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lundi 20 avril 2015

Maroc : Allons-nous attendre passivement le crash ?!

Photo de Mohammed Belmaïzi.
Maroc / Pouvoir personnel en plein 21ème siècle !!
Le représentant de Dieu sur terre!
Un copilote dirige le Maroc et le peuple marocain à la dérive mortelle. Ce fabuleux copilote a verrouillé le cockpit de la démocratie et de l’État de Droit.
Allons-nous faire la "Prière de l'Absent"?
Allons-nous attendre passivement le crash ?!

mercredi 6 août 2014

« Où sont passées nos richesses ? »

31072014
  1. Mohammed VI lors du discours du trône, le 31 juillet 2014

saidwajaniC’est connu, les grands criminels reviennent toujours sur les lieux de leurs forfaits. Non par empathie ou par compassion envers leurs victimes, mais simplement pour se confectionner un alibi éventuel ou anticiper leur défense, lorsque sonnera l’heure de s’expliquer.
Voilà six cents ans que le pays est mis sous coupe réglée, soumis à tous les pillages, dans la plus totale impunité, et c’est l’un des responsables du gâchis, qui s’interroge cyniquement sur la disparition de nos richesses.  Au paradis des corrompus qu’est devenu le Maroc, on croirait entendre un « Vingt-fébrériste » ou un chômeur, manifestant, aux cris de « Où sont passées nos richesses ? ».
Après avoir tout confisqué entre richesses et pouvoir, « notre ami »  semble, à présent,  lorgner, sur  le titre de Premier Activiste, pour damer le pion aux véritables militants. A moins qu’il n’ait été frappé d’une soudaine amnésie ?  A l’écouter se fendre de son piètre discours, on imagine le loup, affublé de la peau de l’agneau qu’il vient de dévorer et faisant mine de se lancer, avec le reste du troupeau, à la recherche de la victime.

« Où sont passées nos richesses ? »,  fait mine de s’insurger celui qui a fait du Maroc le siège de ses multinationales, ses banques, ses assurances et ses centres commerciaux.
« Où sont passées nos richesses ? »,  fait mine de s’indigner la septième fortune du monde, qui n’hésite pas, après avoir fait main basse sur les richesses terrestres, maritimes et aériennes, à entretenir ses serviteurs, ses palais et ses déplacements, des deniers du peuple.
« Où sont passées nos richesses ? »,  fait mine de s’offusquer,  celui qui, à force de pillage, pousse les meilleurs d’entre nous, à s’exiler, à la recherche d’une vie meilleure et fait rêver des millions d’autres d’en faire autant.
« Où sont passées nos richesses ? ».  La réponse est à ce point dans la question, qu’elle en devient insultante pour l’intelligence. Elle est dans les comptes bancaires, les projets, les constructions, les palais, les célébrations et la cour obséquieuse et pléthorique de « notre ami ».
« Où sont passées nos richesses ? », nul besoin de calculs savants, ni de démonstration. La réponse est à la portée du dernier des élèves du primaire.
Les laudateurs auront beau chanter les louanges de tes milliards ou vanter ton prétendu sens des affaires, sache qu’aucune fortune n’apaisera jamais la conscience de qui détrousse son peuple. Avec le temps, tes craintes iront crescendo, avec la fortune illégale que tu te confectionnes à force de pillage. Tu auras beau décorer les uns,  terroriser les autres, acheter certains en tuer d’autres, tu devras te résoudre, au final,  à rendre des comptes. Alors, toutes tes réjouissances, tes commémorations, tes applaudissements et ce tintamarre disparaîtront avec toi. Et la fortune et les courtisans repartiront, comme ils sont venus.

Voilà pour la médiocrité de ton personnage. Pour le reste, sans vouloir t’accabler,  je te laisse le soin de méditer la réponse éclairée de Sénèque. A charge pour toi de situer dans quelle catégorie tu crois devoir  te ranger :
- « La richesse n’a pas les bras longs;  elle ne s’empare que de celui qui s’attache à elle. Elle est l’esclave du sage et la maîtresse du fou »

Texte original ici :

samedi 7 décembre 2013

Ce que coûte notre monarchie

Cette semaine, le numéro 597 de TelQuel : Budget royal. Le dernier tabou. Sacré, les finances du Palais font l’objet d’une présentation laconique devant les parlementaires, qui n’ont aucun interlocuteur du sérail pour en discuter. Opaque, le peu de détails fournis aux élus crée une confusion entre listes civiles, dotations de souveraineté et budget de la cour royale. Excessif, le Marocain paie pour la monarchie plus de onze fois ce que débourse un Anglais, pourtant treize fois plus riche.

JLEC : la petite histoire d’un géant de l’électricité. Le premier producteur privé d’électricité du pays entre en Bourse le 24 décembre. Retour sur l’histoire d’un colosse qui vaut 9 milliards de dirhams.

Rencontre : Aquarium  L’école des femmes. Depuis près de 20 ans, la compagnie fondée par la metteure en scène Naïma Zitane défend le féminisme sur les planches. Un théâtre militant qui s’inspire des maux de la société et mise sur la proximité.

