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samedi 21 décembre 2013

Le Maroc est-il un Etat terroriste ?

  • Par Salah Elayoubi, 18/12/2013

Le Maroc est-il un Etat terroriste ?

terrorisme
Printemps 2010. L’homme qui sonne à la porte d’un appartement du « Haut-Agdal », dans la capitale marocaine, s’appelle Eric Goldstein. Il est directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à  Human Rights Watch.
Le moment mérite d’être raconté, parce que cette visite insolite va inspirer l’intitulé du document que produira quelques mois plus tard, son organisation, lorsqu’elle dénoncera les conditions épouvantables, dans lesquelles le régime marocain, au prétexte de lutter contre le terrorisme, broie les consciences qui dénoncent ses exactions.
Une heure durant, entre deux sanglots, la femme qui accueille le responsable, raconte l’enlèvement de son fils, Rida Benotmane, de son domicile conjugal, sous les yeux de son épouse enceinte, par un groupe d’inconnus, au soir du 19 janvier 2007, puis la disparition pure et simple de ce dernier.
Au cours de l’entretien, Rachida Baroudi raconte, encore médusée comment les responsables sécuritaires l’avaient, à plusieurs reprises, invitée courtoisement, presque délicieusement, à « arrêter de chercher son fils ! »
La formule stupéfiera à ce point Eric Goldstein et ses collègues, qu’ils en feront le titre éponyme de leur rapport sur les Droits de l’homme au Maroc, publié en Octobre 2010.
Plusieurs mois s’écouleront durant lesquels Rida Benotmane croupira en prison, persuadé qu’il doit pour l’essentiel, son emprisonnement à sa dénonciation de l’intervention américaine en Irak, sur  des sites islamistes et des graves atteintes aux droits de l’homme, dans les prisons secrètes du régime marocain ainsi qu’à la publication de photos aériennes des sites de la Direction de Surveillance du Territoire (DST) et du palais royal. Jusqu’à ce qu’Eric Goldstein l’informe par téléphone que l’examen du dossier de police, laisse apparaître, comme principal reproche, l’offense à la personne du roi,  Rida ayant utilisé le terme tyran pour désigner Mohammed VI, dans l’un de ses commentaires sur la toile. Et le responsable de Human Right Watch d’ajouter : « Il s’agit d’une condamnation infondée, chacun ayant le droit de qualifier les hommes politiques, selon ses opinions, pour autant que cela s’exprime sans violence, ni diffamation. »

  
Rida Benotmane à sa sortie de la prison de Salé, en compagnie de sa fille et de sa mère

