pour renverser l'ordre archaïque, des voleurs, des tartuffes, des musulmans sujets du roi et d'un Allah absent, pour ouvrir un cours nouveau de l'Histoire des Femmes et des Hommes libres. Maudissez les Alaouites de toutes vos forces, réfutez leur système de toute votre énergie, vous verrez poindre la lumière; dites-vous bien qu'il n'y a ni Allah, ni Watan, ni Malik, mais trente-cinq millions de sujets qui sont en train de sortir de leur névrose collective pour retrouver leur autonomie et leur liberté.
Un homme peut vous aider, s'il accepte de sortir de sa léthargie et qu'il prenne les commandes d'un puissant mouvement constitutionnel nouveau pour que la monarchie soit réduite à un décorum, cet homme c'est Moulay Hicham; il sait en conscience ce qui lui reste à faire pour vous, vos semblables et son pays.
Solidairement avec vous. Je vous souhaite, parce que femme, de devenir le symbole de la libération de notre pays.


Que l’on ne se méprenne pas sur ma petite chronique
par AB, 9 janvier2009
J’entends déjà les sarcasmes de mes détracteurs, revoilà Ahmed BENANI qui nous remet son antienne sur l’absolutisme de la monarchie marocaine ! Je passe outre, mais dois cependant deux ou trois explications sur cette monarchie de doit divin et son chant du cygne !
M6, Monarque de droit divin, qu’est-ce que cela veut encore dire en 2010 !
Pas grand-chose en vérité. La notion de doit divin se délite après avoir servi. Elle a habillé l’inversion de signe entre religion et politique au lieu du pouvoir. Cette monarchie a très longtemps été ou feint d’être au-dessous de la religion, à son service ; aujourd’hui elle passe au-dessus, elle instrumentalise le religieux et d’abord à son propre profit, comme source de légitimation quasi éternelle. M6 est commandeur des croyants (amir al moumine[1]) cf. articles 19  et 23[2] de la constitution. Et comme on est un peuple de 35 millions d’imbéciles, le roi, ses idéologues, ses oulémas, gèrent le sacré de sorte à nous maintenir dans la névrose collective ou la fatalité, c’est selon.
« Tout pouvoir vient de dieu », formule d’une affligeante banalité, mais constamment invoquée elle acquiert une signification toute particulière dans le contexte makhzénien ; elle se charge effectivement de la revendication d’un lien immédiat, permanent et exclusif avec le Ciel. Naturellement que ce Ciel est dissocié du terrestre et n’a d’autre communication avec lui que par le truchement du souverain terrestre M6, et la boucle est bouclée. Après 38 ans de cette mythologisation sous Hassan II, M6 nous rejoue la même dramaturgie, il prétend remplir une fonction qui l’emmène aux antipodes de l’ici-bas et de l’au-delà. Il est l’acteur d’une nécessité qui n’a rien au-dessus d’elle, celle de la conservation du corps politique et de son cadre immuable, le makhzen. Il se pose comme l’instance garante de l’intérêt vital de la communauté des sujets. On est avec cet ordre là, celui de l’altérité divine, dans la clôture du domaine humain !
« Il y a encore quelque part des peuples et des troupeaux, mais pas chez nous, mes frères. Chez nous, il y a des Etats. Etat ? Qu’est-ce que cela ? Allons, ouvrez vos oreilles, je vais vous parler de la mort de peuples. L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe par sa bouche : « Moi, l’Etat, je suis le peuple »[3].
L’Etat au Maroc, chacun sait ce qu’il est en réalité et c’est cette réalité qu’il s’agit de transformer.
La symphonie que nous commençons de jouer, au niveau de la société civile, par la lutte des femmes, le refus du patriarcat islamique totalement anachronique, les progrès de la sécularisation et les percées encore timides de la démocratisation, fait que nous réfutons de plus en plus la divinisation du pouvoir.
S’il est impossible de renverser l’ordre établi d’un coup de baguette magique, nous savons que nous avançons tout de même. La constitution dans ses articles 20 et 21[4] fixe les règles de la succession monarchique, j’ai cru comprendre que le prince Moulay Hicham réfutait les règles de la primogéniture et s’inscrivait dans un combat pour l’établissement d’une monarchie constitutionnelle. Où est Moulay Hicham aujourd’hui ; je le comptais parmi mes amis et le compte encore ; dans ma petite chronique au sujet de Zahra, je lui signifiais également qu’il est temps qu’il se manifeste de manière forte et significative. M’entendrez-vous, prince-citoyen !



