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lundi 19 janvier 2015

Discours de Charlie Hebdo à l'adresse du président du Conseil Français du Culte Musulman.

 Par Caroline Alamachère.

Compte tenu de ce nous avons entendu sur RFI avant-hier de la part de ce président, il serait enfin temps qu'il accepte sa part de responsabilité dans la dérive sectaire d'une frange de la population de confession musulmane.

Quel visage du Coran est-il enseigné chez les jeunes français de confession musulmane ?

Que je sache les responsables d'associations musulmanes contrairement aux autres religions, n'ont pas de structures hiérarchiques, pas "d'évêque ni de pape", chaque imam étant maître dans sa mosquée...alors, qu'enseigne-t-on dans les mosquées ?
Que je sache, ces mêmes responsables ne font pas preuve de prosélytisme dans les banlieues pour expliquer que le Coran n'est pas ce qui en est fait.

Si les français musulmans authentiques sont victimes de ce qui vient de se passer (l'extrême droite va se lâcher encore d'avantage) ils ont le devoir de dénoncer haut et fort toutes ces dérives des extrémistes.
***

Lettre de Charlie Hebdo à M. Mohammed Moussaoui, Président du C.F.C.M (Conseil Français du Culte Musulman)
Pour une fois, de la part de Charlie-Hebdo...
 
