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mercredi 26 octobre 2016

Assemblée nationale : Question sur la position de la France par rapport à la MINURSO

Assemblée nationale


Question N° 95511
de M. Jean-Luc Laurent (Socialiste, écologiste et républicain - Val-de-Marne )
Question écrite
Ministère interrogé > Affaires étrangères
Ministère attributaire > Affaires étrangères
Rubrique > politique extérieure
Tête d'analyse > Maroc
Analyse > Sahara occidental. attitude de la France.
Question publiée au JO le : 03/05/2016 page : 3574
Réponse publiée au JO le : 25/10/2016 page : 8842

Texte de la question

M. Jean-Luc Laurent attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur la situation du Sahara occidental. Face aux forces marocaines, les habitants de cette région mènent un combat politique pacifique depuis la signature d'un cessez-le-feu sous autorité de l'ONU en 1991. 
 Une mission des Nations Unies, la Minurso, composée de civils et de militaires, veille au respect du cessez-le-feu et soutient le dialogue entre le Front Polisario et le Royaume du Maroc en vue de l'organisation d'un référendum d'autodétermination. Les relations se sont très récemment tendues entre l'ONU et le Maroc après que M. Ban Ki-Moon, en visite dans un camp de réfugiés sahraouis à Tindouf en Algérie, a évoqué « l'occupation » du Sahara occidental. Cette déclaration a provoqué un conflit ouvert entre le Maroc et l'ONU, avec pour conséquence l'expulsion des membres civils de la mission onusienne. 

mercredi 13 avril 2016

Manuel Valls à Alger : le Sahara occidental, ce "boulet" entre la France et l'Algérie

"L'Algérie a l'intention de faire sortir la France de ses retranchements et de son appui feutré au Maroc", estime la politologue Khadija Mohsen-Finan.

Céline LussatoCéline Lussato, 9/4/2016

Manuel Valls se rend en Algérie les samedi 9 et dimanche 10 avril, avec une dizaine de ministres, pour un voyage officiel au cours duquel est notamment programmée une rencontre avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault est, lui, retenu à une réunion des chefs de la diplomatie du G7.
La question du Sahara occidental sera évoquée lors de ce voyage. Pour Khadija Mohsen-Finan, politologue spécialiste du Maghreb (*), la France, "engagée au Maghreb" est "obligée d'avoir un rôle" dans le règlement de la question sahraouie. Interview.
La question du Sahara occidental devrait être abordée lors des rencontres ministérielles franco-algériennes. Pourquoi cette problématique marocaine interfère-t-elle dans les rapports entre les deux pays ?
  • C'est une sorte de boulet entre la France et l'Algérie. La question a toujours été présente dans la relation entre les deux pays, qui ne sont pas sur la même longueur d'onde sur la résolution du conflit sahraoui. La France a fait le choix d'appuyer la position marocaine et le plan d'autonomie proposé par Rabat en 2007, qu'elle trouve "sérieux". Plusieurs raisons expliquent le choix de la France. Elle a peut-être une proximité de vue avec les Marocains, mais elle a également le souci de soutenir le Maroc pour des raisons d'équilibre géopolitique régional. Enfin la France n’a jamais cru en un Etat sahraoui indépendant qui constituerait un Etat supplémentaire dans la région.

L'Algérie, elle, demande une autodétermination des populations intéressées. Elle est elle-même devenue ainsi indépendante, elle continue de soutenir cette manière de faire. Mais ce n'est pas tout. De façon très politique, l'Algérie saisit aussi ce dossier pour affaiblir le Maroc au niveau régional. Le contentieux entre Alger et Rabat remonte à l’indépendance de l’Algérie (1962) et portait initialement sur la question des frontières.
Mais la donne géopolitique a désormais changé et la France a besoin des deux grands acteurs régionaux du Maghreb. Elle dépend de l'Algérie dans son engagement au Mali, notamment pour le survol de son territoire ; et du Maroc, notamment pour les questions d'immigration en Méditerranée. Or, les solutions proposées par le Maroc et Front Polisario soutenu par Alger sont antagonistes et irréconciliables. Elles ne laissent aucune place à la négociation.

Pourquoi ce conflit vieux de 40 ans ressurgit aujourd'hui au niveau international ?
- Il y a plusieurs raisons. Tout d'abord, Ban Ki-Moon termine son mandat à l'ONU et part avec un sentiment d'échec sur ce dossier. Il veut peut-être attirer l'attention de la communauté internationale sur son engagement dans ce dossier, qui reste malgré tout bloqué. Il souhaite aussi mettre en avant les limites du travail de l'ONU, poussé d'ailleurs en cela par son envoyé spécial au Sahara, Christopher Ross.
Le donne géopolitique actuelle exige la résolution de ce conflit lattant. Depuis quelques années, les deux grands acteurs du djihadisme international - l'organisation Etat islamique et al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) - sont actifs dans la région. Ils ont bénéficié du chaos libyen, de la porosité des frontières et de l'affaiblissement des Etats pour se développer.

Pour la France, le problème de ce djihadisme est sa proximité avec l'Europe. Pour mieux circonscrire, il ne faut pas donner à ses acteurs la possibilité d'utiliser les éléments du Front Polisario, militants qui maîtrisent la région et sont aguerris au plan politique. Le cocktail pourrait être explosif, même s'il ne l'est pas encore : le Maroc affirme qu'il y a des connexions mais elles ne sont pas avérées. Cette hypothèse ne peut en tout cas pas être écartée.
En outre, les deux capitales du Maghreb souhaitent traditionnellement avoir Paris pour allié exclusif dans les dossiers considérés comme clés. Le Maroc part du principe que la France est acquise à ses thèses sur le Sahara... et il n'a pas tort. Et l'Algérie voudrait profiter de deux éléments pour retourner la position française ou tout au moins faire en sorte qu’elle ne soit plus inconditionnellement favorable au Maroc :
- les besoins de la France dans la région pour ses opérations militaires de lutte contre le djihadisme d'une part ;

- et d'autre part, ce qui est moins avoué, l'écart entre la position française sur le Sahara occidentale, tranchée, déjà expliquée, et celle de François Hollande. Je pense en effet que le président français n'adhère pas totalement à la position française sur le sujet. Il serait partagé entre une consultation des populations par voie référendaire, et la fidélité aux engagements de la France, défendue par ses équipes.
Enfin, ce conflit revient sur le devant de la scène en raison des changements internes en Algérie, notamment au niveau du Renseignement intérieur, l'ex-DRS. Il est en effet possible que les nouveaux acteurs aient changé de méthode et veuille rendre visible la position algérienne. Cela s'est senti récemment avec les jets de pierres sur les voitures du Secrétaire général des nations unies lors de sa visite à Tindouf.

