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lundi 2 mars 2015

Les dessous du Mondial au Maroc, encore un scandale


Mundialito. Les Marocains payent l’addition 
et la FIFA fait des profits 
 
Le Maroc a organisé les deux dernières éditions de la Coupe du monde des clubs FIFA (Mundialito) de 2013 et 2014. L’organisation de cette compétition a été marquée par de nombreux scandales : absence de transparence financière, dilapidation de l’argent public, dégradation de  l’image du Maroc. Seul gagnant de la compétition : La FIFA.
Par Salaheddine Lemaizi, militant d’ATTAC Maroc*2/3/2015
A l'origine, les responsables marocains ont présenté cette compétition comme étant une occasion pour « vendre l’image du pays ». Financièrement, les officiels promettaient un « léger déficit ». Au coup de sifflet final de cette compétition, aucun des objectifs de départ n’a été atteint et la facture est lourde. Le gouvernement, à travers le budget général ou par l’intermédiaire d’entreprises publiques, ont déboursé 70 millions USD pour les beaux yeux de la FIFA qui s’en sort avec un bénéficie minimum de 15 millions USD  pour l’édition 2013. Ces bénéfices devraient doubler pour l’édition 2014. 
 
Prévisions hors jeu
Les prévisions du Comité d’organisation local (COL) étaient très optimistes. Les recettes en merchandising et restauration devaient atteindre 160 millions de DH. Elles tablaient sur un taux d’occupation des stades de 75%, soit 60 millions de DH (MDH) pour chacune des deux éditions. 100 000 touristes ont été annoncés pour chaque édition. 25 000 supporters du Bayern Munich devaient faire le déplacement au Maroc, ils dépenseront 800$/personne.

Les bénéfices attendus pour les deux éditions ont été estimés à 1 milliard de DH. Pour faire ces projections surestimées, le MJS a dû commander une étude au cabinet Capital consulting. Cette étude n’a jamais été rendue publique, seuls ces quelques chiffres ont été annoncés par le COL.
Pour rassurer l’opinion publique, le MJS a affirmé que le coût de l’organisation de cette compétition pour l’État ne dépassera pas 80 MDH pour les deux éditions. Le reste de la facture allait être supporté par des entreprises sponsors. Le COL a fait appel à quatre entreprises publiques (l’Office national de chemin de fer, Office national marocain du tourisme, Maroc Télécom [appartenant à l’État à hauteur de 34 %] et la Marocaine des jeux et des sports). Ces sponsors ont été repris pour l’édition 2014, ils ont déboursé 25 MDH pour les deux éditions.
7 fois plus que le budget initial   
Les cahiers des charges draconiens de la FIFA interdisent aux sponsors locaux d’être en concurrence avec les sponsors internationaux (Toyota, Adidas, Coca-Cola, Emirates, Visa et Sony). À cause de ce règlement, le COL a dû retirer à la dernière minute la Marocaine des jeux et des sports comme sponsor national, soit une perte de 4 MDH pour cette entreprise publique. Lors de l’édition de 2014, le transfert d’un match de Rabat à Marrakech est supporté encore une fois uniquement par le Maroc. Le COL passe à la caisse : 2 MDH de frais supplémentaires.
Au final, les pertes pour le Maroc se sont alourdies de manière vertigineuse, surtout après le retrait par la FIFA de 320 MDH déposés par le Maroc comme garantie pour l’organisation de cette compétition. Le coût de la compétition (éditions 2013 et 2014) était au départ de 80 millions de DH. Au bout du compte, le Maroc a du débourser 560 millions de DH (70 millions USD), soit 7 fois plus qu'annoncé au départ. 
Impunité
Faute d’un bilan financier officiel pour les deux éditions, le gouvernement se perd dans des déclarations contradictoires. Si dans la première édition, le ministre de la Jeunesse et des Sports se réjouissait que « l’organisation du Mundialito a coûté presque zéro dirham ». Un an après il revient sur ces projections : « On a affiché la barre trop haut. J’ai tablé sur 100 000 visiteurs, mais on avait réussi à drainer entre 30 000 et 40 000 visiteurs seulement » . Malgré les nombreux scandales (qualité des travaux des stades, transparence des marchés, conflits d’intérêts, etc.…), aucun bilan n’a été annoncé, l’impunité sévit toujours. Mohamed Ouzzine, ministre de la Jeunesse et des Sports, Karim Akkari, secrétaire général du même département, Abdelilah Akram, vice-président du COL en 2013 et Karim Allem, président du tournoi de  la même édition ont tous été limogés de leurs fonctions, sans que les résultats des enquêtes les concernant ne soient rendus publics. En vérité aucun suivi judiciaire  n’a été effectué et les coupables s’en mettent plein les poches au détriment d’une infrastructure défaillante à tous les niveaux. 
Nos priorités
Pendant ce temps, la FIFA quitte le Maroc heureuse avec des valises remplies de dollars. Le cas de la Coupe du Monde des clubs de 2013 et 2014 est un exemple parmi tant d’autres, où ces instances internationales du sport (FIFA, CIO, CAF, etc…) se servent des caisses de l’Etat comme des vaches à lait, comme l’écrit Fabien Ollier  : « Le sport de masse censé profiter de la manne financière généré par le « sport-spectacle », prouve par sa dépendance toujours plus dispendieuse à l’égard des subventions publiques, qu’il peut toujours compter sur les hommes politiques en mal d’acclamations sportives[…] Les clameurs des stades et les vibrations de masse sont l’écho sordide d’un capitalisme prédateur anti-démocratique plutôt que la résonance joyeuse d’une fête humaniste ».   
Les 560 MDH dépensés par l’État et ses entreprises peuvent paraitre « dérisoire » du point de vue des finances publiques, sauf que cet argent pouvait être investi, spécifiquement la contribution étatique, dans la rénovation des infrastructures sportives de proximité, les Maisons de jeunes, le soutien au sport scolaire et amateur, mais là encore l’État avait d’autres priorités et le citoyen a trinqué une nouvelle fois.
S.L.

* ATTAC Maroc (Association pour la Taxation des transactions en aide aux citoyens au Maroc) est membre du réseau international CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde). www.attacmaroc.org --- www.cadtm.org


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