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samedi 31 mai 2014

Le Maroc menacé de famine selon une étude américaine


Bladi net, 28/5/2014
Le Maroc menacé de famine selon une étude américaine
Photo: Boris Furlan

Le Maroc serait parmi les pays arabes menacés par la famine, estime le chercheur américain David Archibald, selon lequel le Royaume ferait partie des pays de la région qui perdront leur souveraineté alimentaire dans les prochaines années.

Le chercheur américain rapporte que le Maroc qui ne produit que les besoins en nourriture de 13 millions de personnes, importe la majorité des produits de base consommés par sa population.
Aujourd’hui, le coût pour maintenir un citoyen en vie ne dépasse pas 0,27 dollars/jour, mais les spéculations autour de l’orge et des céréales au niveau mondial, feront flamber les prix de ces produits de première nécessité, précise l’étude, citée par le quotidien Akhbar Al Yaoum.
Les pays arabes dont fait partie le Maroc seront incapables d’importer dans l’avenir les produits nécessaires pour nourrir leurs citoyens, affirme David Archibald.
L’étude qui revient sur la lutte arabo-israélienne, d’un point de vue alimentaire, tente de démontrer qu’Israël sera le seul pays capable de procurer la nourriture nécessaire à la survie de sa population, et par conséquent avoir une puissante armée. Donc, l’Etat hébreux n’a qu’à patienter et attendre pour affronter ses ennemis arabes, conclut Archibald.
Contacté par Bladi.net, l’économiste marocain Najib Akesbi explique que la dépendance alimentaire est un point commun aux pays arabes. Le Maroc a recours à l’importation de la plupart de ses produits de base et stratégiques, dont 40 à 60% de ses besoins en blé tendre et dur et 100% pour le maïs, nécessaire à la production de la viande blanche.
Le Maroc importe également 95% de ses besoins en huiles végétales et 60 à 70% de ses besoins en sucre, conclut Najib Akesbi.


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vendredi 3 janvier 2014

Akesbi contre Goliath : la Banque Mondiale devant la justice


  • Par : Mehdi Michbal, 31/12/2013

Akesbi contre GoliathFait inédit, quasi révolutionnaire : trois chercheurs marocains ont décidé de traîner la Banque Mondiale devant la justice, l’accusant de faux et usage de faux. En dehors du président de l’Equateur, personne n’avait jamais osé défier cette institution qui fait et défait les économies du tiers monde et qui vient de nous gratifier d’un méga-prêt de 4 milliards de dollars sur quatre ans.

Flash-back. Najib Akesbi, Mohamed Al Mahdi et Driss Benatia, trois experts agronomes, sont engagés en 2007 pour mener une étude nommée RuralStruck, sur la libéralisation du secteur agricole au Maroc. L’étude terminée, ils découvrent, à leur grande surprise, que les résultats de leurs travaux ont été « maquillés » à des fins de « swab » diplomatique. L’institution de Bretton Woods, qui voulait éviter à son gentil élève « Maroc » l’humiliation d’être classé derrière des pays comme le Mali ou Madagascar, a tout fait pour le placer sur le même pied d’égalité que le Mexique.
L’histoire aurait pu en rester là, mais c’était compter sans l’idéalisme romantique d’Akesbi et de son équipe, épaulés par l’avocat Abderrahim Jamaï. La procédure, lancée il y a deux ans, n’a d’abord pas été prise au sérieux par le bureau marocain de la banque, qui s’est caché derrière son immunité diplomatique. Mais nos chercheurs ont fini par avoir gain de cause : le représentant de la banque comparaîtra devant le Tribunal de première instance de Rabat dès janvier. Quel que soit le verdict, l’événement est en soi une victoire. Un précédent que les mouvements altermondialistes des quatre coins de la planète pourront désormais invoquer dans leur lutte Sud-Nord. Un tabou mondial est tombé. 

samedi 15 juin 2013

SNI. Le nouveau visage du business royal

  • Par : Par Fahd Iraqi et Mehdi Michbal, Telquel, 14/6/2013
SNI. Le nouveau visage du business royal
Mohammed VI en 2006 (AFP)
Le conglomérat de Mohammed VI est plus riche qu’il ne l’a jamais été. Ses bénéfices explosent et son endettement s'allège d'année en année. Par quel miracle ? Enquête.
Vendredi 24 mai. C’est jour d’assemblée générale au siège de la SNI. Hassan Bouhemou, président du holding, n’est pas là. Il délègue la présidence de cette réunion des actionnaires à Abdelaziz Abarro, PDG de Managem et aussi administrateur du groupe. C’est qu’il n’y a pas d’enjeu particulier pour cette assemblée. Au menu, l’approbation des comptes à fin 2012. Des comptes qui renvoient l’image d’un conglomérat encore plus performant et rentable que jamais. Le business royal a en effet prospéré ces dernières années, dans une discrétion quasi absolue, loin des radars de la communauté financière d’où il a disparu depuis que les holdings ONA et SNI (avant leur fusion) se sont retirés de la Bourse.
Stars incontestables de la corbeille casablancaise, la paire a laissé un énorme vide sur la place. Les traders en parlent toujours sur un ton nostalgique. “Il y a un avant et un après ONA”, lance l’un d’entre eux, faisant référence à la dissolution de l’Omnium – entré en Bourse en 1935 – après son absorption par ce qui est devenu sa maison mère. Ce mariage, attendu par la communauté boursière depuis juillet 1999, n’a été finalement annoncé qu’en mars 2010 (voir frise). Une annonce qui, à l’époque, avait pris tout le monde de court, y compris les actionnaires des deux holdings (cf. TelQuel n°418). Au-delà du rapprochement entre les deux entités, le groupe royal avait également dévoilé un plan de réorganisation qui prévoyait leur retrait de la cote, mais aussi la cession partielle de certaines participations. Trois ans après ce big bang boursier, l’heure est venue d’établir un bilan d’étape de ce processus, de récapituler les réalisations et de pointer les revirements stratégiques intervenus entre-temps.