La France peut-elle vouloir jouer un rôle dans la résolution de ce conflit ?
- La France est obligée de jouer un rôle. Le Maghreb est son arrière-cour. Elle n'a pas son mot à dire sur le conflit israélo-palestinien, mais elle ne peut se désengager du Maghreb. Et même si elle le voulait elle est beaucoup trop engagée et sollicitée par les acteurs de la région. L'Algérie avec ses nouvelles méthodes dans sa politique saharienne, veut faire sortir la France de ses retranchements et de son appui feutré au Maroc.
Les relations franco-algériennes sont empoisonnées par cette situation. La France ne peut se permettre de montrer une préférence marocaine : elle est présente sur le plan économique, politique, militaire et stratégique en Algérie ; la communauté algérienne est très importante en France ; et Alger est un acteur de premier plan dans la lutte contre le djihadisme. Les acteurs algériens l'ont bien compris.
De plus, la position de la France dans ce conflit pèse d'autant plus lourd qu'elle est membre du Conseil de sécurité. C'est bien le véto français qui a bloqué les choses jusqu'à présent. La France a adopté de manière inconditionnelle la position marocaine, y compris ses contradictions, optant tantôt pour l’autodétermination, tantôt pour l’autonomie du Sahara. Les Algériens veulent faire sauter ce verrou, et cela pourrait bien se produire au moins partiellement. Jean-Marc Ayrault était récemment à Alger et a une nouvelle fois affirmé que la situation était délicate, qu'elle méritait réflexion… Mais la France ne pourra pas continuer longtemps à s'en sortir avec quelques petites phrases.
Propos recueillis par Céline Lussato
(*) Khadija Mohsen-Finan enseigne à Paris-1 Panthéon-Sorbonne et a récemment publié un dossier sur le Sahara dans le journal en ligne "Orient XXI".
 http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20160408.OBS8114/manuel-valls-a-alger-le-sahara-occidental-ce-boulet-entre-la-france-et-l-algerie.html

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jeudi 31 mars 2016

Colère du Maroc contre Ban Ki-moon. Le Sahara occidental est-il « occupé » ?




En évoquant l’occupation du Sahara occidental, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a suscité la colère du Maroc. Et rappelé l’incertitude du sort de ce territoire depuis plus de quarante ans.

Le Maroc ne décolère pas. Ban Ki-moon a effectué une visite — la première du genre — dans les camps de Tindouf, en Algérie, où vivent depuis 1975 des milliers de Sahraouis qui revendiquent l’indépendance du Sahara occidental. Le secrétaire général des Nations Unies s’est également rendu à Bir Lahlou, localité au nord-est du Sahara occidental, en zone contrôlée par le Front Polisario et considérée par les Sahraouis de Tindouf comme une «  zone libérée  ». C’est à cet endroit précis que le 27 février 1976, le Front Polisario annonçait la création de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et c’est de cette localité qu’émet la «  Radio nacional de la républica árabe saharaui democrática  ». La presse marocaine parle de provocation.
Au-delà de la visite elle-même, ce sont les propos formulés par Ban Ki-moon, en ces lieux hautement symboliques, qui ont paru «  inacceptables  » pour le Maroc. Le plus haut fonctionnaire onusien, qui affiche habituellement une grande réserve, a exprimé beaucoup de compassion pour les réfugiés sahraouis qu’il a vus à Tindouf : «  J’ai été très attristé de voir autant de réfugiés et particulièrement des jeunes qui y sont nés. Les enfants qui sont nés au début de cette occupation ont désormais 40 ou 41 ans. Soit quarante ans d’une vie difficile. Je voulais vraiment leur apporter l’espoir que ce n’est pas la fin du monde pour eux  ». Pour Rabat, la ligne jaune est franchie, le secrétaire général a parlé explicitement d’«  occupation  » pour désigner le contrôle exercé depuis 1975 par le Maroc sur le Sahara occidental, territoire sur lequel l’ONU n’a pas encore statué.

samedi 23 novembre 2013

Mohammed VI en perte de vitesse sur le dossier du sahara occidental cherche le soutien d’Obama


Par Hacen Ouali, 23/11/2013
| © D. R.

Le président Barack Obama a reçu pour la première fois, hier soir à la Maison-Blanche, le roi du Maroc Mohammed VI pour des discussions consacrées officiellement «à la sécurité et à l’économie» l Il ne fait pas de doute, selon les observateurs, que cette rencontre a également concerné le dossier du Sahara occidental qui mobilise actuellement les inquiétudes de Rabat.

Arrivé mardi à Washington, le monarque alaouite, Mohammed VI, a été reçu, hier en début de soirée, à la Maison-Blanche par le président Obama pour des entretiens «consacrés en particulier à la sécurité et à l’économie». Barack Obama a l’intention de discuter avec son hôte de «la lutte contre le terrorisme, le soutien aux transitions démocratiques et la promotion du développement économique au Moyen-Orient et en Afrique, ainsi que du soutien américain aux réformes démocratiques et économiques du Maroc», avait annoncé la Maison-Blanche quelques heures avant la rencontre.
Peu de temps avant les entretiens entre les deux chefs d’Etat, la Maison-Blanche a affirmé que le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental était à ses yeux «sérieux, réaliste et digne de foi». Ce plan «représente une approche potentielle qui peut satisfaire les aspirations des habitants du Sahara occidental pour diriger leurs propres affaires, dans la paix et la dignité», a déclaré le porte-parole de l’Exécutif américain, Jay Carney. 
Mohammed VI, qui avait reçu dans sa résidence à Washington, mercredi, le chef de la diplomatie US, John Kerry, et le secrétaire à la Défense, Check Hagel, s’emploie sans doute à obtenir du président américain au mieux un soutien, au pire de «lever le pied» sur la question des droits de l’homme et particulièrement sur le dossier sahraoui.
Considéré depuis des décennies comme un «allié stratégique» dans la région, les Américains ne vont pas jusqu’à prendre le risque de «lâcher» le Maroc, mais les violations des droits de l’homme au Maroc et le blocage du règlement du conflit sahraoui embarrasse de plus en plus Washington. D’où les rappels à l’ordre «formels et informels» des Américains. Un roi qui ne se gêne pas pour piétiner les droits de l’homme et bloque la résolution du conflit du Sahara occidental devient embarrassant pour l’Administration Obama soucieuse de paraître à la pointe du combat démocratique.    
Si Mohammed VI tentera de «rebondir diplomatiquement» à la faveur de ce déplacement aux USA, il y a fort à parier que Washington ne lui accordera pas un blanc-seing. Si pour les Américains, le Maroc est un «allié majeur non OTAN», l’Algérie n’est pas non plus un «ennemi». Les diplomates de Washington sont soucieux de «ne pas fâcher» les deux pays. En somme, le voyage américain du monarque alaouite intervient dans un contexte diplomatique jugé «tendu» et «froid» entre les deux pays. Ces deux dernières années ont été émaillées d’accrocs sérieux entre Washington et Rabat, liés essentiellement au dossier du Sahara occidental. Une série de crises que le roi du Maroc aura du mal à «effacer» le temps d’une audience au bureau ovale.  

