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vendredi 3 juin 2016

Après le décès du Président Mohamed Abdelaziz : Quels lendemains pour le Sahara occidental ?

Par

Ban Ki- moon avait qualifié la présence marocaine au Sahara occidental d'«occupation»Ban Ki-moon avait qualifié la présence marocaine au Sahara occidental d'«occupation»

Son successeur aura comme mission de continuer à prôner la voie du dialogue pour parvenir à mettre fin au conflit qui oppose le Front Polisario au Maroc comme il n'exclura pas le recours aux armes afin d'y parvenir.
L'héritage est lourd à porter. Mohamed Abdelaziz s'est donné corps et âme pour que sa patrie recouvre sa liberté. Une liberté confisquée par la colonisation marocaine. A lui seul, il aura incarné la résistance contre les forces d'occupation du Royaume et le combat pour l'indépendance. Quarante années durant, il n'aura eu de cesse d'alerter et de sensibiliser l'opinion internationale sur les exactions, la torture, les brimades subies par son peuple. Acteur emblématique de la cause sahraouie, il sera aussi son interlocuteur incontournable en se forgeant au fil des années une stature d'homme d'Etat charismatique qui optera pour la voie pacifique afin de faire aboutir son combat pour la liberté. Son successeur aura comme mission de continuer à prôner la voie du dialogue pour parvenir à mettre fin au conflit qui oppose le Front Polisario au Maroc comme il n'exclura pas le recours aux armes pour y parvenir.
Les bruits qui courent avancent que celui qui devra assumer cette charge sera son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek. Ce favori en puissance pour la magistrature suprême, proche de la ligne représentée par le président Mohamed Abdelaziz aura l'avantage d'avoir défendu et porté la voix de son peuple à travers la planète depuis près de deux décennies (1998). Il a été un observateur attentif du bras de fer qui a opposé le souverain marocain au secrétaire général de l'Organisation des Nations unies. Il s'est soldé par l'expulsion de 84 des membres de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental sur décision de Mohammed VI en représailles à la déclaration de Ban Ki-moon qui avait qualifié la présence marocaine au Sahara occidental d'«occupation».

Sahara occidental : qui était Mohamed Abdelaziz, chef intransigeant du Front Polisario ?
Nécrologie


par Youssef Aït Akdim يوسف آيت اقدم
 Le Monde
31/05/2016
 
Il en était le chef depuis près de quarante ans. Le Front Polisario, qui revendique l’indépendance du Sahara occidental, a perdu son secrétaire général, Mohamed Abdelaziz, le 31 mai. Il est décédé à 68 ans des suites d’une longue maladie. L’Algérie, qui accueille le gouvernement en exil de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), a décrété un deuil national de huit jours.



Le président de la République arabe sahraouie démocratique, Mohamed Abdelaziz, à Madrid en novembre 2014. Photo ANDREA COMAS / REUTERS
Depuis sa création en 1982, Mohamed Abdelaziz était le président de la RASD, un embryon d’Etat reconnu par quelques dizaines de pays en Afrique et en Amérique latine, mais par aucune grande puissance. En février 1982, justement, Mohamed Abdelaziz, réputé pour son intransigeance, avait obtenu sa première grande victoire diplomatique, lorsque l’Organisation de l’unité africaine (OUA) admettait la RASD en tant que 51e membre. La brouille qui s’en était suivie avec le royaume du Maroc aboutit au retrait de ce dernier de l’OUA, lors du sommet de Nairobi, deux ans plus tard.
Mohamed Abdelaziz est né à Marrakech, au Maroc, en août 1947. Son père, Khalili Erguibi, était sous-officier des forces armées royales marocaines, ce que ne manquent pas de souligner les autorités chérifiennes qui ont d’ailleurs nommé ce patriarche au sein du Conseil royal consultatif des affaires sahariennes (Corcas). A la fin des années 1960, Mohamed est étudiant en médecine, à Rabat, quand il rejoint un groupe de militants actifs contre la colonisation du Sahara par l’Espagne. En 1968, le Mouvement pour la libération du Sahara est ainsi créé par Mohamed Bassiri. Pacifiste, ce premier mouvement n’en subit pas moins la répression de Madrid. Le 17 juin 1970, la Légion espagnole tire sur les manifestants à Tan-Tan. Arrêté, emprisonné à la prison de Al-Ayoun, Mohamed Bassiri est porté disparu. Tirant les leçons de cet échec, ses jeunes compagnons mettent en place les fondements d’un mouvement de lutte armée.

vendredi 16 novembre 2012

Ross dénonce le statu quo

Par Larbi Chaabouni, HORIZONS,13/11/2012

Christopher Ross est plus que jamais déterminé à faire avancer le processus de paix, enlisé dans les méandres du système colonial anachronique.

Il y met tout son talent de fin négociateur qui lui a permis de résister au chantage marocain, publiquement désavoué par la communauté internationale y compris ses plus fidèles alliés, et de remporter la bataille de la crédibilité et de la neutralité. L’émissaire onusien a le mérite, et il est immense, de refuser de subir le sort de son illustre prédécesseur, l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, contraint à la démission, et de réfuter la flagrante partialité d’un Peter Van Walsun prenant fait et cause pour la thèse marocaine. 

Ross a tenu bon en tenant de main ferme le gouvernail onusien pour tenter de dépasser le statu quo »insoutenable » et « dangereux » déjugé à Madrid, la première station de son périple européen englobant, outre l’ancienne puissance coloniale, les 4 membres du Conseil de sécurité (Paris, Londres, Moscou, Washington). Entamée en Afrique du Nord, le 27 octobre, la tournée de Ross se poursuivra en Europe jusqu’au 15 novembre pour présenter, à la fin du mois, dès son retour à New York, un rapport sur la question du Sahara Occidental au Conseil de sécurité. La médiation de Ross, qui envisage de retourner dans la région, profite, outre la légalité de la démarche réaffirmée par la dernière et énième résolution de l’Assemblée générale adoptée en octobre en faveur du « droit de l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental », de la volonté consensuelle de la communauté internationale d’en finir avec un conflit qui dure depuis 37 ans, « donc depuis bien longtemps ». 

