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vendredi 30 août 2013

Maroc : l’affaire DanielGate, symptôme de réformes inachevées

Par Libreafrique, 22/8/2013

Au-delà de l’indignation qu’a suscitée la grâce royale touchant le pédophile de nationalité espagnole et d’origine irakienne, Daniel Galvan, violeur de 11 mineurs marocains ; et en dépit de la publication tardive d’un communiqué royal et l’annulation de la décision de grâce, cette affaire soulève plusieurs doutes sur le bon fonctionnement de la monarchie marocaine, qui ne cadrent pas avec la récente réforme constitutionnelle.
Tout d’abord, il est dit dans le premier communiqué que « Le Roi n'a jamais été informé de quelque manière que ce soit et à aucun moment, de la gravité des crimes abjects pour lesquels l'intéressé a été condamné». Le fait que le Roi Mohammed VI a lui-même signé la grâce ne le rendrait donc apparemment pas responsable. Il paraît toutefois difficile de détenir un pouvoir, en l’occurrence de grâce, si l’on n’en assume pas les responsabilités.
L’argument de candide est en outre peu convaincant : le Roi aurait pu annuler la grâce plus tôt, avant qu’il ne soit acculé sous la pression de la rue. Par ailleurs, Wikileaks avait annoncé en 2010 que le Roi avait déjà gracié un pédophile français en 2006. Enfin, s’ajoute à la liste les révélations de Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation français, sur le scandale de déviances sexuelles d’un autre ministre français pris à Marrakech dans une partie fine avec des mineurs, et libéré en toute discrétion, l’affaire ayant été classée sans suite.
Ensuite, le déni de responsabilité est palpable à travers le deuxième point du même communiqué : « le Souverain n'aurait consenti à ce que Daniel Galvan puisse arrêter de purger sa peine, au regard de l'atrocité des crimes monstrueux dont il a été reconnu coupable ». La conclusion logique est que le Roi signerait sans vérifier. Si le Roi a fait mauvais usage du droit que lui confère l’article 58 de la constitution, lors de cette affaire, c’est qu’il faut en réguler son usage. En l’occurrence, il faut noter que le dahir (n °1-57-387) réglementant la grâce royale date de 1958, et ne détermine pas les délits et crimes exclus du droit de grâce.
Ce problème de gouvernance de la monarchie exécutive renvoie à un autre celui du non respect de l’État de droit. En effet, selon la loi (article 12 du dahir n °1-57-387) c’est le ministère de justice qui doit chapeauter tout le processus avant que le cabinet royal ne statue sur les dossiers. Or, d’après les déclarations du Ministre de la justice, son ministère n’a pas contribué à l’élaboration de la liste des prisonniers espagnols. Le Ministre a déclaré avoir même prévenu le cabinet royal, avouant implicitement le rôle de simple exécutant des instructions du cabinet royal. Ce dernier s’est placé au dessus de la loi en ne respectant pas le dahir et en imposant sa décision.
Enfin, les Marocains sauront-ils la vérité sur les coulisses de cette histoire ? Pas sûr. Puisque  dans son troisième communiqué, après celui de l’annulation de grâce, le cabinet n’a fait que présenter un bouc émissaire en révoquant M. Benhachem, le délégué général de l'administration pénitentiaire et de la réinsertion, présenté comme étant le principal responsable. Pourtant, la liste des bénéficiaires avait été préparée par l'ambassade d'Espagne à Rabat, l'administration pénitentiaire marocaine n’était nullement impliquée.
L’esprit de justice commande que l’on remonte plus haut dans la chaîne de décisions, jusqu’aux conseillers du Roi devant assumer leurs responsabilités, notamment Omar Aziman, conseiller responsable des relations maroco-espagnoles et du dossier juridique au Palais et surtout de Fouad Al Himma, l’ami et conseiller politique du Roi. Ce dernier a été désigné  directement et explicitement par le quotidien espagnol “El Pais”, comme étant le principal responsable.
Le monarque peut aujourd’hui difficilement, d’un côté, prétendre réformer et œuvrer pour la démocratisation et la modernisation du pays, et d’un autre protéger des conseillers, non élus, fonctionnant comme un gouvernement de l’ombre et qui détiennent les vrais pouvoirs, mais sans reddition de comptes (sauf envers la monarchie). Cet état de fait consolide la culture d’allégeance exclusive au Roi, que cela soit de la part des conseillers ou des membres du gouvernement.