+ Nos chroniques : Ta vie en l’air par Fatym Layachi, Décalages par Souleïman Bencheikh, A contre-courant par Omar Saghi, la page Blad Schizo, la section Passion, l’incontournable Zakaria Boualem…

Dès vendredi dans les kiosques !
Cette semaine, le numéro 597 de TelQuel : Budget royal. Le dernier tabou.
 Sacré, les finances du Palais font l’objet d’une présentation laconique devant les parlementaires, qui n’ont aucun interlocuteur du sérail pour en discuter. 
Opaque, le peu de détails fournis aux élus crée une confusion entre listes civiles, dotations de souveraineté et budget de la cour royale.
 Excessif, le Marocain paie pour la monarchie plus de onze fois ce que débourse un Anglais, pourtant treize fois plus riche.
 JLEC : la petite histoire d’un géant de l’électricité. Le premier producteur privé d’électricité du pays entre en Bourse le 24 décembre. Retour sur l’histoire d’un colosse qui vaut 9 milliards de dirhams. 
 Rencontre : Aquarium L’école des femmes. Depuis près de 20 ans, la compagnie fondée par la metteure en scène Naïma Zitane défend le féminisme sur les planches. Un théâtre militant qui s’inspire des maux de la société et mise sur la proximité.
 + Nos chroniques : Ta vie en l’air par Fatym Layachi, Décalages par Souleïman Bencheikh, A contre-courant par Omar Saghi, la page Blad Schizo, la section Passion, l’incontournable Zakaria Boualem… Dès vendredi dans les kiosques !

samedi 9 novembre 2013

Washington, comme un voyage de la dernière chance

Par Salah Elayoubi, 9/11/2013

res publicaFinalement, Mohammed VI se rendra bien aux Etats-Unis, où il sera reçu par le Président Barack Obama, le 22 novembre. Une visite longtemps mise en péril par l’emprisonnement du journaliste Ali Anouzla pour les charges d’assistance à une entreprise terroriste et d’apologie du terrorisme qui avait soulevé sinon  l’indignation, du moins l’incompréhension, dans les milieux politiques américains, y compris parmi les plus favorables au Maroc. Depuis, le Directeur de « Lakome » arabophone a été remis en liberté provisoire, dans l’attente de son procès, au prix d’un silence jugé bien assourdissant par la plupart de ceux qui avaient mené campagne pour sa libération.

Mais le Maroc n’est pas tiré d’affaire pour autant. Washington a, en effet, durci le ton vis-à-vis de Rabat, depuis le départ de Hilary Clinton, à propos de l’affaire du Sahara qui n’en finit plus d’empoisonner les relations bilatérales avec une bonne partie des pays africains, dont  l’Algérie, faisant craindre le pire pour toute la région, au vu de l’escalade à laquelle se livrent les deux frères ennemis. Car de fraternité ou de relation de bon voisinage,  il n’est, en effet, guère plus question. Bruits de bottes, manœuvres communes entre Polisario et armée algérienne, surarmement, frontières hermétiques, paysans coupés de leurs champs, pour raison de militarisation, escalade verbale entre responsables politiques, escarmouches éditoriales entre journaux officiels, accusations réciproques d’atteintes aux droits de l’homme, rappel de l’ambassadeur marocain. Un florilège qui en dit long sur la cocotte minute du Sahara mais également sur l’animosité que les deux régimes se portent mutuellement, pour mieux occulter leur crise sociale respective.

 De la menthe au goût de fiel et de lâcheté pour le 1° novembre algérien
Mais la cerise sur le gâteau, vient des manifestations hostiles à l’Algérie qui se multiplient au Maroc. Une première du genre. Alors qu’une simple réunion de potaches dissertant, en pleine rue, de philosophie, déclenche la vindicte de la police marocaine, les manifestations vouant notre voisin aux gémonies semblent jouir d’une impunité totale, portant à croire qu’elles reçoivent, à tout le moins l’encouragement de Rabat. Pour qui se souvient de la violence avec laquelle les forces auxiliaires avaient « négocié » la dispersion des manifestants face au centre culturel libyen, dans le quartier des Orangers, le 21 février 2011, au lendemain des exactions du régime libyen contre les manifestants désarmés, comprend difficilement le laxisme des forces de l’ordre face au consulat algérien ce 1° novembre. un drôle de cadeau à l’Algérie pour sa commémoration du déclenchement de la lutte armée contre l’occupant français.  Un cadeau empoisonné, au parfum de menthe, du nom de ce militant royaliste, Hamid Naânaâ qui a escaladé la grille en fer forgé, avant d’en faire de même pour le bâtiment des services consulaires  et de s’attaquer au drapeau algérien qu’il a décroché de  sa hampe.
Les policiers de faction, autour de l’édifice, ce jour-là, se sont bien gardés d’intervenir, mises à part de molles mises en garde et la scène immortalisée par une caméra anonyme, ne laisse planer aucun doute sur les auteurs du forfait. Ce sont les mêmes visages qui sévissent depuis plusieurs mois contre les militants du « Vingt février » ou contre toute manifestation dénonçant la corruption, les atteintes aux libertés, les abus de pouvoir et d’autres pratiques du régime marocain.
L’acte est, en lui-même, odieux parce qu’il s’est attaqué à l’un des fondamentaux même de la culture marocaine, sa proverbiale hospitalité qui dicte depuis des temps immémoriaux, que l’on fasse passer le bien-être de ses hôtes, avant même celui de sa propre famille.
Il est ensuite condamnable, parce que les manifestants se sont attaqués à des bâtiments jouissant de la sacro-sainte extraterritorialité, en vertu de laquelle la souveraineté marocaine s’arrête à la grille en fer forgé qui protège les jardins du consulat, et toute personne passant ce seuil, sans y avoir été invitée, se rend coupable d’un franchissement illégal de frontière, sinon d’une attaque délibérée du territoire algérien.
Enfin, si l’acte est odieux et condamnable il n’en est pas moins dénué de lâcheté, les bâtiments visés étaient désertés par leurs occupants, pour cause de jour férié.
Trois ignominies pour le prix d’une et dont la responsabilité incombe avant tout au régime marocain, dont les services de sécurité se sont soudain révélés incapables de protéger le consulat.
Tout porte à croire que Rabat,  après avoir tout raté en diplomatie et usé et abusé de toutes sortes de stratagèmes, en est pitoyablement réduit à instrumentaliser de sombres voyous pour apporter la contradiction à ses adversaires, qu’ils appartiennent à la société civile, aux militants des droits de l’homme ou à un état tiers.

