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samedi 19 décembre 2015

Journée internationale des migrants : « Il s’agit d’une crise exceptionnelle mais probablement durable »


17/12/2015
Communiqué :Droits des migrants

A l’occasion de la journée internationale des migrants, la FIDH s’est entretenue avec Geneviève Jacques, présidente de la CIMADE et chargée de mission de la FIDH sur les questions migratoires.
 
FIDH : L’année 2015 a été marquée par des événements dramatiques : des milliers de morts en Mer Méditerranée et des millions de personnes bloquées aux frontières de l’Europe. Quels bilans tirez-vous de cette année ?
Geneviève Jacques : Cette année a marqué un pic sans précédent en matière de drames ; une tragédie exceptionnelle comme nous n’en avions pas connu depuis la deuxième guerre mondiale. Un exode extraordinaire, lui même causé par des causes extraordinaires, avec la guerre en Syrie, les exactions de Daesh, et la décomposition de la Libye.
D’une certaine manière, il existe aujourd’hui deux crises. Tout d’abord la crise qui a contraint des milliers de personnes à partir : l’aggravation de la guerre en Syrie,en Irak et en Libye. Mais également le fait que les pays d’accueil - qui ont reçu pour l’instant l’essentiel du flux des personnes déplacées de force - sont complètement saturés et que l’aide internationale pour ces populations réfugiées est totalement insuffisante, rendant les conditions de vie des réfugiés inhumaines.
Ce mouvement de population vers l’Europe est certes exceptionnel mais il ne représente, et il est important de le souligner, qu’une fraction, un petit pourcentage, de l’ordre de 5%, de l’ensemble des populations déplacées par ce qui se passe dans cette région du monde ; une région qui se trouve être aux portes de l’Europe.
Une situation exceptionnelle avec des aspects dramatiques jamais vus.

mardi 18 décembre 2012

Ignoble scandale, aujourd'hui Journée internationale des migrants, en plein désert entre Maroc et Mauritanie


Communiqué à l’occasion de la Journée internationale des migrants


Communiqué à l’occasion de la Journée internationale des migrants Le 18 décembre 2012




L’Association marocaine des droits humains et la communauté internationale célèbre la Journée Internationale des Migrants le 18 décembre qui coïncide avec l’adoption par l’Assemblée générale des Nations-unies de la Convention Internationale sur la Protection des Droits de tous les Travailleurs Migrants et les Membres de leur Famille le 18 décembre 1990 en vigueur depuis le 1er juillet 2003. 

Cependant, 22 années après l’adoption de la Convention, la situation des droits humains des Migrants à travers le monde ne cesse de se dégrader et surtout concernant ceux en situation irrégulière. En plus de leur situation catastrophique, de l’exploitation au travail et quant aux salaires, de la discrimination raciste, de l’absence des conditions minimales de respect de la dignité humaine, les traitements cruels et dégradants et les licenciements collectifs ont continué durant l’année 2012. Cette situation s’empire concernant les femmes, les mineurs et les enfants non accompagnés exposés à plusieurs formes d’exploitation, à la violence sexuelle, la séquestration, le viol et la torture physique et psychique de la part de réseaux de contrebande et de traite d’êtres humains et de quelques employeurs en l’absence de protection juridique réelle. Le scandale déclenché par les ouvrières philippines lors de la conférence de presse organisée par l’Organisation Démocratique du Travail à Rabat est l’une des preuves de l’implication d’entreprises et de hauts responsables dans des crimes d’exploitation, de séquestration et de torture des bonnes dans la totale impunité.

L’adoption de la Convention par l’État marocain ne s’est reflétée ni dans la loi 02-03 qui n’est toujours pas en harmonie avec les conventions internationales ni au niveau de leurs droits fondamentaux garantis par la Convention qui n’est pas respectée. Dans notre pays, les Subsahariens sont exposés à des campagnes racistes compte tenu de déclarations de responsables marocains, de comportements racistes d’habitants sous l’instigation de représentants des autorités locales, de certains médias de la presse écrite  qui n’hésitent pas à publier des articles à contenu raciste ce qui aggrave la situation des Migrants, violent leurs droits, les exposent aux agressions de criminels et a un impact négatif quant aux valeurs de tolérance, de cohabitation, d’égalité et de solidarité entre humains en tant que valeurs universelles et humaines qui incombent à l’État et à la presse de diffuser au sein de la société.

