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vendredi 26 juillet 2013

Tunisie : manifestations et accusations après l'assassinat de l'opposant Mohamed Brahmi

par Le Monde.fr avec AFP et Reuters |



Capture d'écran de Mohamed Brahmi lors d'une interview avec Radio CAP FM en Tunisie.

Mohamed Brahmi, député de gauche et opposant, a été assassiné par balles, jeudi 25 juillet, devant son domicile dans le secteur d'Ariana à Tunis. D'après des témoins, M. Brahmi a été tué par deux hommes à moto devant chez lui alors qu'il descendait de sa voiture.

La chaîne de télévision Watanya a précisé qu'il avait reçu onze balles, tirées à bout portant. Des voisins évoquent plutôt 5 coups de feu. "Son corps a été criblé de balles devant son épouse et ses enfants", a déclaré, en pleurs, Mohsen Nabti, membre du bureau politique du Mouvement populaire, petit parti de gauche dont Brahmi était le fondateur.
Après l'annonce de sa mort, un cortège d'environ 500 personnes s'est spontanément constitué devant le siège de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) avant de rejoindre l'avenue Habib-Bourguiba, où se trouve le ministère de l'intérieur. Parmi eux, la veuve de Chokri Belaïd, autre opposant de gauche tué par balle en début d'année. Devant le ministère, la foule a scandé "Ministère de l'intérieur, ministère terroriste", selon le site d'information Nawaat.
Le correspondant de France 24, David Thomson, rapporte que de nombreuses personnes se sont également réunies devant l'hôpital où a été conduit le corps de Brahmi.
Selon Nawaat plusieurs personnalités étaient notamment présentes : Mohamed Jmour, du parti Watad, Mehdhi Ben Gharbia, de la coalition démocratique, le député Brahim Kassas, l'avocate Leila Ben Debba, l'avocate Saida Garrach et la syndicaliste Thouraya Krichen.
Le corps de l'homme politique a été sorti de l'hôpital, juché sur les épaules de manifestants et suivi par un long cortège jusqu'à la cité El-Ghazala, le quartier de la banlieue nord de Tunis où vivait M. Brahmi, au 10 rue de la réconciliation, selon Nawaat.

COLÈRE CONTRE LE PARTI ENNAHDA
Dans le même temps, les partis démocratiques se sont réunis à 17 heures au siège du Front populaire, qui a appelé à la désobéissance civile, à la chute du gouvernement, à la dissolution de l'Assemblée constituante, à la création d'un gouvernement de salut public et à la grève générale le jour de l'enterrement de M. Brahmi. L'UGTT a appelé à la grève générale pour la journée de vendredi 26 juillet.
Des manifestations ont également éclaté à Sidi Bouzid, ville natale de Brahmi, où des centaines de personnes ont laissé éclaté leur colère, avant de mettre le feu au siège local du parti islamiste Ennahda, selon un habitant cité par Reuters.
La famille de Mohamed Brahmi a accusé Ennahda d'être responsable du meurtre. "Notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd", a déclaré en pleurs Chhiba Brahmi, la sœur du défunt.


L'avocate tunisienne Leila Ben Debba crie sa colère devant un hôpital de Tunis après l'annonce de la mort de Mohamed Brahmi, tué de onze balles devant son domicile, jeudi 25 juillet.
 
CHOKRI BELAÏD, ÉGALEMENT TUÉ DEVANT CHEZ LUI
Sous la dictature, Mohamed Brahmi militait dans le Mouvement des étudiants arabes progressistes et unionistes. En 2005, il crée, dans la clandestinité, le Mouvement unioniste nassériste. C'est après la chute du président Ben Ali qu'il crée le Mouvement du peuple, dont il a été écarté le 7 juillet en raison de son adhésion au Front populaire. Le député avait récemment créé le Mouvement populaire (Attayar Echaab), dont il était le coordinateur général.
Elu à l'Assemblée nationale constituante (ANC), Mohamed Brahmi, âgé de 58 ans, n'avait pas ménagé ses critiques envers le parti islamiste Ennahda au pouvoir. Le président de l'ANC, Mustapha Ben Djaafar, a déclaré que vendredi serait "un jour de deuil national".
L'assassinat de Mohamed Brahmi est le deuxième du genre en Tunisie depuis la chute de Ben Ali. En février,  Chokri Belaïd, critique virulent du parti islamiste Ennahda, avait également été tué par balle devant son domicile. Cet assassinat avait alors choqué et provoqué une profonde crise politique dans le pays, qui avait mené à la démission, à la fin de février, du gouvernement du premier ministre Hamadi Jebali.