La monarchie est en réalité à la croisée des chemins. 
Soit elle continue dans son crédo exécutif décidant de tout et de rien et elle doit alors assumer les conséquences de ses choix politiques et économiques. Soit, elle change réellement de cap pour rester au-dessus de la mêlée, fédératrice du peuple et garante de l’unité et de la sécurité du pays, auquel cas elle soit mettre en place de véritable institutions d’état de droit et de représentation démocratique avec reddition des comptes.

 http://www.libreafrique.org/HEM_Galvan_Maroc_220813

DanieGate : Elanser poursuivi en justice pour sa responsabilité dans la répression sanglante du 2 août



Un manifestant violemment réprimé par des éléments des forces de l'ordre lors de la manifestation du 02 août 2013 devant le Parlement marocain


Mandaté par le CMODDH, Maître Abderrahime Jamai intente une procédure spéciale contre le ministre de l’Intérieur, Mhand Elanser pour sa responsabilité présumée dans la répression policière sanglante d’une manifestation pacifique devant le Parlement marocain contre la grâce royale accordée au pédophile Daniel Galvan.

Jeudi après-midi, une réunion s’est tenue au siège du Collectif marocain des organismes de défense des droits de l’homme (CMODDH) à Rabat. Une commission a été constituée et présidée par Maître Abderrahime Jamai. Housein Ihenache, représentant du Forum de la dignité pour les droits de l’homme au sein du collectif a confié à Lakome que "cette commission a pour charge de faire le suivi juridique des violences policières contre une manifestation pacifique qui s’est tenue face au Parlement le vendredi 2 août dernier. A l’ordre du jour de la réunion d’hier, l’action pénale intentée contre le ministre de l’Intérieur suite aux agressions policières dont ont été victimes, des manifestants pacifiques venant exprimer leur indignation face à la grâce royale accordée, au pédophile Daniel Galvan, actuellement arrêté en Espagne".


L’aspect juridique de la démarche

Interrogée par Lakome, la coordinatrice du CMODDH, Mme Khadija Riadi a précisé qu’ "une action pénale a été intentée contre le ministre de l’Intérieur pour dégager les responsabilités et identifier les personnes responsables des crimes commis par des agents des forces de police contre des manifestants pacifiques".

Il s’agit d’une procédure judiciaire spéciale impliquant un ministre du gouvernement. Pour cela, une plainte a été déposée, par Maitre Jamai, avocat mandaté par le collectif auprès de la Cour suprême, quelques jours après l’agression policière du 02 août. De son côté, Mhand Elanser, ministre de l’Intérieur avait ordonné une enquête interne au sein de son département le lendemain des événements mais une source proche du dossier a confié à Lakome qu’"une enquête de ce genre aboutirait au mieux à une sanction administrative qui, dans ce type de ministère, ressemble plus à une promotion pour les responsables des violences".  

Actuellement, la commission chargée du dossier au sein du CMODDH travaille à réunir les éléments nécessaires à la constitution d’un dossier circonstancié qui permettra de défendre l’affaire devant les tribunaux marocains "mais également devant les instances internationales de défense des droits de l’homme" précise Khadija Riadi.

Au Maroc, l’action pénale, en tant qu’action publique est un privilège étatique. En d’autres termes, le ministère public est compétent pour classer n’importe quelle affaire au gré et contre tous. L’affaire des primes Mezouar/Bensouda est là pour nous le rappeler. Devant ce cas figure, Khadija Riadi déclare que "le collectif ne ménagera aucun effort pour dénoncer pareille hypothèse. Une conférence de presse est prévue prochainement pour expliquer la démarche du CMODDH contre les transgressions des forces de l’ordre aux droits constitutionnels des citoyens marocains".