 « J’ai réglé l’affaire du Sahara ! »
Alors Mohammed VI aura beau prononcer tous les discours de la « Marche verte » qu’il voudra, il ne fera pas oublier les termes triomphalistes de son interview  au Figaro, en septembre 2001, au cours de laquelle il prétendait, candide, avoir «  réglé la question du Sahara qui nous empoisonnait depuis vingt-cinq ans », avant d’ajouter avec un soupçon de suffisance :
-« Ce genre d’affaire ne se traite pas en grimpant sur un piédestal et en publiant un communiqué par jour. Pour obtenir que les onze membres du Conseil de sécurité de l’O.N.U. reconnaissent la légitimité de la Souveraineté marocaine sur le Sahara, nous avons travaillé dur et dans la plus stricte confidentialité pendant dix-huit mois. »
Et c’est sans doute parce que le roi y avait tellement cru, qu’il avait perdu, ce jour-là, une occasion de faire preuve d’humilité et qu’il a laissé, par la suite, ses troupes, douze années durant,  se comporter en armée d’occupation et ses policiers de service à Laâyoune, Smara, Boujdour ou ailleurs, s’éprouver en terrain conquis et en supplétifs de la terreur, pendant que lui-même et les prédateurs de tous bords, investissait le terrain, s’accaparant sans vergogne, qui, les réserves halieutiques, qui, les réserves foncières, qui, les terres agricoles, qui, les phosphates, mettant en coupe réglée l’économie du Sahara, pendant que les enfants du pays continuaient de souffrir des affres de l’exclusion et de la répression. Les sahraouis n’ont ni pardonné, ni oublié. Ils le prouvent chaque jour, un peu plus !

 Un énième discours pour rien
Ceux qui promettaient des  mesures importantes pour le discours du 6 novembre,  ont pêché, à tout le moins par omission, sinon par hypocrisie. Deux tares qui ont contribué à faire du Maroc ce qu’il est devenu : un pays dont on abreuve ses citoyens d’espérance en des lendemains meilleurs, qui ont, en réalité, été reportés sine die.  Une fiction improbable nourrie d’« Incha Allah » (si dieu le veut) et de « Hamdou lillah » (Rendons grâce à Dieu). Un mauvais film tant de fois consommé, qu’il en est devenu  imbuvable, voire toxique.
Seul changement palpable en trente-huit (38) ans de gestion calamiteuse du Sahara et en treize (13) ans de balbutiements et de bricolages sous Mohammed VI, les indépendantistes ont gagné en maturité, en force et en crédibilité, au détriment d’un Maroc, peu à peu lâché par ses alliés les plus inconditionnels, en raison de l’aveuglement, de l’incompétence et de la cupidité de ses politiciens. En prime, comme une épée de Damoclès, les adversaires du Maroc continuent d’agiter la menace de l’extension du mandat de la MINURSO  à la surveillance de violations des droits humains. Une humiliation pour Rabat qui n’aurait d’autre alternative que de laisser manifester les indépendantistes, bien à l’abri, sous les fenêtres des envoyés de l’ONU au Sahara. Autant d’éléments qui font ressembler le déplacement du souverain marocain à Washington à un voyage de la dernière chance.

 Mohammed VI et son avatar Bouteflika
Et si Mohammed VI et Abdelaziz Bouteflika en sont à se jeter si pitoyablement,  les Droits de l’homme à la figure, c’est précisément parce qu’il insupporte à chacun d’entre eux, de voir en l’autre, son parfait avatar et la copie conforme de ses propres turpitudes.
Alors, lorsque Mohammed VI s’interroge, dans son discours, s’il serait « raisonnable de penser que le Maroc respecte les droits de l’Homme dans le nord du pays et les transgresse dans le sud ? »,  on serait tenté de lui répondre par d’autres questions :
-       Battre ses compatriotes parce qu’ils manifestent pour leur droit légitime à la liberté, à la dignité et à la justice, fait-il partie de ce respect des Droits de l’homme, dont il se gargarise ?
-       Ruiner des journalistes, les emprisonner et les condamner pour avoir simplement fait leur métier, fait-il partie du jeu démocratique marocain ?
-       Piller les ressources de son pays, s’accaparer impunément les richesses économiques de ce dernier et faire une concurrence déloyale à ses compatriotes entrepreneurs, est-il compatible avec un minimum d’honnêteté et une bonne gouvernance ?
Lorsque le principal intéressé aura daigné sortir de son proverbial entêtement pour répondre à ces questions qui taraudent tant des nôtres, peut-être sera-t-il en mesure de comprendre pourquoi la fiancée sahraouie, refuse obstinément de convoler en justes noces, avec cet impitoyable bourreau venu du nord, qui la séquestre, la dépouille, la viole et la bat, depuis plus de trente huit ans.

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 Ahmed Benani

 "M6 entre guerre et paix", mais assurément, le roi-prédateur pour renforcer sa légitimité n'hésitera pas un seul instant à mettre le feu aux poudres. Il sera seul sur ce front, les peuples algérien et marocain ne tomberont pas dans le piège d'un affrontement sanguinaire.

