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jeudi 10 mars 2016

Des associations sahraouies et françaises appellent Hollande à intervenir pour le respect des droits de l’Homme au Sahara occidental

Paris, 09 mars 2016 (SPS)

 Les associations de Sahraouis en France et les associations françaises de soutien à la cause sahraouie ont distribué des documents et une lettre-pétition adressée au président français, Fançois Hollande pour le respect des droits de l’Homme au Sahara occidental, à l’occasion de la 11ème édition de la semaine anticoloniale et antiraciste qui se tient du 5 au 19 mars à Paris.

Ces associations ont animé un stand au salon anticolonial les 5 et 6 mars. De nombreux échanges ont eu lieu avec les visiteurs sur la situation au Sahara occidental, ainsi que la distribution des documents et la signature de la dite pétition.

Les signataires de cette lettre-pétition ont exprimé leur soutien à la grève de la faim des prisonniers politiques sahraouis du groupe de Gdeim Izik, appelant à la libération des prisonniers politiques sahraouis et au respect des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés par le Maroc.

Ils ont également souhaité l’intervention du président français, afin de contribuer à la mise en place d'un mécanisme international pour  la surveillance du respect des droits de l'homme au Sahara occidental et à agir positivement pour le règlement de ce conflit, qusalon i n'a que trop duré, par l'organisation rapide du référendum d'autodétermination du peuple sahraoui.

Les signataires ont enfin demandé la France à engager un processus de reconnaissance de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) qui fête le 40ème anniversaire de sa création (27 février 1976).

De nombreuses organisations nationales et internationales des droits de l'Homme, plusieurs organes des Nations unies et le Parlement européen ont dénoncé les violations des droits de l'homme au Sahara occidental, estimant qu’elles découlent directement de la non application du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui, a rappelé la lettre. (SPS)

020/090/000 091432 MARS 016 SPS

mercredi 17 septembre 2014

Très grave situation des prisonniers politiques en grève de la faim

Par Moha Oukziz, 17/9/2014

Le régime réactionnaire au Maroc  est déterminé à tuer à petit feu les prisonniers politiques. Il ne répond pas à leurs réclamations. Ses administrations gèrent le dossier d'une main de fer. La situation des prisonniers est très difficile, leurs conditions de vie sont dures et insupportables. 
Les grévistes de la faim agonisent. Abdennabi Chaoul est transféré au CHU de Fès. 
Yassine Elmsaih s'est évanouie dans les couloirs du Tribunal sans qu'on lui apporte soutien. Tous les grévistes de la faim ont perdu beaucoup de poids, ils vomissent du sang. ils sont affaiblis. On risque d'être en deuil encore une fois  après cet été meurtrier : Mustapha Meziani est tombé en martyr le 13 aout 2014. 
Les familles des détenus en rassemblement hier devant la prison d'Ain Kadous à Fès ont été dispersés par les forces de polices dans la violence et la haine , ils ont tabassé , arrêté les mamans, soeurs , amis et camarades des détenus. Zakaria El Azouzi est emprisonné. 
En ce moment même les milices des intégristes du gouvernements, armes blanches à la main pourchassent les militants progressistes dans les rues sous le regard des forces de polices.  Ces milices fascistes ont blessé gravement une militante progressiste dans la ville de Fès. 

Moha Oukziz. Coordinateur du Comité de Soutien en France aux Détenus Politiques au Maroc. 

 
Ci joint le communiqué envoyé à l'Humanité,  au groupe des élus communistes et républicains ainsi que Patrick Le Hyaric député européen et la photo des familles devant le Tribunal à Fès avant l'intervention des forces répressives  du régime.



Communiqué 

Les détenus politiques au Maroc sont en grève de la faim et continuent de lutter


Contrairement à la propagande officielle, le régime réactionnaire au Maroc fait régner la répression. 
Les arrestations, la torture et l’emprisonnement sont la seule réponse que porte le régime aux revendications des ouvriers, paysans sans terres, aux chômeurs, aux étudiants, et à tous les  secteurs  d’activités confondus. 
Les protestations montent et s’amplifient et le peuple sous la dictature grogne et souffre et ne respire que la misère et la répression. 
Rien qu’entre 2011 et 2013, plus de 307 personnes ont été arrêtées et emprisonnées pour des raisons politiques et d’opinion. Plus de 12 personnes sont tombées en martyrs dans la même période.( voir AL Jalladoun"les tortionnaires", ouvrage de Mohamed Ghaloud, Ibrahim Saidi, Mohamed Zaghdidi et Mohamed Fetal)

Actuellement encore, les prisons de Tanger ,Taza, Casablanca, Meknes, Marrakech , Fès, etc contiennent des prisonniers politiques. Ils vivent dans des conditions atroces et insupportables. Le traitement que les administrations pénitentiaires leur infligent est inhumain : manque de soins, de nourriture,  torture et harcèlement. 