Entre crime de lèse-majesté et apologie du terrorisme
Si plusieurs militants du Vingt Février comme Abdessamad Haydour, Walid Bahomane ou encore DrisDrisss Boutarada, ont, lourdement et sans ambiguïté, été condamnés pour atteinte à la personne du roi, et respectivement condamnés à trois ans, dix-huit mois et un an d’emprisonnement, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre le cas Benotmane et  le cas Ali Anouzla, emprisonné le 17 septembre 2013, pour « assistance à une entreprise terroriste » et « apologie du terrorisme ».
Quelques semaines avant son interpellation, le journaliste indépendant avait publié une série d’articles au vitriol sur le budget de la monarchie, la grâce royale à un multi-pédophile et un narcotrafiquant en prison préventive, ou encore sur l’absentéisme du roi.
Le 28 octobre, soit trois jours après la libération provisoire d’Anouzla, un autre journaliste, Mustapha El Hasnaoui, beaucoup moins médiatique que le premier,  était condamné, par la Cour d’appel de Salé, à quatre (4) années d’emprisonnement, après une obscure procédure judiciaire, pour « constitution de bande criminelle, en vue de commettre des actes terroristes, dans le cadre d’une entreprise collective, visant l’atteinte grave à l’ordre public par l’intimidation, la terreur ou la violence » et « non-dénonciation d’actes de terrorisme ».
Reporter à la publication salafiste Assabile, l’homme s’était rendu en Turquie, pour y mener un reportage dans la région frontalière avec la Syrie à propos des réfugiés et des combattants marocains, selon son comité de défense. Bien que la Turquie lui ait refusé l’accès de son territoire, les autorités marocaines l’ont interpellé, le 16 mai, à son retour au Maroc, espérant, à tout le moins, lui soutirer des informations, sinon le voir collaborer à identifier les jihadistes marocains en Syrie et leurs réseaux.
 L’Etat terroriste
On le voit, la loi anti-terroriste mise en place en mars 2003, sert à merveille les desseins liberticides du régime marocain et lui permet de condamner, à tour de bras ses opposants. Bien pire, le modus operandi des forces de sécurité marocaines, les procédures induites par la loi, l’opacité de l’instruction et la lourdeur des charges ont pour principal objectif de dissuader la société civile et les militants de tous bords de s’immiscer dans le cours de cette justice d’exception. Une méthode consubstantielle de la terreur distillée par les tyrannies dont fait assurément partie Rabat.
Les exactions menées par le régime marocain à l’encontre de ses contradicteurs, sont allées crescendo, depuis l’arrivée de Mohammed VI au pouvoir et les trois dernières années  resteront sans doute inscrites parmi les pires avec plus de deux cent cinquante détenus politiques dont le régime et ses thuriféraires continuent de nier jusqu’à l’existence. Tous les rapports de l’ONU, de Reporters sans frontières, d’Amnesty International et Human Rights Watch pointent du doigt les sévices physiques, psychologiques et sexuels, menés à l’encontre de personnes arrêtées sous prétexte de lutte contre le terrorisme et dont certaines sont même décédées sous la torture.
Autre effet dévastateur de la fameuse loi, longtemps après la remise en liberté des condamnés, le dossier de l’anti-terrorisme continue de leur coller à la peau. Pour peu que les intéressés appartiennent à un mouvement islamiste, les voilà affublés de l’étiquette d’extrémiste qui les condamne à l’exclusion professionnelle, voire à une faillite personnelle définitive. Le régime ayant alors atteint son but ultime de mettre définitivement hors d’état de nuire des adversaires, des opposants ou de simples militants.

 Sept ans de calvaire
L’errance de Rida Benotmane continue. Le jeune père de famille commémorera en janvier prochain, l’an VII de son calvaire. Il n’a pas fini de payer pour des crimes imaginés par le corpus de la dictature marocaine.
Plus de quinze organisations avaient adressé en avril 2011,  un mémorandum au Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, recommandant à ce dernier de le réintégrer à son poste de travail, ce qui revenait de facto, à reconnaître qu’il avait été condamné pour délit d’opinion. Même le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) s’était prononcé en faveur de la mesure.
C’était mal connaître l’acharnement légendaire du Makhzen. Le 09 Octobre 2013, Najib Boulif, ministre chargé des Affaires générales et de la gouvernance et Idrissi Azami, ministre Chargé du Budget auprès du ministre de l’Économie et des Finances, co-signaient la décision de réintégration de Rida à son ancien poste de fonctionnaire, avant que celle-ci ne soit brutalement  annulée le 25 Octobre, sans autre explication.
Un ultime rebondissement en forme de mesure coercitive. Révoltant parce qu’il apporte du crédit aux voix qui s’élèvent de plus en plus nombreuses, jusque parmi les proches de la monarchie, pour reconnaître qu’il n’existe pas d’Etat marocain. Une autre façon de dire que nous sommes en présence d’une organisation tentaculaire et omnipotente qui tisse sa toile dans l’ombre pour agir sur le destin d’une quarantaine de millions d’âmes. Dans n’importe quelle langue, cela porte un nom : Mafia
Salah Elayoubi

