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vendredi 4 avril 2014

Lille, 6 avril 2014 - Conférence de Mustapha Brahma : Mouvements sociaux et les perspectives de changement au Maroc

La Voie Démocratique -section de Lille- organise une conférence-débat :
 «  Mouvements sociaux et perspectives de changement au Maroc »
avec
 le secrétaire national Mustapha BRAHMA
 le 6 avril à 15 heures 2014

Espace MARX
6bis, rue Roger Salengro
59260 Hellemmes

Telephone : (00212) 0522207080 Email : site@annahjaddimocrati.org


vendredi 9 août 2013

Au Maroc, « quelque chose d’inédit est en train de se produire » Le DanielGate de A à Z

  Par Ilhem Rachidi, Mediapart, 8/8/2013
Cette réflexion émane d'un militant qui observe qu'en dépit du retrait de la grâce du roi Mohammed VI au pédophile espagnol, la contestation s'étend. « Dignité et justice ! » « Le Pouvoir au peuple ! », « il faut que les choses changent, au sommet de l'État », entend-on dans les cortèges. Correspondance à Rabat et Casablanca

 Les manifestations continuent au Maroc malgré l’arrestation en Espagne du pédophile espagnol, dont la grâce par le roi du Maroc a provoqué un scandale politique sans précédent. L’objectif de ces manifestations : réclamer des excuses du roi mais surtout revendiquer une justice indépendante et le droit de manifester.
La semaine dernière, des rassemblements avaient déjà eu lieu à travers le pays contre la grâce de Daniel Galvan, condamné à 30 ans de prison pour avoir violé onze enfants de quatre à quinze ans. Jamais une décision royale n’a été ainsi contestée. Fait exceptionnel, la rue marocaine a remis en cause cette décision et provoqué l’annulation de cette grâce. C’est la première fois que le roi Mohammed VI se justifie ainsi devant l’opinion publique.
« Ils ont été acculés à faire marche arrière », se réjouit l’économiste et militant Fouad Abdelmoumni. « C’est un mouvement douloureux pour le Palais, il n’a jamais fait ça. »
À Rabat, ils étaient plusieurs centaines à manifester mercredi 7 août 2013 devant le parlement, bougies à la main, afin de rendre hommage aux victimes de Daniel Galvan. La veille, à Casablanca, environ 2 000 personnes, dont beaucoup d’enfants, se sont rassemblées sur la place Mohammed-V.
A Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel Galvan
A Casablanca, le 6 août 2013, manifestation contre la libération du pédophile Daniel Galvan© Reuters
Said Maghrouh, un homme d’une trentaine d’années qui travaille dans un centre d’appels à Casablanca, participait à sa première manifestation. « C’est ma façon de dire que tout cela est une honte. Je suis là pour faire pression pour que Daniel soit jugé pour ce qu’il a fait », expliquait-il.
Un passant d’une soixantaine d’années décide de rester sur la place. Il ne décolère pas. « Comment le roi pouvait-il ne pas être au courant ?! Je proteste contre le tourisme sexuel, contre le gouvernement marocain. Les criminels sont ceux qui ont relâché Daniel ! »
« Nous réclamons l’indépendance de la justice ! » « Nous voulons que les responsables soient jugés ! » « Dignité et justice ! » « Le Pouvoir au peuple ! », scandaient les manifestants. Certains réclamaient aussi le départ du conseiller et proche du roi Fouad Ali El Himma.

Le 31 juillet, à l’occasion de la fête annuelle du trône, le roi Mohammed VI graciait le pédophile, qui faisait partie d’une liste de 48 Espagnols graciés. Il n’aura passé que 18 mois en prison. La mobilisation a rapidement pris sur les réseaux sociaux et, en quelques heures, une page Facebook appelant à manifester a réuni plusieurs milliers de participants.
Dès le vendredi suivant, des manifestations avaient lieu à travers le pays. Elles ont été réprimées à Tétouan, Tanger et Rabat, où plusieurs dizaines de personnes ont été blessées. D’autres rassemblements ont eu lieu à Kénitra, où vivait le pédophile, à Nador, Larache, Agadir, entre autres. Les Marocains de l’étranger aussi se sont mobilisés. À Paris, ils étaient 150 à se rassembler samedi devant l’ambassade du Maroc. Un sit-in a eu lieu à Boston, aux États-Unis.
Samedi 3 août, après trois jours de silence, le Palais royal affirmait dans un communiqué – une première – que le roi n’avait pas connaissance du cas Daniel Galvan et promettait une enquête sur les circonstances de cette grâce. Le lendemain, un second communiqué annonçait l’annulation de la grâce.
Aussitôt après cette réponse du Palais, les commentaires pleuvaient sur les réseaux sociaux, vecteurs de la colère des Marocains. Comment le roi pouvait-il ne pas être au courant ? Quelle est la responsabilité du cabinet royal dans cette affaire ?
Sous le hashtag « Mafrasich » (je n’étais pas au courant) les twittos marocains exprimaient leur scepticisme. @Hatimuuus « Mon budget et celui de ma famille est supérieur à celui de l’éducation et la santé ? »
ou encore @donilapute « J’aurais aimé avoir le Roi comme Papa, comme ça il signe les bulletins scolaires sans voir les notes. »

