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samedi 19 juillet 2014

La France doit mettre fin à toute activité économique avec les colonies israéliennes

FIDH - Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme
CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement)
Communiqué de presse

 
La France doit mettre fin à toute activité économique avec les colonies israéliennes
Dossier « Mesures européennes contre la colonisation israélienne », les incohérences de la politique économique française vis-à-vis des colonies

Paris, le 17 juillet 2014 - L’escalade de la violence dans la bande de Gaza ces dernières semaines doit conduire l’Union européenne et ses Etats membres à appeler Israël et la Palestine à respecter le droit international. C’est pourquoi, le CCFD-Terre Solidaire et la FIDH demandent à la communauté internationale de se conformer à ses propres obligations, dont celles liées aux colonies. Les États ont notamment le devoir d’exclure les colonies des avantages économiques concédés, et d’y cesser toutes relations commerciales.
Or, un an après la décision de l’Union européenne d’exclure de ses financements les entités israéliennes établies ou déployant des activités dans les territoires occupés, le CCFD-Terre Solidaire et la FIDH dénoncent l’absence de mesures concrètes et efficaces prises par les États membres, dont la France, pour véritablement mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes.

Dans le document « Mesures européennes contre la colonisation israélienne » publié aujourd’hui, le CCFD-Terre Solidaire et la FIDH passent au crible 4 éléments centraux de la politique de coopération entre Israël, l’Union européenne et 5 pays européens (Allemagne, France, Irlande, Pays-Bas et Royaume-Uni) : l’étiquetage des produits issus des colonies, leur importation en UE, la dissuasion des entreprises de mener des activités commerciales dans les colonies et l’exclusion de ces dernières des accords bilatéraux et des instruments de coopération. Sur ces sujets, les deux organisations déplorent que les pays membres de l’UE en restent aux déclarations d’intention et ne mettent pas en place des actions concrètes.

« L’Europe doit prendre ses responsabilités. L’existence des colonies a un impact direct sur les démolitions de maisons, les confiscations de terres et l’occupation militaire en Cisjordanie. Il est temps que la France après l’Union européenne adopte des dispositions claires qui limitent ses relations économiques au territoire d’Israël. Il est temps aussi que l’UE impose une mesure en discussion depuis plus d’un an : l’étiquetage des produits des colonies pour que les consommateurs puissent choisir en connaissance de cause » a déclaré Bernard Pinaud, Délégué général du CCFD-Terre Solidaire.

Fin juin 2014, la France, après l’Allemagne et le Royaume-Uni, a publié sur le site du Ministère des affaires étrangères un avis informant ses citoyens et ses entreprises des risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies israéliennes. Une dizaine d’États européens ont à ce jour publié un avis similaire. Ces avis représentent une avancée, mais le CCFD-Terre Solidaire et la FIDH estiment que d’autres mesures doivent être prises pour mettre un terme aux échanges économiques avec les colonies.

« Des entreprises françaises, dont l’État français est parfois actionnaire, mènent directement ou par le biais de partenaires commerciaux, des activités commerciales ou financières dans les colonies, telles Dexia, Orange, Veolia ou Alstom. La France doit être davantage explicite et requérir de ses citoyens et entreprises qu’ils s’abstiennent de telles activités. Elle doit également rappeler les violations que cela implique au regard du droit international humanitaire et de droits de l’Homme » a ajouté Karim Lahidji, président de la FIDH.

L’Union européenne et les gouvernements européens doivent impérativement se coordonner pour envoyer un signal politique fort au gouvernement israélien, pour l’amener à mettre un terme à sa politique de colonisation en Territoire palestinien occupé et accepter un accord de paix fondé sur la solution à deux États.

Télécharger le document « Mesures européennes contre la colonisation israélienne »

Ces mesures devraient également s'appliquer au Sahara Occidental, colonie marocaine soutenue par la France (NDLR)



mardi 10 décembre 2013

Hollande l’Africain, comme au bon vieux temps des colonies


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Par Noël Mamère, Député de Gironde,  10/12/2013
Trois évènements concomitants mais de nature différente, la disparition de Nelson Mandela, le sommet de l’Elysée, l’intervention des forces françaises en Centrafrique, ont permis de braquer les projecteurs sur le continent de toutes les ambigüités.
Le bal des hypocrites autour de la dépouille du militant intraitable, fondateur de l’ANC, qui fut emprisonné 27 ans durant dans les geôles de l’apartheid a atteint des sommets à Paris.
L’hommage de François Hollande, le nouveau parrain des guerres préventives contre le « terrorisme », rendu à Madiba au milieu d’une brochette de dictateurs africains, frisait l’indécence. Il y avait en effet de quoi être mal à l’aise à entendre le Président exalter un « tous ensemble » qui cachait mal la défense des intérêts stratégiques de la France dans cette partie du monde.