La Bours­e, ça peut attendre
Pour mieux faire passer la pilule du retrait de la Bourse de deux big caps (près de 50 milliards de capitalisation), les managers de la SNI promettaient de procéder à des cessions des filiales agro-alimentaires par Offres publiques de vente (OPV) pour dynamiser le marché boursier. “La cession au marché du contrôle d’entreprises majeures (…) et l’augmentation des flottants qui en découle donnera aux investisseurs institutionnels une plus grande influence sur les sociétés cotées, et renforcera par là même l’attractivité de la place boursière marocaine pour les investisseurs nationaux et surtout internationaux, qui sont d’autant plus sensibles à la profondeur des flottants en Bourse qu’ils souhaitent être en mesure de céder leurs titres à n’importe quel moment, sans que leur propre sortie ne pèse sur le cours et impacte négativement leur rendement”, pouvait-on lire dans le dossier de presse distribué à l’époque. Trois ans plus tard, la corbeille casablancaise n’a enregistrée aucune OPV signée SNI. Celles-ci n’ont pas été pour autant abandonnées, mais juste reportées à en croire le management du holding royal. “Les conditions de marché influent évidemment sur le planning, explique Aymane Taud, directeur à la SNI. Nous réaliserons toutes les OPV au moment opportun, lorsque le marché boursier nous semblera porteur”. Et d’ajouter : “Nous espérons que ces OPV relanceront le marché, qui vit actuellement une période de léthargie”.
Un discours qui ne convainc que très peu les opérateurs du marché. Plusieurs professionnels nous livrent, sous couvert d’anonymat, la même analyse : “Si la SNI veut vraiment dynamiser la Bourse, elle n’a qu’à procéder à ces opérations aujourd’hui. Vendre aux conditions actuelles du marché créerait de l’animation et contribuerait forcément à un retour de la confiance et des investisseurs sur la place. Mais, visiblement, le holding se soucie plus de ses plus-values potentielles que de l’état de la Bourse”. Comprenez, la SNI cherche légitimement à bien vendre. D’ailleurs, jusque-là, ça lui réussit bien !

Déjà 8 milliards de plus-values
Le désengagement de Bimo et la cession d’une partie de la participation dans Centrale Laitière ainsi que dans Cosumar ont permis au holding royal de réaliser des produits de cession de 9,7 milliards de dirhams en 2013, sans compter la vente de Lesieur réalisée l’année dernière pour 1,7 milliard de dirhams. Selon les managers du groupe royal, ces différentes opérations ont pu dégager des plus-values de l’ordre de 8 milliards de dirhams. Un jackpot “imposable à un taux d’IS de 30%”, aime-t-on rappeler à la SNI. Ainsi, quelque 2,4 milliards de dirhams devraient tomber dans les caisses du fisc. A cela s’ajoute le différé d’impôt sur la plus-value (théorique) réalisée au moment de la fusion lors du transfert du portefeuille de l’ONA à la SNI. Car si le holding avait pu bénéficier en 2010 d’une disposition de la Loi de Finances favorisant les fusions, maintenant que des cessions ont été réalisées c’est l’heure de passer à la caisse.
La manne qui restera à la SNI est malgré tout stratosphérique. Et elle tombe à point. Le holding devrait rembourser pour quelque 6 milliards de dettes au cours de 2013, dont 4,8 milliards de dirhams de titres obligataires. “80% du montant des cessions sera consacré au remboursement de la dette”, affirme notre interlocuteur à la SNI. En fait, le holding royal est une structure depuis toujours très endettée. Et elle a dû aggraver son cas pour financer les deux OPR réalisées en 2010. Conséquence, les dettes financières ont culminé à plus de 24 milliards de dirhams avant de se stabiliser ces dernières années. Mais l’endettement devrait être ramené à 15 milliards de dirhams dès fin 2013. “Notre objectif est de le faire baisser au-dessous des 10 milliards de dirhams”, avance Aymane Taud. Pour cela, la société compte sur la poursuite du programme de désengagement dans l’agro-alimentaire. La cession du reliquat des actions encore détenues dans Cosumar, Centrale Laitière et Lesieur devrait rapporter au bas mot 7,5 milliards de dirhams. Une cession de 10 à 15% d’Attijariwafa devrait également augmenter la cagnotte d’environ 9 milliards. Et encore, ces montants sont calculés sur la base des cours actuels de ces sociétés cotées dans un marché agonisant. Or, les professionnels du marché ne se font pas d’illusion. “Vous pouvez être certains que le marché connaîtra une envolée des cours bien avant la réalisation des futures OPV sur les filiales de la SNI”, commente l’un des plus anciens traders de la place. “Il y a beaucoup de brokers qui guettent les premiers mouvements sur la Bourse des investisseurs institutionnels apparentés ou partenaires de la SNI. Pour eux, ce sera le signe avant-coureur que le processus préparatif des OPV a commencé”, poursuit-il. En d’autres termes, quand le groupe royal décidera de passer à l’acte, le marché tremblera.

