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mardi 3 septembre 2013

"L'Europe s'enfonce dans la pauvreté"



Interview publiée dans la Marseillaise le 30/07/2013 - propos recueillis par Léo Purguette

Coordinatrice des députés du Front de gauche au sein du groupe Gauche unie européenne-gauche verte nordique au Parlement européen, Marie-Christine Vergiat est élue du grand Sud-Est. Militante des droits de l’Homme et parlementaire attachée à la coopération entre les peuples, elle est membre de la délégation pour les relations avec le Maghreb et revient tout juste d’une visite en Hongrie.

Une nouvelle expulsion d’un camp de Roms a eu lieu récemment à Marseille. De manière générale, quel regard portez-vous sur la politique menée à leur égard depuis le changement de majorité ?
Je fais partie de ceux qui ont appelé sans états d’âme à voter François Hollande pour battre Nicolas Sarkozy, dont le fameux discours de Grenoble avait donné lieu à une prise de position du Parlement européen. Malheureusement, dans les faits les expulsions collectives se poursuivent sans prendre en compte le respect des droits fondamentaux de citoyens qui sont européens.
Les Roms représentent entre 10 et 15 000 personnes en France. Il faut prendre le problème à bras le corps avec une stratégie nationale d’insertion qui s’inscrit dans un cadre européen. Celle qui avait été définie sous Nicolas Sarkozy est restée inchangée. La seule chose qui ait bougé, c’est une circulaire.
Mais elle peine à être appliquée en fonction des départements. Il ne suffit pas d’écrire des textes, il faut les mettre en oeuvre. Je ne peux me satisfaire de la situation, d’autant que la France ne cesse de se proclamer patrie des droits de l’Homme.

Vous revenez de Hongrie, où les Roms sont pris pour cibles par la droite extrême et l’extrême-droite. Quel est votre sentiment sur la situation politique de ce pays membre de l’Union européenne ?
Je suis partagée entre inquiétude, rage et impuissance. J’ai constaté la main-mise croissante de Victor Orban et de son parti, le Fidesz, sur les institutions, l’administration mais aussi l’économie. Elle s’accompagne d’atteintes à la liberté d’expression et aux droits des minorités. Victor Orban utilise un rapport de l’Union européenne sur la situation des droits de l’Homme dans son pays pour diaboliser l’Europe. Il est pourtant lui-même l’un des dirigeants du Parti populaire européen (PPE) qui fédère la droite du continent et dont est notamment membre l’UMP. Après plusieurs modifications constitutionnelles et un changement de mode de scrutin
pour les élections à venir, les Hongrois que j’ai rencontrés se montrent désabusés. Le Fidesz, qui est en perte de popularité, court après un parti d’extrême droite antisémite, le Jobbik. Le parti socialiste ne constitue pas une alternative et la gauche de la gauche est très divisée... Quant à l’Union européenne, qui se gargarise avec les droits de l’Homme et donne des leçons au monde entier, elle renonce à utiliser ses prérogatives en la matière vis-à-vis d’un pays membre ! Cette situation est d’autant plus révoltante qu’elle se double d’une grande urgence sociale.
En Hongrie, 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté et un million de personnes subit l’extrême pauvreté.

Quelle est votre réaction après l’assassinat de Mohamed Brahmi en Tunisie en tant que membre de la délégation pour les relations avec le Maghreb ?
C’est la stupeur et la consternation. Le gouvernement dominé par Ennahda nous explique que son assassin présumé serait le même que celui de Chokri Belaïd et qu’il aurait utilisé la même arme. C’est à peine croyable. C’est à ce genre de salafistes qui manient la violence et terrorisent la population que la police et la justice tunisiennes devraient s’en prendre, plutôt qu’aux démocrates qui osent critiquer le régime - à commencer par Amina, la jeune Femen en détention. Comme en Egypte, les attentes sociales qui étaient à la source des révolutions arabes demeurent insatisfaites. L’Union européenne et la France en portent une part de responsabilité car rien n’a été fait pour accompagner la transition démocratique et le développement de la Tunisie. L’accord de partenariat est resté exactement le même que sous Ben Ali avec au menu : libéralisation des services et de l’agriculture.
Or, on le sait bien, ce type d’accord ne bénéficie à aucun des peuples des deux rives. Il servent exclusivement les grandes firmes qui en profitent pour faire grossir
leurs profits.