« Quelque chose d’inédit »
Lundi matin, les autorités marocaines émettaient un mandat d’arrêt international. Quelques heures plus tard, Daniel Galvan était arrêté dans la région de Murcie (sud-est de l’Espagne) et placé en détention préventive. Une première tête est rapidement tombée. Lundi après-midi, au terme d’une enquête particulièrement rapide, Hafid Benhachem, le délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion, proche de la retraite, était limogé. Cet homme de l’ère Basri, ancien directeur de la sûreté nationale, est, pour de nombreux observateurs, le parfait bouc émissaire de ce que l’on appelle désormais le Danielgate.
Le communiqué du Palais royal, troisième du genre en trois jours pour une institution qui ne communique jamais, stipulait que « l’enquête a conclu que ladite administration, lorsqu’elle a été sollicitée par le cabinet royal, a transmis par inadvertance des informations erronées de la situation pénale de l’intéressé, qui faisait partie d’une liste de 48 détenus de nationalité espagnole ».
Une liste de 18 prisonniers à libérer avait été établie tandis qu’une deuxième liste concernait les 30 prisonniers qui devaient être extradés en Espagne. Les deux listes auraient été fusionnées et, au lieu de transférer Daniel Galvan dans une prison espagnole, les autorités l’ont libéré, ainsi que 29 autres prisonniers qui circulent dorénavant en toute liberté sur le territoire espagnol.
Joint par téléphone quelques heures après l’annonce de son renvoi, Hafid Benhachem acceptait de porter le chapeau de ce Danielgate. « J’assume mes responsabilités. C’est moi le directeur. L’administration a commis une erreur en transmettant une mauvaise information, par inadvertance, j’insiste. » C’est la conséquence de l’erreur d’un « subalterne », a-t-il ajouté. Hafid Benhachem reconnaît-il avoir une responsabilité dans les erreurs sur la liste des prisonniers graciés ? « Je suis responsable des prisons », a-t-il répondu.
Mardi 6 août, le roi recevait en audience les familles des victimes du pédophile. Depuis le déclenchement de l’affaire, le Palais s’est évertué à gérer cette crise particulière. Malgré l’absence de responsabilité établie et reconnue dans l’entourage du roi, pointé du doigt dès le début de cette affaire, la réaction du monarque a satisfait une partie des contestataires. Le roi s’était exprimé pour leur répondre, un événement en soi.
Sur la toile, ils étaient nombreux à crier victoire. Cependant, pour de nombreux Marocains, ce scandale est aussi l’occasion de dénoncer l’opacité du système de prise de décisions et de revendiquer à nouveau une réelle indépendance de la justice.
Dans la manifestation du 7 août à Rabat
Dans la manifestation du 7 août à Rabat
« Je continue de manifester pour l’indépendance de la justice et l’affaire n’est pas terminée. Je continue de croire à la pression de la rue pour que les choses changent enfin au sommet de l’État. Si certains sont satisfaits d’un simple communiqué, moi je fais partie de celles et ceux qui croient aux actes », déclare Lahcen Kabouri, un manifestant régulier.
Cette dénonciation de la grâce a fédéré des Marocains issus de milieux sociaux divers, pour nombre d’entre eux familiers du web – présence de beaucoup de twittos aux manifestations –, des militants, des intellectuels, des gens issus du milieu artistique.
Elle a aussi réveillé la contestation initiée il y a deux ans par le Mouvement 20-février, né le 20 février 2011 dans la foulée des mouvements de protestations tunisiens et égyptiens. Certains militants n’avaient pas pris part à une manifestation depuis plusieurs semaines. Lors du premier rassemblement à Rabat vendredi dernier, ils étaient nombreux à s’être déplacés de Kénitra (où vivait le pédophile), de Salé, Casablanca, Meknès, Fès. Certains n’avaient jamais manifesté.
« Quelque chose d’inédit est en train de se produire », affirmait un militant du Mouvement 20-février juste avant la manifestation réprimée à Rabat, « nous sommes plusieurs milliers à dénoncer cette grâce royale ».

Le silence des politiques
« Avant même que la manif ne commence, il y avait des courses-poursuites, des coups de matraque, des intimidations, raconte Tahani. Mais à chaque fois que les forces de l’ordre nous séparaient, on se regroupait pour scander encore plus fort nos slogans. C’était une journée historique celle où les Marocains et les Marocaines dignes se sont réveillés pour défendre l’honneur et la dignité de nos enfants. C’était un vrai moment de bonheur, malgré les coups, la répression, nous étions heureux de voir qu’il y a toujours de l’espoir. »
Dans la manifestation du 7 août à Rabat
Dans la manifestation du 7 août à Rabat
Reprenant le slogan phare des protestations de ces deux dernières années, les manifestants criaient « Vive le peuple » alors que les forces de police les matraquaient. Ils s’adressaient directement au roi, qui leur a « mis la honte » et les a « vendus à l’Espagne ».
Pendant ce temps, la classe politique s’illustrait par son silence.
Les partis PPS (coalition gouvernementale) et PAM (opposition) ont demandé l’ouverture d’une enquête. Mais le chef de gouvernement Abdelilah Benkirane ne s’est pas exprimé et les rares intervenants n’ont fait qu’alimenter la colère des Marocains. Le porte-parole du gouvernement a déclaré qu’il ne disposait d’aucune information. Le ministre de la justice a quant à lui justifié la grâce en parlant d’une faveur accordée à l’Espagne pour des « raisons d’intérêt national » : « Il s’agit d’une décision royale dictée sans doute par des intérêts nationaux, même si le bénéficiaire est impliqué dans des crimes. »
La présidente de l’Association Touche pas à mon enfant, Najat Anouar, s’est attiré les foudres des Marocains sur la toile après avoir refusé de remettre en question cette grâce qui constitue, d’après elle, « un droit exclusif du roi ». Le site de son association était d’ailleurs piraté quelques heures après. Fatima Khayari s’est quant à elle retirée de l’association par la suite : « Quel fut mon dégoût, oui mon dégoût je dis bien, quand je vous ai vue justifier l’injustifiable, défendre l’indéfendable, choisir le camp de ceux qui pensent que l’honneur de nos enfants ne vaut même pas une excuse royale. »
Les médias officiels n’ont commencé à couvrir les événements qu’après la diffusion du premier communiqué du Palais, sans avoir auparavant couvert les manifestations.
Aucun dirigeant de parti politique ne s’est exprimé, excepté Nabila Mounib, secrétaire générale du PSU (Parti socialiste unifié). Pour elle, ce Danielgate s’inscrit dans les protestations que connaît le Maroc depuis deux ans. « C’est une véritable demande populaire qui s’installe », explique-t-elle. « Ça va continuer, ça se dessine clairement dans la tête des gens. La question fondamentale, c’est l’établissement d’un État de droit et la séparation des pouvoirs. »
Ce n’est pas la première fois que des manifestations concernent directement le roi. L’an dernier déjà, des sit-in avaient dénoncé la cérémonie d’allégeance et appelé à une réduction du budget du Palais royal. Les deux rassemblements avaient été réprimés. Mais contrairement au Danielgate, ils n’avaient pas mobilisé la rue marocaine.
D’après Hassan Akrouid, membre du Mouvement 20-février et de l’ONG Attac Maroc, ces dernières protestions sont « particulières ». « Ce sujet a à voir avec la dignité des Marocains. Les citoyens marocains ont refusé cette grâce royale et discutent maintenant de ces sujets ensemble. Cela va participer à étendre d’autres mouvements de protestation », affirme-t-il.