Dans la prison de Ain Kadous à Fès, des prisonniers politiques amis et camarades de Mustapha Meziani, tombé en martyr après 72 jours de la grève de la faim, continuent la lutte. 
Ils observent la grève depuis le 10 aout 2014; il s’agit de : 
Abdennabi CHAOUL, 
Belkacem BEN AZ
Yassine EL MSAIH
Abdelouhab EL REMADI
Hicham BOULEFT
 Leur état de santé est très critique. Ils réclament une amélioration de leur condition de vie, la possibilité de poursuivre et reprendre les études et le statut de détenus politiques. Dans la même prison de Ain Kadous, d’autres détenus politiques menacent d’observer la grève de la faim:  Mustapha Chaoul, Mohamed Ghaloud et bien d’autres. 
D’autres ont observé la grève de la faim dans la prison Toullal II à Meknes depuis le 5 septembre 2014. il s’agit de : 
Hassan KOUKOU
Mounir AIT KHAFOU
Soufiane EL SGHIR
Hassan AHMOUCH

Leurs  familles  et amis organisent des actions de solidarité. A Fès les forces de l’ordre ont dispersé le sit in  devant la prison avec  brutalité et  haine contre les familles. Ils ont même arrêté les mamans et soeurs de Yassine Elmsaih et d’Omar Taibi; la soeur de Hicham Bouleft a été aussi arrêtée ainsi que  les militants et amis présents. Zakaria EL AZOUZI  est tabassé , arrêté et emprisonné dans la prison Ain Kadous à Fès. Faut il signaler que la maman d’Omar Taibi est rongée par la maladie.( voir les liens suivants : https://www.facebook.com/video.php?v=514999328636689&set=vb.100003798786870&type=2&theater              
 
Abdennabi Chaoul est encore au CHU de Fes , affaiblie attaché et menotté au lit. 
Aujourd'hui  le 15 SEPTEMBRE , Yassine Elmsaih s’est évanoui dans les couloirs du Tribunal à Fès sans qu’on lui apporte secours.  
Tous les grévistes de la faim ont perdu beaucoup de poids et vomissent  du sang. 
Comment peut-on admettre   que le régime tue à petit feu ces grands militants progressistes  résistants, dans le silence et avec une grande complicité  même ici en France et en Europe. 
Le monde entier doit interpeller le régime au Maroc sur la situation des droits de l’Homme sur ses crimes qu’il commet encore maintenant. Il a tué Mustapha Meziani et exprime sa volonté de tuer les autres grévistes de la faim. 

La grève de la faim en est à son 37 ème jour. Les détenus agonisent face à l’entêtement et la volonté de l’administration pénitentiaire; en fin de compte le régime veut écraser ces braves et cadres militants résistants et les présenter à l’opinion publique comme étant des criminels. 
Ce dossier des prisonniers politiques au Maroc ne doit pas passer sous silence; le monde entier doit savoir que la vie sociale et  économique est cadenassée et étouffée. Le régime au Maroc ne peut apporter aucune solution aux revendications  populaires et à celles des prisonniers politiques. Il manifeste la volonté d’étouffer le dossier et de les condamner durement sans  véritable procès. 
 
Aucun juge n’instruit au sujet de la torture que subissent les détenus. Même si leurs corps portent encore des traces bien marquées des matraques , des coups, des gifles etc. Aucun juge n’instruit sur la violence et le harcèlement subis par les prisonniers politiques. Les détenus témoignent que  les aveux leur ont été arrachés par violence et torture et pire : les imprimés des aveux sont préparés d'avance et sont dans les placards des bureau des tortionnaires avant même leurs arrestations, leur signature n’est qu’une formalité que les tortionnaires obtiennent des détenus  sous la torture et la violence ou se  chargent eux- mêmes de signer à leur place.  
Nous interpellons votre sens du devoir et votre conscience de citoyen avant tout pour venir à l’aide aux détenus politiques progressistes et résistants au Maroc ainsi qu'à leurs familles.
Ça suffit !
Mustapha Meziani est tombé en martyr le 13 aout 2014 , après 72 jours de grève de la faim, 72 jours de souffrance et de négligences. 
 Nous ne voulons pas être en deuil encore une fois, alors il y a même pas quarante jours que nous avons perdu Mustapha Meziani. 
Aidez nous à libérer les détenus politiques au Maroc, aidez nous à condamner le régime réactionnaire au Maroc. 
 
Les combats des militants résistants emprisonnés et en grève de la faim sont légitimes, ils portent l’espoir du changement au Maroc, l’espoir de l’émancipation de tout un peuple avec ses ouvriers, ses fellahs, ses chômeurs, ses pauvres , en un Maroc démocratique laïque où la citoyenneté  et les droits des marocains seront enfin reconnus, respectés et défendus. 
 
Liberté pour tous les  détenus politiques  au Maroc. 


fait en France le 15 septembre 2014, 
 
LE Comité de Soutien en France aux Détenus Politiques au Maroc. 
ezedinetaza@yahoo.fr

lundi 24 juin 2013

Laurent Fabius, a répondu au député communiste Alain Bocquet au sujet des détenus politiques au Maroc et surtout des grévistes de la faim


Par Moha OUKZIZ pour le Comité de Soutien en France aux Détenus Politiques au Maroc, 17/6/2012

