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lundi 8 décembre 2014

La délégation sahraouie s’entretient avec les délégations participantes à la réunion de l’alliance progressiste

Lisbonne, 07 /12/2014 (SPS)

  La délégation du Front Polisario a eu une séries d’entretiens avec les délégations participantes à la réunion de l’alliance progressiste qui s’est tenue à Lisbonne du 04 au 05 décembre courant à Lisbonne.

La délégation sahraouie s’est réunie avec plusieurs délégations dont le parti socialiste des travailleurs espagnols (PSOE),  le parti socialiste suédois, les partis du travail britannique et hollandais et la jeunesse socialiste internationale (IUSY), ainsi que avec des  délégations venant  d’Afrique, du Mexique, de l’Argentine  et de l’Uruguay.

Les entretiens ont porté sur les violations flagrantes des droits de l’homme perpétrées contre les civils sahraouis par le régime d’occupant marocain et les entraves posées par ce dernier devant les efforts e onusiens visant à trouver une solution pacifique et juste, conformément aux résolutions de l'ONU.

Elles ont également souligné que l’intransigeance du Maroc représente une menace réelle au processus de paix au Sahara occidental et nécessite une intervention urgente afin de l’obliger à respecter la légitimité internationale.

La réunion a abordé plusieurs thèmes dont le travail décent, l’enseignement, la coopération internationale et les campagnes électorales, ainsi que  les crises économiques et politiques actuelles et la sécurité dans plusieurs pays du monde.

La délégation sahraouie a présenté, en marge de cette réunion un résumé sur l’expérience de la femme sahraouie. (SPS)

vendredi 30 août 2013

DanielGate, Nouveaux rebondissements au sein du Parlement espagnol au sujet du DanielGate. Report du procès



Pour le Parti populaire espagnol (PP) la grâce accordée par le Maroc au pédophile Galvan est une "erreur" que le gouvernement refuse de clarifier. Llamazares avertit le ministre des Affaires étrangères que Galvan peut "se retrouver dans la rue", sans que le gouvernement ne donne d’explication.
Le Parti populaire a souligné mardi que l’administration marocaine était responsable de l’"erreur" qui a permis de libérer le pédophile Daniel Galvan. Le parti a également invité le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, José Manuel García-Margallo, et le procureur général Alberto Ruiz-Gallardón, à  venir présenter leur explications devant le Parlement sur ce cas d’espèce qualifié par l’opposition  de "scandaleux" et "de faute grave".
Le député populaire Agustin Conde, a expliqué les raisons pour lesquelles le groupe majoritaire de la Chambre s'oppose aux requêtes du PSOE et de la gauche plurielle, demandant le report jusqu’à la prochaine session ordinaire  pour fournir des explications. Le député a par ailleurs affirmé que les quelques informations fournies à ce sujet sont "plus qu’insuffisantes".
Dans le même ordre, le président de la Commission de la défense a rappelé que les autorités espagnoles ont présenté deux listes au Maroc. Une première liste sollicitant la grâce, et une seconde pour demander le transfèrement d’un nombre déterminé de détenus. Le nom de Daniel Galvan figurait dans la seconde liste. Le responsable a en outre affirmé que ces transfèrements devaient être conformes au "respect strict de la législation en vigueur".
Puis, il a rappelé que les autorités marocaines ont "fusionné les deux listes" en accordant la grâce à tous les détenus. Une «erreur» qui, une fois détectée, a conduit le Roi du Maroc Mohammed VI, à annuler la grâce, présenter des excuses aux familles des victimes et à révoquer le responsable de l'administration pénitentiaire.
Le PP refuse les accusations de connivence dans le cas Daniel
Conde a souligné que les autorités espagnoles ont  "vivement réagi " lorsque le gouvernement marocain a signalé l’"erreur", en laissant entendre que l'Exécutif espagnol ne pourrait pas être en "connivence" sur un sujet aussi sensible que le DanielGate.
Les porte-parole du groupe socialiste, Elena Valenciano, et de la gauche plurielle, Gaspar Llamazares, ont dénoncé l’attitude du gouvernement espagnol  et lui reprochent de ne pas avoir donné d’explication sur sa part de responsabilité dans cette affaire. Pour les deux politiques, le gouvernement s’est "uniquement contenté de blâmer" le Maroc sans mesurer "l’ampleur" et la sensibilité du scandale.
Tous deux ont également demandé des éclaircissements concernant les "contradictions"   dans la position du gouvernement  espagnol qui, dans un premier temps a nié l’implication de l’exécutif dans l’ajout du nom de Galvan dans les liste des bénéficiaires de la grâce et des transfèrements, pour ensuite se dédire en affirmant l’existence de deux listes dont l’une contenait le nom du pédophile.
Par conséquent, les deux députés ont décidé de demander des éclaircissements quant à la partie qui a proposé le nom de Galvan. Un détenu qui, selon Llamazares, ne "répond à aucune des conditions" exigées par le ministère de la Justice pour les transfèrements.
 Le porte-parole de la Gauche plurielle a également reproché à Garcia-Margallo son manque de "décence" pour son silence dans cette affaire alors que dans le même temps, il se précipite à convoquer une audience spéciale pour discuter de Gibraltar, une question qui agite «les sentiments patriotiques ». Ainsi, Llamazares a attiré l’attention du ministre sur le fait que Galvan pourrait "se retrouver libre" sans que le gouvernement ne puisse fournir d’explication.
PSOE: les détenus les plus dangereux graciés?
Valenciano a également déploré ces " explications nulles"  et signalé des "défaillances évidentes"  dans cette affaire. Plus précisément, il a demandé au gouvernement d’expliquer pour quelles raisons il a omis d’aviser "immédiatement" les autorités marocaines quand il a su que tous les détenus des deux listes avaient été graciés et parmi eux de  "dangereux criminels".
Par ailleurs, le député socialiste a signalé que l'Espagne devrait "présenter des excuses" à la société marocaine pour cette "erreur"  survenue bien après la visite du roi Juan Carlos au royaume alaouite, un moment "important" pour la diplomatie espagnole.
Traduit par Rida Benotmane
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Affaire DanielGate :Nombreux remous en Espagne