LES ISLAMISTES DÉNONCENT "UN MEURTRE CONTRE L'ETAT TUNISIEN"
Le président de la République tunisienne a condamné cet assassinat, appelant les Tunisiens à "ne pas tomber dans le piège de la violence". Il souligne le fait que ce "crime [a été] réalisé le jour de l'anniversaire de la République", cinquante-six ans après la proclamation de la République tunisienne, le 25 juillet 1957.
François Hollande a condamné cet assassinat dans un communiqué "avec la plus grande fermeté", demandant que "la lumière soit faite au plus vite sur ce meurtre". Rached Ghannouchi, leader d'Ennahda appelé à la démission par les manifestants, a demandé publiquement "la mise en place d'une coalition nationale contre la violence".
"C'est un meurtre contre l'Etat tunisien et la démocratie. On cherche à travers ça à mettre la Tunisie dans l'instabilité et pousser les Tunisiens à s'accuser les uns et les autres. La révolution tunisienne était pacifique, on cherche à la rendre sanguinaire alors que nous sommes en train de finir la Constitution et de mettre en place les institutions qui vont mener le pays vers des élections libres."
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Déclaration du Conseil d'administration d'Attac-France

Mohamed Brahmi, militant Tunisien, élu député à l'Assemblée Constituante et membre dirigeant du Front Populaire a été assassiné ce jour.

Cet acte lâche, 5 mois après le meurtre d'un autre dirigeant du Front Populaire, Chokri Belaïd, s'attaque directement à celles et ceux qui oeuvrent pour la défense des libertés et des droits fondamentaux des Tunisien.ne.s, et ne peut avoir qu'un seul objectif : remettre en cause le processus de transition politique, en faisant le pari d'un durcissement du régime.

Attac France affirme son soutien à l'ensemble des forces démocratiques tunisiennes, qui luttent pour que la démocratie l'emporte contre la violence politique et les tentations autoritaires. 

Attac, le 25 juillet 2013

Tunisie - Pour un autre soulèvement... L'Autre Révolution !

Mohammed Belmaïziar Mohammed Belmaïzi, 25/7/2013




Gens de Tunisie, mes sincères condoléances pour la perte de Mohamed Brahimi, assassiné lâchement aujourd'hui par les barbares obscurantistes.

Peuple de Tunisie, ne laisse pas tes femmes (Amina est déjà en prison pour délit d'opinion) et tes hommes des Lumières partir l'un après l'autre. Hier c'était Chokri Belaïd, aujourd'hui c'est Mohamed Brahimi... et demain ce sera... Non je n'ose le croire!

Demain c'est l'insoumission, le Tammarroud pour faire dégager toute cette clique de criminels et instaurer un pays où il fera bon vivre. Un pays démocratique où l’État de Droit garantit la justice et la liberté.

Gens de Tunis, vous remettrez le pays à l'endroit. Notre solidarité et nos soutiens de partout!

Emel Mathlouthi - My Word is Free أمل مثلوثي - كلمتي حرة [Translated]
Tunisian girl signing a beautiful song while demonstration is going on in the back!

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Par Ali Fkir, 26/7/2013

  La dynamique qui s'est déclenchée dans le monde arabe ne peut et ne doit pas s'arrêter. Le processus connaîtra certes des hauts et des bas, quelques pas en arrières et plusieurs en avant, mais c'est un processus révolutionnaire à trend ascendant. Les masses populaires ne doivent en aucun laisser du "temps mort" qui profitera aux forces réactionnaires de bâtir des Etats théocratiques (islamistes) étouffants ou des Etats militaires tyranniques. 
Ce qui se passe en Tunisie et en Egypte est une référence pour les autres peuples. Pas de répit pour les forces réactionnaires , qu'elles soient religieuses ou militaires. L'erreur mortelle, c'est de laisser du temps aux forces réactionnaires de s'emparer des principaux rênes du pouvoir. L'Egypte et la Tunisie vivent la crise révolutionnaire telle qu'elle a été définie par Lénine, l'absence du "maestro" (le parti révolutionnaire), fait malheureusement défaut. C'est dans la rue, c'est dans le brasier des luttes, que le parti révolutionnaire se forge. Demander aux gens de ne pas sortir, de ne pas manifester est une pure bêtise.
Quant à nous autres Marocains, au lieu de cultiver de l'attentisme (avec des slogans biscornus tel celui de la monarchie parlementaire , des élections....), unissons nous, retroussons nos manches et avançons, coude à coude, contre le makhzen.
Pour nous autres progressistes marocains, notre ennemi est le makhzen, le représentant du bloc des classes dominantes. Les véritables opposants islamistes, sont des "concurrents", l'avenir est à celui qui bossera le mieux.

