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mardi 27 mars 2012

Sidi Ifni : Nouveaux affrontements entre les forces de sécurité et des manifestants

Par Houda Belabd, Yabiladi, 26/3/2012

Voici seulement quatre années que les premiers accrochages ont eu lieu à Sidi Ifni (voir article) entre manifestants et force de l’ordre. Hier, malgré le long répit qu’a connu la ville marocaine, un regain de violences a eu lieu.
 
/DR. Le mouvement du 20 février promet de participer au développement de la ville...

Selon des témoins oculaires, des affrontements ont eu lieu, samedi soir, devant un commissariat de police à Sidi Ifni. Ces premières échauffourées ont dégénéré, hier dans la matinée, en jets de pierres, éclats de feu dans des roues en caoutchouc et blocage de plusieurs zones dans la ville par les forces de l’ordre. La raison en est essentiellement l’arrestation et la grève de la faim du militant du 20 février, Yasser Njaji. De ce fait, un sit-in a été annoncé, la semaine dernière, par le biais des réseaux sociaux, pour dénoncer « la torture policière », selon les termes des manifestants.

Cependant, le blocage des sites de la ville a joué les prolongations. En effet, d’après le site d’informations générales Agadir 24, «les routes menant à Tiznit et Guelmim ont été bloquées aux autobus et voitures et ce, pendant plus d’une journée ». Ceci serait par crainte de la propagation des affrontements, au-delà de la ville. En effet, la solidarité entre manifestants aux quatre coins du Maroc se fait remarquer de plus en plus ces derniers temps. Preuve en est la solidarité tous azimuts qui ont suivi les évènements de Beni Bouayach, il y a quelques semaines de cela.

La famille du détenu, envisage de continuer ses protestations qui durent depuis le 23 mars. Selon la même source, ces dernières manifestations seraient pacifiques. « La famille du détenu ainsi que ses sympathisants ont parcouru la ville en passant devant une école. Ensuite, ils ont scandé des slogans incitant la police à faciliter sa libération », continue la source. En effet, Yasser a été arrêté le vendredi 23 mars, suite à une manifestation et a été déféré au Procureur du roi. Celui-ci a ordonné son suivi en cas d'arrestation. Selon les dernières nouvelles, Yasser attend sa prochaine audience demain à Tiznit.

Ses amis et sympathisants ont déclaré à Agadir 24 que Yasser reste «un activiste de premier plan et est très engagé dans le mouvement du 20 février ». Celui-ci ne réclame pas plus que « le droit au travail à ses citoyens et un peu plus de dignité sociale ».

Rétrospective…

En 2008, la chaîne qatarie Al Jazeera avait réalisé un débat sur les affrontements qu’avait connues la ville suite à l’appel de ses habitants au gouvernement marocain à optimiser l’utilisation des ressources mais aussi à favoriser le développement économique et social de la région. En 2009, l’Etat marocain a réagi en lançant des projets sociaux. Initiative jugée insuffisante par les habitants. En 2011, les jeunes du 20 février ont incité les habitants à se révolter car les initiatives étatiques restaient, rapporte Lakome, « de la poudre aux yeux » et relevaient de la « politique de l’autruche » pour calmer la situation locale.

Aujourd’hui, le militantisme gagne du terrain et les manifestations promettent de jouer les prolongations.


Maroc : derrière une façade démocratique, un Etat tortionnaire. Les 4 prisonniers politiques de Fès accusent...

Par Moha Oukziz pour le comité de soutien

Le Maroc, "le partenaire de démocratie", le signataire de toutes les chartes de droit de l'homme qui déclare même que le droit international est suprême par rapport à sa constitution monarchique, continue à violer ses propres engagements, continue à torturer, à violenter et à mettre en danger la vie d'une dizaine de jeunes militants en grève de la faim, dans ses propres prisons
L'agonie d'Ezedine Eroussi est prolongée par transfusion dans la prison locale de Taza, quatre autres jeunes militants connaissent le même sort dans la prison Ain Kadouss à Fès, d'autres encore dans la prison d'Errachidia. Exactement parce que les étendards des droits de l'Homme et de la démocratie servent de couverture politique et médiatique afin que le Royaume du Maroc emprisonne ses "sujets" ( la notion du citoyen n'est pas transcrite et pratiquement n'existe pas), et que les filles mineures puissent être violées par Dahir. Les révoltes populaires sont toujours matées quasiment dans le sang, et nos médias, nos grands médias continuent leur silence complice.
Les hauts responsables de la république française sont alertés à maintes reprises de la situation des détenus politiques au Maroc mais les résidences somptueuses à Marrakech valent plus que la vie des jeunes militants qui ont fait le choix de militer pour un Maroc libéré et démocratique.
Nous avons traduit le communiqué des quatre détenus politiques dans la prison d'Ain Kadouss à Fès. Nous vous le transmettons ci-dessous . Notre combat continue auprès des détenus en grève de la faim dans les prisons d'un régime qui bénéficie de la grande amitié et complicité de la France et de l’ Europe.
Nous vous sollicitons de bien vouloir nous aider à libérer ces militants à sauver leur vie et à faire connaitre cette situation autour de vous.
Moha Oukziz pour le comité de soutien
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Détenus politiques dans la prison Ain Kadouss , Fès ,Maroc

Mohamed Ghaloud, Mohamed Zeghdidi, Mohamed Fetal, Ibrahim SAîdi.

le 28 février 2012

À l’opinion publique nationale et internationale,

Le régime au Maroc a échoué de briser les prisonniers politiques au Maroc en grève de la faim. Il a utilisé différentes méthodes y compris la transfusion, les injections et des promesses pompeuses. Notre bataille subit aussi des complots et des mesquineries. Notre combat victorieux a réussi à dévoiler et à faire connaître le dossier des prisonniers politiques au plan national et international. Les masses populaires ont adopté notre combat. Le régime et ses collabos se sont précipités et utilisent tous les moyens pour briser la grève. Celle ci a permis de démasquer la nature meurtrière du régime et ses étendards démagogiques : respect des droits de l’Homme, rupture avec le passé etc.

