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vendredi 4 avril 2014

Mhamid: un jeune détenu baasiste retrouvé mort dans sa cellule


Par Z.C., h24info.ma, 1/4/2014 Z.C. 

Le corps sans vie d'Abdelwahab Nourredine a été retrouvé ce mardi matin dans une cellule du pénitentier de Ouarzazate.   Le corps sans vie d'Abdelwahab Nourredine a été retrouvé ce mardi matin dans une cellule du pénitentier de Ouarzazate © DR

 Abdelwahab Nourredine, 28 ans, s'est donné la mort ce mardi matin, selon la Délégation générale de l'administration pénitentiaire. Il était en prison pour "outrage au drapeau" et "destruction de biens". 
Selon la version officielle, Abdelwahab Nourredine s'est pendu ce mardi matin entre 6h30 et 7h. Il aurait utilisé un morceau de tissu qui servait de rideau, qu'il a accroché au support de la cellule qu'il occupait. Il se serait suicidé pendant le sommeil de son compagnon de cellule à la prison de Ouarzazate.

Le défunt a été condamné en juillet 2012, avec trois autres activistes, à deux ans de prison et à 10.000 dirhams d'amende pour "outrage au drapeau national" et "destruction de biens publics", selon Yabiladi. Il devait quitter le pénitencier le 25 novembre 2014.

Contacté par H24info, Brahim Rizkou, vice-président de la section de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) à Zagora estime que les circonstances de ce décès restent "obscures". "Nous avons envoyé une lettre au procureur pour qu'une enquête soit ouverte sur les circonstances du décès. Abdelwahab Nourredine souffrait de problèmes de santé mais les soins nécessaires ne lui ont pas été prodigués comme il le faut", déclare Brahim Rizkou.

Coupures d'électricité, d'eau et d'internet
Abdelwahab Nourredine était membre du courant estudiantin de la gauche baasiste. Il manifestait à M'hamid El Ghizlane contre les coupures répétées d'électricité, d'eau et d'internet que connait la province de Zagora. Une situation qui n'a pas beaucoup évolué depuis, toujours selon l'AMDH.
"Aucune solution n'a été trouvée. L'eau est toujours rare et de mauvaise qualité dans la province de Zagora. Cet été, les coupures d'électricité seront sûrement de retour. La température monte à 50 degrés. Je vous laisse imaginer la situation des ménages qui n'ont plus de frigo en plus du problème d'eau potable", s'inquiète le responsable à l'AMDH.

jeudi 15 novembre 2012

La 9ème édition du festival du film de Zagora se penchera sur le thème de l’immigration subsaharienne”

 7/11/2012

Entretien avec Ahmed Chahid, directeur du Festival international du film transsaharien de Zagora :

 “La 9ème édition se penchera sur le thème de l’immigration subsaharienne”

Ce jeudi, le gotha du cinéma national se donne  rendez-vous à Zagora,  la citadelle des kasbahs et ksours, pour  le Festival international  du film transsaharien.
Le directeur de cette  manifestation qui va souffler sa 9ème bougie nous en présente  le programme  et les objectifs. Entretien.


Entretien avec Ahmed Chahid, directeur du Festival international du film transsaharien de Zagora : “La 9ème édition se penchera sur le thème de l’immigration subsaharienne”Libé : Quelle nouveauté pour cette neuvième édition ?

Ahmed Chahid : Pas vraiment une nouveauté, mais une consécration, dans l’objectif d’en faire une tradition. Nous allons ouvrir le festival par un film produit par l’Association du festival, sur la base de l’un des scénarios primés l’année précédente. 
Cette année, le film a été tourné avec les comparses de la région. La deuxième nouveauté consiste en le choix d’une thématique ayant marqué les travaux de plusieurs réalisateurs, en l’occurrence l’immigration subsaharienne. Le débat sera ouvert entre spécialistes et  cinéastes.

Quels sont les moments forts de cette édition ?