mardi 19 février 2013

Face à Ennahda, la révolution doit refleurir en Tunisie



Avatar de Hakim Becheur
Édité par Alexis Toulon  Auteur parrainé par François Reynaert
Grève générale en Tunisie le 8 février 2013
Grève générale en Tunisie le 8 février 2013 (HAMMI/SIPA)

TUNISIE. L’assassinat de Chokri Belaïd, figure emblématique de la gauche tunisienne, marque un tournant majeur dans la transition politique qui a suivi la chute du régime de Ben Ali en 2011.

C’est la nature même de ce changement qui est questionnée : va-t-il s’orienter vers une démocratie véritable ou est-il en train de sombrer dans le chaos voire la "guerre civile" ?

Aucune révolution n’est un long fleuve tranquille, pas plus en Tunisie qu’ailleurs.

Ces derniers mois l’ont montré : un dirigeant d’un parti d’opposition a été lynché dans le sud tunisien par une foule en furie se réclamant de "ligues de protection de la révolution" (LPR), des réunions publiques ont été perturbées voire empêchées, des personnalités politiques ou de la société civile tout comme quelques journalistes ou encore des artistes ont été molestés et intimidés, des mouvements sociaux ont été violemment réprimés, l’ambassade américaine a été attaquée par des salafistes djihadistes et la liste n’est pas exhaustive.

La laïcité : l'ennemi d'Ennahda

C’est dans ce climat délétère que l’irréparable s’est produit. Chokri Belaïd, dont le courage ne s’est jamais démenti, se savait menacé : il n’a cessé de dénoncer les appels à la haine et au meurtre propagés impunément sur les réseaux sociaux ou par des "prédicateurs" qui se sont appropriés certaines mosquées.

Le parti Ennahda qui occupe tous les ministères dits régaliens, doit assumer la pleine responsabilité politique de cette situation dramatique.

L’a-t-il sciemment voulu comme pourrait le laisser penser sa coupable passivité voire sa participation active à l’instauration d’une violence politique qui est allée crescendo, notamment par le biais de ces LPR, transformées en authentiques milices à la solde du pouvoir ?

C’est ce que clament clairement l’opposition et une frange de plus en plus importante de la population qui est descendue massivement dans la rue à l’occasion de l’enterrement de Chokri Belaïd pour crier sa colère et son ras-le-bol.

Des milliers de Tunisiens assistent à l'enterrement de Chokri Belaïd le 8 février 2013 près de Tunis
Des milliers de Tunisiens assistent à l'enterrement de Chokri Belaïd le 8 février 2013 près de Tunis. (HAMMI/SIPA) 

Les dirigeants d’Ennahda tentent tant bien que mal de s’exonérer d’une telle responsabilité et cherchent à l’imputer aux "résidus" contre-révolutionnaires de l’ancien régime ou encore à quelques "puissances étrangères" hostiles.

Avant que l’enquête ne révèle l’identité des assassins et de leurs commanditaires (à supposer qu’elle aboutisse, ce dont beaucoup doutent), il serait irresponsable d’accuser nommément le parti au pouvoir d’un tel crime.

Il n’en demeure pas moins qu’il est l’aboutissement tragique d’un échec gouvernemental patent.

C’est ce que semble avoir compris le chef même de ce gouvernement, Hamadi Jébali qui vient de décider de nommer une équipe sans appartenance partisane, pour gérer les affaires courantes jusqu’à la tenue des prochaines élections générales. Contre l’avis de sa propre formation, Ennahda.

Le pouvoir sépare les islamistes

Ces dissensions qui éclatent au grand jour, montrent que les islamistes ne sont pas tous sur la même ligne politique. Hamadi Jébali, conscient que la Tunisie est, sans conteste, à un tournant de son histoire, agit – au moins en apparence – en homme d’Etat.