Aymeric Chauprade, le « facho » qui conseille Mohamed VI au Sahara


 Aymeric Chauprade (Photo DR)
Aymeric Chauprade (Photo DR)
Depuis quelques temps, les harangues de Mohamed VI contre l’Algérie (qui le lui rend tout autant), le département d’Etat américain, les ONG des droits de l’Homme etc., ont montré une étonnante inflexion autoritariste de la diplomatie marocaine sur la question du Sahara occidental.
Beaucoup s’interrogent aussi sur le dernier discours offensif du roi sur cette question dans lequel il s’est attaqué à une partie de l’administration américaine, mais sans la nommer explicitement – on sait toute l’inimitié de Momo le sixième à l’égard de John Kerry le placide depuis que ce dernier a pris la place de sa copine Hillary Clinton, mais tout de même !
Décomplexées, les forces de l’ordre marocaines n’hésitent plus d’ailleurs à casser du sahraoui comme au bon vieux temps de Driss Basri sans se soucier des rapports sur les droits de l’homme de Juan Mendez ou de la Fondation Kennedy. Et quand l’Amérique impériale critique les agissements du roi, Rabat annule les opérations militaires conjointes (African Lion) avec Washington par mesure de rétorsion. Touche pas mes dudunes du Sahara !

Un « expert » à la solde de Mohamed VI et de …  Marine Le Pen
Qui est donc à l’origine de ce durcissement ? Taïeb Fassi-Fihri, planqué au Cabinet royal ? Salaheddine Mezouar qui vient d’atterrir aux Affaires étrangères ? Personne n’y croit évidemment. Ils ne sont là que pour la galerie évidemment.
C’est un homme méconnu du grand public qui murmure depuis quelques temps à l’oreille de celui qui se rêve en petit Poutine du Maghreb : l’universitaire français Aymeric Chauprade que le roi a bombardé « conseiller pour le Sahel » si l’on en croit la très informée lettre Maghreb Confidentiel, qui nous apprend par ailleurs, ô surprise !, que le même Chauprade sera nommé avant la fin du mois spécialiste des questions internationales du Front national par sa présidente Marine Le Pen. 
Le Front national vous connaissez ? Euh… oui. C’est le parti français d’extrême droite qui n’aime ni les Arabes, ni les Noirs (ses militants les appellent des « singes », des « guenons » et autres amabilités du genre), ni les Juifs. Le FN, c’est le parti qui a défendu le « démocrate » Saddam Hussein, à l’époque de Papa Borgne Jean-Marie, et qui défend aujourd’hui la Syrie du sanguinaire Bachar El Assad.
Donc, lors de la dernière université d’été du Front National en septembre dernier, Chauprade déclarait tout son amour à Jean-Marie Le Pen :
« Je tiens à dire devant vous, ici, que je ne serais pas ce que je suis, c’est-à-dire un résistant, si durant tant d’années, bataillant au cœur du Système, je n’avais regardé Jean-Marie Le Pen comme l’espoir du redressement français ».
Et d’ajouter à l’endroit de son héritière, Marine :
« Nous avons d’abord un chef, Marine, qui a démontré des qualités de caractère et de conviction, que personne ne possède dans l’offre politique concurrente, nous avons une dynamique forte qui fera sans doute du Front national bientôt le premier parti de France, nous avons des Français qui sont en train de se réveiller, agressés dans leur identité, agressés dans leurs valeurs familiales, agressés dans leur situation économique et sociale ».
Savoir que Mohamed VI a pris comme conseiller, au Maroc, un type qui fricote en France avec le parti qui veut jeter les bougnoules marocains, dont beaucoup sont les poules aux œufs d’or du Makhzen avec les milliards qu’ils envoient chaque année au bled, ça a du piquant… Comme cet argent finance le régime, on peut dire que ce sont les bougnoules marocains en France contribuent quelque part à payer le salaire marocain de l’ami Chauprade.

Viré en France, accueilli à bras ouverts au Maroc
Mais qui est donc Chauprade ? C’est un géopoliticien qui ne cache pas ses convictions, très proches de l’extrême droite européenne ou de sites de propagande néo-fasciste comme Fdesouche.com, le « blog (…) consacrée à des thèmes de prédilection comme l’immigration ou le racisme anti-blancs »). Directeur de campagne du souverainiste Philippe de Villiers aux européennes de 2004, en charge de la Revue française de géopolitique laquelle combat l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, il a planché en juillet 2007, parmi d’autres intervenants aux idées affirmées, lors des Universités d’été du mouvement Renaissance catholique sur le thème : « Le nationalisme est-il un péché ? ». Un nationalisme exacerbé digne des milices royalistes de Momo en réalité.
« Chroniqueur expert » au Figaro – un journal connu pour son droitisme légendaire et pour son adoration du Makhzen et dont le propriétaire, Serge Dassault est visé par une enquête de la justice française pour « tentative d’assassinat »-, il est aussi l’auteur prolifique de livres qu’il fait acheter à des centaines d’exemplaires par nombre d’écoles militaires où il dispense ses cours, dont au Maroc, le Collège royal d’enseignement militaire supérieur de Kénitra (CREMS).
Et pour ne rien gâcher, il est également prof à l’Université Paris-Descartes où pullulent les Makhzéniens de France et directeur de collections chez Ellipses, l’éditeur entre autres de Charles Saint-Prot, le perroquet français du roi.
Son dernier gros pavé sur le thème du choc des civilisations cher à l’Américain Samuel Huntington a provoqué quelques ricanements et lui a causé de nombreux soucis en France. Les thèses conspirationnistes qu’il y expose sur le 11-septembre lui ont valu son renvoi de la chaire de géopolitique qu’il occupait au CID ( Collège interarmées de défense, anciennement École de guerre). « Ce qui pose problème sous la plume de cet enseignant qu’on penserait enclin à une certaine rigueur, c’est qu’il conforte de son autorité « scientifique » ces théories complotistes qu’il ne conteste pas, avec lesquelles il ne prend pas de distance » disait de lui Jean Guisnel, le spécialiste des affaires militaires au Point. Un homme défendra pourtant sa cause : Jean-Marie Le Pen.
Proche de Bernard Lugan, un autre extrémiste de droite défenseur tout azimut du Makhzen, et collaborateur de Radio Courtoisie, la radio de l’extrême droite française, Aymaric Chauprade continue pourtant d’encadrer les futurs officiers marocains ou d’avoir tribune ouverte dans les colonnes de L’Economiste, le quotidien du Makhzen économique.

