Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est ABCDS. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ABCDS. Afficher tous les articles

mercredi 20 mars 2013

Immigration : Lettre ouverte à Sa Majesté, Mohamed VI

Lettre ouverte à Sa Majesté, Mohamed VI

Votre Majesté,

L’honneur m’échoit d’attirer votre attention, alors que vous êtes en visite officielle en Afrique sub-saharienne, sur l’enfer que vivent au quotidien les ressortissants sub-sahariens au Maroc. Avec les différents présidents que vous allez rencontrer, dans le but de stimuler la coopération sud-sud, vous évoquerez certainement la place particulière du Maroc, véritable trait d’union entre l’Occident et le continent africain (une place que l’Europe sait judicieusement utiliser à son avantage).

Un constat s’impose et il est déplorable : le Royaume chérifien bafoue quotidiennement les droits des étrangers et particulièrement ceux des ses frères et sœurs africains nés au-delà du Sahara. Puis-je me permettre de vous rappeler cette célèbre phrase de feu votre père, qui résonne encore aux oreilles du peuple noir : « Le Maroc est comme un arbre profondément enraciné en Afrique mais dont le feuillage respire l’air de l’Europe ». Certes, le développement économique du royaume doit beaucoup à l’Occident, mais il n’a pour l’instant pas profité aux subsahariens aspirant à vivre et travailler dignement au Maroc. Certains y ont fondé des familles, parfois avec des citoyen(ne)s marocain(ne)s mais leur sort et celui de leurs enfants restent toujours précaires à cause des nombreux obstacles opposés à leur intégration. En comparaison, la communauté marocaine résidant par exemple en Côte d’Ivoire n’éprouve, elle, aucune difficulté à s’installer dans le pays du Président Ouattara. Les migrants ivoiriens au Maroc sont eux, trois fois moins nombreux mais doivent se battre bec et ongles pour espérer obtenir un jour un titre de séjour d’un an renouvelable.
Il est vrai que le Maroc octroie un grand nombre de bourses d’études aux sub-sahariens. Mais une fois leurs études terminées, ils n’ont aucune perspective d’avenir, ce qui les contraint parfois à rester dans la clandestinité. Preuve que même après des années passées au Maroc, on ne peut toujours pas parler d’intégration. Qu’importe le nombre des années, les sub-sahariens sont stigmatisés,  marginalisés, mis à l’écart de la société marocaine. Il existe certes une certaine liberté de circulation entre le Maroc et certains pays d’Afrique de l’ouest, mais ces ressortissants restent toujours traités avec dédain dans le Royaume. Le grand Modibo Diarra de la NASA, le grand footballeur Roger  Miller ainsi que d’autres professeurs agrégés et politiciens des pays sub-sahariens en visite au Maroc pourraient témoigner de l’humiliation que l’on fait subir aux noirs, et notamment des nombreux préjugés à leur encontre dans la police des frontières marocaine.
Pourtant tous ces hommes, femmes et enfants issus des pays subsahariens sont venus chercher refuge au Maroc. Et se retrouvent finalement pris en étau entre un pays qui les rejette et une Europe qui les massacre. Partis pour des raisons multiples, pour ne citer que les conflits ethniques, la misère, la désertification, le chômage, l’insécurité, l’analphabétisme, la corruption, la mauvaise gouvernance, les dictatures, etc. qui minent nos pays d’origine, ces personnes espèrent trouver au Maroc un peu de répit et l’espoir d’une nouvelle vie. D’autant que le Maroc jouit d’une image très positive, et que ses habitants ont la réputation d’être des gens accueillants et hospitaliers.

Mais, les sub-sahariens y sont traités comme des moins que rien. Pour preuve, certains quotidiens marocains vont jusqu’à présenter les subsahariens du Maroc comme un ramassis de voleurs, de bandits de grands chemins, de criminels, de profiteurs et, dernièrement, de propagateurs du virus du Sida… ! Comment peut-on laisser dire cela ? Ecrire cela dans la presse nationale ! Sans droit de réponse ? Sans blâme ??? Nous avons assez des outrages et de ces insultes à répétition ! Noirs oui, nous sommes noirs, et fiers d’oser quitter nos pays et nos familles pour forcer le destin et nous battre jusqu’à la mort s’il le faut pour faire vivre nos enfants dignement.  
Mais stigmatisés par les politiques migratoires répressives que dicte l’UE aux pays du sud de la méditerranée, nous faisons finalement l’objet d’un marchandage : perçus comme de potentiels candidats à l’émigration vers l’Europe, nous sommes échangés contre de fortes subventions aux pays du Maghreb, par conséquent bien peu enclins à nous régulariser et à nous intégrer. C’est ainsi que le Maroc et ses pairs maghrébins sont devenus les sous-traitants de l’UE dans la lutte contre ce que l’on appelle pudiquement « le Flux migratoire ». Habile sous-traitance de la maltraitance.