A dire vrai, la solution qu’il préconise désormais, avait été réclamée par de nombreux partis d’opposition à l’issue des élections pour l’assemblée constituante en octobre 2011 : les députés se seraient consacrés à la rédaction de la constitution, tâche pour laquelle ils ont été élus.

Mais c’était sans compter sur la volonté d’une grande partie des islamistes (et à leur tête le "cheikh" Rached Ghannouchi), forts de la légitimité conférée par les urnes, d’exercer pleinement le pouvoir, sans plus attendre.

Vers une confédération islamique ?

En vérité, nombreux sont ceux qui pensent que cette tendance au sein d’Ennahda n’a d’autre but que l’accaparement de l’Etat tunisien pour promouvoir, à terme, un vaste projet transnational de confédération islamique.

L’hypothèse peut paraitre alarmiste ou exagérée mais ne doit pas être pour autant négligée.

La controverse constitutionnelle qui s’est engagée autour du caractère "civil" de l’Etat tunisien sera, à cet égard, cruciale. En clair, la question de la laïcité est plus que jamais posée.

Or, force est de constater que les "laïcs" ont perdu, de ce point de vue, la bataille de la communication et de la pédagogie politiques tant le terme même est devenu tabou car synonyme d’athéisme ou pire d’apostasie.

Ce qui vaut condamnation à mort pour certains esprits embrigadés. Chokri Belaïd en a sans doute été victime.

Laïcité et islam solubles dans la démocratie 

Pourtant, même le chef du gouvernement turc, l’islamiste Erdogan dont le parti l’AKP avait été érigé – un temps- en modèle par Ennahda, avait expliqué à Tunis même que la laïcité était tout à fait compatible avec l’islam.

Mieux, que cette notion – inscrite en toute lettre dans la constitution turque - était le meilleur rempart de la démocratie contre toute tentation théocratique.

En effet, comment discuter des lois et autres aspects de la vie d’une nation si l’une des parties au lieu d’user d’arguments rationnels, se prévaut d’un dogme religieux, par définition immuable, pour clore tout débat ?

La séparation – étanche - de la sphère politique et religieuse est donc indispensable.

La Tunisie est ouverte à la laïcité

Ce qui n’empêche nullement que des politiques s’inspirent de la spiritualité que confère la religion pour promouvoir leurs idées et leurs conceptions du monde mais sans prétendre imposer tel ou tel précepte au motif qu’il s’agit là de la "parole de Dieu". A défaut, la démocratie serait menacée. En Tunisie, comme partout ailleurs.

Contrairement à une idée reçue, ce discours est tout à fait audible par de larges pans de la société tunisienne et pas seulement dans les milieux "instruits" ou "occidentalisés".

La sécularisation ancienne de la Tunisie, son histoire millénaire qui en a fait une terre de brassage de cultures et de civilisations, sa conquête récente de la liberté de parole, sont autant d’atouts qui peuvent rassembler les Tunisiens et transcender les antagonismes sociaux.

Sauf que l’opposition aurait tort de considérer que le seul rejet du dogmatisme de certains islamistes conjugué à l’émotion suscitée par l’assassinat de Chokri Belaïd suffira à leur attirer les suffrages populaires.

Ennahda : puissance militante bien organisée 

Sans discours ni perspectives qui prennent en compte la désespérance sociale des habitants de nombreuses régions et quartiers délaissés, sans effort visant à faire participer les citoyens à la vie politique en démocratisant le fonctionnement de leurs partis pour y attirer des militants susceptibles de relayer leurs idées, le camp "laïc" risque, à nouveau, de se fourvoyer.

Car, en face, Ennahda, dispose d’un vaste réseau militant, présent partout et de longue date. Et l’argent de certains pays du Golfe – qui n’ont sans doute pas "intérêt" que l’expérience tunisienne réussisse – ne manque pas.

Oui, la Tunisie est à un tournant. Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à Chokri Belaïd est de ne pas emprunter des chemins de traverse qui conduisent à une impasse ou à l’affrontement destructeur.

Chacun doit prendre ses responsabilités y compris dans le rang des islamistes soucieux de la pérennité de la jeune démocratie tunisienne. Sans jamais oublier les principaux mots d’ordre de la révolution : liberté, dignité et justice sociale.

