Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est CMSM. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est CMSM. Afficher tous les articles

mercredi 20 mars 2013

Immigration : Lettre ouverte à Sa Majesté, Mohamed VI

Lettre ouverte à Sa Majesté, Mohamed VI

Votre Majesté,

L’honneur m’échoit d’attirer votre attention, alors que vous êtes en visite officielle en Afrique sub-saharienne, sur l’enfer que vivent au quotidien les ressortissants sub-sahariens au Maroc. Avec les différents présidents que vous allez rencontrer, dans le but de stimuler la coopération sud-sud, vous évoquerez certainement la place particulière du Maroc, véritable trait d’union entre l’Occident et le continent africain (une place que l’Europe sait judicieusement utiliser à son avantage).

Un constat s’impose et il est déplorable : le Royaume chérifien bafoue quotidiennement les droits des étrangers et particulièrement ceux des ses frères et sœurs africains nés au-delà du Sahara. Puis-je me permettre de vous rappeler cette célèbre phrase de feu votre père, qui résonne encore aux oreilles du peuple noir : « Le Maroc est comme un arbre profondément enraciné en Afrique mais dont le feuillage respire l’air de l’Europe ». Certes, le développement économique du royaume doit beaucoup à l’Occident, mais il n’a pour l’instant pas profité aux subsahariens aspirant à vivre et travailler dignement au Maroc. Certains y ont fondé des familles, parfois avec des citoyen(ne)s marocain(ne)s mais leur sort et celui de leurs enfants restent toujours précaires à cause des nombreux obstacles opposés à leur intégration. En comparaison, la communauté marocaine résidant par exemple en Côte d’Ivoire n’éprouve, elle, aucune difficulté à s’installer dans le pays du Président Ouattara. Les migrants ivoiriens au Maroc sont eux, trois fois moins nombreux mais doivent se battre bec et ongles pour espérer obtenir un jour un titre de séjour d’un an renouvelable.
Il est vrai que le Maroc octroie un grand nombre de bourses d’études aux sub-sahariens. Mais une fois leurs études terminées, ils n’ont aucune perspective d’avenir, ce qui les contraint parfois à rester dans la clandestinité. Preuve que même après des années passées au Maroc, on ne peut toujours pas parler d’intégration. Qu’importe le nombre des années, les sub-sahariens sont stigmatisés,  marginalisés, mis à l’écart de la société marocaine. Il existe certes une certaine liberté de circulation entre le Maroc et certains pays d’Afrique de l’ouest, mais ces ressortissants restent toujours traités avec dédain dans le Royaume. Le grand Modibo Diarra de la NASA, le grand footballeur Roger  Miller ainsi que d’autres professeurs agrégés et politiciens des pays sub-sahariens en visite au Maroc pourraient témoigner de l’humiliation que l’on fait subir aux noirs, et notamment des nombreux préjugés à leur encontre dans la police des frontières marocaine.
Pourtant tous ces hommes, femmes et enfants issus des pays subsahariens sont venus chercher refuge au Maroc. Et se retrouvent finalement pris en étau entre un pays qui les rejette et une Europe qui les massacre. Partis pour des raisons multiples, pour ne citer que les conflits ethniques, la misère, la désertification, le chômage, l’insécurité, l’analphabétisme, la corruption, la mauvaise gouvernance, les dictatures, etc. qui minent nos pays d’origine, ces personnes espèrent trouver au Maroc un peu de répit et l’espoir d’une nouvelle vie. D’autant que le Maroc jouit d’une image très positive, et que ses habitants ont la réputation d’être des gens accueillants et hospitaliers.

Mais, les sub-sahariens y sont traités comme des moins que rien. Pour preuve, certains quotidiens marocains vont jusqu’à présenter les subsahariens du Maroc comme un ramassis de voleurs, de bandits de grands chemins, de criminels, de profiteurs et, dernièrement, de propagateurs du virus du Sida… ! Comment peut-on laisser dire cela ? Ecrire cela dans la presse nationale ! Sans droit de réponse ? Sans blâme ??? Nous avons assez des outrages et de ces insultes à répétition ! Noirs oui, nous sommes noirs, et fiers d’oser quitter nos pays et nos familles pour forcer le destin et nous battre jusqu’à la mort s’il le faut pour faire vivre nos enfants dignement.  
Mais stigmatisés par les politiques migratoires répressives que dicte l’UE aux pays du sud de la méditerranée, nous faisons finalement l’objet d’un marchandage : perçus comme de potentiels candidats à l’émigration vers l’Europe, nous sommes échangés contre de fortes subventions aux pays du Maghreb, par conséquent bien peu enclins à nous régulariser et à nous intégrer. C’est ainsi que le Maroc et ses pairs maghrébins sont devenus les sous-traitants de l’UE dans la lutte contre ce que l’on appelle pudiquement « le Flux migratoire ». Habile sous-traitance de la maltraitance.

Votre majesté, je vous le demande : les marocains immigrés en Europe n’ont-ils pas assez souffert de la discrimination et de l’humiliation de la part des Européens bon teint ? Encore la semaine dernière, la Guardia Civil a fait sciemment chavirer un bateau plein de ressortissants marocains (originaires de Sidi Ifni), entrainant ainsi la mort de 8 passagers ! Et aujourd’hui, les pourfendeurs de subventions voudraient que vous fassiez subir aux sub-sahariens ce que vous-mêmes, marocains, avez dû endurer et continuez à endurer ?! Vous savez pourtant le rôle considérable que les migrants jouent dans le développement économique de leurs pays d’origine !

Mais à l’évidence, les autorités policières ne voudraient accueillir sur le sol marocain que des touristes blancs, ou des dirigeants africains qui se sont enrichis en pillant les biens de leurs pays. Comment comprendre, par exemple, que la famille entière de Mubutu vive en toute sécurité au
Maroc ? Et ce alors même que les fils du village de Goma où les minerais congolais ont été pillés ne peuvent bénéficier du droit d’asile au Maroc ?

Personnellement, après avoir vécu dix ans dans le Royaume, dont 8 ans en étant considéré comme clandestin, je connais l’injustice des politiques de régularisation à la tête du client. Je sais combien le pouvoir fabrique des clandestins et décider du jour au lendemain de régulariser qui bon lui semble, comme bon lui semble. 