Nous , Mohamed Ghaloud, Mohamed Fetal, Mohaled Zeghdidi, Ibrahim Saïdi, détenus politiques dans la prison Ain Kadouss à Fès, nous entamons la grève de la faim depuis le 23 février 2012.

Mohamed Ghelat, détenu politique dans la prison de Taza est en grève de la faim depuis le 23 janvier 2012.

Trois autres détenus politiques dans la prison locale à Errachidi ont rejoint le combat. Ils observent la grève de la faim depuis le 22 février 2012.

Ezedine Erroussi est en grève de la faim depuis le 19 décembre 2011 dans la prison de Taza. Son état de santé est très détérioré. Il est au bord du martyre.

Dans ce contexte, le régime ne peut que manœuvrer pour sortir de son isolement et œuvrer pour briser notre combat et limiter ses conséquences.

Dimanche 26 février une caravane de solidarité s’est déplacée vers Taza. Au cours de cette manifestation de soutien, des agents de renseignement se sont déguisés en militants de droits de l’Homme et ils ont tenté d’intimider et d’influencer le papa d’Ezedine Erroussi. Ils lui tenaient des propos suivants : « quelques-uns exploitent ton fils et bénéficient de la grève de la faim, ils le poussent au sacrifice et à l’aventure de mourir. Ton fils met sa santé et sa vie en cause pour rien, lui qui n’a que quelques mois de détention à tenir. Ezedine doit réfléchir à ses intérêts personnels. Réveille-toi et assume ta responsabilité pour sauver ton fils… »

Beaucoup d’autres avaient des plans et ont tenu des discours de campagne contre la bataille du camarade Ezedine, contre la bataille des étudiants et contre les militants de la voie démocratique basiste.

Et pour éclairer l’opinion publique nationale et internationale, ainsi que les nobles militantes et militants, toutes et tous les camarades, nous les détenus politiques dans la prison Ain Kadouss à Fès, nous vous informons que :

Le 27 février 2012, à sa demande, nous étions en dialogue avec le procureur général. Il nous a sollicité de suspendre la grève de la faim pendant une semaine en attente d’une réponse à nos revendications. Le procureur nous a avancé des promesses, surtout il nous a promis notre libération au plus tard le mois de mai ou juin prochain ! Selon lui, « des discussions à haut niveau ont eu lieu pour solutionner le dossier des prisonniers d’opinion…etc »

Bien évidemment on a rejeté la demande de suspendre la grève de la faim et nous avons réitéré notre demande de satisfaire nos revendications et celles des prisonniers politiques, en premier lieu la libération.

Quelques minutes avant les négociations avec le procureur général, le directeur de la prison Ain Kadouss et le soi-disant « responsable de l’administration régionale des prisons » nous ont annoncé qu’ils détiennent des informations sures et que Ezedine Erroussi a arrêté la grève de la faim et de soif , il est de notre devoir et de notre responsabilité , selon eux, de ne pas rater l’occasion des négociations avec le procureur général pour arrêter la grève et mettre fin à nos souffrances !!

Autre point qui illustre l’ampleur du piège et du complot organisé contre nous, sans doute par le régime : Dimanche dernier, des gens suspects se sont rapprochés de la famille de notre camarade Ezedine Erroussi et ont propagé des contrevérités et des mensonges pour l’atteindre moralement et faire pression sur Ezedine. Lundi , juste avant notre rencontre avec le procureur, le directeur de la prison Ain Kadouss et le nommé « responsable régional » ont fait circuler la rumeur de la fin de la grève de la faim à Taza.

Organiser cette rencontre en ce moment même et dans ces conditions n’est pas du au hasard.

Il s’agit bien d’un plan clair de traits qui est organisé contre la bataille des détenus politiques, contre les masses des étudiants en mouvement dans le bastion Dher EL Mehraz à Fès, victimes des violations et agressions des baltajis (collabos) du régime et contre les étudiants en grève à Taza victimes des interventions répressives des forces de l’ordre.

Contrairement à ces plans abjects des agents et des collabos sous enseigne de « droits de l’homme », nous déclarons qu’Ezedine Eroussi continue sa grève de faim et de soif. Nous mêmes, le détenu politique Mohamed Ghelat et les camarades détenus dans la prison d’Errachidia, nous continuons également la grève de la faim. Nous disons aux comploteurs et aux traitres que notre bataille est forte et nos convictions sont solides. Le chemin du sacrifice et du martyre que nous empruntons en toute conscience est le fossoyeur de vos complots. Notre bataille ne peut qu’évoluer et s’intensifier et vos masques tomberont.

Nous saluons toutes les militantes et tous les militants des associations de droits de l’homme, de l’association des enchômagés des cadres supérieurs, du mouvement du 20 février, des militants au niveau national et international, qui se solidarisent avec nous et soutiennent notre bataille, la bataille des gens libres et nobles et des révolutionnaires, bataille en dernier recours du peuple marocain. Nous accueillons toutes initiatives pour développer notre cause, la cause du peuple marocain. Nous confirmons notre attachement aux valeurs et principes de la lutte. Nous dévoilons et confrontons avec force toute tentative de surenchère, d’opportunisme, de compromission sur le dos des sacrifices des détenus politiques, de leurs familles, des martyrs et des souffrances du peuple.

Nous saluons nos familles et à travers elles toutes les familles résistantes et combattantes des détenus politiques .
Nous saluons nos camarades de la voie démocratique basiste, les masses des étudiants et tous les détenus politiques

Nous saluons également tous les nobles militant(e )s au Maroc et au niveau international

Nous condamnons toutes les conspirations du régime en place et ses caudataires contre les détenus politiques, leurs familles , les masses des étudiants, la voie démocratique basiste, les masses populaires et leurs fidèles militants .