“La fortune ou le pouvoir !”
Annoncé en 2010, le désengagement des filiales agro-alimentaires a pris une tournure différente. Alors que le groupe déclarait initialement son intention de rester un “sleeping partner” dans ces sociétés, avec un niveau de participation ne dépassant pas les 30%, il est aujourd’hui question de sortir complètement des métiers de l’agro-alimentaire. Ce revirement stratégique est intervenu au lendemain de l’éclatement du Printemps arabe et du Mouvement du 20 février. A cette époque, chaque semaine, les manifestants battaient le pavé dans les rues des principales villes du royaume pour appeler à plus de démocratie et de justice sociale. Un des slogans favoris des protestataires était le désengagement du roi des affaires. “La fortune ou le pouvoir !”, scandaient les manifestants qui défilaient le dimanche avec des banderoles grand format présentant le groupe royal comme une pieuvre tenant dans ses tentacules les pans stratégiques de l’économie. Serait-ce cela qui a incité les managers de la fortune royale à se désengager complètement du secteur agro-alimentaire ? Pour les responsables du holding, il ne faut rien voir de politique dans cette nouvelle approche. “Dès l’annonce de la réorganisation et des cessions en mars 2010, nous avons constaté un fort appétit manifesté par plusieurs opérateurs industriels désireux de prendre une position capitalistique forte”, rassure Karim Chbani, investment manager de la SNI.
Néanmoins, pour certains économistes, ce désengagement de l’agro-alimentaire était devenu incontournable, de par la nature de l’actionnariat de la SNI. “La présence du roi dans ce secteur fortement exposé est devenu un lourd fardeau à porter politiquement, nous explique Najib Akesbi. Au-delà des facteurs socio-économiques comme la cherté de la vie ou la Caisse de compensation, la position dominante voire monopolistique dans le sucre, l’huile ou encore les produits laitiers est devenue intenable. Par exemple, il a souvent fait l’objet de critiques lors de discussions pour l’accord agricole avec l’Union Européenne”. Surtout que ces filiales ont fait leur temps dans le portefeuille du groupe. Elles n’ont plus les mêmes marges de progression d’antan et leurs réserves financières ont déjà été distribuées sous forme de dividendes exceptionnels. Comprenez, il valait mieux faire d’une pierre deux coups : réaliser des plus-values conséquentes et en tirer un avantage politique en “se dédouanant” de sociétés dont les produits pèsent dans le panier de la ménagère.

Le roi toujours businessman
Dès l’annonce de la première opération de cession, la presse économique s’emballe. “Le roi se retire des affaires !”, titre un quotidien spécialisé à fort tirage. Or, il n’en est rien. Car si le holding royal est en train de lâcher l’agro-alimentaire, il maintient sa présence dans des secteurs stratégiques. Entre la banque, les mines, les énergies renouvelables, l’immobilier, les télécoms ou encore la grande distribution, la SNI se positionne sur des métiers à fort potentiel. D’ailleurs, la sortie de Lesieur du périmètre du groupe à fin 2012 n’a quasiment pas entamé la performance financière du holding. Ses comptes consolidés laissent apparaître des chiffres pharaoniques : un total bilan de 117 milliards de dirhams, un chiffre d’affaires de 53 milliards et un résultat consolidé dépassant les 5 milliards. La SNI fait beaucoup mieux que les prévisions avancées lors de l’annonce de la fusion. En témoigne les dividendes distribués, qui s’établissent à 580 millions de dirhams (voir tableau). Et le meilleur reste à venir avec l’allègement futur de la dette et des charges financières afférentes.
Avec son poids économique significatif, la présence du roi dans le business reste une question qui se pose avec acuité. Certains y voient une manière de stimuler l’investissement dans l’économie du royaume. “S’il n’y avait pas le holding royal, pensez-vous qu’on aurait des entreprises marocaines capables de concurrencer des multinationales dans des secteurs capitalistiques comme les énergies renouvelables ?”, nous lançait il y a quelques mois un proche du top management de la SNI. L’argument peut être recevable. Le rôle socio-économique du holding est certain : outre les dizaines de milliers d’emplois qu’offrent ses filiales, les opérations que le groupe réalise sont tellement importantes qu’elles pèsent sur les indicateurs macro-économiques. A titre d’illustration, les trois cessions à des investisseurs étrangers réalisées en 2013 ont été salvatrices pour la balance de paiement et les réserves de change du royaume. Elles ont rapporté une manne en devises dépassant le milliard de dollars, soit plus que le montant que cherche à emprunter le ministère des Finances sur le marché international. Autre indicateur, “SNI et filiales ont payé en 2012 pour 4.2 MMDH d’impôt sur les sociétés, soit 10.2% des recettes globales de l’IS collectées alors que la valeur ajoutée produite par le groupe ne représente que 2.3% du PIB du royaume”, soulignent les cadres de la holding.
Mais la thèse d’une SNI locomotive de l’économie, ou d’un groupe royal coach de champions nationaux, ne fait pas l’unanimité chez les observateurs. “Il faudrait se demander si la présence du groupe royal dans certains secteurs d’activités ne dissuade pas des entrepreneurs privés d’investir ces pans où ils risquent de concurrencer le roi”, lance l’économiste Najib Akesbi. Pourtant, la présence de la SNI dans Centrale Laitière n’a pas empêché des coopératives comme Jaouda de poursuivre leur développement et d’augmenter leurs parts de marché. Idem dans le secteur des huiles où le groupe Belhassan a pendant de longues années concurrencer le groupe royal sans se plaindre. La même logique peut prévaloir dans la grande distribution où des sociétés comme Label’Vie continuent de faire leur bonhomme de chemin malgré l’agressivité concurrentielle de Marjane. “En tout cas, le risque de conflit d’intérêt est énorme quand on cumule business et politique, surtout de la part d’un roi qui règne et gouverne, rétorque Akesbi. Il n’y qu’à voir toutes les interprétations que l’on fait de la défiscalisation de l’agriculture. Nombreux sont ceux qui croient que c’est parce que le roi est le plus grand exploitant agricole que ce secteur est privilégié fiscalement”. Ces interférences entre politique et affaires ont été évoquées publiquement il y a quelques années par Miloud Chaabi, président d’Ynna Holding, qui avait ouvertement appelé au retrait du roi des affaires. L’homme a depuis vécu bien des mésaventures. Et le message semble avoir été reçu 5/5 par nos capitaines d’industrie. Aucun d’entre eux ne s’aventure à jouer aux têtes brûlées en mettant cette question au cœur des débats.
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Maroc : La crise gouvernementale perdure

aufait/AFP ,

Simple remaniement ou élections anticipées? Un mois après avoir annoncé son retrait du gouvernement, le principal allié des islamistes n'a toujours pas mis sa décision à exécution, affirmant attendre un “arbitrage” du Roi, toujours en séjour privé à l'étranger.