Votre majesté, peut-être ces informations sur la dramatique réalité des sub-sahariens ne  remontent-elles pas parfaitement jusqu’à vous ? Parce que depuis 2002, les ONG internationales et nationales basées Maroc, et qui travaillent sur les questions des droits humains, n’ont eu de cesse de publier des rapports accablants sur les nombreuses violations dont sont victimes les subsahariens au Maghreb et au Maroc en particulier : arrestations au faciès, assassinats de ceux qui tentent de franchir les grillages de Ceuta et Melilla, viols, passages à tabac, déportations de femmes, enfants et vieillards etc… Les associations comme l’AMDH, le GADEM, l’ABCDS, CCSM, CMSM et bien d’autres encore dénoncent fermement le traitement inhumain réservé aux migrants sub-sahariens dans les pays du Maghreb et, n’ont pour seule réponse, que l’intervention musclée des forces de l’ordre qui perquisitionnent leurs locaux et les empêchent de travailler, comme Médecins sans Frontières obligés de quitter le Maroc.

Votre majesté, notre revendication n’est rien d’autre que le respect de notre dignité en tant  qu’Hommes, et la possibilité de vivre décemment au Maroc, en toute légalité. Le Royaume n’est pas qu’un pays de transit, comme on le croit souvent. Voilà je pense, des réalités dont vos ministres et vos conseillers devraient vous parler. Pour nous, la régularisation des sub-sahariens au Maroc serait une grande victoire et certainement le meilleur indice d’une coopération sud-sud efficace. Car la solidarité des peuples africains et leur coopération pour un développement social sur tout le continent sont des valeurs bien plus grandes que l’entraide purement économique. Quand le progrès social prendra-t-il enfin le pas sur les considérations financières ?

Vous qui êtes actuellement en Afrique sub-saharienne, vous êtes certainement applaudi à votre passage par des milliers d’hommes, de femmes et même d’enfants noirs. Sachez que cette foule n’est composée que de villageois qui se battent au quotidien pour survivre et qui ont placés leurs espoirs entre les mains de leurs enfants, de leurs frères et soeurs, de leurs oncles, tantes ou cousins partis chercher une vie meilleure de l’autre côté du Sahara. Ce sont ces mêmes enfants, frères et sœurs, oncles, tantes ou cousins que vos soldats assassinent. Rien que ces deux dernières semaines, six migrants camerounais ont été abattus froidement à la frontière de Melilla. Depuis le début des années 2000, les Forces auxiliaires comme la Marine royale traquent les sub-sahariens comme de véritables bêtes sauvages.

Votre Majesté, ayez une pensée pour eux, quand vous croiserez le regard de ces milliers de personnes qui vous offrent un accueil chaleureux et vous témoignent sincèrement leur fraternité. Elles n’ont pas oublié les liens historiques qui unissent le Maroc et leurs pays. Elles savent que vous êtes originaire de la terre rouge que vous contemplez. Que vous n’êtes pas seulement Roi du Maroc, que vous êtes avant tout le fils d’un continent humilié, écrasé, spolié au siècle dernier et à qui l’Europe fait croire qu’une coopération est aujourd’hui possible...
Africains, nous sommes africains ! Vous, moi, ces milliers de personnes qui vous saluent sur votre passage. Il est temps que nous cessions de jouer le jeu de l’Europe qui, comme toujours, divise pour mieux régner. Je prie pour que vous entendiez mon appel et que vous preniez des mesures allant dans le sens du rassemblement, pour redonner espoir à tous ceux et celles que vous croiserez en terre sub-saharienne.
Avec l’appui de certaines forces vives marocaines et la société civile, nous nous rendrons à Tunis fin mars pour participer au Forum Social Mondial. Dans cette capitale maghrébine en mouvement, soulevée par l’indignation du peuple arabe, nous espérons susciter un vrai débat sur les conditions de la migration interafricaine et sur la question de la régularisation des sub-sahariens au Maghreb. Nous espérons que les cris de la société civile parviendront jusqu’à vous et que vous saurez engager le Maroc sur le chemin de la modernité et de l’humanité.
Je vous prie de bien vouloir croire, votre Altesse Royale, en l'assurance de mes respectueuses et honorables salutations.

Fabien Didier YENE
Coordinateur du Collectif des
communautés Sub-sahariennes au Maghreb
ccsm.maroc@gmail.com
Tél : 0033 662556521
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Rappel : la conscience tranquille du gouvernement marocain

Selon MAP, le rapport de MSF "omet de signaler que les migrants bénéficient de l'ensemble de leurs droits au même titre que les nationaux", a réagi vendredi une source au sein du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence marocaine MAP.(...)  l'organisation humanitaire "occulte tous les efforts déployés par les autorités marocaines en matière de protection des victimes" ainsi que "la doctrine et l'engagement" de ces autorités "pour la non expulsion des migrants vulnérables".
"L'action des services de sécurité lors des opérations de reconduite aux frontières est strictement encadrée par la loi, les textes réglementaires et par les décrets d'application. Tout agent qui transgresse ces règles est passible de poursuites disciplinaires voire pénales"

samedi 15 décembre 2012

Pour la relaxe de Camara Laye et la fin de la répression contre les migrants

Par Ayad Ahram, ASDHOM, 13/12/2012

Camara Laye, le coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc, avait bénéficié d’une liberté provisoire lors de l’audience du 9 novembre.  
Ses soutiens se mobilisent maintenant pour sa relaxe pure et simple lors de la prochaine audience qui aura lieu le 18 décembre 2012. Une date symbolique, rappelons-le, qui n’est que la journée internationale pour la protection des intérêts des travailleurs migrants et de leurs familles.
L’ASDHOM se joint à l’ensemble des associations qui soutiennent Camara Laye et réclame sa libération.

Je rappelle que l’ASDHOM organise, le jeudi 20 décembre 2012 à Nanterre, un débat sur la situation faite aux migrants subsahariens au Maroc en présence de Fabien Yené, lui-même Subsaharien et auteur du livre « Migrant au pied du mur ». Un témoignage poignant sur le parcours des Subsahariens en quête d’un monde meilleur….