Lors de sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères espagnol, Jose Manuel Garcia-Margallo, l’émissaire onusien a établi le constat de l’impasse qui n’est pas sans conséquences néfastes sur la stabilité et la sécurité régionales. « Je presse les parties à s’engager rapidement dans des négociations sérieuses, et je demande aux membres clefs de la communauté internationale d’utiliser leur influence pour encourager les parties à le faire », a affirmé le diplomate qui entend décréter la mobilisation générale pour remettre le processus de paix sur de bons rails et endiguer le péril montant de l’extrémisme. « S’il est tentant pour certains d’affirmer qu’il est trop risqué de relancer les efforts de paix et que le statu quo garantit au moins la stabilité, je suis convaincu que cela serait une erreur grave, particulièrement alors qu’il est menacé par la montée de l’extrémisme, du terrorisme et des éléments criminels dans la région du Sahel », a-t-il plaidé. 

Cette perception nouvelle et pertinente, en rupture avec le diktat de l’occupant imposant la solution illégale de l‘autonomie factice et la recherche des intérêts de puissance, impulse une logique de compromis et « facilite » les négociations directes entre les parties au conflit (Maroc et Front Polisario) avec l’aide des pays voisins (Algérie, Mauritanie) et le soutien de la communauté international « en vue d’aboutir à un règlement politique, juste et acceptable par les deux parties à même de garantir le droit du peuple sahraoui à son autodétermination ». Ross y croit fermement. « Le conflit doit être résolu et cela est possible s’il existe une volonté réelle d’engager le dialogue ». Une volonté de paix et de dialogue sahraouie jamais démentie et reconnue par l’envoyé personnel du SG de l’ONU, relevant, à l’issue de ses entretiens avec le président Mohamed Abdelaziz et la société civile, « le grand apport » sahraoui. Serait-ce le cas du Maroc tournant le dos à la légalité internationale et plombé par un isolement international de plus en plus massif ?




dimanche 11 novembre 2012

Sahara occidental : "Il est temps de mettre fin au mépris du Maroc de la légalité internationale"

victime_répressionBir Lehlu (territoires libérés),06 nov 2012(SPS) Le président de la République, SG du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz, a déclaré qu’"il est temps pour mettre fin au mépris marocain de la légalité, du droit humanitaire international et de la communauté internationale, en particulier l’ONU et sa mission pour le référendum au Sahara occidental, la MINURSO.
"Dans toutes les villes sahraouies occupées, les civils sahraouis sont sortis dimanche soir dans des manifestations pacifiques pour dénoncer les violations inhumaines perpétrées contre la population autochtone du Sahara occidental et demander  l'organisation urgente  d'un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui", a écrit le président sahraoui dans une lettre au SG de l'ONU, Ban Ki-moon.
Le Chef de l’Etat a également réitéré ses appels au SG de l’ONU, Ban Ki-Moon afin d’"intervenir pour protéger les civils sahraouis sans défense contre l'oppression de l’occupant  marocain et  empêcher plus de violations flagrantes des droits de l'homme commises dans un territoire qui relève de la responsabilité directe des Nations Unies, en attente de la décolonisation".
"Les forces d’occupations marocaines épaulées par des colons, sont intervenues brutalement pour réprimer les manifestants pacifiques, laissant  plus de 90 blessés et des dizaines des maisons saccagées, durant la visite de l’envoyé spécial du SG de l’ONU, Christopher Ross, aux territoires occupés du Sahara occidental," a relevé le président Mohamed Abdelaziz.
"Les opérations de poursuites des civils, la torture, l'intimidation, l’état de siège sont toujours présentes dans la majorité des villes sahraouies dont El Aaiun, Smara et Dakhla où des patrouilles de l'armée et la police marocaine, en uniforme militaire et en civil, y compris des unités masqués armés de bâtons, couteaux et de pierres sillonnent les quartiers pour semer la terreur et saccager les maisons des Sahraouis", a souligné le président de la République.
Plusieurs rapports des organisations des droits de l’homme spécialisées dont  le centre américain Robert- Kennedy pour la justice et les droits de l’homme, l’association marocaine des droits de l’homme, ont affirmé "le recours des autorités d’occupation marocaines à des violations physique et verbales dans le cadre d’un processus de vengeance aveugle afin d’empêcher les Sahraouis de manifester pacifiquement pour réclamer leurs droits justes et légitimes à la liberté , à l'autodétermination et à l'indépendance", a-t-il conclu.(SPS)

vendredi 1 juin 2012

Reportage au Sahara occidental, un monde de paradoxes !

Par Hanène Zbiss

Alors que la polémique bat son plein autour du maintien de Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, après que le Maroc lui a retiré sa confiance, la vie dans les campements des réfugiés près de Tindouf continue d’une façon habituelle, monotone, animée par une longue attente d’une solution qui tarde à venir.  

Reportage «Comme des fourmis bloquées dans le fond d’une bouteille en verre. Chaque fois, qu’elles arrivent à la bouche de la bouteille, elles sont refoulées. Elles glissent et reprennent de nouveau le chemin», c’est ainsi qu’Abida, activiste sahraoui, qualifie le combat tragique et «sisyphien» de son peuple dans les campements près de Tindouf en Algérie. 

