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mercredi 9 décembre 2015

Noël Mamère : « La dérive sécuritaire a toujours été mortelle pour la gauche »



LE MONDE |
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Noël Mamère, le député écologiste, le 12 novembre 2015, lors d'un meeting à Montpellier | PASCAL GUYOT / AFP

Par Noël Mamère

Ils ont gagné ! La réponse ultra-sécuritaire que le président de la République, François Hollande, et le gouvernement socialiste sont en train de donner aux attentats du 13 novembre en région parisienne n’est, en effet, rien d’autre qu’une capitulation devant l’infâme et un renoncement aux valeurs de notre pacte démocratique. Au nom de la « guerre contre le terrorisme », ils construisent, jour après jour, les fondements d’un régime policier, sous les applaudissements d’une grande majorité de Français, qui se réveilleront demain avec la gueule de bois, quand ils prendront enfin la mesure des atteintes à leurs libertés collectives et individuelles.
Contaminée par les trois maladies du siècle – la tyrannie de l’émotion, la dictature de l’instant et la simplification –, la gauche de gouvernement perd son âme. A force de reprendre, mot pour mot, les formules de la droite la plus sécuritaire, elle a fini par banaliser ses idées. Alain de Benoist et ses amis du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne peuvent se frotter les mains, leur pari gramscien de l’hégémonie culturelle est en passe de réussir. L’impensé politique de la gauche n’aura pas été pour rien dans cette effarante victoire.
La famille Le Pen était sans doute à cent lieues d’imaginer que ce cadeau viendrait de la gauche devenue une machine à recycler quelques-unes de ces idées les plus folles, comme la déchéance de nationalité pour des doubles nationaux nés Français, première brèche ouverte dans le sacro-saint droit du sol. Pour ceux qui, minoritaires sans doute en ces temps de présentisme perpétuel dont la principale fonction est d’effacer la mémoire, se référeront à l’histoire, ils découvriront que cette abominable disposition remonte à Vichy, quand ce régime, sous-traitant des nazis, pourchassait les juifs et les résistants de la main-d’œuvre immigrée… Que le président de la République veuille inscrire cette infamie dans notre Constitution, pour des raisons bassement politiciennes, est une insulte à leur mémoire.
Il y a juste soixante ans, la IVe République avait entamé son agonie par le vote de la loi de 1955 sur l’état d’urgence, suivie, un an plus tard, des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet. On sait ce qu’il est advenu : la guerre d’Algérie, avec ses morts pour rien et la banalisation de la torture, qui s’est terminée, en mai 1958, par la prise de pouvoir du général de Gaulle à la faveur d’un putsch qui ne dit pas son nom, puis par le massacre des Algériens, le 17 octobre 1961, et la tuerie de Charonne en février 1962, sous les ordres du sinistre préfet Papon. Certes, comparaison n’est pas raison et certains crieront à la caricature. Pourtant, en installant l’état d’urgence permanent, François Hollande retrouve les accents de Guy Mollet qui, lui aussi, avait cru engranger une popularité fugace en enfourchant les positions de la droite et de l’extrême droite, déjà représentée par un député poujadiste du nom de Jean-Marie Le Pen.