L’inventeur de la thèse « islamo-polisarienne »
Depuis des années, Chauprade est un des lobbyistes attitrés du Maroc à l’ONU. Le discours qu’il a prononcé le 8 octobre dernier devant la 4ème commission des Nations unies sur l’affaire du Sahara occidental a fortement inspiré celui qu’a prononcé le roi à l’occasion de l’anniversaire de la Marche verte.
Il y qualifie le Maroc d’ «Etat moderne, respecté, écouté, et stabilisateur pour l’Afrique » tressant des lauriers à la proposition marocaine d’autonomie dont « le fondamentalisme la combat avec une cruauté sans limites ». Une proposition souverainiste qu’il ne déroule pas d’ailleurs puisque personne, ni ses concepteurs, ni lui-même ne l’ont jamais détaillée …
L’universitaire-lobbyiste affirmait déjà en 2006 lors d’une conférence à Rabat sous le thème « Le Maroc est souverain dans son Sahara et le Polisario doit disparaître » que le Maroc « ne doit pas se faire d’illusion sur une quelconque alliance stratégique préférentielle avec les Américains car ces derniers se sont volontairement laissés éloignés de tout règlement du conflit au Sahara marocain par les gros intérêts algériens sonnants et trébuchants ». Même la MAP, notre Pravda locale, ne va pas aussi loin dans ses diatribes…
Pour lui, le danger viendra du «pourrissement intégriste du Polisario que l’Algérie s’efforcera toujours de contenir tant que le couloir atlantique par la république fantoche ne lui sera pas concédé ».

Les bougnoules dehors ! Vive les colonies !
Sur l’immigration maghrébine en France, il a une solution radicale : « Le départ de tous ceux qui ne veulent pas adhérer à notre civilisation produit de plus de 1500 ans d’histoire, dont nous sommes fiers et dont nous rendrons à nouveau fiers les petits Français ! ». Ce qui ne l’empêche pas par ailleurs de défendre la thèse colonialiste : « Quand on pense que cette année 2013 nos politiques ont failli laisser s’échapper de notre souveraineté, l’île de Tromelin, dans l’océan Indien, cet îlot qui avec son kilomètre carré de surface battue par les vents nous offre un domaine maritime de 285 000 km2, la moitié du territoire de la métropole, et bien sûr toutes les ressources halieutiques, les ressources en poisson qui vont avec ! ».
Anti-libéral primaire, nostalgique de la royauté en France, défenseur des autocraties arabes, voilà ce que pense Chauprade de la démocratie dans le monde arabe et de la chute de Mouaâmar Kadhafi, de Hosni Moubarak et de Zine El Abidine Ben Ali :
« C’est le développement qui fonde la démocratie et non l’inverse. Laissons les pays se développer souverainement, avec leur modèle et à leur rythme et mener leurs propres réformes politiques, au lieu de vouloir décréter partout la démocratie, ce qui détruit les équilibres fragiles et fait régresser les sociétés ! Ces régimes avaient besoin de temps pour faire évoluer les sociétés musulmanes, d’autant plus de temps, que l’islam est par essence politique et que lui appliquer un schéma de laïcité revient mécaniquement à entrer en conflit avec lui ».
On comprend mieux pourquoi il fait de Mohamed VI son héros et que ce dernier l’écoute religieusement. Mais, parbleu!, n’est-on au « royaume des mille contrastes » ?
Au fait, qui conseille M6 quand il recrute ses conseillers ?

vendredi 30 août 2013

Maroc : la grâce a redonné souffle aux militants

 Par Ilhem Rachidi, Mediapart, 21/8/2013

La page du Danielgate semble aujourd'hui tournée au Maroc. Mais la contestation de la grâce royale accordée au pédophile espagnol, née sur les réseaux sociaux, a rassemblé bien plus que les traditionnels militants. Et redonné vigueur au Mouvement du 20 Février. 
 Correspondance du Maroc
Le mouvement d’indignation né sur les réseaux sociaux contre la grâce accordée par le roi Mohamed VI au pédophile Daniel Galvan, condamné à 30 ans de prison pour le viol de onze mineurs, a réalisé ce dont aucune force politique n’avait été capable : amener le roi Mohamed VI à justifier et revenir sur une décision sous la pression de l’opinion publique.