 

L'audition devant la justice espagnole de Daniel Galvan, le pédophile espagnol gracié par erreur au Maroc et emprisonné en Espagne, était prévue ce jeudi dans le cadre d'une plainte d'abus sexuel sur une mineure en 2004. La justice espagnole a annoncé avoir reporté cette audience. Au parlement espagnol, le débat est à son apogée, avec l'intervention d'un député espagnol révélant que les autorités marocaines sont à l'origine de ce scandale.

L'audition devant la justice espagnole de Daniel Galvan, le pédophile espagnol gracié au Maroc et emprisonné en Espagne, a été reportée a en croire la justice espagnole. /DR

L'audition devant la justice espagnole de Daniel Galvan, le pédophile espagnol gracié au Maroc et emprisonné en Espagne, a été reportée a en croire la justice espagnole. /DR Agrandir

“L'audition prévue pour demain (jeudi) a été suspendue en raison de la fugue de la mineure” qui est suivie dans un centre pour mineurs. C'est ce qu'a affirmé mercredi à l'AFP une source judiciaire, dans le cadre de l'affaire du pédophile espagnol Daniel Galvan. La jeune fille est à l'origine d'une plainte pour abus sexuel visant l'Espagnol de 63 ans, qui doit être entendu par un juge d'instruction de Torrevieja, près d'Alicante (est).
Les parents de la mineure ont déposé plainte “pour un délit supposé d'abus sexuel sur leur fille lorsqu'elle avait six ou sept ans” en 2004, selon une source judiciaire.
“À quelques mois près, les faits ne sont pas prescrits”, la prescription étant de 10 ans dans le cas d'abus sexuel sur mineur, a précisé cette source.
La plainte a été déposée après l'apparition à la télévision de Daniel Galvan, lors du scandale qu'a provoqué sa grâce le 30 juillet dernier, alors que l'Espagnol avait été condamné en 2011 à 30 ans de prison pour des viols sur onze mineurs âgés de 4 à 15 ans.
Une grâce royale annulée depuis. Daniel Galvan a donc été arrêté, par la suite, en Espagne et placé en détention provisoire le 7 août, en attendant que la justice espagnole statue sur son cas.

