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vendredi 22 février 2013

L’histoire d’un journal qui déplaisait au roi du Maroc

par Baudouin Loos, Le Soir, Bruxelles,

 
Le Journal hebdomadaire, vous connaissez? Mais oui, cette publication marocaine qui eut ses heures de gloire, entre sa naissance en 1997 et son décès en 2010… Un journal pas comme les autres, au Maroc. Indépendant et compétent. Gênant, donc. Qui devait mourir, et qui est mort.
Une conférence originale s’est tenue à Bruxelles, à l’Espace Magh, le samedi 16 février dernier. De nombreux acteurs de cette expérience originale se sont en effet retrouvés pour l’évoquer, à l’initiative de Radouane Baroudi (1).
Pourquoi donc des hommes et des femmes ont-ils un jour lancé un organe que Hassan Bousetta, admiratif, a appelé « une voix critique dans un contexte d’unanimisme imposé, un travail de transgression de l’ordre politique balisé par des lignes rouges »? Les anciens du Journal en conviennent: c’est Hassan II qui, dans un souci d’ouverture, a permis en fin de règne que l’expérience prenne son envol. Quitte à le regretter? En tout cas, a avancé Aboubakr Jamaï, directeur du Journal, «c’était une des premières fois qu’une entreprise privée marocaine appuyait un projet éditorial respectant la déontologie d’une presse libre tout en ayant le souci de faire du bénéfice. C’est original car, au Maroc, c’est l’un ou l’autre… ».
De quoi une presse libre devrait-elle donc parler? « Nous avons assumé notre « naïveté », a expliqué Jamaï. Nous considérions que si la Constitution dit que le pouvoir c’est le roi, notre contrat était de parler de celui ou de ceux qui ont un impact sur la vie des gens, de là où le pouvoir se trouve. On nous a accusés de « vendre » en mettant le roi en scène (il est vrai qu’un quart des couvertures lui était consacrée), mais pourquoi les Marocains achètent-ils un journal qui fait de l’investigation à propos du roi? Les gens s’intéressent à la politique quand on les prend pour des adultes. »

« On a cru que c’était le dernier numéro! »
Ali Lmrabet, rédacteur en chef peu après la période initiale, en 98-99, raconte: « On a essayé de faire “autre chose”, sous Hassan II. En se demandant comment asticoter le régime. On a écrit des dossiers. Sur Ben Barka (assassiné à Paris en 1965), sur Abraham Serfaty (juif marocain d’extrême gauche longtemps exilé). A l’époque, ces choses-là étaient en principe impossibles! On essayait des sujets que les autres n’osaient pas traiter. Comme les droits de l’homme. Lorsque nous avons publié l’interview que j’avais faite à Paris de Malika Oufkir (fille aînée du général qui avait tenté un coup d’Etat contre Hassan II en 1972, le roi se vengeant ensuite sur toute sa famille), on a cru que c’était le dernier numéro! »
Fadel Iraki, assureur de son état et, surtout, principal actionnaire du Journal hebdomadaire, confirme l’anecdote. « Je ne me suis jamais mêlé du contenu éditorial, c’était même une condition que j’avais posée pour mettre de l’argent dans cette expérience. La seule fois que Aboubakr Jamaï m’a appelé, c’était pour la une sur Malika Oufkir. Il m’a dit qu’on risquait de se faire interdire une fois pour toutes. J’ai lui ai dit, vas-y si c’est ce que tu veux. »
Ces péripéties funestes qui datent de Hassan II auraient pu – dû – s’arrêter avec Mohammed VI, qui a succédé à son père en juillet 1999. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit! « Nos vrais ennuis ont commencé avec « M6 » en 2000, a souligné Aboubakr Jamaï. Avec notre interview de Mohamed Abdelaziz, chef du Polisario (les indépendantistes du Sahara occidental, pestiférés au Maroc), et un dossier sur la connivence entre une partie de la classe politique et les putschistes des années 70. 
On a été interdit deux fois, puis on a subi une répression judiciaire basée sur des dossiers fabriqués de diffamation. Mon exil est dû à un Français de Bruxelles qui nous a fait un procès. Je suis parti quand un huissier est venu frapper à ma porte, je devais 250.000 euros… Et je ne parle pas du boycott économique (la pub…) pratiqué par les entreprises publiques mais aussi par la plupart des privées qui craignaient pour leurs contrats. Finalement, notre modèle économique a vécu car le roi l’a souhaité »…

« On m’a dit: ”Aboubakr doit partir” »
Mais le combat a été plutôt long car le Journal a fait de la résistance. Ali Lmrabet quittait certes l’hebdo en 1999 car il estimait, contrairement à Jamaï, que le « makhzen » (le système de pouvoir pyramidal à partir du roi) ne se réformerait pas avec le nouveau roi. L’histoire lui donna raison. « On m’a dit: ”Aboubakr doit partir”, a raconté Fadel Irak; c’était mon seul pouvoir, celui de décider qui était directeur; j’ai refusé. Il y a ensuite eu la censure à propos du Sahraoui Abdelaziz: on a publié des pages blanches et atteint un record de 70.000 exemplaires vendus au lieu de 25.000, on a dû refuser de la pub! Mais cela a vite changé: l’interdiction de décembre 2000 dura cinq à six semaines en raison du papier sur la gauche des années 70 en phase avec les putschistes. En fait, personne ne voulait qu’il soit su que la gauche et les militaires avaient pactisé contre Hassan II ! Il a fallu une brève grève de la faim d’Aboubakr à Paris pour qu’on puisse reparaître mais la pub s’est réduite comme peau de chagrin et on a commencé des procès en cascade. Jusqu’au moment où cela ne fut plus possible, et que survienne une décision de justice de liquidation. »

Omar Brouksy, qui participa à l’aventure entre 2001 et 2010, n’a pas donné une explication très différente, au contraire. «  Aboubakr misait sur le lectorat: on allait parler du vrai pouvoir; ce qui était ressenti comme une menace par le régime car on était vraiment indépendant, ce qui suffisait pour déranger. Notre second point fort: nous n’étions pas un tract antirégime; on partait de l’info, on donnait la parole à toutes les sensibilités, surtout les minorités. Car le Maroc n’est pas une démocratie, l’accès aux infos fiables n’est guère aisé, c’était notre force avec aussi des infos recoupées, démontrées. »
Et d’ailleurs, conclura-t-il, rien n’a vraiment changé. « Actuellement, les thématiques restent les mêmes, malgré la nouvelle constitution, malgré le printemps arabe: l’autoritarisme, la prééminence de la monarchie, la non-indépendance de la justice, les détentions politiques (plus de cent militants du 20 février sont encore en prison), les atteintes à la liberté d’expression, les pressions économiques qui continuent, tout est toujours là. »