samedi 11 mai 2013

Il se passe quelque chose au Sahara Occidental


Laâyoune

Bernabé López García
Le marketing et les lobbies ne suffisent pas : l'action du Maroc doit convaincre les populations locales, estime l'intellectuel espagnol Bernabé López García.

Texte original publié sur El Pais - Traduit de l'Espagnol par Lakome


 Il y a six ans, quelques jours après que le Front Polisario et le Maroc aient soumis à l'ONU leur projet respectif visant à résoudre la problématique qui continue de les opposer, j'avais écrit dans ces mêmes colonnes que "les deux projets visent à organiser des moments différents du processus d'autodétermination. Alors que celui du Front Polisario fixe les paramètres post-indépendance, offre des garanties pour l'étape postérieure à l'indépendance, présupposant que cette dernière allait triompher lors de la consultation, le projet marocain voulait précisément éviter cette indépendance, en promettant des garanties et d'amples espaces de participation au sein d'une large autonomie, alternative à l'indépendance. Le Polisario voulant négocier après, le Maroc souhaitant le faire avant."

  Six ans plus tard, où sont ces garanties et ces amples espaces de participation promises par le Maroc pour préfigurer une future autonomie crédible?
Durant ces années, le Maroc a manqué l'occasion d'ouvrir son système politique par un processus de régionalisation qui aurait permis l'expression de sa pluralité. Le projet élaboré en 2010, de courte vision, est resté confiné, comme tant d'autres lois organiques, au Parlement, guère constitutionnel, sa deuxième chambre n'ayant pas été renouvelée dans l'attente des élections communales et régionales qui font peur à plus d'un acteur politique du pays. Une loi qui aurait donné de l'autonomie aux régions et qui aurait commencé par s'appliquer au Sahara, aurait été perçue comme un signe de progrès pour crédibiliser le plan marocain de 2007.
Le Maroc a également perdu l'opportunité que lui offrait la rédaction d'une nouvelle constitution, imposée par la pression de la rue qu'avait inspiré les idéaux du Printemps arabe. Approuvée en juillet 2011, celle-ci a plutôt consacré la continuité du système de la monarchie exécutive et a, en réalité, autorisé une cohabitation stérile entre un pouvoir royal absolu et certaines parcelles de pouvoir concédées au Chef du gouvernement, sans en finir avec les ministères de souveraineté, dont celui des affaires étrangères, qui joue un rôle central dans la gestion de l'affaire du Sahara. Si la constitution a concédé quelques clins d'œil, comme la reconnaissance verbale du patrimoine saharo-Hassani ou la préservation de la langue Hassani comme partie intégrante de l'identité culturelle marocaine, le modèle de région qu'elle propose reste sous le contrôle des walis du roi (c'est encore lui qui les nomme), fermant ainsi la porte à toute expression politique de la diversité, avec l'interdiction expresse de partis régionaux.
A ces ratages, origine de la crise des dernières semaines, il faut ajouter que le Maroc, comme ont pu le constater les organisations des droits de l'Homme ayant visité la région, a persisté dans une politique de répression de toute forme de contestation dans la région du Sahara, motivant les recommandations du Secrétaire général de l'ONU dans son dernier rapport, ainsi que la proposition avortée des Etats-Unis, de demander au Conseil de sécurité d'étendre les pouvoirs de la MINURSO à la surveillance des droits humains.

Rabat n'a pas bougé d'un iota du plan de 2007
Personne ne nie quelques progrès, comme l'absence de représailles envers les Sahraouis qui ont assisté au congrès du Polisario, mais la liberté de parole et d'expression est entravée dans les territoires sahariens. Une situation aggravée par la condamnation à de lourdes peines, par un tribunal militaire des vingt quatre (24) sahraouis accusés sans preuves dans l'affaire de Gdim Izik. Que le Conseil National des Droits de l'Homme adresse par la suite au roi la proposition de supprimer à l'avenir tout jugement de civils par la juridiction militaire, relève une fois de plus, de pures velléités. La sentence aura démontré à quel point l'organe militaire vieillissant s'immisce avec force dans la vie politique, et dans la question du Sahara en particulier.