Liberté pour les détenus politiques

La bataille jusqu’à la victoire ou le martyre

Ni paix ni résignation … la lutte en avant.

lundi 26 mars 2012

Urgent, relayer l'information : Après la région du Rif, c'est Ifni qui entre en lutte

Par Souad Guennoun, 25/3/2012

Interventions très forte des forces de l’ordre ce matin dès 5 h  : des affrontements violents avec les jeunes, les militants du M20F, et les militants de l'Union des coordinations des chômeurs (tihad tansikiat mouatalin). 
Il y a plusieurs blessés parmi les forces de l'ordre, plus de 22 blessés
 Information à diffuser pour briser le silence

Rappel des faits 

La ville d'Ifni , tout le monde se rappelle les évènements du "samedi noir de Sidi Ifni".
Mais avec le mouvement du 20 février, les mouvements ont continué de façon ininterrompue notamment de la part des jeunes réclamant du travail, l'Union des coordinations des chômeurs qui,depuis un mois ,  ont planté une tente et se déclarent en sit-in permanent pour exiger du travail et appuyer leurs revendications.
Ce jeudi 22 mars, le jeune militant du M20F Yassir NOUJAJI est arrêté par les forces de l'ordre.
C'est le début des affrontements entre jeunes et forces de répression, la ville se mobilise pour réclamer la libération de Yassir.
Aujourd'hui dimanche 25 mars 2012, alors que la famille du détenu et les jeunes du mouvement appelaient à manifester pour exiger la libération de Yassir, les forces de répression qui cernaient la ville, sont intervenus dès 5 h ce matin pour prendre la ville. Dès 6h du matin les affrontements ont démarré à Boulelam , avec des jets de pierres contre bombes lacrimo.
Les affrontements se déroulent en ce moment même. De nombreux corps répressifs  arrivent en renfort, restons alertés , la situation est tendue.
La présence de la force de répression ce matin est  toujours importante, retranchée dans la caserne.

Code de la famille relatif au mariage des mineures : marches du 25 mars, paroles du ministre...

 Glané sur facebook...

Casablanca le 25 mars 2012.
http://youtu.be/e2YG0uZTiRQ

 Tanger:
le MVT20FEVRIER le 25 mars 2012.
    Bravo! Bravo!
    VIVE LE MVT20FEVRIER
http://youtu.be/nNRpu6UviaQ


 Agadir le 25 mars 2012: VIVE LE MVT20FEVRIER!
http://youtu.be/Y6YtCUviwNE
Ali Fkir, facebook
Le mouvement contre la tyrannie, contre le makhzen, contre tous les types de mafia est irréversible. Tous et toutes pour le changement, pour un nouveau Maroc. Tous et toutes contre le makhzen et contre ses relais au sein des mouvements sociaux et au sein des syndicats. Il n'y a pas "d'entre-deux- chaises". Makhzenien ou antimakhzenien. Il n'y a rien à attendre des gens qui ont dit OUI à la constitution réactionnaire.

 Khénifra : Allocution du militant Jamal
   http://youtu.be/kkY8pw7LBG4

Autres vidéos

Aziz Enhaili par ‎Hamid Baha
Très important: Mr Ramid, ministre de la justice, a été ce soir l'invité du journal de 20h30 de la1ère chaine de la télé. A la question sur l'article 20 du Code de la famille relatif au mariage des mineures, il a clairement dit qu'il n'était pas question d'en discuter la modification vu que le Code de la famille a fait l'objet d'un consensus national. 
Il a même clairement dit que si on le remettait en question, l'ensemble du code de la famille pourrait être remis en question et qu'on pourrait alors revenir à la situation des années 2000. Si ce n'est pas une menace et du chantage, je me demande ce que c'est ! Il faut chercher si un enregistrement de ses déclarations au journal de la Oula peut être obtenu....

dimanche 25 mars 2012

C’est pour quand le Parti Démocratique Amazigh ?


Par Mohammed Hifad,20/3/2012

Le Parti de l’Istiqlal,Le PJD, Al Badil al Hadari , le parti Al Oumma , Mohamed El Fizazei le salafiste qui veut créer son propre parti , appliquer la charia , comme si elle n’est pas déjà appliquée et élever la barre par rapport au PJD ainsi que le salafiste Khalid El Ghazali qui lui emboite le pas etc,etc !!!

Nous assistons médusés, les mains liées par de fausses lois à une recrudescence des partis religieux et à l’application de la loi de deux poids et deux mesures.

On a enterré vivant le Parti Démocratique Amazigh et personne n’ose plus proposer un autre parti de tendance amazighe sans tomber sous cette loi qui date de l’époque coloniale et qui interdit un parti basé sur l’ethnie et la religion .

Mais nos dirigeants arabes , pour qui profite la religion et fait partie intégrante de leur langue , identité , histoire et culture , se contentent de la partie concernant l’ethnie pour interdire la création d’un parti amazigh sans lequel le Maroc sera transformé tôt ou tard , si ce n'est pas déjà fait,en une province de l’Arabie Saoudite.

L’ancien ministre de l’intérieur qui avait qualifié ce parti amazigh d’ethnocentriste, est incapable de qualifier de la même manière les partis religieux précités.

L’Occident , l’un des occupants de l’Afrique du Nord , ne peut que soutenir le pouvoir arabe en place plus par complicité ou compréhension entre prédateurs , diplomatie d’anguilles sous roche et solidarité d’intérêts.

Le Grand Rif , par ironie du sort , se trouve dans la même situation qu’au début du siècle dernier abandonné par le reste du Maroc à son propre sort de pays envahi et désarmé au vu et au su de tous et de toutes sans aucun geste de solidarité face à l’armada policière quasi militaire à laquelle il fait face seul sous un gouvernement et un palais religieux hostiles à tout ce qui est amazigh et autochtone fidèles à leurs ancêtres conquérants.