« On en a pris plein la gueule »
Que deviennent les journalistes courageux? (2) Ils ont le loisir de méditer: après un séjour en prison, Lmrabet a été condamné en 2005 à une peine inconnue au code pénal, une interdiction d’exercer le métier de journaliste pour dix ans; Aboubakr Jamaï doit toujours payer des centaines de milliers d’euros d’amendes et vit en Espagne; Omar Brouksy, reconverti à l’Agence France Presse, s’est vu retirer son accréditation il y a quelques mois pour avoir écrit dans un reportage que les candidats du PAM (Parti authenticité et modernité) étaient « proches du palais royal », ce qui est pourtant une banalité bien connue au Maroc; quant à l’assureur Fadel Iraki, il a subi un redressement fiscal énorme pour prix de son engagement dans le Journal hebdomadaire.
Il fallait que ces choses soient dites. Comme l’a précisé mi-figue mi-raisin Aboubakr Jamaï, « on a été utilisé comme punching-ball, pour faire un exemple, et on en a pris plein la gueule. La presse marocaine fonctionne avec le bâton et la carotte, on a subi le bâton, d’autres profitent de très grosses carottes, il y a beaucoup de directeurs de publication qui en profitent bien ». Il n’est pas étonnant, dès lors, que le même homme lâche ce jugement amer: « Maintenant, on peut dire que l’état de la presse marocaine est pire que dans les années 90 ». BAUDOUIN LOOS
(1) Il est symptomatique que la rencontre ait eu lieu en Belgique et non au Maroc, mais il est vrai qu’elle n’a pu se tenir qu’en raison de la volonté et de la ténacité du réalisateur Radouane Baroudi, fils de l’exilé politique Mohamed el-Baroudi, qui avait quitté son pays en 1963 et est mort en Belgique en 2007 sans avoir jamais revu son pays. Les efforts de Radouane Baroudi ont été récompensés: le public, plus d’une centaine de personnes, a répondu présent, ainsi que la plupart de ses invités, passionnants. Mais parmi les plus de cent vingt élus belges d’origine marocaine de tous niveaux politiques, seuls trois ont assisté aux travaux: les sénateurs PS Hassan Bousetta (qui a même présidé une partie de la conférence) et Ahmed Laaouej, président de l’Espace Magh, ainsi que le député Ecolo Fouad Lahssaini.
(2) Ali Lmrabet dirige un journal en ligne: www.demainonline.com et Aboubakr Jamaï participe à l’expérience journalistique de fr.lakome.com/

La rencontre du 16 février 2013
Au premier plan, Radouane Baroudi, à gauche Fadel Iraki, au-dessus Omar Brouksy et Ignace Dalle, au milieu, Ali Lmrabet, Aboubakr Jamaï et Baudouin Loos

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Extrait de l'interview faite à Ali Lmrabet le 16 février 2013
Durée : ‎3:09
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Captation par Sidi Média de la conférence : Le Journal , Histoire d'une Désillusion Marocaine .
Bruxelles le 16 février 2013

 http://youtu.be/6bLQzG3WeVs
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Par  la version marocaine, 24/2/2013

Mes stars à moi.