Depuis 2005, dans les forums internationaux, le Front Polisario a basé sa stratégie sur la dénonciation des violations continues des droits de l'homme dans la région. Mais les autorités marocaines n'ont pas réagi avec une politique de détente, de renforcement de la confiance entre les différents groupes humains vivant au Sahara, d'élargissement des droits et libertés d'expression de tous les habitants de la région, y compris ceux qui pensent différemment, de reconnaissance des associations qui attendent l'autorisation du ministère de l'Intérieur, de responsabilité conjointe dans la gestion du territoire par des natifs du Sahara, ce qui aurait permis, comme le disent les résolutions de l'ONU, que les ressources naturelles bénéficient aux habitants. Bien au contraire, aucune des promesses du projet d'autonomie de 2007, qui avaient l'air intéressantes, n'a avancé d'un iota, si bien que ce projet se trouve aujourd'hui réduit à sa plus simple expression.
Le Maroc se satisfait des louanges de son plan d'autonomie, qualifié partout de "sérieux et crédible" par les ministères des affaires étrangères occidentaux. L'Union européenne qui lui a accordé en 2010 le statut avancé, a fini par donner raison à ses détracteurs du fait de son incapacité au cours des six années écoulées à faire évoluer vers une solution le problème du Sahara, alors qu'il constitue la plus grande hypothèque de la monarchie et sa maladie chronique. Dans ces mêmes colonnes Abdellatif Laâbi avait raison d'écrire que le Maroc est malade du Sahara.
Le Maroc a estimé que pour obtenir la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental, le lobbying et le marketing suffisaient, il n'a pas réalisé qu'il était essentiel d'avoir une approche cohérente et transparente afin de rallier la population sahraouie qui est aujourd'hui majoritairement contre sa mauvaise gestion. Récemment, dans le magazine marocain Zamane deux bons connaisseurs du sujet, le Sahraoui Bachir Edkhil et le membre du CORCAS, Belghazal Abdelmajid, constataient l'échec dans la gestion du problème, durant ces années et martelaient la nécessité d'une véritable démocratie dans la région. Durant un long périple à Laayoune, Smara et Dakhla en 2011, j'ai entendu à maintes reprises, et pas seulement de la bouche des éléments indépendantistes: «Ils veulent un Sahara sans les Sahraouis». Une quarantaine de personnalités sahraouies que j'ai rencontrées il y a deux ans s'interrogeaient: "Pourquoi ne pas appliquer le projet d'autonomie à partir de maintenant?". Seule une minorité d'individus appartenant au système semble se rendre compte de la stupidité de perdre encore du temps. Même le président de l'Institut Amadeus, proche du centre du pouvoir, réclamait il y a quelques jours dans son article «Sahara: de la crise à l'opportunité ?», la mise en œuvre urgente du projet d'autonomie.
Le projet de résolution américaine a été un avertissement pour le Maroc pour son inaction et son auto complaisance. Il était convaincu que les promesses de 2007 étaient suffisantes, refusant de reconnaître que dans le Sahara sous son contrôle, les droits de l'homme sont un problème qui suscite un climat de tension permanent et un mécontentement parmi les différents groupes ethniques forcés à cohabiter. Le Maroc ne réalise pas que son image se détériore à l'étranger, en dépit du soutien tardif et honteux de deux nations, la France et l'Espagne, dans leur souci de ne pas gêner les bonnes relations économiques avec l'ancienne colonie. Avec son apathie six ans durant, le Maroc a perdu toute crédibilité pour son plan d'autonomie. Loin de constituer le point final des négociations, ce plan peine maintenant à en constituer le point de départ, si tant est qu'il puisse y arriver. Il est probable qu'à l'avenir, pour trouver une solution à ce problème récurrent, il devra s'imposer d'aller plus loin. Peut-être vers un statut de confédération ou un Etat libre associé, sous la souveraineté marocaine. Mais, encore une fois, pour être «sérieux et crédible», il devra envisager les mesures qu'il n'a pas été capable de prendre ces dernières années.
 https://fr.lakome.com/index.php/chroniques/738-le-maroc-echoue-au-sahara

Bernabé López García est professeur émérite d'histoire de l'Islam contemporain à l'Université Autonome de Madrid et auteur de nombreuses publications sur le Maroc. Il a régulièrement défendu l'idée de l'autonomie ces dernières années pour résoudre le conflit au Sahara.
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dimanche 25 novembre 2012

SAHARA OCCIDENTAL: MAINTENIR LA PRESSION SUR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS POUR UN CHANGEMENT DE POLITIQUE



Par JP Le Marec,  novembre 2012

         Après  la mise en place du nouveau gouvernement français, des associations de solidarité avec le peuple sahraoui (Association des Amis de la RASD, AFASPA, CORELSO...) ont adressé des courriers sur la question sahraouie au président de la République, au premier ministre, au ministre des Affaires étrangères mais aussi aux ministres de l'Agriculture et du Développement qui avaient exprimé leur intérêt pour la cause sahraouie avant d'être ministres.
         L'objectif de ces interventions était d'obtenir un changement de cap de la politique du gouvernement français qui soutenait, jusqu'à présent, les thèses marocaines concernant le Sahara occidental, que ce soit sur les droits de l'Homme ou le droit international. Ces courriers s'appuyaient sur le discours du président de la République: "La France respectera tous les peuples, elle sera partout fidèle à la vocation qui est la sienne, défendre la liberté des peuples, l'honneur des opprimés" et faisaient référence au soutien au droit à l'autodétermination du peuple sahraoui apporté par l'Internationale socialiste et Jean-Marc Ayrault, quand il était président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.
         Ces courriers ont reçu des réponses écrites et ont débouché sur des rencontres avec les services concernés:

Premier ministre
         Le conseiller diplomatique de Jean-Marc Ayrault, Laurent Pic, ancien collaborateur du ministère des Affaires étrangères, a reçu le  5 octobre une délégation composée de Jean-Paul Le Marec, Claude Mangin et Aline Pailler. L'échange, qui a duré plus d'une heure, a été assez vif. Pour le conseiller, le gouvernement a tiré les enseignements des révoltes des peuples arabes en voulant aujourd'hui "accompagner la transition dans les pays du Maghreb". La situation serait "différente" au Maroc qui a tenu des élections démocratiques, modifié sa Constitution et aide la société civile à se structurer. Par contre, il juge que la société est bloquée en Algérie qui est en retard sur le plan des réformes. Tout au long de la discussion, il a précisé que la France faisait preuve de "prudence" et refusait d'être "instrumentalisée" mais avec une tendance lourde à renvoyer la question sahraouie à un conflit entre l'Algérie et le Maroc. Il n'a pas réfuté les témoignages apportés sur les violations des droits de l'Homme, la répression des manifestations, les emprisonnements arbitraires...et a précisé que la France envoyait régulièrement des messages au Maroc sur les droits de l'Homme "dans le respect de sa souveraineté".
         A la lecture de la réponse du 8 juin 2010  à l'AARASD de Jean-Marc Ayrault, qui demandait "le respect du droit international et du droit à l'autodétermination des peuples colonisés", il s'est contenté de faire remarquer que M. Ayrault était alors président du groupe socialiste à l'AN. Interpellé sur la réponse de Laurent Fabius au CORELSO, qui soutient le plan d'autonomie marocain, il a précisé que cette position du ministère des Affaires étrangères était celle du gouvernement français...c'est-à- dire la même que celle du gouvernement Sarkozy-Fillon-Juppé!

Ministère des Affaires étrangères
         La réponse du MAE (signée par Laurent Fabius) au CORELSO précise: " La France considère que le plan marocain d'autonomie de 2007 est la seule proposition réaliste aujourd'hui sur la table et constitue la base la plus crédible et sérieuse d'une solution juste et durable". Comme il l'avait proposé dans cette lettre, une rencontre a été organisée au ministère. Le 22 octobre, une délégation composée de Michèle Decaster, Jean-Paul le Marec, Bachir Moutik, Pierre Toutain a été reçue par Yannick Samson (Sous-direction Afrique du Nord, Maroc - Sahara occidental), Philippe Voiry et Marie-Laure Charrier (Direction des Nations unies et des organisations internationales).
         L'échange a porté essentiellement sur les droits de l'Home et le droit international.  Yannick Samson et Philippe Voiry sont allés dans les territoires occupés où ils ont rencontré des responsables d'associations sahraouies des droits de l'Homme "après avoir demandé aux autorités marocaines la possibilité de rencontrer des organisations non autorisées", laissant entendre que leurs visites n'étaient pas totalement indépendantes du pouvoir marocain. Ils ont fait état des "énormes efforts" faits par le Maroc en matière de droits de l'Homme; le rôle de la France est d'accompagner ces efforts "dans le respect de la souveraineté du Maroc". Ils ont rendu hommage au Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH) et à son indépendance en faisant référence à la "respectabilité" de son président. Bien que les associations marocaines des droits de l'Homme (AMDH, ASDHOM...) ne fassent pas confiance au CNDH, qu'elles considèrent comme un instrument non indépendant aux mains du roi, la délégation du MAE s'est  contentée de souligner:" L'indépendance, cela se construit (...) Il faut lui laisser le temps".
         A la question: "La France va-t-elle enfin accepter au Conseil de sécurité l'extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'Homme", la délégation du MAE a répondu que le gouvernement français n'y était pas favorable, notamment "pour ne pas indisposer le Maroc" et préférait l'envoi de rapporteurs spéciaux des Nations unies (comme la récente mission de Juan Mendes, rapporteur spécial sur la torture) qui est plus efficace  pour un suivi international dans le domaine des droits de l'Homme. Tout en précisant que l'Ambassade de France au Maroc suivait le procès de Salé et envoyait des missions au Sahara occidental, la délégation du MAE n'a rien trouvé à redire à la poursuite des 24 de Salé devant un tribunal militaire, contribuant ainsi à justifier les graves accusations portées contre les militants sahraouis bien qu'ils soient tous des civils et, pour la plupart, défenseurs des droits de l'Homme.
         Concernant l'application du droit international, la délégation du MAE a précisé que la France voulait œuvrer "dans un esprit non partisan" à la résolution du conflit dans le cadre de l'ONU mais qu'il fallait "rechercher le consentement des deux parties". Effectivement, comme l'a précisé le ministre des Affaires étrangères dans sa réponse au CORELSO, le gouvernement soutient le plan d'autonomie marocain parce qu'il est "la base la plus crédible" pour une solution au conflit. Cette position unilatérale ne prend pas en compte la position du Front Polisario qui a accepté d'inclure l'autonomie dans les questions qui seraient soumises au référendum qui reste le seul moyen de respecter la légalité internationale fondée sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
         Une prochaine rencontre devrait se tenir au MAE avant le vote de la résolution à l'ONU en avril 2013 mais en recherchant un contact avec les conseillers politiques du ministre.