A cette condition, réalisable, possible, en vérité vitale, la mort de Chokri Belaïd, aura été le ciment d’une nation fière de sa liberté reconquise. Avec l’aide de tous ceux qui sont attachés à la démocratie, les Tunisiens sont capables de faire refleurir le printemps sur cette rive sud de la Méditerranée.

lundi 11 février 2013

Meurtre de Chokri Belaïd : le visage de sa veuve me donne de l'espoir

Avatar de Fatma Bouvet de la Maisonneuve
La Tunisie est en deuil après le meurtre de Chokri Belaïd mercredi 6 février. Pour ses funérailles, des milliers de Tunisiens se sont rassemblés pour donner un dernier hommage à cet opposant politique. Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et essayiste franco-tunisienne, adresse une lettre ouverte à sa veuve, Besma Belaïd.


Besma Belaïd, veuve de Chokri Balaïd, le 6 février 2013(Amine Landoulsi/AP/SIPA)Besma Belaïd, veuve de Chokri Balaïd, le 6 février 2013 (Amine Landoulsi/AP/SIPA)

Chère Madame, chère grande dame,

Auriez-vous pensé un jour que votre visage ferait le tour du monde ? Imaginiez-vous un instant que vos photos seraient diffusées comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, accompagnées d’éloges, de propos admiratifs, respectueux, émus et solidaires ?

Un visage éprouvé par la douleur

La première image que nous avons eue de vous était celle de votre visage éprouvé par la douleur, figée par la détresse et l’incompréhension. Vous ne parveniez pas à réaliser à ce moment-là que la tache rouge sur votre pantalon était celle du sang de votre époux, Chokri Belaïd, tout juste assassiné. Puis, très vite, le monde cruel des médias et de l’actualité vous a obligée à l’exercice des interviews internationales auquel vous vous êtes dignement prêtée. Depuis, elles sont partagées par des millions de personnes.



Nous avons vu alors le même visage, certes toujours imprégné de douleur et marqué par la peine, mais à moi, il m’a paru lumineux ! C’était un beau visage digne, fier et plein de compassion. Oui, paradoxalement, alors que c’était vous qui aviez besoin d’être soutenue en ces moments difficiles, vous nous rassuriez, nous, les millions d’anonymes qui étions figés par l’horreur de cette nouvelle tragique et qui étions ébranlés dans nos espoirs d’un avenir meilleur pour notre pays.

C’était comme si l’onde de choc provoquée par cet assassinat sauvage et qui, partie de Tunis et allée jusqu’au Caire en passant par le reste du monde, avait été atténuée par vos mots apaisants. Ces paroles, vous les prononciez d’une voix douce, sur un ton mesuré, mais avec une fermeté et une conviction sans faille : celle d’une militante, peut-être moins connue que son camarade et époux, mais si déterminée et percutante. Vos propos étaient d’une justesse et d’un optimisme déconcertants.

Vous nous l’avez dit : "Je suis optimiste". Cela faisait l’effet d’un baume qui pansait nos blessures morales. Nous l’avons utilisé sans modération, puisque nous vous écoutions en boucle pour nous soulager.

Merci Madame. Ce sont vos mots et votre appel au calme le jour des funérailles de votre époux qui ont démontré à nos adversaires politiques que la violence ne pouvait pas venir de notre camp. Un acte innommable dont le leader politique progressiste Chokri Belaïd a été victime a secoué toute notre petite Tunisie jadis paisible et que, la veille encore de sa mort, il appelait au dialogue pour sortir du cercle infernal dans lequel les terroristes s’installaient. Son appel aura été entendu, mais, hélas, trop tard, puisqu’il lui a fait perdre la vie.

Vous et votre mari avez permis que les langues se délient

Madame, ce drame qui vous affecte a mobilisé, dit-on, 1,4 million de Tunisiens. Et cela, sans compter les Tunisiens de l’étranger et tous nos amis et en tout premier lieu nos voisins algériens dont le drapeau flottait au cimetière, parce que, eux, savent. Des progressistes du monde entier ont manifesté à nos côtés contre les criminels et pour qu’on ne meurt plus pour ses idées en Tunisie.

Vous et votre mari avez permis que les langues se délient et nous avez aidé à rappeler à tous, que la Tunisie dans laquelle nous avons grandi et dans laquelle nous souhaitons que nos enfants s’épanouissent n’est pas celle que les Wahhabites veulent nous imposer. Nous leur avons prouvé qu’ils ne nous connaissaient pas et qu’ils ignoraient tout de nos traditions, de notre histoire et de nos espoirs.