Est-ce pour vous la même philosophie qui motive le projet de marché transatlantique ?
Oui, c’est la raison pour laquelle les députés européens du Front de gauche ont refusé de voter le mandat de négociation. Nous avons été les seuls avec les Verts. Cet
accord Union européenne-Etats- Unis ne doit pas être combattu de manière isolée : un accord de libre-échange Union européenne- Canada est en cours de discussion.
Il comporte les mêmes dangers et pourrait offrir une porte d’entrée aux Etats-Unis puisque ils sont eux-mêmes liés au Canada par l’Accord de libre échange Nord-Américain (Alena). Il faut savoir que c’est l’Union européenne qui est à l’origine de ces négociations avec l’objectif de permettre aux grandes entreprises européennes de contenir la concurrence des pays émergents. Or, ces entreprises sont des multinationales qui n’ont plus que leurs sièges sociaux en Europe et qui pratiquent « l’optimisation » pour ne pas dire l’évasion fiscale. Elles ne contribuent en rien au développement de l’emploi ou aux recettes publiques et ne poursuivent qu’un seul but : maximiser les dividendes de leurs actionnaires.
Pendant ce temps-là, l’Europe s’enfonce dans la pauvreté. Entre 2008 et 2013, le taux de pauvreté est passé de 18 à 22%. C’est exponentiel.
Personne n’en parle et ça me rend folle de rage. En imposant au nom du pacte de stabilité le démantèlement du code du travail, la casse des services publics et des retraites, les politiques d’austérité aggravent la situation. Face à cela et au danger de l’extrême droite, nous affirmons qu’une autre politique est possible. C’est ce que le Front de gauche portera lors des élections de 2014.
Nous disons : peuples d’Europe, travaillons ensemble pour changer de cap.

Eurocitoyenne

http://www.eurocitoyenne.fr/content/votre-deputee/interview-pour-la-marseillaise-leurope-senfonce-dans-la-pauvrete

lundi 29 juillet 2013

ATTAC-CADTM-Maroc : Solidarité avec le peuple tunisien

 
ATTAC-CADTM-Maroc                                                          Rabat, le 28 juillet 2013   
Communiqué
Solidarité avec le peuple tunisien
  
La révolution tunisienne qui a lancé, le 14 janvier 2011, l’appel vers l’espoir et la liberté pour l’ensemble des peuples de la région.
L'assassinat crapuleux le 25 juillet 2013 du militant tunisien Mohamed Brahmi, survient à quelques mois de  Choukri Belaïd , assassiné le 6 février dernier. Ces assassinats politiques s’inscrivent dans un climat de violence et de divisions politiques, n’ont d’autre but que de stopper le processus révolutionnaire en cours.
L'assassinat de feu Brahmi, membre de l'Assemblée nationale constituante, coordinateur général du Courant Populaire et membre du secrétariat général du Front Populaire pour la réalisation des objectifs de la révolution en Tunisie indique clairement cette volonté.  
A ATTAC Maroc, nous dénonçons cet acte terroriste ignoble et déclarons ce qui suit :
-        Nous soutenons le peuple tunisien frère dans ces circonstances difficiles
-        Nous condamnons ce crime qui alimente la terreur, divise les peuples et détourne les processus révolutionnaires  de leur court
-        Notre exigeons que les autorités tunisiennes ouvrent une enquête transparente et impartiale  pour faire toute la vérité sur l’assassinat des militants Mohamed Brahmi ainsi que Choukri Belaïd
-        Face aux menaces impérialistes, militaires, intégristes qui pèsent sur la révolution en cours en Tunisie et dans la région,  nous appelons l’ensemble des forces démocratiques à s’unir dans un large front pour défendre les acquis de la révolution tunisienne et les poursuivre
-        Nous exprimons notre totale solidarité au peuple tunisien dans sa lutte pour la dignité, la liberté, la justice sociale et l’égalité. Cette lutte que nous partageons et poursuivons pour construire ensemble notre « Printemps des Peuples ».

vendredi 26 juillet 2013

Tunisie : manifestations et accusations après l'assassinat de l'opposant Mohamed Brahmi

par Le Monde.fr avec AFP et Reuters |



Capture d'écran de Mohamed Brahmi lors d'une interview avec Radio CAP FM en Tunisie.

Mohamed Brahmi, député de gauche et opposant, a été assassiné par balles, jeudi 25 juillet, devant son domicile dans le secteur d'Ariana à Tunis. D'après des témoins, M. Brahmi a été tué par deux hommes à moto devant chez lui alors qu'il descendait de sa voiture.

La chaîne de télévision Watanya a précisé qu'il avait reçu onze balles, tirées à bout portant. Des voisins évoquent plutôt 5 coups de feu. "Son corps a été criblé de balles devant son épouse et ses enfants", a déclaré, en pleurs, Mohsen Nabti, membre du bureau politique du Mouvement populaire, petit parti de gauche dont Brahmi était le fondateur.
Après l'annonce de sa mort, un cortège d'environ 500 personnes s'est spontanément constitué devant le siège de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) avant de rejoindre l'avenue Habib-Bourguiba, où se trouve le ministère de l'intérieur. Parmi eux, la veuve de Chokri Belaïd, autre opposant de gauche tué par balle en début d'année. Devant le ministère, la foule a scandé "Ministère de l'intérieur, ministère terroriste", selon le site d'information Nawaat.
Le correspondant de France 24, David Thomson, rapporte que de nombreuses personnes se sont également réunies devant l'hôpital où a été conduit le corps de Brahmi.
Selon Nawaat plusieurs personnalités étaient notamment présentes : Mohamed Jmour, du parti Watad, Mehdhi Ben Gharbia, de la coalition démocratique, le député Brahim Kassas, l'avocate Leila Ben Debba, l'avocate Saida Garrach et la syndicaliste Thouraya Krichen.
Le corps de l'homme politique a été sorti de l'hôpital, juché sur les épaules de manifestants et suivi par un long cortège jusqu'à la cité El-Ghazala, le quartier de la banlieue nord de Tunis où vivait M. Brahmi, au 10 rue de la réconciliation, selon Nawaat.

