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mercredi 11 février 2015

Gilles Perrault va débattre sur le régime de Mohamed VI à Bruxelles

livre Omar Brouksy

L’écrivain Gilles Perrault, l’auteur du livre à succès qui secoué la monarchie marocaine de Hassan II au début des années quatre-vingt-dix, « Notre ami le roi », a accepté l’invitation du jeune maroco-belge Radouane Baroudi pour parler du livre du journaliste Omar Brouksy, « Mohammed VI derrière les masques » et en débattre.
Alors que le livre du prince Hicham El Alaoui, noblesse alaouite , « Journal d’un prince banni », n’a pas été interdit au Maroc, celui de Brouksy l’est.
C’est dire toute la différence, et le deux poids deux mesures, que le ministre de la communication, l’islamiste Mustapha El Khalfi, fait entre deux deux citoyens marocains.
C’est donc à Bruxelles, où on peut acheter le livre, qu’on débattra de l’ouvrage d’Omar Brouksy.
Avec Gilles Perrault, il y aura outre l’auteur du livre, l’historien Maâti Monjib et le sociologue et anthropologue belge Daniel Menschaert. Fouad Abdelmoumni assurera la modération.
La conférence aura lieu le 14 mars à 17h00 au théâtre 140 (au 140, avenue Eugène Plasky, 1030 Bruxelles). Entrée libre.
Saboteurs envoyés par l’ambassade ou le consulat général du Maroc à Bruxelles s’abstenir SVP.
Demain
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lundi 29 décembre 2014

Rachida Belliraj « Les Marocains reconnaissent qu’ils se sont gourés avec Abdelkader Belliraj »

Khadija Belliraj (Photo capture d’écran)


Par Radouane Baroudi, 27/12/2014


Rencontre avec Rachida Belhiraj, l'épouse d'Abdelkader Belhiraj condamné au Maroc à la perpétuité en 2008. Elle nous explique les vices de procédures, et la manière dont son époux fut arrêté et torturé.
Elle ne cesse de clamer l'innocence de son mari.
Son avocat (Maître Lurquin) demandera prochainement un non-lieu pour les homicides dont il a été accusé.


Rachida Belliraj, l’épouse d’Abdelkader Belliraj, le Belgo-marocain condamné à perpétuité au Maroc pour « terrorisme », croit fermement que son mari est innocent et que les autorités marocaines se sont trompés de personne.

Le caméraman-réalisateur  de la télévision belge Radouane Baroudi l’a rencontré à Bruxelles.

demainonline

URL courte: http://www.demainonline.com/?p=36818

samedi 9 novembre 2013

Rencontre avec Fouad Abdelmoumni (2) : "printemps arabe" , Sahara Occidental, 20 février et presse marocaine.

Par Radouane Baroudi
Rencontre avec Fouad Abdelmoumni 2ème partie  Bruxelles le 22/05/13
www.youtube.com
 Publiée le 27 mai 2013
C'est dans un hôtel de la capitale belge que j'ai rencontré Fouad Abdelmoumni
Il nous parle de la monarchie marocaine, du makhzen du parcours marocain dans ce qui a été
qualifié par les médias de "printemps arabe" , du dossier du Sahara Occidental, du 20 février et de la presse marocaine. Vidéo en 2 parties .

http://www.youtube.com/watch?v=l5JjL1jLeXI

mercredi 31 juillet 2013

NE PAS OUBLIER : Le Belge Ali Aarrass en danger de mort dans sa prison marocaine


C’est l’histoire d’un homme qui va peut-être mourir en prison dans quelques jours. Un Belge en grève de la faim et de la soif dans une prison marocaine. Plus exactement, un Belgo-Marocain. A l’exception de ses proches, de ceux touchés par son sort, de quelques parlementaires et d’une agence de l’ONU, personne ne se préoccupe de son cas pathétique. A des degrés divers, trois Etats, le Maroc, l’Espagne et la Belgique, seront responsables s’il lui arrive malheur.
Il s’appelle Ali Aarrass. Il a 51 ans. En degré d’appel, le 2 octobre 2012, il a été condamné à douze ans de prison (après les quinze ans écopés en première instance, le 29 novembre 2011) pour « utilisation illégale d’armes » et « appartenance à un groupe ayant l’intention de commettre des actes terroristes ». Problème : Ali Aarrass a été torturé et ses « aveux » signés figurent sur un document rédigés en arabe, langue qu’il ne maîtrise pas. Personne n’a connaissance d’autres « preuves » contre lui.
Comment cette histoire à peine croyable s’est-elle développée ? Rétroactes.
 