Il suffit d'écouter aujourd'hui le porte parole, sur le plan international ,de la famille royale My Hicham qui ose aller jusqu'à nier le fait que les amazighs soient les premiers habitants du Maroc.

Comment croire à la démocratie marocaine si les amazighs majoritaires au Maroc n’ont même pas le droit d’avoir un parti spécifique qui défend leurs droits légitimes ?

Le régime arabo-islamique et l’Occident sont en train de mettre le feu à la dynamite marocaine.

Comment oser de nos jours donner des autorisations à des partis salafistes extrémistes qui veulent appliquer la charia telle quelle au Maroc au mépris du droit coutumier de la langue, de l’histoire , de la culture amazighe de Massinissa , de la Reine martyre Dihia,du grand général Hannibal, de Saint Augustin , d’Ibn Khaldoune, de Katib Yacine, de plus de vingt millions d'amazighs marocains sur trente et j’en passe , sans maintenir l’équilibre et autoriser également plusieurs partis amazighs ?

Si l’administration du maréchal Hubert Lyautey avait intérêt à interdire un parti amazigh et religieux , cette interdiction est conforme à l’esprit du protectorat mais que le maintien de la mêle loi soit maintenue uniquement à l’égard des amazighs après cinquante et six ans d’indépendance est incompréhensible et raciste au sens propre et figuré du mot.

Jusqu’à quand va durer cette situation du fait accompli où excellent les dirigeants marocains ?

Seules les femmes et le Rif sont actuellement vigilants et conscients de ce problème et le disent haut et fort presque au quotidien alors que le reste de la population semble complètement déconnectée de sa réalité ce dont profitent nos responsables au mépris des droits de l’homme , des conventions signées et du droit international en la matière .

Le langage d’ouverture tenu par les dirigeants et la réalité sur le terrain sont absolument contradictoires et rendent perplexe tout observateur de l’actualité marocaine .

Un langage aux couleurs démocratiques sur les médias et l’ethnocentrisme arabo-musulman –salafiste gagnent de plus en plus le terrain à coups de pétrodollars avec la bénédiction du palais et du gouvernement censé élu par le peuple et responsable devant lui .

L’Occident serré à la gorge par la crise est prêt à « comprendre » Satan en personne pour garder les marchés de l’Afrique du Nord et du Proche Orient pour ses armes et autres produits industriels. Il ne peut que devenir de plus en plus laxiste envers ces mannes de pétrodollars .

Qui va se préoccuper des peuples piétinés , humiliés , dépouillés, décimés à volonté par des dictateurs de tous bords ?


Au Maroc «Nous restons sur un profil de croissance très inquiétant»

Analysede la situation économique au Maroc en 2011
Par Najib Akesbi, publié le 29/5/2011

Entretien : «Nous restons sur un profil de croissance très inquiétant»

Le Maroc réalise un taux de croissance en deçà de celui des pays émergents, en deçà de la moyenne mondiale et en deçà de ce qui peut être considéré comme une ambition légitime du pays.
D’autres indicateurs mettent clairement en relief la situation difficile de notre économie, notamment le déficit commercial, le taux de chômage et le déficit budgétaire.
Pour qu’un programme économique réussisse, il doit d’abord être concerté.
La première mutation à réussir est d’arriver à autonomiser progressivement l’économie marocaine des aléas du secteur agricole.

Najib Akesbi, économiste, professeur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, pense que si la volonté politique existe, les solutions pratiques existent aussi. 

-Finances News Hebdo : Le Royaume a accueilli récemment un grand responsable du FMI qui estime que le Maroc a bien tiré son épingle du jeu suite à la crise mondiale que nous venons de traverser. Il a également souligné que la croissance se fait à deux vitesses : plus lente pour les pays développés et très rapide pour les pays émergents. Pour ces derniers, on identifie deux catégories également ; celle des pays en surchauffe et celle des pays qui reviennent vers une moyenne normale. Où peut-on situer aujourd’hui le Maroc ?

-Najib Akesbi : Je viens de recevoir la note de conjoncture de la DEPF, du ministère des Finances. Cette note fait le point sur l’année 2010. Qu’est ce qu’on y trouve ? Justement, une réponse à votre question. On y constate que le Maroc affiche sur les trois dernières années un taux de croissance plutôt décroissant… En 2008, on a enregistré un taux de 5,6%, puis 4,9% en 2009 et en 2010 ce taux était encore tombé à 4%. Pour situer le Maroc, on peut apprécier le taux de croissance enregistré en 2010 au regard des grandes tendances mondiales. Toujours selon cette note, la moyenne mondiale est de 5%, tandis que la moyenne des pays émergents et en développement est de 7,3%. Ces chiffres sont une réponse claire à ceux qui prétendent que le Maroc a «tiré son épingle du jeu». Le Maroc réalise un taux de croissance qui n’est pas seulement en deçà de celui des pays émergents, mais qui est même en deçà de la moyenne mondiale.
Le deuxième élément à retenir est qu’un chiffre en soi ne signifie rien. Il faut le mettre dans son contexte. Je viens de situer le Maroc par rapport au reste du monde. On peut aussi apprécier sa performance par rapport à ce qui peut être considéré comme une ambition légitime du pays. Vous savez que l’année dernière on avait réalisé, dans le cadre de la Fondation Abderrahim Bouabid, un rapport sur la stratégie de développement économique du Maroc. On avait considéré que si l’on veut que le Maroc, en l’espace d’une génération, arrive au niveau de revenu par tête de pays émergents comme la Malaisie ou la Turquie, il lui faut au moins réaliser pendant 15 à 20 ans, 7 à 8 points de croissance en moyenne annuelle. Si cet objectif est raisonnable, force est de constater que, avec 4 points de croissance en 2010, on est à peine à la moitié de ce qu’on devrait faire pour l’atteindre. On est très loin du compte et à ce rythme là il nous faudrait plus de 40 ans pour atteindre le niveau de vie actuel d’un pays comme la Turquie !

