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mardi 8 septembre 2015

La « crise » migratoire : l’effet boomerang

  par Lucile Daumas, 7/9/2015
 

Aggraver les inégalités, piller les ressources du tiers-monde, refuser de prendre des mesures pour stopper le réchauffement climatique, déstabiliser toute la région du Moyen-Orient, multiplier les guerres et les conflits, tout cela a un coût que paient depuis des décennies les populations, et tout particulièrement celles du Sud. En nombre de morts, de déplacés, d’affamés, de désespérés. Et cela met des populations sur les routes, à la recherche simplement d’un endroit où survivre. Massivement, puisque l’UNHCR (l’Agence des Nations unies pour les réfugiés) estime à 50 millions le nombre de réfugiés dans le monde.

La plupart du temps, cette route de l’exode s’arrête à la région voisine, au sein du même pays, ou au territoire du pays voisin. C’est ce qui s’est passé lors de la crise du Rwanda ou de la RDC, c’est ce qui se passe en ce moment avec la guerre qui ravage la Syrie.
Pour ne prendre que ce dernier exemple, le nombre de réfugiés est aujourd’hui estimé à environ 4 millions (sur une population totale de 20 millions, 1/5 de la population !) Et plus de la moitié est accueillie dans les pays de la région : Turquie, 2 millions (pour une population totale de 75 millions) ; Liban, 1,1 million (sur une population de 5,8 millions), Jordanie, 500 000. Aux réfugiés syriens proprement dit, il faut ajouter les réfugiés que la Syrie avait accueillis au cours des décennies précédentes : Palestiniens - installés de longue date dans ce pays, ainsi qu’au Liban et en Jordanie et Irakiens - rappelons que la Syrie avait accueilli, après la chute de Saddam Hussein 1,5 million de réfugiés.
L’Europe, les États-Unis devaient bien savoir qu’un tel exode était inévitable. En envahissant l’Irak, en déstabilisant toute la région, en jouant les apprentis-sorciers avec les mouvements islamistes, pensaient-ils vraiment être à l’abri de toute répercussion ? Certes, ils subissent de loin en loin quelques attentats terroristes, amplement médiatisés. Mais qu’est-ce que cela représente par rapport à ce que vivent les populations des pays arabes, devant affronter au quotidien l’obscurantisme ? Pendant des années, ils ont laissé les pays limitrophes se dépatouiller avec ce problème, continuant à lever toutes sortes de barrières tout autour de l’Europe, renforçant de jour en jour le caractère militaire du mécanisme de défense des frontières européennes, appelé Frontex, et sommant les pays limitrophes de l’Union, qualifiés de bons voisins, de relayer la surveillance des frontières européennes, au mépris du respect des droits humains et au mépris de la Convention de Genève et du droit d’asile.
Cela fait des années que la Méditerranée s’est transformée en véritable cimetière humain sans que cela n’émeuve les responsables européens qui continuaient leur politique de blindage du bunker européen. Il aura fallu donc l’arrivée massive de réfugiés sur le territoire européen, venant notamment de Syrie, pour que les gouvernements réagissent et nous livrent, le cœur sur la main, des discours lénifiants sur les principes du droit d’asile et la nécessité d’un accueil humain des réfugiés. Qu’en sera-t-il exactement ? Les prochains jours, les prochaines semaines nous le diront. Mais ce n’est pas l’établissement de quotas par pays, ce n’est pas le tri entre migrants réfugiés et migrants économiques qui apporteront des solutions durables à cet exode massif de populations ne pouvant plus vivre dans leurs pays.
Preuve en est que de nouveaux fronts de migration sont en train de s’ouvrir. Ainsi, face à la crise, les Grecs sont aussi de plus en plus nombreux à chercher un emploi hors de leur pays. Pas moins de 300 000 se sont exilés depuis les sept dernières années, portant à près de 6 millions la population grecque émigrée. Les Espagnols eux aussi ont repris la route de la migration, au Maroc, dans les pays d’Amérique latine ou ailleurs.
Nul doute : ni les murs, ni les armes ne permettront de résoudre ce que les médias appellent la crise migratoire. Car elle n’est que l’effet boomerang des politiques néolibérales imposées depuis des décennies aux peuples du monde. Cet effet, les populations du Sud le connaissent bien, mais voilà, il s’invite aujourd’hui au cœur de l’Europe, qui tout d’un coup se rend compte qu’il n’est pas si facile d’accueillir des réfugiés.
Les solutions de fond, elles résident donc dans l’arrêt des ventes d’armes à des bandes armées de tout acabit, l’arrêt du soutien à des régimes comme celui de l’Arabie saoudite qui après avoir fomenté la création de l’État islamique se voit confier la tâche de son éradication.
Elles résident dans la fin du pillage des ressources des pays du Sud et des confrontations armées qui n’ont d’autre but que de permettre l’intervention militaire des pays occidentaux.
Elles résident dans l’annulation du système de la dette qui ne fonctionne aujourd’hui que comme mécanisme de pompage des richesses des peuples au bénéfice des banques.
Elles résident dans la dénonciation des accords de libre-échange qui, eux aussi, bafouent la souveraineté des peuples et renforce le pillage des richesses du Sud au bénéfice des banques et des multinationales du Nord.
Et en attendant, l’urgence est dans le respect des droits et des conventions relatifs à la migration et à l’asile, la mise en place de mécanismes d’accueil et d’insertion permettant d’instaurer des rapports d’humanité et de respect de la dignité.