[1] ARTICLE 19: Le Roi, Amir Al Mouminine. Représentant Suprême de la Nation, Symbole de son unité, Garant de la pérennité et de la continuité de l'Etat, veille au respect de l'Islam et de la Constitution. Il est le protecteur des droits et libertés des citoyens, groupes sociaux et collectivités.
Il garantit l'indépendance de la Nation et l'intégrité territoriale du Royaume dans ses frontières authentiques.

[2] ARTICLE 23: La personne du Roi est inviolable et sacrée
[3] Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Gallimard, 1971, pp.61-63.
[4] ARTICLE 20: La Couronne du Maroc et ses droits constitutionnels sont héréditaires et se transmettent de père en fils aux descendants mâles en ligne directe et par ordre de primogéniture de SA MAJESTE LE ROI HASSAN II, à moins que le Roi ne désigne, de son vivant, un successeur parmi ses fils, autre que son fils aîné. Lorsqu'il n'y a pas de descendants mâles en ligne directe, la succession au Trône est dévolue à la ligne collatérale mâle la plus proche et dans les mêmes conditions.
ARTICLE 21: Le Roi est mineur jusqu'à seize ans accomplis. Durant la minorité du Roi, un Conseil de régence exerce les pouvoirs et les droits constitutionnels de la Couronne, sauf ceux relatifs à la révision de la Constitution. Le Conseil de régence fonctionnera comme organe consultatif auprès du Roi jusqu'au jour où il aura atteint l'âge de vingt ans (20) accomplis.
Le Conseil de régence est présidé par le premier président de la Cour Suprême. Il se compose, en outre, du président de la Chambre des Représentants, du président de la Chambre des Conseillers, du Président du Conseil régional des oulémas des villes de Rabat et Salé et de dix personnalités désignées par le Roi intuitu personae.
Les règles de fonctionnement du Conseil de régence sont fixées par une loi organique.

Ahmed Benani est professeur d'histoire, chargé d'un cours sur « L'islam dans l'espace européen », à l'Université de Lausanne et de Genève (DESS), président de l'Observatoire international des affaires de la Palestine, membre fondateur des comités de lutte contre la répression au Maroc, co-auteur (avec Mondher Kilani) de  Islam et changement social, 1998.

lundi 23 novembre 2009

Arrestation de Mariam Bahmo, témoin dans le dossier de Zahra Boudkour

Par les familles des détenus politiques,23/11/2009
Communiqué
La militante Mariam Bahmo a été arrêtée à son domicile, enlevée des mains de son père à une heure de l'après-midi. Mariam, est  seule témoin dans le dossier de notre fille ZAHRA BOUDKOUR.
L'arrestation de Mariam, arrachée des bras de son père  alors que quelques jours nous séparent de l'al Aïd el-Kebir, est une nouvelle preuve de la barbarie et des crimes du régime en place.
En tant que familles des détenus politiques , nous condamnons l'arrestation de Mariam, nous demandons à tous les combattants de la liberté et aux militants d'agir rapidement pour libérer Mariam, qui a quitté l'université et est allée à Zagora pour travailler et pouvoir payer la facture d'électricité pour sa maison familiale, qui est estimée à 2000 DH.!