Ali Aarrass est né le 4 mars 1962 à Melilla, l’enclave espagnole au nord du Maroc. Il arrive à 15 ans en Belgique muni d’un passeport marocain, mais il n’a jamais habité au Maroc où il n’a aucune attache. Le jeune Ali abandonne vite l’école, il veut travailler. Il travaille. Son dernier boulot en Belgique : libraire à Bruxelles. Il se marie en 1989, devient belge, fait son service militaire en Belgique (à l’Otan !) en 1993. En 2005, il retourne vivre à Melilla pour rejoindre son père.
Descente en enfer
Le cauchemar débute en 2006, par une première interpellation de la police espagnole qui le soupçonne de terrorisme. Il est relâché. Mais le 1er avril 2008, il est arrêté et emprisonné. Le célèbre juge Baltazar Garzon enquête pendant un an. Faute de preuves, il prononce un non-lieu le 16 mars 2009. Mais les autorités espagnoles ne le libèrent pas car le Maroc exige son extradition.
Le Haut-commissariat aux droit de l’homme de l’ONU examine son cas et demande le 26 novembre à Madrid de suspendre l’extradition en raison des risques de tortures encourus. Le gouvernement espagnol ignore l’avis et l’extrade le 14 décembre 2010.
L’ONU avait raison, le Maroc reste le Maroc. Pendant douze jours, Ali Aarrass va connaître les tristement célèbres chambres de torture de Temara, près de Rabat. Il connaît l’enfer. A bout de force, il finit par parapher des aveux rédigés dans un arabe classique qu’il ne connaît pas. S’ensuivent les condamnations mentionnées plus haut.
Al Aarrass s’empresse dès le 11 février 2011 de signaler au juge d’instruction marocain les faits de torture dont il a été l’objet. Ses avocats déposent des plaintes, mais la justice marocaine refuse d’ouvrir une enquête, se contentant d’un rapport médical du 8 décembre 2011 qui concluait qu’il ne portait aucune trace de torture. Amnesty International précise que « les experts indépendants commis par la défense d’Ali Aarrass ont jugé que le rapport d’examen était loin d’être conforme aux normes internationales en matière médico-légale qui sont inscrites dans le Protocole d’Istanbul ».
Le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’intéresse alors à nouveau à lui. Son rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants fait un rapport daté du 14 décembre 2012. Juan E. Mendez y est cinglant. Il a pu voir l’accusé en prison le 20 septembre de la même année avec son propre médecin légiste. Les traces de tortures sont effectivement constatées (voir encadré). Les recommandations de ce rapport resteront lettre morte.
La famille et les amis d’Ali Aarrass se démènent depuis des années. Un site rend compte des éléments de l’affaire (freeali.eu). Mais son cas émeut peu, ou a du mal à se faire connaître. Seize parlementaires belges (1), dont une poignée d’origine marocaine, publient tout de même un appel le 16 février 2012 pour demander au ministre belge des Affaires étrangères de relayer aux autorités marocaines les inquiétudes sur la torture subie et l’iniquité des procès.