Mesdames, Messieurs,
Le ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius, a répondu au député communiste Alain Bocquet au sujet des détenus politiques au Maroc et surtout des grévistes de la faim. 
  Monsieur le ministre reprend  dans sa réponse des informations des instances officielles du régime du Maroc. Je vous informe que les entrées et sorties des bagnes du régime sont une banalité du quotidien des militants syndicaux et politiques. Je vous informe aussi que les étudiants militants de l'UNEM à Meknes, sont en grève de la faim depuis plus de trois mois. Trois d'entre eux ont été  transférés récemment à l'Hôpital à Meknes. Leur état de santé est très grave. Leur vie est en danger. 
Ils agonisent, contrairement aux déclarations du ministre. Bien sûr, ils sont stables comme des cadavres sur leur lit de fortune, menottés, alors qu'ils sont incapables de bouger.  Les services consulaires français au Maroc sont bien informés de la situation des droits de l'Homme bafoués au quotidien au Maroc. La république française, à travers la lettre de monsieur le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, soutient le régime du  Maroc et fait la démonstration encore une fois que les intérêts des deux états  sont à l'opposé de ceux qui luttent pour un Maroc meilleur indépendant, un Maroc où le peuple marocain dispose de lui même. Que ces militants agonisent dans les prisons du Maroc, que les libertés soient bafouées, que la misère s'étende dans les larges couches populaires, et que les richesses du pays le Maroc soient bradées, tout cela n'a pas suffi à notre cher ministre des affaires étrangères pour le convaincre d'user de son pouvoir et de ses compétences pour participer à la libération des prisonniers politiques au Maroc.
 La démocratie dont parle Monsieur le ministre, a les odeurs de torture ,de violence, d'emprisonnement et de mort des citoyens et militants  sous le régime ami de la république. Cette réalité qui crève les yeux ( présence des détenus politiques au Maroc)  est même ignorée et niée par les autorités marocaines.
Le seul point positif dans cette lettre est que la question des détenus politiques au Maroc est portée au haut rang de la république française.
Je remercie monsieur le député d'avoir répondu à nos sollicitations et exprimé son soutien aux détenus politiques.
Le Comité de Soutien continue son travail de solidarité avec les détenus politiques au Maroc et demande leur libération.

lundi 22 avril 2013

Le collectif Al-Haqiqa interpelle le président du gouvernement marocain sur la situation des prisonniers politiques en grève de la faim


Collectif
Al-Haqiqa
La Vérité
                           
      AMBDH         APADM           ASDHOM        FMVJ-France                     KMM


                                                                    Amsterdam,     Bruxelles, Paris, le 22 avril 2013

                                                                             A Monsieur le Président du gouvernement marocain

Objet : Intervention pour sauver la vie des grévistes de la faim

Monsieur le Président du gouvernement,

Les associations marocaines des droits de l’Homme en Europe, membres du collectif Al-Haqiqa, vous font part de leur inquiétude quant à la situation carcérale et au traitement réservé aux prisonniers politiques de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc.
Les informations qui nous parviennent de :
-         Tarek Hammani et Abdessamad Haidour, incarcérés à la prison locale de Taza
-         Mounir Ait Khafou, Soufiane Sghéri, Hassan Koukou, Mohamed Eloualki et Hassan Ahmouch, incarcérés à la prison Toulal 2 de Meknès
-         Younes Erroufi, Tarek Jaïbi, Hicham Boughlad et Mohamed Saleh, incarcérés à la prison locale Ain Kadous de Fès
sont d’autant préoccupantes qu’ils ont entamé des grèves de la faim depuis le 3 mars pour les uns, les 11 et 26 mars pour les autres.
Leur santé se détériore de jour en jour et nous déplorons que les autorités pénitentiaires n’aient pas répondu favorablement à leurs revendications, pourtant simples et légitimes, les obligeant ainsi à choisir la grève de la faim comme ultime recours pour se faire entendre, avec tout ce que cela comporte comme risque sur leur santé, déjà fragilisée par les maladies et les souffrances physiques et psychologiques auxquelles ils font face.

Monsieur le Président du gouvernement,

Le collectif Al-Haqiqa, vous demande d’user de votre pouvoir pour que les départements de votre gouvernement, responsables de cette situation dramatique, interviennent rapidement avant qu’il ne soit trop tard. Il y va de la vie des ces détenus politiques. Les autorités marocaines porteront toute la responsabilité d’un éventuel drame qui risque de survenir d’un instant à l’autre.
Leurs revendications sont pourtant simples. Elles portent essentiellement sur, sinon leur libération car ils s’estiment victimes d’une détention arbitraire, du moins l’amélioration de leurs conditions d’incarcération, leur séparation des prisonniers de droit commun, la reconnaissance de leur statut de prisonnier politique, l’accès aux soins, le bénéfice de visites libres, l’arrêt de la mise à l’isolement et, pour le groupe de Meknès, la tenue de procès équitable dans les meilleurs délais.

Les associations du collectif Al-Haqiqa suivront avec attention et intérêt ce que vous entendez entreprendre pour réparer cette situation qui devient de plus en plus urgente. Nous vous interpellons, avec beaucoup d’insistance, pour sauver la vie de ces grévistes de la faim.

Monsieur le Président du gouvernement,

Ces étudiants se sont retrouvés injustement derrière les barreaux parce qu’ils ont manifesté pacifiquement contre la dégradation des conditions dans leurs universités. Ce qui se passe actuellement à l’université de Fès nous préoccupe au plus haut niveau. L’université marocaine doit être un lieu de sérénité pour la transmission du savoir et le dialogue. Votre département de l’Education nationale doit garantir les conditions optimales pour cette transmission. Or les interventions violentes de votre département de l’Intérieur contre les étudiants de l’université de Fès montrent le contraire. Ces interventions des forces de l’ordre ont fait beaucoup de blessés et plusieurs arrestations ont été opérées parmi les étudiants.
Nos organisations du collectif Al-Haqiqa s’indignent énergiquement et condamnent l’utilisation de la violence contre ces étudiants. Il devient urgent que vous interveniez pour faire cesser ces violences et établir un vrai dialogue avec les étudiants dans le cadre de leur syndicat l’UNEM.