Ministère de l'agriculture
         Sur proposition du ministre, Stéphane Le Foll, le  conseiller diplomatique Jean-Christophe Roubin a reçu le 26 octobre une délégation composée de Jean-Paul Le Marec et Régine Villemont.
         L'échange, très intéressant et constructif, a porté surtout sur les accords du Maroc dans les secteurs de l'agriculture et de la pêche mais il a également permis de faire un tour d'horizon sur l'application du droit international car le ministre se dit toujours intéressé par la question sahraouie. JC Roubin a confirmé que le Maroc avait très mal reçu le rejet par le Parlement européen en décembre 2011 de la prolongation de l'accord de pêche UE-Maroc; le soir même du vote, il avait obligé tous les bateaux communautaires (essentiellement espagnols) de quitter les lieux de pêche. La Commission devrait présenter de nouvelles propositions pour la reprise de cet accord (dossier à suivre). JC Roubin a conseillé de prendre contact avec un conseiller du ministre de la pêche qui suit cet accord. Il a toutefois tenu à préciser que, si l'accord n'était pas repris, les zones de pêche seraient attribuées à des pays tiers, notamment Corée du Sud, Japon, Chine.
         Il reconnait qu'il y a un problème avec les produits agricoles provenant des territoires occupés(par exemple les tomates de Dakhla) mais il a mis en avant l'intérêt de la France à importer des produits agricoles du Maroc pour pouvoir exporter et investir (construction d'un TGV...) tout en refusant que l'agriculture serve de monnaie d'échange dans les relations commerciales.
         Il s'est dit prêt à relayer auprès des groupes socialistes à l'Assemblée nationale et au Sénat la demande de la délégation de mettre en place des groupes d'études sur le Sahara occidental.
         Il  a informé la délégation que le ministre Stéphane Le Foll accompagnera François Hollande dans ses déplacements en Algérie en décembre et au Maroc en janvier.

"Le changement c'est maintenant!"Mais maintenat c'est quand?

         Quelles conclusions tirer de ces courriers et rencontres? C'est la première fois qu'une délégation des associations de soutien à la cause sahraouie est reçue au cabinet du premier ministre et que des  réponses sont adressées depuis l'Elysée.
         Dans les réponses aux courriers et les rencontres, on peut remarquer que la question sahraouie n'est pas négligée par le gouvernement. Les échanges ont été intéressants même s'il faut regretter qu'il n'y ait pas eu d'engagement concret pour un véritable changement de la position du gouvernement qui reste sensiblement la même que celle du gouvernement précédent. Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, l'a confirmé récemment en allant au Maroc soutenir le plan marocain d'autonomie juste après la visite de Christopher Ross, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU.
         Il convient toutefois de noter des appréciations différentes selon les interlocuteurs. Si le MAE confirme son soutien au plan marocain d'autonomie (position officielle du gouvernement selon le conseiller diplomatique du premier ministre), le conseiller Afrique du Nord du président de la République n'y fait pas référence dans sa réponse à l'AARASD :"La France est attachée au droit international et au respect des droits de l'Homme dont tous les citoyens du monde, y compris les habitants du Sahara occidental, doivent pouvoir bénéficier. Elle continuera à soutenir les efforts de négociation et de pourparlers informels sous l'égide des Nations unies en faveur des droits des populations locales. Elle considère en effet que seul le dialogue peut permettre de parvenir à une solution politique réaliste, juste, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara occidental". Ce texte est également repris intégralement dans la réponse de Laurent Fabius au CORELSO mais il y rajoute le soutien au plan d'autonomie.
         Ceci semble confirmer que François Hollande souhaiterait un rééquilibrage de la position française afin qu'elle soit moins le relai des thèses marocaines comme du temps de Sarkozy. Les rencontres qu'il aura au Maroc et en Algérie prochainement devraient apporter de nouveaux éclairages -et il faut l'espérer- des inflexions!
         Quoiqu'il en soit, même si on peut noter plus d'équilibre dans les expressions et une plus grande écoute, force est de constater que la position du gouvernement n'a pas changé sur le fond. On est encore loin des engagements rappelés par Jean-Marc Ayrault quand il était président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et réaffirmés régulièrement par l'Internationale socialiste (dont le PS est un membre important). Nous devons donc maintenir la pression sur le gouvernement et les élus, notamment socialistes,  pour obtenir un véritable changement de la position gouvernementale afin qu'elle soit pleinement respectueuse du droit international qui ne peut être appliqué que par l'organisation du référendum d'autodétermination, seul moyen de permettre au peuple sahraoui de décider librement et démocratiquement de son avenir.

                                                                 

mardi 6 septembre 2011

Le Makhzen, le réflexe et la réflexion

Par Mohammed Larbi Benotmane, Lakome, 24/8/2011
Mohammed Larbi Benotmane

Devant tant d’anachronismes, de tâtonnements et d’indécisions de la part du Pouvoir durant ces dernières années, on se demande si une logique gouverne véritablement ses actions. N’existe-il pas une légitimité à s’interroger sur ses capacités à disposer d’un bon projet pour diriger le pays et le faire avancer vers un lendemain meilleur ?