Nos amis les dictateurs

Nos amis les dictateurs torturent, emprisonnent et assassinent leurs opposants avec notre approbation, volent leurs peuples avec notre consentement muet, tandis que nous leur déployons le tapis rouge. Nous leur tissons des couronnes de lauriers pendant qu’ils vont se pavaner dans leurs « biens mal acquis », ces hôtels particuliers où, eux et leurs familles planifient leurs mauvais coups dans le dos de leurs peuples.
Il ne manquait plus que Jacques Foccart et Jean Christophe Mitterrand pour nous rappeler que la Françafrique continue de plus belle, contrairement à ce que veut faire croire la propagande du Quai d’Orsay. Loin de l’avoir reléguée aux oubliettes de notre histoire coloniale, François Hollande l’Africain lui a donné un nouveau souffle en ripolinant l’armée française et en requinquant les dictateurs.
Nous ne serions donc plus là pour soutenir les régimes corrompus, mais pour « sauver » les populations en détresse.

Cannibalisme

Mais qui continue à piller les ressources, qui exploite les mines d’uranium, qui rachète les terres, qui contrôle les ports et le transit des marchandises ? Qui a des bases militaires pour intervenir sur tout le continent ? Les patrons de Bolloré, Bouygues, Total, Areva et autres se frottent les mains. Sommes-nous obligés de défendre des entreprises comme Areva qui paient au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, 70 millions d’euros par an de redevance alors que l’essentiel de l’uranium importé par la France provient de son sol ? Grâce à la Françafrique, nos parts de marchés peuvent être sauvegardées face aux Chinois ou aux Américains. Business as usual.
Le cas de la Centrafrique est de ce point de vue emblématique. Valery Giscard d’Estaing chassait avec Bokassa 1er, qui le récompensait en diamants. Comme le cannibalisme de ce dernier était trop voyant, on envoya quelques régiments s’en défaire en transportant dans un Transall, David Dacko, le gérant choisi par la France. Il fut renversé et, après quelques péripéties, François Bozizé, le nouvel élu de l’Elysée, prit sa place.

Montrer ses muscles

Celui ci ne fut pas le moins corrompu et répressif, mais il se heurta bien vite à Idriss Deby, notre ami tchadien, qui l’avait installé avec notre bénédiction. Incapable de réprimer les rebellions et les dissidents tchadiens arrivés sur son sol, Bozizé se heurta à Deby, qui arma des milices du Nord du pays regroupées sous l’étiquette politique de la Seleka.
Comme François Hollande préparait à cette époque l’envoi de troupes au Mali, il laissa Deby, dont il avait besoin pour repousser les groupes djihadistes, renverser l’autocrate centrafricain par Seleka interposée. Le chaos s’installa, milices du Nord et défenseurs de Bozizé s’affrontant dans une guerre de basse intensité où les massacres ethniques succédaient aux pogroms…
Une nouvelle fois, nous allons « libérer » la Centrafrique et dégager son Président, comme François Hollande l’a déclaré au sommet de l’Elysée.
Comment gèrerons nous un Etat en déliquescence totale, alors que pas un de nos partenaires européens ne veut nous suivre dans cette galère ? Quel pays est prêt à payer la reconstruction d’Etats que nous avons contribué à affaiblir par notre politique de prédateur depuis le temps des indépendances ? Quels sont les adversaires ? Quels sont les buts de guerre ? Une fois de plus, la France s’engage en Afrique, comme si elle était devenue un terrain de manœuvres militaires où l’on montre ses muscles sans définir les objectifs.

Comme au bon vieux temps des colonies

Nous ne faisons que perpétuer un mécanisme propre à l’Afrique de l’Ouest, avec le maintien du franc CFA, l’entretien des bases militaires permanentes et des réseaux d’obligés et de barbouzes. On pratique comme au bon vieux temps des colonies :
  • le lundi on vote les subventions de la PAC aux gros agriculteurs, qui revendent leurs stocks sur les marchés africains ;
  • le mardi les prix des produits alimentaires flambent, tandis que le bas coût des produits manufacturés, textiles ou autres, détruit la production locale ;
  • le mercredi, on met en place un mécanisme de la dette qui entraîne le paiement à l’infini de ses intérêts ;
  • le jeudi, on fait pression sur les États sous perfusion pour qu’ils privatisent les services publics afin de rembourser les intérêts de cette dette ;
  • le vendredi, le démantèlement de ces États, la baisse du pouvoir d’achat des paysans et des fonctionnaires mis au chômage par la hausse du prix des denrées alimentaires, provoque crises alimentaires et famines ;
  • le samedi, des émeutes éclatent, aussitôt suivies par des crises identitaires que renforce l’affrontement entre les partisans d’un islam financé par nos « amis » du Qatar et de l’Arabie Saoudite et les catholiques ou les évangélistes protestants contrôlés par les églises américaines ;
  • le dimanche, l’armée française, appelée à l’aide par des dirigeants aux abois, intervient pour remettre de l’ordre et repousser les milices un peu plus loin, étendant la crise qu’elle prétendait juguler.