Monsieur Moussaoui,
La publication du numéro de "Charlie Hebdo" représentant Mahomet vient de donner lieu une fois encore à des représailles lamentables de la part d'individus décidément bien peu éclairés que, au titre de Président du C.F.C.M, vous avez le revoir de canaliser.
Dans "Le Monde" paru ce mercredi vous affirmez ne pas voir de lien entre les élections en Tunisie et en Libye et l'outrage caricatural nous rappelant tant bien que mal ce qu'est la charia, ou tout au moins sa partie la plus spectaculaire pour le citoyen français de base peu au fait de ce qui se passe sur son sol.
Je vous tiens pour quelqu'un d'intelligent et de cultivé, Vous devez donc savoir qu'en France la caricature est une tradition très ancienne et un art très prisé, qu'aucun sujet n'y échappe et surtout pas un sujet d'actualité, et l'instauration de la charia sur un sol resté longtemps Laïque est un sujet suffisamment grave et inquiétant pour ne pas faillir à la règle. La charia, l'Islam, n'ont pas à faire exception à cette règle.
La charia est un système archaïque fondé il y a 14 siècles, profondément odieux, sexiste, rétrograde, discriminant et antidémocratique.
Dénoncer ce système par la caricature est un procédé visant à en montrer toute l'abjection.
Condamner la charia, Monsieur, est un acte de salubrité publique nécessaire à la démocratie dont vous profitez puisque c'est en France que vous vivez en toute liberté.
Jouiriez-vous de la même liberté au Maroc ?
J'en doute fort, sinon comment expliquer la présence aussi énorme de Marocains abandonnant le Maroc pour la France ?
C'est bien que l'air y est plus doux et plus libre ici.
Cette charia, prônée par le Coran et faisant partie intégrante de l'Islam (le Coran est la Base de l'Islam, l'Islamisme n'en étant que son expression la plus spectaculairement virulente), il est hautement souhaitable de s'en inquiéter, d'autant qu'une bonne partie de ceux qui ont permis ce désastre antidémocratique vivent sur notre sol et que des élus « dhimmis » comme les nomme votre dogme, appellent de leurs voix le droit de ces promoteurs chariamistes de se présenter à des élections avec les conséquences terribles qu'on imagine.
Vous déclarez que « Pour les Musulmans, le simple fait de caricaturer le Prophète est, en soi, inacceptable et blessant »
Blessant, je le conçois, mais inacceptable ?
Ce qui est inacceptable, c'est d'interdire le divorce,
"y compris en France."
Ce qui est inacceptable, c'est d'autoriser la polygamie,
"y compris en France."
Ce qui est inacceptable, c'est de considérer que la femme est inférieure à l'homme,
" y compris en France."
Ce qui est inacceptable, c'est d'enfermer les Femmes sous des linceuls noirs,
"y compris en France"
Ce qui est inacceptable, c'est de refuser à la femme d'épouser l'homme de son choix, pour lui faire épouser celui que sa famille a choisi pour elle,
"y compris en France."
Ce qui est inacceptable, c'est qu'il existe un «Conseil Européen de la recherche et de la fatwa décrétant les Fatwas ayant pour vocation d'être appliquées en France».
En France, aucune loi ne punit le blasphème, comme l'a d'ailleurs démontré la récente affaire du Coran brûlé, et qui a vu la relaxe de l'Incendiaire.
En conséquence en France, Monsieur Moussaoui, il est permis de brûler un Coran si on le souhaite, et de caricaturer et de se moquer d'un prophète, fût-il le vôtre. Les différentes manifestations hostiles à cette publication de Charlie Hebdo n'ont pas manqué de fleurir sur les forums, certains insultant copieusement les Français, d'autres réclamant à grands cris des caricatures de « juifs de 40 », ce qui semble assez loin de votre souhait d'un «désaccord exprimé dans le respect des lois et de l'Intégrité des personnes »
Vous devriez d'ailleurs rappeler à vos coreligionnaires si bienveillants et aimants envers les citoyens qui les accueillent, que la Fête de l'Aïd el-Adha qu'ils vont fêter dans quelques jours est un vibrant hommage à Abraham, un Juif !
À mon avis, certains doivent ignorer ce détail au vu du niveau intellectuel remarquablement bas de leurs commentaires.
Dans votre interview, une phrase m'interpelle tout particulièrement : «Dans le même temps, ils doivent accepter et comprendre que dans nos sociétés le rapport au sacré n'est pas le même pour tous».
J'aimerais savoir de quelle société vous parlez ?
Est-ce la société musulmane,
Est-ce la société française,
Est-ce la société marocaine ?
Si c'est la société marocaine , c'est que vous ne vous sentez pas français.
Si c'est la société musulmane , c'est que vous ne vous sentez pas démocrate et si c'est la société française , je vous rappelle qu'elle n'a aucun rapport au sacré puisque séparée du religieux, depuis qu'une célèbre loi de 1905 en a décidé ainsi, ce que manifestement, malgré votre récente naturalisation, vous ne semblez pas avoir encore bien intégré.
D'ailleurs, dans votre document répertoriant les différents abattoirs pour l'Aïd, vous illustrez parfaitement la difficulté que vous et vos coreligionnaires avez à vous considérer comme des citoyens français à part entière puisque vous adressez vos vœux aux «Musulmans de France» et non pas aux musulmans français
Je vous invite donc, vous et vos coreligionnaires «de France», à vous interroger sur votre rôle dans notre société française, sur votre capacité à adhérer à nos valeurs laïques et démocratiques, et sur votre capacité à pratiquer l'auto-dérision; car décidément, je vous trouve très coincés du turban.
J'attends avec impatience, votre rapport sur les actes Islamophobes que vous avez recensés, et ne manquerai pas de compiler de mon côté, les actes francophobes que je me ferai un plaisir de vous transmettre à mon tour.
Par ailleurs, en cherchant (vainement) vos coordonnées, je tombe à l'instant sur un article du site c.f.c.m.t.v, particulièrement insultant pour les citoyens français.
Je suis très choquée par les relents de xénophobie de cet article dans lequel il est question de la France qualifiée de «république malade et satanisée», de «protection bienveillante d'un pouvoir occulte, «qui trouve toute sa jouissance dans le spectacle du malheur d'une frange indésirée de sa population», de «la France victime de son arrogance et de son orgueil ».
En tant que représentant des musulmans en France, vous seriez bien inspiré de veiller à ce que le pays qui vous accueille, et qui vous a accepté comme citoyen, ne soit pas insulté et traîné dans la boue par votre communauté, car si la loi sur le blasphème n'existe pas, la loi sur la diffamation existe bel et bien.
Je vous prierai donc de faire en sorte, que cet article injurieux soit rectifié, afin de ne pas créer davantage de tensions.
Veuillez agréer, Monsieur Moussaoui, mes salutations définitivement laïques.



samedi 11 janvier 2014

l'exemple tunisien

A ceux qui n'en finissent plus de pointer du doigt les révolutions tunisienne et égyptienne qui ont fait passer les peuples concernés d'une dictature de prédateurs à celle des islamistes, je les renvoie à l'exemple tunisien, où à force d'acharnement et de lutte, la société civile a fait reculer la dictature que les barbus s'apprêtaient à constitutionnaliser !
 
Une belle leçon pour tous ceux qui continuent de brandir la menace de zizanie et de troubles qui seraient liés à une disparition de la monarchie marocaine, alors que la pire menace pour les marocains est précisément ce régime pourri qui confisque, pille, opprime et tue les nôtres ! Plus "siba" que ça je ne vois pas !
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En Tunisie, la liberté de conscience l'emporte sur la charia

Le Point.fr - Publié le 05/01/2014 Les premiers articles fraîchement adoptés de la nouvelle Constitution tunisienne font de la religion une question individuelle. Une première dans le monde arabe.

