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vendredi 30 décembre 2016

Petit cadeau solidaire sur le service public : une merveille, à voir !

En ces journées de fête, pensée pour toutes et tous les "Loza" qui traversent la Méditerranée tous les jours dans des conditions les plus affreuses, et merci le service public pour ce beau cadeau... Je vous invite à regarder le replay! Une belle histoire de solidarités comme on aimerait en voir (se réaliser) un peu plus souvent...

Par ici: http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/13h15/13h15-du-samedi-24-decembre-2016_1973775.html

PS: Pourquoi attendre le 24 décembre, [et le 1er/1/2017] quand tout le monde est attablé ou en cuisine pour diffuser un reportage comme ça... Les limites du cadeau grand public!

Bises à tous et FAGERA!

Marie-Lou Pantz
Chargée de projet éducation
E'changeons le monde Gap Hautes Alpes


jeudi 26 mai 2016

Migration : morts, murs, tri et troc, jusqu’où ira la démission morale d’une Europe en crise ?


9 mai 2016
Dénués de volonté politique et de courage collectif pour apporter une réponse à la hauteur des enjeux des migrations actuelles, les pays européens ne savent plus quoi inventer pour éviter d’accueillir et de secourir les milliers de personnes qui espèrent encore un endroit pour vivre dans la sécurité et la dignité.
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Pas une semaine sans que de nouvelles informations sur le sort réservé aux personnes exilées aux portes et au sein de l’Europe ne provoquent l’indignation et la colère des défenseurs des droits humains. À la dernière tragédie de 500 morts en Méditerranée du mois d’avril, se sont ajoutées des dizaines de disparitions supplémentaires.
Dénués de volonté politique et de courage collectif pour apporter une réponse à la hauteur des enjeux des migrations actuelles, les pays européens ne savent plus quoi inventer pour éviter d’accueillir et de secourir les milliers de personnes qui espèrent encore un endroit pour vivre dans la sécurité et la dignité. Alors que la seule véritable question devrait être : comment assurer un accueil humanitaire et une protection à tous ceux qui le demandent et qui en ont besoin, nos pays semblent ne s’accorder que sur un point : comment éloigner le problème, comment s’en débarrasser au plus vite !

mardi 8 septembre 2015

La « crise » migratoire : l’effet boomerang

  par Lucile Daumas, 7/9/2015
 

Aggraver les inégalités, piller les ressources du tiers-monde, refuser de prendre des mesures pour stopper le réchauffement climatique, déstabiliser toute la région du Moyen-Orient, multiplier les guerres et les conflits, tout cela a un coût que paient depuis des décennies les populations, et tout particulièrement celles du Sud. En nombre de morts, de déplacés, d’affamés, de désespérés. Et cela met des populations sur les routes, à la recherche simplement d’un endroit où survivre. Massivement, puisque l’UNHCR (l’Agence des Nations unies pour les réfugiés) estime à 50 millions le nombre de réfugiés dans le monde.