Hamid Chabat (G) et Abdelilah Bekirane. /DR
Hamid Chabat (G) et Abdelilah Bekirane. /DR
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Chef d'une coalition composée, faute de majorité, avec trois autres formations, dont l'Istiqlal, Abdelilah Benkirane est aujourd'hui face à ce parti qui a décidé depuis près d'un mois, de mettre un terme à   l'expérience de cohabitation, ouvrant la voie à un remaniement voire à des législatives anticipées.

Un statu quo qui dure...
Hamid Chabat secrétaire général de l'Istiqlal et de l'Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), dit reprocher au PJD un manque d'action et de concertation.
Mais depuis un échange téléphonique avec le Roi, qui selon le porte-parole du parti, Adil Benhamza, a demandé à Chabat de reporter sa décision, c'est le statu quo. L'Istiqlal affirme attendre un “arbitrage” définitif du Roi lequel se trouve en séjour privé en France depuis plus d'un mois. Interrogé ce mardi par l'agence France Presse, cette position a été confirmée par un député istiqlalien.
“Nous attendons toujours son retour (...) et nous n'avons pas changé de position”.
Adil Tchikitou, député et membre du Conseil national de l'Istiqlal, à l'AFP
Les médias se perdent en conjectures
Et en l'absence de communication officielle, les médias se perdent en conjectures.
Lundi, le quotidien L'Economiste a estimé que Mohammed VI devrait “probablement” recevoir M. Chabat “dans les jours qui viennent”. Le 27 mai, Le Soir Echos avait déjà prévu un développement imminent.
“Les ministres sont suspendus” à cet arbitrage “qui ne serait pas pour l'heure à l'ordre du jour”, a pour sa part avancé Libération.
L'Economiste, évoquant une “interprétation libérale” de la Constitution, avance que le Roi “s'est donné pour règle de ne pas intervenir dans les conflits entre acteurs politiques”.
En résumé, il ne serait donc pas pressé d'intervenir: “Si le roi avait voulu trancher la question tout de suite il l'aurait fait. Donc cela peut durer”, affirme pour sa part à l'AFP Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb.
Selon lui, l'Istiqlal a “peut-être cru voir des signes encourageants sur le fait que l'expérience PJD allait être terminée. Ceux qui n'aiment pas les islamistes voient qu'ils ont des difficultés en Egypte, en Tunisie... Ils se disent que c'est peut-être le moment de reprendre les choses en main”.

“Attention, le temps passe”
Du fait de cette attente, la presse marocaine s’inquiète des risques de paralysie du gouvernement, pressé d'engager des réformes à haut risque.
Celui-ci bénéficie de la “confiance” du Roi et “poursuivra son action”, a de son côté assuré son porte-parole, Mustapha Khalfi.
“Si l'on arrête de réfléchir aux grands problèmes du pays, le compteur, lui, continue de tourner”, a toutefois prévenu le quotidien Akhbar Al-Yaoum, dans un édito titré “Attention, le temps passe”.

La crise politique, principale entrave de la réforme ?
Malgré une solide croissance, le Maroc est notamment confronté à une dégradation de ses comptes publics (7% de déficit en 2012), en partie liée au gouffre de la caisse de compensation.
La réforme promise tarde à venir et une équipe du Fonds monétaire international (FMI) vient d'effectuer une nouvelle visite. Le chef de l'exécutif a reconnu samedi que les responsables du FMI “pensent que notre façon de faire la réforme n'est pas claire et est hésitante”.
Dans ce contexte, l'économiste Najib Akesbi se montre lui alarmiste.
“Même si on arrive à régler la question politique et que ce gouvernement commence à mettre en œuvre des réformes, chacun sait que les résultats ne tomberont pas avant 2015-16.”
Najib Akesbi, dans une déclaration à l'AFP.
Ce dernier va même plus loin, en jugeant que “les réformes n'ont pas lieu parce qu'il y a une crise politique... Et la crise politique est là pour éviter de faire les réformes.”


samedi 24 novembre 2012

"Un train de Vie exorbitant !"

Par Saïd Karaoui,  Bruxelles, 21/11/2012

            "Un train De Vie Exorbitant !" ou le Roi n'est pas nu !


 
Les Habits neufs de l'empereur (Vilhelm Pedersen)
Au Maroc on fait comme dans le conte «Les Habits neufs de l'empereur » du célèbre dramaturge et conteur de fées danois Hans Christian Andersen : « ... à l’instant critique, tout le monde voit bien que le Roi est nu, mais se comporte comme s’il était habillé de façon extraordinaire, pour ne pas révéler sa connaissance de cette nudité... »

La moralité de l’histoire est que, « l’évidence que personne n’ose dire », finit toujours par éclater au grand jour… Comme dans le conte d’Anderson lorsqu’un enfant osa dire la vérité à l'assistance en s’exclamant : « Mais il n’a pas d’habits du tout» !

Le second enseignement moral de l'histoire est que, quand il y a un problème, il faut en parler, même si on doit déranger les esprits, car autrement il gonfle, il gonfle, et quand il éclate, c'est trop tard….

Plus d'un demi-siècle après « l'indépendance » du Maroc, il est toujours interdit aux Marocains de contester les pouvoirs politiques du Roi et ses prérogatives économiques, ou discuter sur la place publique le budget de la Monarchie et du Palais Royal. (1)

Comme si, cette « indépendance » était un bien ou propriété privée, dont le droit de disposition et d’usage relevaient exclusivement d’une partie autre que Le nu-propriétaire qui ne peut en percevoir le fruit !