Le parti populaire espagnol s'en lave les mains
Dans une intervention devant le parlement espagnol, mercredi, le député du parti populaire espagnol au pouvoir, Augustin Conde, a révélé que son gouvernement avait préparé une liste de 15 détenus espérant bénéficier de la grâce royale, ainsi qu'une deuxième liste de 30 personnes à extrader. Les autorités marocaines avaient commis une erreur en fusionnant les deux listes, a-t-il affirmé, accusant clairement les dirigeants marocains.
De leur côté, le parti socialiste ouvrier espagnol et le parti espagnol de la Gauche Unifiée ont invité le ministre de la justice espagnol, Alberto Ruiz-Gallardon, ainsi que le chargé de la diplomatie espagnole, José Manuel Garcia-Margallo, à se présenter devant le parlement pour fournir les explications nécessaire concernant ce scandale.
Si l'affaire au Maroc a été étouffée par l'annulation de la grâce royale, le scandale en Espagne ne fait que commencer.
aufait/AFP

http://www.aufaitmaroc.com/maroc/societe/2013/8/28/nombreux-remous-en-espagne_214863.html?utm_source=daily_newsletter&utm_medium=e-mail&utm_campaign=aufait_newsletter#.Uh9KoX-ORYU
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 Espagne: Report du procès du pédophile Galvan

Le procès du dénommé Daniel Galvan Fina, accusé d’”abus sexuels sur une mineure” et qui devait avoir lieu jeudi devant le tribunal d’Alicante  (sud-est de l’Espagne), a été reporté, a-t-on annoncé de sources judiciaires espagnoles.
La décision du report a été prise par la juge chargée de cette affaire, suite à la fuite de la victime d’un centre de mineurs où elle était hébergée, a indiqué mercredi le Tribunal supérieur de la Justice de Valence (TSJCV), ajoutant que la juge a été “obligée” de reporter le procès, qui était prévu jeudi.
Une nouvelle date du procès sera fixée quand la police localisera la victime, précise la même source.
Le dénommé Daniel Galvan, qui avait été condamné à 30 ans de prison au Maroc et à qui la grâce a été retirée, faisait l’objet de deux plaintes, une  déposée récemment pour “abus sexuels sur mineure commis il y a des années” à Torrevieja (Alicante).
Une autre plainte avait été déposée par le père d’une autre mineure au commissariat de “Guardarmar del Segura”, qui l’a accusé en 2004 de tentative d’abus sexuel sur sa fille de cinq ans.

Daniel Galvan avait été arrêté le 5 août à Murcie (sud-est) suite à un mandat d’arrêt international.  Il a été placé en détention à Madrid sur décision du juge de l’Audience nationale espagnole pour “risque de fuite” et en raison de la “gravité des crimes”, commis au Maroc où il avait été condamné à 30 ans de prison pour pédophilie.
LNT

jeudi 8 août 2013

DanielGate: bientôt la vérité du gouvernement espagnol?

 Amanda Chapon, 24hinfo,3/8/2013, 21:00

Daniel Galvan, ici avec deux de ses victimes.
Daniel Galvan, ici avec deux de ses victimes, est-il un espion dérangé ou bien seulement un ancien professeur dérangé? ©Akhbar Al Yaoum

Alors que les autorités marocaines semblent privilégier la piste d'une négligence dans le DanielGate, un parti espagnol semble privilégier la thèse selon laquelle le pédophile aurait gracié par le roi à la demande expresse des services de renseignement espagnols.
Le pédophile espagnol Daniel Valgan Vina a-t-il été grâcié par le roi Mohammed VI en même temps que 47 autres prisonniers espagnols parce qu'il est un espion à la solde du CRI, l'agence d'espionnage espagnole? La question a été posée par le site d'information Lakome, puis par El Pais et enfin par Le Monde. Mais elle sera bientôt posée -plus concrètement- par la secrétaire générale adjointe du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et porte-parole de la Commision extérieure Groupe parlementaire socialiste, Elena Valenciano, à son gouvernement.