-F. N. H. : Le taux de croissance, à lui seul, traduit-il la réalité de la situation économique au Maroc ?

-N. A. : J’ai pris le premier indicateur généralement utilisé, mais il y en a d’autres. Si je prends le commerce extérieur, puisqu’on parle d’un pays intégré à la mondialisation, qui a signé des accords de libre-échange avec plus d’une cinquantaine de pays, le résultat est tout simplement catastrophique. Chaque année, nous battons des records de déficit commercial. Nous sommes à près de 150 milliards de DH de déficit, avec un taux de couverture des importations par les exportations de moins de 50%.
Si l’on regarde du côté des finances publiques, le gouvernement est chaque jour en train d’écrire la chronique d’une crise annoncée. Ainsi, depuis plusieurs années, le gouvernement s’acharne sur les recettes pour les diminuer et non les augmenter ! Il fait tout ce qu’il faut pour les réduire, notamment en multipliant les baisses d’impôts et les privilèges fiscaux au profit des riches (baisse des taux de l’IS et de l’IR…). De l’autre côté, on continue à dépenser sans compter… surtout avec une structure des dépenses de plus en plus rigide, incompressible. La crise est en fait déjà là quand on apprend que le gouvernement en est déjà à chercher à vendre ce qui reste du patrimoine public pour seulement boucler ses fins de mois !
Tous ces indicateurs montrent, qu’il s’agisse de la croissance ou des équilibres internes et externes, que nous restons sur un profil de croissance très inquiétant.

-F. N. H. : Et ce malgré des campagnes agricoles plutôt bonnes ces dernières années…

-N. A. : En effet ! Ce gouvernement ne peut même pas user du prétexte habituel de la sécheresse, à l’instar des gouvernements qui l’ont précédé. Pour modestes qu’ils soient, ces taux de croissance sont obtenus avec des campagnes agricoles qui ont été plutôt bonnes au cours des trois ou quatre dernières années. Qu’en serait-il si, ne serait-ce qu’en raison des changements climatiques, les prochaines années accouchent de campagnes agricoles moins favorables ?

-F. N. H. : Pour revenir au rapport de la Fondation Abderrahim Bouabid, deux boulets au développement économique ont été identifiés, à savoir l’économie politique et l’ignorance économique. Peut-on imputer la situation actuelle à ces deux facteurs, ou bien y a-t-il d’autres éléments qui entrent en jeu ?

-N. A. : Il y a beaucoup d’entraves qu’on pouvait citer, mais les auteurs avaient choisi délibérément de mettre en évidence ces deux problèmes qui sont, au fond, des problèmes de gouvernance. Il s’agissait de montrer en somme que le système politique, donc de gouvernance globale, est devenu un vrai obstacle au développement économique du Maroc.
Et aujourd’hui, le temps a prouvé la pertinence de ce choix vu le débat actuel en cours, notamment sur la réforme de la Constitution. Pour ma part, j’ai toujours dit que la première réforme économique n’est pas économique mais politique. Quand on est dans un système où un gouvernement ne peut pas être le concepteur et maître d’œuvre du programme (économique, social…) dont il est censé être l’auteur, on ne remplit pas les conditions minimales pour se donner des chances de réussir ce qui est engagé.
Même si l’on ne voit la question que du point de vue de l’efficacité, si vous voulez qu’un programme économique réussisse, il faut d’abord qu’il soit concerté, et c’est la moindre chose pour que ceux qui auront à l’exécuter se sentent concernés et motivés pour le mener à bien. Or, quand on concocte un programme avec un bureau d’études international, dans l’opacité la plus totale, pour n’en annoncer l’existence que le jour où le «contrat-programme» le concernant est signé devant le Roi et les caméras, on peut difficilement espérer mobiliser les énergies nécessaires pour lui permettre d’atteindre ses objectifs. D’une manière ou d’une autre, on le voue à l’échec. Et malheureusement, c’est ce qui est en train de se produire…
Depuis que nous avons abandonné le plan de développement unique et global dans ce pays, et qu’on lui a substitué les «plans sectoriels», on est dans une situation où il est très difficile de savoir si ces plans sont cohérents entre eux ou même s’il y a une adéquation entre les objectifs et les moyens de chaque plan. C’est un fait que personne ne voulait reconnaître jusqu’au jour où le Roi lui-même l’a reconnu dans son discours de juillet dernier.

-F. N. H. : Vous avez évoqué plusieurs indicateurs, qu’en est-il de l’emploi ?

-N. A. : C’est une question importante; et là encore c’est un récent travail d’une institution officielle, en l’occurrence le HCP, qui peut utilement nous éclairer. Le HCP nous explique que le régime de croissance et les choix des secteurs sur lesquels repose l’économie marocaine ne créent pas suffisamment d’emplois pour faire face aux vagues annuelles massives des nouveaux demandeurs d’emploi. Au-delà des différents scénarios pouvant porter sur tel ou tel paramètre (démographique notamment), il s’avère que l’économie devrait créer, en gros, deux fois plus d’emplois qu’elle n’en crée actuellement, et ce pour simplement stabiliser le niveau actuel du chômage. Par ailleurs, au-delà de la quantité d’emplois créés, il y a la qualité de ces emplois qu’il faut regarder de près. Si l’on observe les emplois créés par les secteurs dits moteurs de l’économie marocaine, à savoir l’agriculture, le BTP et le fourre-tout des services, on s’aperçoit qu’il s’agit surtout d’emplois précaires et de faible qualification. Pendant ce temps, l’industrie détruit de l’emploi au lieu d’en créer…
Par ailleurs, les faits et les chiffres avancés par le HCP décrédibilisent, à mon avis, les statistiques que ce même organisme affiche en matière de taux de chômage. Car si chaque année l’économie crée à peine 100.000 emplois (moyenne des quatre dernières années) là où elle aurait dû en créer au moins le double, il faudrait alors m’expliquer où sont partis les 100.000 autres qui n’ont pu trouver où s’employer. Même si on ne retient que la moitié de ce chiffre (considérant que l’autre moitié s’est «débrouillée» dans l’économie informelle ou l’émigration…), il reste évident que le taux de chômage ne peut qu’augmenter et non diminuer comme on veut nous le faire croire.
Il reste que, au-delà de toute querelle de chiffres, la réalité marquante est que le «modèle de croissance» marocain s’avère incapable de trouver des solutions fiables et durables à la problématique de l’emploi. Or, qui dit emploi dit revenus, pouvoir d’achat, stabilité sociale…