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vendredi 30 août 2013

Maroc : la grâce a redonné souffle aux militants

 Par Ilhem Rachidi, Mediapart, 21/8/2013

La page du Danielgate semble aujourd'hui tournée au Maroc. Mais la contestation de la grâce royale accordée au pédophile espagnol, née sur les réseaux sociaux, a rassemblé bien plus que les traditionnels militants. Et redonné vigueur au Mouvement du 20 Février. 
 Correspondance du Maroc
Le mouvement d’indignation né sur les réseaux sociaux contre la grâce accordée par le roi Mohamed VI au pédophile Daniel Galvan, condamné à 30 ans de prison pour le viol de onze mineurs, a réalisé ce dont aucune force politique n’avait été capable : amener le roi Mohamed VI à justifier et revenir sur une décision sous la pression de l’opinion publique.

Rida Benotmane, ancien détenu politique, aujourd’hui contributeur au journal Lakome et professeur de droit, a manifesté et subi la répression lors de la première manifestation à Rabat le 2 août dernier. « La mobilisation a réussi parce que le sujet dépassait la sphère militante et touchait tous les pères et toutes les mères de ce pays », souligne-t-il. « Comme tous les Marocains, j'étais indigné de voir un pédophile bénéficier de la grâce alors que les prisons marocaines sont remplies de jeunes militants pro-démocratie qui auraient dû être graciés en priorité. Dénoncer la grâce était pour moi un acte de patriotisme. »

Si, depuis le 7 août, le Danielgate ne fait plus descendre personne dans la rue, ce mouvement a redonné un souffle à la contestation initiée par le Mouvement 20 Février, il y a deux ans. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes – Agadir, Marrakech, Safi, El Jadida,Ouarzazate, Inezgane – où le mouvement s’était essoufflé.
« C'est la première fois du règne de Mohammed VI que la monarchie se trouve face à une contestation populaire directe et frontale », explique le journaliste et chercheur Abdelah Tourabi. Le roi Mohamed VI a dû répondre aux manifestants dans un communiqué du palais royal, puis annuler la grâce. Daniel Galvan est aujourd’hui en détention préventive en Espagne. Comment quelques milliers de manifestants, sans aucun discours politique pour bon nombre d'entre eux, ont-ils fait faire marche arrière au pouvoir marocain ?


Dans la manifestation du 7 août à RabatDans la manifestation du 7 août à Rabat
Après tout, ce n’est pas la première fois qu’un pédophile bénéficie d’une grâce. Déjà, en 2006, le Français Hervé Le Gloannec, condamné à 4 ans de prison, avait été libéré, après avoir passé moins de deux ans en prison, dans l’indifférence générale.
 
« La force de ce combat, c’est que le peuple est sorti, pas seulement les militants », affirme Yassin Bezzaz, membre du Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et du Mouvement 20 Février. Ce mouvement, né le 20 février 2011, dans la foulée des révolutions arabes, exigeait des réformes constitutionnelles. Depuis, des manifestations ont eu lieu régulièrement, jusque dans les villes les plus reculées, pour réclamer davantage de démocratie, une réelle séparation des pouvoirs, la lutte contre la corruption, mais aussi l’indépendance de la justice, l’un des mots d’ordre des manifestations du Danielgate.
Sami Nezar Bella, un cyber-activiste de 19 ans n’est pas « un grand habitué des manifestations ». Mais pour lui, ces manifestations contre la grâce sont « une continuité logique et évidente de la vague du 20 Février ». Même si, nuance-t-il, « sans le Mouvement, cette affaire douloureuse qui a touché le peuple aurait pu provoquer une vague d'indignation au sein de la société ».
 
« Nous avons gagné deux choses : la réponse du roi, historique, et le fait que les militants se sont retrouvés », souligne Hakim Sikouk, professeur de philosophie à Safi et membre fondateur du mouvement, lui aussi blessé par les forces de l’ordre lors de la manifestation du 2 août à Rabat. À Safi justement, les arrestations et les condamnations d’une trentaine d’activistes du Mouvement du 20 Février, la mort de Kamal Al Amari, tué en marge des manifestations en juin 2011, et de Mohammed Boudouroua, en octobre 2011, avaient progressivement eu raison de l’une des coordinations les plus actives. Avec le Danielgate, la contestation a repris.