Je dénonce vivement cette arrestation arbitraire de la militante Mariam Bahmo, et j'appelle les militants à se mobiliser pour que cesse la campagne d'arrestations politiques parmi les étudiants dans les universités marocaines, et pour faire libérer ceux qui sont en détention à Fès et à Marrakech
Adib Abdesselam

samedi 14 novembre 2009

Zahra en lutte

Par Ali Fkir, 12/11/2009


Luttons ensemble pour la libération de la militante Zahra Boudkour, de ses camarades et de tout les prisonniers politiques.
Les prisons du Maroc regorgent de prisonniers d'opinion marxistes et islamistes.Ma vive solidarité avec toutes les victimes de l'État marocain

بــــــــــــــــــــــــــــــــــــلاغ


جميعا من أجل الحريات السياسية والنقابية
جميعا من أجل لإطلاق سراح كافة المعتقلين السياسيين


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بعد وضعنا لملفنا المطلبي لإدارة السجن , وطرقنا لأبواب الحوار مرات عديدة سواء عن طريق طلب الحوار مع إدارة السجن أو عن طريق إرسال مجموعة من الإرساليات لإدارة جامعة القاضي عياض بمراكش, وفي الوقت الذي رفضت فيه إدارة السجن الحوار وامتناع إدارة الجامعة الرد عن إرسالياتنا وذلك بإيعاز من جهاز المخابرات DST . قررنا الدخول في برنامج نضالي يتضمن العديد من الأشكال النضالية بينها الإضراب عن الطعام على ثلاثة مراحل : إضراب لمدة ثلاثة أيام ثم ستة أيام بعدها الإضراب المفتوح, حتى تحقيق ملفنا المطلبي العادل والمشروع الذي يتضمن الشق الديمقراطي والشق المادي .




في هذا السياق خضنا نحن مجموعة زهرة إضرابا عن الطعام لمدة ثلاثة أيام وذلك بتاريخ 14 أكتوبر الماضي وبدل فتح باب الحوار والاستجابة لمطالبنا العادلة والمشروعة سيتمادى النظام القائم في هجومه على رفاقنا وعلى الجماهير الطلابية عبر اعتقال ستة من رفاقنا تم تقديم ثلاثة منهم إلى المحاكمة في حالة سراح فيما الثلاثة الآخرين وهم عبد الحق الطلحاوي , ناصر أحساين , يونس السالمي في حالة اعتقال .




واستمرارا لمعركتنا المفتوحة مع النظام قررنا نحن المعتقلين السياسيين ( مجموعة زهرة ومجموعة عبد الحق الطلحاوي ) الدخول في المرحلة الثانية من الإضراب عن الطعام أي : الإضراب لمدة ستة أيام وذلك ابتداء من يوم الجمعة 13 نونبر 2009.




وإننا إذ نحمل المسؤولية الكاملة للنظام القائم في ما ستؤول إليه الأوضاع , ندعوا كافة الهيئات واللجان التي تعنى بقضية الإعتقال و مسألة الحريات السياسية والنقابية ( لجنة المعتقل , اللجان الشبيبية , اللجان المحلية , والهيئة الوطنية للتضامن مع كافة المعتقلين السياسيين بالمغرب ... ) وكذا كل مناضلي ومناضلات الشعب المغربي الالتفاف حول معركتنا هاته , التي تندرج ضمن نضال الشعب المغربي من أجل نيل الحرية السياسية.



samedi 1 août 2009

«On peut comparer le commissariat de Jamaâ El Fna à Tazmamart ou Guantanamo !»

Une interview de Zahra Boudkour
Par Hicham Bennani, Le Journal Hebdomadaire N°405, 24/07/2009

-Le jeudi 9 juillet 2009, vous avez été condamnée à 2 ans de prison ferme par le tribunal de Marrakech. Vous attendiez-vous à un tel verdict ?

(Long silence) J’ai pris deux ans de prison avec neuf autres étudiants. Un étudiant a écopé de quatre ans. Nous étions tous préparés à une telle sentence. Nous étions même prêts à subir bien pire que la prison. La prison, ce n’est qu’un petit lieu de détention.

-Vous n'avez donc pas été déçue après le procès ?
Nous étions préparés psychologiquement. Le temps nous donnera raison car la vérité finit toujours par triompher. En attendant, je reste en prison encore quatre à six mois en attendant le procès en appel.