Accrocs entre Washington et Rabat
En effet, l’épisode d’avant la réunion du Conseil de sécurité où la représentante des Etats-Unis, Susan Rice, avait agité la menace d’une proposition visant à élargir la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) à la surveillance des droits de l’homme dans les territoires occupés, avait plombé la monarchie qui, jusque-là, s’était assurée un soutien sans faille de la Maison-Blanche sur le conflit sahraoui. Le palais royal a été «désarçonné» par cette épreuve et a senti le vent tourner, redoutant un «lâchage» de Washington. Il faut dire que depuis la nomination de John Kerry à la tête de la diplomatie US, le dossier sahraoui trouve de plus en plus d’échos et gagne des soutiens dans les milieux politiques américains. Le département d’Etat a été sensible aux multiples appels lancés par le Centre Kennedy pour la justice et les droits de l’homme (CKJDH), une ONG influente qui a pu sensibiliser les responsables américains au sujet du Sahara occidental.
Kerry Kennedy, présidente du CKDHJ qui a effectué une mission, l’an passé, dans les territoires sahraouis occupés, avait constaté l’ampleur des violations des droits humains dont les forces royales se sont rendues coupables. De retour aux Etats-Unis, elle a publié un rapport accablant sur les violations massives des droits de l’homme dans les territoires occupés. Saisissant la visite du roi du Maroc à Washington, Mme Kennedy a appelé John Kerry à «inviter Rabat à accepter la solution du référendum pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination, regrettant que la Minurso soit la seule mission de maintien de la paix des Nations unies à ne pas disposer d’un mandat de surveillance des droits de l’homme». Elle a également exhorté le secrétaire d’Etat à «placer impérativement le dossier du Sahara occidental en tête des priorités de la diplomatie américaine».
Les violations récurrentes des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés ont souvent fait réagir des leaders politiques outre-Atlantique. La dernière réaction en date – et pas des moindres – est celle de deux influents sénateurs : le républicain James Inhofe de l’Oklahoma et son collègue démocrate Patrick Leahy du Vermont qui, dans une lettre au président Barack Obama, lui demandent d’évoquer la question des droits de l’homme avec le roi du Maroc : «Nous vous adressons cette lettre pour vous demander d’examiner la question des violations incessantes des droits de l’homme au Sahara occidental avec le roi marocain Mohammed VI au cours de sa prochaine visite aux Etats-Unis.» Tenant compte des rapports établis par les organisations de défense des droits de l’homme, les sénateurs ont appelé le président Obama à saisir l’occasion de la venue de Mohammed VI pour «le presser de cesser son opposition à la création d’un mécanisme de surveillance des droits de l’homme au sein de la Minurso».
Autre élément de crise entre Washington et Rabat envenimant un tant soit peu les relations dites d’«amitié» : l’incident diplomatique provoqué par le retrait de confiance à l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, en mai 2012. C’était un accroc sérieux non seulement entre le Maroc et l’ONU, mais aussi avec les Etats-Unis. Washington a apporté son soutien à C. Ross et a «imposé au Maroc de revenir à de meilleurs sentiments».
Il reste que ces couacs relèvent plus de l’agitation diplomatique bien circonscrite. Pour de nombreux diplomates, Washington juge cyniquement que le Sahara occidental est «un conflit de basse intensité» qui ne nécessite pas une «mobilisation importante». Mais, aux yeux de l’opinion mondiale, il s’agit d’un peuple soumis à une occupation militaire par un pays étranger depuis des décennies.
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Sahara occidental: Barack Obama pour une solution ''mutuellement acceptable''

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APS 23/11/2013

Le président américain, Barack Obama,   a affirmé vendredi qu'il poursuivra son appui aux efforts pour trouver une solution  ''pacifique, durable et mutuellement acceptable'' par le Front Polisario et  le Maroc sur la question du Sahara occidental, et soutient les efforts de l'Envoyé  personnel de l'ONU, Christopher Ross.       

''Le président (Obama) s'est engagé à continuer à soutenir les efforts  pour trouver une solution pacifique, durable et mutuellement acceptable à la  question du Sahara occidental'', a indiqué le communiqué conjoint publié par  la Maison-Blanche à l'issue de la rencontre entre le président Obama et le roi  marocain, Mohamed VI.          
Ce communiqué conjoint a consacré un chapitre spécial sur la question  du Sahara occidental et les droits de l'Homme du peuple sahraoui, et ce, au  même titre que les autres volets relatifs aux relations bilatérales américano-marocaines,  à la sécurité régionale et à la lutte contre le terrorisme, à l'Afrique et à  la paix au Moyen-Orient.          
La Présidence américaine a insisté sur le rôle des Nations-Unies pour  résoudre le conflit sahraoui, en tenant à préciser dans le communiqué que les  Etats-Unis ''continuent à appuyer les négociations menées par l'ONU, y compris  le travail entrepris par l'Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU pour  le Sahara occidental, Christopher Ross, comme ils exhortent les deux parties  (Front Polisario et Maroc) à travailler pour parvenir à une solution''.         
Quant au plan d'autonomie proposé par le Maroc, le président Obama a  tenu à préciser notamment qu'il s'agit d'une ''approche potentielle''.          
Concernant la question des droits de l'Homme du peuple sahraoui, le  communiqué conjoint a indiqué que le président Obama et le Roi marocain ''ont  affirmé leur engagement commun à l'amélioration des conditions de vie du peuple  du Sahara occidental et ont convenu à travailler ensemble pour continuer à protéger  et à promouvoir les droits de l'Homme dans le territoire'' sahraoui.
APS

vendredi 22 novembre 2013

Une autre vision des bonnets rouges


Des révoltés bretons mettent les points sur les i face aux délires médiatico-partidaires parisianistes