La dimension politique

Au delà des appréciations controversées sur le caractère démocratique de la constitution marocaine de 2011, il n’en demeure pas moins que son article 29 a donné de nouveaux droits aux citoyens marocains parmi lesquels, le droit de manifester pacifiquement. Mieux encore, ce droit a été placé au même niveau que le droit de grève. Est-il alors concevable, dans un pays de démocratie, qu’un droit similaire au droit de grève, sur le plan constitutionnel soit aussi violemment réprimé comme ce fut le cas le vendredi 2 août 2013 ? De plus, cet article 29 est conforté par l’article 22 stipulant qu’ "il ne peut être porté atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit, privée ou publique". Dans cette affaire, la justice marocaine résonnera-t-elle en harmonie avec ces dispositions constitutionnelles pour retenir la responsabilité pénale de personnes publiques, auteurs de crimes présumés ? Espérons-le en tout cas.

http://fr.lakome.com/index.php/maroc/1305-daniegate-repression-contre-les-manifestants-elanser-poursuivi--justice

DanielGate, Nouveaux rebondissements au sein du Parlement espagnol au sujet du DanielGate. Report du procès



Pour le Parti populaire espagnol (PP) la grâce accordée par le Maroc au pédophile Galvan est une "erreur" que le gouvernement refuse de clarifier. Llamazares avertit le ministre des Affaires étrangères que Galvan peut "se retrouver dans la rue", sans que le gouvernement ne donne d’explication.
Le Parti populaire a souligné mardi que l’administration marocaine était responsable de l’"erreur" qui a permis de libérer le pédophile Daniel Galvan. Le parti a également invité le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, José Manuel García-Margallo, et le procureur général Alberto Ruiz-Gallardón, à  venir présenter leur explications devant le Parlement sur ce cas d’espèce qualifié par l’opposition  de "scandaleux" et "de faute grave".
Le député populaire Agustin Conde, a expliqué les raisons pour lesquelles le groupe majoritaire de la Chambre s'oppose aux requêtes du PSOE et de la gauche plurielle, demandant le report jusqu’à la prochaine session ordinaire  pour fournir des explications. Le député a par ailleurs affirmé que les quelques informations fournies à ce sujet sont "plus qu’insuffisantes".
Dans le même ordre, le président de la Commission de la défense a rappelé que les autorités espagnoles ont présenté deux listes au Maroc. Une première liste sollicitant la grâce, et une seconde pour demander le transfèrement d’un nombre déterminé de détenus. Le nom de Daniel Galvan figurait dans la seconde liste. Le responsable a en outre affirmé que ces transfèrements devaient être conformes au "respect strict de la législation en vigueur".
Puis, il a rappelé que les autorités marocaines ont "fusionné les deux listes" en accordant la grâce à tous les détenus. Une «erreur» qui, une fois détectée, a conduit le Roi du Maroc Mohammed VI, à annuler la grâce, présenter des excuses aux familles des victimes et à révoquer le responsable de l'administration pénitentiaire.
Le PP refuse les accusations de connivence dans le cas Daniel
Conde a souligné que les autorités espagnoles ont  "vivement réagi " lorsque le gouvernement marocain a signalé l’"erreur", en laissant entendre que l'Exécutif espagnol ne pourrait pas être en "connivence" sur un sujet aussi sensible que le DanielGate.
Les porte-parole du groupe socialiste, Elena Valenciano, et de la gauche plurielle, Gaspar Llamazares, ont dénoncé l’attitude du gouvernement espagnol  et lui reprochent de ne pas avoir donné d’explication sur sa part de responsabilité dans cette affaire. Pour les deux politiques, le gouvernement s’est "uniquement contenté de blâmer" le Maroc sans mesurer "l’ampleur" et la sensibilité du scandale.
Tous deux ont également demandé des éclaircissements concernant les "contradictions"   dans la position du gouvernement  espagnol qui, dans un premier temps a nié l’implication de l’exécutif dans l’ajout du nom de Galvan dans les liste des bénéficiaires de la grâce et des transfèrements, pour ensuite se dédire en affirmant l’existence de deux listes dont l’une contenait le nom du pédophile.
Par conséquent, les deux députés ont décidé de demander des éclaircissements quant à la partie qui a proposé le nom de Galvan. Un détenu qui, selon Llamazares, ne "répond à aucune des conditions" exigées par le ministère de la Justice pour les transfèrements.
 Le porte-parole de la Gauche plurielle a également reproché à Garcia-Margallo son manque de "décence" pour son silence dans cette affaire alors que dans le même temps, il se précipite à convoquer une audience spéciale pour discuter de Gibraltar, une question qui agite «les sentiments patriotiques ». Ainsi, Llamazares a attiré l’attention du ministre sur le fait que Galvan pourrait "se retrouver libre" sans que le gouvernement ne puisse fournir d’explication.
PSOE: les détenus les plus dangereux graciés?
Valenciano a également déploré ces " explications nulles"  et signalé des "défaillances évidentes"  dans cette affaire. Plus précisément, il a demandé au gouvernement d’expliquer pour quelles raisons il a omis d’aviser "immédiatement" les autorités marocaines quand il a su que tous les détenus des deux listes avaient été graciés et parmi eux de  "dangereux criminels".
Par ailleurs, le député socialiste a signalé que l'Espagne devrait "présenter des excuses" à la société marocaine pour cette "erreur"  survenue bien après la visite du roi Juan Carlos au royaume alaouite, un moment "important" pour la diplomatie espagnole.
Traduit par Rida Benotmane
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Affaire DanielGate :Nombreux remous en Espagne