J'ai un aveu à vous faire, j'ai le corps marqué de bleus, sur le cou, les bras, les cuisses et d'autres parties encore. Des courbatures ont pris mes muscles en otage, je me sens faible et comblée, et pourtant je viens de passer les dernières 36 heures seule dans ma maison.
Je regarde des flocons de neige tomber sur le gazon par la baie vitrée de ma chambre et je me dis que je devrais arrêter ces plans mystiques. C'est quoi encore cet état ? ça vient d'où ? Pourtant, je n'ai parlé qu'à mon père et à mon fils. Le Saint-Esprit a peut-être du m'accoster aussi.
Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que la semaine dernière j'ai assisté à un truc de fou, qui m'a laissée des bleus sur le corps et des tatouages dans l'âme. Cette âme qui devient capricieuse, impérieuse et majestueuse dés qu'il s'agit de mon Maroc et d'une certaine catégorie de mes compatriotes. Et ce 16 février 2013, j'avais la crème de la crème de ces marocains-là, il y avait quelque chose dans l'air qui m'a rappelé une certaine journée ensoleillée d'un premier septembre place Trocadéro et où j'ai rencontré les personnes qui allaient définitivement faire basculer ma vie. Et pour la deuxième fois, mon corps, mon cœur et mon cerveau se sont mis en mode silence pour laisser la place à ce qui change irréversiblement une vie. Bref ..
J 'étais donc à Bruxelles pour une conférence :''Le journal, histoire d'une désillusion marocaine''. Je ne sais pas si vous vous souvenez du ''Le journal'', c'était le must have de toute l'intelligencia marocaine de 1997 à 2010. C'est précis, pas parce que je suis une grande spécialiste des médias marocains, pas du tout. C'est juste que quand des hommes beaux intelligents et sensibles parlent politique et parlent Maroc, ça me rend fébrile et  je deviens attentive à tout ce qu'ils disent, font ou insinuent. Et ce 16 février, c'était le cas.
En plus, avoir Boubker Jamai, Ali Lmrabet, Omar Brouksy, Ignace Dalle à quelques mètres, 5h30 d'affilé pour l'apprentie militante que je suis, c'était comme si Jay Z, Kanye West ou Nas venaient me faire un concert de Rap privé dans mon salon. Un truc de fou, je vous dis. Si en plus ils viennent avec des Guests, pas forcement Star mais tout aussi brillants, moi, c'est bon, ça peut m'achever. Mes Guests stars à moi étaient : Hassan Bousetta et Fadel Iraki. Il y avait aussi Baudoin Loos, mais mon cœur a ce racisme que ma marocanité impose de temps à autre.
Je ne sais pas vraiment comment vous raconter cette journée parce qu'y étant impliquée émotionnellement, je risque de perdre une grande partie de mon objectivité. En plus avec 5h30 de mots, de sensations et d'émotions aussi forts les uns que les autres, mes deux pages A4 auxquelles je limite habituellement mes posts ne suffiront même pas à l'intro.
La conférence commence par Ignace Dalle qui pose l'état des lieux de l'environnement médiatique un peu avant et pendant la vie du journal. En fermant les yeux et avec le noir de la salle, j'ai fait un saut de 15 ans en arrière et me suis crue dans un amphi avec un prof qui donne un cours magistral. C'était intéressant pour ceux qui connaissent mais moi je voulais entendre des mots d'arabe s'infiltrer entre une longue phrase en français. C'est ça mon kiff quand j'assiste à des conférences marocaines à l'étranger.
Jamai a ensuite repris le relai et j'ai eu mes quelques mots en arabe. Toujours aussi talentueux et clair, il a expliqué l'esprit du ''le journal'' qui s'adressait à ses lecteurs en tant qu'adultes et non en tant que débiles mentaux profonds comme le fait la plus part de la presse Mekhzenienne. Il a évoqué le coup de fil reçu de la part de Basri, bien des années après la couverture ''Pour sauver l'alternance, Basri doit partir'', pour lui suggérer de poursuivre l'intégrité intellectuelle jusqu'au bout et admettre que tout puissant qu'il était, Basri n'a jamais interdit le ''le journal''. Ce qui est vrai.
Le passage qui m'a le plus touchée, et c'est là où je me suis rendue compte que je devais revoir mes préjugés sur les hommes et les marocains d'entre eux, c'est celui concernant Malika Oufkir. J'étais devant des hommes qui n'ont aucune once de lâcheté dans les veines et qui ont décidé que leur droit à la compassion envers un gamin de trois ans et sa famille qu'on a foutus au fin fond du désert parce que le père a essayé de faire un coup d'état militaire, et ben ce devoir là d'être humain avant celui de journaliste, valait toutes les foudres de tous les régimes de la terre. Les foudres ne sont pas arrivées tout de suite, mais sont arrivées quand même.
A ce moment là, J'étais entrain de fixer le visage de Jamai et de me dire qu'il avait la mâchoire carrée. D'après une étude croisée dans une revue scientifique, c'était un signe d'extrême courage, de profonde bonté et d'une grande force. Si la même revue annonçait  que mettre la main sur le cou était un acte de séduction, je vais croire que tous les mecs qui mettent la main au cou en me parlant me draguent. Il faut vraiment que j'arrête ces plans mystiques.
La véritable star de la conférence fut incontestablement Ali Lmrabet. Nous avons eu droit à un véritable One Man show, très fin, très drôle et extrêmement touchant. Il a parlé de la confidence que lui avait faite Basri : ''La force du Mekhzen, c'est qu'avec 3 personnes, il arrive à faire peur à 30 millions de marocains".
Quand la voix chaude et rauque d'Ahmed Benani envahit la salle, j'ai eu un pincement au cœur en regardant sa photo géante sur l'écran, et eut envie de me retrouver à Lausanne à boire un verre de thé sur une table à manger en bois, entourée des souvenirs de toute une vie et écoutant des histoires de mon Maroc sous les yeux complices de tous les livres sur le Maroc.
Je ne vais pas parler de toutes les interventions, même si celle de Fadel Iraki mériterait qu'on s'attarde dessus et que celle d'Omar Brousky a donné une autre connotation aux précédentes. Je vais juste dire qu'après avoir entendu tous ces hommes et saisi, du moins en partie, la véritable importance de cette aventure là, j'ai eu des sentiments mitigés.
J'ai eu une colère violente envers ce régime qui est responsable d'un tel gâchis, surtout que si ces imbéciles avaient une once de jugeote et ne lisaient pas que TINTIN le soir, ils auraient compris que d'une certaine manière, ils avaient beaucoup plus à perdre en interdisant le ''le journal'' qu'à y gagner.
 J'ai eu de l'admiration réelle et profonde envers ces hommes, qui au confort de leurs vies et de leurs familles, ont préféré leur moralité et leur intégrité. Au fait, ce n'était même pas un choix, c'est dans leur nature, ils sont incapables d'agir autrement.  C'est d'autant plus admirable que comme a dit Jamai, ''la carotte est vraiment grosse''.
A un certain moment, ils avaient l'air tous tellement vulnérables sur cette estrade, que ça a réveillé l'instinct maternel en moi, comme si quelqu'un de plus âgé et de plus fort avait frappé mon fils de 3 ans. j'avais envie de les prendre tous dans mes bras et de les consoler. Mais bon, je crois que ça aurait prêté à confusion, surtout que côté sortie de piste, le quotta était atteint pour cette conférence.
Et puis, j'ai eu une vague de tendresse incommensurable et de reconnaissance sans limite envers ces 4 hommes, jusqu'à en être émue au moment de vous écrire ces quelques lignes. Pour une raison toute simple.
Si des gens comme moi s'initie timidement à la militance aujourd'hui, dans le confort de leur vie, à l'abri de cette folle furieuse de l Mekhzen, c'est parce que des hommes comme eux ont sacrifié  tout ou une partie de leurs vies, de leurs carrières, de leur avenir et de leurs vies de famille.
Si, après le massacre de Hassan 2 et maintenant de M6, sur les subconscients, les fiertés et les dignités, on arrive encore à marcher droit en tant que marocains, c'est parce que des hommes comme eux sont  debout devant nous aujourd'hui, envers et malgré tout.
 Et si parfois il m'arrive de me dire que ça ne sert à rien et qu'il faut lâcher l'affaire, le souvenir d'une mâchoire carrée traverse mon esprit et le reliquat de mon militantisme reprend du poids.
Plus j'y pense et plus je me dis que finalement, j'aurais du tous les prendre dans mes bras un par un, les embrasser sur le cou, et leur dire Merci. Merci pour tout et désolée pour notre lâcheté, au nom de toutes les versions marrokiates, casawiyates, oujdiyates, rbatiyates, sahrawiyates, khnifriyates, soussiyates, chamaliyates ...de la terre entière.

Marocaine Version : ''J'aime ces 4 hommes là''.