Nous publions avec plaisir cette mise au point salutaire, signée  Des révoltés bretons, 17/11/2013


Le tea-party à la française, des identitaires, nazis, fascistes, des chiens du patronat, des esclaves qui défendent leurs maîtres, et ci et ça. Que de haine face au peuple qui était dans la rue samedi à Quimper, des personnalité-e-s politiques jusqu’aux citoyens de gauche, le risible n’a pas manqué de côtoyer le pitoyable.
Les médias aussi n’étaient pas en reste dans cette course à l’absurde, pendant et après la manifestation ils ne parlaient que des « casseurs ». Là-dessus il faut dire qu’on commence à avoir l’habitude, mais notons au passage que les « casseurs » n’ont rien cassé, pas de pillage, pas de mobilier urbain détruit si ce n’est quelques morceaux de trottoirs qui ont servi à faire des projectiles pour attaquer la préfecture. Par contre, le plus inquiétant est le traitement du mouvement des bonnets rouges avant la manifestation. Une sainte alliance s’est formée de Rue89 et l’Huma en passant par Le Monde jusqu’au Figaro, pour critiquer un mouvement qu’ils disent de droite et/ou d’extrême droite, à la solde du patronat, etc. Étrange comme alliance non ?
Sur la manifestation 
Rue89 a ainsi publié un article qui compare les bonnets rouges à la manif pour tous. Avec quelques camardes nous sommes allés à Quimper samedi et nous n’avons pas vraiment la même vision des choses, en même temps ce témoin se dit PS et nous anar. Mais au delà de ça, il raconte être arrivé sur le lieu de rassemblement en longeant des rangées de 4×4. Nous, nous sommes arrivés sur la place de la résistance avec un cortège de salarié de Lampaul qui se battent pour leurs emplois, sous des drapeaux Force Ouvrière et qui scandaient « Breton, français, un patron reste un patron ».
Ensuite une fois sur place nous avons noté quelques points de détails qui peuvent tout de même avoir leur importance. Comme d’habitude en manif, une sono envoyait de la musique avant les prises de paroles. Qu’est ce qu’on écoute donc dans les manifestations « du patronat et de l’extrême droite » ? Keny Arkana, Gilles Servat1, Manu Chao, les Ramoneurs de Menhirs qui reprennent la bellaciao avec le chant de l’Armée Révolutionnaire Bretonne. Très fasciste tout ça en effet… A noter aussi que pendant la manifestation on a entendu chanter bien fort « la jeunesse emmerde le front national ».
Autre détail, les couleurs affichées : en plus des nombreux drapeaux breton il y avait donc FO, Lutte Ouvrière, CGT, Front de Gauche, UDB, Breizhistance, SLB (trois organisations de la gauche bretonne), NPA, Les Alternatifs. Le plus à droite que nous avons vu était le Parti Breton. Pas de drapeaux français, sauf un qui a été déchiré devant la préfecture, pas de l’UMP, pas de FN. Pas de signe non plus des groupuscules fachos d’Adsav et Jeunes Bretagne, s’ils étaient là ils devaient être bien cachés. En même temps vu les antifascistes présents c’était peut être pas plus mal pour eux. La grande, et très ridicule, banderole « Hollande démission » était apparemment celle de fascistes, on le saura pour la prochaine fois. Des témoignages racontent aussi que les discours de gauche étaient hués pendant les prises de paroles. Aucune idée, nous pendant ce temps on essayait de forcer le passage vers la préfecture. D’ailleurs pour l’anecdote on a même vu un vieux au lance-pierre qui nous disait que ça lui rappelait Mai 68. Par contre quand le représentant du collectif pour l’emploi a fait un discours en fin de manifestation, pour réclamer plus de liberté d’entreprendre et pour cracher sur l’écologie et la décroissance, il se faisait huer aussi.