Grève de la faim
Le sort d’Ali Aarrass prend un caractère dramatique en ce mois de juillet. Voici ce qu’en dit Amnesty : « Ali Aarrass a entamé sa grève de la faim le 10 juillet car des employés de la prison étaient entrés dans sa cellule en son absence, avaient emmené sa correspondance personnelle, notamment des lettres de sa famille et des cartes postales de personnes lui apportant leur soutien, et avaient laissé les lieux en désordre. Il a ensuite été privé des droits élémentaires des prisonniers, y compris passer des appels téléphoniques, avoir accès à son courrier, se doucher et sortir dans la cour, ce qui s’apparente à des mauvais traitements. Il a durci sa grève de la faim le 25 juillet en refusant de boire. Depuis lors, il n’est pas autorisé à avoir des contacts avec sa famille ni ses avocats ».
Son état de santé serait devenu précaire. « Nous n’avons que des nouvelles indirectes, nous dit sa sœur Farida. Il est devenu très faible, nous sommes très inquiets. Au début de cette affaire, nous avions cru à une erreur car Ali n’est pas politisé. J’ai assisté aux procès, j’ai vu d’appel qui dormaient pendant l’audience ! Sauf que l’un d’eux a sommé Ali de se taire quand il évoquait la torture et lui a lâché qu’il avait de toute façon signé ses aveux. »
Les avocats d’Ali Aarrass ont porté la condamnation en appel devant la Cour de cassation, « sans beaucoup d’espoir », comme le dit Me Dounia Alamat. Avec Farida Aarrass, celle-ci a encore interpellé d’urgence le ministre belge des Affaires étrangères le le 26 juillet. Car la Belgique, parlons-en, n’a jamais levé le petit doigt pour le Belge Ali Aaarass.
Le porte-parole des Affaires étrangères a expliqué le 25 juillet que « le droit international stipule que lorsqu’un citoyen binational connaît un problème avec l’un de ses deux pays, l’autre s’abstient d’intervenir ». Un argument que Me Dounia Alamat balaie : « La Belgique invoque une convention de 1930 qui est désuète et que le Maroc n’a de toute façon même pas signée ! La jurisprudence internationale montre au contraire que les Etats protègent leurs ressortissants même en cas de double nationalité et puis la règle absolue en droit international c’est l’interdiction de la torture ».
Plusieurs citoyens belges d’origine marocaine ont lancé sur Facebook des appels au ministre Didier Reynders. Comme Radouane el-Baroudi, qui explique être né le 27 septembre 1979 à l’hôpital Edith Cavell, à Bruxelles : « Je sais comme vous que mon pays d’origine, le Maroc, est une dictature où l’on torture (…). Monsieur le Ministre, m’aideriez-vous s’il m’arrivait malheur au Maroc ? ».
(1) Zoë Genot, membre du parlement fédéral, Ecolo; Eva Brems, membre du parlement fédéral, Groen; Fouad Ahidar, membre du parlement bruxellois, SP.a; Jan Rogiers, membre du parlement flamand, SP.a; Bert Anciaux, membre du Sénat, SP.a; Patrick Moriau, membre du parlement fédéral, PS; Jamal Ikazban, membre du parlement bruxellois, PS; Juliette Boulet, membre du parlement fédéral, ECOLO-Groen; Nadia El Yousfi, membre du parlement bruxellois, PS; Céline Delforge, membre du parlement bruxellois, Ecolo; Olivier Maingain, membre du parlement fédéral, FDF; Zakia Khattabi, membre du Sénat, Ecolo; Ahmed el-Khannouss, membre du parlement bruxellois, CDH; Dirk Peeters,  membre du parlement flamand, Groen; Meyrem Almaci, membre du parlement flamand, Groen; Mahinur Özdemir, membre du parlement bruxellois, CDH.
Une version plus courte de cet article est parue dans le journal “Le Soir” du jeudi 1er août 2013.
 http://blog.lesoir.be/baudouinloos/2013/08/01/le-belge-ali-aarrass-en-danger-de-mort-dans-sa-prison-marocaine/
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samedi 18 mai 2013

Wiam : Résultat de la collecte lancée par Radouane El Baroudi sur facebook



     Solidarité pour la petite Wiam violée et torturée par un sadique



Relire :Wiam : Deux hôpitaux refusent de porter assistance à la petite fille, violée, et gravement blessée...Opérée et sauvée dans une clinique de Casablanca 