Fallait-il intervenir dans ces conditions ?

Sarkozy avait créé un précédent avec la Libye : les groupes mercenaires touaregs ont essaimé au Mali. Chassés du Mali, ils se répandent dans tout le Sahel et, au-delà, dans l’Afrique centrale, du Cameroun au Nigeria. En Centrafrique les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Fallait-il intervenir dans ces conditions ? Il peut paraître cynique de répondre non devant le consensus suscité par l’émotion que chacun a pu ressentir devant les images de la souffrance du peuple centrafricain.
Il faudra quand même un jour sortir de cette logique où l’on considère que notre devoir d’assistance et nos intérêts bien compris l’emportent toujours sur la souveraineté des peuples africains. Sommes-nous condamnés à jouer le rôle de pompier pyromane et de gendarme en Afrique ? Ce continent et ses peuples valent mieux que notre hypocrisie post-coloniale.
 http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/12/10/hollande-lafricain-comme-au-bon-vieux-temps-des-colonies-231892

vendredi 22 novembre 2013

François Hollande en Israël et Palestine: un voyage très problématique


 

On a parlé d’un voyage placé sous le signe de « l’équilibre » entre Israël et Palestine. Si même cela avait été le cas, cela poserait pro­blème pour la simple raison qu’occupés et occu­pants ne peuvent être mis sur le même plan, sauf à consi­dérer l’occupation comme étant bana­lement dans la nature des choses…

Mais pire, la délé­gation qui accom­pa­gnait le Pré­sident donnait à voir un vrai dés­équi­libre entre d’un côté les sou­tiens incon­di­tionnels d’Israël pré­sents en tant que tels et en nombre, une armée de chefs d’entreprises avides de pros­pecter le marché israélien et pour cer­tains com­plices de la colo­ni­sation et, de l’autre, quelques rares per­son­na­lités sou­cieuses d’une approche sous le signe du droit.

Sur le fond poli­tique, il est hau­tement signi­fi­catif que François Hol­lande ait choisi dès son arrivée de se placer, à propos du nucléaire iranien, en totale com­mu­nauté d’esprit avec les diri­geants israé­liens. Sans seulement s’interroger sur le dés­équi­libre stra­té­gique introduit, au delà même de la région, par l’arsenal nucléaire israélien, ni avancer la pers­pective d’un Moyen-​​Orient sans armes nucléaires. C’était accepter la priorité que tente d’imposer Israël : le pro­blème ne serait ni l’occupation, ni la colo­ni­sation, mais le nucléaire iranien !



François Hol­lande, après un éloge vibrant de la démo­cratie israé­lienne sans un mot sur les dis­cri­mi­na­tions à l’égard de ses citoyens pales­ti­niens ou de l’éviction en cours des Bédouins du Néguev, a repris la formule de Nicolas Sarkozy sur Jéru­salem capitale des deux Etats. Quant à la colo­ni­sation, il a certes affirmé qu’elle devait prendre fin, mais sans assortir cette affir­mation de la moindre exi­gence pouvant la rendre cré­dible ni en rap­peler expli­ci­tement l’illégalité. Comme si on pouvait sans se dis­cré­diter esquiver la question des sanc­tions contre l’occupant.

Paroles, donc, encore et toujours.

Le plus grave est sans doute qu’il ait demandé, « en toute inno­cence », aux Pales­ti­niens de « faire un geste » dans les négo­cia­tions, les Israé­liens en ayant déjà fait un avec la libé­ration des pri­son­niers. Il sem­blait ignorer que la libé­ration des pri­son­niers d’avant Oslo était actée dès le sommet de Charm el Cheikh de … 1999 ! Et ne pas saisir l’absurdité de son propos quand, depuis le début de ces « négo­cia­tions », les mises en chantier de nou­veaux loge­ments pour les colons et des­truc­tions de maisons pales­ti­niennes se suc­cèdent à un rythme sans pré­cédent. Pour ne rien dire de la répression quo­ti­dienne de la résis­tance popu­laire. On ose espérer qu’il n’a pas suggéré aux Pales­ti­niens, comme l’affirment cer­tains com­men­ta­teurs, de recon­naître qu’Israël a des « droits his­to­riques » sur ce que nous appelons depuis tou­jours la Palestine. Ce serait, par une régression gra­vissime, se placer sur le terrain piégé des mythes et quitter celui de la politique.