Une question à laquelle le gouvernement espagnol aura du mal à répondre


L'annonce est sur le site du PSOE, actuellement dans l'opposition. Plus précisément, Elena Valenciano déclare qu'elle va officiellement demander, dès ce lundi 5 août au ministère espagnol des Affaires étrangères, "quel département du gouvernement d'Espagne a suggéré la grâce de cette personne"? Et surtout, la secrétaire générale adjointe du PSOE, veut savoir ce qui a motivé cette décision" qui a produit un émoi et une indignation sans bornes chez notre voisin comme en Espagne".
Le parti socialiste juge «d'une extrême gravité» la grâce accordée par le roi Mohammed VI et demande une «explication immédiate» du gouvernement .

C'est donc qu'en Espagne aussi, on suspecte que la grâce dont a bénéficié Daniel Galvan Vina ne peut être expliquée par la pitié pour un supposé cancéreux au stade terminal, ni par une bourde administrative.
Elena Valenciano
Elena Valenciano et le PSOE sont bien décidés à apprendre la vérité, et "rapidement"! ©DR
Des faits troublants

Il faut dire que certains éléments sont troublants. D'abord, il y a deux jours, le ministre de la Justice Mustapha Ramid  a affirmé que Daniel Galvan avait été libéré pour des "raisons d'intérêt national".
Ensuite l'avocat du pédophile, Mohammed Benjaddou aurait déclaré àLakome que son client lui avait confié être un officier de l'armée irakienne qui avait collaboré avec les services étrangers pour renverser le dictateur Saddam Hussein. Et si son client lui a aussi affirmé avoir été professeur au département des sciences océaniques de l'université de Murcie, le journal espagnol El Pais, qui a enquêté, n'a trouvé aucune trace de son passage.

Pour Le Monde, ces éléments accréditeraient "l'idée que Galvan serait en réalité un Irakien de naissance, exfiltré en Espagne après la guerre en Irak par les services secrets, où il aurait reçu une nouvelle identité en remerciement de sa collaboration".

Alors certes,  le CRI a démenti tout lien avec Daniel Galvan Vina, certes les autorités marocaines semblent privilégier la possibilité d'une erreur ou d'une négligence d'un haut responsable... Il n'empêche. On attend de pied ferme la réponse du gouvernement espagnol à la députée socialiste Elena Valenciano.

 

http://www.h24info.ma/maroc/societe/danielgate-un-parti-espagnol-demande-la-verite

mardi 26 mars 2013

Andalousie : Exemplaires, des centaines d’ouvriers se réapproprient des terres livrées à la spéculation

Au sud de l’Espagne, des ouvriers agricoles occupent une ferme de 400 hectares, menacée par la spéculation. Ils contestent une répartition féodale des terres, réservées aux grands propriétaires. Et développent une agriculture biologique et paysanne, qui nourrira bientôt des milliers de personnes. Reportage en Andalousie, dans la ferme de Somonte, devenu le symbole d’une lutte populaire contre les inégalités et pour la souveraineté alimentaire. « Land and freedom », version 2013.
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« Quand nous sommes arrivés à Somonte pour occuper les terres, c’était un matin très tôt, au lever du soleil, se souvient Javier Ballestero, ouvrier agricole andalou. J’ai été surpris par le silence. Il n’y avait pas d’oiseaux sur ces terres ! Pas de vie ! Rien ! » C’était il y a presque un an, le 4 mars 2012. Cinq cents journaliers agricoles, des habitants des villages voisins et des citoyens solidaires venus de toute la région ont commencé à occuper la « finca » (ferme en espagnol) de Somonte. Le lendemain, la propriété, qui appartient au gouvernement autonome régional, devait être vendue aux enchères, très certainement à l’un des puissants propriétaires terriens de la zone, qui l’aurait achetée à un prix avantageux.
Le SOC-SAT [1], syndicat d’ouvriers agricoles qui a organisé l’occupation, est habitué aux luttes foncières. C’est lui qui a mené tous les combats historiques des journaliers andalous depuis les années 70. Mais les occupations de terre ne datent pas d’aujourd’hui. En 1936, elles s’étaient multipliées. Javier évoque la répression féroce qui s’en suivit lors de la victoire des franquistes. Un puissant propriétaire terrien fit exécuter 350 journaliers à Palma del Rio, le village voisin de Somonte. La plupart des terres qui jouxtent la « finca » appartiennent aux descendants de cet homme.