vendredi 5 février 2010

Le journal le plus indépendant du Maroc poussé à la fermeture

Par Cerise Maréchaud, Rue89, 1/2/2010
Le Journal hebdo, symbole de lutte contre le pouvoir, a fermé pour liquidation judiciaire. Une décision en réalité politique.
Le dernier numéro du Journal hebdo, sur un trottoir de Casablanca, le 30 janvier (Cerise Maréchaud)
(De Casablanca) Mercredi 27 janvier, en plein bouclage, Le Journal hebdo, publication pionnière et icône de la liberté de la presse marocaine, a été fermé de force pour « liquidation judiciaire », sur ordre du tribunal de commerce.
Débarquement d'huissiers, changement des serrures, mise sous scellés des locaux. A première vue, pour une raison légale : Le Journal hebdomadaire croulait sous des dettes de plus de 450 000 euros envers la sécurité sociale marocaine (CNSS) et la direction des impôts.
Mais pour Aboubakr Jamaï, co-fondateur (à 29 ans et sans expérience journalistique) du Journal hebdo en 1997 et son directeur de publication jusqu'en 2007, ces problèmes financiers ne viennent pas de nulle part : « Entre les procès à la chaîne et la stratégie concertée de boycott des annonceurs qui nous a fait perdre 80% de nos recettes publicitaires, les autorités ont tout fait pour acculer Le Journal à l'asphyxie financière. »
Ali Anouzla, directeur du quotidien arabophone indépendant AlJarida Al Aoula (récemment condamné à un an de prison avec sursis pour une enquête sur la santé du roi), partage ce sentiment :
« C'est une décision politique pour exécuter Le Journal. De nombreuses entreprises de presse sont endettées auprès de la sécu et des impôts, sans parler de l'État lui-même ».
Ultime manœuvre venue d'en-haut pour porter le coup de grâce à un hebdo sans concession qui, depuis douze ans et trois mois, ne laissait pas le pouvoir dormir tranquille. Si de nombreux médias indépendants sont nés dans le sillon du « Journal » (son nom initial et diminutif actuel), « c'était celui qui allait le plus loin », témoigne Kawtar Bencheikh, membre de la rédaction depuis 2006.
« Les enfants de l'alternance »
Mais c'est son statut de pionnier qui l'a fait entrer dans l'Histoire. Boubker (son surnom) Jamaï raconte : « Le Journal est né le 17 novembre 1997, trois jours après les législatives qui ont amené Abderrahmane Youssoufi (socialiste) au gouvernement. Nous étions “les enfants de l'alternance”, inspirés par El Pais, né en 1976 après la mort de Franco. »
Sauf qu'en 1997, l'ancien roi Hassan II est vieux mais bien vivant et toujours craint. Pourtant, Le Journal réclame ouvertement le départ de Driss Basri (ancien ministre de l'Intérieur tout-puissant de Hassan II) et le retour de l'opposant Abraham Serfaty, exilé en France après dix-sept ans de bagne au Maroc.
Pire, en 1999, Le Journal « jette une pierre dans le jardin secret de Hassan II » en faisant sa Une d'un entretien avec Malika Oufkir, fille du général putschiste exécuté en 1972, qui vécu vingt ans en détention secrète avec sa famille (lire « La Prisonnière », coécrit avec Michelle Fitoussi, paru en 1999).
« On a osé dire qu'on ne pouvait pas ne pas compatir, et on n'a jamais été aussi certain de notre interdiction. Pourtant Hassan II n'a rien fait. Et dans sa dernière interview, avec Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur, il a dit regretter ce qui s'était passé. Je pense que nous y sommes en partie pour quelque chose. »
L'interview de Malika Oufkir est un « point de rupture ». Le Journal fera bien d'autres « coups » : en juin 2001, il publie conjointement et simultanément avec Le Monde les révélations d'un ancien agent secret du Cab-1 (le premier cabinet des services secrets marocains), Ahmed Boukhari, sur la disparition de l'icône de la gauche, Mehdi Ben Barka. Il osera titrer « Que fait le roi ? » avec pour illustration, la photo d'un trône vide.
Il enquêtera sur la fausse découverte de pétrole à Talsint, dans l'Est marocain, annoncée en grande pompe puis démentie, une des pires humiliations du nouveau règne. Mais non sans en payer chèrement le prix dès 2000.
Après l'intronisation de Mohammed VI, « Le Journal verra sa lune de miel avec le régime se transformer en opposition ouverte », écrit Ali Amar, l'un de ses cofondateurs et ancien directeur en 2007-2008, dans « Mohammed VI, le grand malentendu ».
« Escroquerie intellectuelle »
Boubker Jamaï assène :« Penser que la vraie rupture c'était Mohammed VI, c'est une escroquerie intellectuelle dans laquelle tout le monde est tombé, on en a beaucoup souffert.
La vraie dynamique d'ouverture a été impulsée par Hassan II à un moment où, pour des raisons notamment géostratégiques, il avait compris l'intérêt de lâcher du lest. Je ne parle pas de démocratisation, mais d'une certaine libéralisation politique. Mohammed VI, lui, a clairement parlé de “monarchie exécutive”. »
Moins d'un an après son arrivée sur le trône, quand la presse internationale célèbre le « printemps marocain », Le Journal, alors imprimé en France en format tabloïd (avec l'aide initiale de Serge July de Libération puis de Philippe Thureau-Dangin de Courrier international), est saisi à la douane pour avoir publié pour la première fois au Maroc une interview de Mohamed Abdelaziz, chef du Front Polisario qui revendique l'indépendance du Sahara occidental (l'intégrité territoriale est une des lignes rouges de la liberté d'expression).
Ali Anouzla témoigne :
« Ils ont été traités comme des traîtres par leurs confrères alors qu'aujourd'hui, le pouvoir est en négociation directe avec les indépendantistes. »
Quelques mois plus tard, Le Journal est fermé définitivement par décret pour avoir révélé, documents à l'appui, l'implication de la gauche dans le coup d'État d'Oufkir contre Hassan II. Le Journal est mort, vive « Le Journal hebdomadaire » : après une grève de la faim largement médiatisée de Boubker Jamaï, le titre renaît sous un autre nom début 2001. Selon Ali Amar :
« Le ton demeure. Le retour à la torture est dénoncé, les dépenses somptuaires du roi révélées, le reniement des socialistes récupérés pointé du doigt. »
Amendes record
Les ennuis continuent. Le Journal critique la diplomatie marocaine et met en cause l'ancien ministre des Affaires étrangères dans une transaction immobilière à Washington : peines de prison et dommages et intérêts records (à l'époque) condamnant Média Trust, ancienne société éditrice du Journal.
En 2006, parce que Le Journal a publié une photo AFP où l'on aperçoit les caricatures danoises du prophète (minuscules et gribouillées en noir avant la sortie en kiosque), une manifestation haineuse (avec slogans antisémites et extrémistes) se tient en bas de la rédaction, orchestrée par le ministère de l'Intérieur et relayée par les médias étatiques comme la chaîne 2M.
Quelques mois plus tard, Le Journal est condamné à payer 270 000 euros de dommages et intérêts au Belge Claude Moniquet, du centre de recherche Esisc (Centre européen de recherche, d'analyse et de conseil en matière stratégique), pour avoir qualifié son rapport sur le Front Polisario de « téléguidé par le Palais ». Refusant l'offre de son ami Moulay Hicham, cousin du roi, de payer, Boubker Jamaï quitte la direction du Journal et s'exile aux États-Unis. La mythique publication The New Yorker publie un article fleuve sur sa « croisade ».
Car c'est bien à ce « croisé », intellectuel respecté (passé par Yale et Oxford) aux analyses fines et d'autant plus tranchantes, incarnation d'une ligne éditoriale inflexible et jusqu'au-boutiste, qu'en veulent principalement les autorités.
Absent du territoire marocain, Boubker Jamaï l'est aussi des colonnes du Journal, laissé relativement tranquille pendant deux ans, ce qui lui permet de reprendre du poil de la bête financièrement. Il plaide :
« Chaque fois qu'on a pu rembourser nos dettes, on l'a fait. Et on n'a pas à rougir de nos ventes. »
De 25 000, celles-ci ont tout de même chuté de plus de moitié ces dernières années. Est-ce le désintérêt croissant des Marocains pour la politique (bien que Le Journal s'adresse à l'élite francophone), ou au contraire le virage en 2004 vers un format et un contenu « magazine » mal apprécié des lecteurs inconditionnels ? Pas assez de sensationnalisme ? La « stratégie de distribution malhonnête », qui, selon Kawtar Bencheikh, a rendu Le Journal parfois difficile à trouver dans certains kiosques stratégiques ?
Baptême du feu
Dans ce contexte, témoigne-t-elle, l'équipe vivait « au jour le jour sous tension, en sous-effectif, sans moyens pour enquêter ou partir en reportage, sans structure, ni contrat, ni mutuelle » -au risque de décrédibiliser leur combat pour la bonne gouvernance à l'échelle du pays.
« On travaillait de manière artisanale, poursuit-elle, chaque numéro était un combat », créant, malgré des divergences parfois profondes dans la rédaction, une sorte d'union sacrée. Le Journal a été un baptême du feu pour de nombreux journalistes.
En dépit de ces difficultés, et notamment depuis le retour de Boubker Jamaï (en tant qu'éditorialiste et collaborateur) au printemps 2009, Le Journal est resté offensif jusqu'au bout : sur la « bêtise monumentale » -dixit Jamaï- de l'affaire Aminatou Haidar (militante indépendantiste du Sahara occidental expulsée début novembre vers les Iles Canaries avant de rentrer au Maroc après une grève de la faim retentissante). Ou encore sur l'ingérence du Palais dans les affaires, un tabou ultrasensible propre à l'ère Mohammed VI.
« Cette dernière sanction montre que le pouvoir se sent acculé », estime Boubker Jamaï, qui fustige sans ciller le « sous-développement politique et institutionnel du Maroc » et « la limitation intellectuelle au sommet de l'État ». Symbole d'une espérance il y a douze ans, Le Journal l'est aujourd'hui d'une grande déception.
Boubker Jamaï persiste, au présent :
« La société marocaine est mûre pour la démocratie et le roi doit répondre de ses actes. C'est ça notre ligne éditoriale. »
Des réflexions sont en cours pour ressusciter à nouveau l'hebdo rebelle. Le Journal n'a peut-être pas totalement tourné la page.