Bienvenue à la «Hamada», un plateau des plus arides, où il n’y a ni eau, ni oasis, avec des températures qui peuvent atteindre en été les 50 et 55 °c. C’est dans cet endroit qu’ont été implantées les tentes des premiers réfugiés sahraouis, fuyant au début de 1976 les forces marocaines. Entre la cruauté de la nature et celle de l‘histoire Rappelons que le Sahara occidental était au début occupé par les Espagnols. Sous pression de l’ONU, Madrid a promis en 1974 d’organiser un référendum pour décider du statut de ce territoire. A la demande du Maroc, la Cour internationale de la Haye s’est saisie de la question et a fini par donner son avis favorable quant à l’application de la résolution 1514 de l’ONU sur la décolonisation du Sahara occidental et du principe d’autodétermination des populations du territoire. Cela n’a pas empêché le Maroc d’organiser la fameuse «Marche Verte» en mobilisant 350 000 civils sur Laâyoune pour récupérer le Sahara occidental. Le Conseil de Sécurité a condamné cet acte mais n’est pas intervenu. Ensuite, il y eu la signature des accords de Madrid en novembre 1975 où l’Espagne a cédé le Sahara occidental au Maroc et à la Mauritanie, ce que l’ONU a considéré comme non recevable en regard du droit international. 
Le Front Polisario, né en mai 1973, a mené la guerre contre les deux forces. Un cessez-le-feu a été signé avec la Mauritanie et le combat s’est intensifié avec le Maroc, lequel a annexé les territoires cédés par cette dernière. Après une longue guerre, l’ONU a décidé en 1991 un cessez-le-feu et un référendum, tout en créant la MINURSU (Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental). Depuis, la situation stagne.

 En s’installant au début de 1976 dans les camps, les réfugiés sahraouis ne pensaient pas qu’ils allaient y passer une trentaine d’années, sans savoir encore quand est ce qu’ils allaient quitter ces territoires. Aujourd’hui, on compte cinq grands camps : 27 février, Dakhla, Smara, Aousserd et Lâayoune, nommés suivant les villes sahraouies qui sont sous occupation marocaine. La population est estimée à 166 000 personnes, par les Sahraouis et à 90.000 par les Marocains. Il n’y a pas de chiffres exacts, en l’absence d’un recensement que devait organiser la MINURSO, en vue de préparer le référendum. Depuis 21 ans déjà que le peuple sahraoui  vit dans une situation de «ni guerre, ni paix», dans l’espérance d’une solution politique à son problème après la déclaration du cessez-le-feu entre le Front Polisario et les forces armées marocaines en 1991. Pas facile de vivre dans ces conditions, à la merci des aides humanitaires, avec un statut permanent de réfugié ! Et pourtant, les Sahraouis du plus jeune au plus vieux, croient dur comme fer qu’un jour, ils reviendront sur leurs terres et auront leur Etat libre et indépendant. 

 Et pourtant, l’Etat sahraoui existe ! 
Leur situation d’attentisme ne les a pas empêché de profiter du temps pour créer déjà les structures de l’Etat : un Président, un parlement, un Secrétariat général du Polisario qui se réunit chaque 4 ans, un gouvernement, des wilayas (gouvernorats) et des «dayra» (des mairies). Le tout élu au suffrage universel. Un vrai débat existe entre la base et le leadership politique, à travers les comités populaires. 

En décembre dernier, s’est tenu le 13ème congrès du Polisario ayant abouti au renouvèlement de la composition du secrétariat général qui a réélu le président Mohamed Abdelaziz, lequel a désigné un premier ministre, chargé de composer le gouvernement. Des élections législatives sont prévues très prochainement suivies d’élections municipales. On a du mal à imaginer un Etat dans un campement de réfugiés, sur un territoire aride et désertique ! Et pourtant, cela existe ! C’est le premier “miracle” qu’on rencontre ici. 

Car, il faut bien l’avouer, on est bien dans un monde de paradoxes ! Au “Camp 27 février”, où nous étions hébergés chez les Sahraouis, il y a des tentes et des maisons en argile à perte de vue dans le large désert. A première vue, tout respire la misère, mais en s’approchant davantage et en se promenant à l’intérieur du camp, il n’est pas rare de croiser des voitures de marque, Mercedes, des 4x4, des Land Rover et des Toyota, des véhicules très appréciés ici pour leurs moteurs résistants à tout type de relief. Il n’est pas rare aussi de trouver des boutiques qui vendent de tout : de l’alimentaire, aux cartes téléphoniques, aux pièces de rechange, aux vêtements…Il y a par ailleurs des endroits pour faire des photocopies, des cybers cafés, des restaurants, des cafés, des magasins d’électroménager… Enfin, tout ce qu’il faut pour un semblant de vie décente, ou du moins pour faire oublier la difficile réalité des camps ! 

Vers une faible amélioration du niveau de vie 

En visitant ensuite les habitations, les disparités sont énormes entre ceux qui habitent encore dans les tentes et ceux qui se sont permis le luxe de construire des maisons en argile et entre des sahraouis qui possèdent un climatiseur, un frigo, une télé, un four électrique et ceux qui n’ont rien. Mais d’une façon générale, le niveau de vie s’est nettement amélioré par rapport au passé, nous informe-t-on. Plusieurs Sahraouis ont lancé de petits commerces, faisant travailler d’autres. La deuxième et la troisième générations sont allées travailler à l’étranger, notamment en Espagne, en France et en Algérie, contribuant ainsi à répondre aux besoins de leurs familles dans les camps. Cela n’empêche que tous conservent leurs droits à l’aide humanitaire puisqu’ils maintiennent un statut de réfugiés. Saleh Soboh, administrateur de terrain pour la protection au Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), se félicite de cette amélioration du niveau de vie, car lui, qui a travaillé longtemps ici, sait très bien que l’aide humanitaire est insuffisante et elle risque de l’être davantage dans les années à venir à cause de la crise économique mondiale. «Notre mission est de leur donner de quoi survivre. C’est bien qu’ils s’arrangent pour combler le manque qui reste». Il avoue qu’il s’agit là de réfugiés exemplaires qui sont très patients, disciplinés, éduqués et qui ne s’insurgent jamais contre leur situation, pourtant difficile et insupportable. Leur volontarisme et leur courage sont sans égal. Ils cherchent constamment à vivre dans des conditions meilleures. Ainsi, Soboh raconte comment ils ont commencé par construire des cuisines en briques d’argile dans leurs tentes pour éviter les incendies et que, petit à petit, ils ont bâti de vraies maisons, malgré le manque de ressources. Cela date de quelques années auparavant, car jusque-là ils refusaient tout luxe en pensant que leur situation n’est que provisoire. Ils ont dû se résigner devant une réalité qui n’est pas en leur faveur. 