Nous voici arrivé au terme de la récolte Nous...
Radouane Baroudi15 mai 11:01
Nous voici arrivé au terme de la récolte.
Nous avons réuni à cette heure 520 euros pour la petite Wiam!
J'attends vos proposition afin de définir ensemble ce à quoi servira cette somme 

Ma proposition est la suivante :
Mandater une personne de confiance au Maroc ( d'ultra confiance ) afin d'intervenir soit dans les frais de scolarité dans une école digne de ce nom soit dans les frais de chirurgie réparatrice
J'attends vos propositions
Radouane



mercredi 1 mai 2013

Rencontre avec Fouad Abdelmoumni (en deux parties). Il nous parle de la monarchie marocaine du makhzen


Rencontre avec Fouad Abdelmoumni à Bruxelles le 22 /05/13

C'est dans un hôtel de la capitale belge que j'ai rencontré Fouad Abdelmoumni. Il nous parle de la monarchie marocaine du makhzen du parcours marocain dans ce qui a été qualifié par les médias de "printemps arabe" , du dossier du Sahara Occidental, du 20 février et de la presse marocaine

vendredi 22 février 2013

L’histoire d’un journal qui déplaisait au roi du Maroc

par Baudouin Loos, Le Soir, Bruxelles,

 
Le Journal hebdomadaire, vous connaissez? Mais oui, cette publication marocaine qui eut ses heures de gloire, entre sa naissance en 1997 et son décès en 2010… Un journal pas comme les autres, au Maroc. Indépendant et compétent. Gênant, donc. Qui devait mourir, et qui est mort.
Une conférence originale s’est tenue à Bruxelles, à l’Espace Magh, le samedi 16 février dernier. De nombreux acteurs de cette expérience originale se sont en effet retrouvés pour l’évoquer, à l’initiative de Radouane Baroudi (1).
Pourquoi donc des hommes et des femmes ont-ils un jour lancé un organe que Hassan Bousetta, admiratif, a appelé « une voix critique dans un contexte d’unanimisme imposé, un travail de transgression de l’ordre politique balisé par des lignes rouges »? Les anciens du Journal en conviennent: c’est Hassan II qui, dans un souci d’ouverture, a permis en fin de règne que l’expérience prenne son envol. Quitte à le regretter? En tout cas, a avancé Aboubakr Jamaï, directeur du Journal, «c’était une des premières fois qu’une entreprise privée marocaine appuyait un projet éditorial respectant la déontologie d’une presse libre tout en ayant le souci de faire du bénéfice. C’est original car, au Maroc, c’est l’un ou l’autre… ».
De quoi une presse libre devrait-elle donc parler? « Nous avons assumé notre « naïveté », a expliqué Jamaï. Nous considérions que si la Constitution dit que le pouvoir c’est le roi, notre contrat était de parler de celui ou de ceux qui ont un impact sur la vie des gens, de là où le pouvoir se trouve. On nous a accusés de « vendre » en mettant le roi en scène (il est vrai qu’un quart des couvertures lui était consacrée), mais pourquoi les Marocains achètent-ils un journal qui fait de l’investigation à propos du roi? Les gens s’intéressent à la politique quand on les prend pour des adultes. »