Sur le mouvement des bonnets rouges
Alors oui, c’est un mouvement complexe, mais non ce n’est pas qu’un mouvement de droite, tout comme il n’est pas malheureusement que de gauche. Le seul trait idéologique commun est sûrement l’hostilité face à l’Etat jacobin centralisateur et la demande d’un pouvoir plus local, donc plus proche du peuple. Vous semblez nombreux à craindre ou à croire que ce mouvement soit de droite, mais pourquoi donc n’avez vous pas espoir qu’il devienne de gauche ? Mes camarades et moi qui étions à Quimper sommes de ceux qui ont cet espoir. Cinq heures d’affrontements pour attaquer une préfecture, symbole du centralisme et de la répression d’État, c’est quand même pas tous les jours dans une manif. Sans compter que ce n’était pas « une dizaine de casseurs » mais des jeunes, des vieux, des ouvriers, des pêcheurs, des paysans, des étudiants, etc. Le risque si cet espoir se perd, et c’est déjà le cas avec la contre manifestation de Carhaix, est de voir une prophétie-autoréalisatrice qui en effet servira le patronat. C’est à dire que les forces de gauche en disant que ce mouvement est de droite déserte la mobilisation, laissant la place aux forces de droite pour qu’il devienne de droite.
Sur les raisons de notre engagement
A ceux qui disent que tous les bonnets rouges défendent l’agroalimentaire, le patronat et les paysans accrocs à la monoculture et gavés de subventions, NON. Avec mes camarades nous étions de ces manifestants hostiles à ces façons de produire, mais nous avons vu qu’il faut faire une différence entre le court et le long terme. Nous étions mobilisés samedi car il y a des milliers de travailleurs qui vont perdre leurs emplois en Bretagne, des familles entières qui vont plonger dans la misère. Il y a une véritable urgence sociale, l’écotaxe n’en est pas la responsable mais elle ne va faire qu’accentuer ce phénomène. A long terme nous sommes nombreux à réclamer une autonomie politique et économique locale pour tourner la page de ce système capitaliste destructeur en vie humaines et en richesses naturelles. C’est évidement à long terme pour cela que nous nous battons, hier à Quimper et demain de nouveaux aux côtés des zadistes de Notre Dame des Landes, comme de nombreux bretons de gauche. Mais à court terme nous refusons de voir des milliers de travailleurs, qui triment au quotidien, être condamnés à la misère, c’est avec ces gens là que nous sommes allés manifester samedi, pas aux cotés du patronat.
Sur notre colère
Nous nous demandons donc : depuis quand le peuple de gauche se drape-t-il dans une pureté idéologique -aussi exécrable que la pureté ethnique- qui l’empêche de se battre aux cotés des classes laborieuses sous prétexte qu’elles s’opposent à une mesure dite écologique ( ce qui n’est pas le cas). Nous, et je pense que nous pouvons parler au nom de tous ces bonnets rouges de gauche, nous en avons assez de ces réflexions de petits bourgeois qui pensent avoir les plus belles idées sur la meilleur des sociétés à mettre en place et qui ne voient pas la misère à leurs pieds. Descendez donc de vos tours d’ivoires et détruisez les à coup de masse ! Oui à l’idéalisme mais n’oubliez pas les réalités du peuple au nom duquel la gauche porte un idéal.
Cette révolte des bonnets rouges est peut être le moyen de créer un vaste mouvement contre les politiques d’austérités. Peut être même cela va-t-il aboutir, comme la révolte de 1675, sur la contestation des privilèges de la noblesse, non plus de sang mais économique. Nous l’avons dit ce mouvement est complexe, rien n’y est joué, tout y est donc possible. Peut être ne fait il que commencer, c’est alors à nous peuple de gauche de s’en saisir au lieu de le critiquer en relayant les idées nauséabondes des chiens de garde médiatiques. Si vous voulez vous abstenir d’y prendre part, abstenez-vous donc par la même de nous traiter de capitalistes et de fachos, car pour les bonnets rouges qui sont comme nous bien à gauche et antifascistes c’est difficile à entendre.
Nous savons bien que tous les bonnets rouges n’ont pas nos idées, ainsi en va de la diversité populaire, mais nos idées ont leur place dans ce mouvement. Le fait est tout de même que les bretons sont aujourd’hui en révolte et nous souhaitons ardemment que ce feu dans la lande ne devienne pas feu de paille, mais au contraire un vaste incendie qui brûlera le patronat et l’État centralisateur. Nous souhaitons continuer le combat et nous vous invitons à le rejoindre pour y faire grandir ses forces de gauche. Vive les bonnets qui sont profondément rouges et que vive l’insurrection !
 Des révoltés bretons
1) Avec le morceau très connu ici La blanche hermine, que des fafs ont essayé de récupérer dans le passé, d’où la réponse de l’auteur dans Touche pas à la blanche hermine, chant révolutionnaire et antifasciste.
Source: Actualutte, 4/11/2013

samedi 19 octobre 2013

Sahara occidental: bientôt l’autodétermination?

ENTRETIEN AVEC RÉGINE VILLEMONT

Cette semaine, le représentant personnel du secrétaire général de l’ONU a entamé une tournée au Sahara occidental. La commission de l’ONU, qui a renouvelé son soutien à l’autodétermination de ce territoire situé au sud du Maroc, va-t-elle être entendue ? Entretien avec Régine Villemont, présidente de l’association des amis de la République arabe sahraouie et démocratique (RASD), sur cette région qui revendique depuis 38 ans son indépendance.

Le Front Polisario, créé il y a 40 ans contre l'occupation espagnole, lutte pour l'autodétermination du Sahara occidental © Saharauiak / flickr-cc
 
 
 