L'Assemblée nationale tunisienne a commencé à voter les articles de la nouvelle Constitution .    

Mireille Duteil
Chroniques de l'Afrique et du Proche-Orient

lundi 06 janvier 2014,
14:27:30
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Dim 21h00 ALERTE TUNISIE CONSTITUTION- Victoire des laïcs- L'accusation d'apostasie interdite après des menaces

Crée le : 05 janvier 2014
         
L'opposition laïque tunisienne a obtenu dimanche le vote d'un amendement au projet de Constitution interdisant "les accusations d'apostasie", à la suite de menaces contre un élu de gauche après qu'un député islamiste l'a qualifié d'ennemi de l'islam.

  L'amendement en question, adopté par 131 voix sur 182 votants vers 20H00 GMT (21H00 locale), "prohibe les accusations d'apostasie et l'incitation à la violence". Il avait été présenté une première fois samedi mais rejeté.

  Ce vote intervient à l'issue d'une longue journée de négociations et de polémique entre les islamistes du parti Ennahda et l'opposition laïque qui menaçait de boycotter les séances de la Constituante sur l'adoption de la Constitution.


  La polémique qui a paralysé la Constituante dimanche a été provoquée par des propos la veille de Habib Ellouze, un élu de frange radicale d'Ennahda, qui avait jugé notamment que le député de gauche Mongi Rahoui était "connu pour son animosité pour l'islam".

  M. Rahoui a affirmé dans l'hémicycle que ces propos étaient à l'origine de menaces de mort à son encontre.

  "Ce qui a été dit hier (samedi) par ce cheikh, comme quoi (...) j'étais l'ennemi de l'islam, a conduit à des menaces de morts contre moi", a-t-il dit.

  Pour l'opposition, les propos en question ont fait de l'élu une cible, alors que deux opposants de gauche ont été assassinés en 2013, crimes attribués à la mouvance jihadiste.

(Avec AFP
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lundi 29 juillet 2013

Maroc : Dépasser la peur, le dialogue est possible !

Ce qui se passe dans le monde arabe est inquiétant, très inquiétant. Le fait que les masses populaires sortent dans la rue pour chasser des tyrans (Moubarek, Ben Ali, Salah...) et pour réclamer la liberté est une bonne, très bonne chose. C'était le début d'un processus qu'on ne pourrait considérer que révolutionnaire, avec des hauts et des bas, des reculs et des avancées, quelques pas en arrières beaucoup en avant.. 
Les événement ont pris de mauvaises tournures : dans certaines régions on s'entre-tue entre islamistes animés par des courants différents (salafistes, chiite, sunnites...), on s'entre-tue entre "laïcs" et "islamisateurs", entre démocrates et théocratiques...
Les projecteurs médiatiques passent sous silence les carnages que connait l'Irak: des dizaines d'innocents sont tués quotidiennement. Les lieux de culte des musulmans, sont détruits par des musulmans. L'Irak revit les guerres inter-musulman du lendemain de la mort du prophète Mohamed. N'oublions jamais que les compagnons du prophète s'étaient entre-tués jusqu'au dernier. La soif du pouvoir aveugle même ceux qui se sont assurés une "place au paradis". Les démocrates ne peuvent en aucun "jeter à la mer" les islamistes, de même que ces derniers ne peuvent en aucun arrêter la marche de l'Histoire. L'Humanité avance. 

Au Maroc, où  l'opposition au makhzen et ses appendices, comprend aussi bien des islamistes que des progressistes, ce qui se passe ailleurs fait peur au peuple marocain. Les gens ont peur de s'entre-tuer entre "révolutionnaires", toutes tendances confondues.
 
Que faire?
- La lutte contre le makhzen doit se renforcer, continuer...
- La lutte unitaire sur le terrain pose de graves problème, et nous ne sommes même pas au "lendemain du makhzen".
- Deux problèmes (entre autres) majeurs attisent le feu des guerres intestines que connaissent la Tunisie et l'Egypte. Les partis islamistes aux "rênes du pouvoir" n'ont pas apporté de solutions qui pourraient assurer la "cohabitation/la coexistence". Toutes les parties doivent reconnaître que, dans l'état actuel des rapports de forces, aucune d'elles n'est capable d'imposer à la société sa vision hégémonique.