jeudi 4 février 2010

Solidarité d'Annahj Addimocrati avec LE JOURNAL HEBDOMADAIRE

Par Ali Fkir, 1/2/2010 
L'Etat marocain n'hésite pas à recourir aux coups les plus bas pour faire taire les voix de la critique, les voix de la vérité. " Si vous n'êtes pas avec moi, c'est que vous êtes contre moi", c'est la devise de tout Etat despotique.
"Et puisque vous êtes contre moi, vous représentez donc un danger réel ou potentiel pour ma sécurité". c'est la théorie "légalisant" l'étouffement de toute voix libre.
"Pour ma stabilité, il est de mon devoir de prévenir que de guérir". " Soldats (au sens large), chargez! en avant!!!". C'est la pratique du fascisme, c'est la voie de l'arbitraire.
L'assassinat de "lejournal HEBDOMADAIRE" est un crime contre le droit des citoyen-nes à l'information, contre la liberté d'expression. C'est scandaleux!
Bravo ANNAHJ ADDIMOCRATI (la Voie Démocratique) pour votre position. Toujours au rendez-vous! Merci camarades!
Communiqué d'ANNAHJ ADDIMOCRATI(la Voie démocratique:
الكتابة الوطنية
للنهج الديمقراطي
يــــــان
نفذت السلطات قرار الحجز على كل ممتلكات "لوجورنال ومادير"، مما أدى إلى إعدام هذه الجريدة الأسبوعية. إن الكتابة الوطنية للنهج الديمقراطي المجتمعة يوم 30 يناير 2010:

- تعتبر هذا القرار قرارا سياسيا، ولو أنه تغطي بمبررات قانونية. وهو قرار خطير يعبر عن إمعان الدولة في خنق الصحافة الغير الموالية لها حيث يندرج في سياق العديد من المحاكمات والأحكام القاسية والجائرة التي أدت إلى إنزال غرامات خيالية وإغلاق منابر صحفية وإعتقال صحفيين، نخص منهم بالذكر السيد إدريس شحتان مدير جريدة "المشعل"
- تعتبر أن هذا القرار يؤكد موقفها الرافض للدعوة التي توصلت بها من طرف بعض الفرق البرلمانية للمشاركة في حوار وطني حول الإعلام والتي عبرت عنه في رسالة موجهة إلى الرأي العام. هكذا فعوض التراجع عن العديد من القرارات الجائرة ضد الصحافة الغير موالية للدولة لتوفير حد أدنى من شروط إنطلاق حوار وطني حقيقي حول الإعلام، تعدم السلطة "لوجورنال" يوم بداية هذا "الحوار الوطني.
- تدين بشدة هذا القرار الظالم الذي يزيد من تضييق الخناق على حرية الرأي والتعبير.
- تؤكد تضامنها مع "لوجورنال" وكل الصحافة المقموعة وكل ضحايا حرية الرأي والتعبير وإستعداد النهج الديمقراطي للإنخراط بقوة في أية مبادرات نضالية من أجل الدفاع عن الحريات الديمقراطية، وخاصة التصدي للقمع الموجه للصحافة الغير الموالية للدولة، مذكرة بنداءات النهج الديمقراطي المتكررة من أجل إستنهاض القوى الديمقراطية وتحملها لمسؤولياتها التاريخية في هذا الظرف العصيب الذي تمر منه بلادنا.
عن الكتابة

mercredi 3 février 2010

Communiqué des salariés du Journal hebdomadaire

Par les salariés du Journal Hebdomadaire,Casablanca, 3/2/2010
Nous, salariés de la société Trimedia, société éditrice du Journal hebdomadaire,
tenons à préciser quelques points concernant la décision de justice prise à l’encontre de Trimedia, dont la conséquence a été la perte de nos emplois.Nous protestons contre la mise sous scellés de nos locaux, alors que la mise en liquidation de Trimedia vient seulement d’être prononcée.
Nous protestons contre la brutalité de cette décision, qui s’est faite sans aucune explication.
Nous considérons que cette mise sous scellés nous prive abusivement de nos emplois et constitue une interdiction de fait du Journal hebdomadaire.
En effet, nous ne sommes pas dupes de cette condamnation qui, sous couvert de défendre les intérêts des salariés et d’assurer leur protection sociale en faisant appliquer la loi, nous jette dans la précarité.
Curieuse façon en effet de défendre les droits des salariés que de les priver du jour au lendemain de leur outil de travail et donc de leurs emplois.
Nous ne sommes pas dupes, car nous ne doutons pas de la bonne volonté de nos employeurs. Nous sommes convaincus que, s’ils n’ont pas payé les cotisations dues à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et au fisc, c’est parce qu’ils n’étaient pas en mesure de le faire, et non parce qu’ils ne souhaitaient pas le faire.
Nous n’entendons pas être présentés comme des victimes que cette décision de justice viendrait délivrer.
Dans ce pays, où 40% de l’économie est totalement informelle, des centaines de milliers de personnes travaillent dans des conditions difficiles, sans aucune protection sociale et sans aucun droit. Ils sont livrés à la plus grande précarité.
Ce sont eux, dont les conditions de travail sont sans aucune commune mesure avec les nôtres, qui devraient intéresser la justice, et, avant la justice, l’Etat.
Nous ne nous étonnons pas de la condamnation qui frappe, à travers Trimedia, l’ensemble du personnel du Journal hebdomadaire.
Car nous sommes convaincus que cette condamnation est la conséquence directe d’une ligne éditoriale, que nous soutenons unanimement.D’une ligne éditoriale pour laquelle Le Journal hebdomadaire a lourdement payé, à force de pressions quotidiennes, de boycott publicitaire et de condamnations faramineuses.La liquidation du Journal hebdomadaire ne signifie pas la fin de cette ligne, que nous nous efforcerons de faire renaître.

mardi 2 février 2010

Solidarité avec Le Journal Hebdomadaire

 par Ali Fkir, 1/2/2010
L'Etat marocain n'hésite pas à recourir  aux coups les plus bas pour faire taire les voix de la critique, les voix de la vérité. " Si vous n'êtes pas avec moi, c'est que vous êtes contre moi", c'est la devise de tout Etat despotique.
"Et puisque vous êtes contre moi, vous représentez donc un danger réel ou potentiel pour ma sécurité". c'est la théorie "légalisant" l'étouffement de toute voix libre.