-F. N. H. : Il est vrai que nous sommes actuellement en plein débat sur la réforme de la Constitution, mais en attendant l’aboutissement de cette nouvelle mutation du système actuel au Maroc, comment peut-on renouer avec la croissance ? Quels sont les étalons sur lesquels l’économie marocaine pourrait miser ?

-N. A. : Concrètement, la première mutation à réussir est d’arriver à autonomiser progressivement l’économie marocaine des aléas du secteur agricole. Tant qu’on restera dans un schéma où ce sont la pluie et le beau temps qui font le taux de croissance, on n’est pas sorti de l’auberge ! Certes, une réelle autonomie ne signifie pas pour autant que l’agriculture sera abandonnée; bien au contraire, elle devra accroître l’offre de production avec une population active plus faible, grâce à un accroissement sensible de la productivité. Mais il faut surtout que les autres secteurs, l’industrie en particulier, se développent réellement.
Il faut également développer les services de pointe, créateurs de valeur ajoutée et d’emplois. Je pense que certains secteurs choisis dans le cadre du «Plan National de l’Emergence Industrielle», notamment les nouvelles technologies pour lesquelles on peut réaliser des gains de productivité et de compétitivité, gagnent à être développées également.
Pour avoir un modèle de croissance qui soit à la fois un modèle générant de l’emploi stable et des revenus, il faut miser sur la valeur ajoutée locale. Pour être concret, je dirais que quand Renault s’installe au Maroc, c’est bien, mais il faut regarder de près ce que Renault propose de faire effectivement au Maroc. Si le groupe importe tout de l’extérieur et n’utilise du Maroc que sa position géographique et une main-d’œuvre faiblement qualifiée, la valeur ajoutée dans le pays est alors réduite à sa plus simple expression, et dans ce cas de figure (malheureusement déjà très fréquent) on n’aura pas beaucoup avancé…

-F. N. H. : Face à cette accentuation du déficit budgétaire, quel serait l’impact sur les investissements publics et, par extension, sur les chantiers inachevés ?

-N. A. : Soyons clairs : il va bien falloir un jour repenser ce qui a été fait ces dernières années, et faire quasiment l’inverse de ce que les gouvernements précédents ont fait. A commencer par une réelle et profonde réforme fiscale, qui reste incontournable.
Jusqu’à ce jour, on s’est appliqué à multiplier non les réformes, mais ce que j’appelle les contre-réformes fiscales, c’est-à-dire le contraire de ce qui devait être fait pour avoir un système fiscal plus efficace et plus équitable. Quand on baisse les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu, ce dont ne profitent que les riches, au moment où l’on accentue l’imposition indirecte qui, elle, frappe aveuglément les consommateurs les plus modestes, et quand on baisse les taux de l’IS et distribue généreusement des faveurs fiscales aux grandes sociétés alors que les petits entrepreneurs et les professionnels modestes endurent l’arbitraire du système forfaitaire, voilà quelques exemples qui illustrent ce que j’appelle la contre-réforme fiscale ! Un système né d’une telle politique n’est ni efficace (puisqu’il rapporte de moins en moins de ressources), ni équitable (puisqu’il pèse de tout son poids sur les contribuables les plus modestes et épargne ceux dont les capacités contributives sont importantes).

-F. N. H. : Qu’en est-il des dépenses publiques ?

-N. A. : Deux problèmes au moins doivent être traités d’urgence. Le premier porte sur la Caisse de compensation. Ce système devient absurde et ruineux à la fois. On est dans une vraie impasse puisque, d’une part, étant dépendant de l’extérieur pour nos approvisionnements, on subit fatalement les hausses des cours mondiaux sans être en mesure d’y remédier d’une quelconque manière. D’autre part, tant qu’il restera dans ce pays trop de pauvres incapables de payer les produits en question (pain, sucre, gaz butane…) à leur prix mondial, l’Etat devra continuer à intervenir d’une manière ou d’une autre pour les soutenir. Certes, il y avait une alternative à travers une réforme qui cible la population bénéficiaire et lui octroie une aide directe au revenu en compensation de la suppression du système actuel. Les modalités d’une telle réforme pouvaient être affinées, notamment pour faire en sorte que la classe moyenne ne fasse pas les frais d’une telle évolution, mais cette fois on avait pensé que la réforme était vraiment à portée de main… Malheureusement, ce gouvernement a lui aussi fini par reculer, et après bien des tergiversations, il a déclaré «forfait» ! Et maintenant on est sûr que c’est parti pour plusieurs années encore, au moins après les prochaines élections et l’installation du prochain gouvernement… Le problème est que, aujourd’hui, le coût de la non-réforme est devenu réellement exorbitant.
Le deuxième point renvoie au train de vie de l’Etat. On en parle en long et en large depuis tellement longtemps, mais rien n’a été fait pour réduire ce train de vie. On se gargarise de discours sans jamais réussir à avancer concrètement et efficacement. Pour illustrer mon propos, je donne l’exemple des véhicules de fonction dans les administrations publiques. On se souvient que, au début des années 2000, on nous avait expliqué qu’on allait supprimer les véhicules de fonction pour réduire les dépenses inhérentes à l’achat des véhicules et de leur maintenance et entretien. En contrepartie, on avait accordé des primes de transport (plutôt conséquentes pour les hauts cadres et dignitaires du régime) pour indemniser les personnes concernées dans leurs déplacements. Le fait est que les gens ont touché leurs «primes» et pour certains ont continué à «se débrouiller» pour se déplacer aux frais de l’Etat, y compris en disposant de voitures de fonction officielles ou déguisées… L’Etat a ainsi perdu sur les deux tableaux : il paye les primes et continue à supporter des frais de transport ! Et les dépenses de l’Etat n’en sont que plus lourdes. A un autre niveau, on pourrait en dire autant de l’opération de triste mémoire appelée «Départ volontaire à la retraite» : une opération financièrement très coûteuse pour les finances publiques qui n’a fait qu’aggraver les problèmes de ressources humaines dans les administrations publiques qu’elle prétendait régler. C’est ce genre de «réformes» qu’on peut qualifier de très contreproductives.
Je pense que si la volonté politique existe, les solutions pratiques existent aussi. Il faut prendre le taureau par les cornes et identifier (et Dieu sait que ce n’est pas bien difficile…) les foyers de gaspillage et de détournement de toutes sortes de deniers publics, et fermer les vannes car l’Etat ne peut plus mener le train de vie actuel !