Votre majesté, je vous le demande : les marocains immigrés en Europe n’ont-ils pas assez souffert de la discrimination et de l’humiliation de la part des Européens bon teint ? Encore la semaine dernière, la Guardia Civil a fait sciemment chavirer un bateau plein de ressortissants marocains (originaires de Sidi Ifni), entrainant ainsi la mort de 8 passagers ! Et aujourd’hui, les pourfendeurs de subventions voudraient que vous fassiez subir aux sub-sahariens ce que vous-mêmes, marocains, avez dû endurer et continuez à endurer ?! Vous savez pourtant le rôle considérable que les migrants jouent dans le développement économique de leurs pays d’origine !

Mais à l’évidence, les autorités policières ne voudraient accueillir sur le sol marocain que des touristes blancs, ou des dirigeants africains qui se sont enrichis en pillant les biens de leurs pays. Comment comprendre, par exemple, que la famille entière de Mubutu vive en toute sécurité au
Maroc ? Et ce alors même que les fils du village de Goma où les minerais congolais ont été pillés ne peuvent bénéficier du droit d’asile au Maroc ?

Personnellement, après avoir vécu dix ans dans le Royaume, dont 8 ans en étant considéré comme clandestin, je connais l’injustice des politiques de régularisation à la tête du client. Je sais combien le pouvoir fabrique des clandestins et décider du jour au lendemain de régulariser qui bon lui semble, comme bon lui semble. 

Votre majesté, peut-être ces informations sur la dramatique réalité des sub-sahariens ne  remontent-elles pas parfaitement jusqu’à vous ? Parce que depuis 2002, les ONG internationales et nationales basées Maroc, et qui travaillent sur les questions des droits humains, n’ont eu de cesse de publier des rapports accablants sur les nombreuses violations dont sont victimes les subsahariens au Maghreb et au Maroc en particulier : arrestations au faciès, assassinats de ceux qui tentent de franchir les grillages de Ceuta et Melilla, viols, passages à tabac, déportations de femmes, enfants et vieillards etc… Les associations comme l’AMDH, le GADEM, l’ABCDS, CCSM, CMSM et bien d’autres encore dénoncent fermement le traitement inhumain réservé aux migrants sub-sahariens dans les pays du Maghreb et, n’ont pour seule réponse, que l’intervention musclée des forces de l’ordre qui perquisitionnent leurs locaux et les empêchent de travailler, comme Médecins sans Frontières obligés de quitter le Maroc.

Votre majesté, notre revendication n’est rien d’autre que le respect de notre dignité en tant  qu’Hommes, et la possibilité de vivre décemment au Maroc, en toute légalité. Le Royaume n’est pas qu’un pays de transit, comme on le croit souvent. Voilà je pense, des réalités dont vos ministres et vos conseillers devraient vous parler. Pour nous, la régularisation des sub-sahariens au Maroc serait une grande victoire et certainement le meilleur indice d’une coopération sud-sud efficace. Car la solidarité des peuples africains et leur coopération pour un développement social sur tout le continent sont des valeurs bien plus grandes que l’entraide purement économique. Quand le progrès social prendra-t-il enfin le pas sur les considérations financières ?

Vous qui êtes actuellement en Afrique sub-saharienne, vous êtes certainement applaudi à votre passage par des milliers d’hommes, de femmes et même d’enfants noirs. Sachez que cette foule n’est composée que de villageois qui se battent au quotidien pour survivre et qui ont placés leurs espoirs entre les mains de leurs enfants, de leurs frères et soeurs, de leurs oncles, tantes ou cousins partis chercher une vie meilleure de l’autre côté du Sahara. Ce sont ces mêmes enfants, frères et sœurs, oncles, tantes ou cousins que vos soldats assassinent. Rien que ces deux dernières semaines, six migrants camerounais ont été abattus froidement à la frontière de Melilla. Depuis le début des années 2000, les Forces auxiliaires comme la Marine royale traquent les sub-sahariens comme de véritables bêtes sauvages.

Votre Majesté, ayez une pensée pour eux, quand vous croiserez le regard de ces milliers de personnes qui vous offrent un accueil chaleureux et vous témoignent sincèrement leur fraternité. Elles n’ont pas oublié les liens historiques qui unissent le Maroc et leurs pays. Elles savent que vous êtes originaire de la terre rouge que vous contemplez. Que vous n’êtes pas seulement Roi du Maroc, que vous êtes avant tout le fils d’un continent humilié, écrasé, spolié au siècle dernier et à qui l’Europe fait croire qu’une coopération est aujourd’hui possible...
Africains, nous sommes africains ! Vous, moi, ces milliers de personnes qui vous saluent sur votre passage. Il est temps que nous cessions de jouer le jeu de l’Europe qui, comme toujours, divise pour mieux régner. Je prie pour que vous entendiez mon appel et que vous preniez des mesures allant dans le sens du rassemblement, pour redonner espoir à tous ceux et celles que vous croiserez en terre sub-saharienne.
Avec l’appui de certaines forces vives marocaines et la société civile, nous nous rendrons à Tunis fin mars pour participer au Forum Social Mondial. Dans cette capitale maghrébine en mouvement, soulevée par l’indignation du peuple arabe, nous espérons susciter un vrai débat sur les conditions de la migration interafricaine et sur la question de la régularisation des sub-sahariens au Maghreb. Nous espérons que les cris de la société civile parviendront jusqu’à vous et que vous saurez engager le Maroc sur le chemin de la modernité et de l’humanité.
Je vous prie de bien vouloir croire, votre Altesse Royale, en l'assurance de mes respectueuses et honorables salutations.