1er élément: avec leurs banques islamiques et le recours à "la solidarité sociale" sur la base de la bienfaisance , de la charité, des miettes que voudraient bien jeter les riches et autres potentats aux pauvres...ne peuvent en aucun résoudre les problèmes de chômage, de la pauvreté, de l'endettement public... C'EST UNE ÉVIDENCE.
2ème élément : Les islamistes, ne peuvent en aucun cas (du moins actuellement) accepter de renoncer à certaines "vérités" coraniques relatives aux libertés individuelles concernant notamment la femme (mariage, divorce, héritage...).
Ce sont là deux points (parmi d'autres) très sensibles. Nous autres progressistes, nous ne pouvons en aucun cas faire de concession concernant les droits de la femme, ni accepter la "pérennité" de l'antagonisme riches (minorité)/pauvres (majorité), l'antagoniste alimenté par le "bien vouloir" des riches qu'aurait choisi Dieu.
Que faut-il faire pour redonner confiance aux masses populaires, pour forger (du moins sur le terrain) un front contre le makhzen.?

Engager un débat public (j'exclus des tractations "secrètes" entre forces politiques), un débat constructif, un débat que pourraient suivre de larges couches sociales.
Ce débat pourra déboucher sur:
- Côté économique et social: le renforcement des secteurs publics. La socialisation de l'économie est la seule voie qui pourra répondre aux besoins des masses populaires, à la demande du travail... A ce que je sache, ce n'est pas "hram". Comment? quels secteurs? les priorités? Que le débat public, serein s'ouvre...
- Libertés individuelles: discuter sur la mise en place d'un système "bipède", l'un religieux (islamiste, juif...), l'autre laïc et c'est aux citoyenNEs de choisir. La solution a été trouvée par les européens. En France on peut, par exemple, se marier à l'église ou/et à la mairie.... Il n' y a absolument jamais de problèmes.
Sur le chapitre des droits de la femme (y compris l'héritage, la polygamie...), nous ne pouvons jamais nous mettre d'accord, et personne, je dis bien PERSONNE, n'est prêt  à faire des concessions. La charia qui date d'il y a 15 siècles est incompatible avec la réalité du 21ème siècle. Il faut en discuter sans léser pour le moment aucune conviction. Il faut partir du principe qu'aucune partie n'a le droit (et de toute façon ne peut) imposer à l'autre partie sa référence. Si on n'est pas réaliste, si on n'est pas souple dans nos rapports..., les masses se méfieront de toute l'opposition, le makhzen sera le seul bénéficiaire.
Le dialogue est-il possible entre les composantes de la véritable opposition ? Je dis sans hésitation que oui. Mais elle doit être publique et non des tractations de coulisse. Personnellement, j'ai déjà participé à des activités où je me suis retrouvé avec Al ADL, PJD, USFP, PSU, PADS.... J'ai eu déjà l'occasion de discuter avec le cheikh Abdeslam Yassine, avec Abdellah Chibani...

Qui pourra prendre l'initiative? La respectueuse AMDH? Des intellectuels tels Fouad Moumni, Laâbi, Khalid Jamaï? journalistes de TELQUEL, Ali Anzoula...? toute initiative (loin des makhzeniens) sera la bienvenue.

vendredi 11 janvier 2013

Mohamed El Marouani: « Les ingrédients d’une nouvelle vague de révoltes sont désormais réunis au Maroc ! »

Question : On se souvient de l’oraison funèbre particulièrement émouvante que vous avez prononcée aux funérailles du cheikh Abdessalam Yassine. Ceux qui ne vous connaissaient pas, ont pu ainsi apprécier vos talents d’orateur, alors que vous meniez une violente charge contre ceux que vous qualifiez de « normalisateurs et les collaborationnistes de la tyrannie et de la corruption». Qui êtes-vous Mohamed El Marouani ?
Réponse : Licencié en sciences économiques, option économétrie et titulaire d’un diplôme d’études supérieures (DES) en gestion, je suis chercheur sur les questions de la pensée politique islamique et prépare actuellement une thèse doctorale sur « la Théorie de la légitimité du pouvoir politique en Islam ».
Marié et père de trois enfants, Je suis administrateur principal et responsable d’études à Maroc Telecom et ex-vacataire à l’Institut national des postes et télécommunications, cycle des gestionnaires.
Président-fondateur du Mouvement pour la Oumma de 1998 à 2011, je suis le coordinateur national actuel du parti du même nom. Ex-militant et responsable syndical, j’ai également fondé nombre d’associations et de coordinations civiles, participé aux actions de défense des droits de l’homme (débats ou manifestions de protestations ou de solidarité avec les prisonniers politiques et pour délit d’opinions). Ex-détenu politique, j’ai été condamné à une peine de vingt cinq (25) ans ramenée à dix (10) ans en appel, avant d’être libéré, le 14 avril 2011, dans le sillage des manifestations du Mouvement du 20 Février. Je suis l’auteur de plusieurs publications sur différents thèmes (Constitution et démocratie, enseignement, économie… etc ) dont notamment, un ouvrage sur le pouvoir politique dans la pensée politique islamique historique et contemporaine (publié sous forme d’articles).