Rida Benotmane, ancien détenu politique, aujourd’hui contributeur au journal Lakome et professeur de droit, a manifesté et subi la répression lors de la première manifestation à Rabat le 2 août dernier. « La mobilisation a réussi parce que le sujet dépassait la sphère militante et touchait tous les pères et toutes les mères de ce pays », souligne-t-il. « Comme tous les Marocains, j'étais indigné de voir un pédophile bénéficier de la grâce alors que les prisons marocaines sont remplies de jeunes militants pro-démocratie qui auraient dû être graciés en priorité. Dénoncer la grâce était pour moi un acte de patriotisme. »

Si, depuis le 7 août, le Danielgate ne fait plus descendre personne dans la rue, ce mouvement a redonné un souffle à la contestation initiée par le Mouvement 20 Février, il y a deux ans. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes – Agadir, Marrakech, Safi, El Jadida,Ouarzazate, Inezgane – où le mouvement s’était essoufflé.
« C'est la première fois du règne de Mohammed VI que la monarchie se trouve face à une contestation populaire directe et frontale », explique le journaliste et chercheur Abdelah Tourabi. Le roi Mohamed VI a dû répondre aux manifestants dans un communiqué du palais royal, puis annuler la grâce. Daniel Galvan est aujourd’hui en détention préventive en Espagne. Comment quelques milliers de manifestants, sans aucun discours politique pour bon nombre d'entre eux, ont-ils fait faire marche arrière au pouvoir marocain ?


Dans la manifestation du 7 août à RabatDans la manifestation du 7 août à Rabat
Après tout, ce n’est pas la première fois qu’un pédophile bénéficie d’une grâce. Déjà, en 2006, le Français Hervé Le Gloannec, condamné à 4 ans de prison, avait été libéré, après avoir passé moins de deux ans en prison, dans l’indifférence générale.
 
« La force de ce combat, c’est que le peuple est sorti, pas seulement les militants », affirme Yassin Bezzaz, membre du Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et du Mouvement 20 Février. Ce mouvement, né le 20 février 2011, dans la foulée des révolutions arabes, exigeait des réformes constitutionnelles. Depuis, des manifestations ont eu lieu régulièrement, jusque dans les villes les plus reculées, pour réclamer davantage de démocratie, une réelle séparation des pouvoirs, la lutte contre la corruption, mais aussi l’indépendance de la justice, l’un des mots d’ordre des manifestations du Danielgate.
Sami Nezar Bella, un cyber-activiste de 19 ans n’est pas « un grand habitué des manifestations ». Mais pour lui, ces manifestations contre la grâce sont « une continuité logique et évidente de la vague du 20 Février ». Même si, nuance-t-il, « sans le Mouvement, cette affaire douloureuse qui a touché le peuple aurait pu provoquer une vague d'indignation au sein de la société ».
 
« Nous avons gagné deux choses : la réponse du roi, historique, et le fait que les militants se sont retrouvés », souligne Hakim Sikouk, professeur de philosophie à Safi et membre fondateur du mouvement, lui aussi blessé par les forces de l’ordre lors de la manifestation du 2 août à Rabat. À Safi justement, les arrestations et les condamnations d’une trentaine d’activistes du Mouvement du 20 Février, la mort de Kamal Al Amari, tué en marge des manifestations en juin 2011, et de Mohammed Boudouroua, en octobre 2011, avaient progressivement eu raison de l’une des coordinations les plus actives. Avec le Danielgate, la contestation a repris.

Le mur de la peur
Ces derniers temps, beaucoup disaient le Mouvement 20 Février mort. Ses manifestations attiraient au mieux quelques centaines de manifestants. « Le mouvement n’est pas mort, il est congelé », affirmait, bien avant le Danielgate, Adil Yousfi, membre actif de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). « Ses principes ne mourront jamais. »
Car il a permis aux langues de se délier, réconcilié une partie de la jeunesse avec la politique et surtout, il a fait reculer le mur de la peur.
Même si la critique du roi est toujours dangereuse au Maroc – Abdessamad Haydour est détenu depuis 18 mois pour avoir « insulté le roi » lors d’une manifestation ; Driss Bouterrada, un vendeur ambulant arrêté après avoir « imité » le roi lors d’un sit-in devant le parlement, purge une peine d'un an de prison officiellement pour trafic de drogue… –, sur les réseaux sociaux, les internautes n’ont pas épargné le roi, jugé unique responsable de cette grâce. Comme si les Marocains, longtemps sujets, devenaient progressivement de réels citoyens.

« À long terme, je rêve de la fin du système makhzen actuel fondé sur le clientélisme et la corruption. Il n y a que par une vraie monarchie parlementaire que nous pourrons accéder à la séparation des pouvoirs tout en préservant l'héritage politique de notre pays en évitant de diviser la société marocaine sur la question de la monarchie », analyse Rida Benotmane.

En 2011, le pouvoir marocain avait très habilement tué dans l'œuf la contestation grâce au discours du roi, le 9 mars, promettant de s'atteler à une « réforme constitutionnelle globale ». Les militants du Mouvement du 20 février ont retenu la leçon : à Rabat, lors de la dernière manifestation contre la grâce royale, des activistes disaient vouloir clore le dossier, l’objectif ayant été atteint. « Le palais royal a publié les communiqués, le roi a reçu les familles », explique Yassin Bezzaz. « Si nous entamons un bras de fer avec le système, nous allons perdre parce qu’il dispose de moyens que nous n’avons pas : les medias, l’argent, la propagande. »
 

A Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel GalvanA Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel Galvan© Reuters