Dossier réalisé par S.Es-Siari & I. Bouhrara


Après la prison, où il s'est lié d'amitié avec le boxeur Ibrahim Lee Murrah, le boxeur Zakaria Moumni prêt à remonter sur le ring


Par Hanane Jazouani, Yabiladi, 4/3/2012

Zakaria Moumni est libre depuis 50 jours. Le boxeur et champion du monde marocain de kick-boxing a été libéré le 4 février, après avoir vécu 18 mois en prison pour un délit pour lequel il a toujours clamé son innocence. Après la prison et la torture, le boxeur veut rétablir son honneur en remontant sur le ring, pour gagner.

Le 4 février dernier, le boxeur marocain Zakaria Moumni sort de prison après avoir passé, au total, près de 18 mois en prison pour une affaire d’escroquerie. Mais lui clame son innocence. Il affirme que la réelle raison de la torture subie et de son emprisonnement est d’avoir trop dérangé l’entourage royal en réclamant un poste au ministère des Sports. Cet emploi dans la fonction publique est promis poste, par un décret royal de 1967, à tout athlète ayant remporté une médaille d’or dans une discipline sportive.

Zakaria Moumni a décroché une médaille d’or en 1999 en kick-boxing et durant plus de 10 ans, il n’a cessé de réclamer ce droit. Il va même jusqu'à manifester sous les fenêtres d’une des résidences royales en France pour réclamer son dû. Cependant, ce qu’il récoltera au final, c’est prison et torture. Aujourd’hui, le champion marocain veut plus que jamais retrouver son honneur : il veut remonter sur le ring et rapporter une nouvelle médaille d’or au Maroc.

Cela fait 50 jours que Zakaria Moumni, 30 ans, est un homme libre. Le samedi 4 février dernier, le médaillé d’or en kick-boxing bénéficie d’une grâce royale, deux mois avant sa libération. « Le matin, un gardien vient dans la cellule et appelle mon nom devant tous les autres détenus. Il m’ordonne de prendre mes affaires et me dit que je sors de prison immédiatement », raconte Zakaria Moumni. Une surprise pour le champion, emprisonné depuis plus de 17 mois. Il avait été accusé d’avoir escroqué deux Marocains en leur soutirant à chacun 1200 euros, en échange d’une promesse d’un contrat de travail en Europe, des accusations pour lesquelles le boxeur a toujours clamé son innocence.

« Quand j’ai franchi la porte de sortie de la prison, j’ai levé les bras au ciel, j’ai regardé le ciel bleu et j’ai crié je suis enfin libre ! », je n’y croyais vraiment pas ! », lâche-t-il d’une voix tremblante. De l’autre côté, ses parents, sa famille et des représentants d’associations des droits de l’homme l’accueillent. Avec sa famille, il rentre à Rabat. Là, Il fait d’abord ce que tout homme libre fait en sortant de prison : manger des plats décents. « Ça m’a fait du bien de manger quelque chose de propre. Je n’ai jamais mangé la nourriture de la prison, elle était dégueulasse ! De plus, j’avais toujours peur qu’on m’empoisonne. Mes parents me rapportaient donc des provisions une fois par mois seulement car la prison était loin de la maison. Ils m’apportaient du fromage, des céréales, des chips ou de la charcuterie et j’essayais de gérer au mieux ces provisions pour un mois », poursuit-il.

« C’était l’enfer ! »
Les journées suivant sa libération sont pleines. Zakaria passe ses journées auprès de sa famille qui vient lui rendre visiter. Mais le soir, dès que ses parents partent se coucher, il se retrouve seul face à ses démons. Il ne cesse de ressasser ce qu’il a vécu ces derniers mois. Ces souvenirs le rongent et le rendent insomniaque avec toujours la même question à l’esprit : pourquoi lui a-t-on fait subir cela ? « J’ai toujours représenté le Maroc, j’ai décroché une médaille d’or pour mon pays et qu’est-ce que je récolte ? La torture et la prison ! On m’a sali, on m’a volé mon honneur et en plus, on me colle sur le dos un dossier pour escroquerie. La justice marocaine est une mascarade, et je n’ai plus confiance en elle ! », lance-t-il plein de rage.

Il revoit également le film et les images atroces de son long séjour en prison. « La prison, c’était plus que l’enfer ! Je me suis transformé en un véritable animal. Un détenu a essayé une fois de m’égorger, j’ai dû me défendre. Au total, je me suis battu trois fois. Le fait que je sois un champion de kick-boxing, ça m’a beaucoup aidé. Ça les a remis à leur place », ajoute-t-il. Le soir, dans la cellule accueillant 49 autres détenus, Zakaria ne ferme pas l’œil, guettant les moindres faits et gestes des autres hommes partageant la même cellule que lui, afin de se protéger d’une éventuelle agression. « Les détenus avaient des lames de rasoirs. Ils se scarifiaient les bras et faisaient ensuite circuler la même lame entre eux. Les gens criaient à l’aide comme des fous pour que les matons viennent mais ils ne venaient jamais. Tout le monde se droguait. Certains détenus étaient violés devant moi et se prostituaient. D’autres avaient des relations sexuelles cachées derrière un petit rideau mais on entendait tout », détaille-t-il encore écœuré.