JOL Press : Dans quelles conditions se déroule la mission de Christopher Ross, envoyé par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, au Sahara occidental ?  
Régine Villemont : La mission fait suite à la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU en avril dernier. Christopher Ross a donc entamé une « tournée » dans la région, il est allé à Rabat en début de semaine, où il a pu rencontrer les parlementaires et le ministre des Affaires étrangères. Actuellement, je n’ai pas le sentiment que la presse marocaine n’en ait fait un très large écho. M. Ross n’est pas particulièrement apprécié par les autorités marocaines.
Jeudi, il était dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf en Algérie, et il doit normalement se rendre au Sahara occidental ce week-end, à Laâyoune [ville la plus importante du Sahara occidental]. Il rencontrera les autorités marocaines sur place et les associations sahraouies, à la fois celles qui affichent une position plutôt favorable au Maroc et celles qui sont en faveur de l’autodétermination et de l’indépendance.
JOL Press : Que demande la commission de l’ONU ?
R. Villemont : Cela fait déjà plusieurs années que Christopher Ross est l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU et qu’il essaie de favoriser les négociations entre le Maroc et le Front Polisario [mouvement politique et armé qui soutient l'autodétermination du Sahara occidental, ndlr]. Il a donc organisé plusieurs réunions depuis 4 ans, qui se passaient généralement près de New York.
Il s’est rendu compte que le Maroc comme le Polisario restaient sur leurs positions, et que ces processus de négociations ne faisaient pas vraiment bouger les choses. Il va donc maintenant régulièrement sur place pour rencontrer le groupe des amis du Sahara occidental pour essayer de faire avancer ce processus de rapprochement entre le Maroc et le Front Polisario.
JOL Press : Quelle solution propose le Maroc pour régler le conflit avec le Front Polisario ?  
R. Villemont : Depuis 2007, le Maroc essaie de faire croire que la solution de l’autonomie serait plus réaliste et plus favorable à un règlement rapide de la solution au Sahara occidental, et cette solution de l’autonomie semblait au départ avoir retenu l’intérêt du Conseil de sécurité de l’ONU, de la France et des nombreux amis du Maroc.
Progressivement, face au refus du Front Polisario d’accepter une telle solution, le Conseil de sécurité, les Etats-Unis et la France se sont rendu compte que l’on ne pouvait pas faire fi du droit international. Ils portent désormais moins d'intérêt à la solution de l'autonomie et répètent maintenant régulièrement que la solution, c’est l’autodétermination.
Il faut rappeler que les Sahraouis ont été colonisés par l’Espagne [jusqu'en 1975] et n’ont jamais eu le droit de s’autodéterminer. Le Maroc a ensuite remplacé l’Espagne sans demander leur avis aux Sahraouis. En proposant la solution de l’autonomie, le Maroc propose en fait de gérer lui-même à l’intérieur du Maroc la question du Sahara, sans l’aide de l’ONU.
JOL Press : La condition des Sahraouis a-t-elle évolué depuis 1975 ?  
R. Villemont : L'intérêt du roi du Maroc n’a pas changé depuis 38 ans. Mohammed VI vient d'ailleurs de réaffirmer sa volonté de rester au Sahara occidental, parce qu’il fait selon lui partie de l’intégrité territoriale du Maroc. Les choses évoluent cependant millimètre par millimètre : au départ, le Front Polisario n’avait pas de support international onusien. Il y a eu plusieurs étapes qui ont conforté petit à petit la position du Polisario au niveau international, même si les termes du conflit restent assez similaires, car le Maroc revendique toujours le Sahara occidental comme faisant partie de son territoire.
En 1975, quand l’armée marocaine a débarqué au Sahara occidental et que l’Espagne est partie, une partie des Sahraouis a quitté le territoire pour fuir en Algérie. Ceux qui restaient au Maroc rasaient les murs. Mais malgré tout, la permanence de la revendication à l’autodétermination est restée très forte, en particulier dans les familles qui avaient été militantes ou marquées par la disparition ou l’emprisonnement de leurs proches.
Cette persévérance-là, qui s’est maintenue pendant des années dans la clandestinité, s’exprime maintenant publiquement et se renforce depuis 2005 et surtout depuis 2010. C’est vraiment cela qui a changé, et ce sont ces nouvelles voix que Christopher Ross souhaite rencontrer.
Depuis 38 ans, des milliers de Sahraouis vivent dans des camps de réfugiés, notamment dans la région de Tindouf, en Algérie, au milieu du désert © EU Humanitarian Aid and Civil Protection / flickr-cc
JOL Press : Quelle identité et quelle culture revendiquent les Sahraouis ?  
R. Villemont : La revendication identitaire et culturelle sahraouie s’enracine dans deux logiques. Une logique traditionnelle, ancienne, une culture bédouine et désertique, qui leur interdisait en fin de compte toute installation sédentaire durable. Il s’agissait alors de nomades qui voyageaient en caravane, faisaient du commerce et assuraient le lien entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. C’est un peuple qui s’enracine donc dans une culture et une langue particulière, assez voisine de ce que l’on peut trouver dans certaines parties du désert algérien ou mauritanien, et qui politiquement n’a jamais fait allégeance au Sultan.
L’autre logique dans laquelle s’enracine cette revendication, c’est un aspect beaucoup plus moderne qui correspond pour le Sahara occidental à des frontières coloniales, puisque les Sahraouis ont été colonisés par l’Espagne : ils ont donc des frontières qui, en quelque sorte, ont stabilisé leur espace et créé une nation. Ce qui est très différent des Touaregs, beaucoup plus nombreux et qui n’ont pas eu de frontières coloniales au XIXème pour stabiliser une aire touarègue.
JOL Press : Retrouve-t-on chez les jeunes générations de Sahraouis cette même volonté d’indépendance et ces mêmes revendications ?  
R. Villemont : Les enfants qui vivent dans les campements de cet État en exil de la République sahraouie sont bien sûr éduqués dans des écoles nourries au lait de la revendication de l’indépendance. Quand ces jeunes, qui vivent dans des camps installés depuis maintenant deux générations, grandissent et partent à l’étranger pour faire des études ou travailler, ils se retrouvent généralement entre eux et participent très souvent à des associations qui militent pour l’indépendance sahraouie – en Espagne par exemple.
Par ailleurs, dans les manifestations au Sahara occidental, on trouve principalement des jeunes : ce sont eux qui peuvent plus facilement échapper aux sévères contrôles et arrestations de la police marocaine…
JOL Press : L’inquiétude des autorités marocaines sur l’existence de « bastions » terroristes au Sahara occidental est-elle fondée ?  
R. Villemont : C’est une inquiétude que l’on retrouve surtout dans la presse marocaine depuis le 11 septembre 2001. Certains Marocains ont essayé de faire passer le Polisario pour un allié d’al-Qaïda. La chute de Kadhafi et l’installation au Sahel et près du Sahara de groupes islamistes n’a évidemment pas arrangé les choses.
L’idée est née que des djihadistes avaient pénétré les camps du Polisario, et que les jeunes Sahraouis des camps de réfugiés, faute de perspectives et de solutions, partaient se mettre au service du djihad. Je crois que c’est plus de la propagande qu’autre chose.
Ce phénomène existe peut-être, mais de manière très individuelle. Le djihad peut en effet être tentant pour cette génération née après 1990 qui n’a pas fait la guerre, qui s’impatiente dans les camps et qui se lasse du pacifisme du Polisario. Cela peut en effet pousser certains jeunes à quitter les camps et à rejoindre ces réseaux djihadistes. Mais je crois que les parents de ces jeunes et le Polisario sont très attentifs à cela dans les camps.
JOL Press : Êtes-vous optimiste quant à l’avenir du Sahara occidental ?  
R. Villemont : Depuis 3 ou 4 ans, compte tenu de la situation qui existe au Sahara occidental, le Polisario et les gens qui les soutiennent – que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe – plaident et organisent des mouvements pour que la mission MINURSO – destinée à partir de 1990 à organiser un référendum pour le Sahara occidental – dispose d’un mandat renouvelé et élargi qui lui permette de mieux protéger les Sahraouis.
Le Conseil de sécurité a ainsi approuvé à l'unanimité, en avril dernier, une résolution encourageant les parties « à poursuivre leurs efforts respectifs pour renforcer la promotion et la protection des droits de l'homme au Sahara occidental » ainsi que les camps de réfugiés. Des ONG de défense des droits de l'homme accusent en effet régulièrement le Maroc de continuer à utiliser de violents moyens de répression contre les manifestants et opposants.
Par ailleurs, en mai dernier, il y a eu une grande manifestation de Sahraouis à Laâyoune avec des milliers de personnes, alors que les manifestations ne rassemblent généralement que 150 ou 200 personnes, par crainte de la répression policière.
Pourquoi y avait-il plus de monde que d’habitude ? Parce qu’il y avait à ce moment-là une délégation de journalistes américains présents dans la ville. Les autorités marocaines n’avaient donc pas vraiment intérêt à envoyer immédiatement la police sur place, et les Sahraouis sont donc sortis en masse dans les rues. Il y avait en quelque sorte une protection, par les médias, des Sahraouis.
Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press
 http://www.jolpress.com/sahara-occidental-bientot-autodetermination-maroc-algerie-polisario-regine-villemont-article-822434.html
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Régine Villemont est la présidente de l’association des amis de la République arabe sahraouie et démocratique (RASD) en France. Elle est également l’auteure d’Avec les Sahraouis, une histoire solidaire de 1975 à nos jours, L’Harmattan, 2009.