Dans l’attente de vous voir agir dans ce sens, veuillez croire, Monsieur le Président du gouvernement, en notre sincère considération.

Collectif Al-Haqiqa
M. Abderrahmane Cherradi, président de l’AMBDH
M. Rachid Manouzi, président de l’APADM
M. Ayad Ahram, président de l’ASDHOM
M. Abdelhaq Kass, président du FMVJ-France
M. Jamal Elkattabi, pour le KMM

Copie à : -  Monsieur Mustapha Ramid, ministre de la Justice et des Libertés
               -  Monsieur Driss El Yazami, président du CNDH

mardi 16 avril 2013

Une ONG des droits de l’homme alerte l’UE sur les prisonniers politiques grévistes de la faim au Maroc


APS, 15/4/2013
 L’Association de défense des droits de l’homme au Maroc (Asdhom) compte alerter l’Union européenne (UE) sur la situation jugée "inquiétante" de prisonniers politiques grévistes de la faim dans le royaume, a-t-elle indiqué lundi.
A cet effet, des membres de l’association, basée en France, se rendront mercredi au Parlement européen à Strasbourg sur invitation de la parlementaire Marie-Christine Vergiat (Groupe communiste) pour participer à une conférence-débat, organisée à l’occasion de la Journée internationale du prisonnier politique.
Lors de cette conférence, à laquelle prendront également part des ONG internationales, dont Amnesty International et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). L’Asdhom évoquera la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc, lancée en novembre 2012 à Paris, et surtout alertera sur le "danger qui guette actuellement les grévistes de la faim à Taza, Fès et Meknès", a indiqué son président, Ayad Ahram, dans un communiqué parvenu à l’APS.
"Les informations qui nous parviennent sur l’état de santé des grévistes sont inquiétantes. Tout doit être fait pour éviter un drame", a-t-il prévenu, précisant que l’Asdhom compte saisir les parlementaires européens à l’occasion de cette journée internationale du 17 avril pour qu’ils "interpellent, à leur tour, les autorités marocaines sur le sort de ces prisonniers politiques grévistes de la faim en particulier".
M. Ahram a rappelé, à ce sujet, qu’à la prison de Taza, deux militants de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), sont à leur 42e jour de la grève de la faim entamée le 3 mars et, qu’à la prison Toulal 2 de Meknès, cinq autres militants de la même organisation estudiantine sont à leur 34e jour de la grève de la faim entamée le 11 mars.
Selon lui, quatre autres militants étudiants observent une action similaire dans une prison de Fès, depuis le 26 mars.
Leurs revendications portent, a-t-il signalé, sur leur libération, du moins l’amélioration de leurs conditions d’incarcération, leur séparation des prisonniers du droit commun et la reconnaissance de leur statut de prisonnier politique.
Se basant sur des témoignages de proches, le président de l’Asdhom affirme que l’état de santé de ces prisonniers "commence à se détériorer", appelant les autorités marocaines à "accéder à leurs demandes légitimes avant qu’il ne soit trop tard".
Au lancement de sa campagne de parrainage en novembre, l’association avait recensé 172 prisonniers politiques ou victimes de violations de droit. Actuellement, elle en dénombre 203, en sus de sept militants poursuivis en liberté provisoire.

vendredi 12 avril 2013

Des nouvelles des prisonniers politiques en grève de la faim



Par Moha OUKZIZ, coordinateur du Comité de Soutien en France aux Détenus Politiques en grève de la faim au Maroc, 12/4/2013

Mesdames Messieurs, 

Nous avons demandé à la presse, aux élus, aux militants et responsables politiques et syndicaux , au rapporteur des droits de l'homme auprès de l'ONU, aux élus européens, associations , aux amis artistes, intellectuels  et camarades de manifester leur solidarité avec les détenus politiques en grève de la faim dans les prisons du royaume au Maroc. 
Nous remercions tous ceux qui ont répondu favorablement. 

Les détenus politiques en grève de la faim continuent leur bataille dans les  prisons du royaume du Maroc depuis le début du mois de mars 2013, dans le silence médiatique et politique au Maroc et au niveau international. 

 Dans la prison locale de Taza ,

Abdessamad Alhaydour membre du Mouvement 20 Février (M20F)  et Tarik Alhamani membre de l'UNEM, mouvance Voie Démocratique Basiste ; en sont à 41 jours de la grève de la faim. 
Nous rappelons qu'ils sont à leurs deuxième grève après celle de l'année dernière observée aux côtés d'Ezdine Erroussi.


Dans la prison d'Ain Kadouss à Fès, 

Younes Erroufi, Hichame Boughlade, Tarik Ejaîbi, tous militants de l'UNEM, mouvance Voie Démocratique Basiste, sont en grève de la faim depuis le 26 mars 2013, soit 16 jours de grève de la faim. 



Dans la prison de Toullal2 à Meknes,

 Mounir Ait Khafou, Soufiane Segheri, Hassan Koukou, Mohamed Aloualiki, Hassan Alhmouche, militants de l'UNEM, Voie démocratique Basiste, sont en grève depuis le 11 mars 2013, soit 31 jours de grève de la faim. 