20 décembre à 19h
Agora de Nanterr
20 Rue Stalingrad 92000 Nanterre
RER Nanterre Ville

Bien cordialement,
Ayad Ahram
Secrétaire général de l’ASDHOM
----------------------------------------------------------------------------------------------------------


Après la liberté provisoire, la relaxe !





Prochaine audience le 18 décembre 2012, journée internationale des migrants !



Camara Laye, coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), arrêté dans la nuit du 20 au 21 octobre à son domicile, est poursuivi pour vente d'alcool et de cigarettes sans autorisation sur le seul fondement d'un procès-verbal de police alors qu'aucune marchandise n'a été saisie et jointe au dossier. A l'audience du 9 novembre dernier, le tribunal a accepté de remettre Camara en liberté.




La mobilisation qui a permis d'arracher cette première victoire doit s'amplifier pour obtenir la relaxe de Camara et l'arrêt de la répression contre les migrants.




Chaque jour en effet, des dizaines de personnes, y compris des mineurs, des femmes enceintes, des réfugiés et des demandeurs d'asile continuent à être raflés et refoulés à la frontière algéro-marocaine dans des conditions inhumaines et en violation des procédures légales.


En cette journée internationale des migrants, mobilisons-nous contre la répression qui s'abat sur les migrants au Maroc et pour l'abandon des poursuites engagées contre Camara



SIT-IN devant le Tribunal de Première instance

Quartier Océan, avenue de Madagascar

Mardi 18 décembre à 11H
Rabat



Premiers signataires : Association lumière sur l'émigration clandestine au Maroc (ALECMA), Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM), Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), Forum des alternatives Maroc (FMAS), Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM), Institut de formation des agents de développement (IFAD), Organisation pour la liberté d'information et d'expression (OLIE)

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------
En savoir plus sur les migrants et Camara Laye
 
« Au Maroc, c’est la peau noire qui dérange ! » 










Les immigrés de l’Afrique subsaharienne ne sont plus les bienvenues au Maroc. Arrêtés arbitrairement, humiliés, reconduits sans vergogne à la frontière, ils vivent un véritable calvaire. Depuis le mois de juin dernier, le royaume chérifien a durci sa politique de répression à leur encontre, constatent les organisations de défense des droits de l’Homme. Les immigrés clandestins ne sont pas les seuls concernés par cette situation. Ceux qui sont en règle ne sont pas mieux lotis. Enquête.


Bakoyouko est venue vivre au Maroc pour fuir la crise post-électorale ivoirienne. En rêvant d’une vie meilleure au Royaume chérifien, le jeune homme de 34 ans ne s’imaginait pas que cet espoir se transformerait en calvaire. Ses difficultés commencent dès son arrivée à la ville d’Oujda, à l’est du pays, avec une dizaine de ses compatriotes. « Dans cette ville, les bailleurs ne louent pas aux migrants. Nous étions obligés de vivre dans la forêt », raconte-t-il. « Puis nous avons été confrontés à des bandits qui nous ont dépouillés de tous nos biens et déshabillés pour voir jusque dans nos anus si nous ne cachions pas des choses. Certaines femmes et même des hommes ont été violés. Nous avons dû marcher pendant des dizaines de jours avant de monter dans un train pour rejoindre Rabat. C’était l’enfer ! »
Un cauchemar qui continue. Comme Bakoyouko, ils sont des milliers à subir au quotidien la brutalité des autorités marocaines, qui ont durci depuis juin dernier leur politique de répression à l’encontre des immigrés clandestins. Mais ces derniers ne sont pas les seuls concernés par cette politique, précise Bakoyouko qui préside le Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CCMS). Même ceux qui sont en situation régulière subissent des contrôles non justifiés, affirme-t-il.

Contrôles, arrestations, humiliations
Les contrôles incessants. Les arrestations arbitraires. Les humiliations. C’est ce que dénoncent les 20.000 migrants originaires de l’Afrique subsaharienne qui vivent au Maroc. Les forces de l’ordre n’interpellent pas les immigrés uniquement à la frontière. Ils les arrêtent aussi arbitrairement en ville, à leur travail ou au domicile, selon le président du (CCMS). « Lorsque les policiers nous arrêtent, ils ne nous laissent même pas le temps de nous expliquer. Ils reconduisent certains directement à la frontière », confie Bakayouko. Lui-même a violemment été interpellé le mois dernier alors qu’il était devant une épicerie. « Quatre policiers en civil m’ont saisi par la main et m’ont dit de monter dans la voiture. Je leur ai demandé pourquoi ? Ils m’ont dit de me taire et d’obéir. Ils ont fini par me relâcher, voyant que j’étais en règle. »
Pour Bakayouko, le principal problème des migrants, c’est l’absence de cadre juridique qui leur permet de bien s’intégrer dans le pays. Au moins 30% d’entre eux viennent au Royaume chérifien en situation régulière pour une durée, en général, de trois mois, rappelle-t-il. « Une fois que ce délai expire, pour rester dans le pays, les autorités exigent l’ouverture d’un compte bancaire et un contrat de travail ou une attestation certifiant que vous êtes inscrit dans une école », explique-t-il. Mais « les prix des écoles sont très chers, les migrants n’ont pas les moyens de les payer. Quant aux employeurs, ils refusent de leur signer un contrat de travail car ils exigent d’abord un titre de séjour. Or, pour avoir ce document, il faut obligatoirement un contrat de travail. De même, les banques refusent de leur ouvrir un compte tant qu’ils ne présentent pas un titre de séjour. C’est un vrai méli-mélo », déplore-t-il. Au final, beaucoup finissent par se décourager et restent dans la clandestinité.
Les migrants subsahariens sont aussi confrontés à la précarité. La plupart du temps, ils travaillent dans les secteurs informels, tels que les chantiers, les pâturages ou encore les marchés. Le salaire qu’ils perçoivent ne leur permet pas de payer leur loyer. Il n’est pas rare qu’ils dorment à cinq ou six dans une chambre. « Le loyer est très cher. C’est un vrai problème, selon Bakayouko. Il est fixé pour les migrants à 800 dirhams (environ 80 euros) alors que les Marocains payent en moyenne 500 dirhams (environ 50 euros). Même se nourrir est difficile. Parfois, certains attendent la fin du marché pour ramasser de la nourriture et faire leurs provisions ».