Quelles étaient vos relations avec cheikh Yassine et Al Adl wal Ihsane ?
Cheikh Yassine était l’un des rares leaders dans ce pays à avoir continuellement et sans répit, fait la démonstration d’un courage à nul autre pareil, contre le despotisme et la corruption. Ses adresses témoignent de la grandeur du personnage. Malgré l’incarcération, l’assignation à domicile, les persécutions et l’enfermement psychiatrique, il n’a jamais infléchi sa lutte.
Par ailleurs, l’homme était un intellectuel, porteur d’un projet de société doué de qualités incontestables, nécessaires au leadership et le charisme qui va avec. Il en fallait pour accompagner et faire évoluer Al Adl Wal Ihsane vers la place importante qu’elle occupe aujourd’hui dans le champ politique marocain.
Les relations que nous avions tissées tant avec lui qu’avec son organisation étaient et demeurent bâties sur le respect mutuel, la coopération et la solidarité.

Vous avez été condamné à vingt cinq ans de prison, avant d’être gracié par le roi ? Quelles ont été les circonstances de votre arrestation et votre condamnation ?
Dès 2006, le Makhzen avait mis en place un plan politico-sécuritaire visant la restructuration (ou plutôt le reformatage) de la scène politique marocaine dont les grandes lignes sont :
- Démantèlement forcé ou consenti des partis administratifs pour la refondation d’un contexte politique en adéquation avec les besoins du Makhzen,
- Répressions des médias indépendants,
- Affaiblissement de la mission électorale du PJD (sur le plan politique, le PJD ne représente plus aucune menace pour le régime politique makhzénien)
- Poursuite de l’opération de fichage sécuritaire à l’encontre d’Al Adl Wal Ihsane en vue de les contenir comme l’a si bien signalé Pierre Vermeren dans son ouvrage « la transition inachevée ».

C’est dans ce contexte politique que s’est déroulée notre arrestation et notre condamnation. Le Makhzen a pris le pli d’autoriser les partis qui se rangeaient à sa vision politique et ne pouvait décemment pas tolérer un parti politique qui revendiquait sa liberté et son autonomie et était donc aux antipodes de sa nature despotique. A défaut de soumettre le parti, et convaincre ses responsables, le Makhzen a choisi de nous museler en nous intentant un procès inéquitable au cours duquel la présomption d’innocence a été magistralement violée par le ministre de l’intérieur de l’époque, Chakib Benmoussa. A la clé un jugement d’une médiocrité inégalée.

Comment peut-on être condamné aussi lourdement, un jour, et être purement et simplement libéré un peu plus tard ? N’est-ce pas là une preuve que les mêmes méthodes de manipulation et de dissuasion sont appliquées par le Makhzen? Et n’est-ce pas là, un aveu de votre innocence et peut-être aussi, celle d’autres condamnés ?
Aucun doute à ce propos ! Le makhzen était persuadé que les conditions étaient réunies pour asseoir son hégémonie sur le champ politique. Il n’aura pas dérogé à cette approche Keynésienne qu’ont tous les régimes despotiques de la vie politique. Ils sont, dans leur essence, obnubilés par une vision à court terme. « A long terme, nous serons tous morts ». Le projet, toujours le même, tuer dans l’œuf toute tentative de lutte contre le despotisme et la corruption.
Mais c’était compter sans le Mouvement du Vingt février qui, dans le sillage de ce que l’on a appelé « Le Printemps arabe », a contrecarré les plans du Makhzen qui a été ainsi contraint de nous libérer. Nous devons, pour l’essentiel, notre libération à ce Mouvement. Un juste retour de bâton pour ceux qui nourrissaient l’ambition de porter atteinte à nos droits les plus élémentaires, et entacher notre réputation pour nous couper de notre base et nous aliéner l’opinion publique. Notre libération est un revers manifeste pour l’administration du Makhzen qui a toujours privilégié les choix sécuritaires au détriment d’une stratégie de développement.
Toutefois, je dois déplorer un bémol à cette victoire. D’autres détenus islamistes continuent de croupir dans les prisons. Une sorte de monnaie d’échange pour nous contraindre à un changement dans nos choix politiques. En pure perte, tant notre détermination de lutter pacifiquement pour l’instauration d’un véritable État de droit où les marocains, pourront jouir d’une vie décente et où les richesses seront réparties de façon équitable, reste entière.

