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mardi 10 décembre 2013

Hollande l’Africain, comme au bon vieux temps des colonies


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Par Noël Mamère, Député de Gironde,  10/12/2013
Trois évènements concomitants mais de nature différente, la disparition de Nelson Mandela, le sommet de l’Elysée, l’intervention des forces françaises en Centrafrique, ont permis de braquer les projecteurs sur le continent de toutes les ambigüités.
Le bal des hypocrites autour de la dépouille du militant intraitable, fondateur de l’ANC, qui fut emprisonné 27 ans durant dans les geôles de l’apartheid a atteint des sommets à Paris.
L’hommage de François Hollande, le nouveau parrain des guerres préventives contre le « terrorisme », rendu à Madiba au milieu d’une brochette de dictateurs africains, frisait l’indécence. Il y avait en effet de quoi être mal à l’aise à entendre le Président exalter un « tous ensemble » qui cachait mal la défense des intérêts stratégiques de la France dans cette partie du monde.

Nos amis les dictateurs

Nos amis les dictateurs torturent, emprisonnent et assassinent leurs opposants avec notre approbation, volent leurs peuples avec notre consentement muet, tandis que nous leur déployons le tapis rouge. Nous leur tissons des couronnes de lauriers pendant qu’ils vont se pavaner dans leurs « biens mal acquis », ces hôtels particuliers où, eux et leurs familles planifient leurs mauvais coups dans le dos de leurs peuples.
Il ne manquait plus que Jacques Foccart et Jean Christophe Mitterrand pour nous rappeler que la Françafrique continue de plus belle, contrairement à ce que veut faire croire la propagande du Quai d’Orsay. Loin de l’avoir reléguée aux oubliettes de notre histoire coloniale, François Hollande l’Africain lui a donné un nouveau souffle en ripolinant l’armée française et en requinquant les dictateurs.
Nous ne serions donc plus là pour soutenir les régimes corrompus, mais pour « sauver » les populations en détresse.

Cannibalisme

Mais qui continue à piller les ressources, qui exploite les mines d’uranium, qui rachète les terres, qui contrôle les ports et le transit des marchandises ? Qui a des bases militaires pour intervenir sur tout le continent ? Les patrons de Bolloré, Bouygues, Total, Areva et autres se frottent les mains. Sommes-nous obligés de défendre des entreprises comme Areva qui paient au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, 70 millions d’euros par an de redevance alors que l’essentiel de l’uranium importé par la France provient de son sol ? Grâce à la Françafrique, nos parts de marchés peuvent être sauvegardées face aux Chinois ou aux Américains. Business as usual.
Le cas de la Centrafrique est de ce point de vue emblématique. Valery Giscard d’Estaing chassait avec Bokassa 1er, qui le récompensait en diamants. Comme le cannibalisme de ce dernier était trop voyant, on envoya quelques régiments s’en défaire en transportant dans un Transall, David Dacko, le gérant choisi par la France. Il fut renversé et, après quelques péripéties, François Bozizé, le nouvel élu de l’Elysée, prit sa place.

Montrer ses muscles

Celui ci ne fut pas le moins corrompu et répressif, mais il se heurta bien vite à Idriss Deby, notre ami tchadien, qui l’avait installé avec notre bénédiction. Incapable de réprimer les rebellions et les dissidents tchadiens arrivés sur son sol, Bozizé se heurta à Deby, qui arma des milices du Nord du pays regroupées sous l’étiquette politique de la Seleka.
Comme François Hollande préparait à cette époque l’envoi de troupes au Mali, il laissa Deby, dont il avait besoin pour repousser les groupes djihadistes, renverser l’autocrate centrafricain par Seleka interposée. Le chaos s’installa, milices du Nord et défenseurs de Bozizé s’affrontant dans une guerre de basse intensité où les massacres ethniques succédaient aux pogroms…
Une nouvelle fois, nous allons « libérer » la Centrafrique et dégager son Président, comme François Hollande l’a déclaré au sommet de l’Elysée.
Comment gèrerons nous un Etat en déliquescence totale, alors que pas un de nos partenaires européens ne veut nous suivre dans cette galère ? Quel pays est prêt à payer la reconstruction d’Etats que nous avons contribué à affaiblir par notre politique de prédateur depuis le temps des indépendances ? Quels sont les adversaires ? Quels sont les buts de guerre ? Une fois de plus, la France s’engage en Afrique, comme si elle était devenue un terrain de manœuvres militaires où l’on montre ses muscles sans définir les objectifs.