Il y a d’abord la cérémonie d’hommage que le festival rendra lors de la cérémonie d’ouverture à Mohamed Hassan El Joundi pour son apport  à  la création en général et au cinéma en particulier. L’artiste est l’un des précurseurs au niveau à la fois du théâtre, de la télévision et du 7ème art. Tout le monde se rappelle d’ailleurs son rôle dans la grande épopée historique : «Arrisala» et récemment son interprétation de l’un des rôles essentiels dans le grand feuilleton arabe « Omar Ibn Al Khattab ».
Bien sûr, nous gardons toujours ce moment de formation en faveur des étudiants de la région dans les métiers de cinéma comme une tradition, puisque cela reste désormais une rubrique stable dans notre programmation, et répond à l’un de nos objectifs.

Après neuf ans de la vie du festival, avez-vous réalisé vos objectifs ?
Du moins en partie. Au début, nous avions développé la réflexion d’organiser un festival de cinéma pour mettre en œuvre le potentiel touristique, mais au fil du temps, nous avons eu la conviction que la vie du festival en lui-même reste importante, d’où l’ambition d’améliorer son programme. Ainsi, le festival est une occasion pour nos invités de connaître la ville, et à la presse de couvrir le festival, mais aussi de faire un focal sur les potentialités touristiques de la ville. Voilà, nous avons dans le sillage du festival des acquis comme le Complexe culturel de la ville.

Le concours de scénario constitue une spécificité de la manifestation

Nous ne voulons aucunement refaire ce qui se  fait dans les autres festivals. Nous avons ainsi mis en avant ce concours en faveur des scénaristes, notamment les jeunes autour de la même thématique : le désert et les aspects de la vie. Les participants à ce concours sont de tous les pays d’Afrique, et même de France et d’Espagne. D’ailleurs, durant trois ans de compétition, nous avons eu  deux lauréats, un Egyptien (le deuxième prix) et un Ivoirien qui a remporté le grand prix l’année précédente.  Entre les deux, il y avait deux jeunes de Zagora. Voilà donc une manière de permettre aussi à nos jeunes d’exprimer leurs talents.


mardi 10 avril 2012

Émergence d’un tourisme durable depuis Zagora


Par Anne-Sophie MARTIN , 5/4/2012  

Quand on pense tourisme, beaucoup voient tout de suite apparaître des images (clichés) quasi paradisiaques de palmiers, d’un transat installé au bord d’une piscine, dans un complexe hôtelier de luxe où tout est prévu pour limiter les efforts du touriste venu se reposer. Et, pourtant, une autre façon de voyager existe. Jusqu’à très récemment, rares étaient ceux qui envisageaient de voyager sac sur le dos à la découverte d’une région au potentiel patrimonial riche. Le tourisme durable, également baptisé tourisme alternatif, vert ou éco-tourisme, est pourtant rapidement devenu à la mode, notamment dans les pays occidentaux. Nombreux sont les touristes en partance d’Europe ou des États-Unis qui voyagent à la recherche d’une bouffée d’air pur et d’une immersion dans la population locale. «68% des Français sont prêts à payer plus pour un tourisme écologique», nous apprend ainsi le docteur Mtir Abdellah, chercheur en développement territorial dans les oasis marocaines. 
L’organisation du premier forum du tourisme durable et du développement local, qui s’est tenu du 29 mars au 1e avril à Zagora, a justement été l’occasion pour réunir l’ensemble des acteurs concernés par le développement touristique au Maroc, qu’ils soient marocains ou étrangers. Organisée par la wilaya du Souss-Massa-Drâa (SMD), la province de Zagora, la commune urbaine de Zagora, le Conseil provincial du tourisme (CPT) de Zagora, l’association de développement de la vallée du Drâa (ADEDRA) et l’agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), la manifestation a ainsi connu la participation de nombreux intervenants, dont l’université Ibn Zohr, le Conseil régional du tourisme, le Conseil régional de SMD ou encore le centre d’études et de recherche sur le développement durable. À travers la tenue de différents ateliers et tables rondes, l’idée était d’instaurer une culture touristique solidaire, écologique et rurale, porteuse d’opportunités de développement local intégré pour les populations locales de la région. À l’issue du forum, une réflexion globale s’est mise en place pour mettre en valeur le potentiel du tourisme durable dans les vallées du Drâa et du Maidr et réfléchir à la préservation du patrimoine naturel et culturel de la région des oasis. Pendant ces 4 jours, chercheurs, ONG, professionnels du tourisme, associations professionnelles et administrations publiques se sont attelés à mettre le tourisme au cœur d’une problématique plus vaste, le développement durable. À ce titre, il faut noter que le concept de tourisme durable a été officialisé en 1995 par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), après l’organisation de la première rencontre sur ce thème.