« La terre est à vous. Reprenez-la ! »
En ce matin hivernal, une trentaine de personnes se pressent autour d’un brasero, installé devant la petite cuisine de la « finca ». Deux hommes réparent un vieux tracteur Fiat sur lequel est fiché un drapeau andalou portant le sigle SOC-SAT. Quand le tracteur finit par démarrer, des responsables du lieu répartissent les tâches entre les occupants et les visiteurs solidaires, selon les décisions prises la veille au soir en assemblée générale. Un groupe ira désherber le champ d’oignons dont les plants viennent d’être mis en terre. Un autre ramassera les piments, les Piquillo, la variété locale, rouge sang, qui seront ensuite mis à sécher en grappes. Le troisième groupe préparera le repas collectif de la mi-journée.
Une dizaine de militants portugais d’extrême gauche, en visite, et quelques militants français et espagnols, de passage ou séjournant à Somonte, se dirigent vers le hangar où est entreposé le matériel agricole. Peint sur le bâtiment, un slogan rappelle les enjeux de l’occupation : « Andalous, n’émigrez pas. Combattez ! La terre est à vous. Reprenez là ! » Au passage, les travailleurs matinaux croisent une patrouille de la Guardia civil, qui vient relever, comme tous les jours, les numéros des plaques d’immatriculation des voitures stationnées sur le parking de la ferme. A voix basse, les moqueries fusent. Les guardias demeurent indifférents. Ils ne descendent jamais de leur véhicule. Ils notent et repartent.

Développer une agriculture biologique paysanne
P-Baque_-_Somonte_8-827d7Près du hangar, sous les regards complices de Malcolm-X, Zapata et Geronimo, immortalisés par un artiste sur un mur, Javier et son collègue Pepe distribuent sarcles et bêches, puis accompagnent les militants jusqu’au champ d’oignons. Les allées sont interminables. Briefés par les deux hommes, les militants se courbent et s’accroupissent. Les herbes résistent, déchirent les doigts. Une main arrache par inadvertance un plant d’oignon. Un pied en écrase un autre. Difficile de s’improviser paysan. Ceux qui ont l’habitude avancent en ligne. Les autres tentent de s’appliquer, s’assoient, redressent leur dos… Les conversations vont bon train. Les chants révolutionnaires s’élèvent, repris en chœur.
Peu à peu, la brume se lève. Apparait en contre-bas la plaine du fleuve Guadalquivir, qui s’étend à perte de vue dans cette partie de la province de Cordoue. Une terre rase, ondulante, sans un arbre, sans une haie. Cette même terre épuisée, sur laquelle poussera en été, sous la chaleur ardente, blés ou tournesols. Les journaliers qui occupent les quatre cents hectares de Somonte ont décidé d’abandonner ces pratiques agricoles intensives. « Depuis que nous sommes ici, les oiseaux sont revenus et la vie aussi, confie Javier. L’homme appartient à la terre. Nous devons la respecter et veiller sur elle. C’est pour cela que nous allons faire ici de l’agriculture biologique paysanne. » Pour développer une agriculture en rupture avec le modèle dominant, les journaliers andalous font appel à leur sensibilité et à leur mémoire, ravivée par leurs parents ou leurs grands-parents.