La gauche le paiera cher

L’état d’urgence a été instauré et prolongé, nous dit-on, pour donner à la police une efficacité qu’elle n’aurait pas en temps normal. Mais en quoi les interdictions de manifestations, en raison « de troubles à l’ordre public », comme celles des écologistes, ou en faveur des migrants, servent-elles à la lutte contre le terrorisme ? Comment peut-on affirmer respecter l’État de droit quand tout individu peut être suspecté en fonction de son « comportement », être assigné à résidence ou empêché de se déplacer librement en fonction de « menaces fondées sur des présomptions sérieuses » ? Comment ne pas s’inquiéter de perquisitions administratives, qui relèvent de la décision des préfets, en dehors de tout cadre judiciaire ? Sans oublier la mise sous contrôle d’Internet, la conservation de données informatiques ou des fadettes de téléphone… Trop, c’est trop.
La dérive sécuritaire a toujours été mortelle pour la gauche et celle-ci le paiera cher. Les démiurges cyniques qui gèrent la communication de l’Elysée et de Matignon s’imaginent sans doute qu’ils peuvent à eux seuls remplacer la société et décréter quelles sont les bonnes et les mauvaises manières de se mobiliser contre le terrorisme. Ils pensent que la démagogie sécuritaire, inefficace mais spectaculaire, va leur permettre de déstabiliser leurs adversaires politiques de droite et de gauche, tout en rassurant les citoyens. Ils ont peut-être raison à très court terme, mais dans quelque temps, au prochain attentat, à la prochaine catastrophe, ceux qui les applaudissent aujourd’hui se retourneront contre eux.
Démagogie sécuritaire, inefficace, mais spectaculaire
En ayant fait le choix de gouverner par la peur, François Hollande et Manuel Valls – l’homme qui n’a pas hésité à parler de « menace chimique » quelques jours après les attentats – sont en train de donner les derniers coups de marteau sur le cercueil de la gauche.
Cette tentation libérale autoritaire n’est pas née en janvier ou le 13 novembre. Elle est, en fait, le révélateur d’une faillite politique, qui a conduit la gauche de gouvernement dans cette tragique impasse. Les premiers signes forts sont apparus avec la mort de Rémi Fraisse, que le pouvoir a d’abord présenté comme un dangereux zadiste, alors que ce jeune militant écologiste et pacifiste était bel et bien la victime des décisions d’une chaîne de commandement.

Décisions irresponsables

La commission parlementaire sur « le maintien de l’ordre dans le respect de la liberté d’expression et du droit de manifester », que j’ai présidée à la suite de cette tragédie, a été détournée. Au lieu de se demander comment adapter le maintien de l’ordre au respect du droit de manifester, elle a prôné une série de mesures visant à criminaliser les manifestants, à restreindre le droit de manifestation et à mettre en cause les libertés fondamentales. La belle unanimité des commissaires de droite et de gauche (moins la députée PC Marie-George Buffet et moi-même) laissait présager le pire. Il est arrivé.
C’est sur ce terreau que Mme Le Pen et ses amis du Front national pourront accéder demain à la présidence d’une ou de plusieurs régions et peuvent penser sérieusement aux plus hautes fonctions de l’Etat… Imaginez, alors, ce qu’un état d’urgence constitutionnalisé pourrait devenir entre les mains d’un gouvernement dirigé par le Front national ! Nous n’aurions alors que nos yeux pour pleurer.
Ceux qui prennent des décisions irresponsables aujourd’hui auront des comptes à rendre demain. Non seulement ils vont perdre le pouvoir, mais ils font disparaître pour longtemps les principes fondateurs et l’imaginaire de la gauche : Clemenceau remplacera Jaurès ; l’état de guerre deviendra l’ordinaire ; l’ordre policier se substituera à l’égalité et à la liberté. L’État socialiste n’aura pas terrorisé les terroristes, mais la société, au prétexte de la sauver. Qu’il ne compte pas sur moi et quelques autres pour l’accompagner dans cette descente aux enfers !
La Ve République est née de l’excès de l’état d’urgence. Elle peut aussi en mourir. Jamais le combat pour une VIe République, fondée sur la citoyenneté sociale et la démocratie, n’a été aussi impérieux. Décrétons l’état d’urgence démocratique !
Par Noël Mamère (Député écologiste)
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lundi 19 octobre 2015

Erri de Luca ou le courage de la désobéissance civile


mercredi 1 octobre 2014

Les musulmans de France victimes d’un apartheid qui ne dit pas son nom

Le blog de Noël Mamère.
Noël Mamère,
Député de Gironde
 29/9/2014

La décapitation d’Hervé Gourdel, acte barbare d’un groupe fasciste se revendiquant de Daesh, suscite une émotion considérable et légitime dans le pays. Ce crime ignominieux envers un homme pacifique et cosmopolite ne doit pas être instrumentalisé pour enfermer un peu plus encore une partie de la population française dans un ghetto invisible.