Combiner durabilité et tourisme
Au Maroc, la combinaison de l’industrie touristique avec la préservation des richesses environnementales et culturelles est devenue un enjeu majeur pour les zones oasiennes. Réparties sur une diagonale nord-sud, de Figuig à M’hamid El Ghizlane, les oasis marocaines souffrent de la pression urbanistique et du manque de mise en valeur. «3% des palmeraies disparaissent chaque année», explique ainsi Aziz Bentaleb, professeur-chercheur à l’unité des études et des recherches environnementales de l’institut royal de la culture amazighe (Ircam). «Les unités hôtelières détruisent l’environnement car les investisseurs recherchent la rentabilité», poursuit-il. Pour limiter les dégâts d’un tel tourisme, l’idée est de privilégier le développement du logement chez l’habitant. La durabilité du tourisme passe également par la mise en place de règles strictes. «Il nous faut élaborer une charte du touriste responsable. Il est par exemple anormal qu’un touriste consomme 400 litres d’eau lors de son séjour, alors qu’un habitant de la région n'en consomme que 60», regrette le docteur Mtir Abdellah. De la même façon, l’installation de bivouacs doit être réglementée. «Certains ne sont distants que de 50 mètres. D’autres peuvent parfois accueillir une centaine de voyageurs ! On est loin du concept de tourisme durable», s’insurge Halim Sbaï, directeur financier du projet Taragalte, une fondation qui lutte ardemment pour la préservation des oasis de la région de M’hamid El Ghizlane. Des pistes pour les circuits en 4x4 doivent être délimitées. La question de la formation de l’ensemble des acteurs et celle de la création de labels éco-touristes sont également plus que nécessaires.

Manque de communication
«Le touriste venu séjourner au Maroc doit faire son choix entre le tourisme de luxe, le tourisme de masse et le tourisme durable. Les trois sont possibles. La région du Souss-Massa-Drâa est d’ailleurs très adaptée au développement d’un tourisme durable au Maroc. Cependant, beaucoup reste à faire», précise le docteur Mtir. «La région de Zagora a été découverte par coïncidence à la fin des années 80. C’est le contexte international de l’époque avec les problèmes d’instabilité des pays du Sahel ou encore la question de l’intégrisme en Algérie, qui ont reporté le tourisme saharien vers le Maroc. Il ne s’agit pas d’une destination bien définie - Les tours opérateurs ont trouvé toute une topographie qui peut répondre aux marchés qu’ils ont», explique pour sa part Ahmed Chahid. Néanmoins, dans sa stratégie de promotion du tourisme, le Maroc fait encore peu de place aux possibilités du tourisme durable. À l’étranger, le pays mise essentiellement sur le tourisme de masse pour recevoir des devises. Ces dernières semaines, les promoteurs touristiques marocains et les institutionnels étaient d’ailleurs en campagne de promotion en Russie, à la recherche d’un potentiel de 2 millions de touristes. Or, cette clientèle semble bien trop exigeante pour s’aventurer dans un bivouac. Au salon international du tourisme de Berlin, qui a eu lieu du 7 au 9 mars dernier, l’occasion était trop belle pour séduire les marchés intéressés par le concept du tourisme durable. Mais là encore, le Maroc n’a pas saisi sa chance. La difficulté du Maroc est que les institutionnels sont très peu intéressés par la problématique environnementale du tourisme. «Le Maroc mise principalement sur le tourisme de masse pour drainer des devises. Le pouvoir central néglige le tourisme durable, d’où la nécessité de renforcer les capacités des populations locales», affirme Aziz Bentaleb. Les bénéfices d’un tel tourisme iraient enfin aux bonnes personnes : les chameliers, les guides, les restaurateurs, les chauffeurs, etc.
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Ahmed Chahid,
Président du Conseil provincial du tourisme (CPT) de Zagora.