Fabien Didier YENE
Coordinateur du Collectif des
communautés Sub-sahariennes au Maghreb
ccsm.maroc@gmail.com
Tél : 0033 662556521
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Rappel : la conscience tranquille du gouvernement marocain

Selon MAP, le rapport de MSF "omet de signaler que les migrants bénéficient de l'ensemble de leurs droits au même titre que les nationaux", a réagi vendredi une source au sein du ministère de l'Intérieur, citée par l'agence marocaine MAP.(...)  l'organisation humanitaire "occulte tous les efforts déployés par les autorités marocaines en matière de protection des victimes" ainsi que "la doctrine et l'engagement" de ces autorités "pour la non expulsion des migrants vulnérables".
"L'action des services de sécurité lors des opérations de reconduite aux frontières est strictement encadrée par la loi, les textes réglementaires et par les décrets d'application. Tout agent qui transgresse ces règles est passible de poursuites disciplinaires voire pénales"

vendredi 6 janvier 2012

Maroc : La vie dure des migrants scandaleusement stigmatisés par une certaine presse

De : Hicham Baraka, 6/1/2012

ABCDS-Communiqué:
La vie dure des migrants et migrantes  au Maroc : pourchassés par les forces de l’ordre et stigmatisés par 
« Al Massae ».

Les rafles et les refoulements de migrants sont monnaie courante depuis fort longtemps et s’accentuent vers la fin de chaque année en vue de gonfler les chiffres présentés à l’Union Européenne. Une fois de plus, le quotidien arabophone « Al Massae » participe à cette campagne de stigmatisation contre les migrants en publiant dans son édition n° 1643 du jeudi 5 janvier 2012, un dossier de deux pages titré « Des bataillons de migrantes clandestines propagent le SIDA dans les rues du Maroc».

OUJDA, le jeudi 5 janvier 2012 — Les forces de l’ordre ont effectué une série de descentes musclées dans les forêts d’Oujda depuis le 23 décembre 2011. Dans le même temps, des rafles permanentes et des descentes quotidiennes, de nuit comme de jour, étaient organisées par les autorités dans plusieurs villes du Maroc résultant des dizaines de reconduites collectives à la frontière maroco-algérienne près d’Oujda. Tel est le cas de personnes traumatisées par la perte de leurs camarades en mer survenue le 2 et le 22 décembre 2011. A Oujda, des dizaines de migrants ont été arrêtés, seules les femmes et les enfants ont été épargnés. Les abris en plastique ont été démantelés, où se réfugiaient des centaines de migrants subsahariens, dont la majorité sont des nouveaux arrivants et des refoulés à la frontière Maroc/Algérie ayant réussi à revenir à Oujda après un « ping-pong » entre militaires marocains et algériens.

Activement engagée dans la défense des droits des migrants, l’ABCDS dénonce la politique de « chasse aux migrants » menée par l’Union Européenne sous-traitée au Maroc, qui confirme aujourd’hui, n’engendrer que plus de drames humains, et une vie encore plus dure pour les migrants.
Dans la même optique, le quotidien arabophone « Al Massae » accuse dans son édition du 5 décembre, 20ème et 21ème pages dans sa rubrique « Enquête de la semaine », les femmes migrantes subsahariennes de constituer des « bataillons » en vue « de propager le Sida dans les rues du Maroc ». D’après l’article « certaines migrantes, à cause des abus sexuels ou physiques commis à leur encontre par les marocains, choisissent délibérément de se venger de la société en omettant d'arrêter la pratique de la prostitution alors qu’elles sont atteintes de graves maladies sexuelles ».
L’ABCDS s’indigne de cette criminalisation des femmes migrantes, et considère que ces accusations et allégations à leur encontre y compris envers les personnes vivant avec le VIH/Sida sont infondées et injustifiées. L’ABCDS est profondément déçue et bouleversée de retrouver le sentiment de méfiance et de peur toujours alimenté par certaines organes de presse, rendant ainsi les migrants et les  personnes vivant avec le VIH vulnérables aux actes de discrimination raciale. Le professionnalisme journalistique du rédacteur du dossier est remis en cause, il semble avoir cru à sa thèse et invente un titre choc avant d’avoir commencé son enquête journalistique dans laquelle il devrait éviter de propager les préjugés à l’encontre des migrants et des personnes vivant avec le VIH.
Contact :
Hicham BARAKA, Président, Tél. : +212-667.71.65.24, E-mail : hicham.baraka@gmail.com
ABCDS Maroc
Angle Bd. Lieutenant Belhoucine et rue Gharnata,
Oujda 60000 - Maroc
Mobile: +212 (0) 667 71 65 24
Tél./Fax: +212 (0) 536 68 67 50