Certains veulent y voir un moyen de réveiller l’islamophobie qui couve depuis des années.
Dès le lendemain de cet assassinat, le site internet du Figaro posait cette question dans un sondage qui ne laisse pas de doute quant à son instrumentalisation politique :
« Assassinat d’Hervé Gourdel : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? »

La responsabilité collective n’existe pas

Dans un pays, où les médias sont coutumiers des amalgames entre musulmans et terroristes, les réseaux sociaux ont immédiatement réagi et 45 minutes plus tard, la direction du Figaro.fr décidait de retirer ce sondage, d’après elle « mal interprété ». Ce simple fait en dit long sur le climat de suspicion, de méfiance, de peur, que certains s’ingénient à entretenir autour de la communauté musulmane qui, pourtant, n’a rien à voir avec les fascistes qui se cachent derrière les « soldats du djihad ».
Les musulmans n’ont en aucune manière à se justifier des crimes commis par les forces djihadistes. La responsabilité collective n’existe pas. Les musulmans ne sont pas plus responsables des actes barbares de Daesh que les chrétiens de l’inquisition ou les juifs de la politique d’Israël envers les palestiniens.
Les victimes de l’Etat islamique sont à 95% des musulmans chiites, sunnites ou kurdes. Ce sont les musulmans qui paient le plus lourd tribut à cette guerre commencée avec l’intervention américaine de 2003 en Irak.

Des ennemis intérieurs potentiels

Tout est organisé pour une assignation identitaire des musulmans, considérés désormais comme les vecteurs du terrorisme véhiculé par l’Etat islamique autoproclamé, comme des ennemis intérieurs potentiels. Si vous ne vous excusez pas, vous êtes un allié objectif des terroristes, un membre d’une cinquième colonne prête à trahir la France, la République, votre voisin…
Les médias, les intellectuels, les politiques, se relaient chacun dans leur style pour séparer le bon grain de l’ivraie, le bon du mauvais musulman, le musulman dit « modéré » du dit « laïc ». Ils somment les musulmans de descendre dans la rue alors que deux mois plus tôt, ils dénonçaient l’appel aux manifestations de solidarité avec les Palestiniens de Gaza.
Comment ne voient-ils pas que cette pression sociale, politique et médiatique est contreproductive et encourage la stigmatisation et la relégation d’une partie des Français ?
Cette erreur, commise il y a plus de trente ans, nous a déjà coûté cher. Dès ce moment, en France, les Arabes se sont transformés en musulmans aux yeux des politiques, traités d’« ayatollahs » par le Premier ministre de l’époque, Pierre Mauroy, lors des grèves à Citroën en 1983.

Pas un citoyen comme les autres

Depuis, la spirale de la suspicion est à l’œuvre. Engagée dans une surenchère avec l’extrême droite, la classe politique tout entière n’a jamais cessé de pratiquer ce genre d’amalgames vis-à-vis de cette communauté de plus de 4 millions de Français ou d’étrangers résidant sur notre territoire.
Avec l’accession de Marine Le Pen à la direction du Front national, une nouvelle étape est franchie. Cette dernière reprend une rhétorique issue de la gauche et transmise par le groupe Riposte laïque, en prenant la défense de la laïcité contre les musulmans. Prières de rue, mères voilées à la sortie des écoles, viande hallal, défense animale, deal de drogue, délinquance urbaine… Tout devient prétexte à une logique antimusulmane.
Tout un dispositif, y compris législatif (lois antiterroristes à répétition, loi sur le voile et la burqa), se met en place pour marteler un seul discours : le musulman de France n’est pas un citoyen comme les autres.
Si cette volonté de mettre en place un apartheid qui ne dit pas son nom trouve une nouvelle occasion de progresser avec l’émergence de l’Etat islamique autoproclamé, elle est, d’abord, le produit d’une histoire coloniale et postcoloniale. Les étapes en sont connues : la colonisation et la guerre d’Algérie, la révolution iranienne de 1979, le 11 septembre 2001 et les deux guerres d’Irak.
Parallèlement, les discriminations ethniques, sociales, économiques, le racisme anti-arabe, ne cessaient de se développer. A chaque fois, nous avons eu droit à une montée en puissance de l’islamophobie sur fond idéologique de guerre des civilisations, mise en scène comme une superproduction, avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Les « bons » s’alliant d’ailleurs avec des pays comme l’Arabie saoudite où la décapitation est la forme légitimée par l’Etat de la peine de mort.