Auteur

Lucile Daumas membre d’Attac/Cadtm Maroc

samedi 7 décembre 2013

Rappel : jeudi 5/12 à Grenoble : LA LUTTE DES FEMMES DE OUARZAZATE (MAROC) CONTRE LES DÉRIVES DU MICRO-CRÉDIT



Bonjour 
Dans le cadre de la SSI (Semaine de Solidarité Internationale), notre association organise une soirée-débat exceptionnelle avec le CIIP et le CADTM sur les luttes menées par les femmes des familles pauvres du sud du Maroc contre les dérives du microcrédit.
Notre amie Lucile Daumas y interviendra, venue spécialement de Ouarzazate.
En effet certaines des organisations marocaines agréées pour développer ce système n'hésitent pas à commettre de multiples abus (prêts à la consommation au lieu de prêts aux investissements productifs, taux d'intérêts quasi-usuraires etc..) pour extorquer de l'argent à ces femmes.
Elles ont décidé de se regrouper pour se défendre et nous allons discuter le 5 décembre des moyens de leur manifester notre solidarité.
Tous les détails sont dans la pièce jointe.
A bientôt,
Marc Ollivier 



DANS  LE  CADRE  DE  LA  SEMAINE  DE  LA  SOLIDARITÉ  INTERNATIONALE



Jeudi 5 décembre 2013, de 19h30 à 22h30 
MAISON DES ASSOCIATIONS
2 rue du Temple
38000 Grenoble


 


LA LUTTE DES FEMMES DE OUARZAZATE (MAROC)



CONTRE LES DÉRIVES DU MICRO-CRÉDIT





Conçu comme une innovation financière pour créer des micro-entreprises et des micros emplois, le micro-crédit a rapidement connu des dérives souvent accompagnées de  taux d’intérêt usuraires. Progressivement, sous la pression de certaines banques, il a débordé son domaine initial pour financer des prêts à la consommation, alors que les familles pauvres ne pouvaient pas les rembourser.  Si bien qu'au lieu de réduire la pauvreté, de telles dérives n'ont fait que l'aggraver et approfondir la crise sociale.

A Ouarzazate, les femmes victimes de ces dérives ont décidé de les combattre et ont créé une association pour se défendre. Mais Amina Mourad et Ben Nasser Smaïni, ses animateurs, font l'objet de poursuites judiciaires.





Programme de la soirée



·       19h30 – Petit buffet d'accueil



·       20h - Projection d'un video-reportage de Souad Guennoun sur des témoignages recueillis sur place et sur des manifestations.
   https://www.youtube.com/watch?v=1peNIMd5n_U



·       20h30 - Exposé sur les luttes contre les dérives du micro-crédit au Maroc par Lucile Daumas, militante d'ATTAC/CADTM-Maroc.



·       21h - Débat sur le micro-crédit et ses conséquences. Quelles alternatives possibles ? Projets d'actions de solidarité avec l'association créée par les femmes combatives de Ouarzazate.





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Organisateurs : Maroc Solidarités Citoyennes – CADTM – CIIP

avec le soutien d'ATTAC-38, de la Ligue des droits de l'Homme-38,

de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté-38,

d'Organisation Femmes Égalité, du Rassemblement Nouveau à Gauche d’Échirolles
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Campagne internationale de solidarité avec les victimes des microcrédits/ 
Campaña internacional de solidaridad con las victimas de los microcréditos/ 
International campaign with microcredits victims


 dernière vidéo avec témoignages et déclaration 
    https://www.youtube.com/watch?v=1peNIMd5n_U


Solidarité avec Amina Morad et Benasser Ismaini, coordinateurs du mouvement des victimes des organismes de microcrédits de la région de Ouarzazate, passibles de 5 ans de prison pour avoir dénoncé les abus des organismes de microcrédits et défendu les nombreuses victimes de ces organismes
Le verdict sera prononcé au tribunal de Ouarzazate le 17 décembre 2013 :
Depuis début 2011, 4500 personnes, dont une majorité de femmes, organisées dans l’Association de Protection Populaire pour le Développement Social mènent un combat courageux contre les organismes de microcrédit pour abus de confiance et conditions de crédit insoutenables qui ont entraîné leur surendettement et une paupérisation aggravée. 