Contre une répartition « féodale » des terres
Comme la plupart des 25 occupants permanents de la finca, Lola Alvarez se définit comme « journalière agricole, depuis toujours », et fière de l’être. Elle rappelle que les premiers pieds de tomates plantés dans le jardin de Somonte proviennent de semences très anciennes apportées par son père de 84 ans. « Dès que nous avons occupé Somonte, beaucoup de personnes âgées sont venues nous apporter des semences de piments, d’oignons, de laitues… Toutes les semences traditionnelles qu’elles avaient héritées de leurs parents et qu’elle avaient conservées et protégées précieusement année après année. » Les occupants ont aussi reçu des graines du réseau andalou Semences et de la coopérative française Longo Maï. Somonte sera libre de semences transgéniques et de pesticides. « Nous sommes fatigués de voir ceux qui spéculent avec la terre spéculer aussi avec les produits chimiques, avec les semences et avec l’eau. Il va être difficile de mettre les 400 hectares en agriculture biologique mais nous allons le faire », explique simplement Lola.
Les occupants ont aussi décidé d’en finir avec l’injuste et scandaleuse répartition féodale des terres en Espagne qui fait que la duchesse d’Alba possède encore 30 000 hectares de terres et le duc del Infantado, 17 000. Plus de 60 % des terres les plus riches du pays sont entre les mains d’une poignée de puissantes familles, qui spéculent avec elles et perçoivent la majorité des aides agricoles [2]. « La terre n’appartient à personne. Elle n’est pas une marchandise, s’insurge Lola. Elle doit être entre les mains de celles et de ceux qui la travaillent. Nous l’occupons pour nourrir nos familles et vivre dignement. »
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Javier Ballestero, né dans une famille paysanne anarchiste, se réclame encore de cette tradition. « Les moyens de production doivent être au service du peuple. Pour cultiver sainement, nous n’avons pas besoin d’un patron qui nous exploite et nous vole. Nous voulons décider nous-mêmes de notre avenir. » Dans les années 80, pour initier une réforme agraire, le gouvernement autonome andalou (dirigé par le Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE) avait acheté plusieurs dizaines de milliers d’hectares aux grands propriétaires terriens. Il les avait grassement payés, pour qu’il n’y ait pas trop de mécontents. Mais n’avait pas redistribué les terres. L’objectif étant surtout de désamorcer un vaste mouvement d’occupations de terres organisé par le SOC qui réclamait alors des expropriations sans indemnisation.

Droit d’usage
Une partie de ces terres sont alors louées à des coopératives de petits paysans. Mais la grande majorité d’entre elles demeurent sous la responsabilité de l’Institut andalou de la Réforme agraire (IARA), et sont consacrées soit à des cultures intensives, soit à de vagues projets destinés à la recherche, pourvoyeurs d’importantes subventions européennes. Quelques hectares de la finca Somonte servaient ainsi de champs d’expérimentation à des cultures destinées à la production d’agro-carburants. Aujourd’hui, les socialistes dirigent toujours le gouvernement autonome. Comme les caisses sont vides, 22 000 hectares de terres appartenant à l’IARA ont été mis en vente aux enchères en 2011. Plus de la moitié ont été vendus.
« Le SOC a mené des occupations très dures dans les années 80. Elles ont notamment abouti à la création de la coopérative El Humoso, dans le village de Marinaleda, sur 1 200 hectares expropriés à la duchesse d’Alba », commente Lola Alvarez. « Depuis des années, nous ne menions plus que des occupations symboliques pour tenter d’infléchir la politique du gouvernement. Mais quand nous avons vu que les terres gérées par le gouvernement andalou allaient revenir entre les mains des spéculateurs, nous avons décidé de reprendre les occupations effectives. » Depuis l’occupation, la vente des terres a été suspendue. Mais les occupants ne souhaitent pas devenir propriétaires de Somonte. Il réclament un simple droit d’usage. Rappelant que depuis 20 ans, ces 400 hectares n’ont nourri personne.