 

L'audition devant la justice espagnole de Daniel Galvan, le pédophile espagnol gracié par erreur au Maroc et emprisonné en Espagne, était prévue ce jeudi dans le cadre d'une plainte d'abus sexuel sur une mineure en 2004. La justice espagnole a annoncé avoir reporté cette audience. Au parlement espagnol, le débat est à son apogée, avec l'intervention d'un député espagnol révélant que les autorités marocaines sont à l'origine de ce scandale.

L'audition devant la justice espagnole de Daniel Galvan, le pédophile espagnol gracié au Maroc et emprisonné en Espagne, a été reportée a en croire la justice espagnole. /DR

L'audition devant la justice espagnole de Daniel Galvan, le pédophile espagnol gracié au Maroc et emprisonné en Espagne, a été reportée a en croire la justice espagnole. /DR Agrandir

“L'audition prévue pour demain (jeudi) a été suspendue en raison de la fugue de la mineure” qui est suivie dans un centre pour mineurs. C'est ce qu'a affirmé mercredi à l'AFP une source judiciaire, dans le cadre de l'affaire du pédophile espagnol Daniel Galvan. La jeune fille est à l'origine d'une plainte pour abus sexuel visant l'Espagnol de 63 ans, qui doit être entendu par un juge d'instruction de Torrevieja, près d'Alicante (est).
Les parents de la mineure ont déposé plainte “pour un délit supposé d'abus sexuel sur leur fille lorsqu'elle avait six ou sept ans” en 2004, selon une source judiciaire.
“À quelques mois près, les faits ne sont pas prescrits”, la prescription étant de 10 ans dans le cas d'abus sexuel sur mineur, a précisé cette source.
La plainte a été déposée après l'apparition à la télévision de Daniel Galvan, lors du scandale qu'a provoqué sa grâce le 30 juillet dernier, alors que l'Espagnol avait été condamné en 2011 à 30 ans de prison pour des viols sur onze mineurs âgés de 4 à 15 ans.
Une grâce royale annulée depuis. Daniel Galvan a donc été arrêté, par la suite, en Espagne et placé en détention provisoire le 7 août, en attendant que la justice espagnole statue sur son cas.

Le parti populaire espagnol s'en lave les mains
Dans une intervention devant le parlement espagnol, mercredi, le député du parti populaire espagnol au pouvoir, Augustin Conde, a révélé que son gouvernement avait préparé une liste de 15 détenus espérant bénéficier de la grâce royale, ainsi qu'une deuxième liste de 30 personnes à extrader. Les autorités marocaines avaient commis une erreur en fusionnant les deux listes, a-t-il affirmé, accusant clairement les dirigeants marocains.
De leur côté, le parti socialiste ouvrier espagnol et le parti espagnol de la Gauche Unifiée ont invité le ministre de la justice espagnol, Alberto Ruiz-Gallardon, ainsi que le chargé de la diplomatie espagnole, José Manuel Garcia-Margallo, à se présenter devant le parlement pour fournir les explications nécessaire concernant ce scandale.
Si l'affaire au Maroc a été étouffée par l'annulation de la grâce royale, le scandale en Espagne ne fait que commencer.
aufait/AFP

http://www.aufaitmaroc.com/maroc/societe/2013/8/28/nombreux-remous-en-espagne_214863.html?utm_source=daily_newsletter&utm_medium=e-mail&utm_campaign=aufait_newsletter#.Uh9KoX-ORYU
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 Espagne: Report du procès du pédophile Galvan