Pour l’instant, le Danielgate n’a vraiment eu de conséquence politique. S'il a permis, une fois de plus, d’attirer l’attention sur l’absence d’une réelle séparation des pouvoirs et sur les pouvoirs exorbitants du cabinet royal (véritable gouvernement de l’ombre), les responsabilités n’ont toujours pas été établies. L’enquête promise n’a pour l’instant pointé du doigt que Hafid Benhachem, le délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion proche de la retraite, déjà critiqué pour sa gestion des prisons. Le conseiller et proche du roi Fouad Ali El Himma, mis en cause dans les journaux Lakome et El País (il aurait contacté l’ambassade d’Espagne par téléphone, ce que l'ambassade a démenti) et dont certains manifestants réclamaient la démission, ne s’est toujours pas exprimé. Silence aussi du côté du chef de gouvernement Abdelilah Benkirane.
Et le Parti islamiste Justice et Développement (PJD), muet lors de l’affaire et surtout lors de la répression de la première manifestation, semble davantage occupé à dénoncer le coup d’État égyptien. C'est toujours plus confortable de regarder ailleurs.

vendredi 23 août 2013

Sahara Occidental : Le CAUCUS, (groupe de travail qui regroupe des élus républicains et démocrates aux USA).fait peur


Par Philippe Leclercq, militant de la paix et Président de l'Association de Solidarité avec le Peuple Sahraoui, 23/8/2013
 
Nous avons relaté ici la création d'un nouveau CAUCUS (groupe de travail qui regroupe des élus républicains et démocrates aux USA).
Il s'agit là d'une véritable avancée dans le règlement du conflit qui oppose le Sahara Occidental et le Maroc depuis bientôt ... 40 ans.
La question de l'organisation d'un référendum pourrait enfin être réglée, conformément au droit international lorsqu'il évoque "le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Jusqu'à présent le roi du Maroc (pays qui occupe le Sahara Occidental depuis le retrait de l'Espagne) s'est contenté d'évoquer un "plan d'autonomie" aux contours particulièrement flou.
Mais surtout, il s'agirait d'une application unilatérale ! Sans que les principaux intéressés aient à donner leur avis.
Les "royalistes" veulent se référer à l'histoire ... et aux tribus qui auraient fait allégeance aux rois successifs ... C'est un peu comme si, en France, on parlait des gallo-romains ou, plus récemment de l'Alsace Lorraine. Chaque pays a eu une histoire et celle-ci a évolué avec le temps. Les "retours en arrière" ne se font jamais ! Heureusement.
Un autre exemple pour éclairer le débat : la Perse et ses rois achéménides fut une extraordinaire puissance sur un territoire immense !

"Une population, un territoire, un gouvernement" : c'est la recette pour créer un état qu' a rappelée le CAUCUS ... Et les Sahraouis ont bien les 3 ingrédients.

C'est ainsi qu'en 2011 s'est créé le Sud Soudan comme le fut le cas avec le Kossovo. L'histoire mondiale fourmille d'exemples ... et Mohamed 6 le sait bien. En réalité, chacun sait que le référendum n'est pas organisé parce que la réponse probable (oui à l'indépendance) n'ira pas dans le sens que le roi voudrait ... Il faut admettre que rares sont les dirigeants politiques qui acceptent de prendre le risque d'être désavoués.
Son cabinet a rapidement mesuré l'importance de ce CAUCUS ... il a réagi par la voix diplomatique mais également en développant leurs habituels réseaux de lobbying. Ainsi, le cabinet Just Consulting a sorti les grandes voiles ! Il publie article et déclarations insinuant le pire sur les Sahraouis et sur le Front Polisario ! Just Consulting, présidé par Monsieur Grieboski, est affiché en tant que "cabinet de conseil avec une spécialisation en droits de l'homme, la gouvernance, la justice sociale et la responsabilité sociale des entreprises." Juste Consulting est un agent enregistré du Royaume du Maroc....
On s'en doutait un peu en lisant ses productions récentes !!!

jeudi 8 août 2013

Non, le « Daniel Gate » est aussi (et surtout) une affaire politique

 

Je ne voulais pas réagir par un billet sur le Daniel Gate, l’essentiel de ce que je pensais l’ayant exprimé en temps réel sur twitter et au fil des événements comme beaucoup de nos compatriotes.

N’est que ce forcing qui veut imposer une certaine lecture de cette séquence grave de l’histoire marocaine et qui dit que cette affaire est uniquement une affaire de dénonciation de pédophilie et d’une erreur en cours de correction .

Je voudrais ici dire deux ou trois choses en mots simples et sans artifices de langage.

Souvenons-nous, il n’y a même pas une semaine, c’est un roi au faîte de son pouvoir qui s’adressa à la nation pour faire l’éloge d’une année supplémentaire de son règne. Le roi lui-même a fait la parfaite démonstration que pas une seule affaire majeure ou mineure n’échappe à son contrôle, des questions de la diplomatie et choix stratégiques du pays aux politiques sectorielles, de la défense à la justice en passant par le social. Qu’il est là en tant que monarque exécutif pour fixer le cap et les orientations, donner les directives et désigner les exécutants. Renvoyant au passage tous les gouvernements au même rôle : celui des collaborateurs exécutant ses directives peu importe la couleur politique du parlement et de la majorité. Faisant la démonstration lui-même que ses décisions et ses choix n’ont pas à être expliqués, ni débattus, ni réévalués ou justifiés.

C’était mardi dernier. C’était il y a mille ans !

Lorsqu’intervient cette affaire révoltante et malheureuse, elle donna à l’opinion publique un exemple d’application qui a un formidable potentiel pédagogique.