« Politique infernale pour les migrants »
Plusieurs ONG et associations de défense des migrants se sont insurgées contre leurs conditions de vie inhumaines. C’est le cas de l’association des droits de l’Homme marocaine (AMDH), dirigée par Khadija Ryadi. « C’est une chasse aux noirs pas aux migrants, fustige-t-elle. Cette violence à leur encontre est préméditée et encouragée par les autorités qui incitent les populations à leurs rendre la vie difficile. Tout cela pour les dissuader de venir au Maroc ! D’ailleurs, des Marocains vont jusqu’à affirmer que ce sont les noirs qui développent le sida et la prostitution dans le pays. Pis, insiste-t-elle, parfois des épiciers refusent de leur vendre quoi que se soit ! »

Cette dégradation de leur situation est liée selon elle à la pression que l’Union européenne met au Maroc pour éviter que les migrants clandestins passent par ses frontières pour se rendre en Europe. En refoulant le maximum d’entre eux, le royaume chérifien « veut montrer qu’il est un bon élève. Mais cette nouvelle politique est infernale pour les immigrés. Des Camerounais se sont dernièrement adressés à notre association pour que nous les aidions à rentrer chez eux, tant ils n’en peuvent plus ! »

Laye Camara, lui, ne compte pas rentrer en Guinée, son pays d’origine. Même s’il souffre beaucoup au Maroc. L’étudiant guinéen de 28 ans, qui milite dans plusieurs organisations de défense des droits des migrants, a été emprisonné le 20 octobre dernier après avoir été accusé de vendre de l’alcool. Le jeune homme affirme avoir en réalité été interpellé à cause du rapport qu’il rédigeait sur les arrestations arbitraires et brutales à l’encontre des migrants subsahariens. « L’alcool était juste un prétexte pour me mettre en prison. Ce qui dérangeait les policiers, c’est ce rapport que je devais remettre à l’AMDH. Ils sont venus me chercher, m’ont menotté et demandé si je connaissais des africains qui vendaient de la drogue. Je leur ai dit que je n’avais rien à voir dans cela. Ils m’ont frappé, pris mes clés et sont venus chez moi saccager ma chambre. Ils m’ont ensuite emmené au commissariat et interrogé : « Pourquoi tu écris sur nous ? » « Tu es qui es qui pour écrire sur nous ? » « A qui tu vas remettre ce rapport ? » Au bout de 15 jours de détention, il obtient finalement une libération provisoire grâce à une forte mobilisation des ONG.

Mortelle agression
« Au Maroc, c’est la peau noire qui dérange ! », clame Laye Camara, dont le procès se tiendra le 19 décembre. « Il y a d’autres migrants originaires du Bangladesh, de l’Iran, de l’Irak, des Philippines, mais ils ne subissent jamais les humiliations qu’on nous inflige au quotidien ! Ils ne sont pas systématiquement arrêtés ni contrôlés ! Dès lors que vous avez la peau noire, vous êtes visés ! Les policiers mettent tous les noirs dans le même camp. Parfois, ils les voient assis en groupe et les reconduisent sans raison à la frontière », dénonce-t-il. « Et lorsqu’ils effectuent des contrôles au domicile de certains immigrés, ils leur volent de l’argent, du matériel… » Ces derniers ne portent pas plainte car ils craignent d’être expulsés, confie-t-il.
L’étudiant guinéen pointe aussi du doigt la presse marocaine qui alimente, selon lui, cette violence à l’égard des Noirs. Il fait notamment référence au journal Maroc Hebdo qui avait publié un dossier sur les immigrés subsahariens au Maroc dont le titre était : « Le péril noir ». Un article qui a fait polémique. « Si les policiers et la presse traitent les migrants comme des moins que rien, ce n’est pas étonnant que la population marocaine, en grande partie analphabète, s’en prennent à eux ! »

Les immigrés de l’Afrique subsaharienne sont en effet souvent victimes d’agressions, parfois mortelles. Pas plus tard qu’en mars dernier, un étudiant guinéen a été tué à coups de couteau par un jeune marocain qui voulait lui dérober de l’argent et son téléphone portable. Selon Laye Camara, « le meurtre a eu lieu pendant la nuit. Au moins 29 immigrés sont descendus de chez eux pour défendre leur frère qui était déjà mort. Mais lorsque les policiers sont arrivés, ils les ont tous reconduits à la frontière, leur rappelant qu’ils n’étaient pas chez eux et qu’ils devaient accepter tout ce qui leur arrive. Quant au meurtrier, il n’a même pas été interpellé ».
Le jeune guinéen est encore meurtrie par cette histoire. C’est pour cela qu’il n’abandonnera jamais son combat : « Même si je dois mourir, je me battrai jusqu’au bout pour que les futures générations de migrants aient une vie meilleure au Maroc ! Les Marocains sont nombreux à vivre et à travailler chez nous. Pourtant nous ne les maltraitons pas. Nous les respectons ! Il n’est pas acceptable que nous subissions toutes ces brimades chez eux ! »
Contacté par Afrik.com, Mr.Jilali, le responsable du service de l’immigration au ministère de l’Intérieur du Maroc, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

mardi 6 novembre 2012

Lettre ouverte à l'Union européenne au sujet de la situation des migrants sub-Sahariens au Maroc





M. le président de l’Union européenne, Herman van Rompuy;
M. le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso;
M. le président du Parlement européen, Martin Schultz;
Mme. la Haute-représentante de l’Union européenne, Catherine Ashton;
Mme. le commissaire européen à la Justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, Viviane Reding;
Mme. le commissaire européen aux affaires intérieures, Cecilia Malmström;
M. le commissaire européen à la politique européenne de voisinage, Stefan Füle;
M. le parlementaire européen Pier Antonio Panzeri, président de la Délégation Maghreb du Parlement européen;
Son Excellence l’ambassadeur Eneko Landaburu, chef de la Délégation de l’Union européenne au Maroc;
L’Union européenne, que vous représentez tous à un titre ou à un autre, s’est vue décerner le prix Nobel de la paix 2012. Nous vous en félicitons. Il vous appartient d'en rester digne.