«Rendement durable plutôt que rentabilité»

Les Échos quotidien : Quelle est la situation actuelle du secteur touristique, dans la région de Zagora?
Ahmed Chahid : En 2011, nous n’avons malheureusement pas atteint le chiffre de l'année 2000. À l’époque, nous avions réalisé 100.000 nuitées. Mais jusqu’à aujourd’hui, nous n’en avons pas dépassé 50.000. En 2010, le taux d’occupation dans les hôtels classés de Zagora n’a pas dépassé 14%. En 2011, les estimations font état d’un taux d’occupation de 12%. Mais le taux d’occupation des maisons d’hôte est en forte croissance, avec un taux d’occupation estimé à 65%.

Pourquoi cette baisse de fréquentation dans la région ?
Pendant l’âge d’or du tourisme de la région, le tourisme de masse régnait. Les hôtels 4 ou 5 étoiles se sont multipliés. Les promoteurs ont profité de la région. Ce ne sont pas les populations locales qui ont investi dans le tourisme, mais des sociétés anonymes, soit étrangères soit nationales. Depuis, la demande a chuté et nous ne sommes pas parvenus à la récupérer, à cause de la crise économique de ces dernières années. Néanmoins, il faut savoir que beaucoup d’activités ne sont pas chiffrées. L’informel domine dans la région. Ces prestations ont vu le jour grâce aux autochtones mais nous n’avons pas de possibilité d’avoir les statistiques.

Pourquoi réfléchir aujourd’hui à un tourisme durable ?
Nous n’avons pas choisi notre secteur du tourisme. Nous n’avons pas d’infrastructures capables de concurrencer les autres destinations, qu’elles soient étrangères ou marocaines. Il faut chercher la meilleure façon d’exploiter notre potentiel, d’où l’idée de cumuler tourisme et durabilité. D’un côté, notre écosystème est trop fragile. De l’autre, nous avons un patrimoine naturel, culturel et civilisationnel qui constitue une richesse incroyable pour notre région. Le patrimoine des kasbahs n’est malheureusement pas encore valorisé. Aujourd’hui, il nous faut une vision stratégique globale. Il faut impliquer les populations locales, les institutionnels, les promoteurs, etc. D’où l’organisation de ce premier forum. Il a été organisé pour convaincre l’ensemble des acteurs de se mobiliser pour l’élaboration d’une stratégie pour un tourisme durable.

Qu’en est-il de la question de la rentabilité pour les investisseurs ?
Jusque là, nous n’avons de toute façon pas profité des recettes issues du tourisme. La question est plutôt de savoir comment nous pouvons avoir un rendement durable. Que nous apporte le tourisme de masse ? Les packages se vendent en France à 400 euros pour 8 jours. Ces prix-là ne peuvent même pas payer l’amortissement d’un établissement hôtelier. Ce tourisme de masse n’est pas rentable. Nous visons le militantisme en ciblant une certaine clientèle.
Point de vue

Philippe Voisenet,
Vice-président de l’ONG Tourisme sans frontières

Nombreuses sont les ONG qui pourraient mener des projets microlocaux de tourisme durable. Néanmoins ces derniers seraient trop locaux. Qui viendrait en Afrique pour un seul village ? Il faut au contraire faire en sorte que le pays ou la région deviennent une destination dédiée au tourisme durable. Regrouper les ambitions dans une même stratégie reste la meilleure solution. Au Maroc, les compétences sont là. Cependant le manque de collaboration entre les différents acteurs freine l’élaboration d’une stratégie globale pour le tourisme durable. Il ne restera alors que le passage de la pensée à l’acte. Cela serait par exemple possible par la création d’un réseau d’agences de voyages marocaines, qui reçoivent les touristes. C’est dans cette optique que nous avons signé une convention avec le réseau de développement touristique rural. Nous sommes là pour les aider à réfléchir à la création d’une stratégie, à la formation des acteurs et à la mise sur le marché de l’offre. L’intérêt du tourisme durable va grandissant. Ce n’est pas pour rien si le Salon du tourisme et de l’économie solidaire, Solidarissimo, qui se tient chaque année à Colmar, accueille 30.000 visiteurs en 3 jours.
Le cas du village touristique de N’koob
Situé au nord de Zagora et à 220 km de Merzouga, la communauté rurale de N’koob fait figure d’exemple en matière de tourisme durable. Sur les 45 kasbahs que compte la commune, 24 ont été rénovées. Chacune aura nécessité un investissement de près de 1,5 MDH. La première, Baha Baha, a ouvert ses portes en 1999. Une seule est détenue par un étranger. Et toutes sont devenues des gîtes ruraux. La zone offre aujourd’hui une capacité de 270 lits. En travaillant avec différents centres de réservation et une trentaine d’agences de voyage, ces gîtes ont réussi à attirer des visiteurs venus des quatre coins d’Europe. Néanmoins, le taux d’occupation reste inégal selon les kasbahs. Le manque de formation reste un frein important au développement de ce village. En vue de promouvoir le développement touristique de la zone, l’association village d’accueil touristique durable N’koob, a été créée en 2010.