Les cauchemars l'assaillent

Puis arrive l’heure du départ pour Zakaria qui quitte sa famille pour rejoindre son épouse Taline, restée à Paris, n’ayant pas pu faire le déplacement le jour de sa libération. Le couple ne s’est pas vu depuis plusieurs le mois de juin dernier. Néanmoins ce départ est extrêmement douloureux pour Zakaria. D’une part, il quitte ses parents et ne sait pas quand il va les revoir. D’autre part, il doit prendre l’avion à l’aéroport de Rabat, là où il a été enlevé par des policiers en civil en septembre 2010 venus le cueillir à la descente de son avion. Il craint d’être à nouveau arrêté. « Je ne me suis senti libéré et en sécurité que lorsque j’étais dans les airs », se souvient-il.

Cependant, même en France, auprès de son épouse, Zakaria ne trouve pas la tranquillité de l’esprit. Il fait des cauchemars. « Je revois mes bourreaux m’électrocuter, je me revois suspendu en l’air et eux me frapper sur les jambes et les pieds. Puis je me réveille couvert de sueur », explique-t-il. Le boxeur a dû commencer un suivi thérapeutique pour parvenir à oublier le calvaire qu’il a vécu.

Objectif : nouvelle médaille d’or

Malgré ses souffrances, Zakaria Moumni montre qu'il veut reprendre le contrôle de sa vie. « Personne n’arrivera jamais à me briser. Mon moral est intact, mon corps en a pris certes un coup suite aux tortures mais je me sens fort et indestructible », lance-t-il d’un ton ferme.

Tous les jours depuis qu’il est France, Zakaria fait un footing, deux heures, chaque soir pour se remuscler et évacuer sa colère. Son objectif : remonter sur le ring pour reprendre les compétitions de kick-boxing. Il vise les prochains championnats du monde qui auront lieu en octobre prochain. Le kick-boxing, ça lui vient des tripes. Son père a été boxeur et Zakaria est tombé amoureux de cette discipline, à 10 ans, après avoir regardé de nombreux films de Jean-Claude Van Dame et de Bruce Lee, son idole. « C’est Bruce Lee qui m’a donné envie de devenir une star de ce sport ! », confie-t-il d’un ton amusé.

« Cette année je vais tout faire pour gagner et remporter une médaille d’or et personne ne m’en empêchera. Je compte bien montrer à ceux qui m’ont envoyé en prison qu’on ne peut pas me briser », répète-t-il. Malgré les actes de torture et son passage en prison au Maroc, Zakaria ne garde aucune rancune contre son pays et souhaite continuer à concourir pour le Maroc qu’il aime par-dessus-tout. « Je n’ai jamais pensé à concourir pour un autre pays. J’aime le Maroc et je fais ça avant tout pour le peuple marocain. Me battre pour les couleurs du Maroc est une manière de sauver mon honneur et d’honorer mon pays », explique-t-il. Il confie qu’il a reçu, au cours de sa carrière, plusieurs propositions de pays du Golfe, avec beaucoup d’argent à la clé, mais qu’il a toujours refusé. « Je ne regrette pas cela, parce que je ne fais pas ça pour l’argent. Je suis fier de l’avoir fait pour mon pays, cela n’a aucun prix ! » Au-delà des prochains championnats du monde, Zakaria Moumni entend bien continuer à monter sur les rings ces 10 prochaines années.
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Le braqueur Ibrahim Lee Murray, compagnon de cellule de Zakari Moumni

Le monde est petit. Parmi les dizaines de détenus ayant partagé la cellule de Zakaria Moumni en prison, le médaillé d’or marocain s’est lié d’amitié avec un autre détenu, qui n’est autre que le célèbre Ibrahim Lee Murray.

Ibrahim Lee Murray a été l'ami et le soutien de Zakaria Moumni pendant ses longs mois d'emprisonnement. Ibrahim, né de père marocain et de mère anglaise, est le cerveau présumé du plus grand braquage de banque jamais réalisé en Grande-Bretagne : le vole de près de 78 millions d’euros, en février 2006. Après le braquage, Ibrahim Lee Murray s’enfuit de Grande Bretagne pour se réfugier au Maroc. Mais il est arrêté à Rabat le mois de juin 2006.

Le royaume refuse de l’extrader vers la Grande Bretagne car la loi marocaine interdit l’extradition d’un ressortissant marocain. La justice marocaine a donc décidé de poursuivre elle même l’homme, âgé d’une trentaine d’année, à Rabat pour le braquage. Ibrahim Lee Murray est, dans un premier temps, condamné à 10 ans de prison puis la sentence passe à 25 ans. Les studios de cinéma d’Hollywood envisagent même de faire un film sur Ibrahim Lee Murray et son braquage.

Champion d’ultimate fighting

Mais avant de braquer des banques, Murray était un grand champion d’ultimate fighting, un sport de combat où tous les coups sont permis. Il a même réussi à mettre K.O plusieurs champions du monde. Ce sport que Zakaria Moumni avait pratiqué en Europe de l’Est a permis de renforcer l’amitié des deux hommes. « On est devenu comme deux frères en prison, on s’est entraîné tous les jours dans la cellule. Je me battais contre lui et c’est ainsi que je pouvais faire sortir de mon corps cette rage et cette colère que j’accumulais. Il était là pour moi dans le pire moment de ma vie », lance Zakaria Moumni. Aujourd’hui libre, Zakaria compte bien revoir Ibrahim Lee Murray, toujours en prison.