La plupart du temps, cette route de l’exode s’arrête à la région voisine, au sein du même pays, ou au territoire du pays voisin. C’est ce qui s’est passé lors de la crise du Rwanda ou de la RDC, c’est ce qui se passe en ce moment avec la guerre qui ravage la Syrie.
Pour ne prendre que ce dernier exemple, le nombre de réfugiés est aujourd’hui estimé à environ 4 millions (sur une population totale de 20 millions, 1/5 de la population !) Et plus de la moitié est accueillie dans les pays de la région : Turquie, 2 millions (pour une population totale de 75 millions) ; Liban, 1,1 million (sur une population de 5,8 millions), Jordanie, 500 000. Aux réfugiés syriens proprement dit, il faut ajouter les réfugiés que la Syrie avait accueillis au cours des décennies précédentes : Palestiniens - installés de longue date dans ce pays, ainsi qu’au Liban et en Jordanie et Irakiens - rappelons que la Syrie avait accueilli, après la chute de Saddam Hussein 1,5 million de réfugiés.
L’Europe, les États-Unis devaient bien savoir qu’un tel exode était inévitable. En envahissant l’Irak, en déstabilisant toute la région, en jouant les apprentis-sorciers avec les mouvements islamistes, pensaient-ils vraiment être à l’abri de toute répercussion ? Certes, ils subissent de loin en loin quelques attentats terroristes, amplement médiatisés. Mais qu’est-ce que cela représente par rapport à ce que vivent les populations des pays arabes, devant affronter au quotidien l’obscurantisme ? Pendant des années, ils ont laissé les pays limitrophes se dépatouiller avec ce problème, continuant à lever toutes sortes de barrières tout autour de l’Europe, renforçant de jour en jour le caractère militaire du mécanisme de défense des frontières européennes, appelé Frontex, et sommant les pays limitrophes de l’Union, qualifiés de bons voisins, de relayer la surveillance des frontières européennes, au mépris du respect des droits humains et au mépris de la Convention de Genève et du droit d’asile.
Cela fait des années que la Méditerranée s’est transformée en véritable cimetière humain sans que cela n’émeuve les responsables européens qui continuaient leur politique de blindage du bunker européen. Il aura fallu donc l’arrivée massive de réfugiés sur le territoire européen, venant notamment de Syrie, pour que les gouvernements réagissent et nous livrent, le cœur sur la main, des discours lénifiants sur les principes du droit d’asile et la nécessité d’un accueil humain des réfugiés. Qu’en sera-t-il exactement ? Les prochains jours, les prochaines semaines nous le diront. Mais ce n’est pas l’établissement de quotas par pays, ce n’est pas le tri entre migrants réfugiés et migrants économiques qui apporteront des solutions durables à cet exode massif de populations ne pouvant plus vivre dans leurs pays.
Preuve en est que de nouveaux fronts de migration sont en train de s’ouvrir. Ainsi, face à la crise, les Grecs sont aussi de plus en plus nombreux à chercher un emploi hors de leur pays. Pas moins de 300 000 se sont exilés depuis les sept dernières années, portant à près de 6 millions la population grecque émigrée. Les Espagnols eux aussi ont repris la route de la migration, au Maroc, dans les pays d’Amérique latine ou ailleurs.
Nul doute : ni les murs, ni les armes ne permettront de résoudre ce que les médias appellent la crise migratoire. Car elle n’est que l’effet boomerang des politiques néolibérales imposées depuis des décennies aux peuples du monde. Cet effet, les populations du Sud le connaissent bien, mais voilà, il s’invite aujourd’hui au cœur de l’Europe, qui tout d’un coup se rend compte qu’il n’est pas si facile d’accueillir des réfugiés.
Les solutions de fond, elles résident donc dans l’arrêt des ventes d’armes à des bandes armées de tout acabit, l’arrêt du soutien à des régimes comme celui de l’Arabie saoudite qui après avoir fomenté la création de l’État islamique se voit confier la tâche de son éradication.
Elles résident dans la fin du pillage des ressources des pays du Sud et des confrontations armées qui n’ont d’autre but que de permettre l’intervention militaire des pays occidentaux.
Elles résident dans l’annulation du système de la dette qui ne fonctionne aujourd’hui que comme mécanisme de pompage des richesses des peuples au bénéfice des banques.
Elles résident dans la dénonciation des accords de libre-échange qui, eux aussi, bafouent la souveraineté des peuples et renforce le pillage des richesses du Sud au bénéfice des banques et des multinationales du Nord.
Et en attendant, l’urgence est dans le respect des droits et des conventions relatifs à la migration et à l’asile, la mise en place de mécanismes d’accueil et d’insertion permettant d’instaurer des rapports d’humanité et de respect de la dignité.