samedi 18 mai 2013

Sahara occidental : Une injustice qui s’éternise



Sahara occidental : Une injustice qui s’éternise

Dernièrement, de violentes émeutes ont éclaté à El Aiun, chef-lieu du Sahara occidental. Ces évènements d’une violence encore jamais vue, ont fait remonter à la surface de l’actualité l’histoire d’un vieux conflit oublié de tout le monde et ensablé dans les dunes du désert. 
 
Ces évènements, de par leur ampleur et leurs conséquences, constituent une première dans cette région du nord de l’Afrique. L’analyse de la situation sur place, nous met dans la nécessité de procéder à un court flashback afin de pouvoir dresser un historique de ce conflit vieux de 40 ans. La virulente guerre médiatique à laquelle se livrent le Maroc et le front Polisario témoigne des enjeux géopolitiques de taille auxquels la région devrait faire face. Enfin une analyse raisonnable de ce qui vient de se passer à El Aiun, ne saurait se faire sans comprendre au préalable, les motifs réels qui animent ce conflit tragique datent de la guerre froide.

Des accords rejetés par les Sahraouis

Les récents affrontements entre population civile et forces marocaines de l’occupation (officiellement pour l’ONU le Maroc occupe toujours illégalement le Sahara occidental) ont fait la une des médias internationaux et ont suscité de vives réactions partout dans le monde. Pourtant, le conflit au Sahara occidental, est loin d’être récent. En effet, cette ex-colonie de l’Espagne, connue autrefois sous le nom du Sahara espagnol, figurait déjà en 1963 sur la liste des territoires n’ayant pas encore accédé à leur autodétermination. En 1975, alors que Franco agonise, l’Espagne signe à la hâte, un accord tripartite avec le Maroc et l’ensemble mauritanien. L’accord en question prévoit notamment la répartition dudit territoire d’une superficie de 266 000 km² entre le Maroc (les deux tiers au nord) et la Mauritanie (le tiers situé au sud).
En contrepartie, l’Espagne était assurée du maintien de ses intérêts économiques dans la province. Ces accords, signés en l’absence de toute forme de consultation avec les populations locales, ou avec le front Polisario [1], sont immédiatement rejetés par les Sahraouis déjà en guerre contre les espagnols.
Le Polisario mènera par la suite, durant plusieurs années une violente insurrection contre les nouveaux occupants. La guérilla sahraouie accumule triomphes et succès militaires et inflige de sévères défaites aussi bien aux Marocains qu’aux Mauritaniens : de lourdes pertes sont à déplorer dans les rangs des deux armées. Affaiblie par le coût de la guerre et en proie à de fortes perturbations internes, la Mauritanie se retire du conflit en 1979 et reconnaît la RASD (République arabe sahraouie démocratique) autoproclamée par le Polisario en février 1976.
Elle abandonne également la partie du territoire qui lui a été allouée par les accords de Madrid de 1975, que le Maroc annexe aussitôt. La guerre au Sahara occidental prend fin en 1991, après la signature d’un accord de cessez-le-feu entre les deux partis en guerre, en attendant l’organisation par l’ONU d’un référendum d’autodétermination sous quelques mois.
L’afflux incessant de Marocains venus s’installer au Sahara, et la politique de forte colonisation qu’entreprend le Maroc, finit par faire capoter le référendum en question. La région entre alors dans une situation de blocage total où tous les partis campent sur leurs positions respectives. Plusieurs envoyés spéciaux du secrétaire général de l’ONU tentent en vain de débloquer la situation, sans grand succès.

Invasion militaire et blocus

Depuis l’invasion militaire du Sahara occidental par le Maroc, le régime autocratique de Rabat y impose une sévère politique de blocus sécuritaire et médiatique. Presse internationale, ONG, de même que les organismes de défense des droits de l’homme sont interdits de se rendre dans les territoires occupés. Nombreuses sont les résolutions onusiennes qui condamnent et exigent le retrait immédiat du Maroc de ce territoire non-autonome.
Nombreuses sont également celles qui réaffirment le droit indivisible du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, en conformité avec le droit et la légalité internationale, comme le stipule la résolution 1514 de 1960. Le Maroc accepte dans un premier temps l’organisation d’un référendum lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) tenu à Nairobi en 1982. Depuis, la position marocaine oscille entre acceptation conditionnelle et refus catégorique. En 2006 Rabat annonce une proposition unilatérale d’autonomie élargie au Sahara. L’initiative marocaine, refusée par le Polisario, est considérée comme une tentative de contourner la légalité internationale. Sans pour autant adopter la proposition marocaine, les Nations unies appellent les deux partis à entamer des pourparlers directs afin d’arriver à une solution pacifique et durable de ce conflit, l’un des plus vieux d’Afrique, sinon du monde.

