Par Mohamed Hifad, 14/11/2009
Le 23/10/2009, nous, 67 habitants, y compris moi-même de douar Foulouste , commune de Sidi Kaouki , Province d'Essaouira , avons envoyé une demande avec l'intention de créer une coopérative des usufruitiers des arganiers.
Rejet de la demande
Lettre au délégué de l'Office régional du Développement des Coopératives agricoles à Marrakech.
Je ne sais comment faire face à notre situation. J’ai reçu hier la réponse mitigée du délégué de l’office du développement des coopératives agricoles de Marrakech qui rejette notre demande sous prétexte que la majorité des membres proposés n’exercent pas le métier d’agriculteurs. Voilà une manière de détourner le problème à cause de l’inadéquation des lois avec la réalité sociale des habitants.
C’est vrai qu’ils ont sur leurs cartes, pour la majorité, des métiers de pêcheurs, de maçons, de fonctionnaires etc. mais ils continuent tous sans exception à labourer eux-mêmes leurs petites parcelles de terre et à cueillir les noix de leurs arganiers ou bien à payer ceux qui le font à leur place durant de toute l’année selon les activités nécessaires des saisons. C’est ce que je fais personnellement en tant qu’enseignant depuis la mort de mon père en 1982 et la réception de ma part d’héritage.

Y-t-il une loi au Maroc qui interdit à un fonctionnaire d’hériter un bien de ses parents ou d’exercer un autre métier que celui de fellah qui ne rapporte plus rien et ne peut plus faire vivre à lui seul une personne sans parler de toute une famille nombreuse ? C’est en exerçant ces métiers parallèles qu’ils arrivent à subsister à la campagne. Il n’y a aucune loi au monde qui empêche les gens d’exercer d’autres activités pour un supplément de revenu surtout pour des gens qui vivent presque en autarcie depuis des siècles. Monsieur le délégué aurait pu demander l’avis des autorités locales qui ont les moyens de vérifier si ces gens exercent bien des activités agricoles .Il faut adapter soit la carte nationale et permettre aux citoyens de spécifier un ou plusieurs métiers qu’ils exercent , tour à tour , durant l’année ou bien revoir ces lois qui réglementent la création des coopératives agricoles. Sur les 67 membres que j’ai inscrits jusqu’à présent , il y a seulement trois personnes qui ont pour métier , indiqué sur leurs cartes d’identité , celui de fellah puisque leur âge avancé ne leur permet plus d’exercer d’autres activités en dehors du douar. Si le paysan exerçait le seul métier de cultivateur, de fellah, il serait mort il y a bien longtemps et notre campagne n’existerait plus.
Monsieur le délégué sait très bien que nous voulons créer une coopérative agricole pour les usufruitiers des arganiers pour faire face aux spéculateurs étrangers et nationaux qui nous exploitent en imposant les prix de notre matière première , nos noix d’arganiers , sur le marché et en créant des coopératives dites de femmes pour prendre les gens par les sentiments et s’enrichir sur le dos de milliers de paysans grâce à qui cette forêt subsiste encore de nos jours.

La France a exproprié nos parents en leur imposant par la force des armes le domaine forestier alors que nos agdals étaient des domaines privés, des terres cultivées, clôturées et des vergers d’arganiers travaillés, soigneusement protégés et taillés de façon à faciliter la cueillette des fruits. Chaque habitant ou originaire du douar connaît parfaitement ses arbres, c’est mon cas depuis que j’ai reçu ma part d’héritage. Aujourd’hui, après cinquante trois ans d’indépendance, nos propres concitoyens sont en train de nous exproprier d’une manière indirecte par des lois inadaptées ou faites exprès pour nous spolier du dernier droit qui nous reste sur nos usufruits. Comment faire face à un subalterne qui n’a droit à aucune initiative et qui applique aveuglément ces lois complètement dépassées par la réalité sociale et le quotidien des citoyens ?
Je fais appel à toutes les consciences vives de cette région, aux élus locaux, aux parlementaires , aux autorités locales , aux médias , aux organismes des droits humains , à tout habitant propriétaire d’un agdal d’Essaouira jusqu’à Taroudant et Bizakaren , à toute personne éprise de justice, pour faire face à cette déplorable situation !