Somonte, symbole d’une lutte populaire
L’Andalousie connaît actuellement un taux de chômage record de 34 % pouvant aller jusqu’à 63 % chez les jeunes de moins de 25 ans [3]. De nombreux Andalous, partis travailler comme ouvriers du bâtiment dans d’autres régions d’Espagne, reviennent aujourd’hui chez eux et proposent leur force de travail sur un marché agricole andalou déjà saturé et en crise. Avec la mécanisation à outrance et les mauvaises récoltes des oranges et des olives, il est désormais impossible aux 400 000 ouvriers agricoles de la région de réunir les 35 journées de travail annuelles nécessaires pour bénéficier d’une allocation mensuelle de 400 euros.
P-Baque_-_Somonte_15-6c34aFin 2012, le parlement andalou a demandé que le nombre de journées de travail exigé soit diminué. En vain. Cette crise sociale n’alarme pas les grands propriétaires terriens qui profitent de la situation pour mettre en concurrence les journaliers andalous avec la main d’œuvre immigrée, bien moins payée. Le SOC-SAT réunit des ouvriers agricoles de tous les horizons et organise régulièrement des grèves pour défendre leurs droits. Il dénonce aussi les injustices sociales, en organisant dans des supermarchés des opérations de récupération de produits alimentaires de base, distribués ensuite à des cantines de quartiers pauvres.

Durant l’été 2012, des marches ouvrières ont parcouru toutes les provinces andalouses pour dénoncer les mesures d’austérité. Une grande ferme appartenant à l’armée, laissée à l’abandon, a été brièvement occupée. Ce contexte social et politique tendu, et toutes ces luttes, font aujourd’hui de Somonte un symbole très populaire de la capacité des ouvriers à prendre en main leur destin. L’alimentation est au cœur des luttes.

Nourrir des milliers de familles de la région
Peu à peu, avec le soutien des anciens, d’ingénieurs agronomes, d’organisations locales et de réseaux de solidarité internationaux, le projet agricole de Somonte prend corps. Trois hectares de légumes ont déjà été mis en culture pour l’autoconsommation, la vente sur les marchés locaux ou dans une coopérative de consommateurs de Cordoue. Plusieurs dizaines d’hectares vont être consacrés à des cultures maraîchères. Quarante hectares seront réservés à de grandes cultures en rotation avec notamment du blé biologique. Les occupants de Somonte envisagent de planter près de 1 500 arbres de variétés locales, de développer des vergers d’abricotiers, de cerisiers, d’amandiers, de créer une oliveraie, d’entretenir des haies.
En décembre 2012, près de 700 arbres sont plantés le long du domaine. Une eau saine sera récupérée grâce à des retenues, des puits et à une protection des petits cours d’eau existants. Les occupants veulent réunir rapidement un troupeau d’au moins 300 brebis. Une grande partie de la production agricole de la finca sera transformée sur place dans des ateliers. Le projet agro-écologique et social de Somonte, organisé sous forme de coopérative de travailleurs, pourra donner du travail à plusieurs centaines de personnes et permettre à des milliers de familles de la région de se nourrir.

Occuper les terres, les logements et les banques
La situation de Somonte est aujourd’hui suspendue à la situation politique en Andalousie. Le nouveau parlement autonome élu début 2012 est majoritairement à gauche. Cela n’a pas empêché le Parti socialiste de faire expulser les occupants de Somonte, le 26 avril 2012, le jour même où il signait un accord avec la Gauche Unie. Le 27 avril au matin, la finca était de nouveau occupée. Aucune menace d’expulsion n’a été formulée depuis, mais les négociations sont au point mort.
« S’ils nous expulsent 20 fois, nous occuperons 21 fois ! », ironise Lola. « Nous n’avons pas le choix. Le gouvernement ne sait pas comment réagir. Et nous, pendant ce temps, nous montrons qu’une autre voie est possible. Nous disons qu’il faut occuper les terres pour avoir un travail et pour vivre. Mais il faut aussi occuper les logements pour donner un toit aux familles. Et il faut occuper les banques pour dénoncer les aides financières que nos gouvernements leur apportent tout en faisant payer les plus pauvres. Il faut occuper ! Voilà la solution. »
Texte et photos : Philippe Baqué
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Notes

[1] Le SOC-SAT est l’ancien Syndicat des ouvriers agricoles (SOC). En 2007, il a été rebaptisé, syndicat des travailleurs andalous (SAT).
[2] Voir « Andalousie : la terre contre la crise », Jean Duflot, Archipel, journal du Forum civique européen de juin 2012.
[3] Voir « Un Robin des bois en Andalousie », Sandrine Morel, Le Monde, le 29 août 2012.
Source :  Bastamag
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