De quoi parle-t-on du point de vue gouvernance ? D’une attribution royale et une décision prise par le roi et son cabinet et par eux seuls. En l’occurrence une attribution qui a abouti à une décision dramatique qui pose au niveau international un cas inédit, celui d’un pédophile multirécidiviste « gracié par erreur » si l’on croit la version officielle. Comme le soulignait un commentateur sur un ton humoristique : heureusement qu’on n’avait pas la bombe atomique sinon on aurait appuyé par erreur sur un bouton.

 Plus précisément, nous parlons d’une décision prise par « une boite noire » appelée cabinet royal et signée par le roi lui-même. De quoi, de qui et comment est composée cette boite noire et avec quelles attributions ? Personne ne le sait, cela même alors qu’elle prend des décisions stratégiques engageant le destin de 30 millions de Marocains et les politiques publiques. Quelle infantilisation !

Qu’apprend-on sur le fonctionnement du cabinet royal et des décisions prises via cet exemple ? Que les décisions sont prises avec une légèreté qui fait froid dans le dos et un extraordinaire amateurisme qui interroge sa capacité à diriger et prendre des décisions. Confusion de listes et de noms, absence de recoupement, cafouillage de communication, et pour couronner le tout : gamineries de conseillers ! Khalid Jamai avait dit un jour qu’on est dirigé par la génération de la boite de nuit Amnésia. Il avait raison.

La grande émotion qui a été exprimée a-t-elle était apolitique ? Il faut être sourd et aveugle pour l’affirmer. Quand la nouvelle a été portée à l’opinion publique, la dénonciation visait la décision du roi et nulle autre personne. Quand le premier communiqué est arrivé, la majorité des opinions avait rejeté la posture de «je ne savais pas » et avec des termes inédits et un ton sans concessions. Quand le deuxième communiqué est arrivé, les choses ne sont pas arrêtées, des excuses avaient été demandées au roi, des explications et des déterminations de responsabilités avaient été revendiquées. Et au fil des cinq derniers jours, c’est un ras-le-bol qui a été exprimé contre le « fait de prince » et l’opacité et irresponsabilité du cabinet royal.

Le roi Mohammed VI a en effet cette redouble arme anti-démocratique qui s’appelle le fait de prince qui lui permet de prendre n’importe quelle décision et à son bon vouloir et en l’occurrence il s’en est servi pour gracier, dé-gracier et faire désigner un coupable en 48 heures.

Et si le volet criminel de cette affaire pourrait être résolu en trouvant des moyens de réincarcérer le monstre de Kenitra, il n’en demeure pas moins que la question politique que relève cette affaire reste à résoudre.

L’interrogation fait froid au dos : combien de fois en combien de circonstances le cabinet royal a pris des décisions qui engagent le pays avec le même amateurisme et la même légèreté ? Combien de fois dans les relations bilatérales des décisions engageant le destin de 30 millions de marocains avaient été prises pour « épater » l’homologue étranger comme on voulait ici « épater » le roi d’Espagne en lui accordant des grâces qu’il n’avait pas demandées ? Combien de fois en combien d’occasions sur la base de données erronés ou décisions légères, des arbitrages ont été faits en dehors de tout contrôle de toute comptabilité et sans aucun compte à rendre ?

Sans la détermination de l’avocat des victimes Maître Hamid Krayri, et le travail formidable de la presse électronique, Lakome en premier, on n’aurait rien su sur ce dysfonctionnement grave. Mais combien choses nous avaient échappées parce que personne n’a les moyens de les connaitre ni de les révéler.

Plus de deux ans après le printemps arabe, peut-on encore supporter que de décisions royales soient encore prises avec un amateurisme consternant et sur recommandation d’un cabinet d’amateurs arrogants qui n’ont de compte à rendre à personne ? Pourquoi et au nom de quoi, Fouad Ali El Himma et Mounir El Majidi, pour ne citer qu’eux, continuent à diriger le pays par un gouvernement de l’ombre eux qui ont tant été décriés et dénoncés en 2011 ?

Est-ce que cela avait un sens avant 2011, est-ce que cela a encore un sens en 2013 ?

Ce sont là les questions et les revendications légitimes qui se sont exprimées ces derniers jours, sans haine ni crainte, et que les teneurs des lectures apolitiques tentent d’ignorer et de noyer. Ce sont des questions anciennes qui reviennent sur le devant de la scène et qui traduisent une grande angoisse et un rejet profond du statut quo qu’on voulait imposer, celui d’un roi responsable de tout mais comptable de rien !

Le « Daniel Gate » est tout d’abord une immense injustice faite à des enfants meurtris par les crimes les plus atroces qu’il soit possible d’imaginer. Mais l’affaire est la résultante d’un constat majeur : la continuité d’un absolutisme qui ne s’est pas allégé après la constitution octroyée. Qui bien au contraire, et à coût d’autosatisfaction de flatteries trompeuses, s’est consolidé et devenu plus que jamais étouffant.

Il s’est passé quelque chose durant les derniers jours, qui constitue un tournant. Cette regrettable grâce royale a apporté d’elle-même la démonstration pédagogique et parfaite de ce que beaucoup essayaient en vain d’expliquer : il ne peut point y avoir de pouvoir sans responsabilité et sans comptes à rendre. C’est l’heure de choix : le palais doit arrêter son hégémonie, se séparer de sa boite noire et abandonner le rôle de monarchie exécutive ou alors il sera fatalement confronté directement à la rue qui demandera des comptes à l’occasion d’autres affaires. A chacun de faire son évolution et en l’occurrence seule l’opinion publique a pour l'instant fait la sienne.


 http://www.larbi.org/post/2013/08/Non-le-Daniel-Gate-est-aussi-une-affaire-politique

Festival des obséquieux et valse des deniers publics