Nous avons donc après ce voyage mal­heu­reu­sement encore plus d’interrogations qu’avant sur la cohé­rence et les objectifs de la poli­tique fran­çaise.

Elles ne nous détour­neront pas du chemin qui est le nôtre : ren­forcer le mou­vement de soli­darité avec la Palestine, élargir le réseau des élus qui se retrouvent à nos côtés pour redire qu’aucune solution au conflit ne sera pos­sible hors du droit et, forts de l’appui d’une majorité de nos conci­toyens, inter­peller sans relâche ni décou­ra­gement le gou­ver­nement pour l’amener à changer de poli­tique. Car hors d’une solution fondée sur le droit, c’est le chaos qui s’imposerait.

Le Bureau national

jeudi 5 novembre 2009

Marrakech Express



Par M.Saâdoune, le Quotidien d'Oran, 3/11/2009

 Démocrates ou républicaines, noirs ou blancs, les secrétaires d’Etat
 américains se suivent et se ressemblent dans le soutien à l’arbitraire
 et l’expression d’une ligne antihumaniste brutale. Moins qu’aucun de
 ses prédécesseurs récents, Mme Clinton ne déroge pas à la règle.

Après  avoir signifié l’alignement-reddition de Barack Obama, la secrétaire
 d’Etat, en visite dans la capitale arabe du plaisir (au sens civilisé
 du terme) par excellence, Marrakech, pour un improbable «sommet de
 l’avenir», a tenu à calmer la gêne de ses alliés arabes, très
 embarrassés par l’alignement de Washington sur la ligne du Likoud.
 Mme Clinton, avec, malgré tout, plus de talent (ce qui n’est pas un
 exploit) que la précédente titulaire du secrétariat d’Etat, atenté de
 noyer le poisson de la reculade sans fard de l’administration Obama
 sur la question clé de la poursuite de la colonisation des territoires
 occupés par Israël.
 Il fallait bien, comme à l’habitude, un service minimum de la nuance
 et rassurer, autant que faire se peut, des alliés arabes
 définitivement modérés. Mme Clinton s’est donc livrée à l’une de ces
 contorsions sémantiques qui feraient sourire si elles ne signifiaient
 pas tant de misère et tant de malheur pour le peuple palestinien.
 Ainsi donc, selon l’honorable chef de la diplomatie de l’empire, il ne
faudrait pas voir de mal dans l’appel (l’ordre ?) lancé ou intimé aux
 Palestiniens : Washington réprouve toujours la poursuite de la
 colonisation, mais estime qu’elle ne constitue pas un obstacle à la
 poursuite des négociations.
 Le propos, dans la douceur des riadhs sud-marocains propices à tant de
 suaves rêveries, est admirable de candeur. «Peace, love and
 happiness». Paix, amour et joie de vivre étaient bien le mot d’ordre
 des hippies des années soixante qui fréquentaient la royale oasis, à
 la recherche d’éphémères paradis fournis par les herbes locales.
 Mais il y a loin de Marrakech à Ghaza et les fumées que l’on peut y
 respirer ne sont pas de même nature. Ceux qui pensaient que l’ère
 Obama ouvrait sur des perspectives renouvelées doivent déchanter. Il
 n’y a plus nulle part place ni à l’innocence ni aux illusions.
 L’agenda de la soumission défendu par la secrétaire d’Etat a le grand
 mérite de le rappeler à ceux qui, émus par l’effet Obama, ont cru voir
 un changement essentiel dans la politique des Etats-Unis.
 L’expansionnisme colonial, avec un soubassement religieux dont se
 réclament les idéologues sionistes, est soutenu avec constance et
 détermination par un système politique qui n’a pas changé de nature.
 Même le secrétaire général de l’ineffable Ligue arabe reconnaît
 l’échec, tout en maintenant son «réservoir de confiance» en Obama. En
 ce sens, ce diplomate «modéré» fait un grand pas vers une réalité qui
 émerge cruellement des rideaux de fumée et des déclarations
 anesthésiantes. Il y aura encore un effort de réalisme à faire, avant
 d’admettre que seule la résistance est le moyen de «négocier» avec un
 ennemi fanatisé et immoral. La déclaration sans conviction ni
 substance de Marrakech n’y changera rien.