Dans la prison Zaki à Salé, 

Mohamed Salah est en grève de la faim depuis le 26 mars 2013( 16 jours), militant de l'UNEM, Voie Démocratique Basiste.  



Ces militants agonisent dans les prisons du royaume du Maroc. Ils sont affaiblis, entassés avec les prisonniers de droit commun, dans des cellules étroites où les conditions de vie sont inimaginables et insupportables. Ils sont violentés par les agents de l'administration pénitentiaire et les gardiens. Ils sont dans des cellules où des prisonniers de droit commun qui relèvent de la psychiatrie et certains agresseurs sexuels présentent un danger de plus pour ces détenus politiques affaiblis par la grève de la faim et les conditions inhumaines qui règnent  dans ces institutions pénitentiaires qui datent du temps de la colonisation, ce qui est  le cas  de la prison locale de Taza. 
La santé des détenus politiques en grève de la faim est dans un état très critique. Les prisons ne disposent pas d'équipement médical, des maladies contagieuses ne sont même pas soignées. Aucun service médical  n'est mis à la disposition des détenus. Des cellules  de quelques mètres carrés sans aération  contiennent des dizaines de détenus sans considération aucune.   L'humidité, le manque crucial d'hygiène, la surpopulation, les traitements  indécents tels que les tortures, les humiliations, l'absence de soin, etc, c'est le quotidien des détenus politiques dans les prisons du royaume du Maroc. 

Le Comité de Soutien en France aux détenus Politiques au Maroc vous demande d'informer l'opinion publique afin d'exiger leur libération . Nous vous demandons d'écrire et d'interpeler les autorités publiques, la presse et les amis pour demander la libération  de tous les détenus politiques au Maroc, notamment les grévistes de la faim dans les prisons de Taza, Fes, Meknes , Salé etc. 
Le Comité de Soutien en France aux Détenus Politiques au Maroc envisage des actions de terrain, nous vous demandons de nous faire part de votre volonté d'y participer. 

mardi 1 janvier 2013

Au Maroc, des grèves de la faim contre les conditions de détention


Saïda Menebhi
Saïda Menebhi © dr
 Le 11 décembre 1977, Saïda Menebhi, une militante de la gauche marxiste qui réclamait le statut de prisonnier politique, mourait à 25 ans des suites d’une grève de la faim de 34 jours à l’hôpital Averroès de Casablanca. 

C’est pour lui rendre hommage, mais aussi pour dénoncer leurs propres conditions de détention, que huit militants emprisonnés à Fès et Taza ont commencé une grève de la faim de 4 jours le 10 décembre dernier 2011, journée internationale des droits de l’homme.
Deux semaines plus tard, le 25 décembre, six d’entre eux, des membres de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM) et du mouvement contestataire du 20 février, en détention préventive depuis plusieurs mois à la prison de Aïn Kadous à Fès, ont entamé une grève de la faim [illimitée-ndlr] (...) Ils appellent à leur libération ainsi qu’à celle de tous les détenus politiques du pays. Ils dénoncent également les « conditions dramatiques » de leur détention.
À la prison Toulal à Meknès, cinq détenus viennent d’achever une grève de 3 jours. Un détenu salafiste, Taoufiq Yatreb, emprisonné à la prison de Bourkaiz à Fès, observe une grève illimitée depuis le 20 décembre dernier.
Ces derniers mois, aux quatre coins du pays, des dizaines de détenus (à Salé, Sidi Ifni, Taza, Fès, Beni Bouayach, Meknès, Tiznit, El Hoceima, Oukacha, etc.) ont ainsi protesté contre leurs conditions d’incarcération, les mauvais traitements, ainsi que les verdicts issus de procès qu’ils jugent inéquitables.
D’après Abdellah Mesdad de l’Observatoire marocain des prisons (OMP), une ONG fondée en 1999 qui œuvre à la promotion des droits des prisonniers, les deux dernières années ont été marquées par un nombre important de grèves de la faim. « C’est le seul moyen de réaliser des acquis à tous les niveaux, surtout chez les détenus politiques, et ce depuis les années 70 », regrette Mesdad.
Ces mouvements touchent toutes les catégories de détenus, qu’ils soient prisonniers politiques ou de droit commun. Ils concernent aussi les détenus étrangers, qui subissent des conditions de détention tout aussi déplorables. En octobre dernier, plusieurs dizaines d’Européens – dont certains ont la double nationalité – lançaient un « Appel des vivants »  pour attirer l’attention sur leur « calvaire » et annonçaient une grève de trois jours.
Il y a près d’un an, Azzeddine Erroussi, un militant d’extrême gauche condamné à cinq mois de prison après une manifestation à Taza, choquait l’opinion publique en refusant de s’alimenter, puis de boire, pendant 135 jours. Aujourd’hui, il porte les lourdes séquelles de ce qu’il décrit comme un ultime moyen de protestation contre la torture et la détention. Pour le maintenir en vie, on lui injectera “de force” du sérum. Ses pieds et ses mains resteront menottés.
Azeddine Erroussi pendant sa grève de la faim 
Azzeddine Erroussi pendant sa grève de la faim© dr (lavé par un codétenu le jour de sa libération- ndlr)