Leurs luttes  ont permis de démontrer que le système du microcrédit, loin d’être un instrument de lutte contre la pauvreté, enfonce davantage les familles, les femmes en particulier, dans une spirale de problèmes, tant financiers que matériels et familiaux.

Depuis début 2011, quatre organismes de microcrédit avaient porté plainte contre Amina Morad et Bennasser Ismaïni pour escroquerie, diffamation et menaces. Après plusieurs reports du procès, les plaintes avaient été retirées et les deux militants avaient été blanchis lors du procès en 1ère instance. Mais un nouvel organisme, INMAA, lié à l’ONG AMSED et à Planet Finances a relancé l’affaire en appel. Après plusieurs reports, le procureur général a requis une peine maximum de 5 ans de prison ferme pour Amina Mourad et Benasser Ismaini, les deux coordinateurs du mouvement des victimes des organismes de microcrédits de la région de Ouarzazate.



 Exigeons l’acquittement et l’arrêt des poursuites contre Amina Mourad et Benasser Ismaini.

Déclarons notre pleine solidarité avec le mouvement des victimes des organismes de microcrédits au Maroc.

Voici les numéros de fax des institutions concernées:

- Province de Ouarzazate : 00212 5  24 88 25 68


- Cour d'appel Ouarzazate :00212 5 24 88 20 42
- Ministère de la Justice : 00212 5 37 72 37 10 ou cabinet@justice.gov.ma

 

vendredi 22 juillet 2011

La Réforme constitutionnelle au Maroc : au-delà des 98,5% de oui, un échec pour la monarchie

Par Lucile Daumas, Lakome Chronique d'opinion, 19/7/2011

. Lorsque le 9 mars Mohamed VI annonce à la télévision qu’il va réformer la constitution, il n’ a qu’une idée en tête. Quelques jours auparavant, ses collègues Ben Ali et Mubarak ont été chassés du pouvoir par leurs peuples respectifs. Au Maroc, la rue gronde également.

Le 20 février une poignée de jeunes a pu faire descendre dans la rue des milliers de manifestants, dans plusieurs dizaines de villes. Proposer une réforme de la constitution a un triple avantage : essayer de désamorcer un mouvement encore naissant en répondant à l’ une des revendications-phare des manifestants ; accréditer la thèse d’une « exception » marocaine, d’un Maroc où des rouages de débat démocratique fonctionneraient et où la rue serait entendue ; déplacer l’espace du débat de la rue vers des commissions plus feutrées et au final vers les urnes. Des lieux où les autorités sont plus à l’aise qu’un jeune mouvement revendiquant une farouche indépendance vis-à-vis des partis.

L’idée a plu auprès des partis, compromis depuis des décennies avec le Palais. Tous ont célébré le lendemain « la révolution du Roi et du peuple ». Elle a plu aussi auprès des chancelleries occidentales qui ont appuyé avec ferveur la proposition royale. Enfin un régime-ami qui offre une image présentable ! Mais l’idée n’a pas plu aux marocains et le 20 mars, la deuxième grande manifestation nationale du mouvement s’est étendue à plus d’une centaine de villes et a connu une participation beaucoup plus massive que celle du 20 février, des centaines de milliers de personnes.

En effet, tout le processus de réforme constitutionnelle reste sous contrôle royal qui nomme la commission ad hoc et fixe dès le départ les points sur lesquels il pourra y avoir réforme. La réponse est immédiate : « Pas de constitution en l’absence des populations ».

En outre, la réforme constitutionnelle est inséparable des autres revendications minimales élaborées par le mouvement du 20 février : arrêt de la corruption, indépendance de la justice, liberté de la presse, création d’emplois, justice sociale et répartition des richesses. Or le Palais répond à une seule des revendications, alors que les manifestants sont surtout animés d’une soif de liberté, de dignité, d’un besoin irrépressible faire entendre la volonté populaire.

Aussi, cette « bonne idée » n’a pas suffi à apaiser la colère des marocain(e)s qui désormais descendent dans la rue toutes les semaines, sur un fond de luttes sociales exacerbées : chômeurs, postiers, cheminots, médecins, enseignants, soldats anciens-prisonniers du Polisario, handicapés, imams des mosquées (une grande première !), mineurs, bidonvillois, et tant d’autres, multiplient les protestations, tolérées ou matraquées, selon les cas.