Le mur de la peur
Ces derniers temps, beaucoup disaient le Mouvement 20 Février mort. Ses manifestations attiraient au mieux quelques centaines de manifestants. « Le mouvement n’est pas mort, il est congelé », affirmait, bien avant le Danielgate, Adil Yousfi, membre actif de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). « Ses principes ne mourront jamais. »
Car il a permis aux langues de se délier, réconcilié une partie de la jeunesse avec la politique et surtout, il a fait reculer le mur de la peur.
Même si la critique du roi est toujours dangereuse au Maroc – Abdessamad Haydour est détenu depuis 18 mois pour avoir « insulté le roi » lors d’une manifestation ; Driss Bouterrada, un vendeur ambulant arrêté après avoir « imité » le roi lors d’un sit-in devant le parlement, purge une peine d'un an de prison officiellement pour trafic de drogue… –, sur les réseaux sociaux, les internautes n’ont pas épargné le roi, jugé unique responsable de cette grâce. Comme si les Marocains, longtemps sujets, devenaient progressivement de réels citoyens.

« À long terme, je rêve de la fin du système makhzen actuel fondé sur le clientélisme et la corruption. Il n y a que par une vraie monarchie parlementaire que nous pourrons accéder à la séparation des pouvoirs tout en préservant l'héritage politique de notre pays en évitant de diviser la société marocaine sur la question de la monarchie », analyse Rida Benotmane.

En 2011, le pouvoir marocain avait très habilement tué dans l'œuf la contestation grâce au discours du roi, le 9 mars, promettant de s'atteler à une « réforme constitutionnelle globale ». Les militants du Mouvement du 20 février ont retenu la leçon : à Rabat, lors de la dernière manifestation contre la grâce royale, des activistes disaient vouloir clore le dossier, l’objectif ayant été atteint. « Le palais royal a publié les communiqués, le roi a reçu les familles », explique Yassin Bezzaz. « Si nous entamons un bras de fer avec le système, nous allons perdre parce qu’il dispose de moyens que nous n’avons pas : les medias, l’argent, la propagande. »
 

A Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel GalvanA Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel Galvan© Reuters

Pour l’instant, le Danielgate n’a vraiment eu de conséquence politique. S'il a permis, une fois de plus, d’attirer l’attention sur l’absence d’une réelle séparation des pouvoirs et sur les pouvoirs exorbitants du cabinet royal (véritable gouvernement de l’ombre), les responsabilités n’ont toujours pas été établies. L’enquête promise n’a pour l’instant pointé du doigt que Hafid Benhachem, le délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion proche de la retraite, déjà critiqué pour sa gestion des prisons. Le conseiller et proche du roi Fouad Ali El Himma, mis en cause dans les journaux Lakome et El País (il aurait contacté l’ambassade d’Espagne par téléphone, ce que l'ambassade a démenti) et dont certains manifestants réclamaient la démission, ne s’est toujours pas exprimé. Silence aussi du côté du chef de gouvernement Abdelilah Benkirane.
Et le Parti islamiste Justice et Développement (PJD), muet lors de l’affaire et surtout lors de la répression de la première manifestation, semble davantage occupé à dénoncer le coup d’État égyptien. C'est toujours plus confortable de regarder ailleurs.

mercredi 29 février 2012

Report du procès d'Abdessamad Alhidour au 7 mars.

Par  Les Amis du "Mouvement du 20 février en Europe", 29/2/2012

En l'absence d'un avocat qui accepterait de le défendre, le procès de Abdessamad  Haydour, condamné en première instance à 3 ans de prison ferme pour atteinte aux sacralités, a été reporté pour le 07 Mars. 
Les amis du 20 février en Europe le soutiennent juridiquement et mandatent deux avocats, l'un marocain et le deuxième inscrit au barreau de Paris, pour défendre ce jeune, victime de l'absurde judiciaire marocain.