Vous avez montré que vous et vos filles êtes des femmes libres et courageuses, comme aspirent à l’être toutes les Tunisiennes. Vous avez eu le panache de ne répondre à aucune des polémiques autour des convictions religieuses de votre époux, ni des traditions qui interdiraient l’entrée des cimetières aux femmes, un jour d’enterrement. Elles n’en avaient cure, elles non plus, les Tunisiennes y sont allées en masse : elles ont décidé de prendre la place qu’elles méritent en ces jours historiques. Des milliers de citoyens ont défilé calmement malgré les tentatives de provocations et d’intimidation, tous les âges et toutes les classes sociales ont répondu présents, ils se sentaient forts car ils étaient unis.

Le peuple ne sera plus dupe

Une phrase lue quelque part a attiré mon attention : "Aujourd’hui, après ces obsèques nationales, je me sens prête à repartir c’est comme si j’avais mangé du lion !" Du lion. Je ne connaissais pas personnellement votre compagnon de vie, mais comme beaucoup, je l’ai souvent écouté parler et il dégageait l’énergie puissante d’un lion. Il semble qu’il l’ait transmise à une grande partie du peuple tunisien qui ne sera plus dupe de ces menteurs qui ne cherchent pas le bien mais œuvrent à la régression. Cette énergie et la lucidité retrouvées devraient mener le pays vers le bon chemin, celui de la démocratie, de la liberté et du progrès.


Grâce à vous, Madame, le monde entier aura compris, du moins je l’espère, qu’il ne faut jamais donner un blanc-seing aux Islamistes, même quand on les affuble du qualificatif de "modéré" ce qui relève évidemment de l’oxymore. Ils ont berné l’opinion publique qui n’a pas vu que, même pauvre en ressources naturelles, la Tunisie était riche de matières grises et regorgeait de connaissances qui ne cohabiteront jamais avec l’obscurantisme. Il est triste d’en arriver à l’assassinat d’un homme pour que les consciences se réveillent, alors que nous les avions, depuis si longtemps, alertées.

Vos mots ont retenti dans nos têtes mais aussi au cœur des démocraties occidentales qui ont considéré enfin la petite Tunisie à sa juste mesure.
"Quelle est belle la Tunisie, qu’ils sont beaux les Tunisiens", avez-vous exulté en ce jour si douloureux pour tous.

Mais c’est vous, Madame, et votre beauté qui nous éblouissent. Vous, la Dame au V de la victoire brandi sans relâche. Alors, même si cela ne soulagera guère votre peine, ni ne vous ramènera le père de vos filles, ce V, permettez-moi de l’attribuer au "Visage de l’année".

dimanche 10 février 2013

Le parti du président Marzouki quitte la coalition gouvernementale


 par Reuters, 10/2/2013

Le parti du président Marzouki quitte la coalition gouvernementale
Le Congrès pour la république (CPR), parti laïc du président tunisien Moncef Marzouki, a quitté la coalition gouvernementale formée avec les islamistes d'Ennahda, selon Ben Amor, l'un de ses cadres cité par Reuters.
Par David THOMSON , correspondant FRANCE 24 à Tunis 

Dépêche (texte)

Le Congrès pour la république (CPR), parti laïc du président tunisien Moncef Marzouki, a quitté la coalition gouvernementale formée avec les islamistes d'Ennahda.

Le parti tire les conséquences du rejet de ses demandes, a expliqué dimanche un de ses cadres, Ben Amor, à Reuters.

"Nous disions depuis une semaine que si les ministres des Affaires étrangères et de la Justice n'étaient pas remplacés, nous nous retirerions", a-t-il dit.

Le départ des trois ministres CPR est un nouveau coup porté au gouvernement dirigé par le Premier ministre Hamadi Jebali, déjà mis à mal par l'assassinat cette semaine de l'opposant Chokri Belaïd.

Jebali a proposé la constitution d'un gouvernement de technocrates, mais a été désavoué y compris par Ennahda, dont il est membre.