Dans ce contexte, le débat constitutionnel, s’il passionne les partis et corps constitués, ne fait guère florès auprès des autres catégories de la population. Parallèlement le printemps arabe se couvre de multiples tâches d’ombre et les images projetées en boucle par Al Jazeera, sont moins exaltantes que celles de janvier et février. Les dictateurs sont tombés, mais les mêmes équipes sont toujours aux postes de commandement. En Libye, au Yemen, en Syrie, la répression est sanglante. Il apparait clairement que la voie de la liberté est pavée d’embûches et que la route sera longue.

Le pouvoir marocain pense, dans ces circonstances, pouvoir stopper le mouvement. La répression, rarement frontale, s’étend, insidieuse, touche les militants, les journalistes, à leur poste de travail, les autorités locales multiplient les intimidations, allant jusqu’à passer dans les maisons pour dissuader les gens de sortir dans la rue. Des nervis, issus du lumpen (les fameux baltagis) et des policers en civil, remplacent les uniformes. Les matraques, les pierres, les cables électriques jaillissent des poches sans que les manifestants puissent les voir venir. La police protège les attaquants.

Parallèlement, la commission de réforme constitutionnelle accouche d’un texte qui apporte peu d’ouvertures par rapport à la constitution précédente. Le Roi reste le Commandeur des croyants, il contrôle tous les rouages importants de l’Etat, préside le Conseil supérieur de la Magistrature et le Conseil Supérieur de la Sécurité, est le chef suprême de l’Armée. Il nomme les grands commis, préside le Conseil des ministres. Il promulgue les lois. Pire encore, les multiples conseils et organismes qu’il a créés et qui n’ont de comptes à rendre qu’au Roi, sont légitimés par la nouvelle constitution, qui intègre aussi les fondamentaux des politiques libérales (privatisations, libre concurrence… ) Enfin, l’Islam reste religion d’Etat et la liberté de conscience n’est pas reconnue. La reconnaissance de la langue Amazigh comme langue officielle (mais pas au même titre que l’arabe) et la nécessité pour le Roi de choisir son premier ministre au sein du parti majoritaire lors des élections législatives ne suffisent pas à conférer au nouveau texte un statut de Constitution démocratique et populaire.

En outre, les conditions dans lesquelles s’est déroulée la campagne référendaire bouclée en 10 jours (liberté d’expression pour les seuls tenants du OUI, subventions démesurées aux partis prônant le OUI, mobilisation de tous les moyens de propagande publics et privés, par l’argent ou et la coercition, interdiction et perturbation violente des manifestations pro-boycott par des éléments organisés et protégés par la police)# ont rappelé aux anciens l’atmosphère lourde des années Hassan II. Le déroulement du vote lui-même, entaché de multiples irrégularités (propagande du OUI jusque dans les salles de vote, non vérification des cartes d’électeurs, non signature des registres, etc.) est venu contrecarrer post ante les termes mêmes de la constitution, garante du pluralisme, d’élections libres et transparentes. Les résultats, dignes d’une république bananière, 98,5% de OUI, traduisent bien cette mascarade de référendum, transformé explicitement en plébiscite pour le Roi. C’est un échec cuisant pour une monarchie qui a jusque là voulu vendre une image de monarque éclairé, démocrate. Les manifestants ne s’y sont pas trompés. Deux jours après ils redescendent dans la rue, continuent à demander la fin du despotisme et clament désormais « Vive le peuple ! ». Seuls les gouvernements occidentaux n’ont rien voulu voir, trop empressés de soutenir contre vents et marées, le régime marocain, garant de la pérennité de leurs intérêts et de ceux de leurs entreprises. La même cécité que pour les régimes tunisien et égyptien…. avant leur chute !

Loin d’avoir apaisé la colère de la rue, la Réforme constitutionnelle donne la preuve du refus de la monarchie de céder le moindre pouce de son pouvoir et de répondre un tant soit peu aux revendications démocratiques, économiques et sociales du peuple marocain. Dans la conjoncture actuelle, ce n’est pas une preuve de force, mais bien une preuve d’échec. Dans les rues, les manifestants annoncent « ceci n’est qu’un début, nous ne lâcherons pas ! ».

11/07/2011

Lucile Daumas

Attac Maroc
http://fr.lakome.com/opinion/62-chroniques-dopinion/556-la-reforme-constitutionnelle-au-maroc-au-dela-des-985-de-oui-un-echec-pour-la-monarchie.html