Depuis une vingtaine d’années, suite à la mise en place du système Schengen de contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne, vos institutions font peser une pression croissante sur des pays du sud de la méditerranée comme le Maroc pour qu’ils vous aident à empêcher l’immigration vers l’Europe. Vos pressions insistantes ont ainsi abouti à l’adoption de la loi n° 02-03 relative à l’entrée et au séjour des étrangers au Maroc, largement reconnue comme non-conforme aux standards internationaux et notamment la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (que vos Etats membres n’ont pas jugé bon de ratifier...) et la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Si vos efforts en vue de faire signer par le Maroc un accord de réadmission n’ont pas encore abouti, vous avez tout de même financé à coup de dizaines de millions d’euros un projet de contrôle frontalier au Maroc, qui comprenait notamment la construction de casernes et la fourniture d’équipements destinés aux organes de sécurité marocains assurant le contrôle des frontières maroco-espagnoles. Vous avez également financé la construction de barrières entourant les enclaves espagnoles en territoire marocain - et les événements meurtriers de Sebta le 29 septembre 2005 ont illustré de manière très concrète la face obscure de votre politique migratoire.

S’agissant des autorités marocaines, les citoyens marocains ne se font - contrairement à vous - aucune illusion sur leur respect des droits et de l’intégrité physique et morale des personnes se trouvant sur le territoire marocain. La torture y est courante et les conditions pénitentiaires inhumaines, de l’aveu même d’un organisme officiel, le Conseil national des droits de l’homme. Ceci est confirmé par Juan E. Méndez, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants qui à l'issue de sa visite au Maroc, du 15 au 22 septembre 2012 a déclaré à propos du traitement des migrants sub-sahariens : "Je tiens à exprimer mes craintes concernant l'augmentation de la violence par des forces envers ce groupe particulièrement vulnérable. Les actes d'agression, les violences sexuelles et d'autres formes de mauvais traitements semblent augmenter ".

La situation des ressortissants d’Etats sub-sahariens au Maroc, qu’ils soient en situation légale ou non, est aggravée par le racisme endémique des agents de l’Etat marocain, et plus particulièrement des forces de police. C’est pour faire face à cette situation que de nombreux sub-sahariens au Maroc, étudiants, salariés, commerçants ou sans-papiers, se sont regroupés au sein de différentes associations en vue de défendre leurs droits et leur dignité.

Les autorités marocaines ont depuis deux semaines lancé une vague de rafles et de refoulements contre une centaine de sub-sahariens dont des femmes, des enfants et des réfugiés. Cette offensive a touché aussi différentes organisations subsahariennes au Maroc ; plusieurs membres de l’Association de lutte contre l’émigration clandestine au Maroc (ALECMA) ont été violemment arrêtés le 17 octobre, et son secrétaire général Pascal Mpele a été arrêté le 20 à Rabat, avant d’être refoulé à la frontière algérienne. Le même jour, l’ancien président du Conseil des migrants sub-sahariens au Maroc (CMSM), Camara Laye , a été arrêté à Rabat sur la base d’accusations fantaisistes (voir le communiqué de la FIDH), et accusé de vente illégale de cigarettes et alcool malgré l’absence totale de preuves matérielles. Auparavant, l’appartement d’un militant du Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM) avait été cambriolé, les cambrioleurs ne s’intéressant étrangement qu’à son ordinateur et à du matériel militant. Ce sont ensuite une trentaine de militants sub- sahariens, arrêtés en diverses villes du Maroc du 29 au 30 octobre, qui ont été regroupés au commissariat central de la ville d’Oujda, ville frontalière de l’Algérie. L’objectif des autorités, tout comme pour Pascal Mpele, les déposer à la frontière maroco-algérienne et Eric les forcer à rejoindre l’Algérie, selon la modalité la plus courante pour se débarrasser des migrants.

Écoutez ce qu’en dit Eric William, citoyen camerounais, arrêté le 29 octobre à Rabat:

« J’ai été arrêté hier vers 18h à Rabat, alors que j’achetais des gâteaux dans une épicerie. Je venais d’assister au procès de Laye Camara. Les policiers qui m’ont arrêté étaient tous en civil. Personne ne m’expliqua la raison de mon arrestation ni me présenta de mandat d’arrêt signé par un juge. Je n’ai opposé aucune résistance à mon arrestation.
Une fois embarqué, on me roua alors de coups. Je me rendis compte que plusieurs autres camarades étaient arrêtés aussi. Les insultes racistes ne manquaient pas. Parmi les policiers qui m’ont arrêté j’ai reconnu un qui était présent lors du procès de M. Camara et qui filmait les personnes présentes et les pancartes brandies par les amis de l’accusé.
Ensuite, je fus transféré à un commissariat à Rabat et aussitôt interrogé par un commissaire de police. Mon interrogatoire était musclé. Chaque requête d’explication du motif de l’arrestation était accueillie par des coups de poing, des coups de matraque sur tout le corps et des insultes racistes et à aucun moment on ne me présenta devant un juge.
Au bout de quelques heures, on me présenta un procès verbal que j’ai refusé de signer. Chaque protestation était suivie de coups qui venaient de toute part. Le papier était en arabe. A aucun moment on n’essaya de me traduire le contenu du papier. Le soir même on nous embarqua dans un bus. Nous y passâmes la nuit sur le route vers Oujda.

Personne ne nous expliqua la raison de notre présence ici à Oujda, ou nous étions une trentaine regroupés au commissariat central. On ne nous a rien donné a mangé depuis hier. Nous ne savons pas ce qu’il adviendra de nous dans les heures qui viennent… »


Depuis, Éric et ses compagnons d’infortune ont tous été transférés de Rabat et Casablanca à Oujda, détenus au commissariat central de cette ville sans boisson ni nourriture, et transportés ensuite, menottés, vers une caserne militaire à la frontière algérienne. Ils ont été forcés de s’asseoir à même le sol pendant toute la journée et le soir, sous le vent et la pluie, toujours sans nourriture ni boisson, avant que des militaires marocains les forcent, vers 1h 30 du matin, à marcher vers la frontière algérienne. Une fois arrivés à la frontière, des garde-frontières algériens les ont refoulés à coup de tirs de sommation. Le groupe des sub-sahariens a pu rejoindre le Maroc, et ils se sont réfugiés dans les environs d’Oujda où des membres de la société civile marocaine leur ont apporté vivres et boissons.