Deux formes d’extrêmisme

La vérité est que, au lieu de penser la lutte contre les groupes djihadistes comme une action politique et policière, les Etats occidentaux - et particulièrement la France depuis quelques années - sont tombés dans le piège tendu par les émules d’Al Qaida. Ils ont fait de la guerre antiterroriste leur l’idéologie, présentée comme un affrontement entre deux visions incompatibles de la société.
Pourtant, le slogan des islamistes radicaux, « L’islam est la solution », est aussi faux que celui des islamophobes, « L’islam est le problème ». Les deux extrémismes sont les mêmes. Et ce n’est pas parce que l’un dispose de soutiens dans la classe politique et chez les intellectuels qu’il est plus légitime que l’autre.
Pouvons-nous continuer à accepter ce harcèlement permanent d’une communauté à qui on demande de penser dans des termes que lui assignent les « penseurs » d’une islamophobie devenue le langage commun des imbéciles ? S’il doit y avoir une remise en cause de certains dogmes issus du Coran ou de ses commentaires, il ne peut être que le produit d’un véritable débat au sein de la communauté musulmane. Comme il y en a eu au sein du christianisme, du judaïsme et de toutes les religions.
En tant que citoyens français, nous avons la responsabilité de combattre la haine et d’apaiser les tensions au sein de la société française. D’arrêter d’enfermer les musulmans dans une logique communautaire qui n’est pas la leur. De débattre et de comprendre les origines et les causes du djihadisme, de chercher les racines géopolitiques et économiques de ces conflits asymétriques. D’arrêter la démonisation de l’islam tout en combattant les zélateurs du djihadisme.
Enfin et surtout, de donner à la jeunesse de France, quelles que soient ses origines ethniques, sociales ou religieuses, des raisons d’espérer en un avenir commun de fraternité.

mardi 10 décembre 2013

Hollande l’Africain, comme au bon vieux temps des colonies


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Par Noël Mamère, Député de Gironde,  10/12/2013
Trois évènements concomitants mais de nature différente, la disparition de Nelson Mandela, le sommet de l’Elysée, l’intervention des forces françaises en Centrafrique, ont permis de braquer les projecteurs sur le continent de toutes les ambigüités.
Le bal des hypocrites autour de la dépouille du militant intraitable, fondateur de l’ANC, qui fut emprisonné 27 ans durant dans les geôles de l’apartheid a atteint des sommets à Paris.
L’hommage de François Hollande, le nouveau parrain des guerres préventives contre le « terrorisme », rendu à Madiba au milieu d’une brochette de dictateurs africains, frisait l’indécence. Il y avait en effet de quoi être mal à l’aise à entendre le Président exalter un « tous ensemble » qui cachait mal la défense des intérêts stratégiques de la France dans cette partie du monde.

Nos amis les dictateurs

Nos amis les dictateurs torturent, emprisonnent et assassinent leurs opposants avec notre approbation, volent leurs peuples avec notre consentement muet, tandis que nous leur déployons le tapis rouge. Nous leur tissons des couronnes de lauriers pendant qu’ils vont se pavaner dans leurs « biens mal acquis », ces hôtels particuliers où, eux et leurs familles planifient leurs mauvais coups dans le dos de leurs peuples.
Il ne manquait plus que Jacques Foccart et Jean Christophe Mitterrand pour nous rappeler que la Françafrique continue de plus belle, contrairement à ce que veut faire croire la propagande du Quai d’Orsay. Loin de l’avoir reléguée aux oubliettes de notre histoire coloniale, François Hollande l’Africain lui a donné un nouveau souffle en ripolinant l’armée française et en requinquant les dictateurs.
Nous ne serions donc plus là pour soutenir les régimes corrompus, mais pour « sauver » les populations en détresse.