 L’éducation : une priorité 

Pourtant, «résignation» n’est pas le mot pour qualifier le courage de ce peuple qui a réussi à créer des merveilles dans un désert : des écoles partout, des crèches et des jardins d’enfants, des centres pour handicapés, des centres de formation, des écoles de langues, des hôpitaux, une chaine de télé et une radio nationales, des radios régionales, des journaux, des musées, une maison d’édition, en plus d’un tissu associatif très dense et très dynamique. Un vrai État avec toutes ses institutions de pouvoir et de contre pouvoir sur la Hamada de Tindouf ! Le tout fonctionne pratiquement sur la base du volontariat. Tout réfugié participe à la gestion des camps, en intégrant les différentes institutions. En général, les Sahraouis, sont bien éduqués avec un taux d’alphabétisation qui frôle les 90%. L’école est obligatoire pour les deux sexes. Mais avant, il faut passer par le jardin d’enfants où la majorité des bambins sont envoyés. Nous avons visité le «jardin d’enfant Al Ghouth Souilem» à Smara (le plus grand camp). Trois cents chérubins y vont chaque jour pour y passer la matinée où ils bénéficient aussi du petit déjeuner. 27 éducatrices y travaillent en comptant beaucoup sur leur propre créativité pour éduquer les enfants car il n’y a pas un vrai programme pédagogique, ni suffisamment d‘instruments d’enseignement, en plus d’un salaire dérisoire équivalent à 3 Dinars 500 millimes en monnaie tunisienne, reçu chaque quatre mois. Néanmoins et pour rien au monde, ces éducatrices n’abonneraient leur job ! D’abord parce qu’elles tiennent à leur autonomie, ensuite parce qu’elles sont conscientes qu’elles rendent service à la communauté, en éduquant les enfants et en les gardant pour que leurs mères puissent travailler. 

Ce même esprit de volontarisme anime les institutrices du collège 17 juin à Smara qui faisaient passer les examens aux élèves, le jour de notre arrivée. Khadija Mahdi, inspecteur général de l’éducation explique à quel point l’école manque d’instruments pédagogiques, de moyens, d’ordinateurs (tous en panne) et que tout fonctionne grâce à la volonté du cadre enseignant. Cet établissement a été construit grâce à l’aide autrichienne qui n’arrive pas à subvenir à tous les besoins. 

 Un problème d’embauche 

Les élèves qui réussissent leurs examens de passage au lycée doivent absolument quitter les camps car l’enseignement secondaire n’y est pas dispensé. C’est là que commence une longue période de séparation de leurs familles, car il y a ceux qui vont finir leurs études en Algérie, en Libye, en Espagne et à Cuba. Pour ce dernier cas, l’enfant peut rester au moins 10 ans sans voir ses parents. A la fin des études universitaires, les diplômés sahraouis sont tenus de rentrer aux camps. Si les premiers revenus ont été facilement intégrés dans la vie active, ceux qui sont venus après, font face de plus en plus à un problème d’embauche. Car super-diplômés, ils n’arrivent pas à trouver des postes de travail compatibles avec leurs qualifications. Mais ils doivent trouver une solution. Alors, ils saisissent les occasions qui existent où en créent eux mêmes. Beaucoup s’insèrent dans la société civile, d’autres, essaient de lancer des commerces ou des petits projets. La ministre de la Formation professionnelle et de la fonction publique, Mme Khira Bullahi Bad avoue qu’il y a un vrai problème d’emploi au niveau des camps malgré l’existence de compétences. «Nous essayons actuellement d’en absorber une quantité dans la fonction publique, de mettre à la disposition des jeunes des crédits pour créer des projets, ou encore de les envoyer dans le cadre de la coopération avec plusieurs pays et organisations internationales pour les employer à l’étranger, mais ils doivent revenir aux camps si on a besoin d’eux».

 Un centre pour handicapé dans un camp de réfugié ! 

Ce haut niveau de qualification chez les Sahraouis se répercute sur leur recherche d’améliorer constamment les conditions de vie dans les camps, pour tous les citoyens sans exception. Ainsi, il ne fallait pas s’étonner de tomber sur un centre pour handicapés à Smara, tenu par un directeur qu’on appelle «Castro». Initiateur de ce projet depuis 15 ans, il nous accueille en tablier de cuisine car c’était lui qui préparait à manger le jour de notre visite. «Je suis contre la discrimination. Il faut que tous les individus aient les mêmes droits. C’est pour cela que je voulais donner aux handicapés la possibilité d‘être intégrés dans la société et d’être des citoyens utiles». Ce n’était pas facile pour lui au début de créer ce centre, car il n’avait pas les moyens pour cela. Mais il a réussi à convaincre les gens autour de lui de s’associer à ce projet et d’avoir le soutien des organisations internationales. Aujourd’hui, le centre accueille 60 handicapés (tous types de handicaps confondus), avec une moyenne d’âge qui varie entre 6 et 32 ans. On leur apprend à lire, à écrire et à maitriser un métier de tissage, de menuiserie, de couture... «L’idée consiste non seulement à les éduquer mais aussi à leur permettre d’acquérir un savoir-faire professionnel, afin de pouvoir les intégrer dans la société», souligne le directeur. En fait, plusieurs d’entre eux ont pu trouver du travail, notamment dans des associations. «Castro» ne peut être que fier de son projet qui a inspiré le ministère des Affaires sociales, lequel a ouvert un centre pour handicapés à Aousserd et qui va en créer d’autres dans chaque camp.

 Un féminisme bien présent ! 