« On a cru que c’était le dernier numéro! »
Ali Lmrabet, rédacteur en chef peu après la période initiale, en 98-99, raconte: « On a essayé de faire “autre chose”, sous Hassan II. En se demandant comment asticoter le régime. On a écrit des dossiers. Sur Ben Barka (assassiné à Paris en 1965), sur Abraham Serfaty (juif marocain d’extrême gauche longtemps exilé). A l’époque, ces choses-là étaient en principe impossibles! On essayait des sujets que les autres n’osaient pas traiter. Comme les droits de l’homme. Lorsque nous avons publié l’interview que j’avais faite à Paris de Malika Oufkir (fille aînée du général qui avait tenté un coup d’Etat contre Hassan II en 1972, le roi se vengeant ensuite sur toute sa famille), on a cru que c’était le dernier numéro! »
Fadel Iraki, assureur de son état et, surtout, principal actionnaire du Journal hebdomadaire, confirme l’anecdote. « Je ne me suis jamais mêlé du contenu éditorial, c’était même une condition que j’avais posée pour mettre de l’argent dans cette expérience. La seule fois que Aboubakr Jamaï m’a appelé, c’était pour la une sur Malika Oufkir. Il m’a dit qu’on risquait de se faire interdire une fois pour toutes. J’ai lui ai dit, vas-y si c’est ce que tu veux. »
Ces péripéties funestes qui datent de Hassan II auraient pu – dû – s’arrêter avec Mohammed VI, qui a succédé à son père en juillet 1999. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit! « Nos vrais ennuis ont commencé avec « M6 » en 2000, a souligné Aboubakr Jamaï. Avec notre interview de Mohamed Abdelaziz, chef du Polisario (les indépendantistes du Sahara occidental, pestiférés au Maroc), et un dossier sur la connivence entre une partie de la classe politique et les putschistes des années 70. 
On a été interdit deux fois, puis on a subi une répression judiciaire basée sur des dossiers fabriqués de diffamation. Mon exil est dû à un Français de Bruxelles qui nous a fait un procès. Je suis parti quand un huissier est venu frapper à ma porte, je devais 250.000 euros… Et je ne parle pas du boycott économique (la pub…) pratiqué par les entreprises publiques mais aussi par la plupart des privées qui craignaient pour leurs contrats. Finalement, notre modèle économique a vécu car le roi l’a souhaité »…

« On m’a dit: ”Aboubakr doit partir” »
Mais le combat a été plutôt long car le Journal a fait de la résistance. Ali Lmrabet quittait certes l’hebdo en 1999 car il estimait, contrairement à Jamaï, que le « makhzen » (le système de pouvoir pyramidal à partir du roi) ne se réformerait pas avec le nouveau roi. L’histoire lui donna raison. « On m’a dit: ”Aboubakr doit partir”, a raconté Fadel Irak; c’était mon seul pouvoir, celui de décider qui était directeur; j’ai refusé. Il y a ensuite eu la censure à propos du Sahraoui Abdelaziz: on a publié des pages blanches et atteint un record de 70.000 exemplaires vendus au lieu de 25.000, on a dû refuser de la pub! Mais cela a vite changé: l’interdiction de décembre 2000 dura cinq à six semaines en raison du papier sur la gauche des années 70 en phase avec les putschistes. En fait, personne ne voulait qu’il soit su que la gauche et les militaires avaient pactisé contre Hassan II ! Il a fallu une brève grève de la faim d’Aboubakr à Paris pour qu’on puisse reparaître mais la pub s’est réduite comme peau de chagrin et on a commencé des procès en cascade. Jusqu’au moment où cela ne fut plus possible, et que survienne une décision de justice de liquidation. »

Omar Brouksy, qui participa à l’aventure entre 2001 et 2010, n’a pas donné une explication très différente, au contraire. «  Aboubakr misait sur le lectorat: on allait parler du vrai pouvoir; ce qui était ressenti comme une menace par le régime car on était vraiment indépendant, ce qui suffisait pour déranger. Notre second point fort: nous n’étions pas un tract antirégime; on partait de l’info, on donnait la parole à toutes les sensibilités, surtout les minorités. Car le Maroc n’est pas une démocratie, l’accès aux infos fiables n’est guère aisé, c’était notre force avec aussi des infos recoupées, démontrées. »
Et d’ailleurs, conclura-t-il, rien n’a vraiment changé. « Actuellement, les thématiques restent les mêmes, malgré la nouvelle constitution, malgré le printemps arabe: l’autoritarisme, la prééminence de la monarchie, la non-indépendance de la justice, les détentions politiques (plus de cent militants du 20 février sont encore en prison), les atteintes à la liberté d’expression, les pressions économiques qui continuent, tout est toujours là. »