Auteur

Lucile Daumas membre d’Attac/Cadtm Maroc

jeudi 13 août 2015

A ce frère inconnu mort en voulant vivre…

maroc immigration

un monde pour tous



Il a quitté son village avec le sourire et ses parents avec les larmes. Sa mère l’a serré fort et lui a dit : « sois fort mon fils, tu sais comme je t’aime, reviens-moi vite… »
Puis il est parti vers l’inconnu, vers une terre qu’on disait riche d’humanité et de progrès ; il voulait fuir la misère pour revenir aux siens avec un peu plus de lumière. Puis il est parti, vers l’inconnu… il pensait emprunter les routes du paradis, il a atterri en enfer. Il s’est embarqué avec des inconnus, il a payé le prix cher pour traverser ; il pensait acheter un ticket pour le bonheur et il s’est embarqué dans le train de la mort. Enfant de la chaleur, il ne connaissait pas le froid, enfant du désert, il ne connaissait pas la mer, enfant des terres, il ne savait pas nager.
Piégé entre ciel et mer, il y a eu une terrible vague, et la barque a basculé, il est tombé dans les eaux profondes. Enfant des plaines, il ne savait pas nager. Dans son angoisse, en se débattant désespéré, il a pensé à son village, à ses frères et sœurs, à ses amis, à son père et surtout à sa mère. Dans son ultime souffle, il a eu quelques larmes, et il a dit en s’étouffant : « pardonne-moi maman, je n’ai pas réussi à vous aider, et je meurs sans t’avoir revue. » Le pauvre… c’était plus difficile qu’il ne croyait, la forteresse Europe était inaccessible. Quel destin ! il est né dans les terres sèches et il est mort en pleine mer.
Il est mort à cause d’un monde impitoyable, il est mort à cause d’un système meurtrier, il est mort en voulant vivre… Hommage à toi, héros inconnu des temps modernes…

mercredi 11 mars 2015

livre: Haut les coeurs ! Lettres d'AMOUREUX AU BAN PUBLIC


Dans ce recueil de témoignages, quatorze personnes racontent avec émotion comment leur amour a survécu à la confrontation quotidienne avec des politiques migratoires toujours plus restrictives, à des pratiques administratives discriminatoires, et à une constante suspicion de fraude.

La lecture de ces histoires vraies, préfacées par Erik Orsenna, est l'occasion de prendre conscience des difficultés à vivre librement son amour et sa vie de famille lorsqu'on est en couple franco-étranger.

Partez à la rencontre d'Alejandro et Fanny, Brahim et Mathilde, Marianne et Aladdin, Mic et Kemzo… ces amoureux en lutte pour leur liberté d'aimer, qui dévoilent aujourd'hui leur histoire avec la volonté de faire progresser les regards, de contribuer au changement des pratiques et à l'évolution des lois.
* Pour acheter par chèque et imprimez, remplissez le formulaire et envoyez-le à l'adresse suivante : Amoureux au ban public (c/o Cimade), 64 rue clisson, 75013 Paris
L'amour n'a pas de frontières, dites-le avec les mots et en photo sur Nous sommes ici !

jeudi 16 octobre 2014

GRAVE : Mos Maiorum : une vaste opération de police à l’échelle européennes


Les États membres de l’Union européenne (UE) vont mener du une opération de police conjointe de grande envergure du 13 au 26 octobre 2014. Frontex et Europol, une agence de l’UE chargée de lutter contre la criminalité transfrontalière, sont associés aux États membres.

Mos Maiorum : une vaste opération de police à l’échelle européenne

Les États membres de l’Union européenne (UE) vont mener une opération de police conjointe de grande envergure du 13 au 26 octobre 2014. Frontex et Europol, une agence de l’UE chargée de lutter contre la criminalité transfrontalière, sont associés aux États membres. 
L’ONG britannique Statewatch a réussi à obtenir un document officiel du Conseil de l’Union européenne datant du 10 juillet 2014 qui explique les objectifs et modalités de cette opération appelée « Mos Maiorum ».

 Objectifs de l’opération
La finalité de l’opération est premièrement, d’« affaiblir la capacité des groupes criminels organisés qui facilitent l’immigration illégale dans l’UE et se concentrera sur les passages illégaux de frontières » ; et deuxièmement, de collecter de l’information sur les principales routes utilisées par les migrants qui entrent de façon dite « irrégulière » et sur les façons d’opérer des réseaux criminels pour faire passer les personnes dans l’UE.

Cette opération va se traduire par :
  • Des interpellations des migrants en situation irrégulière pour recueillir des informations en vue d’enquêter sur les réseaux criminels ;
  • L’identification, la poursuite en justice et le démantèlement des réseaux criminels ;
  • La recherche et l’analyse des routes utilisées par les migrants et les réseaux (à la fois aux frontières extérieures et au sein de l’espace Schengen) ;
  • À terme, le renforcement des actions afin de lutte contre l’immigration « illégale » (contrôles aux frontières et activités de surveillance).
Les États membres de l’UE et les États de l’espace Schengen sont incités à participer activement à l’opération. Celle-ci sera coordonnée par l’Italie, qui occupe actuellement la présidence du Conseil de l’UE, en lien étroit avec Frontex.

