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lundi 11 février 2013

Meurtre de Chokri Belaïd : le visage de sa veuve me donne de l'espoir

Avatar de Fatma Bouvet de la Maisonneuve
La Tunisie est en deuil après le meurtre de Chokri Belaïd mercredi 6 février. Pour ses funérailles, des milliers de Tunisiens se sont rassemblés pour donner un dernier hommage à cet opposant politique. Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et essayiste franco-tunisienne, adresse une lettre ouverte à sa veuve, Besma Belaïd.


Besma Belaïd, veuve de Chokri Balaïd, le 6 février 2013(Amine Landoulsi/AP/SIPA)Besma Belaïd, veuve de Chokri Balaïd, le 6 février 2013 (Amine Landoulsi/AP/SIPA)

Chère Madame, chère grande dame,

Auriez-vous pensé un jour que votre visage ferait le tour du monde ? Imaginiez-vous un instant que vos photos seraient diffusées comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, accompagnées d’éloges, de propos admiratifs, respectueux, émus et solidaires ?

Un visage éprouvé par la douleur

La première image que nous avons eue de vous était celle de votre visage éprouvé par la douleur, figée par la détresse et l’incompréhension. Vous ne parveniez pas à réaliser à ce moment-là que la tache rouge sur votre pantalon était celle du sang de votre époux, Chokri Belaïd, tout juste assassiné. Puis, très vite, le monde cruel des médias et de l’actualité vous a obligée à l’exercice des interviews internationales auquel vous vous êtes dignement prêtée. Depuis, elles sont partagées par des millions de personnes.



Nous avons vu alors le même visage, certes toujours imprégné de douleur et marqué par la peine, mais à moi, il m’a paru lumineux ! C’était un beau visage digne, fier et plein de compassion. Oui, paradoxalement, alors que c’était vous qui aviez besoin d’être soutenue en ces moments difficiles, vous nous rassuriez, nous, les millions d’anonymes qui étions figés par l’horreur de cette nouvelle tragique et qui étions ébranlés dans nos espoirs d’un avenir meilleur pour notre pays.

C’était comme si l’onde de choc provoquée par cet assassinat sauvage et qui, partie de Tunis et allée jusqu’au Caire en passant par le reste du monde, avait été atténuée par vos mots apaisants. Ces paroles, vous les prononciez d’une voix douce, sur un ton mesuré, mais avec une fermeté et une conviction sans faille : celle d’une militante, peut-être moins connue que son camarade et époux, mais si déterminée et percutante. Vos propos étaient d’une justesse et d’un optimisme déconcertants.

Vous nous l’avez dit : "Je suis optimiste". Cela faisait l’effet d’un baume qui pansait nos blessures morales. Nous l’avons utilisé sans modération, puisque nous vous écoutions en boucle pour nous soulager.

Merci Madame. Ce sont vos mots et votre appel au calme le jour des funérailles de votre époux qui ont démontré à nos adversaires politiques que la violence ne pouvait pas venir de notre camp. Un acte innommable dont le leader politique progressiste Chokri Belaïd a été victime a secoué toute notre petite Tunisie jadis paisible et que, la veille encore de sa mort, il appelait au dialogue pour sortir du cercle infernal dans lequel les terroristes s’installaient. Son appel aura été entendu, mais, hélas, trop tard, puisqu’il lui a fait perdre la vie.

Vous et votre mari avez permis que les langues se délient

Madame, ce drame qui vous affecte a mobilisé, dit-on, 1,4 million de Tunisiens. Et cela, sans compter les Tunisiens de l’étranger et tous nos amis et en tout premier lieu nos voisins algériens dont le drapeau flottait au cimetière, parce que, eux, savent. Des progressistes du monde entier ont manifesté à nos côtés contre les criminels et pour qu’on ne meurt plus pour ses idées en Tunisie.

Vous et votre mari avez permis que les langues se délient et nous avez aidé à rappeler à tous, que la Tunisie dans laquelle nous avons grandi et dans laquelle nous souhaitons que nos enfants s’épanouissent n’est pas celle que les Wahhabites veulent nous imposer. Nous leur avons prouvé qu’ils ne nous connaissaient pas et qu’ils ignoraient tout de nos traditions, de notre histoire et de nos espoirs.