La cour d’appel a refusé la constitution du parti politique «AL Oumma» dont vous projetiez la création. C’est sans doute un signe qu’on vous tient encore à l’œil, malgré la grâce dont vous avez bénéficié. A-t-on justifié ce refus ?
Pour notre malheur, le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant et souffre de problèmes structurels profonds. Un exemple : le tribunal administratif s’est prononcé en appel contre la constitution du parti Al Oumma, alors même que le délégué royal pour la défense du droit et de la loi, partie neutre, avait émis un avis favorable. Un verdict scandaleux, quand on sait que le jugement a été fondé sur des questions de délai de prescription des attestations d’inscription dans les listes électorales, sur une décision ministérielle et ce en dépassement flagrant de la loi et de son décret d’application. Un argument qui équivaut à rejeter toutes les attestations fournies par les députés à l’occasion des élections du 25 novembre 2011.
En réalité, le refus d’autoriser la constitution du parti Al Oumma est une décision purement politique qui ne peut être dissociée du contexte général fait de répression des libertés, de procès fabriqués contre les militants du 20 février et d’emprisonnement politique dans des conditions contraires à la dignité humaine.

Beaucoup parmi les vingt février semblent convaincus qu’un accord à tout le moins informel, sinon tacite aurait été passé entre le PJD et Al Adl Wal Ihsane, ainsi que d’autres mouvances islamistes, afin de donner à Benkirane et son gouvernement une chance d’expérimenter leur programme politique. Certains n’hésitent pas à suspecter un accord sous les auspices ou à l’instigation du Makhzen. Ils évoquent une trahison. Qu’en pensez-vous ?
Je ne me permettrais pas de répondre à leur place. Vous pourrez toujours leur poser la question. En ce qui concerne le parti Al Oumma, nos positions resteront inchangées tant que le contexte actuel demeurera le même. Nous serons toujours aux côtés des opprimés, opposés au despotisme, à la tyrannie et la corruption. Le retrait d’Al Adl Wal Ihsane, avec qui nous partageons bon nombre de points de vue, est une décision politique interne. Nous devons la respecter. Au demeurant, s’ils ont quitté les manifestations, ils n’ont pas quitté la scène, mais affirment leur propre ligne politique. Enfin, faut-il le souligner, nul ne peut soupçonner Al Adl Wal Ihsane d’avoir jamais eu d’affinités avec le pouvoir.

En Tunisie et en Egypte le premier réflexe des islamistes, au lendemain de la révolution,  semble vouloir être celui d’en découdre avec les mouvements laïcs, de chercher à s’incruster constitutionnellement, tout en agitant la Charia, comme une menace, sans jamais apporter de solution démocratique. Quelle est la place du concept de la démocratie dans votre esprit?
Tout d’abord, il nous faudrait nuancer le propos. Ce qui se passe en Tunisie et en Egypte n’a rien à voir avec l’adoption ou non de la Démocratie. L’Egypte et la Tunisie vivent une période de transition démocratique que l’on peut assimiler à une « zone de turbulence ». Dans un tel contexte, on relève deux types d’évènements :
• Des évènements que l’on peut qualifier de normaux ou naturels, liés au débat politique qui agite la société civile et met aux prises des projets politiques diverses: nationalistes, libéraux, gauchistes et islamistes. Cette diversité est à mettre au bénéfice d’une bonne santé de la démocratie et d’une richesse dans les échanges, tant que le dernier mot revient au peuple, via des élections transparentes et dans un contexte de liberté. C’est, somme toute, la voie empruntée par toute démocratie.
• Des évènements liés aux soubresauts du régime renversé visant à déstabiliser le processus démocratique.
Toute transition démocratique connaît des moments de tensions dépassées aussitôt qu’est mis en place un cadre politique et constitutionnel. La démocratie demeure, à ce jour, le meilleur système expérimenté par l’humanité pour s’organiser en société civile et gérer ses choix stratégiques. Il y a lieu de signaler que l’Etat dans la pensée islamique est un Etat civil qui peut prendre toute forme possible suite un consentement des composantes de la société. Il n’est nullement figé. 
Notre projet politique s’articule autour de deux axes: le peuple source du pouvoir, et la souveraineté de la loi. Cependant il faut distinguer entre source du pouvoir et source du droit. La charia peut être l’une des sources du droit et peut être la source principale du droit. En Egypte, par exemple, peu ou prou sont, y compris parmi les coptes, opposés au principe de la Charia, comme source du droit. On peut en tirer la conclusion que tout est fonction de la volonté populaire et c’est là la principale règle de la démocratie : le respect de la majorité sans compromettre les droits des minorités et de l’opposition politique.