Par un cynisme qui frôle l’indécence, le Gouvernement « islamiste » de BenKirane, appelle les Marocains à serrer la ceinture à cause de la crise économique en augmentant le prix des matières de première nécessité pour les consommateurs marocains (sucre, farine, lait, carburants…), en accablant les contribuables de nouveaux impôts, et en affichant la volonté d’en poursuivre le recouvrement d'une manière impitoyable... Tout en faisant passer honteusement, en catimini comme s’il s’agissait d’une manigance ou un chuchotement secret qu’on doit passer sous silence, un budget au Roi (au-dessus des moyens des Marocains) dont la fortune représente à elle seule 6% du produit intérieur Brut du Maroc, et qui est le premier opérateur économique du pays, et parmi les Monarques les plus riches de la planète !(2)
Le budget du Palais Royal est l'un des plus élevés parmi les Régimes Monarchiques au Monde, et atteint, selon la loi de finance 2013, le chiffre de 2.576.769.000 de dirhams, payés annuellement par le trésor public aux frais du contribuable Marocain !

Cela revient aux Marocains à 7.028.293 DH (700 milles euros) par jour !

Une somme colossale pour un pays dont le déficit public dépasse les 6% annuellement, le chômage des jeunes atteint les 30%, le taux de pauvreté se situe entre 25 et 30 %, et tous les indicateurs économiques sont dans le rouge, et parmi les plus catastrophiques, car « chaque année nous battons des records de déficit commercial et nous sommes dans l’incapacité de couvrir les importations par les exportations » se lamente l’économiste Marocain Najib Akesbi (3)

Le plus choquant dans cette histoire, c'est qu'un dirigeant puisse mener un pareil train de vie, dans un tel contexte économique et social , et dans un pays pauvre , ou les gens travaillent un mois pour gagner 3000 dirhams, (moins de 300 euros) et ou le Smig est à 2200 dirhams ….(200 euros !)

La forme d’approbation de ce budget, pose par ailleurs la question de la séparation des pouvoirs et la sacralité du politique.
Ce budget passe le seuil du conseil des ministres (Présidé par le Roi) sans discussion. Il ne fait l’objet d’aucun débat au parlement qui se contente de l’enregistrer et l’approuver à l'unanimité !

Les organes de contrôle des dépenses publiques comme la cour des comptes, ou l’inspection générale des finances n’ont aucun pouvoir de contrôle des finances du Roi ou du Palais Royal.

Parallèlement à cette dépense généreuse pour le Palais Royal, le projet de finance 2013 prévoit :
- Une augmentation d’impôts avec de nouvelles mesures fiscales qui touchent les classes moyennes à hauteur de 38 %.
- L’abrogation (pur et simple) du décret de l’ancien gouvernement d’Abbas El Fassi de créer 4000 postes de travail pour les enchômagés.
- Le gel des salaires des fonctionnaires.
- La diminution de l’investissement public à hauteur de 39,26 milliard de dirhams, réservé pour honorer la dette publique de l’Etat Marocain contractée au FMI ou aux institutions bancaires étrangères comme le club de Paris.
 - La diminution de ce même investissement public en faveur des dépenses de gestion administratives (199,26 milliards de dirhams) pour des ministères ou administrations dites de souveraineté, qui engloutissent la majeure partie du budget aux dépend des secteurs sociaux.
- L’allègement fiscal à hauteur de 36,6 milliards de dirhams en faveur des grandes fortunes et grandes entreprises dont l’ONA propriété du Roi et la Famille Royale.

 
Et bien entendu le projet du gouvernement prévoit d’autres mesures impopulaires, entre autres : s’attaquer à certains acquis sociaux comme la caisse de compensation, la caisse des retraites, ou le droit de grève afin de museler les syndicats et les travailleurs.

Selon un récent Rapport de la banque mondiale(4) consacré au climat d’affaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le Maroc se classe à la 97ème place, loin derrière la Tunisie pays du Maghreb, classée au 50ème rang… À l’échelle du développement humain, le Maroc occupe la 130è place parmi les pays du monde...

Par des louanges dont le but est d’entrainer l’adhésion et le sentiment d’obligation, ou la volonté de respecter les traditions ; par une forme de fleurs de rhétorique (ou bluff) chantés sur tous les tons, et répétés inlassablement par une classe politique discréditée, corrompue et impopulaire, ou des médias serviles, complaisants et obéissants, on s’efforce d’inculquer dans les esprits l’image fallacieuse d’une Monarchie au-dessus de la mêlée, au- dessus des classes, neutre, représentative et au service de tous les citoyens Marocains, comme s’il s’agissait d’une monarchie en dehors des classes sociales et en dehors de l’histoire !!

Une manœuvre à peine voilée pour brouiller les cartes et protéger hypocritement (ou ne pas découvrir) le véritable détenteur du pouvoir et perpétuer ainsi une forme de gouvernement politique dont le bilan est désastreux pour les Marocains depuis l’indépendance formelle en 1956.

C’est également un procédé technique de la part de la monarchie pour ne pas rendre des comptes sur l’exercice du pouvoir :
 - Lorsqu’il s’agit d’inaugurer un projet social (une école ou un puits dans un lointain village du pays), c’est le Roi en personne qui se met en valeur...
- Mais lorsqu’il s’agit de prendre des décisions impopulaires, ou lorsqu’il est question d’échecs politiques, c’est le gouvernement qui est responsable !

Or c’est un secret de polichinelle que les choix et décisions stratégiques ainsi que toutes les orientations politiques qui engagent le pays et ses générations futurs sont pris dans un cercle fermé composé du Roi et ses conseillers, et le gouvernement n’a rien à y redire ! Par la grâce d’une constitution taillée sur mesure, le Roi peut bloquer tout projet gouvernemental qui ne lui plaît pas.Il peut même congédier uniment et sur le champ le gouvernement et le parlement réunis !
Le coût du Roi met en lumière une place qui excède la mesure ordinaire de l’institution de la Monarchie dans l’échiquier Politique Marocain, en plus de la confiscation de tout débat public quant à ses prérogatives et son pouvoir sans limites… 
Par une présence démesurée, par l’accaparement de tous les leviers du pouvoir, et par sa volonté d’écumer tous les grands chemins sans rien laisser, ou en laissant des miettes, la Monarchie écrase le paysage politique marocain. Elle n’est pas neutre, mais au service de ses propres intérêts, d’une classe sociale bien déterminée, au service d’intérêts étrangers -politiques et économiques- et des multinationales occidentales et notamment françaises, aux dépens des Marocains !