Comme au bon vieux temps des colonies

Nous ne faisons que perpétuer un mécanisme propre à l’Afrique de l’Ouest, avec le maintien du franc CFA, l’entretien des bases militaires permanentes et des réseaux d’obligés et de barbouzes. On pratique comme au bon vieux temps des colonies :
  • le lundi on vote les subventions de la PAC aux gros agriculteurs, qui revendent leurs stocks sur les marchés africains ;
  • le mardi les prix des produits alimentaires flambent, tandis que le bas coût des produits manufacturés, textiles ou autres, détruit la production locale ;
  • le mercredi, on met en place un mécanisme de la dette qui entraîne le paiement à l’infini de ses intérêts ;
  • le jeudi, on fait pression sur les États sous perfusion pour qu’ils privatisent les services publics afin de rembourser les intérêts de cette dette ;
  • le vendredi, le démantèlement de ces États, la baisse du pouvoir d’achat des paysans et des fonctionnaires mis au chômage par la hausse du prix des denrées alimentaires, provoque crises alimentaires et famines ;
  • le samedi, des émeutes éclatent, aussitôt suivies par des crises identitaires que renforce l’affrontement entre les partisans d’un islam financé par nos « amis » du Qatar et de l’Arabie Saoudite et les catholiques ou les évangélistes protestants contrôlés par les églises américaines ;
  • le dimanche, l’armée française, appelée à l’aide par des dirigeants aux abois, intervient pour remettre de l’ordre et repousser les milices un peu plus loin, étendant la crise qu’elle prétendait juguler.

Fallait-il intervenir dans ces conditions ?

Sarkozy avait créé un précédent avec la Libye : les groupes mercenaires touaregs ont essaimé au Mali. Chassés du Mali, ils se répandent dans tout le Sahel et, au-delà, dans l’Afrique centrale, du Cameroun au Nigeria. En Centrafrique les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Fallait-il intervenir dans ces conditions ? Il peut paraître cynique de répondre non devant le consensus suscité par l’émotion que chacun a pu ressentir devant les images de la souffrance du peuple centrafricain.
Il faudra quand même un jour sortir de cette logique où l’on considère que notre devoir d’assistance et nos intérêts bien compris l’emportent toujours sur la souveraineté des peuples africains. Sommes-nous condamnés à jouer le rôle de pompier pyromane et de gendarme en Afrique ? Ce continent et ses peuples valent mieux que notre hypocrisie post-coloniale.
 http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/12/10/hollande-lafricain-comme-au-bon-vieux-temps-des-colonies-231892