Les détenus politiques ne sont pas reconnus
Pour Mesdad, un ancien prisonnier politique incarcéré sans procès en 1977 pendant trois ans, puis en 1984 pendant deux ans, « les mêmes problèmes sont encore là dans les prisons ». Ce qui a changé, c’est le traitement des détenus d’opinion. Leurs conditions de détention se sont sensiblement dégradées, affirme-t-il.
« Le personnel carcéral nous respectait, c’est le mot. On nous appelait “Oustad” », se souvient un ancien militant, emprisonné plusieurs semaines dans les  années 60.  « Nous recevions tous les jours à manger de l’extérieur. Des tajines, de la viande, du couscous. Nous étions un groupe de 14, mais au final, les 40 prisonniers avec nous avaient de quoi bien manger. Nous pouvions nous regrouper. On se promenait, ils étaient laxistes sur les promenades. On faisait même une fête le samedi. On allait à l’hôpital au moindre mal de tête. Les livres qui étaient interdits au Maroc arrivaient en prison. J’ai lu L’accumulation du capital de Rosa Luxembourg là-bas », dit-il en souriant. « Par contre, ce qui était dur à supporter, c’était l’humidité. »
Parce qu’ils ne sont plus reconnus comme tels et qu’ils sont condamnés pour des faits prévus par la loi comme l’outrage à agent, le boycott des élections ou la vente de cigarettes au détail, les détenus politiques doivent aujourd’hui partager leurs cellules avec les prisonniers de droit commun.
D’après l’Association marocaine des droits humains (AMDH) plusieurs centaines de détenus politiques sont actuellement incarcérés. Parmi eux, plus de 70 militants du Mouvement 20 Février, des salafistes, des syndicalistes, des membres de l’UNEM, des militants sahraouis.
À la prison de Oukacha, à Casablanca, 29 salafistes sont actuellement incarcérés. Sept activistes du Mouvement 20 Février purgent des peines allant de huit mois à un an de prison. Parmi eux, Samir Bradley, arrêté lors d’une manifestation en juillet dernier, Younes Belkhdim, surnommé le poète du peuple, et Mouad Belghouate alias L7a9d, un rappeur condamné à un an de prison pour une chanson qui a déplu à la police.
Mouad Belghouate, alias L7a9d 
Au milieu : Mouad Belghouate, alias L7a9d© dr

Un rapport officiel reconnaît l’usage de la torture
Coups de bâtons, de tuyaux, coups sur la plante des pieds, gifles, suspension sur les portes à l’aide de menottes, pincements à l’aide d’aiguilles, brûlures, déshabillage forcé. La torture persiste bel et bien dans les prisons marocaines. Dans un rapport récemment rendu public, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), un organisme officiel, dresse un constat sans appel. Dans la plupart des prisons marocaines, les détenus subissent « des traitements cruels, inhumains ou dégradants ».
Selon Jamila Sayouri, membre du CNDH et présidente de l’association Adala (Justice), des « lieux de torture » ont été identifiés dans plusieurs prisons.
« On les emmène dans une pièce où il n’y a qu’une chaise et un tuyau par exemple », affirme-t-elle. « Il y a des prisonniers qui prétendent être torturés chaque jour. »
À Nador, dans le nord du pays, un prisonnier qui n’osera parler qu’in extremis, au moment du départ de l’équipe du CNDH, déclarait être régulièrement violé par le chef de quartier, raconte-t-elle. Une expertise médicale conduite par le CNDH confirmera ses dires.
« Les détenus ont peur de témoigner », poursuit-t-elle. « Si vous témoignez, on vous colle du hachisch ou on envoie quelqu’un pour vous frapper. »
Le CNDH, dont tous les membres ont été nommés par le roi Mohammed VI, a visité une quinzaine d’établissements de janvier à juin dernier. Il a été créé en mars 2011 à la suite des premières manifestations initiées par le Mouvement 20 Février, qui revendique des changements politiques et sociaux profonds.
Ses conclusions, plutôt surprenantes de la part d’un organisme officiel, ont été rendues publiques quelques semaines après la visite du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture Juan Mendez. À l’issue d’une visite d’une semaine au Maroc en septembre dernier, il déclarait que la torture est une pratique fréquente lorsque les autorités marocaines estiment que la « sécurité nationale » est menacée.
Pourtant, quelques jours avant la publication du rapport du CNDH, Hafid Benhachem, délégué général de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, déclarait lors d’un entretien :
« Chaque fois que nous recevons une réclamation, une plainte, ou même quand c’est dans la presse, nous ouvrons une enquête pour vérification. Pour ne pas être juge et partie, nous demandons au parquet d’enquêter sur tous les cas soulevés… Je dis non, il n’y a pas de torture. »
Nommé en 2008 par le roi Mohammed VI suite à une évasion spectaculaire de la prison de Kénitra, l’ancien de l’intérieur, directeur général de la sûreté nationale de 1997 à 2003, suscite la controverse au sein de la société civile marocaine. Depuis son arrivée, l’administration pénitentiaire jouit d’une relative indépendance. Elle a été détachée du ministère de la Justice et dépend aujourd’hui du chef de gouvernement. Depuis, plusieurs ONG appellent à une gestion des prisons qui dépendrait à nouveau du  ministère de la Justice et des Libertés.
« Il y a des gens connus, les barons, qui ne passaient pas les nuits dans les prisons. Il y a des gens qui se sont évadés avec la corruption. Il y avait des gens qui avaient mis main basse sur les prisons. Pourquoi je suis critiqué, pourquoi je ne suis pas aimé ?! Parce que j’ai remis de l’ordre ! » rétorque Benhachem. « Je réponds [aux critiques] que je sers mon pays, mon roi, tous les citoyens marocains, que je suis légaliste et que je veille à l’application de la loi. » 
Au Maroc, rares sont les associations qui ont la possibilité de visiter les prisons. L’une des plus influentes, l’Association marocaine des Droits humains (AMDH), n’y a pas accès.
À la prison de Oukacha, à Casablanca, le nouveau directeur nie en bloc tout mauvais traitement des prisonniers. « Nous n’avons rien à voir avec ces histoires de torture », affirme Mohamed Bendriss. L’administration pénitentiaire pointe du doigt les dépassements dans les postes de police lors des gardes à vue. De nombreux détenus ont témoigné d’actes de torture précédant leur incarcération.
« Souviens-toi bien, mon ami le bourreau, quand vous m’avez torturé à l’intérieur du fourgon – toi et les six autres – vous vous délectiez des coups que vous me donniez jusqu’à me faire perdre connaissance. Souviens-toi, mon ami le bourreau, que tu m’as fait entrer dans ton poste les yeux bandés et tu savais très bien que je n’étais pas un criminel mais un citoyen libre », écrivait Bradley depuis sa cellule.