Elle est au cœur de l’enjeu politique, et le Roi est le premier responsable de ce qui se passe au Maroc étant lui-même le véritable détenteur de tous les pouvoirs.

La Monarchie Marocaine est l’exemple typique d’une « démocratie » ou « démocrature » de Façade, où la non transparence se cache derrière le manteau déguisé d’une légitimité historique et religieuse (à la fois, insuffisante et contestable) pour justifier un pouvoir politique et économique devenu de plus en plus exorbitant pour les Marocains.


Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur
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(1) Répression sauvage du setting pacifique du Mouvement du 20 février organisée à Rabat capitale du Maroc ce dimanche 18 novembre 2012 - Jour de « l’indépendance » du Maroc ! Pour protester contre l’énorme budget accordé au Roi dans le projet de loi de finance de 2013
(2) Daniel Salvatore Schiffer - http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer/100212/la-dictature-au-maroc-silence-censure-emprisonne-torture-
(3) http://www.luxeradio.ma-indicateurs-statistiques-comment-se-porte-l/’economie-marocaine?html 5 avril 2012
(4) Rapport Doing business 2013 AfricanManager, publié le 4-10-20

dimanche 25 mars 2012

Au Maroc «Nous restons sur un profil de croissance très inquiétant»

Analysede la situation économique au Maroc en 2011
Par Najib Akesbi, publié le 29/5/2011

Entretien : «Nous restons sur un profil de croissance très inquiétant»

Le Maroc réalise un taux de croissance en deçà de celui des pays émergents, en deçà de la moyenne mondiale et en deçà de ce qui peut être considéré comme une ambition légitime du pays.
D’autres indicateurs mettent clairement en relief la situation difficile de notre économie, notamment le déficit commercial, le taux de chômage et le déficit budgétaire.
Pour qu’un programme économique réussisse, il doit d’abord être concerté.
La première mutation à réussir est d’arriver à autonomiser progressivement l’économie marocaine des aléas du secteur agricole.

Najib Akesbi, économiste, professeur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, pense que si la volonté politique existe, les solutions pratiques existent aussi. 

-Finances News Hebdo : Le Royaume a accueilli récemment un grand responsable du FMI qui estime que le Maroc a bien tiré son épingle du jeu suite à la crise mondiale que nous venons de traverser. Il a également souligné que la croissance se fait à deux vitesses : plus lente pour les pays développés et très rapide pour les pays émergents. Pour ces derniers, on identifie deux catégories également ; celle des pays en surchauffe et celle des pays qui reviennent vers une moyenne normale. Où peut-on situer aujourd’hui le Maroc ?

-Najib Akesbi : Je viens de recevoir la note de conjoncture de la DEPF, du ministère des Finances. Cette note fait le point sur l’année 2010. Qu’est ce qu’on y trouve ? Justement, une réponse à votre question. On y constate que le Maroc affiche sur les trois dernières années un taux de croissance plutôt décroissant… En 2008, on a enregistré un taux de 5,6%, puis 4,9% en 2009 et en 2010 ce taux était encore tombé à 4%. Pour situer le Maroc, on peut apprécier le taux de croissance enregistré en 2010 au regard des grandes tendances mondiales. Toujours selon cette note, la moyenne mondiale est de 5%, tandis que la moyenne des pays émergents et en développement est de 7,3%. Ces chiffres sont une réponse claire à ceux qui prétendent que le Maroc a «tiré son épingle du jeu». Le Maroc réalise un taux de croissance qui n’est pas seulement en deçà de celui des pays émergents, mais qui est même en deçà de la moyenne mondiale.
Le deuxième élément à retenir est qu’un chiffre en soi ne signifie rien. Il faut le mettre dans son contexte. Je viens de situer le Maroc par rapport au reste du monde. On peut aussi apprécier sa performance par rapport à ce qui peut être considéré comme une ambition légitime du pays. Vous savez que l’année dernière on avait réalisé, dans le cadre de la Fondation Abderrahim Bouabid, un rapport sur la stratégie de développement économique du Maroc. On avait considéré que si l’on veut que le Maroc, en l’espace d’une génération, arrive au niveau de revenu par tête de pays émergents comme la Malaisie ou la Turquie, il lui faut au moins réaliser pendant 15 à 20 ans, 7 à 8 points de croissance en moyenne annuelle. Si cet objectif est raisonnable, force est de constater que, avec 4 points de croissance en 2010, on est à peine à la moitié de ce qu’on devrait faire pour l’atteindre. On est très loin du compte et à ce rythme là il nous faudrait plus de 40 ans pour atteindre le niveau de vie actuel d’un pays comme la Turquie !

-F. N. H. : Le taux de croissance, à lui seul, traduit-il la réalité de la situation économique au Maroc ?

-N. A. : J’ai pris le premier indicateur généralement utilisé, mais il y en a d’autres. Si je prends le commerce extérieur, puisqu’on parle d’un pays intégré à la mondialisation, qui a signé des accords de libre-échange avec plus d’une cinquantaine de pays, le résultat est tout simplement catastrophique. Chaque année, nous battons des records de déficit commercial. Nous sommes à près de 150 milliards de DH de déficit, avec un taux de couverture des importations par les exportations de moins de 50%.
Si l’on regarde du côté des finances publiques, le gouvernement est chaque jour en train d’écrire la chronique d’une crise annoncée. Ainsi, depuis plusieurs années, le gouvernement s’acharne sur les recettes pour les diminuer et non les augmenter ! Il fait tout ce qu’il faut pour les réduire, notamment en multipliant les baisses d’impôts et les privilèges fiscaux au profit des riches (baisse des taux de l’IS et de l’IR…). De l’autre côté, on continue à dépenser sans compter… surtout avec une structure des dépenses de plus en plus rigide, incompressible. La crise est en fait déjà là quand on apprend que le gouvernement en est déjà à chercher à vendre ce qui reste du patrimoine public pour seulement boucler ses fins de mois !
Tous ces indicateurs montrent, qu’il s’agisse de la croissance ou des équilibres internes et externes, que nous restons sur un profil de croissance très inquiétant.