vendredi 6 décembre 2013

Sommet de l'Élysée : La Françafrique consolide ses positions

7/12/2013


Sommet de l'Élysée : La Françafrique consolide ses positions

par Ali Idrissa (ROTAB, Publiez Ce Que Vous Payez - Niger), Gustave Massiah (Cedetim), Mireille Fanon Mendès-France (Fondation Frantz Fanon), Makaila Nguebla (journaliste tchadien), Issa N'Diaye (ancien ministre malien), Ramatou Soli (GREN Niger), Fabrice Tarrit (Président de Survie).
Tribune publiée par L'Humanité du 5/12/2013 
Décidé et convoqué par François Hollande, le « Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique » se tiendra les 6-7 décembre à Paris, rassemblant la plupart des chefs d’État africains, y compris les plus infréquentables. 
Si au fil des années des efforts ont été déployés pour masquer la dimension néocoloniale des sommets « France-Afrique », désormais dénommés « Afrique-France » et ouverts à des organisations internationales, l’intitulé de ce « Sommet de l’Elysée » ne cherche même pas à masquer le poids toujours aussi prépondérant de l’exécutif français dans la conduite de certains dossiers africains.
Malgré des écrans de fumée (organisation d’un événement sur le développement durable,  d'une réunion des « Premières dames d'Afrique » sur les violences faites aux femmes), le but de cette séquence diplomatique, ouverte    le 4 décembre à Bercy, par un Forum sur le modèle économique de partenariat entre l’Afrique et la France et conclue par un « mini-sommet sur la Centrafrique » est bien de consolider la puissance économique, diplomatique et militaire de la France sur le continent.
Ce rôle de « gendarme de l'Afrique » est contesté par une part croissante de l’opinion et par des représentants de la société civile française et africaine qui ont pris l’habitude d’organiser en contre-point des sommets France-Afrique des temps d’échange et de revendication. Il y a 15 ans, en 1998, alors que le Sommet du Louvre avait « la sécurité » comme thème principal, un contre-sommet avait été organisé, dénonçant l' « insécurité à la base » provoquée par les dérives de la Françafrique. Quinze ans plus tard, la plupart des despotes de l’époque sont toujours aux responsabilités (Idriss Déby, Denis Sassou Nguesso, Blaise Compaoré, Paul Biya) ou ont été remplacés par leurs fils (Ali Bongo, Faure Gnassingbé). Tout en en prétextant vouloir renforcer les capacités des troupes africaines, dans l’esprit du dispositif RECAMP inauguré en grande pompe lors du Sommet du Louvre, la France poursuit ses interventions unilatérales en Afrique en les faisant cautionner par les institutions multilatérales (ONU, UA). Elle mobilise au passage des armées supplétives africaines comme l'armée tchadienne, dont l'intervention au Mali a redonné une stature diplomatique favorable au président Déby, pourtant impliqué dans la déstabilisation et la crise humanitaire dramatique que connaît aujourd'hui la Centrafrique. La faiblesse des organisations sous-régionales et internationales dans le règlement de telles situations entraîne ce  cruel paradoxe qui voit les forces françaises et tchadiennes apparaître à beaucoup comme le seul recours efficace, quand bien même ces dernières ont une responsabilité écrasante dans l'aggravation de certaines situations humanitaires, qui ont toujours des racines politiques.
Ce positionnement en première ligne de la France dans des interventions menées  « au nom des droits de l’Homme » ou du « devoir de protection des populations » en Libye, en Côte d’Ivoire, au Mali et aujourd’hui en Centrafrique, camoufle ainsi les conséquences néfastes de plus de 50 années de soutien à des dictateurs africains et d’interventions armées généralement menées à leur profit ou à celui des intérêts stratégiques français, qui ont largement contribué à l’instabilité de certaines zones du continent. Le bilan de ces interventions n’a jamais été dressé, sinon par les militaires eux-mêmes qui ont opportunément saisi le prétexte de l’intervention au Mali pour convaincre le Parlement français de maintenir leurs crédits et renforcer le pré-positionnement de forces françaises en Afrique. Ils sont soutenus dans cette stratégie par des travaux parlementaires publiés opportunément à quelques jours du Sommet et du vote de la nouvelle Loi de programmation militaire. On a même pu voir dans ces travaux des élus, tels l'ancien Ministre de la coopération Jean-Marie Bockel et l'ancien conseiller Afrique de François Mitterrand Jeanny Lorgeoux, réclamer le retour d'une cellule africaine à l’Élysée et la création de nouvelles bases militaires en Afrique.
http://www.leparisien.fr/images/2013/12/06/3382907_ide-centrafrique.jpg
http://www.masalamag.us/wp-content/themes/wpnewspaper/timthumb.php?src=http%3A%2F%2Fwww.masalamag.us%2Fwp-content%2Fuploads%2F2013%2F11%2Ffrance_afrique.jpg&q=90&w=458&zc=1A l’heure où une nouvelle intervention française en Afrique a été décidée en dehors de tout contrôle parlementaire et débat public,  la mobilisation de la société civile reste plus que jamais nécessaire. Le retour en grâce de l’idéologie légitimant les interventions françaises en Afrique peut et doit être combattu, à condition que le contre-discours citoyen tentant d'éclairer les zones d'ombres dans le jeu des puissants et des cyniques puisse être entendu, ce qui n'a quasiment pas été possible depuis le début de la guerre au Mali. Il n'y a pas qu'en Afrique que le poids de l'influence des militaires sur les institutions et le débat public présente une menace pour la démocratie.