Cannibalisme

Mais qui continue à piller les ressources, qui exploite les mines d’uranium, qui rachète les terres, qui contrôle les ports et le transit des marchandises ? Qui a des bases militaires pour intervenir sur tout le continent ? Les patrons de Bolloré, Bouygues, Total, Areva et autres se frottent les mains. Sommes-nous obligés de défendre des entreprises comme Areva qui paient au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, 70 millions d’euros par an de redevance alors que l’essentiel de l’uranium importé par la France provient de son sol ? Grâce à la Françafrique, nos parts de marchés peuvent être sauvegardées face aux Chinois ou aux Américains. Business as usual.
Le cas de la Centrafrique est de ce point de vue emblématique. Valery Giscard d’Estaing chassait avec Bokassa 1er, qui le récompensait en diamants. Comme le cannibalisme de ce dernier était trop voyant, on envoya quelques régiments s’en défaire en transportant dans un Transall, David Dacko, le gérant choisi par la France. Il fut renversé et, après quelques péripéties, François Bozizé, le nouvel élu de l’Elysée, prit sa place.

Montrer ses muscles

Celui ci ne fut pas le moins corrompu et répressif, mais il se heurta bien vite à Idriss Deby, notre ami tchadien, qui l’avait installé avec notre bénédiction. Incapable de réprimer les rebellions et les dissidents tchadiens arrivés sur son sol, Bozizé se heurta à Deby, qui arma des milices du Nord du pays regroupées sous l’étiquette politique de la Seleka.
Comme François Hollande préparait à cette époque l’envoi de troupes au Mali, il laissa Deby, dont il avait besoin pour repousser les groupes djihadistes, renverser l’autocrate centrafricain par Seleka interposée. Le chaos s’installa, milices du Nord et défenseurs de Bozizé s’affrontant dans une guerre de basse intensité où les massacres ethniques succédaient aux pogroms…
Une nouvelle fois, nous allons « libérer » la Centrafrique et dégager son Président, comme François Hollande l’a déclaré au sommet de l’Elysée.
Comment gèrerons nous un Etat en déliquescence totale, alors que pas un de nos partenaires européens ne veut nous suivre dans cette galère ? Quel pays est prêt à payer la reconstruction d’Etats que nous avons contribué à affaiblir par notre politique de prédateur depuis le temps des indépendances ? Quels sont les adversaires ? Quels sont les buts de guerre ? Une fois de plus, la France s’engage en Afrique, comme si elle était devenue un terrain de manœuvres militaires où l’on montre ses muscles sans définir les objectifs.

Comme au bon vieux temps des colonies

Nous ne faisons que perpétuer un mécanisme propre à l’Afrique de l’Ouest, avec le maintien du franc CFA, l’entretien des bases militaires permanentes et des réseaux d’obligés et de barbouzes. On pratique comme au bon vieux temps des colonies :
  • le lundi on vote les subventions de la PAC aux gros agriculteurs, qui revendent leurs stocks sur les marchés africains ;
  • le mardi les prix des produits alimentaires flambent, tandis que le bas coût des produits manufacturés, textiles ou autres, détruit la production locale ;
  • le mercredi, on met en place un mécanisme de la dette qui entraîne le paiement à l’infini de ses intérêts ;
  • le jeudi, on fait pression sur les États sous perfusion pour qu’ils privatisent les services publics afin de rembourser les intérêts de cette dette ;
  • le vendredi, le démantèlement de ces États, la baisse du pouvoir d’achat des paysans et des fonctionnaires mis au chômage par la hausse du prix des denrées alimentaires, provoque crises alimentaires et famines ;
  • le samedi, des émeutes éclatent, aussitôt suivies par des crises identitaires que renforce l’affrontement entre les partisans d’un islam financé par nos « amis » du Qatar et de l’Arabie Saoudite et les catholiques ou les évangélistes protestants contrôlés par les églises américaines ;
  • le dimanche, l’armée française, appelée à l’aide par des dirigeants aux abois, intervient pour remettre de l’ordre et repousser les milices un peu plus loin, étendant la crise qu’elle prétendait juguler.