Si la vie à la Hamada de Tindouf est devenue supportable, c’est surtout grâce au travail colossal mené par une société civile très dynamique qui œuvre en stricte collaboration avec les organisations internationales implantées là bas, depuis de longues années. Cette société civile cherche aujourd’hui à travailler en réseau, en créant un forum social sahraoui pour mieux coordonner ses actions dans les campements, mais aussi à l’étranger, en renforçant ses efforts de sensibilisation de l’opinion publique internationale sur les différentes questions relatives au conflit avec les Marocains. Parmi les associations les plus actives, on cite l’Union Nationale des Femmes Sahraouies, qui a été créée en 1974, avant même la création de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) le 27 février 1976. C’est dire le rôle des femmes dans cette société ! Cette union a été fondée dans le but de sensibiliser la gent féminine à ses droits juridiques et sociaux, mais surtout pour l’inciter à participer vivement à la vie politique. Et cet effort semble avoir eu des résultats puisqu’ aujourd’hui, toutes les mairies sont tenues par des femmes. Ces dernières occupent une bonne partie des postes de gouverneur. Et cerise sur le gâteau, il y a actuellement quatre femmes ministres. Au parlement, elles représentent 23%, on compte 13 femmes sur un ensemble de 53 députés. «La participation de la femme à la vie politique ne date pas d’aujourd’hui car elle a toujours été aux côtés de l’homme dans son combat pour la libération de nos territoires. Elle a pris les armes, gardé les camps pendant que les combattants étaient sur le front et ensuite, elle a accompagné les hommes dans la fondation de l’Etat sahraoui et la consolidation de ses structures», affirme Mariam Selma Said, membre de l’Union Nationale des Femmes Sahraouies et actuelle députée au parlement. Il est vrai que la femme sahraouie occupe un rôle important dans la société, bien que l’on reste dans une structure patriarcale. Elle a son mot à dire dans la gestion quotidienne des affaires de la famille. Elle travaille et a le droit de choisir son mari. On nous raconte dans les camps que la femme peut facilement demander le divorce si elle ne s’entend plus avec son époux. Mieux, elle célèbre sa séparation en organisant une fête en l‘honneur de ses amies pour annoncer la nouvelle de sa séparation et se mettre sur le marché du mariage. La femme divorcée n’est pas mal vue. Au contraire, plus elle divorce, plus sa cote monte. La violence à l’égard du sexe féminin est bannie socialement. Un mari qui bat son épouse est très mal considéré. 

 La femme sahraouie : une guerrière avant tout ! 

 Si la gent féminine a cette place dans la société, c’est un peu parce qu’elle a toujours partagé avec l’homme le combat armé, depuis le soulèvement des Sahraouis contre les forces espagnoles en 1973. Les femmes étaient entraînées à utiliser les armes, d’abord par les combattants eux mêmes, ensuite dans l’académie des femmes qui se trouvait dans ce qu’on appelle aujourd’hui le “camp 27”. Khadija Mahdi était parmi celles qui ont suivi une formation de 45 jours dans cette institution. «On nous a appris à manier les armes pour une éventuelle participation à la guerre, mais c’était surtout pour nous permettre de garder les camps». Une vieille femme de 70 ans, se rappelle, elle aussi, comment elle terrorisait avec son arme les soldats marocains qui venaient aux campements. «Ils me prenaient pour un homme. Je les chassais et je n’avais pas peur d’eux». Son histoire est douloureuse : elle a perdu trois fils dans la lutte armée contre les Marocains, en plus de son mari. Elle a dû quitter la Saghia Hamra et l’Oued Edhahab qui sont aujourd’hui sous contrôle du Maroc pour venir se réfugier au camp Dhakhla près de Tindouf. Elle se rappelle que pendant sa fuite avec ses filles en bas âge et quelques voisins, les avions marocains descendaient très près de leurs têtes pour leur faire peur. «Je leur faisais signe avec mon foulard dans la main que je ne les craignais pas. Ils ont fini par s’éloigner et nous laisser tranquilles». Et des femmes courageuses comme elle, les camps en regorgent. Car la cause du peuple sahraoui concerne tout le monde. Avec le cessez-le-feu de 91, les femmes ont voulu pendre part à la construction de l’Etat et à la vie politique. «Elles ont dû s’écarter dans un premier temps pour permettre aux hommes, revenus fraichement du front, de reprendre leur place dans la communauté. Mais après une dizaine d’années, elles se sont rendues compte que ces derniers les ont marginalisées. C’est pour cela qu’elles militent aujourd’hui pour jouer un rôle important dans la société et dans les institutions de l’Etat», souligne Shabba Sini Ibrahim, membre du bureau exécutif de l’Union Nationale des Femmes Sahraouies. D’ailleurs, il y a actuellement tout un travail de sensibilisation pour les inciter à aller dans ce sens. 

 Le triste sort des Sahraouis, sous l’occupation 

Les Sahraouis, installés dans les campements, restent très liés à leurs concitoyens dans les territoires sous contrôle marocain à Lâayoune, Dakhla etc. C’est là que la situation demeure très compliquée. Les rapports onusiens et ceux des organisations internationales comme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty internationale déplorent des atteintes quotidiennes aux droits de l’homme à l’encontre des Sahraouis par les forces marocaines : des arrestations, des incarcérations avec des fausses accusations, des séances de torture, des persécutions et même des viols. A titre d’exemple, on mentionne ce rapport publié en novembre 2010 par HRW qui fait état «de violences répétées à l’égard des personnes arrêtées et interrogées après le démantèlement d’un campement de contestataires sahraouis le 8 novembre à Laâyoune : Des personnes battues jusqu'à évanouissement, d’autres aspergées d’urine ou menacées de viol pendant les interrogatoires de la police». Le dernier rapport de Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, remis en avril dernier, dénonce aussi des dépassements en demandant l’élargissement des prérogatives de la Minurso pour couvrir ces questions. Le département d’Etat américain a, lui aussi, brossé un tableau sombre de la situation des Sahraouis au Maroc. Dans son rapport mondial 2011 sur les droits de l’Homme, publié le 24 mai dernier, il a fait état «des limitations à la liberté d’expression et de réunion, de l’utilisation de la détention arbitraire pour étouffer la dissidence et de la violence physique et verbale à l’encontre des détenus sahraouis lors des arrestations et durant leur emprisonnement.» Il a relevé aussi «l’impunité quasi-générale à l’égard des fonctionnaires marocains qui commettent des abus, tandis que les Sahraouis sont victimes de discrimination dans l’application des lois». Pourtant, le Maroc continue à nier toutes atteintes aux droits de l‘homme. Selon une source officielle marocaine, « ces rapports ne sont pas argumentés, puisqu’il n’y a aucune preuve de ce qu’ils avancent. Quand vous avez quelqu’un qui porte atteinte aux biens publics, vous lui appliquez la loi ou pas ? Quand quelqu’un vient brûler votre maison, vous allez porter plainte contre lui ou pas ? L’incitation à l’émeute et au séparatisme sont punissables par la législation à ce que je sache ! Et puis, pourquoi s’en prendre toujours à nous ? Regardez ce qui est arrivé à Mostapha Selma Sidi Mouloud (officier de police sahraoui) qui a été torturé et interdit de revenir aux camps près de Tindouf, parce qu’il a osé réclamer qu’il était pour la solution de l‘autonomie proposée par le Maroc !». 