Vous n’avez pas manqué d’adresser des messages politiques au pouvoir Marocain, au PJD… quel bilan faites- vous d’une année après l’arrivée de ce gouvernement?
Je considère que le gouvernement est le produit du contexte politique et ne peut agir au-delà de ses compétences et possibilités politiques et constitutionnelles. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas perçu de changements fondamentaux dans la vie politique, sociale et économique des marocains nous incitant à changer de position politique. Un simple exemple : le régime continue à s’opposer à notre droit à l’expression et à l’organisation.
Trois conditions doivent être réunies pour que l’on puisse juger ou non de l’efficacité et de  l’efficience de la formation gouvernementale : un large soutien populaire, un contexte  politique sain et ouvert, et enfin un cadre  constitutionnel démocratique.
Côté soutien populaire, les sondages ne dépassent pas le chiffre de 27%.
Le climat politique est marqué par les emprisonnements politiques, la répression du droit d’expression et d’organisation (le cas du Parti Al Oumma, répression de la presse et des manifestations pacifiques…).
Le cadre constitutionnel est marqué par l’hégémonie de l’institution royale jusque sur l’application du programme  gouvernemental.
Cet état des lieux a contribué à la chute d’un certain nombre d’indicateurs :
  • • Indice de la démocratie: le Maroc est passé de 116 en 2010 et 119 en 2011 ancrant le Maroc dans la sphère des pays totalitaires, alors que la Tunisie est passée du rang 144 à 94 pour la même période, lui permettent de quitter cette sphère et regagner les pays à régime hybride en cours d’instauration de la Démocratie.
  • • Indice de la corruption: le Maroc passe de la position 80 en 2011 à 88 en 2012 selon le rapport de transparence internationale.
  • • En matière des libertés, le Maroc enregistre une chute des libertés de la presse et ce en passant de 135  en 2010 à  138 en   2011  selon le fameux rapport des libertés de la  presse au titre de 2012 édité par Reporters sans frontières.
La constitution ne laisse de liberté à aucune formation politique, d’exercer le pouvoir et d’appliquer ses programmes, assimilant tout gouvernement travaillant avec cette monarchie exécutive, à un serviteur du pouvoir, en dépit de tout bon sens démocratique.
Il n’est pas exagéré de dire que le gouvernement actuel a réussi à jouer le rôle qui lui a été dévolu de faire-valoir pour redorer le blason au makhzen et nous renvoyer  à une ère de plomb relookée. Alors que la vie politique est à l’agonie, le camp du despotisme reprend l’initiative et le dessus.

Aussi bien Wikileaks que le livre « Le roi prédateur » évoquent l’implication du roi et de son entourage dans des agissements d’abus de pouvoir, de haute corruption et de multiples scandales et actes de prédation économiques. Le palais n’a jamais démenti ces deux sources. Pourquoi à votre avis ?
L’institution royale a son porte-parole dont la responsabilité est de répliquer à ces accusations. Son silence assourdissant a valeur d’assentiment.

Comment appréhendez-vous la situation politique du Maroc et son avenir ?
Le Makhzen persiste dans son ignorance coupable du mécontentement populaire exprimé dans la rue. Il refuse d’honorer ses propres engagements pour une transition démocratique. Aucune des promesses économiques et sociales n’a été tenue. Droits et libertés continuent à être bafoués dans un champ politique éteint. Autant de constatations qui me font penser que les ingrédients d’une nouvelle vague de révolte sont désormais réunis.

 Interview réalisée par Salah Elayoubi et Ahmed Benseddik

mercredi 18 juillet 2012

Maroc - Peine de mort : Les abolitionnistes reviennent à la charge

Il s’est tenue à Casablanca une conférence sous le thème : ‘La peine de mort, une sanction inhumaine‘ durant laquelle les organisateurs que sont le Réseau marocain Euromed des ONG et la Coalition marocaine pour l’abolition de la peine de mort, accompagnés de nombre de militants des droits de l’Homme, ont réitéré leur appel à la radiation du code pénale marocain de la peine de mort. 