Cette année a connu, de même, l’arrestation de plusieurs responsables d’associations de défense des Migrants afin de les intimider et surtout après leurs tentatives de s’organiser pour défendre leurs droits. C’est le cas de Camara Laye, le Coordinateur du Conseil des Migrants Subsahariens au Maroc (CMSM) et membre de l’Association Marocaine des Droits Humains à Rabat arrêté avec un chef d’accusation montée de toutes pièces en raison du combat qu’il mène pour le respect des droits humains avant de lui accorder la liberté provisoire sous la pression de larges campagnes de solidarité menées au sein et à l’extérieur du pays. Camara Laye est toujours poursuivi sous le même chef d’accusation et va comparaître pendant la Journée internationale des Migrants devant le tribunal.

Dans le cadre du renforcement des lois répressives de l’Union européenne en matière de l’entrée et de la résidence des étrangers, des limites à la liberté de circulation, de la militarisation et la fermeture des frontières et des pressions exercées sur le Maroc pour qu’il joue le rôle de gendarme, les côtes marocaines connaissent de plus en plus de tragédies et de décès de nombreux Subsahariens dans les barques de la mort. Les forces publiques commettent à l’encontre des milliers de Subsahariens des violations graves à savoir la séquestration, les agressions physiques, les campagnes de ratissage répétées, la reconduite aux frontières, les expulsions massives auxquelles n’échappent ni les femmes et les enfants ni les réfugiés, les étudiants et les malades en l’absence totale de garanties administratives et judiciaires et sans considération aucune des véritables causes de la migration résidant dans la multiplication des guerres, des conflits et l’épuisement des ressources de l’Afrique par les États puissants.


L’Association Marocaine des Droits Humains relève les continuelles tragédies des Migrants – dont les Migrant(e)s marocain(e)s – spécialement dans les pays européens du fait qu’aucun de ces pays n’a ratifié la Convention garantissant la protection des Migrant(e)s et à cause des politiques d’immigration appliquées qui reposent principalement sur l’approche sécuritaire et qui tiennent les Migrant(e)s pour responsables de la crise économique ce qui les exposent au chômage, à la discrimination raciale, à la pauvreté et aux différentes formes d’exploitation.

Dans les pays du Golfe tristement célèbres pour leurs violations des droits humains, les Migrants marocains aux cotés d’autres communautés sont exposés aux différentes formes d’exploitation par leurs employeurs en l’absence totale du minimum de protection pour devenir presque des esclaves et surtout les femmes qui sont pour la plupart exposées aux différentes formes d’exploitation dont l’exploitation sexuelle par des réseaux de contrebande et de traite d’être humains.

Pour tout ce qui précède et à l’occasion de la Journée internationale des migrants, le Bureau central de l’Association Marocaine des Droits Humains renouvelle sa solidarité envers les Migrant(e)s et condamne les violations touchant leurs droits et revendique que :


ü L’État assume sa responsabilité dans la protection de tou(te)s les ouvriè(re)s migrant(e)s quelque soit leur situation administrative conformément à la Convention Internationale sur la Protection des Droits de tous les Travailleurs Migrants et les Membres de leur Famille, ouvre une enquête sérieuse concernant les déclarations des ouvrières philippines, les protège, met fin à leurs souffrances et présente à la justice les auteurs des crimes commis à leur encontre;


ü La loi 02-03 concernant l’entrée et la résidence des étrangers soit en harmonie avec la Convention Internationale sur la Protection des Droits de tous les Travailleurs Migrants et les membres de leur famille ;

ü Soit mis un terme à toutes les formes d’humiliation et de traitements inhumains auxquelles sont exposés les Migrant(e)s subsahariens, l’arrêt des campagnes d’extradition et d’expulsion et le respect des dispositions de l’article 3 de la Convention Contre La Torture Et Autres Peines Ou Traitements Cruels, Inhumains ou Dégradants qui stipule que les États ne doivent pas extrader une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture ;

ü Les associations des Migrant(e)s puissent avoir une présence légale pour accomplir leur rôle dans la protection et la promotion des droits des Migrants et l’arrêt des harcèlements auxquels sont exposés les défenseurs des droits humains et leur permettre de disposer de toutes les formes de protection et de mettre fin au procès de vengeance entamé contre Camara Laye ;


ü La politique d’immigration ne repose pas sur l’approche sécuritaire et répressive suivie et respecte les droits humains et que l’État renonce à toutes les conventions bilatérales et multilatérales sur l’immigration qui ne respectent pas les garanties des droits humains qu’elles soient conclues avec l’Union européenne ou avec n’importe quel autre État ;