Vous avez voulu que les autorités marocaines vous aident à empêcher l’immigration des sans- papiers en Europe - fort bien. Assumez-en les conséquences - ces conséquences ont pour nom Pascal Mpele, Camara Laye, Eric William et leur compagnons d’infortune. Il est de votre devoir et dans votre pouvoir, dans le cadre du partenariat stratégique et du dialogue politique entre l’Union européenne et le Maroc, de rappeler aux officiels le nécessaire respect du droit international, du droit marocain et de la dignité humaine dans leur traitement des migrants sub-sahariens au Maroc. Votre silence serait complicité.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’octroi au Maroc de statut avancé par l’UE en 2008 doit s’accompagner d’une exigence de consolidation de l’Etat de droit qui passe obligatoirement par le respect des droits humains dont ceux des migrants qui représentent un « élément essentiel » des relations entre votre union et le Maroc.

Nous, signataires de la lettre, dénonçons avec vigueur votre politique migratoire au sud de la méditerranée et vous appelons solennellement à la reconsidérer. Il est grand temps de reconnaître la faillite d'une politique obscure menée en étroite coopération avec des états nord-africains destinés à jouer le rôle de "gendarmes de l'Europe", et ce dans l'irrespect total des droits humains dont ceux des migrants subsahariens.


Vous avez obtenu le prix Nobel de la paix, montrez-vous en dignes!



Lundi 5 novembre 2012. 


* *
P.S. : Ce qui précède ne disculpe en rien l'Etat marocain, qui est tenu de faire face à ses obligations juridiques et morales. Ceci est d'autant plus vrai qu'une campagne médiatique fort opportune a été initiée par Maroc Hebdo - réputé proche des autorités - qui titre cette semaine sur le "Péril noir", accompagnant ainsi les rafles policières contre les militants sub-sahariens.
http://openlettereu.blogspot.com/p/lunion-europeenne-que-vous-representez.htm
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Si vous êtes d'accord avec ce texte : 
signez-le sur ce lien
 http://www.ipetitions.com/petition/ol2eu

The Petition

The European Union must stop supporting the abuse of human rights in Morocco where Sub-Saharan African migrants are the target of police violence and racial abuse.
* *
L'Union européenne doit cesser de soutenir les violations des droits de l'Homme au Maroc, où des migrants subsahariens sont la cible de violences policières et d'attaques racistes.
* *
- Read our open letter here: (English)- Lisez notre lettre ouverte ici : (en français)

mardi 30 octobre 2012

Après la chasse aux migrants subsahariens, le Maroc s’attaque à leurs défenseurs :

Les migrants subsahariens constituent depuis déjà plusieurs années, les grandes victimes humaines de cette guerre froide qui ne dit pas son nom, entre l’Algérie et le Royaume du Maroc, précisément sur la question des frontières terrestres entre les deux pays. Le Maroc considère à tort ou à raison, que ces migrants accèdent à son Royaume par ses frontières Nord-Est.  Chassés, malmenés et refoulés d’un côté à l’autre de cette frontière fermée, les migrants subsahariens demeurent ainsi des prisonniers de la bande frontalière. 
Si cette frontière de moins d’une centaine de mètres de large, constitue une mine d’or et une source de richesse pour certaines pyramides de contrebandiers, elle est hélas pour les migrants plus dure et plus pénible à traverser qu’un étendu désert. Abandonnés et sommés à ne pas la traverser ni d’un côté ni de l’autre, ils sont condamnés, hommes, femmes et enfants à y survivre dans les conditions les plus inhumaines et dans la famine la plus extrême.
Dépourvus de toute aide, ni des institutions des deux pays ni d’associations ou ONG internationales du côté algérien, les migrants prisonniers de cette bande frontalière, vont perdre une aide précieuse, celle du soutien des ONG marocaines qui militent de plus en plus  pour leurs droits,  suite à  la répression qui s’abat sur les défenseurs des migrants, à l’instar de Camar Laye, Coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), qui a fait l’objet d’arrestation à son domicile dans la nuit du 20 au 21 octobre 2012. Actuellement, il est poursuivi pénalement pour une affaire de droit commun fictive, un procédé tant répondu dans les polices des pays du Maghreb.
Avant cette arrestation, plusieurs incidents graves se sont produits à l’encontre des défenseurs des migrants au Maroc. Menaces proférées à l’encontre des acteurs d’organisations de défense des droits des migrants, cambriolage d’un appartement d’un militant du collectif des communautés subsahariennes, violence policière dans un foyer de migrants….
Un immense mouvement de solidarité avec le défenseur Camar Laye s’est constitué, suite à son arrestation. Un soutien de plus d’une cinquantaine d’ONG, du bassin méditerranéen, du Maghreb-Machrek, de l’Europe du Nord et de l’Afrique subsaharienne a vu le jour.
Le SNAPAP membre du comité de suivi du Forum social Maghrébin, demande la libération immédiate du Militant Camar Laye et à  l’arrêt de la répression à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme du Maroc et de l’Algérie.
Le SNAPAP interpelle à l’occasion,  les autorités du pays pour  l’ouverture des frontières terrestres avec le Maroc, ou à défaut de donner les explications, les motifs et les raisons  du maintien de cette  frontière terrestre fermée.
P/ Le Président du SNAPAP
Le chargé  du Dossier Migration.
Fouad HASSAM
Oran, le 23 Octobre 2012.
----------------------------------
 

mercredi 24 octobre 2012

Pour la libération de Camara Laye coordinateur du CMSM

Pour la libération du coordinateur du CMSM et la fin de la répression ciblée contre des membres d’associations de migrants au Maroc

Les organisations soussignées exigent la libération du coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc et l'abandon des poursuites engagées contre lui.
Elles dénoncent la répression ciblée qui s'abat sur les responsables des organisations de migrants au Maroc depuis quelques jours.
Camara Laye,  fondateur, ancien président et actuel coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM) a été arrêté à son domicile dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 octobre à minuit, et placé en garde-à-vue au commissariat du 3ème arrondissement de Rabat. Son avocat s'est vu refuser l'autorisation de le rencontrer, en violation du code de procédure pénale et malgré les assurances qui lui avaient été données par le magistrat de permanence au parquet du Tribunal de Première instance de Rabat. Camara réside régulièrement au Maroc sous couvert d'une carte d'immatriculation. Nous sommes inquiets et craignons que cette arrestation vise à l'empêcher de poursuivre son engagement pour la défense des droits des migrants au Maroc, y compris à travers des poursuites pour une affaire de droit commun fictive, comme cela c'est déjà produit par le passé pour de nombreux militants des droits de l'homme ou opposants.