Vous avez montré que vous et vos filles êtes des femmes libres et courageuses, comme aspirent à l’être toutes les Tunisiennes. Vous avez eu le panache de ne répondre à aucune des polémiques autour des convictions religieuses de votre époux, ni des traditions qui interdiraient l’entrée des cimetières aux femmes, un jour d’enterrement. Elles n’en avaient cure, elles non plus, les Tunisiennes y sont allées en masse : elles ont décidé de prendre la place qu’elles méritent en ces jours historiques. Des milliers de citoyens ont défilé calmement malgré les tentatives de provocations et d’intimidation, tous les âges et toutes les classes sociales ont répondu présents, ils se sentaient forts car ils étaient unis.

Le peuple ne sera plus dupe

Une phrase lue quelque part a attiré mon attention : "Aujourd’hui, après ces obsèques nationales, je me sens prête à repartir c’est comme si j’avais mangé du lion !" Du lion. Je ne connaissais pas personnellement votre compagnon de vie, mais comme beaucoup, je l’ai souvent écouté parler et il dégageait l’énergie puissante d’un lion. Il semble qu’il l’ait transmise à une grande partie du peuple tunisien qui ne sera plus dupe de ces menteurs qui ne cherchent pas le bien mais œuvrent à la régression. Cette énergie et la lucidité retrouvées devraient mener le pays vers le bon chemin, celui de la démocratie, de la liberté et du progrès.


Grâce à vous, Madame, le monde entier aura compris, du moins je l’espère, qu’il ne faut jamais donner un blanc-seing aux Islamistes, même quand on les affuble du qualificatif de "modéré" ce qui relève évidemment de l’oxymore. Ils ont berné l’opinion publique qui n’a pas vu que, même pauvre en ressources naturelles, la Tunisie était riche de matières grises et regorgeait de connaissances qui ne cohabiteront jamais avec l’obscurantisme. Il est triste d’en arriver à l’assassinat d’un homme pour que les consciences se réveillent, alors que nous les avions, depuis si longtemps, alertées.

Vos mots ont retenti dans nos têtes mais aussi au cœur des démocraties occidentales qui ont considéré enfin la petite Tunisie à sa juste mesure.
"Quelle est belle la Tunisie, qu’ils sont beaux les Tunisiens", avez-vous exulté en ce jour si douloureux pour tous.

Mais c’est vous, Madame, et votre beauté qui nous éblouissent. Vous, la Dame au V de la victoire brandi sans relâche. Alors, même si cela ne soulagera guère votre peine, ni ne vous ramènera le père de vos filles, ce V, permettez-moi de l’attribuer au "Visage de l’année".

vendredi 8 février 2013

Tunisie : Images d'une journée de deuil et de colère



vendredi 8 février 2013


Funérailles de masse pour Chokri Belaïd ce vendredi à Tunis

Images d'une journée de deuil et de colère
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mercredi 7 avril 2010

Funérailles émouvantes du prisonnier des trois rois : le grand BOUGRINE

OBITUARIO
Mohamed Bougrine, prisionero de tres reyes de Marruecos
En total pasó 16 años en prisión, la última vez en 2008


Par Omar Jbiha,

C'EST AVEC UNE GRANDE EMOTION ET UNE GRANDE TRISTESSE QUE NOUS
AVONS APPRIS LA MORT DU CAMARADE BOUGRINE SURVENUE SUBITEMENT CE
MATIN DU LUNDI 5 AVRIL A BENIMELLAL.
L'EX PRISONNIER PRISONNIER POLITIQUE DES TROIS ROIS S'est ETEINT DEBOUT
ALORS QU'il JARDINAIT APRES AVOIR REUSSI LA CARAVANE MEDICALE DE TAGLEFET
DU 2-3-4 avril 2010.
NOS SINCERES CONDOLEANCES A TOUTE SA FAMILLE A SES CAMARADES ET ATOUS
LES MILITANTS DU FORUM VERITE ET JUSTICE QUI ONT PERDU UN PERE UN AMI
UN SOUTIEN UNE REFERENCE UNE MEMOIRE VIVANTE. ATOUS SES CAMARADES DU
PARTI PASD ET ATOUS SES AMIS NOUS LEUR PRESENTONS NOS SINCERES CONDOLEANCES ....SI BOUGRINE EST MORT TOUT EN BATAILLANT EN LU TANT
POUR UNE CAUSE COMMUNE..CETTE CAUSE EST TOUJOURS VIVANTE.
DR OMAR JBIHA = C.A.O.V.T.F.V.J.