"Pour ma stabilité, il est de mon devoir de prévenir que de guérir". " Soldats (au sens large), chargez! en avant!!!". C'est la pratique du fascisme, c'est la voie de l'arbitraire.
L'assassinat de "le jounal HEBDOMADAIRE" est un crime contre le droit des citoyen-nes à l'information, contre la liberté d'expression. C'est scandaleux!
Bravo ANNAHJ ADDIMOCRATI (la Voie Démocratique) pour votre position. Toujours au rendez-vous! Merci camarades!

                                
Communiqué d'ANNAHJ ADDIMOCRATI (la Voie démocratique):

 

الكتابة الوطنية

للنهج الديمقراطي

 

بيــــــان

 
 
نفذت السلطات قرار الحجز على كل ممتلكات "لوجورنال ومادير"، مما أدى إلى إعدام هذه الجريدة الأسبوعية. إن الكتابة الوطنية للنهج الديمقراطي المجتمعة يوم 30 يناير  2010:
 
-       تعتبر هذا القرار قرارا سياسيا، ولو أنه تغطي بمبررات قانونية. وهو قرار خطير يعبر عن إمعان الدولة في خنق الصحافة الغير الموالية لها حيث يندرج في سياق العديد من المحاكمات والأحكام القاسية والجائرة التي أدت إلى إنزال غرامات خيالية وإغلاق منابر صحفية وإعتقال صحفيين، نخص منهم بالذكر السيد إدريس شحتان مدير جريدة "المشعل"
 
-       تعتبر أن هذا القرار يؤكد موقفها الرافض للدعوة التي توصلت بها من طرف بعض الفرق البرلمانية للمشاركة في حوار وطني حول الإعلام والتي عبرت عنه في رسالة موجهة إلى الرأي العام. هكذا فعوض التراجع عن العديد من القرارات الجائرة ضد الصحافة الغير موالية للدولة لتوفير حد أدنى من شروط إنطلاق حوار وطني حقيقي حول الإعلام، تعدم السلطة "لوجورنال" يوم بداية هذا "الحوار الوطني".
 
-       تدين بشدة هذا القرار الظالم الذي يزيد من تضييق الخناق على حرية الرأي والتعبير.
 
-       تؤكد تضامنها مع "لوجورنال" وكل الصحافة المقموعة وكل ضحايا حرية الرأي والتعبير وإستعداد النهج الديمقراطي للإنخراط بقوة في أية مبادرات نضالية من أجل الدفاع عن الحريات الديمقراطية، وخاصة التصدي للقمع الموجه للصحافة الغير الموالية للدولة، مذكرة بنداءات النهج الديمقراطي المتكررة من أجل إستنهاض القوى الديمقراطية وتحملها لمسؤولياتها التاريخية في هذا الظرف العصيب الذي تمر منه بلادنا.
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jeudi 28 janvier 2010

Maroc : Mise sous scellés du Journal Hebdomadaire


Par Rachid Hallaouy, Yabiladi, 28//1/2010

Après le titre de presse Economie et Entreprises qui a vu débarquer des éléments de la police judiciaire, courant décembre 2009, pour opérer à une saisie - suivie d’une vente aux enchères improvisée – dans le cadre d’une procédure pénale avec à la clé une condamnation financière d’environ 6 millions de dirhams, c’est au tour du Journal Hebdomadaire de bénéficier d’un traitement de «choc» quasi identique.
En effet, mercredi 27 janvier 2010, en fin de journée, des éléments de la police judiciaire de Casablanca se sont rendus au siège du titre de presse, sis boulevard des FAR à Casablanca et ont demandé expressément aux membres du personnel, présents sur les lieux, de quitter les locaux.
Dans la foulée, une mise sous scellés a été effectuée par les policiers. Cette «situation» fait suite à la condamnation à 3 millions de dirhams, en 2006, pour l’affaire Claude Moniquet, Directeur du Centre European Strategic Intelligence and Security Center (ESIC), basé à Bruxelles, et qui avait mené une réflexion et des travaux, sur le thème «Front Polisario : partenaire crédible de négociation ou séquelle de la guerre froide et obstacle à une solution pacifique au Sahara occidental».
En outre, et selon des informations recoupées, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) réclamerait près de 4 millions de Dh d’arriérés pour non règlement de cotisations sociales depuis plusieurs années ainsi que par l’administration fiscale. Me Tabih, avocat des parties plaignantes, a déclaré à l’AFP que cette décision de justice concernait les dirigeants de Média Trust, mais aussi Trimédia, qui a remplacé la première et qui édite la publication depuis sept ans.
Est-ce la fin de l’aventure du Journal Hebdomadaire ? Comment la profession va réagir à ce nouveau coup de vis ? Y aura-t-il une mobilisation internationale de soutien ? Une certitude à ce jour, l’hebdomadaire francophone ne sera pas disponible dans les kiosques ce week-end.

samedi 23 janvier 2010

La répression, de l’ancienne à la nouvelle ère



Par Aziz El Yaakoubi , Le Journal Hebdomadaire, 20/1/2010
Témoignages. Les époques changent mais les pratiques restent les mêmes. Khadija Menebhi, sœur de la légendaire Saïda Menebhi, et Rachida Baroudi, mère de Rida Benothmane, un islamiste détenu à la prison de Salé, racontent leur calvaire avec l’Etat marocain. Un échange édifiant.
A pas discrets mais sûrs, Rachida Baroudi franchit la porte du bureau central de l’AMDH (Association marocaine des droits de l’homme). La mère de Rida Benothmane, un détenu islamiste incarcéré à la prison civile de Salé depuis 2007 dans le cadre de la loi anti-terroriste, connaît visiblement très bien les lieux. Il n’y a rien d’étonnant à cela. L’AMDH fait partie des rares associations qui plaident en faveur des détenus de la «nouvelle ère». Quelques minutes après, Khadija Menebhi, sœur de l’inoubliable Saïda Menebhi, de Aziz Menebhi et épouse de Aziz Loudiyi, tous victimes de la répression hassanienne, arrive à son tour. L’ex-membre d’Ilal Amam garde toute sa détermination.