Le procès du dénommé Daniel Galvan Fina, accusé d’”abus sexuels sur une mineure” et qui devait avoir lieu jeudi devant le tribunal d’Alicante  (sud-est de l’Espagne), a été reporté, a-t-on annoncé de sources judiciaires espagnoles.
La décision du report a été prise par la juge chargée de cette affaire, suite à la fuite de la victime d’un centre de mineurs où elle était hébergée, a indiqué mercredi le Tribunal supérieur de la Justice de Valence (TSJCV), ajoutant que la juge a été “obligée” de reporter le procès, qui était prévu jeudi.
Une nouvelle date du procès sera fixée quand la police localisera la victime, précise la même source.
Le dénommé Daniel Galvan, qui avait été condamné à 30 ans de prison au Maroc et à qui la grâce a été retirée, faisait l’objet de deux plaintes, une  déposée récemment pour “abus sexuels sur mineure commis il y a des années” à Torrevieja (Alicante).
Une autre plainte avait été déposée par le père d’une autre mineure au commissariat de “Guardarmar del Segura”, qui l’a accusé en 2004 de tentative d’abus sexuel sur sa fille de cinq ans.

Daniel Galvan avait été arrêté le 5 août à Murcie (sud-est) suite à un mandat d’arrêt international.  Il a été placé en détention à Madrid sur décision du juge de l’Audience nationale espagnole pour “risque de fuite” et en raison de la “gravité des crimes”, commis au Maroc où il avait été condamné à 30 ans de prison pour pédophilie.
LNT

La confrontation. Benkirane , deuxième bouc émissaire. .


La confrontation



C'est un bien curieux discours que celui prononcé par Mohammed VI, à l'occasion de la commémoration du « Vingt août » et qui tranche sévèrement sur celui de la fête du Trône, quelques jours auparavant. Le roi aurait voulu se tirer dans le pied qu'il n'aurait pas agi autrement. Pourtant, encore une fois, les applaudisseurs de l'impossible sont montés en première ligne, pour le décrire de révolutionnaire ou de fondateur. Rien que ça !
Entre deux discours, des scandales gigognes

Salah Elayoubi
L'allocution de la fête du trône s'était voulue conquérante, sous la forme d'un bilan triomphateur et tonitruant. Elle manifestait une certaine volonté du roi, quelque peu ragaillardi par la contre-révolution égyptienne à laquelle il s'était empressé d'applaudir, de se réapproprier les rênes de sa monarchie exécutive, après l'essoufflement du « Mouvement du Vingt février ».
La seconde sentait le souffre et les relents de règlements de comptes. Le roi s'y en est pris au gouvernement du PJD, lui imputant la responsabilité de l'échec de la réforme de l'enseignement dans notre pays.
C'est qu'entre les deux discours, des scandales gigognes étaient passés par là. L'affaire du pédophile espagnol, Daniel Galvan Fina, en dissimulant une autre, celle d'Antonio Garcia Ancio, narcotrafiquant, gracié en lieu et place de son père et qui, lui-même en dissimulait une troisième, la libération de Mounir Molina Mohamed, quelques jours avant la tenue de son procès, pour trafic de drogue et constitution de bande armée.
Le limogeage du Délégué Général de l'Administration pénitentiaire, Hafid Benhachem improvisé bouc émissaire, n'aura trompé personne et surtout pas empêché l'affaire d'écorner un peu plus, l'image du monarque et mettre à nu les dysfonctionnements indignes du système politique marocain qui vaut à tant de criminels, d'échapper à la justice, avec le silence complice des élites marocaines, à de rares exceptions près.