-Que s’est-il passé au tribunal en ce «jeudi noir» ?
Rien de spécial. Nous sommes restés fidèles à nos déclaration habituelles devant le juge. Nous avons déclaré que toutes les accusations intentées à notre encontre étaient infondées.

-De quoi étiez-vous accusés exactement ?

De tentative d’homicide et d’avoir mis le feu dans la rue. Les gens qui nous ont collé ce procès sont bien connus. Le policier qui a été blessé pendant les manifestations n’a même pas été capable de désigner la personne qui l’a agressé. Le pire, c’est qu’au moment où il a été brutalisé, nous étions déjà au commissariat !

-Qu’avez-vous déclaré pendant le procès ?

Juste avant l’énoncé du verdict, le juge nous a donné l’occasion de nous exprimer une dernière fois. Nous assumons nos actes jusqu’au bout, quel que soit le jugement.


-Quels sont les problèmes que vous rencontrez actuellement dans la prison civile de Boulmharez ?

Il n’y a même pas un endroit où on peut se rendre pour consulter un médecin. Le médecin vient nous voir une seule fois par semaine. Même si quelqu’un est malade pendant la semaine, il doit attendre le vendredi. Et nous devons patienter jusqu’au lundi pour recevoir les médicaments. Peu importe qu’on attende, on peut mourir à petit feu…

-Le médecin est donc inefficace…

Ce mois-ci, le médecin nous a rendu une seule visite. Chaque fois que je prends un traitement, cela ne me fait aucun effet. J’explique pourtant au médecin que je souffre de plusieurs maux.…Je ne sais même pas quelles sont vraiment mes maladies et le médecin est incapable de me le dire !

-Lorsqu’il y a urgence médicale, que se passe-t-il ?

On peut toujours attendre…des heures et des heures…

-De quels symptômes souffrez-vous ?

J’ai un mal de crâne récurrent, qui s’accentue lorsque je me lave la tête depuis qu’on m’a frappée avec une barre fer au commissariat de Jemaâ El Fna. J’ai également d’étranges douleurs au ventre et dans certaines parties de mon corps.…

-Décrivez-nous le cadre dans lequel vous vivez depuis mai 2008…

Il est exécrable. Nous sommes trop nombreux dans un petit espace envahi par les cafards. Nous sommes une cinquantaine dans un lieu qui ne prendrait normalement pas plus de vingt personnes. Beaucoup de femmes sont très malades, elles souffrent des poumons et crachent du sang. Même les enfants sont dans un très sale état, ils ont des cafards sur le visage.…
-Quelles sont les conditions d’hygiène ?On se douche à l’eau froide une seule fois par semaine. Nous sommes une cinquantaine de personnes à nous partager un seul sanitaire.…


-Où dormez-vous ?

Dans de piteuses conditions. Il y a des détenues qui sont un peu mieux loties que d’autres. Mais nous dormons toutes sur de vieilles guenilles.

-Et que mangez-vous ?

De la nourriture pitoyable. En été, on mange des lentilles, des haricots, des fèves,… (silence) des carottes, des pommes de terre…c’est-à-dire tout ce qui est fait avec beaucoup d’eau.


-Est-ce qu’on vous maltraite en prison ?

(Silence) Non, non. On ne nous frappe pas…

-Vous gardez le sourire, malgré ce qui vous arrive…

Je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort, alors autant garder le sourire. Que voulez-vous que je fasse ?

-Est-ce que vous recevez des visites de votre famille ?

Une fois par semaine. Et seulement une dizaine de minutes au maximum dans un vacarme total. Les responsables font parfois attendre nos familles pendant des heures car les visites des hommes, qui sont 6 000, passent avant celles des femmes.…


-Rappelez-nous ce que vous avez subi le 15 mai 2008 au commissariat de Jamaâ El Fna ?