 Ils ont invité le gouvernement à normaliser la situation en respectant les engagements du Maroc surtout que celui ci a ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques, la Convention sur les Droits de l’Enfant, la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels qui stipulent l’abolition de la peine capitale . 

 Les conférenciers ont à l’unisson considéré que le Maroc, ne vivant point en dehors des effets du printemps arabe, se doit de donner l’exemple en répercutant ses engagements internationaux sur ses législations internes. 

A rappeler que le droit marocain puisant ses racines dans la loi islamique prévoit par l’article 16 de son code pénal, la peine de mort par fusillade pour l’homicide aggravé, la torture, le vol à main armée, l’incendie criminel, la trahison, la désertion, et enfin l’attentat à la vie du Roi. 

La dernière exécution d’un condamné au Maroc remonte à 1993, il s’agissait de Hadj Tabet, officier des renseignements généraux impliqué dans le viol de plusieurs femmes. 

charia La question,  portée uniquement par une certaine frange gauchisante de la société civile, risque de butter sur un non islamiste, tenant à ce que les dispositions de la charia fondant la loi marocaine soit ébranlée.


mardi 24 avril 2012

Le ministre de la Justice et des Libertés fier d'être bigame

 Par Slate lu sur TelQuel,

 Invité il y a quelques semaines à un dîner privé chez Mustafa Ramid, le ministre de la justice et des libertés, une des figures de proue du parti islamiste PJD qui dirige le gouvernement, un journaliste de TelQuel l’a entendu dire à ses invités: «Mes amis, je vous reçois dans la maison de ma première épouse. Parce que j’en ai deux!». Il y a encore un an, relève TelQuel, le même Ramid aurait dit aux mêmes invités: «Si j’ai deux femmes? C’est ma vie privée, de quoi on se mêle!».

  Aujourd’hui, il affiche sa bigamie et cela donne une boutade qui fait sourire tout le monde. «Le voilà donc le nouvel air du temps, et il est à la retraditionalisation de la société. La ligne de démarcation a bougé et ce n’est pas seulement l’affaire d’un ministre ou d’un gouvernement, mais d’une société», commente le magazine connu pour être en flèche dans le royaume pour défendre les valeurs laïques. Et pour se convaincre que le gouvernement ultra-conservateur joue sur du velours pour instaurer une charia sociale, TelQuel prend pour exemple la situation des mères célibataires considérées comme des parias de la société mais qui acceptaient de témoigner à visage découvert pour des émissions télévisées. Aujourd’hui, elles refusent de se montrer à l’écran pour parler de leur calvaire. «Pourquoi? Qu’est-ce qui a changé? Rien, juste l’air du temps (…) Ce qui a changé, aux yeux des filles, c’est le regard de l’épicier ou du voisin». 

 TelQuel cite aussi la seule ministre du gouvernement, elle aussi islamiste et voilée qui «a compris la donne». Ses atermoiements dans la polémique sur les mariages forcés des mineures continuent de défrayer la chronique. Celle-ci, hier quelque peu soucieuse de la condition féminine, se refuse de se prononcer en faveur de l’avortement, préférant que la question soit tranchée par voie référendaire. «Qui dit référendum, dit victoire de la tradition et triomphe du statu quo. Ça sera Non à l’avortement» conclut TelQuel. 

 «Le retour à la tradition, qui sous-tend le retour à une pureté et à une virginité perdues, s’opère via des vagues de glissements progressifs. Dans le pays profond, des comités populaires ont été mis en place depuis quelques mois pour “traquer la débauche et le vice”, assiégeant les supposées maisons closes et donnant la chasse aux revendeurs d’alcool», s’inquiète TelQuel. Religion et prière imposés à la télévision, promotion d’un «art propre», censure morale, réhabilitation de prédicateurs aux discours haineux etc. 

Après 100 jours passés à la tête du gouvernement, les islamistes du PJD imposent un projet de société fondé sur un repli identitaire arabo-musulman. «Le nouvel ordre moral s’est mis en branle, en douceur, lentement, sûrement. Qui dit nouvel ordre, dit nouvelles normes, nouvelles frontières» souligne TelQuel.
 http://www.slateafrique.com/86087/maroc-le-ministre-de-la-justice-et-des-libertes-fier-detre-bigame