« On en a pris plein la gueule »
Que deviennent les journalistes courageux? (2) Ils ont le loisir de méditer: après un séjour en prison, Lmrabet a été condamné en 2005 à une peine inconnue au code pénal, une interdiction d’exercer le métier de journaliste pour dix ans; Aboubakr Jamaï doit toujours payer des centaines de milliers d’euros d’amendes et vit en Espagne; Omar Brouksy, reconverti à l’Agence France Presse, s’est vu retirer son accréditation il y a quelques mois pour avoir écrit dans un reportage que les candidats du PAM (Parti authenticité et modernité) étaient « proches du palais royal », ce qui est pourtant une banalité bien connue au Maroc; quant à l’assureur Fadel Iraki, il a subi un redressement fiscal énorme pour prix de son engagement dans le Journal hebdomadaire.
Il fallait que ces choses soient dites. Comme l’a précisé mi-figue mi-raisin Aboubakr Jamaï, « on a été utilisé comme punching-ball, pour faire un exemple, et on en a pris plein la gueule. La presse marocaine fonctionne avec le bâton et la carotte, on a subi le bâton, d’autres profitent de très grosses carottes, il y a beaucoup de directeurs de publication qui en profitent bien ». Il n’est pas étonnant, dès lors, que le même homme lâche ce jugement amer: « Maintenant, on peut dire que l’état de la presse marocaine est pire que dans les années 90 ». BAUDOUIN LOOS
(1) Il est symptomatique que la rencontre ait eu lieu en Belgique et non au Maroc, mais il est vrai qu’elle n’a pu se tenir qu’en raison de la volonté et de la ténacité du réalisateur Radouane Baroudi, fils de l’exilé politique Mohamed el-Baroudi, qui avait quitté son pays en 1963 et est mort en Belgique en 2007 sans avoir jamais revu son pays. Les efforts de Radouane Baroudi ont été récompensés: le public, plus d’une centaine de personnes, a répondu présent, ainsi que la plupart de ses invités, passionnants. Mais parmi les plus de cent vingt élus belges d’origine marocaine de tous niveaux politiques, seuls trois ont assisté aux travaux: les sénateurs PS Hassan Bousetta (qui a même présidé une partie de la conférence) et Ahmed Laaouej, président de l’Espace Magh, ainsi que le député Ecolo Fouad Lahssaini.
(2) Ali Lmrabet dirige un journal en ligne: www.demainonline.com et Aboubakr Jamaï participe à l’expérience journalistique de fr.lakome.com/

La rencontre du 16 février 2013
Au premier plan, Radouane Baroudi, à gauche Fadel Iraki, au-dessus Omar Brouksy et Ignace Dalle, au milieu, Ali Lmrabet, Aboubakr Jamaï et Baudouin Loos

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Extrait de l'interview faite à Ali Lmrabet le 16 février 2013
Durée : ‎3:09
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Captation par Sidi Média de la conférence : Le Journal , Histoire d'une Désillusion Marocaine .
Bruxelles le 16 février 2013

 http://youtu.be/6bLQzG3WeVs
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Par  la version marocaine, 24/2/2013

Mes stars à moi.