 Préoccupations
Derrière l’objectif de démantèlement de réseaux des passeurs, l’interpellation massive de personnes en situation irrégulière est visée. Les contrôles aux frontières extérieures, mais aussi au sein de l’espace Schengen (notamment ports, gares, aéroports) devraient être renforcés pendant cette période.
Le document se garde de préciser le sort réservé aux personnes interpellées, ni la base légale des contrôlées : profil racial, contrôle au faciès ? Des méthodes illégales au regard du droit européen, notamment du code frontières Schengen.
Cela pose aussi des questions en matière de protection des données : quelle utilisation sera faite des données - dont des données personnelles - récoltées ? Les États membres sont censés recueillir le plus de détails possibles sur les migrants interceptés : âge, sexe, nationalité, lieu et date d’entrée, routes utilisées, etc.
Opacité de l’opération est inquiétante. Très peu d’informations sont disponibles et le contrôle démocratique semble avoir été écarté, nous ne disposons pas d’éléments sur l’information du Parlement européen. Quelle sera l’implication concrète des États membres ? L’Espagne a annoncé sa participation. Qu’en est-il de la France ?
Mos maiorum, selon le site belge d’information sur les centres fermés, Getting the voice out, signifierait « mœurs des anciens » ou « coutumes des ancêtres ». Il désigne dans la Rome antique le mode de vie et le système des valeurs ancestrales. Il est souvent pris comme une référence, et est à opposer au spectacle de la décadence du temps présent ! Les cinq fondements de ce concept sont d’un cynisme total au vu des objectifs d'une opération de police :
  • Fides : fidélité, respect de la parole donnée, loyauté, foi, confiance ;
  • Pietas : piété, dévotion, patriotisme, devoir ;
  • Majestas: sentiment de supériorité naturelle d’appartenance à un peuple élu, majesté ;
  • Virtus : qualité propre au citoyen romain, courage, activité politique ;
  • Gravitas : ensemble des règles de conduite du Romain traditionnel, respect de la tradition, sérieux, dignité, autorité.

Au lendemain du triste anniversaire du naufrage de Lampedusa d’octobre 2013, le lancement de cette opération illustre le double discours de l’UE. Les déclarations humanistes sur le sauvetage en mer pèsent bien peu au regard de l’ampleur de cette opération de police menée à l’échelle européenne.
Télécharger le tract édité par Travel warning UE en 8 langues destiné à alerter les personnes étrangères sur la recrudescence de contrôles de police en Europe entre le 13 et le 26 octobre 2014.
 

mercredi 17 septembre 2014

AI : Combien de naufrages faudra-t-il pour que l’Union Européenne agisse ?

Combien de naufrages faudra-t-il pour que l’Union Européenne agisse ?
[16/09/2014]
D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ce sont plus de 2 500 personnes qui ont péri ou ont disparu en tentant de franchir la Méditerranée en 2013. En raison de l’insécurité croissante et des affrontements entre les milices en Libye, principal point de départ pour l’Europe, les réfugiés et les migrants sont de plus en plus nombreux à vouloir quitter le pays.

LES MAUVAIS CHOIX DE L'UNION EUROPÉENNE 

Comme nous ne cessons de le rappeler, les drames qui se répètent en Méditerranée montrent à quel point la politique de l’Union européenne est inadaptée à la situation.
Pour les dirigeants européens, la solution pour éviter les drames en Méditerranée, résiderait dans une lutte plus forte contre l’immigration irrégulière et une plus grande coopération avec les Etats de transit.
Cette solution, nous la déplorons à Amnesty International et les naufrages récents montrent encore combien elle est déconnectée de la réalité.
La plupart des personnes embarquant sur ces embarcations fuient les persécutions ou les conflits. Elles peuvent être Syriennes, Erythréennes, Palestiniennes …
Découvrez le premier numéro d'Amnesty Stories 
Découvrez le premier numéro d'Amnesty Stories
Or, pour ces personnes la fuite n’est pas un choix, mais une nécessité pour vivre ou survivre.
Ne pas offrir de voies d’accès sécurisé à l’Union européenne c’est contraindre ces personnes à remettre leur vie entre les mains de trafiquants peu scrupuleux, et tenter des traversées souvent mortelles souvent à bord d’embarcations de fortune.