Durant le règne précédant l’affaire était entendue. Le développement humain et économique n’était pas la priorité. Ce que recherchait le pouvoir makhzanien était, comme il ne s’en cachait pas d’ailleurs, de tenir le pays. De le tenir par tous les moyens possibles. Cela n’excluait qu’en parole la violence, la peur, la répression, la démagogie, la soumission ou la ruse. Et encore, cette liste n’est pas limitative. Tous les moyens justifiaient cette fin pourvu que le régime en sort toujours renforcé. Son crédo était de tenir le pays pour se maintenir sans aucun partage du pouvoir. En somme, l’absolutisme dans toute sa splendeur.

Les résultats de cette politique sont connus : des « années de plomb » marquées par la torture, les disparitions et les emprisonnements abusifs, une corruption endémique, un classement aberrant dans tous les domaines du développement humain, des systèmes d’éducation et de santé à faire honte, une élite politique décrédibilisée et quasi irrémédiablement noyautée. En foi de quoi, il est vrai, le régime s’est maintenu envers et contre tous. Il a même trouvé des laudateurs et des inconditionnels pour l’applaudir ou le rejoindre même après avoir lourdement gouté sa répression.

D’un point de vue purement masochiste, ceux-là peuvent dire, et parfois le disent de façon effrontée, que le système de pouvoir précédant avait au moins un projet, celui de continuer de se renforcer et de perdurer. Et que, en amont, il s’était doté d’une philosophie d’action et d’une réflexion ; funeste et affligeante soit-elle, pouvaient-ils ajouter. C’est le passé, notre pitoyable passé que d’aucuns, malgré ses tares et ses abus, continuent de justifier.

L’actuel système peut-il se prévaloir lui aussi d’un projet de la même espèce et du même acabit. Foncièrement, il a surtout copié les tares et l’idiosyncrasie de son prédécesseur. Il a voulu la continuité dans la continuité, avec juste des retouches et sans rien changer au fond. Depuis son avènement, ce choix lui confère une mission claire, celle de ne pas s’imaginer autre chose qu’une une sorte d’exécuteur testamentaire.

Ce faisant, il n’a pourtant pas beaucoup amélioré le bilan hérité. Les indicateurs sont tout aussi mauvais, la gouvernance est déficiente et les résultats se font attendre. Le régime s’est même fourvoyé dans une répression inacceptable à des années lumières de l’Etat de droit démocratique. L’offensive contre les tenants du salafisme, du moins ceux réprimés du fait de leur  seule conviction, en est l’exemple emblématique. Cette offensive a donné au système actuel des titres incontestables pour se targuer d’avoir eu lui aussi sa période de «plomb». Plus, au vu du nombre de condamnés et de la proportionnalité des sanctions prononcées, le régime actuel a battu bien des records répressifs de son prédécesseur. Aujourd’hui, cette offensive apparait comme un reflexe directement inspiré du passé et dénué d’intelligence politique dont on se demande comment le régime va s’en dépêtrer.

Le secteur des médias qui souvent apparaissait comme porteur d’une conscience politique et porte-parole des frustrations citoyennes a dû faire face à une scandaleuse campagne pour museler et faire taire tous ceux qui se rapprochaient de la parole critique et des lignes dites rouges. Les titres et les plumes les plus prometteurs ont ainsi été éliminés par le recours à des condamnations privatives de liberté, d’interdictions d’écrire et d’exercer ou de paiement d’amendes astronomiques. Le tout pour tuer toute sérieuse liberté d’expression. Mais, là aussi le Pouvoir s’est fourvoyé. Il n’a pas vu venir le phénomène du média digital qui donne plus de liberté à l’expression, l’a rend plus accessible et pratiquement hors de sa portée. Aujourd’hui, ce nouveau média est un véritable exutoire et un champ où la liberté de parole s’épanouit comme jamais. Il y apparait en tout cas largement défait et artificiellement incrusté. Donc, sur ce terrain également, l’actuel régime ne fait pas mieux, à moins qu’il ne soit en train de faire pire que ce qu’aurait fait celui à qui il a succédé.

En somme, en ces domaines comme en d’autres, il est aujourd’hui notoire que ce régime n’a pas su donner à ses thuriféraires des raisons valables d’y croire, une réflexion à amplifier et encore moins une philosophie où s’accrocher, à l’image de son prédécesseur. Il ne les a dotés que de simples réflexes et d’aptitudes mimétiques calqués sur le passé. Ceux qui opèrent pour lui ne sont pas en effet dans des prédispositions créatives. Ils recherchent en majorité à perpétuer l’existant calqué sur le passé, à gagner de l’argent, à renforcer leurs privilèges, et en tout cas à éviter d’en être exclus. Or, faute d’une réflexion et d’une vision d’avenir, politiquement le régime réagit seulement à ce que la société lui renvoie au visage. Une manière d’être bel et bien dans la perte d’initiative. Ce qui en soi est de mauvais augure. Car dans de telles situations d’inaction et d’inanité, au lieu d’être proactif et maître de son initiative, le décideur est forcément en situation de simple réaction par rapport à ce qui lui tombe dessus. Ce qui en politique s’analyse volontiers comme les prémices de dérapages et de catastrophe annoncés.

La séquence de la réforme constitutionnelle que le pays vient de vivre est un parfait exemple de cette perte d’initiative. Normalement, elle aurait pu être un élément fondateur de l’actuel régime. Il n’en a rien été. Comme initiative, elle est le fait exclusif du Mouvement du 20 Février. Le Pouvoir s’en est saisi à son corps défendant. Il a concocté un texte, l’a revu et finalement officialisé à sa manière. Mais a-t-il pris la mesure de la revendication de ceux qui l’ont réclamé non pas dans le but de réformer pour réformer mais pour instaurer une véritable monarchie parlementaire ? Les manifestations qui continuent encore et encore, plus fortes qu’avant cette officialisation, sont une réponse étourdissante à cette question.