Un mètre carré et demi pour chaque détenu
D’après l’administration pénitentiaire, les conditions difficiles dans lesquelles vivent les détenus sont une conséquence directe du surpeuplement des prisons. Plus de 70 000 prisonniers, dont près de la moitié (46 %) en détention provisoire, parfois pendant des années, sont actuellement détenus dans les 73 établissements  pénitentiaires du royaume. Elles ne peuvent en accueillir que 50 000. Au Maroc, chaque détenu dispose en  moyenne d’un mètre carré et demi, alors que la moyenne internationale est de six mètres carré.
Les prisonniers doivent souvent dormir à même le sol, le nombre de lits n’étant pas suffisant dans de nombreuses cellules. Certaines prisons comme celles d’El Hoceima ou celle de Laayoune, reçoivent quatre à cinq fois  le nombre de prisonniers prévus.
Dessin de Samir Bradley qui montre ses conditions de détention  
Dessin de Samir Bradley qui montre ses conditions de détention © dr

Parfois, cette promiscuité avec les autres devient insupportable. Erroussi partageait une cellule de 40 m2 avec près d’une centaine de prisonniers. « Nous disposions chacun d’un carreau. Il était impossible de s’allonger, il fallait dormir recroquevillé sur le côté », raconte-t-il. « Les autres détenus m’empêchaient de dormir exprès », ajoute-t-il. « Ils me maltraitaient en échange de certains privilèges au sein de la prison… Par la suite, j’ai même été placé en cellule d’isolement, dans des anciennes toilettes. » 
Bradley, quant à lui, raconte avoir dormi pendant deux mois à même le sol devant les toilettes de sa cellule. « On partageait les lits et je dormais les pieds du côté de la tête d’un autre détenu », raconte Brahim*, un ancien détenu du centre pour les mineurs de Islahia à Casablanca, qui partageait sa cellule avec dix-sept autres mineurs. « Nous étions dix-huit, il n’y avait que douze lits. Au bout d’un mois, j’ai eu mon lit. » Parce que la cour de la prison était en travaux, lui et ses codétenus passeront plus de deux mois à l’intérieur de leur cellule sans sortir pour la promenade quotidienne, ajoute-t-il.
Ce sont les juges qui, en recourant trop souvent à la détention provisoire, sont responsables de cette surpopulation, avait déclaré il y a quelques mois Benhachem, s’attirant la colère des magistrats. Il s’est par la suite excusé publiquement.
L’OMP et la délégation pénitentiaire s’accordent pourtant sur ce point : il faut développer les peines alternatives. « Il y a des délits qui ne nécessitent pas l’arrestation, comme un chèque en bois, de simples conflits, la consommation de drogues des mineurs », explique Mesdad.

Vers une amélioration des conditions d’incarcération ?
Construite il y a plus de 20 ans, la prison de Oukacha ne peut accueillir que 5 800 détenus. Ils sont pourtant plus de 7 500, dont 70 % en détention provisoire. Pour lutter contre la surpopulation carcérale, onze appels d’offres pour la construction de nouvelles prisons ont été lancés. En 2012, cinq établissements ont été ouverts. D’importants travaux de rénovation ont été effectués, à Oukacha notamment. « Dans deux ans, on aura les meilleures prisons », affirme Benhachem sans ciller.
Le manque de moyens est pourtant criant. Le long des interminables couloirs gris, des dizaines de visages agglutinés aux barreaux défilent. Les cellules sont pleines à craquer. Elles sont vétustes et l’humidité est importante. Les télévisions sont presque toutes allumées. Quasiment chaque cellule est équipée d’un petit téléviseur qui reçoit les chaînes nationales.
Les prisonniers ne disposent pas d’un endroit où ranger leurs affaires. Pour avoir des draps et une couverture propres, il faut attendre les visites des familles. Ils n’ont droit qu’à une douche par semaine. C’est suffisant, d’après le personnel carcéral : « Combien de fois par semaine vont-ils au hammam lorsqu’ils sont dehors ? Une fois par semaine, pas plus. » Les femmes, elles, peuvent se laver deux fois par semaine. « C’est différent, les femmes. » Dans une grande partie des cellules, les toilettes n’ont même pas de porte, ce qui force les détenus à faire leurs besoins devant les autres.
Les conditions de détentions varient néanmoins énormément d’une aile à l’autre. « Il n’y a pas de prison modèle. Toutes les prisons ont toutes les couleurs », explique Sayouri. « Si vous avez de l’argent, vous serez bien. »
D’après le personnel de Oukacha, les détenus mangent quotidiennement de la viande ou du poulet et ont droit à trois pains par jour. Le budget alimentaire a récemment été réduit, après avoir triplé. Il est passé de 5 à 15 dirhams par détenu et par jour, puis à 12 Dirhams (un peu plus d’un Euro).
Les enfants auraient droit à un menu spécial, les hypertendus à un régime sans sel. C’est parce qu’il n’a pas respecté son régime sans sel, non parce qu’il n’a pas bénéficié d’un suivi médical, qu’un détenu hypertendu a trouvé la mort dans la prison de Safi en octobre dernier (à cette époque, deux détenus y sont morts), affirme, catégorique, un médecin.