D'AUTRES CHOIX SONT POSSIBLES

Depuis plusieurs mois, nous proposons aux dirigeants européens de mettre en œuvre nos trois demandes qui selon nous pourraient éviter que des personnes ne meurent alors qu’elles recherchent un refuge.
Récemment, la CoFrontexmmission européenne a annoncé que l’opération de recherche et de sauvetage en mer conduite par l’Italie ‘’Mare Nostrum’’ recevrait le support de l’agence Frontex.
Ne laissons plus les migrants mourir à nos frontières. Adressez un message à François Hollande  SIGNEZ
C’est une avancée sur le principe, le détail de l’opération, encore imprécis, montrera dans quel état d’esprit ce soutien sera apporté : secourir ou contrôler et dissuader les personnes de prendre la mer.

dimanche 29 décembre 2013

Un bateau abandonné à la mort : 63 migrants africains morts de faim et de soif en Méditerranée.

par Greta Alegre,fb, via Mediapart 

NON LIEU - NON PERSONNES

[LE CLUB] - Non-lieu, non personnes
> http://goo.gl/Z5nqij
«Bateau abandonné à la mort» : 63 migrants africains morts de faim et de soif en Méditerranée. Pendant deux semaines, aucun des navires de l’OTAN qui croisent dans les parages ne répond aux signaux de détresse. «Non-assistance à personne en danger» ? Pour la justice française, non-lieu. C’est donc qu’il s’agissait de non-personnes.«Bateau abandonné à la mort» : 63 migrants africains morts de faim et de soif en Méditerranée. 
Pendant deux semaines, aucun des navires de l’OTAN qui croisent dans les parages ne répond aux signaux de détresse. «Non-assistance à personne en danger» ? Pour la justice française, C'EST UN NON-LIEU . C’est donc qu’il s’agissait de NON-PERSONNES.

mercredi 9 octobre 2013

Lampedusa : l’Europe assassine








Lampedusa : l’Europe assassine



Le nouveau naufrage dans lequel ont péri ou disparu, tout près de l’île de Lampedusa, au moins 300 personnes parmi les 500 passagers d’un bateau en provenance de Libye, n’est pas dû à la fatalité. En 2010, au même endroit, deux naufrages simultanés avaient provoqué près de 400 victimes. En 2009, 200 personnes se sont noyées au large de la Sicile. Pour les seuls six premiers mois de l’année 2011, le HCR estimait à 1 500 le nombre de boat people ayant trouvé la mort en tentant d’atteindre les rives de l’île de Malte ou de l’Italie. Depuis le milieu des années 90, la guerre menée par l’Europe contre les migrants a tué au moins 20 000 personnes en Méditerranée.
La guerre ? Comment nommer autrement la mise en place délibérée de dispositifs de contrôles frontaliers destinés, au nom de la lutte contre l’immigration irrégulière, à repousser celles et ceux que chassent de chez eux la misère et les persécutions ? Ces dispositifs ont pour nom Frontex, l’agence européenne des frontières, qui déploie depuis 2005 ses navires, ses hélicoptères, ses avions, ses radars, ses caméras thermiques et bientôt ses drones depuis le détroit de Gibraltar jusqu’aux îles grecques pour protéger l’Europe des « indésirables ». Ou encore Eurosur, un système coordonné de surveillance qui, depuis 2011, fait appel aux technologies de pointe pour militariser les frontières extérieures de l’Union européenne afin de limiter le nombre d’immigrants irréguliers qui y pénètrent. Comment nommer autrement la collaboration imposée par l’Europe aux pays de transit des migrants – Libye, Algérie, Tunisie, Maroc – afin qu’ils jouent le rôle de garde-chiourmes et les dissuadent de prendre la route du nord, au prix de rafles, arrestations, mauvais traitements, séquestrations ?
Plus spectaculaire que d’habitude par son ampleur, le nouveau naufrage de Lampedusa n’a pas manqué de susciter les larmes de crocodile rituellement versées par ceux-là même qui en sont responsables. A la journée de deuil national décrétée par l’Italie – pays dont les gouvernants, de droite comme de gauche, n’ont jamais renoncé à passer des accords migratoires avec leurs voisins proches – y compris lorsqu’il s’agissait des dictatures de Kadhafi et de Ben Ali – pour pouvoir y renvoyer les exilés, font écho les déclarations de la commissaire européenne aux affaires intérieures, qui appelle à accélérer la mise en place d’Eurosur, destiné selon elle à mieux surveiller en mer les bateaux de réfugiés. Où s’arrêtera l’hypocrisie ? Peu d’espaces maritimes sont, autant que la Méditerranée, dotés d’un maillage d’observation et de surveillance aussi étroit. Si le sauvetage était une priorité – comme le droit de la mer l’exige – déplorerait-on autant de naufrages entre la Libye et Lampedusa ?
Déjà sont désignés comme principaux responsables les passeurs, mafias et trafiquants d’êtres humains, comme si le sinistre négoce de ceux qui tirent profit du besoin impérieux qu’ont certains migrants de franchir à tout prix les frontières n’était pas rendu possible et encouragé par les politiques qui organisent leur verrouillage. Faut-il rappeler que si des Syriens en fuite tentent, au risque de leur vie, la traversée de la Méditerranée, c’est parce que les pays membres de l’UE refusent de leur délivrer les visas qui leur permettraient de venir légalement demander asile en Europe ?
On parle de pêcheurs qui, ayant vu le navire en perdition, auraient continué leur route sans porter secours à ses passagers, et des voix s’élèvent pour exiger qu’ils soient poursuivis et punis pour non assistance à personne en danger. A-t-on oublié qu’en 2007, sept pêcheurs tunisiens accusés d’avoir « favorisé l’entrée irrégulière d’étrangers sur le sol italien »ont été poursuivis par la justice italienne, mis en prison et ont vu leur bateau placé sous séquestre parce qu’ils avaient porté secours à des migrants dont l’embarcation étaient en train de sombrer, les avaient pris à leur bord et convoyés jusqu’à Lampedusa ?
Non, le drame de Lampedusa n’est pas le fruit de la fatalité. Il n’est dû ni aux passeurs voraces, ni aux pêcheurs indifférents. Les morts de Lampedusa, comme ceux d’hier et de demain, sont les victimes d’une Europe enfermée jusqu’à l’aveuglement dans une logique sécuritaire, qui a renoncé aux valeurs qu’elle prétend défendre. Une Europe assassine.