Levée de boucliers et crimes de lèse-majesté
Mohammed VI est d'autant en colère, que fut grande sa solitude, au cours de ces journées, qui avaient indigné le monde entier et au cours desquelles, le Printemps marocain menaçait de reprendre, de plus belle. Car si Benkirane s'était muré dans un drôle de silence, son ministre de la justice avait affirmé à qui voulait bien l'entendre, qu'il avait bien mis au courant, en vain, le Cabinet royal de l'ampleur des crimes sexuels imputés au prédateur espagnol que l'on s'apprêtait à gracier. Le ministre de la justice avait même ordonné, sous la pression de l'indignation générale, la mise en ligne d'un communiqué sur le site Internet de son département, pour se dédouaner de toute responsabilité, dans le « DanielGate ». Une première dans le genre et un désaveu qui vaut crime de lèse-majesté au Maroc.
Et ce n'est pas tout. On doit, à présent, les sorties les plus fracassantes aux membres du PJD, ou encore à ses députés, qui n'hésitent plus à se répandre, chaque fois qu'ils peuvent le faire, particulièrement dans les pas perdus, du parlement marocain, ou sur les bancs mêmes de son hémicycle, en chuchotements ou déclarations, condamnant tantôt la décoration du lobbyiste sioniste Malcolm Hoenlein du Wissam alaouite, tantôt la mesure de grâces collectives des espagnols, tantôt le silence du Maroc, face aux exactions des militaires égyptiens.
Autant de prises de positions qui n'ont pas manqué de remonter jusqu'aux oreilles du principal intéressé qui s'est cru obligé de passer à l'offensive, à la recherche d'un nouveau bouc émissaire. Le timing choisi est loin de toute innocence, à l'heure où le PJD négocie avec le RNI, parti du palais, son sort dans le prochain gouvernement.

Où le roi se tire dans le pied
A moins que la sortie royale n'ait pour objectif avoué de dissuader les chefs de partis de se coaliser avec les islamistes, et tuer dans l’œuf le projet de gouvernement Benkirane II, la prudence la plus élémentaire, commandait à Mohammed VI, de s'abstenir d'aborder le sujet de l'Education nationale et d'en imputer l'échec de sa réforme à un gouvernement qui n'est en place que depuis quelques mois. Car pour qui connaît le Maroc, la responsabilité historique de la destruction de l'enseignement, incombe en totalité à la monarchie et à son vieux complice et instrument, le Parti de l'Istiqlal. Une bien sombre réalité qui vaut à notre pays, la situation que l'on connaît, d'analphabétisme, d'illettrisme et de misère intellectuelle. Et ce n'est pas le projet de Charte nationale d'éducation et de formation concoctée par l'entourage royal, qui pourrait racheter en quelques mois, plus de quatre décennies d'acharnement du régime sur le système éducatif marocain.
Le souverain qui semble soudain, au détour d'une colère, découvrir que la situation de l'enseignement «s'est dégradée encore davantage, par rapport à ce qu'elle était il y a plus d'une vingtaine d'années.», ne fait oublier à personne, que jamais jusque là, lui-même ou le Parti de la balance, dont l'un des membres est, précisément, en charge de l’Éducation nationale, n'avait démontré un quelconque empressement, à voir figurer ce ministère parmi ses premières préoccupations. Pour preuve cette information accablante, passée sous silence et relayée par le quotidien «Al Alam», selon laquelle, soixante-quinze (75) professeurs lauréats des centres régionaux des métiers de l'éducation et de la formation, auraient été nommés pour enseigner dans le cycle secondaire, malgré l'obtention au concours d'accès, de moyennes ne dépassant pas la note de 6,80 sur une note de 20. Cinquante-neuf (59) d'entre eux ont été affectés à l'enseignement secondaire et seize (16) à l'enseignement collégial.
Soixante-quinze cas qui ne feront pas oublier les centaines de milliers d'autres médiocrités qui ont eu en main, le devenir de tant des nôtres, alors que dans son discours, le monarque se présente en bon père de famille et prétend partager « les mêmes préoccupations concernant l'enseignement dispensé à nos enfants, et les mêmes problèmes affectant notre système éducatif, d'autant plus que nos petits suivent les mêmes programmes et les mêmes cursus.». Mohammed VI oublie simplement de préciser, qu'au contraire de nos enfants, les siens bénéficient d'un enseignement dispensé par des professeurs triés sur le volet.