L’énergique Abdelilah Benabdeslam, vice-président de l’AMDH, prépare une salle. Tout le monde s’installe, les deux femmes s’observent. Des ressemblances ? Toutes deux cinquantenaires aux cheveux courts, renvoient l’image de femmes émancipées. «Vous voyez, je suis la mère d’un islamiste et je ne porte pas de voile», annonce d’emblée Rachida Baroudi. Pour parler de leurs expériences, Khadija Menebhi prend les devants. La mère de Rida écoute. «C’est infinement douloureux», lance-t-elle. Pour commencer, elle préfère parler de 1977. Des derniers jours de sa sœur Saïda à l’hôpital Averroès à Casablanca. Faute de soins appropriés, elle succombe à une grève de la faim ayant duré 40 jours. Entamée le 10 novembre 1977 par le «groupe de Casablanca», arrêtée en 1976, cette grève est restée dans les annales. «J’étais juste là, à côté d’elle, durant toute la nuit, j’entendais son cœur, je criais, je pleurais et je n’ai rien pu faire», raconte Khadija, les larmes aux yeux.
"Un procès à l’amour"

«Aucun médecin n’était près d’elle, c’est la hogra. L’Etat marocain est coupable», tranche-t-elle avec une rage exacerbée. Elle a vu le cœur de sa sœur s’arrêter sur la machine, le corps vivant se transformer en cadavre. Puis en légende. Une autre bataille est engagée pour récupérer la dépouille. Les responsables se renvoient la patate chaude. «Le directeur de la prison m’a informée que c’était l’hôpital qui était désormais responsable, les médecins répliquaient qu’il fallait une autorisation des hautes sphères», se souvient-elle. Le régime finit par céder. La dépouille est livrée à la famille et le statut de détenus politiques est accordé aux autres grévistes. C’était l’histoire d’un groupe de jeunes qui voulaient renverser la monarchie alaouite et qui revendiquaient le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Presque toute la famille était concernée. Ses membres étaient tous militants de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) et de l’organisation Ilal Amam.
«Le régime est impitoyable avec les révolutionnaires, l’Histoire l’a démontré», analyse Khadija Menebhi. «Si Saïda avait parlé sous la torture, j’aurais été la première à être incarcérée.» Son mari a été arrêté en 1972 et condamné à 10 ans de prison ferme, laissant sa fille aînée âgée d’à peine un mois. Pour lui rendre visite, il fallait une autorisation du juge d’instruction auprès du tribunal de Casablanca. «J’allaitais ma fille et je ne pouvais l’emmener avec moi. Je suis arrivée chez le juge et le lait coulait de mes seins, j’étais toute trempée», se souvient-elle. Mais le juge a refusé de donner l’autorisation tout en prononçant une phrase digne du Moyen-Age : «Vous avez de la chance, on ne fait pas de procès à l’amour.» «Cela aurait été un honneur», avait répondu la jeune femme.
Le même jour, son frère Aziz réussit à s’échapper du même tribunal. Il disparaît pendant un an avant de réapparaître à la cité universitaire de Rabat. Les forces de l’ordre l’attrapent ce jour-là puis le tribunal le condamne par contumace à perpétuité, alors qu’il était détenu dans le tristement célèbre bagne de Derb Moulay Cherif. «Le régime n’a pas voulu reconnaître que Aziz Menebhi était entre ses mains», mentionne-t-elle. Après un an et demi de détention secrète, les détenus de la prison de Casablanca le retrouvent un beau matin parmi eux. Deux ans après, en 1976, le tribunal finit par le libérer en prononçant le non-lieu.
Les procès kafkaïens commencent et les trois membres de la famille finissent derrière les barreaux. Le calvaire n’en est qu’à ses débuts. «Je me rappelle qu’à chaque fois qu’on partait leur rendre visite, les responsables de l’administration pénitentiaire refusaient sous différents prétextes.» Toutes les raisons sont bonnes pour humilier la famille Menebhi. «Après quelques années, Fadwa, ma fille, commençait à me poser des questions sur son père, je répondais qu’il était quelque part en train de défendre les gens pauvres », indique-t-elle. Mais la petite fille n’acceptait pas : «Moi aussi je suis pauvre, et je le veux à côté de moi». Et d’ajouter : «De voir un être qu’on aime, qu’on voit tous les jours, disparaître d’un coup, est tout simplement insupportable.» Le regard de Rachida Baroudi plonge dans le vide. Elle sait certainement de quoi Khadija Menebhi parle…
"Une mère ne se contrôle pas"
Une femme de l’AMDH entre dans la salle, elle offre du thé à tout le monde. Rachida Baroudi fait signe pour dire qu’elle est prête à prendre la parole. «C’était un choc. Quand ma belle-fille m’a appelée pour me dire que mon fils a été arrêté, je ne l’ai d’abord pas crue. Je me suis dit qu’il s’agissait forcément d’une erreur», raconte-t-elle. Rachida Baroudi explique qu’elle s’entend très bien avec son fils : «Il a d’abord arrêté de fumer et de boire, puis il s’est laissé pousser la barbe, mais rien n’a changé dans son comportement.» C’était en 2007. Le lendemain de son arrestation, elle a fait le tour des commissariats de Rabat. Aucune trace. Saisie d’un désespoir qui frôla la folie, elle prit une décision courageuse : se rendre au centre de détention de Témara, censé être secret. «Une mère ne se contrôle pas quand il est question de ses enfants. Je peux vous le dire car j’en ai fait l’expérience.»
Elle arrive à Témara mais elle ne sait pas où exactement. Elle interroge un agent de la circulation. «Le policier m’a répondu que j’étais folle. Mais je n’avais plus peur», ajoute-t-elle. En persévérant, elle finit par trouver le centre de détention. «J’ai pris une route isolée, il n’y avait personne à part une verdure presque sauvage.» A quelques kilomètres, une dizaine de policiers l’entoure. «Ils ont commencé à me crier dessus, m’ordonnant de rebrousser chemin et en me disant que je n’avais pas le droit d’être là.» Mais la mère résiste. Elle voulait absolument avoir des nouvelles de son fils. «J’ai la chance d’avoir fait des études, je lis les journaux et je suis au courant de ce qui se passe dans ce centre. Le fait que mon fils soit enchaîné dedans me rendait folle de rage.»
Devant son insistance, les responsables de la DST (Direction de la sécurité territoriale) se défilaient. Tantôt en la menaçant, tantôt en la suppliant de partir. Tous disaient que les journaux racontaient des mensonges et que seule la police judiciaire a le droit d’arrêter les gens, et que personne n’est interné chez eux. «Le dernier m’a presque convaincue que mon fils n’était pas chez eux, mais en même temps, il m’a promis que mon fils allait m’appeler le lendemain.» Rachida Baroudi a alors quitté les lieux certaine que son fils était détenu à la DST. Il m’a aussi informée que mon fils était accusé d’appartenir au groupe jihadiste connu sous le nom d’Ansar Al Mahdi. «Je ne sais pas si ma visite inattendue avait changé quelque chose.» Après deux jours, la police judiciaire de Casablanca l’appelle pour l’informer que son fils était à la préfecture de police de la ville de Casablanca, et finalement Rida Benothmane n’a passé que trois jours dans le centre de Témara.
Condamné pour donner l’exemple
Après avoir confisqué son ordinateur, le juge d’instruction n’arrêta pas de lui demander pourquoi il visitait un site Internet, apparemment géré par des salafistes. «C’était la seule preuve qu’ils avaient», indique-t-elle. Il n’empêche. Il est condamné à deux ans de prison ferme en première instance, sur la base de l’article 218 de la loi antiterroriste. L’article en question parle de tout individu ayant fait l’apologie d’acte terroriste dans un lieu public ou dans les médias. En appel, il écope du double «pour donner l’exemple». «D’ailleurs c’est écrit noir sur blanc dans le verdict», témoigne Abdelilah Benabdeslam. «Ses avocats m’ont déclaré qu’ils étaient devant un précédent : un être condamné pour donner l’exemple.» La famille ne l’a vu que 17 jours après sa disparition, à la prison civile de Salé. «La première fois, en voyant sa fille il a fondu en larmes», raconte sa mère.
Pendant son séjour à Témara, Rida Benothmane a raconté à sa mère qu’il n’a subi que de la torture morale. Il entendait toute la journée les cris de personnes torturées. Il ne savait pas si c’était des enregistrements ou des cris réels. Il était tout le temps menotté et les yeux bandés. Il a aussi entendu un supérieur demandant aux subalternes de le jeter dans la fosse à serpents. En 17 jours, la maman déclare avoir perdu 6 kg. D’un paquet de cigarettes en trois jours, elle est passée à deux par jour. «Je lui rends visite régulièrement en prison, et je peux vous dire que le traitement dans les prisons marocaines est inhumain. Les fonctionnaires de l’administration pénitentiaire font tout pour humilier les familles des détenus.» Des attentes interminables, du harcèlement et des insultes… «Une fois, un garde a voulu souiller la soupe de mon fils en la vérifiant avec une barre de fer toute rouillée.»