Premiers signataires : Abderrhamane Hedhili, president of Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), Tunisia ; Filippo Miraglia, Associazione Ricreativa e Culturale Italiana (Arci), Italy ; Francis Lecomte, co-president of the Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleur-euse-s Immigré-e-s (FASTI), France ; Geneviève Jacques, president of La Cimade, France ; Karim Lahidji, president of the International Federation of human rights leagues (FIDH) ; Mehdi Alioua, president of the Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (GADEM), Morocco ; Olivier Clochard, president of Migreurop ; Stéphane Maugendre, president of the Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), France – members of the coalition Boats4People.
Alexis Deswaef, president of the Human Right League (LDH), Belgium ; Ahmed El Haij, president of the Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), Morocco ; Antoine Cassar, Passaport Project and Le monde n’est pas rond, Luxembourg ; Christophe LEVY, secretary general of the Groupe Accueil et Solidarité (GAS), France ; Driss Elkerchi, president of the Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF), France ; Helmut Dietrich, Forschungsgesellschaft Flucht und Migration e.V. (FFM), Germany ; Jean-Eric Malabre, co-president of the Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), France ; Julija Kranjec, executive board of the Center for Peace Studies, Croatia ; Lorenzo Trucco, president of the Associazione Studi Giuridici sull’immigrazione (Asgi), Italy ; Mamadou M’Bodje, project manager of the Association de Solidarité et d’Information pour l’Accès aux Droits des étrangers (ASIAD), France ; Manuel Malheiros, president Liga-Civitas, Portugal ; Michala Bendixen, chairman of Refugees Welcome, Denmark ; Michel Tubiana, president of the Euro-Mediterranean Network for Human Rights (EMNHR) ; Serge Kollwelter, president of the Association européenne pour le défense des droits de l’Homme (AEDH) ; Tarek Benhiba, president of the Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), France
Signatures individuelles : Etienne Corbaz ; Martina Tazzioli ; Virginie Baby Collin
Photo Sara Prestianni http://www.flickr.com/photos/saraprestianni/



qui sommes-nous ?

Migreurop est un réseau européen et africain de militants et chercheurs dont l’objectif est de faire connaître et de lutter contre la généralisation de l’enfermement des étrangers et la multiplication des camps, dispositif au coeur de la politique d’externalisation de l’Union européenne. La suite

mercredi 18 septembre 2013

Titres des articles publiés sur SOLIDMAR du 8 au 15 septembre 2013

SOLIDMAR du 8  au 15 septembre 2013