Des vacances à point nommé
Pendant que les siens montent au front, pour s'indigner de la teneur du discours royal, Benkirane se trompe de scène de bataille. Il fait dans le barouf, ailleurs, en mobilisant les forces de sécurité, les autorités civiles et militaires, dans un souci ostentatoire de mettre son silence sur le compte de vacances, bien commodes, parmi les siens, à Moulay Bousselham. Des vacances qui tombent à point nommé, pour lui éviter une fois de plus de commenter les propos du chef de l'Etat.
Les dictateurs sont sans surprise. Ils ont ceci de particulier, qu'ils s'aliènent, tôt ou tard, les plus inconditionnels de leurs alliés ou leurs laudateurs les plus zélés. Mohammed VI en est rendu là, à son tour.
Quant à Benkirane, ce Chef de gouvernement d'un genre inédit, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Le malheureux aura eu beau ravaler toute fierté, boire toute honte, subir toutes sortes d'humiliations ou encore évoquer un pacte avec Abdelkrim El Khatib, singeant pitoyablement, Abderrahmane El Youssoufi, et le pacte secret qui le liait à Hassan II, il n'aura pas échappé au verdict qui frappe ceux qui, en voulant s'éviter un affrontement avec la tyrannie, acceptent le déshonneur, mais finissent tout de même, par avoir la confrontation.
 http://fr.lakome.com/index.php/chroniques/1290-la-confrontation

Maroc : la grâce a redonné souffle aux militants

 Par Ilhem Rachidi, Mediapart, 21/8/2013

La page du Danielgate semble aujourd'hui tournée au Maroc. Mais la contestation de la grâce royale accordée au pédophile espagnol, née sur les réseaux sociaux, a rassemblé bien plus que les traditionnels militants. Et redonné vigueur au Mouvement du 20 Février. 
 Correspondance du Maroc
Le mouvement d’indignation né sur les réseaux sociaux contre la grâce accordée par le roi Mohamed VI au pédophile Daniel Galvan, condamné à 30 ans de prison pour le viol de onze mineurs, a réalisé ce dont aucune force politique n’avait été capable : amener le roi Mohamed VI à justifier et revenir sur une décision sous la pression de l’opinion publique.

Rida Benotmane, ancien détenu politique, aujourd’hui contributeur au journal Lakome et professeur de droit, a manifesté et subi la répression lors de la première manifestation à Rabat le 2 août dernier. « La mobilisation a réussi parce que le sujet dépassait la sphère militante et touchait tous les pères et toutes les mères de ce pays », souligne-t-il. « Comme tous les Marocains, j'étais indigné de voir un pédophile bénéficier de la grâce alors que les prisons marocaines sont remplies de jeunes militants pro-démocratie qui auraient dû être graciés en priorité. Dénoncer la grâce était pour moi un acte de patriotisme. »

Si, depuis le 7 août, le Danielgate ne fait plus descendre personne dans la rue, ce mouvement a redonné un souffle à la contestation initiée par le Mouvement 20 Février, il y a deux ans. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes – Agadir, Marrakech, Safi, El Jadida,Ouarzazate, Inezgane – où le mouvement s’était essoufflé.
« C'est la première fois du règne de Mohammed VI que la monarchie se trouve face à une contestation populaire directe et frontale », explique le journaliste et chercheur Abdelah Tourabi. Le roi Mohamed VI a dû répondre aux manifestants dans un communiqué du palais royal, puis annuler la grâce. Daniel Galvan est aujourd’hui en détention préventive en Espagne. Comment quelques milliers de manifestants, sans aucun discours politique pour bon nombre d'entre eux, ont-ils fait faire marche arrière au pouvoir marocain ?


Dans la manifestation du 7 août à RabatDans la manifestation du 7 août à Rabat
Après tout, ce n’est pas la première fois qu’un pédophile bénéficie d’une grâce. Déjà, en 2006, le Français Hervé Le Gloannec, condamné à 4 ans de prison, avait été libéré, après avoir passé moins de deux ans en prison, dans l’indifférence générale.
 
« La force de ce combat, c’est que le peuple est sorti, pas seulement les militants », affirme Yassin Bezzaz, membre du Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et du Mouvement 20 Février. Ce mouvement, né le 20 février 2011, dans la foulée des révolutions arabes, exigeait des réformes constitutionnelles. Depuis, des manifestations ont eu lieu régulièrement, jusque dans les villes les plus reculées, pour réclamer davantage de démocratie, une réelle séparation des pouvoirs, la lutte contre la corruption, mais aussi l’indépendance de la justice, l’un des mots d’ordre des manifestations du Danielgate.
Sami Nezar Bella, un cyber-activiste de 19 ans n’est pas « un grand habitué des manifestations ». Mais pour lui, ces manifestations contre la grâce sont « une continuité logique et évidente de la vague du 20 Février ». Même si, nuance-t-il, « sans le Mouvement, cette affaire douloureuse qui a touché le peuple aurait pu provoquer une vague d'indignation au sein de la société ».
 