Plus concrètement, le Pouvoir en perte de vitesse est donc loin d’être demeuré maître de ses initiatives. A-t-il compris au moins que l’avenir lui impose dans son intérêt d’accepter la présence de contre –pouvoirs pour l’accompagner, lui résister, le stabiliser et le guider. Il est évident que jusqu’ici, il a plutôt signifié qu’il a du mal à comprendre ce qui change autour de lui. Pourtant, accepter ces contre-pouvoirs n’est rien d’autre qu’une simple et nécessaire modalité de fonctionnement de la Démocratie.

Ne pas l’accepter, c’est rendre les vents du changement plus intenses et plus fougueux. Ce qui a le mérite naturel de les rendre irrésistible.

http://fr.lakome.com/opinion/62-chroniques-dopinion/738-le-makhzen-le-reflexe-et-la-reflexion.html

jeudi 7 juillet 2011

Si le pouvoir marocain veut l’apaisement, voici neuf propositions symboliques

Par Larbi  4/7/ 2011

Je ne crois pas qu’un pouvoir à ce point plébiscitaire et arrogant cherche l’apaisement et un nouveau départ. Mais passons.

Supposons qu’on est en face d’un pouvoir qui veut changer et sortir de l’impasse politique. Il n’y a pas milles solutions, il doit répondre aux revendications légitimes du mouvement et doit donner des signes forts. Personne ne lui demande de le faire du jour au lendemain mais il y’a des mesures qui peuvent être prises assez rapidement.

Pour l’aider à comprendre et à agir, voici quelques suggestions personnelles qui bien entendu n’engagent que moi .

Corriger immédiatement les injustices des derniers jours
1- Parmi les revendications du mouvement la libération des prisonniers politiques et d’opinion. Le pouvoir doit libérer sans tarder tous les prisonniers politiques et d’opinion.
2-Le pouvoir doit rendre justice aux victimes d’Al Hoceima en ouvrant une enquête sérieuse et indépendante. Il doit rendre justice à la famille de Kamal Amari à Safi et celle de Karim Chaieb à Sefrou en traduisant les auteurs de l’assassinat de leurs enfants devant les tribunaux. Il doit par ailleurs libérer les manifestants qui ont été emprisonnés ces derniers mois au terme de procès expéditifs.
3-Le pouvoir doit respecter le droit de manifester et prendre des mesures pour cela. Il doit dire aux élus locaux qui lui sont affiliés de cesser de galvaniser les foules et d’arrêter avec méthodes d’Intimidation envers les manifestants.

Ces trois mesures ne demandent par grand investissement ni de gros moyens mais juste une volonté politique. A lui de démontrer qu’il en a .

Libérer les médias publics
La propagande des médias publics est inacceptable et à elle seule montre si besoin en est que ce pouvoir est incapable de changer. S’il est le contraire de cela il doit :

4-Remplacer le management des chaines publiques de télévision et des radios et à défaut leurs directeurs d’information.  
Il doit nommer des journalistes objectifs et intègres dont l’indépendance est reconnue. 

5-Revenir sur la décision de nommer l’insupportable Khalil Hachimi Idrissi à la tête de la MAP et désigner une personnalité indépendante capable d’arrêter la propagande de la dite agence et son désinformation. 
Une mesure d’autant nécessaire que c’est cette agence qui fixe le ton éditorial à tous les médias marocains.

6-Ouvrir, dans la durée, les médias aux jeunes de 20 février et à l’opposition en les invitant à s’expliquer et expliquer leurs revendications et demandes devant les Marocains.

Si elles sont réalisées, ces trois mesures démontreraient que le pouvoir veut rompre avec les pratiques du passé et accepter que l’opposition soit audible et que l’opinion publique ne soit plus travaillée par une propagande d’un autres temps. Il permettra surtout aux Marocains de se faire un avis objectif sur le mouvement et les points de vue des uns et des autres.

Donner des signes que le Palais va changer
La monarchie doit supporter un coût politique et l’assumer. Il n’y a aucune raison pour qu’elle se réfugie derrière le confort du palais en ne cédant sur aucune question la concernant.

7-Eloigner les deux symboles tant décrié dans l’entourage du roi : le secrétaire particulier du Roi Mounir Majidi et l’ami du roi Fouad Ali El Himma. 

8-Commencer par se désengager du secteur privé et arrêter l’hégémonie de la holding SNI sur le monde d’affaire. Ou du moins annoncer que le Palais entend le faire.

9-En finir avec la sacralité en prenant des mesures qui s’imposent que ce soit pour la couverture des activités du roi dans les médias ou la scène protocolaire dans le palais.

Ces trois mesures ne sont pas révolutionnaires et montreront que le Monarchie est capable de se remettre en cause et de donner l’exemple.

Je m’en suis tenu à 9 propositions qui ne concernent ni le structure du pouvoir, ni les questions de séparation des pouvoirs, ni de la fin de la corruption, ni même celles de la démocratisation du pays et l’instauration de la justice sociale.

Il s’agit de mesures très symboliques qui, si elles sont prises, peuvent signifier que le pouvoir cherche l’apaisement et le changement et non l’humiliation et la politique du fait accompli. Et ce n'est certes pas demander la lune.

Comme depuis le début dans la contestation, la balle est dans son camp et il a une confortable marge de manœuvre. Charge à lui de prendre ses responsabilités. Quant à ses supporters ils seraient inspirés de l’appeler à la raison au lieu de le conforter dans son entêtement.
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