Une politique de colonisation

Dans la situation de blocage qui règne au Sahara, le Maroc poursuit sa politique enfiévrée de répression, de colonisation et du fait accompli. Le pays est entré, depuis son invasion militaire de ce territoire en 1975, dans une véritable course contre la montre pour provoquer un profond déséquilibre démographique, dans la province revendiquée par le front Polisario. Le régime autoritaire monarchique marocain met en place un large système de privilèges économiques et d’exonération fiscale, en vue d’inciter les citoyens marocains à s’y installer massivement.
Dans son différend qui l’oppose au peuple sahraoui, désarmé et pacifiste, le régime monarchique marocain est épaulé des grandes puissances impériales et coloniales occidentales, tout comme il bénéficie également de l’inconditionnel soutien financier en masse des États réactionnaires du pétrodollar. S’il n’est tellement pas difficile de comprendre l’alignement systématique des États arabes sur les positions marocaines -s’agissant surtout et avant tout de rassemblement solidaires d’États non démocratiques et de régimes corrompus qui se ressemblent tous ou presque- on a en revanche, toutes les peines du monde à comprendre les secrets du scandaleux silence des pays démocratiques et de leur désintérêt total vis-à-vis de ce qui se passe au Sahara occidentale.
Par leur soutien incessant au Maroc, qui est en vérité plus une complicité qu’un soutien, les pays européens se rendent aussi d’une manière ou d’une autre, responsables de l’injustice qui s’éternise au Sahara occidental.

Le rôle trouble de la France

Le 17 novembre 2010 la France empêche, en menaçant d’y opposer son veto, l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un projet de résolution, qui prévoit l’envoi sur place d’une commission internationale d’enquête, sur les sanglants évènements du campement de Gdim Izik à El Aiun, la capitale du Sahara occidental. Sur 15 pays membres du Conseil de sécurité, seule la France a voté contre. Le veto français, en même temps qu’il anéantit l’aspiration des sahraouis à la justice et à la vérité, détruit le peu de confiance dont le pays jouit parmi la communauté internationale, et constitue un feu vert pour le Maroc, dans sa politique d’oppression et de répression, qui perdure depuis bientôt quatre décennies. Il faut dire que la position de la France est essentiellement dictée par des intérêts d’ordre économiques.
Les Sahraouis assistent aujourd’hui impuissants, aux exactions les plus graves, commises en toute impunité, à leur encontre par le Maroc. L’amertume et la désolation remplissent leurs cœurs en voyant le désintérêt international total auquel ils sont délaissés. Abandonnés dans leur combat inégal contre un régime répressif, les Sahraouis ont voulu faire part au monde du calvaire dans lequel ils vivent, en se regroupant dans un campement aux alentours de la ville d’El Aiun.

Le campement d’El Aiun

L’idée du campement est bien évidemment pleine de significations et fait allusion à la situation inhumaine dans laquelle vivent, depuis 1975 des dizaines de milliers de réfugiés sahraouis dans les camps de Tindouf en Algérie.
Le camp installé à l’improviste en guise de protestation contre les violations graves des droits politiques, socioéconomiques et des droits de l’homme commises par l’État marocain, s’est vite transformé en un gigantesque rassemblement populaire regroupant plus de 25000 sahraouis. Le politique et le social se chevauchent et s’entremêlent dans un climat de censure, de blocus et d’embargo total.
L’État marocain, dont l’appareil répressif est connu sous le nom du Makhzen (appareil vieux de plusieurs siècles et réputé pour être une école de choix dans la torture et les enlèvements), ne ménage pas ses efforts pour dissoudre le mouvement de protestation qui gagne jour après jour en ampleur et en soutiens internationaux. Le ministre marocain de l’Intérieur rencontre le 4 novembre 2010 un comité qui représente les habitants du campement et leur promet une solution rapide : des logements et des emplois allaient leur être accordés affirmait-il.
Le 8 novembre2010, un mois jour pour jour après la mise en place dudit campement, les forces d’occupation (armée, police, gendarmes, forces auxiliaires, services secrets, etc.) donnent l’assaut sur les civils sahraouis installés dans plus de 8 000 tentes. Les forces marocaines, mettent le feu au campement et entrent en confrontation directe avec les jeunes, les femmes et enfants, la répression est sauvage et le constat est alarmant. L’attaque sanglante des forces d’occupation fait plusieurs morts [2], des centaines de blessés graves dont la majorité ne peut accéder aux soins médicaux de peur d’être arrêtés et des centaines de disparus – 65 arrestations selon la version officielle marocaine, plus de 2000 disparus selon le Front Polisario, environ 800 d’après les services de renseignements espagnols.

Des violences sans précédent

Quelques minutes plus tard, éclatent dans les rues d’El Aiun de violentes émeutes opposant les forces marocaines aux jeunes Sahraouis en colère. Les affrontements sont d’une violence encore jamais vue auparavant dans la ville occupée. Plusieurs dizaines d’établissements publics et privés, de véhicules et de magasins sont incendiés. El Aiun devient une ville fantôme. Une fiévreuse chasse à l’homme est lancée juste après : les arrestations se chiffrent par centaines, le couvre-feu est annoncé, les coups de la répression se déchaînent avec rage.
Les évènements sanglants qui ont secoué la capitale occupée du Sahara occidental, représentent l’éclatement d’une situation politique et sociale grave et tendue, qui menaçait d’exploser à tout moment à cause de la répression marocaine qui sévit dans cette région depuis son annexion par la force, en 1975. Ces évènements violents sont aussi le résultat de la politique prônée par le régime tyrannique de la monarchie : politique de favoritisme, de discrimination et de marginalisation.
Les Sahraouis, simples citoyens comme chefs militaires et décideurs politiques se trouvent aujourd’hui confrontés à des choix difficiles : faire abstraction des crimes que commet l’occupant marocain au jour le jour, ou s’engager dans la lutte armée, devenue une revendication des masses populaires sahraouies. Le risque est de voir de nouveau s’engouffrer la région dans le collimateur de la violence.
Aujourd’hui, le rôle des militants révolutionnaires, marocains comme sahraouis, est de lutter contre la fièvre raciste que les deux forces antagonistes (pouvoir marocain et indépendantistes) nourrissent et de soutenir un projet démocratique et pacifiste. Des militants communistes libertaires marocains et sahraouis
Le nombre exact est encore inconnu à cause de la censure médiatique imposée par le régime monarchique de Rabat qui parle de deux civils tués et de 11 morts dans les rangs des forces de l’ordre, chiffres à prendre avec modération.
Des militants communistes libertaires marocains et sahraouis
[1] Mouvement de libération armée dans l’ex-colonie espagnole, fondé en 1973 par El Ouali Mostapha Sayed
[2] Le nombre exact est encore inconnu à cause de la censure médiatique imposée par le régime monarchique de Rabat qui parle de deux civils tués et de 11 morts dans les rangs des forces de l’ordre, chiffres à prendre avec modération.
Publié le 13 janvier 2011 par Commission Journal (mensuel)