ü Les Migrant(e)s marocain(e)s à l’étranger bénéficient de l’intérêt nécessaire et de faire pression sur les États d’accueil pour le respect de leurs droits ;

En outre, le Bureau central appelle toutes les forces démocratiques et des droits humains à plus de mobilisation et de lutte pour dévoiler et faire face aux crimes commis à l’encontre des Migrant(e)s et de contribuer à diffuser et renforcer les valeurs de solidarité, de tolérance, de cohabitation et du respect des droits humains à l’égard de toute personne se trouvant sur le territoire marocain sans discrimination et ce conformément au premier article de la Déclaration universelle des droits humains.

 Le bureau central

Rabat le 17 décembre 2012
Url courte : http://bit.ly/UtgrA5
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Maroc-Mauritanie : 9 migrants et deux enfants bloqués en plein désert 

 

Depuis 5 jours, 9 migrants subsahariens, majoritairement des Congolais, et deux petits enfants, sont bloqués dans le no man's land qui sépare les frontières marocaine et mauritanienne. Le Maroc les expulse ; la Mauritanie les refuse. Ils attendent en plein désert.
Ils sont encore là, aujourd’hui, lundi 17 décembre, au milieu de nulle part, à attendre que le Maroc ou la Mauritanie veuille bien les accepter.
 11 personnes, dont un garçon en bas âge, sont retenues, depuis mardi 12 décembre, à l’intérieur la bande de 5 km de large qui sépare la frontière sud du Maroc, de la frontière nord de la Mauritanie. 5 km de désert rocailleux et glacial balayé par un vent vif.
Ces 7 Congolais dont un couple avec ses deux enfants, un Guinéen et un Libérien ont été expulsés par le Maroc, rapporte la Voix de Nouhadibou, un quotidien mauritanien. « Nous avons été gardés à vue durant deux semaines, mal traités, notre argent et nos affaires ont été pris par les policiers marocains », a expliqué l’un des expulsés qui a joint au téléphone le quotidien. « Nous souffrons du froid, des intempéries. Nous n’avons commis aucun crime », indique, au bout des larmes, l’un des hommes expulsés. Le Maroc, par cette expulsion est hors la loi. « L’article 26 de la loi 02.03 interdit toute expulsion de mineurs », souligne Khadija El Madmad, avocate et titulaire de la chaire UNESCO Migration et droits humains.

Un garçonnet de 2 ans
Samedi 15 décembre, des associations mauritaniennes et un représentant du Haut Commissariat au Réfugiés se sont rendus sur place pour offrir des vivres et quelques couvertures à ces personnes. « Le Maroc refuse de les réintégrer et la Mauritanie refuse de les recevoir. Elle propose de les renvoyer dans leur pays, mais eux mêmes refusent », explique Youssouf Athié. Journaliste pour La Voix de Nouadhibou, il les a rencontrés avec le HCR, samedi. « Ils vivent dans des conditions très difficiles. Actuellement, il fait très froid et ils n’ont même pas de tente, juste des petits abris qu’ils ont pu installer avec des couvertures », raconte-t-il.

 Ils attendent à présent un compromis sur leur situation. « Ils sont prêts à rester en Mauritanie, en situation de réfugiés, mais pour l’instant les autorités n’ont pas accepté », explique Youssouf Athié.

Les 11 personnes bloquées dans le no man’s land maroco-mauritanien affirment êtres arrivées légalement au Maroc, par Oujda avant qu’on ne leur vole leurs papiers. Ils disent qu’ils ont vécu 2 ans à Rabat, mais qu’il devenait trop difficile de trouver du travail, là bas, alors ils se sont dirigés vers Laayoune. Ils n’en ont pas dit plus sur leurs intentions, au journaliste de la Voix de Nouadhibou, mais la position de cette ville marocaine, juste en face de des îles Canaries espagnoles, ne laisse guère de doute sur leur volonté de passer en Europe.