Fallait-il intervenir dans ces conditions ?

Sarkozy avait créé un précédent avec la Libye : les groupes mercenaires touaregs ont essaimé au Mali. Chassés du Mali, ils se répandent dans tout le Sahel et, au-delà, dans l’Afrique centrale, du Cameroun au Nigeria. En Centrafrique les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Fallait-il intervenir dans ces conditions ? Il peut paraître cynique de répondre non devant le consensus suscité par l’émotion que chacun a pu ressentir devant les images de la souffrance du peuple centrafricain.
Il faudra quand même un jour sortir de cette logique où l’on considère que notre devoir d’assistance et nos intérêts bien compris l’emportent toujours sur la souveraineté des peuples africains. Sommes-nous condamnés à jouer le rôle de pompier pyromane et de gendarme en Afrique ? Ce continent et ses peuples valent mieux que notre hypocrisie post-coloniale.
 http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/12/10/hollande-lafricain-comme-au-bon-vieux-temps-des-colonies-231892

mercredi 25 septembre 2013

Noël Mamère a décidé de quitter Europe Ecologie les Verts




Par , publié le

Le député-maire de Bègles annonce son départ d'Europe Ecologie les Verts sur le site du Monde. Pour l'ancien journaliste, "notre parti ne produit plus rien". 

Noël Mamère a décidé de quitter Europe Ecologie les Verts
Le député-maire de Bègles Noël Mamère annonce son départ d'Europe Écologie-Les Verts dans une interview au Monde.
afp.com/Miguel Medina
Le député-maire de Bègles (Gironde) Noël Mamère annonce son départ de son parti Europe Écologie-Les Verts, dans une interview au Monde publiée mercredi sur le site du quotidien. "J'ai décidé de quitter EELV parce que je ne reconnais pas le parti que j'ai représenté à la présidentielle de 2002", dit l'ancien journaliste. "Notre parti ne produit plus rien: il est prisonnier de ses calculs et de ses clans. Nous sommes devenus un syndicat d'élus". "J'ai l'impression d'un sur-place qui nuit au rôle que nous pouvons jouer dans la société. Cela ne m'empêchera pas de conduire une liste aux municipales à Bègles, je n'ai pas besoin de l'étiquette"."C'est une page qui se tourne. Je pars sans regret, sans émotion particulière", dit-il encore. 
Cette annonce, qui officialise un éloignement progressif de l'ancien journaliste vis-à-vis de la formation écologiste, intervient alors que le secrétaire national de EELV Pascal Durand doit jeter l'éponge et renoncer à briguer un second mandat au congrès de novembre. 
Noël Mamère avait critiqué la transition énergétique menée par Jean-Marc Ayrault, le jugeant de "court terme" selon Noël Mamère, et avait été seul au sein d'EELV à défendre Pascal Durand, sécrétaire national du parti qui va quitter son poste suite à "l'ultimatum" qu'il avait lancé au gouvernement. 
Pour lui Pascal Durand "est une variable d'ajustement. On le nomme en 2012 parce qu'il est compatible entre Europe Écologie et Les Verts. La preuve est faite aujourd'hui que la greffe n'a pas pris. La manière dont il a été traité est humiliante. Ça me choque et je n'aime pas ces méthodes. Pascal n'était qu'un patron par procuration". 
M. Mamère avait déjà annoncé qu'il ne voterait pas le budget pour 2014, alors que EELV a deux ministre au gouvernement. Âgé de 65 ans, ancien présentateur de journal télévisé, M. Mamère est celui qui a réussi le meilleur score jamais atteint par un écologiste à l'élection présidentielle : 5,25% en 2002. Il représentait alors Les Verts. 

mardi 23 juillet 2013

Trappes, les musulmans et le racisme d’Etat

 Par Noël Mamère, Député de Gironde, 22/07/2013


Trappes, la ville de Jamel Debbouze et d’Omar Sy, ne rigole plus avec ses humoristes. Des centaines d’habitants ont attaqué le commissariat, à coups de pierres, symbole pour ces jeunes Français issus de la colonisation de l’atteinte à leur dignité.