La lutte pour la vérité sur le sort des disparus 

Le Royaume marocain n’est pas prêt visiblement à reconnaître les abus contre les Sahraouis dans les territoires qui sont sous son contrôle, comme il n’est pas prêt à reconnaître non plus la totalité des prisonniers sahraouis, qui se trouvent dans ses geôles et dont une bonne partie a péri. Révéler la vérité sur ces prisonniers dont le sort reste inconnu jusqu’à aujourd’hui est le combat quotidien d’Abdessalam Lahssan, président de AFAPREDESA (Association des familles des prisonniers sahraouis) fondée en 1989. Il s’est donné pour objectif, avec un ensemble de ses amis, essentiellement issus de familles de disparus, de trouver la traces de ces derniers. L’association a réussi à dresser une première liste de 938 disparus, sur un nombre total estimé à plus de 4500 qui auraient été enlevés par les forces marocaines, emprisonnés et torturés. Au début, le Maroc n’a pas reconnu ces faits, mais à force de campagnes de pression internationales, lancées par l’AFAPREDESA, avec le soutien d’organisations comme Amnesty International, il a fini par admettre l’existence de 643 personnes dans ses geôles, dont 352 sont mortes dans des conditions difficiles et enterrés dans les prisons. «Mais jusque-là, le Royaume marocain a refusé de délivrer les certificats de décès, de transférer les dépouilles et d’ouvrir des enquêtes sur les abus commis par son armée et sa police. C’est pour cela que notre combat se concentre actuellement sur la révélation de la vérité sur ces disparitions, l’incitation à ce que justice soit faite et l’obtention des compensations pour les familles des disparus», affirme Abdessalam. Nouha Abdin Buzeid, membre de l’association, témoigne de l’histoire tragique de son père qu’elle a perdu de vue depuis l’âge de 7 ans en 1976, en fuyant la guerre entre Sahraouis et forces marocaines. En 81, elle a su qu’il était dans une prison au Maroc. Il lui a fallu attendre jusqu’à 2010 pour connaître finalement son sort, par une activiste qui l’a informé qu’il était mort. «J’attends toujours la dépouille de mon père, mais en vain», indique t-elle les larmes aux yeux. 

 Le mur de défense marocain : infranchissable ?  

Les liens entre Sahraouis dans les camps et ceux dans les territoires occupés restent forts malgré les différents obstacles, dont le fameux mur de sable bâti par le Maroc de 1980 à 1987, et ce, pour se protéger des incursions du Front Polisario. Ce mur s’étale sur 2700 km de long et est défendu par environ 100.000 soldats. Il a été renforcé par des chars et par un large champ de mines. Il empêche toute communication entre les Sahraouis des deux côtés. Résultat : il y a des familles qui ne se sont pas rencontrées depuis une trentaine d’années. Pour se voir, il faut voyager à l’étranger où attendre longtemps son tour pour bénéficier du programme mis en place par l’ONU afin de permettre à des familles de se voir pendant 5 ou 6 jours. Toutefois et malgré le mur, certains Sahraouis arrivent à s’échapper des territoires sous contrôle marocain, dans des conditions extrêmes, fuyant les geôles. C’est le cas de Mohamed Hallab qui a réussi à fuir la ville de Laâyoune et à rejoindre les camps près de Tindouf. Il lui a fallu payer l’équivalent de 750 Dinars tunisiens aux contrebandiers, très actifs dans la zone. Il n’est pas le seul à avoir fait cette aventure. Sidet, 22 ans a vécu la même expérience l’année dernière et a pu échapper de la prison «Khahla», après deux mois de torture, pour aller au «Camp 27» où il est installé actuellement et marié. 

 Frustration et attente : jusqu’à quand ?  

Ces rescapés de l’horreur reconnaissent l’ampleur de la chance qu’ils ont eue, contrairement à d’autres. Pourtant, l’avenir reste flou pour eux, comme pour la majorité des jeunes dans les campements. Un grand sentiment de frustration les anime actuellement, vis-à-vis de cette situation de «non guerre et non paix», surtout qu’il n’y a aucune lueur d’espoir qui pointe à l’horizon. Beaucoup se disent las d’attendre une solution politique à leur cause et se déclarent prêts à reprendre le combat. «Si l’ONU n’arrive pas à résoudre la question sahraouie, nous sommes disposés à reprendre les armes, à n’importe quel moment !», avertit Wlidet, 32 ans. Difficile de les faire attendre encore, quand ils voient leurs plus belles années passées ou dans des camps en plein désert, ou sous l’occupation. Les retenir de l’usage de la violence est encore possible. Mais jusqu’à quand ? 
 