J'ai un aveu à vous faire, j'ai le corps marqué de bleus, sur le cou, les bras, les cuisses et d'autres parties encore. Des courbatures ont pris mes muscles en otage, je me sens faible et comblée, et pourtant je viens de passer les dernières 36 heures seule dans ma maison.
Je regarde des flocons de neige tomber sur le gazon par la baie vitrée de ma chambre et je me dis que je devrais arrêter ces plans mystiques. C'est quoi encore cet état ? ça vient d'où ? Pourtant, je n'ai parlé qu'à mon père et à mon fils. Le Saint-Esprit a peut-être du m'accoster aussi.
Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que la semaine dernière j'ai assisté à un truc de fou, qui m'a laissée des bleus sur le corps et des tatouages dans l'âme. Cette âme qui devient capricieuse, impérieuse et majestueuse dés qu'il s'agit de mon Maroc et d'une certaine catégorie de mes compatriotes. Et ce 16 février 2013, j'avais la crème de la crème de ces marocains-là, il y avait quelque chose dans l'air qui m'a rappelé une certaine journée ensoleillée d'un premier septembre place Trocadéro et où j'ai rencontré les personnes qui allaient définitivement faire basculer ma vie. Et pour la deuxième fois, mon corps, mon cœur et mon cerveau se sont mis en mode silence pour laisser la place à ce qui change irréversiblement une vie. Bref ..
J 'étais donc à Bruxelles pour une conférence :''Le journal, histoire d'une désillusion marocaine''. Je ne sais pas si vous vous souvenez du ''Le journal'', c'était le must have de toute l'intelligencia marocaine de 1997 à 2010. C'est précis, pas parce que je suis une grande spécialiste des médias marocains, pas du tout. C'est juste que quand des hommes beaux intelligents et sensibles parlent politique et parlent Maroc, ça me rend fébrile et  je deviens attentive à tout ce qu'ils disent, font ou insinuent. Et ce 16 février, c'était le cas.
En plus, avoir Boubker Jamai, Ali Lmrabet, Omar Brouksy, Ignace Dalle à quelques mètres, 5h30 d'affilé pour l'apprentie militante que je suis, c'était comme si Jay Z, Kanye West ou Nas venaient me faire un concert de Rap privé dans mon salon. Un truc de fou, je vous dis. Si en plus ils viennent avec des Guests, pas forcement Star mais tout aussi brillants, moi, c'est bon, ça peut m'achever. Mes Guests stars à moi étaient : Hassan Bousetta et Fadel Iraki. Il y avait aussi Baudoin Loos, mais mon cœur a ce racisme que ma marocanité impose de temps à autre.
Je ne sais pas vraiment comment vous raconter cette journée parce qu'y étant impliquée émotionnellement, je risque de perdre une grande partie de mon objectivité. En plus avec 5h30 de mots, de sensations et d'émotions aussi forts les uns que les autres, mes deux pages A4 auxquelles je limite habituellement mes posts ne suffiront même pas à l'intro.
La conférence commence par Ignace Dalle qui pose l'état des lieux de l'environnement médiatique un peu avant et pendant la vie du journal. En fermant les yeux et avec le noir de la salle, j'ai fait un saut de 15 ans en arrière et me suis crue dans un amphi avec un prof qui donne un cours magistral. C'était intéressant pour ceux qui connaissent mais moi je voulais entendre des mots d'arabe s'infiltrer entre une longue phrase en français. C'est ça mon kiff quand j'assiste à des conférences marocaines à l'étranger.
Jamai a ensuite repris le relai et j'ai eu mes quelques mots en arabe. Toujours aussi talentueux et clair, il a expliqué l'esprit du ''le journal'' qui s'adressait à ses lecteurs en tant qu'adultes et non en tant que débiles mentaux profonds comme le fait la plus part de la presse Mekhzenienne. Il a évoqué le coup de fil reçu de la part de Basri, bien des années après la couverture ''Pour sauver l'alternance, Basri doit partir'', pour lui suggérer de poursuivre l'intégrité intellectuelle jusqu'au bout et admettre que tout puissant qu'il était, Basri n'a jamais interdit le ''le journal''. Ce qui est vrai.
Le passage qui m'a le plus touchée, et c'est là où je me suis rendue compte que je devais revoir mes préjugés sur les hommes et les marocains d'entre eux, c'est celui concernant Malika Oufkir. J'étais devant des hommes qui n'ont aucune once de lâcheté dans les veines et qui ont décidé que leur droit à la compassion envers un gamin de trois ans et sa famille qu'on a foutus au fin fond du désert parce que le père a essayé de faire un coup d'état militaire, et ben ce devoir là d'être humain avant celui de journaliste, valait toutes les foudres de tous les régimes de la terre. Les foudres ne sont pas arrivées tout de suite, mais sont arrivées quand même.