Des policiers à Trappes le 20 juillet 2013 (DESSONS/JDD/SIPA)


Le motif de cette poussée de violence ? L’exigence de libérer un homme qui avait osé protester contre l’interpellation de sa femme par des policiers ; elle portait le voile intégral, les policiers voulaient contrôler son identité.
Ces faits posent d’emblée trois questions :
  • Où est passée la police de proximité promise par la gauche qui devait remplacer les BAC et autres compagnies de CRS dans les quartiers dits sensibles ?
  • Pourquoi interpeller en plein ramadan une jeune femme voilée, sachant que durant cette période, un tel geste peut être interprété comme une provocation à l’égard des populations musulmanes ?
  • Enfin, la loi sur le voile intégral est-elle pertinente ?

Des lois productrices de discriminations

J’ai fait partie des rares députés qui ont toujours considéré les différentes lois sur le voile comme productrices de discriminations et de violences potentielles. Nous y sommes.
Si l’on ajoute à cela le refus de Manuel Valls d’appliquer la promesse de François Hollande d’en finir avec le contrôle au faciès, une telle conjonction ne pouvait que produire le type d’émeute à laquelle nous venons d’assister.
Les déclarations martiales du ministre de l’Intérieur, les vociférations de Christian Estrosi, Hortefeux et Le Pen n’y changeront rien.
La révolte de Trappes nous oblige aussi à réfléchir sur la vague d’islamophobie qui s’est emparée de notre pays. Le ministre de l’Intérieur, cette dernière semaine, dénonçait la multiplication des faits anti-musulmans dans plusieurs villes de la périphérie parisienne, à Chanteloup-les-Vignes et à Argenteuil.
A Marseille, la question du voile revient au centre de l’actualité et avec elle, celle de la place des musulmans dans la société.

Le boomerang du racisme d’Etat

Au nom de l’universalisme, on a trop longtemps eu tendance à nier le rôle de la religion dans la société française. L’Etat a fait de l’Islam – deuxième religion de France – un culte discriminé sans que le législateur tente de résoudre les problèmes vécus au quotidien par les fidèles (comme les carrés musulmans au sein des cimetières, la régulation du marché de la viande hallal ou la construction des mosquées).
Sous prétexte de combattre les signes religieux ostentatoires, on a privilégié la seule lutte contre le voile et inventé de nouvelles discriminations pour des femmes qui se voient doublement mises à l’index : en tant qu’arabe et musulmane, ne pouvant plus travailler dans certains établissements, et stigmatisées dans tous leurs actes quotidiens.
De fait, un racisme d’Etat, utilisant l’amalgame entre musulmans, islamistes, terroristes et immigrés, s’est lentement insinué dans la société française, préparant le terrain à des conflits de civilisations à l’échelle des territoires.
Le moment est venu pour la France de prendre cette question à bras-le-corps. Si on ne lui donne pas de réponse autre que répressive, elle va nous revenir au visage comme un boomerang.