-F. N. H. : Et ce malgré des campagnes agricoles plutôt bonnes ces dernières années…

-N. A. : En effet ! Ce gouvernement ne peut même pas user du prétexte habituel de la sécheresse, à l’instar des gouvernements qui l’ont précédé. Pour modestes qu’ils soient, ces taux de croissance sont obtenus avec des campagnes agricoles qui ont été plutôt bonnes au cours des trois ou quatre dernières années. Qu’en serait-il si, ne serait-ce qu’en raison des changements climatiques, les prochaines années accouchent de campagnes agricoles moins favorables ?

-F. N. H. : Pour revenir au rapport de la Fondation Abderrahim Bouabid, deux boulets au développement économique ont été identifiés, à savoir l’économie politique et l’ignorance économique. Peut-on imputer la situation actuelle à ces deux facteurs, ou bien y a-t-il d’autres éléments qui entrent en jeu ?

-N. A. : Il y a beaucoup d’entraves qu’on pouvait citer, mais les auteurs avaient choisi délibérément de mettre en évidence ces deux problèmes qui sont, au fond, des problèmes de gouvernance. Il s’agissait de montrer en somme que le système politique, donc de gouvernance globale, est devenu un vrai obstacle au développement économique du Maroc.
Et aujourd’hui, le temps a prouvé la pertinence de ce choix vu le débat actuel en cours, notamment sur la réforme de la Constitution. Pour ma part, j’ai toujours dit que la première réforme économique n’est pas économique mais politique. Quand on est dans un système où un gouvernement ne peut pas être le concepteur et maître d’œuvre du programme (économique, social…) dont il est censé être l’auteur, on ne remplit pas les conditions minimales pour se donner des chances de réussir ce qui est engagé.
Même si l’on ne voit la question que du point de vue de l’efficacité, si vous voulez qu’un programme économique réussisse, il faut d’abord qu’il soit concerté, et c’est la moindre chose pour que ceux qui auront à l’exécuter se sentent concernés et motivés pour le mener à bien. Or, quand on concocte un programme avec un bureau d’études international, dans l’opacité la plus totale, pour n’en annoncer l’existence que le jour où le «contrat-programme» le concernant est signé devant le Roi et les caméras, on peut difficilement espérer mobiliser les énergies nécessaires pour lui permettre d’atteindre ses objectifs. D’une manière ou d’une autre, on le voue à l’échec. Et malheureusement, c’est ce qui est en train de se produire…
Depuis que nous avons abandonné le plan de développement unique et global dans ce pays, et qu’on lui a substitué les «plans sectoriels», on est dans une situation où il est très difficile de savoir si ces plans sont cohérents entre eux ou même s’il y a une adéquation entre les objectifs et les moyens de chaque plan. C’est un fait que personne ne voulait reconnaître jusqu’au jour où le Roi lui-même l’a reconnu dans son discours de juillet dernier.

-F. N. H. : Vous avez évoqué plusieurs indicateurs, qu’en est-il de l’emploi ?

-N. A. : C’est une question importante; et là encore c’est un récent travail d’une institution officielle, en l’occurrence le HCP, qui peut utilement nous éclairer. Le HCP nous explique que le régime de croissance et les choix des secteurs sur lesquels repose l’économie marocaine ne créent pas suffisamment d’emplois pour faire face aux vagues annuelles massives des nouveaux demandeurs d’emploi. Au-delà des différents scénarios pouvant porter sur tel ou tel paramètre (démographique notamment), il s’avère que l’économie devrait créer, en gros, deux fois plus d’emplois qu’elle n’en crée actuellement, et ce pour simplement stabiliser le niveau actuel du chômage. Par ailleurs, au-delà de la quantité d’emplois créés, il y a la qualité de ces emplois qu’il faut regarder de près. Si l’on observe les emplois créés par les secteurs dits moteurs de l’économie marocaine, à savoir l’agriculture, le BTP et le fourre-tout des services, on s’aperçoit qu’il s’agit surtout d’emplois précaires et de faible qualification. Pendant ce temps, l’industrie détruit de l’emploi au lieu d’en créer…
Par ailleurs, les faits et les chiffres avancés par le HCP décrédibilisent, à mon avis, les statistiques que ce même organisme affiche en matière de taux de chômage. Car si chaque année l’économie crée à peine 100.000 emplois (moyenne des quatre dernières années) là où elle aurait dû en créer au moins le double, il faudrait alors m’expliquer où sont partis les 100.000 autres qui n’ont pu trouver où s’employer. Même si on ne retient que la moitié de ce chiffre (considérant que l’autre moitié s’est «débrouillée» dans l’économie informelle ou l’émigration…), il reste évident que le taux de chômage ne peut qu’augmenter et non diminuer comme on veut nous le faire croire.
Il reste que, au-delà de toute querelle de chiffres, la réalité marquante est que le «modèle de croissance» marocain s’avère incapable de trouver des solutions fiables et durables à la problématique de l’emploi. Or, qui dit emploi dit revenus, pouvoir d’achat, stabilité sociale…

-F. N. H. : Il est vrai que nous sommes actuellement en plein débat sur la réforme de la Constitution, mais en attendant l’aboutissement de cette nouvelle mutation du système actuel au Maroc, comment peut-on renouer avec la croissance ? Quels sont les étalons sur lesquels l’économie marocaine pourrait miser ?