Manifestations en France en hommage à Chokri Belaïd



"Résister à l'occupation, c'est vivre libre"


 
Près d’un millier de personnes ont manifesté samedi dans les rues de Paris, Marseille, Lyon et Toulouse pour rendre hommage à l’opposant tunisien assassiné mercredi devant son domicile à Tunis, Chokri Belaïd, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Les 400 manifestant parisiens ont défilé au rythme de slogans tels que "Liberté, démocratie, à bas la terreur, à bas la barbarie", ou encore "Ghannouchi assassin", à l’intention du chef d’Ennahda, le parti islamiste au pouvoir à Tunis, Rached Ghannouchi.
Une grande banderole blanche, sur laquelle on pouvait lire en français et en arabe "nous sommes tous Chokri Belaïd, non aux assassinats politiques", ouvrait le cortège qui s’est rendu de Barbès à la place de Clichy (18e).
A Marseille, Toulouse et Lyon, des cortèges de 150 à 200 personnes ont défilé, brandissant drapeaux tunisiens, photos et pancartes sur lesquelles on pouvait lire "vive la Tunisie laïque" ou encore "en deuil pour ma Tunisie".
Scandant "Non à l’intégrisme" et "Tunisiens debout, jamais à genoux", les quelque 200 manifestants marseillais se sont regroupés derrière deux banderoles clamant "tous unis pour une Tunisie libre démocratique" et "le peuple tunisien n’abdiquera pas".
Des tracts invitant à une veillée funèbre "en solidarité avec le peuple tunisien" samedi en fin d’après-midi ont circulé dans le cortège.
A Lyon, les manifestants étaient regroupés autour d’un grand panneau proclamant, à côté de sa photo, "vous avez assassiné Chokri, nous sommes tous des Chokri".
"Nous sommes un peuple de Musulmans tolérants qui n’a rien à voir avec les traditions djihadistes", a déclaré dans une prise de parole Ridha Smaoui du Front Populaire tunisien (Rhône-Alpes), applaudi par les manifestants.
"C’est un acte de gens aux abois qui n’ont rien à proposer pour sortir le pays de la crise, mais nous ferons tout pour démasquer les assassins et nous jurons de rester mobilisés", a-t-il ajouté, aussitôt repris en arabe par des manifestants scandant "Chokri soit tranquille on continuera la lutte".
A Toulouse, environ 150 personnes se sont rassemblées place du Capitole, en plein coeur de la ville rose, avant de se rendre devant le consulat de Tunisie.
De nombreuses photos de l’opposant assassiné étaient visibles dans le cortège. "Il n’est pas mort sous la dictature de Ben Ali, il est mort assassiné sous la démocratie de la troïka", pouvait-on lire sur une affichette portée par une manifestante.
Des dizaines de milliers de personnes ont assisté vendredi après-midi aux funérailles de l’opposant tunisien dans le sud de Tunis, en criant leur colère contre le parti islamiste au pouvoir Ennahda, accusé de cet assassinat sans précédent dans les annales contemporaines tunisiennes.

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Jebali confirme que les islamistes doivent quitter les ministères-clés du gouvernement
"Tous les ministres seront des indépendants, y compris à l’Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères", a déclaré Hamadi Jebali à la chaîne d’information France 24 qui l’interrogeait sur l’avenir de ces ministères-clés auxquels le parti Ennahda refuse de renoncer. Interrogé sur sa déclaration mercredi soir durant laquelle il a annoncé son intention de dissoudre son gouvernement, le Premier ministre a assumé sa décision : "J’ai dû la prendre sans consulter les partis politiques le jour de l’assassinat (de l’opposant Chokri Belaïd) de crainte que le pays ne bascule dans le chaos et l’irrationnel, a-t-il déclaré. Ce n’était pas une initiative de Jebali, c’était une initiative pour sauver le pays."