« Voici Abu Dhabi sans piscine ! »
Les récits des détenus sont accablants. « La nourriture était immangeable », se souvient Brahim*. « Nous mangions des lentilles avec des cailloux. Le poulet était périmé. On en avait le mardi. La viande, le vendredi. » « La nourriture n’est pas terrible, même si c’est un petit peu mieux qu’avant », dit un détenu de Oukacha. « Je compte sur les visites de ma famille pour manger », ajoute Ahmed*, un autre détenu.
Du côté de l’aile des femmes, les cellules paraissent plus spacieuses. À Oukacha, elles sont 284, dont 5 femmes enceintes. Elles ne représentent que 2,4 % des détenus (1 720 femmes) à travers le pays.  La plupart ont été condamnées pour prostitution ou trafic de drogue. Quelques-unes croupissent en prison pour adultère ou même pour avoir eues des relations sexuelles en dehors des liens du mariage.
En ce début d’après-midi, une grande partie des cellules sont étonnamment vides. Les ateliers de formations professionnelles dispensent des cours de coiffure, d’esthétique, de broderie ou de tapisserie. Dans un coin, deux détenues originaires du Sénégal et de Guinée Équatoriale apprennent à faire des French manucures. Elles garderont les yeux baissés.
Plus loin, la « crèche », où sont disposés quelques jouets et une balançoire, accueille les enfants – ils sont 6 – des femmes incarcérées. Plusieurs femmes nettoient la cuisine, nettement plus propre que celle, à peine plus spacieuse, où sont préparés les repas des détenus.
L’aile 5 de la prison, qui accueille des prisonniers VIP (trafiquants de drogue, hommes politiques, hommes d’affaires) et que les prisonniers appellent Abu Dhabi, est légèrement plus accueillante. Les cellules, plus petites, regroupent peu de détenus (parfois deux ou trois), qui ont droit à un petit réfrigérateur et à des toilettes séparées par une cloison. Un homme qui passe le balai s’excuse car la cellule n’est pas assez propre. Deux détenus salafistes sourient timidement. De jeunes prisonniers se précipitent pour montrer leurs derniers dessins au nouveau directeur de la prison : un homme qui brise ses chaînes.
« Voici Abu Dhabi sans piscine ! » plaisante le personnel, qui jure n’avoir découvert ce surnom  que l’été dernier, lors d’un rapport parlementaire très critique sur Oukacha.
Aussi bien les détenus que les anciens assurent néanmoins que dans cette aile, le confort est souvent nettement supérieur. Cellules individuelles, chaînes de télévision numériques, douches quotidiennes, promenades à volonté, traiteur. « Ceux qui visitent ne voient ni le meilleur ni le pire », affirme un ancien détenu de Oukacha.
Depuis un peu plus d’un an, la prison de Oukacha est la seule à disposer d’un « hôpital ». Un cabinet médical permet des consultations générales, ophtalmologiques, des analyses de sang, des radios. D’après le médecin de la prison, le centre est suffisamment équipé pour effectuer des dialyses à trois personnes. Pourtant, les lieux sont vides. « Les consultations ont lieu le matin », explique un médecin.
Le cabinet dentaire, équipé de trois fauteuils, est en pleine activité. « Il y a un délai d’attente d’environ deux semaines. C’est plutôt raisonnable », dit la dentiste qui montre un carnet de rendez-vous.
Bradley a pourtant dû attendre un mois et demi avant d’être traité pour des douleurs intenses. Il a finalement été transporté à l’hôpital et soigné pour une sciatique, probablement due aux deux mois de sommeil sans matelas. Aujourd’hui, il n’a toujours pas obtenu la permission d’y retourner pour se réapprovisionner en médicaments, d’après ses proches. Sa santé ne cesse de se dégrader.
D’après les détenus, qui souffrent fréquemment de pathologies causées par l’humidité, le manque de soleil, la saleté, la vétusté des cellules, le problème reste l’accès à ces soins. L’attente est beaucoup trop longue. Le médecin de garde n’est pas toujours présent et les médicaments manquent. Certains ignorent même l’existence du centre.
« Ici, tout se monnaie, il faut payer pour avoir accès à tout. Un peu comme à l’extérieur », dit Ahmed*.

La boîte noire : * Certains prénoms ont été changés.
URL source: http://www.mediapart.fr/journal
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