On nous a menotté les mains et les pieds. On nous a également bandé les yeux. C’est à partir de là que nous avons été torturés durant cinq jours en continu. On a reçu des coups partout sur le corps. J’ai reçu une barre de fer sur la tête et j’ai eu un œil touché. Je ne pouvais même pas aller aux toilettes. On m’a même déshabillée.…

-Si vous saviez que tout cela allait arriver et que vous alliez écoper de deux ans de prison, auriez-vous agi de la même manière ?

Pour être militante, il faut persévérer. Nous savions déjà tout ce nous allions endurer. Rien n’est gratuit. Il s’agit d’abord d’un sacrifice individuel. Je ne m’attendais pas à ce que la justice nous offre des fleurs ou nous déroule un tapis rouge. Bien au contraire. Tout ce que nous pourrons subir ne changera jamais nos convictions et je ne regrette rien.


-Vous êtes donc prête à tout pour le militantisme ?

Je suis prête à donner deux ans de ma vie en prison pour que les choses changent au Maroc. Je peux même donner quatre ans, dix ans ou toute ma vie pour que les conditions du peuple marocain s’améliorent.


-Les rumeurs selon lesquelles vous auriez demandé une grâce royale sont donc fausses ?Evidemment. Je ne vois pas pourquoi je vais demander une grâce royale puisque je suis innocente.


-Savez-vous que vous êtes devenue un symbole pour les défenseurs des droits de l’homme au Maroc ?

Il n’y a aucune amélioration dans le domaine des droits de l’homme au Maroc. Les noms des principaux boucs-émissaires ont peut-être changé, mais la justice est toujours la même. On peut comparer le commissariat de Jamaâ El Fna à Tazmamart ou Guantanamo !

-De quoi sera fait votre avenir, une fois que vous sortirez de prison ? Allez-vous rester au Maroc ?

Je ne sais pas si je resterai ici ou pas. Je ne pense pas à cela. Ce qui compte, c’est que je continuerai à me battre pour toutes les idées qui m’ont conduite en prison. Je vais finir mes études à l’université et défendre mesconvictions.

BIO EXPRESS

28 novembre 1987 : Naissance à Zagora.

28 novembre 1989 : Décès de sa mère.

15 mai 2008 : Arrêtée et torturée par la police de Marrakech

9 juillet 2009 : Condamnée à 2 ans de prison ferme

lundi 20 juillet 2009

A ne pas manquer !

Par Ali Fkir, 20/07/2009

Le journal hebdomadaire du 18 au 24 juillet 2009 contient un certain nombre d'articles intéressants à lire, dont:
- l'Edito consacré à Zahra Boudkour et ses camarades
- Une interview avec Zahra,
- Un reportage sur la CARAVANE DE LA DIGNITE (Khénifra)
- Des témoignages sur l'actualité dont celle de Abdelhamid Amine
......

vendredi 10 juillet 2009

Groupe de Zahra Boudkour : verdict scandaleux !

par le Comité belge pour la libération des étudiants détenus à Marrakech, Bruxelles, 9/07/09

Après 14 mois de détention, le jugement des Etudiants Universitaires (Groupe de Zahra Boudkour) s'est continué aujourd’hui jeudi 9 juillet 2009 au sein de la chambre criminelle de la cour d'appel de Marrakech.

Le procès a été caractérisé par :
- La présence en masse de tous les corps de répression secrets et apparents dans la salle et dans le hall, ainsi qu'autour de la cour ;
- La présence de presque de toutes les familles des détenus ainsi que leurs camarades, après avoir été fouillés ;
- Le soutien aux détenus de 12 avocats
- Discussions autour d'un seul dossier mais avec 12 accusations
- Le jugement a duré de 10h à 13h 45 mn.