Pendant ce temps, Khadija Menebhi écoute, mais prend aussi des notes. Elle intervient parfois : «Nous sommes tellement sous-développés que la plupart des personnes croient que les visites sont un privilège accordé par l’administration pénitentiaire et non un droit.» «Nous avons constaté que la peur est toujours présente, les gens se laissent faire devant la brutalité des fonctionnaires des prisons, et même dans les cas de disparitions forcées», témoigne pour sa part Abdelilah Benabdeslam. Rachida Baroudi continue son récit : «Ma petite-fille vit un véritable calvaire, elle pose sans cesse des questions sur son père. Pour elle, le soleil montait et se couchait avec lui. Maintenant, à chaque fois que je sors de la maison, elle me demande si je reviendrai. Elle a déjà vu son père disparaître. Elle se méfie.» Les larmes prennent le dessus. Khadija Menebhi fait un geste pour la consoler. Cette dernière analyse la situation : «Pour nous, les victimes des années de plomb, toute la société marocaine était de notre côté. La communauté internationale aussi. Avec les détenus islamistes, c’est différent. Personne ne bouge le doigt, alors que l’injustice crève les yeux. Même les associations de droits de l’homme, comme le Forum vérité et Justice.» Les deux femmes se perdent dans les échanges, sous le regard du vice-président de l’AMDH. Rachida Baroudi finit par résumer : «Quand je pense à tout ça, ce que les gens ont subi et continuent de subir, ça me laisse perplexe. Que faire pour que les choses changent ?» Tout le monde est appelé à trouver une réponse.
source :bellaciao de Diaspora Sahraoui

Photo : Rachida Baroudi, mère du détenu islamiste Rida Benothmane. Khadija Menebhi, soeur de Saïda Menebhi (Le Journal Hebdomadaire)

jeudi 3 septembre 2009

La prince Hicham s'exprime sur son oncle HassanII

Par Abdelmajid Baroudi, 2/8/2009


Le Journal HEBDOMADAIRE a consacré le No de la dernière semaine du mois de juillet 2009 au dixième anniversaire de la disparation de Hassan II. Plusieurs personnalités de divers horizons, sportives, culturelles et politiques ont été invitées par le Journal pour livrer ce qu’elles ont ressenti dès qu’elles ont appris le décès de l’ancien monarque. Si les uns ont éprouvé des sentiments de soulagement ou d’angoisse, les autres ont identifié la personne du roi à l’éternel. Ils n’ont pas cru à sa fin.


En plus du parcours retracé par Maati Mounjib sur l’homme d’Etat , le magazine a publié un document exclusif signé : Hicham Ben Abdallah Alaoui. Dans ce document, le prince Hicham dresse le portrait d’un oncle et d’un roi. Un oncle qui veut imposer à son neveu un parcours dont seul le monarque voulait tenir le sort. Chose que le prince ne voulait pas. Et c’est là où le malentendu s’est installé, entre une autonomie du prince et une rigidité d’un monarque qui voulait tout dominer.
Ce document bien rédigé par Hicham Alaoui aide à faire la différence entre son oncle et son grand- père. Ce dernier avait un penchant vers la concertation. En revanche, Hassan II, dès son jeune âge, on sentait les prémisses d’un homme d’Etat qui voulait régner sans partage et s’accaparer de tous les pouvoirs. D’ailleurs tout au long de son règne, Hassan II ne disposait que d’un seul langage pour parler à son peuple, c’est celui de la répression .Les années dites de plomb en témoignent.
Hicham Alaoui revient sur des interfaces qui ont caractérisé la personnalité Machiavélique de son oncle. Le fait que son oncle gouvernait tyranniquement, ce la n’enlevait en rien ses qualités diplomatiques de s’impliquer dans la scène internationale et sa capacité d’imposer son point de vue à l’échelle régionale.
Le document produit par le prince Hicham ne s’est pas limité aux années de plomb lors du règne de son oncle, mais il questionne l’après Hassan II.
La transition chapotée par un roi qui sentait sa fin physique venir , soutenue par un ex opposant qui n’est autre que Abderrahman Yousfi , n’a fait que baliser le chemin d’une transition dans la continuité. La problématique constitutionnelle est toujours posée devant une ex opposition déplumée. Une liberté d’expression davantage muselée malgré quelques timides avancées.
A dire vrai, le document signé par le prince Hicham incite à bien réfléchir sur une décennie qui devrait être distinguée d’une façon nette par un développement économique, politique et social dont les prémisses ne sont pas encore senties.
Face à ce dilemme, des gauchistes d’hier, victimes des années de plomb, acceptent de faire le même scénario que Hassan II montait avec des traitres prédisposés à renoncer à leurs principes en s’alignant du côté du pouvoir. Financés par l’argent des contribuables, ces ex « gauchos » ne cessent de faire l’éloge d’un changement façonné.