« Nous avons gagné deux choses : la réponse du roi, historique, et le fait que les militants se sont retrouvés », souligne Hakim Sikouk, professeur de philosophie à Safi et membre fondateur du mouvement, lui aussi blessé par les forces de l’ordre lors de la manifestation du 2 août à Rabat. À Safi justement, les arrestations et les condamnations d’une trentaine d’activistes du Mouvement du 20 Février, la mort de Kamal Al Amari, tué en marge des manifestations en juin 2011, et de Mohammed Boudouroua, en octobre 2011, avaient progressivement eu raison de l’une des coordinations les plus actives. Avec le Danielgate, la contestation a repris.

Le mur de la peur
Ces derniers temps, beaucoup disaient le Mouvement 20 Février mort. Ses manifestations attiraient au mieux quelques centaines de manifestants. « Le mouvement n’est pas mort, il est congelé », affirmait, bien avant le Danielgate, Adil Yousfi, membre actif de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). « Ses principes ne mourront jamais. »
Car il a permis aux langues de se délier, réconcilié une partie de la jeunesse avec la politique et surtout, il a fait reculer le mur de la peur.
Même si la critique du roi est toujours dangereuse au Maroc – Abdessamad Haydour est détenu depuis 18 mois pour avoir « insulté le roi » lors d’une manifestation ; Driss Bouterrada, un vendeur ambulant arrêté après avoir « imité » le roi lors d’un sit-in devant le parlement, purge une peine d'un an de prison officiellement pour trafic de drogue… –, sur les réseaux sociaux, les internautes n’ont pas épargné le roi, jugé unique responsable de cette grâce. Comme si les Marocains, longtemps sujets, devenaient progressivement de réels citoyens.

« À long terme, je rêve de la fin du système makhzen actuel fondé sur le clientélisme et la corruption. Il n y a que par une vraie monarchie parlementaire que nous pourrons accéder à la séparation des pouvoirs tout en préservant l'héritage politique de notre pays en évitant de diviser la société marocaine sur la question de la monarchie », analyse Rida Benotmane.

En 2011, le pouvoir marocain avait très habilement tué dans l'œuf la contestation grâce au discours du roi, le 9 mars, promettant de s'atteler à une « réforme constitutionnelle globale ». Les militants du Mouvement du 20 février ont retenu la leçon : à Rabat, lors de la dernière manifestation contre la grâce royale, des activistes disaient vouloir clore le dossier, l’objectif ayant été atteint. « Le palais royal a publié les communiqués, le roi a reçu les familles », explique Yassin Bezzaz. « Si nous entamons un bras de fer avec le système, nous allons perdre parce qu’il dispose de moyens que nous n’avons pas : les medias, l’argent, la propagande. »
 

A Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel GalvanA Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel Galvan© Reuters

Pour l’instant, le Danielgate n’a vraiment eu de conséquence politique. S'il a permis, une fois de plus, d’attirer l’attention sur l’absence d’une réelle séparation des pouvoirs et sur les pouvoirs exorbitants du cabinet royal (véritable gouvernement de l’ombre), les responsabilités n’ont toujours pas été établies. L’enquête promise n’a pour l’instant pointé du doigt que Hafid Benhachem, le délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion proche de la retraite, déjà critiqué pour sa gestion des prisons. Le conseiller et proche du roi Fouad Ali El Himma, mis en cause dans les journaux Lakome et El País (il aurait contacté l’ambassade d’Espagne par téléphone, ce que l'ambassade a démenti) et dont certains manifestants réclamaient la démission, ne s’est toujours pas exprimé. Silence aussi du côté du chef de gouvernement Abdelilah Benkirane.
Et le Parti islamiste Justice et Développement (PJD), muet lors de l’affaire et surtout lors de la répression de la première manifestation, semble davantage occupé à dénoncer le coup d’État égyptien. C'est toujours plus confortable de regarder ailleurs.