"Si l’initiative échoue, qu’avez-vous à proposer aux Tunisiens, quelle alternative ? La loi de la jungle ?" a-t-il lancé à l’adresse de la classe politique. Il a répété être prêt à démissionner s’il ne parvenait pas à avoir un soutien large de la classe politique à son futur gouvernement.
Le chef du gouvernement est entré en conflit ouvert avec la direction de son mouvement en annonçant mercredi vouloir former un gouvernement apolitique, alors que les violences en Tunisie se multipliaient après l’assassinat. S’il est en conflit avec ses troupes, sa proposition a, en revanche, été bien accueillie par l’opposition et la société civile.
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Crise ouverte au parti islamiste au pouvoir en Tunisie
Le parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie était en proie à une crise ouverte avec la menace samedi du Premier ministre Hamadi Jebali de démissionner à défaut de pouvoir former un gouvernement apolitique après l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd.
Cette annonce est survenue au moment où plus de 3.000 personnes manifestaient à Tunis à l’appel d’Ennahda pour désavouer M. Jebali, numéro deux du parti, qui avait exprimé dès mercredi, jour du meurtre, son souhait d’un tel cabinet refusé par la direction du parti.
La manifestation a vilipendé aussi "l’ingérence" de la France après les propos du ministre de l’Intérieur Manuel Valls qui a dénoncé un "fascisme islamiste" en commentant l’assassinat de l’opposant dont les proches ont pointé du doigt Ennahda.
Ces développements risquent d’enfoncer encore plus le pays dans la crise, Ennahda ne parvenant pas depuis des mois à s’accorder avec ses alliés laïcs, dont le président Moncef Marzouki, sur un remaniement gouvernemental, et l’insécurité et les conflits sociaux se multipliant.
"Je présenterai l’équipe au plus tard au milieu de la semaine prochaine. Si elle est acceptée je continuerai à assumer mes fonctions, à défaut, je demanderai au président de chercher un autre candidat pour former un nouveau cabinet", a dit M. Jebali à des médias tunisiens.
Il a ensuite souligné à l’antenne de la chaîne France 24 que "tous les ministres seront des indépendants, y compris à l’Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères", alors qu’Ennahda refuse de renoncer à ces ministères clés.
Le Premier ministre a souligné que son initiative visait à empêcher que le pays "bascule dans le chaos et l’irrationnel", avant de lancer à ses détracteurs : "Quelle alternative ? La loi de la jungle ?".
C’est la première fois que M. Jebali évoque sa démission. Les divisions au sein du parti opposent les modérés dont il fait partie et une frange radicale rangée derrière le chef Rached Ghannouchi.
Il estime aussi ne pas avoir besoin de demander la confiance de l’Assemblée nationale constituante (ANC) où Ennahda dispose de 89 des 217 sièges.
Sa proposition a été bien accueillie par l’opposition et la société civile.
Avant les menaces de M. Jebali, Ennahda avait appelé ses partisans à manifester contre l’initiative du Premier ministre et l’"ingérence" de la France.
"France dégage" et "Le peuple veut protéger la légitimité des urnes", ont crié ces militants sur l’avenue Habib Bourguiba, axe névralgique du centre de la capitale où se trouve l’ambassade de France qui fait l’objet de mesures de protection importantes depuis l’intervention militaire au Mali.
La référence à la "légitimité" fait allusion à l’importance du vote de l’ANC pour toute décision politique comme la formation d’un nouveau gouvernement.
Au sujet des déclarations de M. Valls, M. Jebali a jugé "l’incident clos" étant donné qu’il a exprimé son mécontentement à l’ambassadeur de France dès jeudi.
La Tunisie est dirigée depuis l’élection de la Constituante en octobre 2011 par une coalition entre Ennahda et deux petits partis de centre-gauche, dont celui du président.
Faute de compromis sur la nature du futur régime, l’élaboration de la nouvelle Constitution par l’ANC est paralysée.
Ces remous s’ajoutent à la multiplication des conflits sociaux en raison du chômage et de la misère, deux facteurs clés de la révolution de 2011 qui a renversé Zine Al Abidine Ben Ali. Sans oublier l’essor des groupuscules jihadistes responsables d’attaques sanglantes, dont celle contre l’ambassade américaine en septembre.
La mobilisation islamiste samedi est la première depuis le meurtre mercredi à Tunis de Chokri Belaïd, qui a été enterré la veille en présence de plusieurs dizaines de milliers de personnes scandant des slogans hostiles à Ennahda.
Signe que les autorités redoutent de nouveaux débordements, l’armée a été déployée samedi, la Tunisie vivant sous le régime de l’état d’urgence depuis 2011.
Le parti islamiste a nié toute responsabilité dans l’assassinat de l’opposant, alors que des milices pro-pouvoir, la Ligue de protection de la révolution, sont accusées d’attaquer opposants et militants syndicaux.
Rached Ghannouchi lui a rendu hommage samedi en qualifiant sa mort de crime "contre-révolutionnaire".
Le meurtre a déclenché une vague de violences à travers le pays qui a coûté la vie à un policier.


(09-02-2013 - Avec les agences de presse)