La route des Canaries rouverte ?
« Il y aurait, en ce moment, une reprise des tentatives de passage vers les Canaries. Comme les frontières des enclaves espagnoles au nord se sont renforcées, les migrants se redirigent vers le sud », explique Stéphane Julinet, chargé de programme droit des étrangers et plaidoyer pour le Groupe Antiraciste de Défense et d’Accompagnement des Migrants (GADEM). De la même façon que les migrants en situation irrégulière arrêtés à Rabat, et dans tout le nord du royaume, sont renvoyées à la frontière algérienne, au niveau d’Oujda, les clandestins, interpelés au sud, sont refoulés à la frontière la plus proche : celle avec la Mauritanie.
Leur situation, aussi dramatique soit-elle, n’est pas exceptionnelle. « Des cas comme celui-ci étaient nombreux, entre 2006 et 2009, mais depuis un an ou deux il ne s’était rien passé de tel », indique Youssouf Athié. En 2005, la pression migratoire sur les frontières de Sebta et Mélilia a été exceptionnellement forte. A l’époque, 600 migrants pouvaient participer à une seule tentative de franchissement de la barrière. Plusieurs d’entre eux étaient morts.

samedi 15 décembre 2012

Pour la relaxe de Camara Laye et la fin de la répression contre les migrants

Par Ayad Ahram, ASDHOM, 13/12/2012

Camara Laye, le coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc, avait bénéficié d’une liberté provisoire lors de l’audience du 9 novembre.  
Ses soutiens se mobilisent maintenant pour sa relaxe pure et simple lors de la prochaine audience qui aura lieu le 18 décembre 2012. Une date symbolique, rappelons-le, qui n’est que la journée internationale pour la protection des intérêts des travailleurs migrants et de leurs familles.
L’ASDHOM se joint à l’ensemble des associations qui soutiennent Camara Laye et réclame sa libération.

Je rappelle que l’ASDHOM organise, le jeudi 20 décembre 2012 à Nanterre, un débat sur la situation faite aux migrants subsahariens au Maroc en présence de Fabien Yené, lui-même Subsaharien et auteur du livre « Migrant au pied du mur ». Un témoignage poignant sur le parcours des Subsahariens en quête d’un monde meilleur….

20 décembre à 19h
Agora de Nanterr
20 Rue Stalingrad 92000 Nanterre
RER Nanterre Ville

Bien cordialement,
Ayad Ahram
Secrétaire général de l’ASDHOM
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Après la liberté provisoire, la relaxe !





Prochaine audience le 18 décembre 2012, journée internationale des migrants !



Camara Laye, coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), arrêté dans la nuit du 20 au 21 octobre à son domicile, est poursuivi pour vente d'alcool et de cigarettes sans autorisation sur le seul fondement d'un procès-verbal de police alors qu'aucune marchandise n'a été saisie et jointe au dossier. A l'audience du 9 novembre dernier, le tribunal a accepté de remettre Camara en liberté.




La mobilisation qui a permis d'arracher cette première victoire doit s'amplifier pour obtenir la relaxe de Camara et l'arrêt de la répression contre les migrants.




Chaque jour en effet, des dizaines de personnes, y compris des mineurs, des femmes enceintes, des réfugiés et des demandeurs d'asile continuent à être raflés et refoulés à la frontière algéro-marocaine dans des conditions inhumaines et en violation des procédures légales.


En cette journée internationale des migrants, mobilisons-nous contre la répression qui s'abat sur les migrants au Maroc et pour l'abandon des poursuites engagées contre Camara



SIT-IN devant le Tribunal de Première instance

Quartier Océan, avenue de Madagascar

Mardi 18 décembre à 11H
Rabat



Premiers signataires : Association lumière sur l'émigration clandestine au Maroc (ALECMA), Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM), Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), Forum des alternatives Maroc (FMAS), Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM), Institut de formation des agents de développement (IFAD), Organisation pour la liberté d'information et d'expression (OLIE)

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En savoir plus sur les migrants et Camara Laye
 
« Au Maroc, c’est la peau noire qui dérange ! » 










Les immigrés de l’Afrique subsaharienne ne sont plus les bienvenues au Maroc. Arrêtés arbitrairement, humiliés, reconduits sans vergogne à la frontière, ils vivent un véritable calvaire. Depuis le mois de juin dernier, le royaume chérifien a durci sa politique de répression à leur encontre, constatent les organisations de défense des droits de l’Homme. Les immigrés clandestins ne sont pas les seuls concernés par cette situation. Ceux qui sont en règle ne sont pas mieux lotis. Enquête.