Cette arrestation fait suite à plusieurs incidents graves nous alarmant :
- menaces directes proférées contre le futur secrétaire général de l'ODT-Travailleurs Immigrés le 10 juin dernier ;
- double « cambriolage » de l'appartement d'un militant du Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM) en l'espace de quinze jours, et vol de son ordinateur ;
- intervention violente de la police accompagnée de « baltagia » (« voyous ») dans un foyer où se trouvaient notamment des membres de l'ALECMA mercredi dernier 17 octobre après-midi à Hay El Farah à Taqadoum. Bilan : 2 blessés, 3 interpellations, vol d'effets personnels (passeports, argent, ordinateurs, caméras, et même des vêtements et des matelas) et menaces à peine voilées en partant (« à demain » !) ;
- arrestation du secrétaire général d'ALECMA samedi dernier 20 octobre 2012 matin à son domicile. Placé en garde à vue au commissariat du 3ème arrondissement, il a été libéré dimanche 21 octobre 2012.

Ces actions interviennent dans un contexte de répression
croissante contre les migrants depuis un an (harcèlement, rafles et déportations accompagnées d'exactions, violences, racket, tant dans les grandes villes que dans les environs des présides occupés…) légitimée par les discours stigmatisant de responsables politiques (notamment le député USFP, Abdelhadi Khairate, et le ministre PPS de l’emploi et de la formation professionnelle, Abdelouahed Souhail) et d'une certaine presse (Assabah, Almassae, ...) .

avec des frères et amis
Mais un contexte également marqué par la mobilisation, l'organisation et la visibilité croissantes des migrants : CMSM, CCSM, ODT-TI, ALECMA. Par ex :
- participation à la manifestation du 1er mai puis création du premier syndicat de travailleurs migrants au sein d'une confédération syndicale marocaine (ODT-TI) ;
- organisation d'une manifestation à Taqadoum devant le commissariat puis les ambassades pour dénoncer le développement des attaques racistes, l'impunité des auteurs en l'absence d'enquête et demander aux représentations diplomatiques d'assumer leur responsabilité de protéger leurs ressortissants puis création de l'association ALECMA à Taqadoum ;
- nombreuses actions du CMSM et du CCSM, notamment mission CMSM-GADEM, puis rédaction d’une note conjointe ;
- participation nombreuse et active des migrants et de leurs organisations au forum des migrants organisé à Oujda par le Forum social Maghreb les 6 et 7 octobre 2012.

Au vu de ces éléments, il apparaît évident que l’arrestation de Camara Laye participe d’une démarche continue d’intimidation et de répression à l’encontre des migrants à l’œuvre au Maroc depuis plusieurs mois. Nous demandons l’arrêt de cette répression et la libération immédiate de Camara Laye.

Signature des associations :
Maroc :
Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM), Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM), Association de lutte contre l'émigration clandestine au Maroc (ALECMA), Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), Association Beni Znassen pour la Culture, le Développement et la Solidarité (ABCDS), Forum Asile Migration, Forum des Alternatives Maroc (FMAS), Observatoire marocain des libertés publiques, Action Jeunesse, Organisation démocratique du travail – Maroc (ODT), Organisation démocratique des travailleurs immigrés – Maroc (ODT-I), Institut de formation des agents de développement (IFAD), Fonds d’appui à la dynamisation des organisations communautaires de base (FADOC)

Réseaux internationaux :
Réseau euro-méditerranéen des droits de l'homme (REMDH), Migreurop,
Autres pays : Groupe de recherche et d'actions sur les migrations en Afrique Centrale (GRAMI AC) - Cameroun, Conseil des migrants de France, Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (LADDH), Association des Réfugiés Sans Frontières – Cameroun (ARSF), Association des refoulés d'Afrique centrale au Mali (ARACEM), Afrique-Europe-Interact, Fluechtlingsrat Hamburg (Conseil de Réfugiés de Hambourg), Association "Movimento dei Senza Voce" (Suisse), Fondation Conseil Jeune, membre du GRAMI AC (Cameroun), Ligue des droits de l'homme Belgique, Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives - France (FTCR), Comité pour le respect des libertés en Tunisie (CRLDHT), CNCD-11.11.11 – Belgique, SOS Migrants – Belgique, Na'oura Groupe Solidarité Belgique Maroc – GSBM, La Cimade – France, Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés – France (FASTI), Stiftung :do, Hamburg (Allemagne), Association des travailleurs maghrébins en France (ATMF), Initiative démocratie développement – France (IDD), Rete Primo Marzo - Italie, Associazione Giù le frontiere – Italie, Association mauritanienne des droits de l'homme (AMDH), Association de défense des droits de l'homme au Maroc (ASDHOM) – France,
 -----------------------------------------------------------------
Association GADEM, Rabat, 24/10/2012


Comme on pouvait malheureusement s'y attendre après les réquisitions du procureur, le Tribunal a refusé la libération conditionnelle de Camara qui reste donc emprisonné à Salé jusqu'à l'audience du 30 octobre.
(...)
La traduction en arabe devrait être disponible rapidement, pour élargir la mobilisation au Maroc.
Une pétition électronique va permettre les signatures individuelles. Nous vous enverrons le lien dès qu'elle sera en ligne.