Les avocats ont tenté de démontrer que le jugement a un caractère politique, que le dossier des détenus est vide et qu’ il n’y a aucune preuve qui les accuse.
Quand la parole a été donnée aux détenus, ils ont affirmé qu’ils sont innocents et qu'ils sont jugés pour leurs convictions politiques dont ils ne changeront pas même en martyrs.
A la fin et après délibération les verdicts tombent comme suit :

- 4 ans de prison ferme pour le camarade Mourad Chouini
- 2 ans de prison ferme pour Zahara Boudkour et ses 9 camarades






Déclaration au sujet des condamnations
Le makhzen vient de frapper aveuglément, et d’une manière abusive et disproportionnée avec les faits reprochés au « groupe de Zahra ». Les lourdes condamnations contre les jeunes étudiants détenus à Marrakech sont non seulement scandaleuses et révoltantes, mais elles portent la marque de tant de violations sur le plan du droit. Elles sont la preuve irréfutable que le makhzen est dépassé par son arrogance et son éternel arbitraire féodal accoutumé à violer régulièrement le socle des valeurs démocratiques que nous défendons, et à mépriser l’Etat de Droit que nous rêvons d’instaurer, de toutes nos forces et notre résistance.

Le makhzen bafoue toutes les valeurs du dialogue et du « contrat social ». Depuis l’arrestation du « groupe de Zahra » – ainsi que l’ensemble des péripéties endurées par ces étudiants : tortures ; grève de la faim et ses graves conséquences de santés ; la maltraitance des prisonniers et de leurs familles ; le non respect de leurs droits en tant que détenus d’opinion…– les appels de toutes parts à la raison et au respect des libertés se sont fait entendre, mais sans que les autorités marocaines daignent y répondre. Le mépris des signataires de la « PETITION POUR LA LIBERTATION DES ETUDIANTS DETENUS A MARRAKECH » qui a réuni des centaines de personnes et de personnalités de tous les pays, est à mettre sur la liste des provocations de l’Etat marocain et de ses élites sans vision et sans éducation politique moderne. La pédagogie de la terreur et de la peur semée, il y a 50 ans, au sein de la société marocaine, continue à enfoncer le Maroc dans le tunnel des contentieux. Cette dérive makhzénienne est le signe têtu de l’immobilisme insultant les espoirs du changement et piétinant la mémoire collective.

Les contentieux s’accumulent et prouvent que l’Etat marocain se refuse à décoller et à ouvrir les horizons sur une société émancipée, paisible et démocratique. Mais jusqu’à quand ?!

dimanche 5 juillet 2009

Information d'Amnesty International sur les étudiants de Marrakech

Par Annie Delay,coordinatrice Maroc/Sahara occidental, 4 juillet 2009
A plusieurs reprises Amnesty International s'est mobilisée pour les 18 étudiants de Marrakech (7 d'entre eux viennent d'être libérés). Nous avons lancé une action mondiale de soutien aux 11 étudiants. En France cette action a pris la forme d'une campagne de lettres envoyées par les militants au Ministre de la justice et au directeur de l'administration pénitentiaire - celle-ci pour demander que leurs conditions d'incarcération soient améliorées (torture, mauvais traitements, manque de soins médicaux etc.).
En fait, plusieurs audiences viennent d'avoir lieu, mais pas encore de procès. A la dernière audience du 29 juin, les témoignages contradictoires ont été entendus sur le sujet des tortures et mauvais traitements infligés aux étudiants. La prochaine audience se tiendra le 9 juillet.
A cette audience du 29 juin, nous avons reçu des témoignages selon lesquels les forces de sécurité ont intimidé les familles, les étudiants solidaires présents et les témoins de la défense. Ce qui fait que seulement 18/20 personnes seulement ont assisté à l'audience.
Les chefs d’inculpation des onze étudiants :
- Participation à rassemblement armé
- Outrage et violences sur fonctionnaires publics,
- Destruction des biens publics et d'autrui
- Incendie volontaire*
- Complicité d'incendie volontaire,
- Tentative de meurtre*,
- Complicité de tentative de meurtre
Charges* : passibles de la peine de mort.