-N. A. : Concrètement, la première mutation à réussir est d’arriver à autonomiser progressivement l’économie marocaine des aléas du secteur agricole. Tant qu’on restera dans un schéma où ce sont la pluie et le beau temps qui font le taux de croissance, on n’est pas sorti de l’auberge ! Certes, une réelle autonomie ne signifie pas pour autant que l’agriculture sera abandonnée; bien au contraire, elle devra accroître l’offre de production avec une population active plus faible, grâce à un accroissement sensible de la productivité. Mais il faut surtout que les autres secteurs, l’industrie en particulier, se développent réellement.
Il faut également développer les services de pointe, créateurs de valeur ajoutée et d’emplois. Je pense que certains secteurs choisis dans le cadre du «Plan National de l’Emergence Industrielle», notamment les nouvelles technologies pour lesquelles on peut réaliser des gains de productivité et de compétitivité, gagnent à être développées également.
Pour avoir un modèle de croissance qui soit à la fois un modèle générant de l’emploi stable et des revenus, il faut miser sur la valeur ajoutée locale. Pour être concret, je dirais que quand Renault s’installe au Maroc, c’est bien, mais il faut regarder de près ce que Renault propose de faire effectivement au Maroc. Si le groupe importe tout de l’extérieur et n’utilise du Maroc que sa position géographique et une main-d’œuvre faiblement qualifiée, la valeur ajoutée dans le pays est alors réduite à sa plus simple expression, et dans ce cas de figure (malheureusement déjà très fréquent) on n’aura pas beaucoup avancé…

-F. N. H. : Face à cette accentuation du déficit budgétaire, quel serait l’impact sur les investissements publics et, par extension, sur les chantiers inachevés ?

-N. A. : Soyons clairs : il va bien falloir un jour repenser ce qui a été fait ces dernières années, et faire quasiment l’inverse de ce que les gouvernements précédents ont fait. A commencer par une réelle et profonde réforme fiscale, qui reste incontournable.
Jusqu’à ce jour, on s’est appliqué à multiplier non les réformes, mais ce que j’appelle les contre-réformes fiscales, c’est-à-dire le contraire de ce qui devait être fait pour avoir un système fiscal plus efficace et plus équitable. Quand on baisse les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu, ce dont ne profitent que les riches, au moment où l’on accentue l’imposition indirecte qui, elle, frappe aveuglément les consommateurs les plus modestes, et quand on baisse les taux de l’IS et distribue généreusement des faveurs fiscales aux grandes sociétés alors que les petits entrepreneurs et les professionnels modestes endurent l’arbitraire du système forfaitaire, voilà quelques exemples qui illustrent ce que j’appelle la contre-réforme fiscale ! Un système né d’une telle politique n’est ni efficace (puisqu’il rapporte de moins en moins de ressources), ni équitable (puisqu’il pèse de tout son poids sur les contribuables les plus modestes et épargne ceux dont les capacités contributives sont importantes).

-F. N. H. : Qu’en est-il des dépenses publiques ?

-N. A. : Deux problèmes au moins doivent être traités d’urgence. Le premier porte sur la Caisse de compensation. Ce système devient absurde et ruineux à la fois. On est dans une vraie impasse puisque, d’une part, étant dépendant de l’extérieur pour nos approvisionnements, on subit fatalement les hausses des cours mondiaux sans être en mesure d’y remédier d’une quelconque manière. D’autre part, tant qu’il restera dans ce pays trop de pauvres incapables de payer les produits en question (pain, sucre, gaz butane…) à leur prix mondial, l’Etat devra continuer à intervenir d’une manière ou d’une autre pour les soutenir. Certes, il y avait une alternative à travers une réforme qui cible la population bénéficiaire et lui octroie une aide directe au revenu en compensation de la suppression du système actuel. Les modalités d’une telle réforme pouvaient être affinées, notamment pour faire en sorte que la classe moyenne ne fasse pas les frais d’une telle évolution, mais cette fois on avait pensé que la réforme était vraiment à portée de main… Malheureusement, ce gouvernement a lui aussi fini par reculer, et après bien des tergiversations, il a déclaré «forfait» ! Et maintenant on est sûr que c’est parti pour plusieurs années encore, au moins après les prochaines élections et l’installation du prochain gouvernement… Le problème est que, aujourd’hui, le coût de la non-réforme est devenu réellement exorbitant.
Le deuxième point renvoie au train de vie de l’Etat. On en parle en long et en large depuis tellement longtemps, mais rien n’a été fait pour réduire ce train de vie. On se gargarise de discours sans jamais réussir à avancer concrètement et efficacement. Pour illustrer mon propos, je donne l’exemple des véhicules de fonction dans les administrations publiques. On se souvient que, au début des années 2000, on nous avait expliqué qu’on allait supprimer les véhicules de fonction pour réduire les dépenses inhérentes à l’achat des véhicules et de leur maintenance et entretien. En contrepartie, on avait accordé des primes de transport (plutôt conséquentes pour les hauts cadres et dignitaires du régime) pour indemniser les personnes concernées dans leurs déplacements. Le fait est que les gens ont touché leurs «primes» et pour certains ont continué à «se débrouiller» pour se déplacer aux frais de l’Etat, y compris en disposant de voitures de fonction officielles ou déguisées… L’Etat a ainsi perdu sur les deux tableaux : il paye les primes et continue à supporter des frais de transport ! Et les dépenses de l’Etat n’en sont que plus lourdes. A un autre niveau, on pourrait en dire autant de l’opération de triste mémoire appelée «Départ volontaire à la retraite» : une opération financièrement très coûteuse pour les finances publiques qui n’a fait qu’aggraver les problèmes de ressources humaines dans les administrations publiques qu’elle prétendait régler. C’est ce genre de «réformes» qu’on peut qualifier de très contreproductives.
Je pense que si la volonté politique existe, les solutions pratiques existent aussi. Il faut prendre le taureau par les cornes et identifier (et Dieu sait que ce n’est pas bien difficile…) les foyers de gaspillage et de détournement de toutes sortes de deniers publics, et fermer les vannes car l’Etat ne peut plus mener le train de vie actuel !

Dossier réalisé par S.Es-Siari & I. Bouhrara