Bakoyouko est venue vivre au Maroc pour fuir la crise post-électorale ivoirienne. En rêvant d’une vie meilleure au Royaume chérifien, le jeune homme de 34 ans ne s’imaginait pas que cet espoir se transformerait en calvaire. Ses difficultés commencent dès son arrivée à la ville d’Oujda, à l’est du pays, avec une dizaine de ses compatriotes. « Dans cette ville, les bailleurs ne louent pas aux migrants. Nous étions obligés de vivre dans la forêt », raconte-t-il. « Puis nous avons été confrontés à des bandits qui nous ont dépouillés de tous nos biens et déshabillés pour voir jusque dans nos anus si nous ne cachions pas des choses. Certaines femmes et même des hommes ont été violés. Nous avons dû marcher pendant des dizaines de jours avant de monter dans un train pour rejoindre Rabat. C’était l’enfer ! »
Un cauchemar qui continue. Comme Bakoyouko, ils sont des milliers à subir au quotidien la brutalité des autorités marocaines, qui ont durci depuis juin dernier leur politique de répression à l’encontre des immigrés clandestins. Mais ces derniers ne sont pas les seuls concernés par cette politique, précise Bakoyouko qui préside le Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CCMS). Même ceux qui sont en situation régulière subissent des contrôles non justifiés, affirme-t-il.

Contrôles, arrestations, humiliations
Les contrôles incessants. Les arrestations arbitraires. Les humiliations. C’est ce que dénoncent les 20.000 migrants originaires de l’Afrique subsaharienne qui vivent au Maroc. Les forces de l’ordre n’interpellent pas les immigrés uniquement à la frontière. Ils les arrêtent aussi arbitrairement en ville, à leur travail ou au domicile, selon le président du (CCMS). « Lorsque les policiers nous arrêtent, ils ne nous laissent même pas le temps de nous expliquer. Ils reconduisent certains directement à la frontière », confie Bakayouko. Lui-même a violemment été interpellé le mois dernier alors qu’il était devant une épicerie. « Quatre policiers en civil m’ont saisi par la main et m’ont dit de monter dans la voiture. Je leur ai demandé pourquoi ? Ils m’ont dit de me taire et d’obéir. Ils ont fini par me relâcher, voyant que j’étais en règle. »
Pour Bakayouko, le principal problème des migrants, c’est l’absence de cadre juridique qui leur permet de bien s’intégrer dans le pays. Au moins 30% d’entre eux viennent au Royaume chérifien en situation régulière pour une durée, en général, de trois mois, rappelle-t-il. « Une fois que ce délai expire, pour rester dans le pays, les autorités exigent l’ouverture d’un compte bancaire et un contrat de travail ou une attestation certifiant que vous êtes inscrit dans une école », explique-t-il. Mais « les prix des écoles sont très chers, les migrants n’ont pas les moyens de les payer. Quant aux employeurs, ils refusent de leur signer un contrat de travail car ils exigent d’abord un titre de séjour. Or, pour avoir ce document, il faut obligatoirement un contrat de travail. De même, les banques refusent de leur ouvrir un compte tant qu’ils ne présentent pas un titre de séjour. C’est un vrai méli-mélo », déplore-t-il. Au final, beaucoup finissent par se décourager et restent dans la clandestinité.
Les migrants subsahariens sont aussi confrontés à la précarité. La plupart du temps, ils travaillent dans les secteurs informels, tels que les chantiers, les pâturages ou encore les marchés. Le salaire qu’ils perçoivent ne leur permet pas de payer leur loyer. Il n’est pas rare qu’ils dorment à cinq ou six dans une chambre. « Le loyer est très cher. C’est un vrai problème, selon Bakayouko. Il est fixé pour les migrants à 800 dirhams (environ 80 euros) alors que les Marocains payent en moyenne 500 dirhams (environ 50 euros). Même se nourrir est difficile. Parfois, certains attendent la fin du marché pour ramasser de la nourriture et faire leurs provisions ».

« Politique infernale pour les migrants »
Plusieurs ONG et associations de défense des migrants se sont insurgées contre leurs conditions de vie inhumaines. C’est le cas de l’association des droits de l’Homme marocaine (AMDH), dirigée par Khadija Ryadi. « C’est une chasse aux noirs pas aux migrants, fustige-t-elle. Cette violence à leur encontre est préméditée et encouragée par les autorités qui incitent les populations à leurs rendre la vie difficile. Tout cela pour les dissuader de venir au Maroc ! D’ailleurs, des Marocains vont jusqu’à affirmer que ce sont les noirs qui développent le sida et la prostitution dans le pays. Pis, insiste-t-elle, parfois des épiciers refusent de leur vendre quoi que se soit ! »