vendredi 28 mai 2010

Zahra sur la route de la liberté

Par Jules Crétois,envoyé spécial de TelQuel   à Zagora

La jeune militante à sa sortie de prison, le 15 mai. (DR)
Zahra Boudkour, la plus jeune détenue politique du royaume, a retrouvé sa liberté en même temps que huit de ses camarades. TelQuel a suivi la caravane qui l’a conduite de la prison de Ben Guerir à Zagora, sa ville natale. Reportage.
Ben Guerir, sa base militaire, sa prison et sa détenue politique, la plus jeune et certainement la plus célèbre du pays. Ce samedi 15 mai à 8h30 du matin, Zahra Boudkour, 23 ans, sort sous les applaudissements et les chants révolutionnaires après deux années de réclusion. Arrêtée
le 14 mai 2008 à Marrakech, suite à un mouvement de protestation universitaire, Zahra avait longtemps attendu son procès avant d’être définitivement condamnée pour port d’armes, insultes à magistrat et constitution de groupe armé. Un périple judiciaire accompagné d’une grève de la faim, qui avait suscité des inquiétudes jusqu’au sein des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Aux quelques militants et à ses amies de la faculté se sont joint la présidente de l’AMDH, Khadija Ryadi, et l’humoriste Bziz pour accueillir la jeune femme qui se jette dès sa sortie dans les bras de sa sœur Ghalia. Devant les portes de la prison, Zahra, émue, prend la parole : “Les mots me manquent… Ils m’ont arrêtée pour mes convictions et ce n’était sûrement pas la dernière fois. La prison ne m’a rien pris. La lutte continue”. Sa santé en a pris un coup mais l’idéal demeure. Quand on l’interroge, Zahra insiste sur le sort de ses camarades : “Je n’étais pas seule. Nous sommes onze à avoir été emprisonnés. C’est important”.
Le groupe se disperse ensuite dans différentes voitures et prend la route du sud, en direction de Zagora. Le convoi fait halte à Marrakech pour récupérer Mohammed Jamili et Alaa Derbali, deux des onze prisonniers du “groupe Boudkour” libérés dans la matinée eux aussi. De jeunes étudiants “basistes” attendent dans des stations services de la ville pour monter en voiture. Pour l’un d’entre eux, il était “hors de question de rater la libération de Zahra qui est un symbole à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech”. C’est là qu’elle avait été arrêtée, avant d’être maltraitée dans le commissariat de la place Jammaâ el Fna : frappée, menacée de viol, laissée nue pendant des heures. Mais aujourd’hui, Zahra est emmenée chez le coiffeur pour préparer un retour en beauté à Zagora. Le long de la route, des membres de Annahj Addimoqrati rejoignent en marche la caravane qui s’étoffe peu à peu. Au coucher du soleil, le convoi s’arrête à Agdz, ville tristement célèbre pour son ancien bagne. Les militants forment une ronde et entonnent durant une petite demi-heure des slogans révolutionnaires dans ce qu’il reste des murs d’enceinte. Dans la voiture, la sœur de Zahra reçoit des appels : à Zagora, le comité d’accueil est prêt.
Une ville accueille sa fille
L’arrivée est fracassante. A quelques kilomètres de l’entrée de Zagora, des dizaines de voitures bondées attendent le convoi. Des femmes se ruent sur la voiture de Zahra pour la saluer. Drapeaux palestiniens et soviétiques au vent forment une haie d’honneur à l’énorme file automobile qui s’enfonce lentement dans la ville, sous un concert de klaxons, avant de s’arrêter devant une estrade montée pour l’occasion. Chauffés par l’immense foule, les intervenants ne mâchent pas leurs mots, certains se laissant aller à des discours d’une durée toute castriste. Tout y passe : des frais de scolarité trop élevés à la violence policière. La foule brandit des portraits de Guevara, Lénine et Abderrazak Al Gadiri, l’étudiant mort en 2008 pendant des manifestations, et laisse exploser sa joie lorsque Zahra monte sur l’estrade, drapeau rouge en main. Scandés par des militants chevronnés, les slogans ne s’arrêtent plus et sont repris par les enfants et les femmes de la ville : “Les années de plomb sont de retour !”, “Nouvelle ère, nouvelles tortures !”. La ville s’est politisée au fil des épisodes du feuilleton Boudkour. Ceux qui l’ont suivi tiennent à rappeler que le dossier n'est pas clos : si neuf des membres du “groupe Boudkour” ont été libérés ce week-end, deux autres, Mourad Chouiri et Khalid Miftah, sont encore retenus dans les prisons d'Essaouira et de Kalaat Sraghna, respectivement pour un et deux ans.
Autour de la place, les policiers se font discrets : seuls quelques officiers veillent de loin, bien que le rassemblement n’ait pas été autorisé. Peu avant minuit, la foule se disperse calmement au son d’un oud. L’effusion fait alors place à des retrouvailles plus intimes : les proches se rassemblent sous une grande tente près de la maison de Moulouda Boudkour, la grande sœur que Zahra, orpheline de mère, appelle “maman”. Tenue régionale traditionnelle de rigueur pour honorer le repas, sous le regard posé du père de famille, Khalifa, ancien résistant et militaire qui apprenait deux ans plus tôt l’arrestation de sa fille sur les ondes de la radio du Front Polisario. Un peu plus loin, les femmes en haïk chantent autour de Zahra qui savoure ses premiers instants en famille. Enfin libre.
Et après ? La faucille et le stylo
En prison, Zahra n’a pas chômé. Elle a rapidement obtenu, après quelques tracas administratifs, le droit de poursuivre ses études de droit français depuis sa cellule. Etudiante “comme les autres” avant son arrestation, elle prépare ses examens de fin mai, à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. Mais pas question pour Zahra, qui se dit aujourd’hui renforcée dans ses convictions, de mettre de côté ses activités militantes. Pendant sa détention, malgré le bruit - elle partageait sa cellule avec six autres femmes - Zahra a beaucoup lu. Des romans russes, français et palestiniens, bien sûr, sans oublier quelques ouvrages marxistes