Les inculpés :
Mourad Al-Chouni ; Khaled Mouftah ;Mohamed Al Arabi Gadi ; Youssef Al-Alawi; Ousmane Al-Chouni ; Alaa Al-Dirbali ; Youssef Mashdoufi ; Abdallah Al-Rashidi ; Mohamed Rachidi;Zohra Boudkhour ; Galal Al-Qitbi

dimanche 28 juin 2009

Pétition pour la libération du groupe de Zahra

Cyber @ction 325: libération du groupe de Zahra
Un seul clic suffit
Pour demander la libération des 11 étudiants de Marrakech du groupe de Zahra toujours détenus à la prison de Boulmharez depuis 14 mois.

Ils ont été arrêtés en mai 2008, emprisonnés à la prison de Boulmharez à Marrakech, sauvagement torturés par la police pour avoir protesté contre les mauvaises conditions de vie et d’études. La police s’est acharnée de manière particulièrement abjecte sur Zahra Boudkour, la seule fille du groupe. Le 11 juin ils ont entamé une grève de la faim de 46 jours à l’issue de laquelle plusieurs d’entre eux étaient dans le coma.. Un procès en appel a eu lieu le 4 août : leur détention a été prolongée. Depuis les procès sont ajournés de mois en mois …
Voilà bientôt 14 mois qu’ils subissent une détention injuste et injustifiée, que les droits de l’homme y sont bafoués, que le pouvoir qui ose parler de « marche vers un Etat de droit » s’abaisse à harceler et mépriser la jeunesse qui est l’avenir du pays. Le dernier procès a eu lieu le 28 mai. Leurs familles ont voulu y assister. Elles ont été tabassées, humiliées, menacées de viol…
Zahra est très malade, elle souffre d’une maladie gynécologique à la suite d’un viol à la matraque. On lui refuse le droit d’être examinée par un gynécologue. Le doyen de la fac s’acharne à lui faire échouer ses examens qu’elle tente de préparer malgré son état...
A bout de force elle se remet en grève illimitée de la faim. Plutôt mourir que subir ces humiliations !
"Pendant les années les plus noires du protectorat, pendant les années les plus dures du règne de Hassan II, un tel acharnement contre des prisonniers d'opinion et leurs familles était inconcevable.." Khalid Jamaï.
Merci de votre mobilisation pour tenter d'obtenir leur libération.
Marie José Fressard Solidarité Maroc 05 (
solidmar05@gmail.com)
Alain Uguen Association Cyber @cteurs
COMMENT AGIR ?
Sur le site
http://www.cyberacteurs.org/actions/lettre.php?id=421
http://www.cyberacteurs.org/actions/lettre.php?id=421
Par courrier électronique
C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :
1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous entre les ############
2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte
3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville
4- Rajouter l'objet de votre choix : libération de Zahra et de ses 10 compagnons
5- Adressez votre message aux adresses suivantes :
courrier@pm.gov.ma
lididi@justice.gov.ma
mailto:info@amb-maroc.fr
cyberacteurs@wanadoo.fr
Cliquer ici :
<
mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr;contact@diplomatie.gouv.fr;courrier@pm.gov.ma;lididi@justice.gov.ma
Ou ici selon votre logiciel de messagerie
<
mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr,contact@diplomatie.gouv.fr,courrier@pm.gov.ma,lididi@justice.gov.ma
Vérifiez que les 4 adresses apparaissent bien
6- Envoyez le message
les Belges peuvent écrire à Karel De Gucht, leur ministre des Affaires Etrangères :
mailto:kab.bz@diplobel.fed.be
Cette cyber @ction est aussi signable en ligne
http://www.cyberacteurs.org/
Par cette action, vous ferez connaître votre opinion au Premier Ministre du Maroc, au Ministère de la justice marocain, au Ministre des Affaires étrangères français et à Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action.
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Prénom, Nom
Profession :
Adresse :
code postal Localité :
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Ministre
Je me joins à Solidarité Maroc 05 pour protester vivement contre la longue détention de 11 étudiants de Marrakech du groupe de Zahra toujours détenus à la prison de Boulmharez et demande aux autorités de procéder d’urgence à leur libération .
Dans l'attente de vous lire, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma vigilance citoyenne