La position marocaine : « Ross a été partial » 

Le torchon brule entre le Maroc, et Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara occidental et le Maroc. En cause, un rapport publié en avril, où ce dernier accuse le Royaume marocain d’entraver le travail de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l'Organisation d'un référendum au Sahara Occidental) et de «l’usage excessif de la force, des arrestations et de détentions arbitraires et de l’extraction d’aveux sous la torture commis contre des Sahraouis». Il a appelé enfin à l’élargissement des prérogatives de la MINURSO pour couvrir ces atteintes. Ces déclarations ont suscité une réaction forte de la part du Maroc qui a retiré sa confiance à Ross. Et ce ne sont pas les appuis du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon à son envoyé personnel, ni l’avis favorable des Américains, qui vont pousser les Marocains à changer d’avis. Selon une source officielle marocaine, « Ross a une mission de facilitateur. Il n’a pas à prendre position pour aucune des parties du conflit. Son rapport est partial. Il s’est mêlé de choses qui ne font pas partie de ses attributions en racontant des contre vérités. Il a pu visiter tous les endroits qu’il a voulus et a parlé avec les gens sans aucun problème. En plus, ce n’est pas à lui de demander l’élargissement de la mission de la MINURSO. Nous estimons qu’il a dépassé ses prérogatives et donc, nous lui avons retiré notre confiance ». 
La même source rappelle que ce n’est pas la première fois qu’un Envoyé Spécial de l’ONU pour le Sahara occidental est remplacé, en citant l’exemple du Hollandais, Peter Van Walsum, refusé par le Polisario et l’Algérie. Concernant la résolution du problème sahraoui, la partie marocaine, maintient son option pour la solution de l’autonomie sous la souveraineté du Maroc, « d’autant plus qu’il était devenu difficile d’organiser un référendum, à cause de l’impossible identification des référendaires, comme l’avait attesté James Backer (Envoyé personnel de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU) lui-même à l’époque ». Notre source estime que le Sahara occidental est « un territoire marocain et que même la Cour de La Haye a montré en 1975 qu’il avait des liens d’allégeance avec le Maroc ». Sauf qu’elle oublie que la Cour a attesté aussi ce qui suit : « En revanche, la Cour conclut que les éléments et les renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara Occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien ».

Une maison d’édition en plein camp :un miracle tout simplement ! 
Qui peut imaginer que dans un camp de réfugiés, pourrait exister une maison d’édition ? Et bien cela a été rendu possible grâce à l’effort d’un nombre d’intellectuels sahraouis avec l’appui d’ONG françaises. La maison d‘édition, créée il y a six mois, est jumelée avec les éditions l’Harmattan en France, ce qui va permettre d’imprimer les manuscrits et de les publier, car il n’y a pas d’imprimerie dans les camps, en plus des difficultés de distribution. Jusque là cinq livres sont en phase de publication. « Réaliser ce projet sur le terrain relève d’un vrai miracle », affirme Nana Rachid, directrice de la Maison d’édition et poétesse. « Nous, écrivains et poètes sahraouis, avons un besoin urgent de faire connaitre nos idées et notre vision du monde, à travers nos publications. Aujourd’hui cela a été rendu possible grâce aux efforts de l’Union des Ecrivains et des Journalistes Sahraouis et à l’aide de nos amis français », poursuit-elle. Nana reste pourtant lucide quant aux difficultés qui existent, à savoir la rareté des moyens et le manque d’intérêt pour la lecture chez la population. Mais elle continue à croire à ce projet. Mieux, elle a même l’idée de créer un café culturel et d’y inviter les intellectuels sahraouis de tout bord, notamment ceux qui se trouvent dans les territoires sous contrôle marocain. 

jeudi 17 novembre 2011

Les prisonniers sahraouis en péril

Par Mohammed Zerrouki, Le Jeune Indépendant, 17/11/2011

Mohammed Abdelaziz a mis en garde, dans un message urgent cité par l’Agence de presse sahraouie (SPS) adressé au secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, contre «la détérioration» de l’état de santé de ces détenus en grève de la faim depuis le 31 octobre dernier, imputant «la responsabilité totale» au gouvernement marocain.

«Il est injuste que la communauté internationale reste indifférente face aux pratiques du gouvernement marocain d’arrestations de civils sahraouis sans défense dans une zone internationale sous l’égide des Nations unies et de les présenter à des tribunaux militaires pour avoir milité pour les valeurs et les droits légitimes prévus par la charte et les résolutions de l’ONU», a indiqué le président de la RASD. Ces pratiques, a ajouté Mohammed Abdelaziz, dénotent d’un «mépris flagrant (de la part des autorités marocaines) du droit international et du droit international humanitaire», d’où la «nécessité» d’imposer des sanctions et des pressions pour libérer tous les détenus politiques sahraouis, faire la lumière sur le sort de plus de 651 disparus sahraouis, arrêter la spoliation massive des ressources naturelles et détruire le mur militaire qui divise le Sahara occidental par des millions de mines anti-personnel.

Dans le même sillage, le président sahraoui a appelé le secrétaire général des Nations unies à amener le gouvernement marocain à mettre fin à cette situation «illégale et immorale et à cesser la politique d’indifférence et d’insouciance», rappelant que ces 21prisonniers sont dans un état «critique», face au mépris des autorités marocaines vis-à-vis de leurs revendications légitimes et justes. Il a, en outre, rappelé que ces prisonniers avaient déjà observé, à cinq reprises, des mouvements de grève de la faim de différentes durées allant jusqu’à 30 jours.

Le président sahraoui a également condamné les conditions de détention dans les prisons marocaines qui se dégradent de plus en plus et les pratiques des autorités de l’occupation marocaine contre les civils et les militants des droits de l’homme, allant jusqu’à leur présentation devant des tribunaux militaires pour leur action pacifiste. Il a rappelé, dans son message, les événements de Gdeim Izik il y a un an, de Dakhla en février et septembre derniers et les «répressions brutales» commises au quotidien par les autorités d‘occupation marocaines contre les civils sahraouis à El-Ayoun, Smara, Boujdour et autres villes dans les territoires sahraouis occupés et dans le sud du Maroc.

Le président de la RASD a également réitéré son appel pour élargir les pouvoirs de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso) à la protection et la surveillance de la situation des droits de l’homme au Sahara occidental.

D’autre part, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a exprimé, hier, sa préoccupation face à la détérioration de l’état de santé des prisonniers politiques sahraouis en grève de la faim dans la prison de Salé depuis plus de deux semaines, indique un communiqué de l’AMDH, repris par SPS.