Trente ans après la marche pour l’égalité

Le problème que nous rencontrons se joue dans le cadre franco-français, dans un pays qui a érigé la laïcité en dogme. Mais – et c’est là toute la difficulté – il est marqué par un contexte international où l’islam politique a pris le pouvoir dans plusieurs sociétés musulmanes, à la faveur des printemps arabes.
Dans ces sociétés, comme la Tunisie ou l’Egypte, les classes moyennes refusent à juste titre ce qu’elles considèrent comme un dévoiement théocratique de leur révolution. Elles ont raison et nous les soutenons.
Mais cette solidarité ne doit pas nous faire oublier qu’en France, ce sont des populations discriminées qui se revendiquent de l’Islam. Il faut donc refuser tout amalgame entre les deux situations et tracer les chemins d’un dialogue pour parvenir à apaiser les tensions.
Malheureusement, en temps de crise morale, économique et sociale, il est tellement plus facile pour de nombreux responsables politiques d’utiliser les musulmans comme des boucs émissaires, que de trouver les mots d’apaisement et de prendre le temps de comprendre pourquoi on en est arrivés là.
Mais Trappes, trente ans après la marche pour l’égalité et contre le racisme, nous oblige aussi à reconsidérer la politique de la ville menée par les gouvernements de droite et de gauche. Depuis novembre 2005 et les révoltes urbaines généralisées, rien n’a été fait pour répondre aux préoccupations des habitants des quartiers populaires.

L’américanisation des banlieues françaises

L’Etat a démontré son incapacité à apporter des réponses à la lutte contre le chômage des jeunes, aux questions d’éducation et de formation, à l’enclavement des quartiers et à la relégation des habitants.
Cette inertie a favorisé la fuite d’une partie de ses habitants a créé, malgré le discours ambiant sur la mixité sociale, des ghettos où sont concentrées des populations en fonction de leur appartenance ethnique et religieuse.
Or, de nouveaux conflits urbains dessinent le portrait d’une France séparée. Cette américanisation des banlieues françaises est en contradiction absolue avec le rappel intangible des principes républicains, rabâchés par ceux qui croient encore vivre sous la Troisième République.
La vulgate anticommunautariste n’est qu’un prêt-à-penser inutile pour comprendre notre société multiculturelle. Il faudra un jour dépasser cette contradiction :
  • ou accepter une certaine logique communautaire, en s’appuyant sur les forces vives de « l’empowerment », c’est à dire la capacité des populations à faire surgir en leur sein de nouvelles élites urbaines, comme aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud ;

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Trappes – Esther Benbassa (EELV) : « Personne n’osera jamais contrôler une Juive ultra-orthodoxe »

La sénatrice écologiste Esther Benbassa met en exergue le deux poids mesures qui règne  en France à l’encontre des musulmans.
Le véritable problème est enfin posé sur la table à savoir la loi inique contre les femmes en voile intégral.
Cette loi, qui touche très peu de femmes, provoque chez beaucoup de musulmans un sentiment de rejet et de “hagra” envers leurs soeurs.
Cette loi doit être abrogée ou modifiée au plus vite !
Esther Benbassa a déclaré lundi après les violences de Trappes (Yvelines) que “les émeutes ne sont que des signaux d’alarme, pour dire: ça suffit!”.
Esther-Benbassa

“Avouons-le. Nous sommes encore, pour les quartiers, sous le régime Sarkozy”, assure-t-elle estimant que l’incident de Trappes a un “double aspect” avec “d’un côté une certaine pratique du contrôle d’identité” et “de l’autre, l’interdiction du port du voile intégral”.
Pour l’élue écologiste, cette loi “n’a servi qu’à une chose, à stigmatiser un peu plus les musulmans”.
“Finalement ce sont toujours les mêmes qui sont contrôlés: les Arabos-musulmans” car “personne n’osera jamais contrôler une Juive ultra-orthodoxe en robe longue, perruque et/ou foulard”, poursuit-elle.
“Ou est donc la différence ? pourquoi, dans l’espace publique, un vêtement gênerait plus que l’autre”, insiste-t-elle.
En plein cœur de Trappes, nous tentons de vous délivrer un témoignage au plus près du terrain, Samba du Collectif des Habitants de Trappes et Elias d’Imzalène nous livrent une version qui contredit celle des médias dit “main stream” et des syndicats de police, cette vidéo explique avec détail comment s’est déroulée cette interpellation policière musclée …
Jusqu’à la mise en liberté du mari accusé d’avoir agressé un policier.
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