 Le peuple n'oublie pas ses combattants
 Par Ali Fkir, 5/4/2010


Il a combattu les forces du colonialisme
Il s'était opposé au néocolonialisme sous le règne de Mohammed V, ce qui lui a valu la prison...
Il s'était opposé au régime despotique de Hassan II, ce qui lui a valu la torture, la prison, la persécution.. .
Il s'était opposé aux pratiques et aux choix de la "nouvelle ère", il a dénoncé la répression au nom "des valeurs sacrées"; ce qui lui a valu la prison sous le règne de Mohammed VI
  Les militant-es l'appellent, avec raison, le prisonnier des trois rois. C'est le grand militant Mohammed Bougrine.
Il a contribué à la création de l'UNFP
Il a contribué à la création de la CDT
Il a contribué à la création de l'AMDH
Il a contribué à la création du PADS
  C'est l'irréductible militant Mohammed Bougrine
Il a contribué à la création du FMVJ
Il n'a pas demandé des indemnités sur les "années de plomb"
Ils ont refusé de régulariser sa situation administrative
Il est né dans une modeste famille.
Il a grandi dans une modeste famille
Il est décédé en tant que membre d'une modeste famille
Il est né pauvre, grandi prolétaire, décédé symbole de la résistance.
  C'est l'infatigable combattant Mohammed Bougrine.
Aujourd'hui, la nature a dit son mot. Elle a appliqué sa loi. Mais Mohammed Bougrine, le prisonnier des trois rois, le grand résistant, vivra toujours parmi les combattant-es de la libération.
   Malgré les pertes humaines, l'étendard de la lutte restera haut.
              Je t'embrasse camarade Bougrine
           Le prisonnier des trois rois nous a réuni-es
 Les militant-es et les humbles de Beni Mellal, des centaines de miltant-es des autres régions du Maroc, ils/elles sont venu-es toutes et tous rendre hommage au grand Bougrine, au prisonnier des trois rois.
 Mohammed Bougrine qui consacré toute sa vie (depuis le début des années cinquante jusqu'au 5 avril 2010) à la lutte pour l'émancipation du peuple marocain, pour les causes justes en général et pour la cause des travailleurs en général. Il est respecté de tout le monde, il est aimé par les militant-es toutes tendances confondues.
   Ce mardi 6 avril 2010, ils/elles sont venu-es à Beni Mellal pour réaffirmer devant lui leur engagement à défendre les valeurs de la gauche, à combattre le despotisme makhzanien....
    Ce grand militant a rassemblé aujourd'hui dans une marche historique, les militant-es du PADS, d'ANNAHJ ADDIMOCRATI, du PSU, du CNI, des autres sensibilités marxistes, de l'AMDH, du FMVJ, de la CDT, de l'UMT...tous et toutes les combattant-es de la libération.
  Les femmes ont bravé les coutumes et autres us réactionnaire pour accompagner le Grand Bougrine à sa "dernière demeure".
 Pas de fausses notes, les banderoles et slogans sont unitaires:
- Sur ta voie Bougrine, nous marcherons...!
- Nous ne lâcherons pas, pas de conciliation avec le régime!
- Repose Bougrine, nous continuerons la lutte!
- Ô camarade Bougrine! nous sommes toujours sur la voie...!
- Les traîtres dans les palais, les militants dans les cimetières!
.........
           Le 6 avril 2010, nous avons vécu des funérailles émouvantes, mais le militant Mohammed Bougrine est toujours parmi nous, il sera toujours avec les causes justes. Comme Mehdi Ben Barka, Abdellatif Zeroual, Saïda Mnebhi et tant d'autres, le Grand Bougrine, le prisonnier des trois rois est immortel.
  Les historiens, les vrais, noteront certainement, que c'est la première qu'un Homme soit persécuté par le colonialisme et prisonnier  sous les règnes de trois rois. Du jamais vu!
  et que cet Homme n'a à aucun moment baissé les bras ou s'est laissé leurré par la démocratie de façade.
     Camarade Bougrine, sois tranquille, le combat continuera!
    Bravo militants, amis et camarades de Mohammed Bougrine !
    Mes vives et sincères condoléances à la famille Bougrine.
      Mohammedia, 6 avril 2010