«La réunion a examiné la situation des prisonniers politiques sahraouis à la prison marocaine de Salé depuis plus d’un an, en l’attente d’un procès militaire, appelant à leur libération où à un procès équitable», a souligné le communiqué. L’Association marocaine des droits humains a également déclaré que «les prisonniers politiques sahraouis en grève de la faim dans la prison de Salé depuis plus de deux semaines vivent dans la prison dans des conditions difficiles et la plupart d’entre eux ont été victimes d’actes de violences».

dimanche 14 août 2011

Sahara occidental : Abdelaziz appelle l'ONU à "intervenir d'urgence" pour protéger les civils sahraouis de la répression marocaine

Equipe Media, 13/8/2011

12 citoyens Sahraouis ont été blessés le 1er août 2011, lors d’une intervention violente des forces d’occupation pour disperser une manifestation pacifique organisée par des citoyens Sahraouis réclamant la libération d’un militant Sahraoui.

La manifestation s’est organisée après l’arrestation et l’incarcération de l’activiste Sahraoui Bouhla Ghali, 22 ans, à la prison noire, alors qu’il n’avait pu voir sa famille ni connaître les accusations portées contre lui.
Les forces d’occupation avaient enlevé l’activiste sahraoui sur le Boulevard Tan-Tan au centre de El Aaiun occupée après qu’il ait participé à une manifestation pacifique.

Dans un message adressé au secrétaire général de l'ONU, et repris par l’agence sahraouie, SPS, le président sahraoui a exprimé sa conviction que ces "développements graves dictent l'urgence" de trouver un mécanisme onusien qui garantit la sécurité et les droits des Sahraouis dans les territoires occupés à travers "l'élargissement des prérogatives de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) à la protection et à la surveillance des droits de l'homme au Sahara occidental".

Le président Abdelaziz a mis en garde contre "l'escalade" menée par les autorités marocaines face à la résistance dans les territoires sahraouis occupés, rappelant ce qui s'est passé dans la ville d’El Ayoun lundi et jeudi derniers où 8 blessés parmi les citoyens ont été enregistrés".

Le président sahraoui a indiqué que les forces de l'occupation marocaines avaient lancé, dans le cadre "d'une escalade dangereuse", "une campagne répressive générale" dans les rues et quartiers d’El Ayoun après avoir interdit des manifestations que des citoyens sahraouis pacifiques avaient décidé d'organiser tous les lundi et jeudi après la prière de Tarawih devant le siège de la délégation du ministère marocain de l'énergies et des mines.

Des civils innocents et pacifiques portant des revendications légitimes font l'objet "de toutes sortes de répression et d'intimidation par les forces marocaines", souligne M. Abdelaziz dans son message.

Le président sahraoui a, dans ce contexte, "déploré" le fait que les citoyens sahraouis sont réprimés dans un territoire "qui est encore sous l'égide des Nations Unies à travers la présence des membres de la MINURSO", qualifiant cet acte "d'illégal et immoral".

Un acte, a-t-il dit, qui rappelle le "climat de peur" qui a suivi l'attaque perpétrée par les forces marocaines le 8 novembre 2010 contre le camp sahraoui de Gdeim Izik, situé à El Ayoun.

vendredi 5 août 2011

Droits de l'Homme au Sahara Occidental : Mohamed Abdelaziz tire la sonnette d'alarme

Par SaharAction, 4/7/2011
Le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Mohamed Abdelaziz, a interpellé hier le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, sur "l’escalade dangereuse" des violations des Droits de l’Homme au Sahara occidental par le Maroc. Le président sahraoui a adressé une lettre à Ban Ki-moon, lettre relayée par l'agence de presse sahraouie, où il expose ses craintes.

Vendredi dernier, six jeunes Sahraouis auraient été enlevés à Tan-Tan dans le sud du Maroc. Ils réclamaient pacifiquement le droit de leur peuple à l’autodétermination et à l’indépendance. Pour le président sahraoui, il faut “intervenir en toute urgence” afin de sauver la vie des citoyens sahraouis innocents dans les territoires occupés et au sud du Maroc. Le président demande concrètement un renforcement des mécanismes de la MINURSO, la mission de l’ONU pour le référendum au Sahara Occidental et ce, "pour garantir la protection des civils sahraouis de la répression sauvage des forces d'occupation marocaines".
Mohamed Abdelaziz ajoute dans sa lettre que des organisations internationales des droits de l’homme, dont le Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU, avaient affirmé que les droits de l’homme sont violés dans les territoires occupés du Sahara Occidental. Il attire l’attention du secrétaire général de l’ONU et de l’opinion internationale sur la situation qui intervient à quelques jours de la tenue du quatrième round de négociations directes entre le Front Polisario et le Maroc.
Les autorités sahraouies et le Polisario demandent aux instances internationales d'exercer des pressions sur le Maroc afin de Protéger les droits de l'Homme dans la région et la libération de tous les prisonniers politiques sahraouis qui se trouvent dans les prisons marocaines, le président sahraoui a appelé à la libération particulière de Yahia Mohamed Elhafed Izaa. On dénombrait plus de 151 prisonniers et 651 disparus. La destruction du mur de séparation et la cessation immédiate de la spoliation des richesses du Sahara occidental sont également demandé.
Enfin le Polisario en tant que représentant de la République arabe sahraouie démocratique réclame la publication du Rapport de la délégation du Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme de septembre 2006. Et, la mise en œuvre de ses recommandations, l’élargissement du mandat de la MINURSO, pour surveiller la situation des droits de l’homme dans les territoires sahraouis occupés par le Maroc en attente d’un référendum juste, libre et transparent pour permettre au peuple du Sahara Occidental l’exercice de son droit légitime à l’autodétermination.
La société civile ne peut rester en marge de ces pratiques, selon M. Abdelaziz, soulignant la nécessité d’accélérer l’ouverture des territoires aux observateurs et médias internationaux indépendants. Pour terminer, la lettre est revenue sur "l’intervention violente de la police et forces auxiliaires, le 31 juillet à El-Ayoun, contre une manifestation pacifique organisée par des citoyens et citoyennes sahraouis en signe de protestation contre l’enlèvement du jeune Ghali Bouhella par les forces de sécurité marocaines le 30 juillet".