COLÈRE CONTRE LE PARTI ENNAHDA
Dans le même temps, les partis démocratiques se sont réunis à 17 heures au siège du Front populaire, qui a appelé à la désobéissance civile, à la chute du gouvernement, à la dissolution de l'Assemblée constituante, à la création d'un gouvernement de salut public et à la grève générale le jour de l'enterrement de M. Brahmi. L'UGTT a appelé à la grève générale pour la journée de vendredi 26 juillet.
Des manifestations ont également éclaté à Sidi Bouzid, ville natale de Brahmi, où des centaines de personnes ont laissé éclaté leur colère, avant de mettre le feu au siège local du parti islamiste Ennahda, selon un habitant cité par Reuters.
La famille de Mohamed Brahmi a accusé Ennahda d'être responsable du meurtre. "Notre famille avait le sentiment que Mohamed allait connaître le même sort que Chokri Belaïd", a déclaré en pleurs Chhiba Brahmi, la sœur du défunt.


L'avocate tunisienne Leila Ben Debba crie sa colère devant un hôpital de Tunis après l'annonce de la mort de Mohamed Brahmi, tué de onze balles devant son domicile, jeudi 25 juillet.
 
CHOKRI BELAÏD, ÉGALEMENT TUÉ DEVANT CHEZ LUI
Sous la dictature, Mohamed Brahmi militait dans le Mouvement des étudiants arabes progressistes et unionistes. En 2005, il crée, dans la clandestinité, le Mouvement unioniste nassériste. C'est après la chute du président Ben Ali qu'il crée le Mouvement du peuple, dont il a été écarté le 7 juillet en raison de son adhésion au Front populaire. Le député avait récemment créé le Mouvement populaire (Attayar Echaab), dont il était le coordinateur général.
Elu à l'Assemblée nationale constituante (ANC), Mohamed Brahmi, âgé de 58 ans, n'avait pas ménagé ses critiques envers le parti islamiste Ennahda au pouvoir. Le président de l'ANC, Mustapha Ben Djaafar, a déclaré que vendredi serait "un jour de deuil national".
L'assassinat de Mohamed Brahmi est le deuxième du genre en Tunisie depuis la chute de Ben Ali. En février,  Chokri Belaïd, critique virulent du parti islamiste Ennahda, avait également été tué par balle devant son domicile. Cet assassinat avait alors choqué et provoqué une profonde crise politique dans le pays, qui avait mené à la démission, à la fin de février, du gouvernement du premier ministre Hamadi Jebali.

LES ISLAMISTES DÉNONCENT "UN MEURTRE CONTRE L'ETAT TUNISIEN"
Le président de la République tunisienne a condamné cet assassinat, appelant les Tunisiens à "ne pas tomber dans le piège de la violence". Il souligne le fait que ce "crime [a été] réalisé le jour de l'anniversaire de la République", cinquante-six ans après la proclamation de la République tunisienne, le 25 juillet 1957.
François Hollande a condamné cet assassinat dans un communiqué "avec la plus grande fermeté", demandant que "la lumière soit faite au plus vite sur ce meurtre". Rached Ghannouchi, leader d'Ennahda appelé à la démission par les manifestants, a demandé publiquement "la mise en place d'une coalition nationale contre la violence".
"C'est un meurtre contre l'Etat tunisien et la démocratie. On cherche à travers ça à mettre la Tunisie dans l'instabilité et pousser les Tunisiens à s'accuser les uns et les autres. La révolution tunisienne était pacifique, on cherche à la rendre sanguinaire alors que nous sommes en train de finir la Constitution et de mettre en place les institutions qui vont mener le pays vers des élections libres."
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Déclaration du Conseil d'administration d'Attac-France

Mohamed Brahmi, militant Tunisien, élu député à l'Assemblée Constituante et membre dirigeant du Front Populaire a été assassiné ce jour.

Cet acte lâche, 5 mois après le meurtre d'un autre dirigeant du Front Populaire, Chokri Belaïd, s'attaque directement à celles et ceux qui oeuvrent pour la défense des libertés et des droits fondamentaux des Tunisien.ne.s, et ne peut avoir qu'un seul objectif : remettre en cause le processus de transition politique, en faisant le pari d'un durcissement du régime.

Attac France affirme son soutien à l'ensemble des forces démocratiques tunisiennes, qui luttent pour que la démocratie l'emporte contre la violence politique et les tentations autoritaires. 

Attac, le 25 juillet 2013