Vous pouvez déjà noter et diffuser le prochain rendez-vous. Soyons nombreux pour soutenir Camara à son procès

Mardi 30 octobre 2012 à 13h30
Tribunal de première instance de Rabat
avenue de Madagascar, quartier L'Océan

Association GADEM
78, Avenue Allal Ben Abdellah
Appt. 31, 3éme Étage
Rabat - 10 000 - Maroc
Tel / Fax : +212 5 37727878
E-mail : gademm@gmail.com

------------------------------------------------------------------------------------

Maroc : Détention arbitraire de M. Camara Laye

FIDH, Mise à jour le 24 octobre 2012

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc.
Description de la situation :

L’Observatoire a été informé par l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM) de l’arrestation et de la détention arbitraires de M.  Camara Laye, ancien président et actuel coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM).

Selon les informations reçues, dans la nuit du 20 au 21 octobre 2012, vers minuit, M. Camara Laye a été arrêté à son domicile et placé en garde-à-vue au commissariat du 3ème arrondissement de Rabat. Son avocat s’est vu refuser l’autorisation de le rencontrer, en violation du Code de procédure pénale et malgré les assurances qui lui avaient été données par le magistrat de permanence au parquet du Tribunal de première instance de Rabat. Le 22 octobre, il a été présenté devant le procureur du Roi, qui a renvoyé l’affaire devant le Tribunal de première instance de Rabat et placé M. Camara Laye en détention provisoire à la prison de Salé. Il est poursuivi pour vente d’alcool et de cigarettes sans autorisation, sur le seul fondement d’un procès-verbal de police mais en l’absence de toute saisie de bouteilles et paquets qui auraient été trouvés en sa possession. Le 23 octobre à 13h30, le Tribunal a renvoyé l’affaire à l’audience du 30 octobre et a rejeté la demande de libération conditionnelle présentée par ses avocats.

Ces faits interviennent dans un contexte de répression croissante des migrants au Maroc et de multiplication de la répression et des actes d’intimidation visant les individus et les structures œuvrant pour la défense des droits des migrants au Maroc. Ainsi, le 10 juin 2012, M.  Marcel Amiyeto, coordinateur de la commission préparatoire du congrès constitutif de l’Organisation démocratique des travailleurs immigrés – Maroc (ODT-I), qui l’a élu secrétaire général le 1er juillet, avait été interpellé par la police, interrogé pendant plusieurs heures sur ses activités de défenseur puis relâché. L’appartement d’un militant du Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM) a fait l’objet de deux cambriolages, les 7 et 15 octobre 2012, et du vol de son ordinateur et de matériel audio-visuel mais également de matériel militant sans valeur marchande. A ce jour, l’enquête ouverte par la police de Rabat suivait son cours. Le 17 octobre 2012, des membres des forces de police, accompagnés d’autres personnes non identifiées, ont procédé à l’interpellation violente de plusieurs membres de l’Association de lutte contre l’émigration clandestine au Maroc (ALECMA) dans un foyer où ils se trouvaient. Ils auraient également saisi sans autorisation des effets personnels des membres (passeports, argent, ordinateurs, caméras, etc.).
 Aucune information sur la situation actuelle des personnes interpellées n’a pu être obtenue par l’Observatoire au moment de la publication de cet appel. De plus, le 20 octobre 2012, M. Pascal Mpele, secrétaire général de l’ALECMA et citoyen camerounais, a également été arrêté à son domicile et placé en garde-à-vue au commissariat du 3ème arrondissement de Rabat pour défaut de titre de séjour avant d’être refoulé à la frontière algéro-marocaine le 21 octobre malgré de multiples interventions des avocats saisis par des associations (notamment le GADEM).

L’Observatoire condamne la détention arbitraire de M. Camara Laye et demande instamment aux autorités marocaines de le libérer immédiatement et sans conditions, en ce qu’il considère que sa détention ne vise qu’à sanctionner ses activités de défense des droits des migrants.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités marocaines en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Camara Laye, de M. Marcel Amiyeto, des membres du CCSM et de l’ALECMA ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme au Maroc ;

ii. Libérer de manière immédiate et inconditionnelle M. Camara Laye, en ce que sa détention ne semble viser qu’à sanctionner ses activités de défense des droits de l’Homme ;

iii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à l’encontre de M. Camara Laye, de M. Marcel Amiyeto et des membres de l’ALECMA, ainsi que de tous les défenseurs des droits de l’Homme au Maroc, afin qu’ils puissent mener leurs activités de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

iv. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à :
- son article 1 qui dispose que « chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international »,
- et son article 12.2, qui dispose que « l’État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration » ;

v. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par le Maroc.

Adresses :


• Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Ibn Al Hassan, Roi du Maroc, Palais Royal, Rabat, Maroc, Fax : + 212 37 73 07 72 / + 212 53 77 68 515

• M. Abdelilah Benkirane, Premier Ministre, Bureau du Premier Ministre, Palais Royal, Rabat, Maroc, + Fax : + 212 37 76 86 56
• M. Mustafa Ramid, Ministre de la Justice et des Libertés, Ministère de la Justice, Place El Mamounia, Rabat, Maroc, Fax : +212 537 21 37 37
• M. Mohand Laenser, Ministre de l’Intérieur, Quartier Administratif, Rabat, Maroc, Fax : + 212 537 76 20 56
• M. Saad-Eddine El Othmani, Ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Ministère des Affaires étrangères et de la coopération, Avenue Franklin Roosevelt, Rabat, Maroc. Fax : +212 37 76 11 25 / +212 37 76 23 24, Email : mail@maec.gov.ma
• M. Driss El Yazami, Président du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH), Place Achouhada, B.P. 1341, 10 001, Rabat, Maroc. Fax : +212 537 72 68 56. E-mail : cndh@cndh.org.ma
• Mission permanente du Royaume du Maroc auprès des Nations unies à Genève, Chemin François-Lehmann 18a, Case postale 244, 1218 Grand-Saconnex, Suisse, E-mail : mission.maroc@ties.itu.int, Fax : +41 22 791 81 80
• Mission diplomatique du Royaume du Maroc à Bruxelles, 2 avenue F.D. Roosevelt, 1050 Bruxelles, Belgique, Fax : + 32 2 626 34 34.

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Maroc dans vos pays respectifs.


***

Paris-Genève, le 24 octobre 2012

Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.


L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :

• E-mail : Appeals@fidh-omct.org
• Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 25 18 / 33 1 43 55 18 80
• Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29