lundi 17 mai 2010

Zagora en liesse, accueille Zahra, la communiste.

Par Ali Fkir, 17/5/ 2010
La militante Zahra Boudkour n'a pas besoin de "chioukhs", de" m'kadmines" et d'autres rabatteurs pour être accueillie à Zagora, sa ville natale, en véritable héroïne. Son engagement pratique dans la lutte des classes, ses idées, ses convictions, sa sincérité révolutionnaire sont largement suffisants pour drainer la foule...Le drapeau rouge, le marxisme léninisme, le communisme ne font peur qu'aux bourgeois, qu'aux grands propriétaires, qu'aux despotes, qu'aux néo-makhzaniens et autres défaitistes.
Ils sont nombreux à grincer les dents, à trembler de colère devant ce spectacle prometteur; aux frontières avec d'un côté le Sahara occidental et de l'autre l'Algérie, à des centaines de km de Rabat, la capitale, loin des salons des palaces où les "intellectuelles" bourgeoises, tout en sirotant les boissons fraîches, "discutent des droits de la femme" (à l'exception des droits des travailleuses, des paysannes, et à l'exceptions des droits des sans logements des quartiers populaires de Casablanca, de Fès...), à Zagora les humbles femmes accueillent Zahra avec les youyous tout en scandant des slogans engagés, et cela malgré les intimidations et les menaces des "forces de sécurité".
Certes, le chemin est long, il est pavé d'obstacles, mais les humbles, les travailleurs (euses) n'ont le choix qu'entre, d'un côté, accepter de continuer à vivre sans dignité dans l'enfer terrestre d'exploitation, d'oppression, d'exclusion, de privation, et de l'autre côté, oser relever la tête et s'engager sans hésitation dans le tumultueux combat de classes, sur le chemin de la révolution qui ne peut en aucun cas être que le fruit de la lutte des masses populaires conscientes et organisées, loin des "élections" makhzaniennes et loin des actions " révolutionnaires" élitistes.