Cette dégradation de leur situation est liée selon elle à la pression que l’Union européenne met au Maroc pour éviter que les migrants clandestins passent par ses frontières pour se rendre en Europe. En refoulant le maximum d’entre eux, le royaume chérifien « veut montrer qu’il est un bon élève. Mais cette nouvelle politique est infernale pour les immigrés. Des Camerounais se sont dernièrement adressés à notre association pour que nous les aidions à rentrer chez eux, tant ils n’en peuvent plus ! »

Laye Camara, lui, ne compte pas rentrer en Guinée, son pays d’origine. Même s’il souffre beaucoup au Maroc. L’étudiant guinéen de 28 ans, qui milite dans plusieurs organisations de défense des droits des migrants, a été emprisonné le 20 octobre dernier après avoir été accusé de vendre de l’alcool. Le jeune homme affirme avoir en réalité été interpellé à cause du rapport qu’il rédigeait sur les arrestations arbitraires et brutales à l’encontre des migrants subsahariens. « L’alcool était juste un prétexte pour me mettre en prison. Ce qui dérangeait les policiers, c’est ce rapport que je devais remettre à l’AMDH. Ils sont venus me chercher, m’ont menotté et demandé si je connaissais des africains qui vendaient de la drogue. Je leur ai dit que je n’avais rien à voir dans cela. Ils m’ont frappé, pris mes clés et sont venus chez moi saccager ma chambre. Ils m’ont ensuite emmené au commissariat et interrogé : « Pourquoi tu écris sur nous ? » « Tu es qui es qui pour écrire sur nous ? » « A qui tu vas remettre ce rapport ? » Au bout de 15 jours de détention, il obtient finalement une libération provisoire grâce à une forte mobilisation des ONG.

Mortelle agression
« Au Maroc, c’est la peau noire qui dérange ! », clame Laye Camara, dont le procès se tiendra le 19 décembre. « Il y a d’autres migrants originaires du Bangladesh, de l’Iran, de l’Irak, des Philippines, mais ils ne subissent jamais les humiliations qu’on nous inflige au quotidien ! Ils ne sont pas systématiquement arrêtés ni contrôlés ! Dès lors que vous avez la peau noire, vous êtes visés ! Les policiers mettent tous les noirs dans le même camp. Parfois, ils les voient assis en groupe et les reconduisent sans raison à la frontière », dénonce-t-il. « Et lorsqu’ils effectuent des contrôles au domicile de certains immigrés, ils leur volent de l’argent, du matériel… » Ces derniers ne portent pas plainte car ils craignent d’être expulsés, confie-t-il.
L’étudiant guinéen pointe aussi du doigt la presse marocaine qui alimente, selon lui, cette violence à l’égard des Noirs. Il fait notamment référence au journal Maroc Hebdo qui avait publié un dossier sur les immigrés subsahariens au Maroc dont le titre était : « Le péril noir ». Un article qui a fait polémique. « Si les policiers et la presse traitent les migrants comme des moins que rien, ce n’est pas étonnant que la population marocaine, en grande partie analphabète, s’en prennent à eux ! »

Les immigrés de l’Afrique subsaharienne sont en effet souvent victimes d’agressions, parfois mortelles. Pas plus tard qu’en mars dernier, un étudiant guinéen a été tué à coups de couteau par un jeune marocain qui voulait lui dérober de l’argent et son téléphone portable. Selon Laye Camara, « le meurtre a eu lieu pendant la nuit. Au moins 29 immigrés sont descendus de chez eux pour défendre leur frère qui était déjà mort. Mais lorsque les policiers sont arrivés, ils les ont tous reconduits à la frontière, leur rappelant qu’ils n’étaient pas chez eux et qu’ils devaient accepter tout ce qui leur arrive. Quant au meurtrier, il n’a même pas été interpellé ».
Le jeune guinéen est encore meurtrie par cette histoire. C’est pour cela qu’il n’abandonnera jamais son combat : « Même si je dois mourir, je me battrai jusqu’au bout pour que les futures générations de migrants aient une vie meilleure au Maroc ! Les Marocains sont nombreux à vivre et à travailler chez nous. Pourtant nous ne les maltraitons pas. Nous les respectons ! Il n’est pas acceptable que nous subissions toutes ces brimades chez eux ! »
Contacté par Afrik.com, Mr.Jilali, le responsable du service de l’immigration au ministère de l’Intérieur du Maroc, n’a pas souhaité répondre à nos questions.