A ce moment là, J'étais entrain de fixer le visage de Jamai et de me dire qu'il avait la mâchoire carrée. D'après une étude croisée dans une revue scientifique, c'était un signe d'extrême courage, de profonde bonté et d'une grande force. Si la même revue annonçait  que mettre la main sur le cou était un acte de séduction, je vais croire que tous les mecs qui mettent la main au cou en me parlant me draguent. Il faut vraiment que j'arrête ces plans mystiques.
La véritable star de la conférence fut incontestablement Ali Lmrabet. Nous avons eu droit à un véritable One Man show, très fin, très drôle et extrêmement touchant. Il a parlé de la confidence que lui avait faite Basri : ''La force du Mekhzen, c'est qu'avec 3 personnes, il arrive à faire peur à 30 millions de marocains".
Quand la voix chaude et rauque d'Ahmed Benani envahit la salle, j'ai eu un pincement au cœur en regardant sa photo géante sur l'écran, et eut envie de me retrouver à Lausanne à boire un verre de thé sur une table à manger en bois, entourée des souvenirs de toute une vie et écoutant des histoires de mon Maroc sous les yeux complices de tous les livres sur le Maroc.
Je ne vais pas parler de toutes les interventions, même si celle de Fadel Iraki mériterait qu'on s'attarde dessus et que celle d'Omar Brousky a donné une autre connotation aux précédentes. Je vais juste dire qu'après avoir entendu tous ces hommes et saisi, du moins en partie, la véritable importance de cette aventure là, j'ai eu des sentiments mitigés.
J'ai eu une colère violente envers ce régime qui est responsable d'un tel gâchis, surtout que si ces imbéciles avaient une once de jugeote et ne lisaient pas que TINTIN le soir, ils auraient compris que d'une certaine manière, ils avaient beaucoup plus à perdre en interdisant le ''le journal'' qu'à y gagner.
 J'ai eu de l'admiration réelle et profonde envers ces hommes, qui au confort de leurs vies et de leurs familles, ont préféré leur moralité et leur intégrité. Au fait, ce n'était même pas un choix, c'est dans leur nature, ils sont incapables d'agir autrement.  C'est d'autant plus admirable que comme a dit Jamai, ''la carotte est vraiment grosse''.
A un certain moment, ils avaient l'air tous tellement vulnérables sur cette estrade, que ça a réveillé l'instinct maternel en moi, comme si quelqu'un de plus âgé et de plus fort avait frappé mon fils de 3 ans. j'avais envie de les prendre tous dans mes bras et de les consoler. Mais bon, je crois que ça aurait prêté à confusion, surtout que côté sortie de piste, le quotta était atteint pour cette conférence.
Et puis, j'ai eu une vague de tendresse incommensurable et de reconnaissance sans limite envers ces 4 hommes, jusqu'à en être émue au moment de vous écrire ces quelques lignes. Pour une raison toute simple.
Si des gens comme moi s'initie timidement à la militance aujourd'hui, dans le confort de leur vie, à l'abri de cette folle furieuse de l Mekhzen, c'est parce que des hommes comme eux ont sacrifié  tout ou une partie de leurs vies, de leurs carrières, de leur avenir et de leurs vies de famille.
Si, après le massacre de Hassan 2 et maintenant de M6, sur les subconscients, les fiertés et les dignités, on arrive encore à marcher droit en tant que marocains, c'est parce que des hommes comme eux sont  debout devant nous aujourd'hui, envers et malgré tout.
 Et si parfois il m'arrive de me dire que ça ne sert à rien et qu'il faut lâcher l'affaire, le souvenir d'une mâchoire carrée traverse mon esprit et le reliquat de mon militantisme reprend du poids.
Plus j'y pense et plus je me dis que finalement, j'aurais du tous les prendre dans mes bras un par un, les embrasser sur le cou, et leur dire Merci. Merci pour tout et désolée pour notre lâcheté, au nom de toutes les versions marrokiates, casawiyates, oujdiyates, rbatiyates, sahrawiyates, khnifriyates, soussiyates, chamaliyates ...de la terre entière.

Marocaine Version : ''J'aime ces 4 hommes là''.